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APERÇU SUR LE TRAITEMENT DU PRURIT CUTANÉ

Indications générales.

Nul médicament pris par la voie interne n’est, à proprement parler, antiprurigineux , et beaucoup de ceux que l’on emploie pour les hypéralgésies en général, l’opium, le chloral, les bromures, etc., excitent souvent le prurit, quand ils ne le provoquent pas. On pourrait, peut-être, taire exception pour l’atropine, et pour le cyanure de potassium soit en applications locales, soit à l’intérieur, mais le maniement de ces agents est tellement délicat, .si fécond en accidents, qu’il est fort rare que l’on soit en mesure de les utiliser.

Mais si les moyens d’action interne sur le prurit sont restreints dans le sens de sa répression, innombrables sont les médicaments, ou les aliments qui peuvent l’exciter, le provoquer chez les sujets qui en sont atteints : le vin, l’alcool, le thé, le café, toutes les épices et les salaisons, le porc, le veau, les poissons et crustacés de toute espèce, le sucre, les féculents, les fraises, les asperges, l’oseille, les tomates, etc., etc., avec des variétés indéfinies dans les cas particuliers. Delà l’obligation de régler la diète des malades de la façon la plus attentive, et au prorata des conditions idiosyncrasiques . Dans les cas sévères, nous commençons toujours le traitement par la diète lactée absolue, revenant ensuite à l’alimentation graduellement, et guidé par les résultats observés.

Même règle pour les médicaments; nous supprimons systématiquement tout ce qui a été usité déjà chez le malade, et nous ne recommençons une médication qu’avec la plus grande surveillance; il n’est que très peu de substances médicamenteuses qui n’excitent pas le prurit chez un prurigineux, c’est-à-dire chez un hypernerveux, pour lequel les intolérances médicamenteuses atteignent un degré extrême.

On devra, avant tout, faire un examen approfondi de l’urine, quantité et qualité: on ne se bornera pas à y rechercher l’acide urique, le sucre, l’albumine, mais encore les tares plus obscures, telles que l’oxalurie, la phosphaturie, la peptonurie, etc. On aura ainsi la base la plus sûre pour la direction fondamentale de la cure.

Le malade sera soumis à une enquête intégrale, organes et fonctions, sans omettre l’examen des conditions professionnelles et de l’état moral, dans lesquels on trouvera souvent des indications de prophylaxie et de thérapeutique, imprévues et très puissantes.

Toutes ces conditions remplies, et le malade placé dans un état d’im-

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munité causale aussi complet que possible, on peut, avec plus de chance de succès, commencer le traitement proprement dit général et local.

Médication interne.

Au premier rang des agents pratiques de répression du prurit, se place la valériane ; aucun autre des antinerveux ne la dépasse en action et ne l’égale en facilité d’application — Extrait de valériane, bols de 0,50 centigrammes, de deux à huit par vingt-quatre heures, pris au moment des repas — Valérianate d’ammoniaque, pilules de 0,05 centigrammes, une à dix par vingt-quatre heures (en tout ou en partie avec les repas) ou en solution à I p. 100; chaque cuillerée à café représentant 5 centigrammes de valérianate à administrer, étendue d’un peu d’eau ou dans une infusion de feuilles et de fleurs d’oranger. Mêmes doses en suppositoires et en lavements, dans les cas où l’odeur valérianique incommode les malades, ou bien si l’estomac ne les tolère pas. C’est seulement dans l’insuffisance de ces agents, que nous avons recours, en seconde ligne, à V atropine, sulfate ou valérianate , en pilules ou en granules, au quart de milligramme, en commençant par un seulement dans les vingt-quatre heures, et en augmentant graduellement avec surveillance, et par doses espacées. Nous n’employons jamais l’atropine en injection hypodermique, à cause des accidents multipliés, et quelquefois dangereux, qui en résultent très fréquemment.

Comme succédanés, nous indiquons Yacide phénique et Yacide arsénieux.

Vacide phénique a, sur la peau, une action certaine, que nous avons établie en 1870 par des observations précises sur les varioleux. La dose, en moyenne de 0,50 centigrammes par vingt-quatre heures, peut être élevée à un gramme au moins. Lé mode d’administration principal est sous forme de pilules de 5 à 10 céxitigrammes, avec magnésie décarbonatée et extrait de valériane en suffisante quantité; ces pilules sont prises, une ou deux, à la fin des repas ou après avoir ingéré une tasse de lait ou de liquide approprié.

Vacide arsénieux, à la dose tolérée, en granules (granules de Dioscoride : ac. arsénieux, un milligramme, mannite pure et miel, ââ, suffisante quantité pour une pilule) avec le même mode d’administration que pour l’acide phénique, c’est-à-dire à la fin du repas, ou après avoir ingéré du lait ou un liquide.

Inutile de dire que nous ne limitons pas l’action à exercer aux agents que nous venons d’indiquer; en cas d’insuccès, le médecin a à sa disposition une gamme très étendue d’alcaloïdes très nombreux, ou de substances nouvelles qu’il est parfaitement autorisé à mettre en expérimentation, pourvu qu’il n’agisse qu’avec la surveillance nécessaire.

Médication externe.

Contrairement à ce que l’on pourrait supposer théoriquement, les

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bains, en dehors d’une détente momentanée, amènent généralement peu de soulagement, et sont souvent nuisibles, tous ceux particulièrement qui sont irritants pour la peau, tels que les bains sulfureux, que tant de médecins prescrivent à contre-temps. 11 est fort rare que nous y ayons recours.

Dans les cas, très ordinaires, où la sudation est nulle, nous conseillerons l’essai de la pilocarpine — infusions théiformes de jaborandi — 2 à 4 grammes, ou injections de solution d’azotate de pilocarpine, un centigramme pour commencer. Dans quelques cas, les bains de vapeur TIÈDE, les douches en pluie ou en arrosoir tempérées; jamais nous n’avons trouvé de bénélice à l’hydrothérapie hypothermale.

Le bain prolongé, permanent, continué pendant des jours, des semaines, des mois, constituerait vraisemblablement un moyen d’action énergique; mais la difficulté de son application dans la grande majorité des cas le rend comme non avenu. Pour le remplacer, nous recommandons vivement l’enveloppement, l’emmaillotement ou l’habillement, de la totalité ou d’une partie du corps, à l’aide de toiles très fines de caoutchouc. Ce mode de pansement, qui est d’un secours considérable quand il est exécuté convenablement et entretenu avec une propreté aseptique, est surtout applicable à la journée, et peut se concilier avec toutes les exigences d’une vie active.

Pour la nuit, ou pour les cas plus particulièrement sévères, nous interposons, entre la toile de caoutchouc et la peau, des pièces de tarlatane ou des pièces de lint, moites de solutions diverses que nous allons indiquer, bien étanchées avant d’élre appliquées, tiédies, et couvertes de toile imperméable aussi fine (cette recommandation est absolue) que possible, et soigneusement maintenues avec des bandes de tarlatane souples et fines.

Selon la saison et les conditions particulières, le malade est placé dans son lit, les couvertures élevées par un cerceau, mais recouvert d’un peignoir de coton ou même de flanelle; si les conditions du traitement sont bien exécutées, les compresses restent moites, et le malade n’a aucun refroidissement.

Les enveloppements, les fomentations, sont faits soit avec de Veau simple, préalablement bouillie, avec de Veau de pluie toutes les fois où on le peut, ou avec des infusions ou décoctions de toutes les espèces émollientes ou astringentes, narcotiques, etc.; nous nous servons le plus habituellement d’eau bouillie, additionnée de 5 p. 100 de glycérine; quelquefois de décoction de 1 à 5 p. 1000 de feuilles de coca, et nous commençons toujours par des applications simples; c’est seulement en cas d’insuffisance, ou quand le malade a bien appris à faire l’enveloppement, que nous ajoutons au liquide, des substances médicamenteuses, toujours à des doses très faibles au début, et d'autant plus faibles que la surface enveloppée est plus considérable.

Les enveloppements se font avec des solutions tièdes; les lotions, selon les sujets, sont faites avec des solutions à température accentuée — audessus de 33 degrés centigrades et au-dessous de 20.

Pour l’enveloppement général, ou étendu à de grandes surfaces, les litres des solutions doivent toujours être faibles, et élevés seulement

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d’une manière graduelle ; leur composition peut être indéfiniment variée. En voici quelques types :

a) . Solutions pour enveloppements généralisés ou très étendus. — Par LITRE d’eau : 5 à 10 grammes de vinaigre commun; 0,25 à 1 d'acide phénique ; 0,25 à 1 à' acide salicglique ; 1 à 5 à' acide tartrique, borique, etc.

1 à 10 de bicarbonate de soude; 0,25 à 2 de borate de soude; 1 à 10 de salicylate de soude avec autant de bicarbonate de soude.

0,01 à 0,05 de deutochlure de mercure; 1 à 10 à'ichthyol (solution assez active mais insupportable à la plupart de nos malades à cause de l’odeur) ; coaltar saponiné, 5 à 25.

b) . Solutions pour enveloppements localisés. — Lorsqu’il s’agit simplement de prurit localisé, à l’anus, à la vulve, au scrotum, etc., les solutions peuvent être celles que nous venons d’indiquer aux doses maximal elles suffisent le plus ordinairement si l’on emploie l’enveloppement, l’emmaillotement partiel, comme nous l’avons indiqué plus haut.

c) . Solutions pour hOTioîi?, intermittentes. — Si l’on veut, au contraire, avoir simplement recours à des lotions plus ou moins réitérées, mais non à l’enveloppement, on peut, après avoir constaté l’insuffisance des doses que nous avons données, avoir recours à des solutions plus fortes et plus variées. Pour 1000 d’eau, cA/ora/, 5 à 25; bromure de potassium, 5 à ^0; bichlorure de mercure, 1 à 2 ; 1 à 5 de tabac à fumer (en décoction); acide phénique,'?>k\0,eic., etc.; sulfate de cuivre, 1 à 5, etc., etc.; cyanure de potassium, 10 centigrammes pour 30 grammes d’eau distillée, en applications locales à l’aide de petites compres.ses de lint très limitées et exclusivement sur les surfaces non excoriées (on ne doit prescrire que de très petites quantités, et en mains sûres) ; cocaïne, 1 à 2 p. 100. Enfin, dans quelques cas de prurit localisé particulièrement rebelle, badigeonnage avec des solutions de nitrate d’argent cristallisé, 1 à 10 p. 100 d’eau distillée, moyen très recommandé par quelques médecins, mais très inégal, à employer avec réserve, et sous sa surveillance directe.

Poudres médicamenteuses et pommades. — Dans les intervalles des applications précédentes, il y a très souvent grande utilité à avoir recours à l’usage des poudres, inertes ou médicamenteuses, et aux onctions grasses.

a.) Lqs poudres les plus actives, à notre observation, sont les poudres composées d’amidon additionnées de 5 à 25 p. 100 de sous-nitrate et de carbonate de bismuth et d'oxyde blanc de zinc, et de 1 à 3 p. 100 d’acide salicylique — ces poudres sont déposées dans un plat; le malade (ou celui qui le soigne) garnit la face palmaire des deux mains, et frictionne les surfaces malades rfoMcemenï. — Les poudres, composées comme nous venons de le dire, sont très adhérentes et très actives; on en peut aussi en garnir les compresses de lint, et faire des enveloppements, des emmaillotements à sec. Nous engageons les malades à mettre à leur portée ces poudres, et quand le prurit est irrésistible, de le calmer par des frictions à l’aide d’une brosse de flanelle douce, ou d’un tampon de coton

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fin, imprégnés de poudre, au lieu de se servir de leurs ongles, etc.

b.) Les pommades ont un excellent excipient dans Yonguenl de zinc que nous composons de parties égales d’oxyde blanc de zinc et de vaséline; nous préférons cette préparation, en général, aux glycérolés, surtout pour les surfaces étendues du corps, à cause des caractères poisseux de ces composés, et de la sensation de froid ou de malaise qu’ils provoquent chez quelques malades. A l’excipient choisi, on incorpore du menthol — 0,10 à 1 p. 100, de V acide phénique ou de V acide salicy ligue,

1 à 3, et même 5 p. 100; le salol aux mêmes doses; le (3 naphtol, 5 à 15 p. 100; voilà pour les applications généralisées ou très étendues.

C’est seulement pour les adaptations Slux petites surfaces que l’on bénéficie quelquefois, mais avec des revers très multipliés, des pommades à la cocaïne, à la morphine, à V extrait de belladone, 1 p. 100, etc., etc.; au calomel, 1 à 5 p. 100; au diachylon, incorporé à la quantité d’huile douce suffisante pour donner la consistance de pommade.

Quand les malades tolèrent les pommades et en bénéficient, on peut souvent simplifier beaucoup, à l’aide des emplâtres, diachylon, hydrargyrique (Vigo) en couches minces, emplâtres de zinc simples ov\ salicylés ; du salol, etc., etc. Avec les préparations fines et souples que la pharmacie livre aujourd’hui aux médecins, on supplée à merveille aux colles et aux gélatines médicamenteuses, dont l’utilisation peut surtout être faite dans les hôpitaux et dans les sanatoria, c’est-à-dire où l’on dispose d’un personnel de service expérimenté, et où les malades sont tout entiers livrés au traitement.

Indications particulières et complémentaires.

Dans certains cas de prurit localisé on a, depuis longtemps, employé avec quelques succès l'ignipuncture localisée, et, depuis peu d’années, la scarification linéaire (Vidal) ; c’est surtout à la vulve, au scrotum, à l'anus que ces moyens extrêmes trouvent leur indication; il est bien entendu qu’en raison du voisinage des orifices naturels, les règles de l’asepsie doivent être exécutées, c’est-à-dire que les parties scarifiées, ou cautérisées, seront protégées contre les contacts par des pansements gras, ou mieux, par des emplâtres anodins.

Dans l’application de ces moyens divers aux régions particulières, le médecin s’attachera toujours à employer, en même temps, tous les éléments thérapeutiques que suggère l’examen des organes situés audessus des orifices ou des régions intéressées — la vessie, l’utérus, le vagin chez la femme pour les prurits vulvaire et anal; le rectum (varices, contractures, etc.), dans les deux sexes ; la vessie, le cordon, dans le prurit du scrotum. Sans négliger aucune des ressources que lui fournit un arsenal thérapeutique dont la richesse même est un embarras et une source de confusion, il s’attachera surtout à traiter le malade en médecin, et non en empirique.

On lui posera quelquefois la question de savoir si il ny a aucun péril,

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ou aucun inconvénient, pour le patient à combattre énergiquement, ou à éteindre un prurit ancien. 11 fera sagement d’être réservé dans sa réponse, de se rappeler que le prurit est souvent prémonitoire, indicateur, de lésions organiques diverses ou de maladies nerveuses ou mentales — voy. plus haut notes 1, 2, p. 723, et note -4, p. 734 — et de sauvegarder sa responsabilité en prévenant non pas le malade, mais ses proches, de ces éventualités — sans quoi il sera souvent accusé d’avoir causé, par son intervention, ces maladies dont le prurit n’était que l’avant-coureur et le prélude.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

CINQUANTE ET UNIÈME LEÇON

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