‹ Pathologie et traitement des maladies de la peauChapitre 18 sur 214 · VACCINE. — VACCINATION · texte numérisé non relu

VACCINE. — VACCINATION

Dans la partie historique de ce chapitre, j’ai déjà raconté comment on en est venu à l’idée de protéger les individus, au moyen de l’inoculation de la variole, contre le danger d’une atteinte ultérieure de cette affection ; je vous ai dit encore que cette pratique a été abandonnée et même interdite par les autorités, parce que les sujets qui devenaient malades à la suite de l’inoculation contribuaient i/jso facto àlapropagation du contage volatil et au développement de nouvelles épidémies varioliques, et que, enfin^ par la vaccination, dont la découverte est due à Jenner, non seulement on obtenait la protection désirée, mais encore on évitait le danger de propagation.

Chez beaucoup d’animaux domestiques, la vache, le porc, le cheval (grappes, au niveau de l’articulation du pied), la chèvre, le chieri (et le singe), on a observé accidentellement l’éruption de pustules de variole. Chez la vache, on les trouve sur les pis et sur les tétines. Elles représentent là une maladie simplement locale et l’on a des motifs de croire qu’elles ne surviennent jamais autrement que par transmission directe, et que jamais elles n’apparaissent spontanément. Mais leur contage n’est pas volatil et ne se transporte sur d’autres animaux, comme, sur l’homme, que par le contact direct avec une plaie de la peau.

Cette transmission se montre accidentellement chez l’homme. J’ai vu deux fois chez des vachers une éruption de variole vaccine. Elle se présentait sous forme de vésicules disséminées sur les mains et sur les bras, disposées, sur certains points, en groupes serrés, de la grandeur d’un centime, remplies de lymphe claire et en partie ombiliquées, plates, entourées d’une aréole rouge, qui guérissaient dans un délai de quinze jours environ, après avoir perdu leur transparence et s’être recouvertes de croûtes.

Chez les moutons, la variole (ovine) se montre également comme un mal local, mais parfois aussi sous forme de-maladie générale habituellement contagieuse par l’air et donnant ainsi naissance à des épizooties

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dévastatrices auxquelles succombent d’énormes troupeaux de moutons. C’est pourquoi l’on a, à diverses reprises, émis l’idée d’inoculer les moutons avec la variole humaine ou animale afin de les protéger contre ces épizooties, et il paraît que si cette inoculation n’est plus pratiquée, cela tient, d’une part, à la difficulté matérielle de son exécution, et, d’autre part surtout, à ce que, après ces inoculations,, au lieu d’une variole locale, il survenait une variole générale qui, à son tour, donnait naissance à une nouvelle épidémie ovine.

Il n’y a rien à craindre de semblable relativement à l’inoculation de la vaccine dans l’espèce humaine. Elle ne donne jamais naissance qu’à une éruption locale dont la lymphe ne se transmet de l’individu vacciné, soit par l’homme, soit par la vache ou d’autres animaux, que par le contact direct, tandis que, comme je l’ai indiqué précédemment, l’inoculation accidentelle ou intentionnelle du fluide variolique, détermine parfois localement des pustules résultant de variolisation et d’autres fois, après une incubation correspondante, une variole généralisée.

Immédiatement après la publication de Jenner (1798), on vaccinait directement avec le cow-pox sur l’homme, ce que l’on nomma plus tard : vaccination avec la lymphe originaire, et l’on ne procédait pas autrement. Mais peu à peu on abandonna cette méthode, parce qu’il était difficile et très coûteux de se procurer des vaches ayant du cowpox, parce que l’inoculation de la lymphe échouait trop souvent, et aussi parce que, quand elle prenait, il survenait quelquefois des accidents inflammatoires violents. Aussi en vint-on bientôt, au lieu d'inoculer le cow-pox originaire, à se servir de la vaccine humaine engendrée par le cow-pox, dont la lymphe, désignée sous le nom de vaccine humanisée, est, jusqu’à présent, généralement employée pour pratiquer l’inoculation.

Le pouvoir protecteur de cette lymphe a été bien des fois prouvé i directement, par exemple en inoculant sans résultat des enfants vaccinés a ou des individus atteints de variole, ainsi que l’ont démontré d’une I façon très évidente les rapports de Peter Frank (1801), publiés par ; Auspitz. Les résultats extraordinaires que l’on attendait des premières années de la vaccine ne se réalisèrent pas complètement, il est vrai. Vous savez, en effet, que les sujets vaccinés ne sont pas absolument indemnes. Mais la variole elle-même ne protège pas d’une façon absolue contre une deuxième et même une troisième atteinte. Et, cependant, il existe une quantité vraiment écrasante de faits qui plaident en faveur de la protection relative sans doute, mais toujours considérable, que donne la vaccination, et, devant la démonstration de ces faits, tous les arguments contraires restent sans valeur.

On est arrivé graduellement à cette conviction que la puissance de

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proleelion de la vaccine persiste chez beaucoup d’individus pendant toute leur vie, mais que, en général, elle s'afTaihlit avec le temps et que, chez beaucoup de personnes, elle ne se fait pas sentir au delà de dix à douze ans. Aussi a-t-on raison d’engager chacun à se soumettre à une nouvelle inoculation (revaccination). Cette mesure a donné dans l’armée prussienne des résultats tout à fait remarquables.

On a également voulu trouver la cause de l’infection variolique chez des sujets vaccinés, dans cette circonstance que la lymphe humanisée a nécessairement dù perdre de sa force de protection, parce que, depuis qu’elle a été empruntée au cow-pox originaire, elle a passé par un nombre considérable de générations humaines : d’où l’on en est venu à conseiller de la régénérer en la transportant de nouveau sur la vache. Mais àVienne, dans notre principal Institut de vaccination, il y ades sallesoù . la lymphe envoyée par Jenner lui-même est constamment transmise depuis 18ü^2, époque où elle fut introduite par de Carro, sans qu’elle ait sensiblement perdu de son activité et de sa puissance protectrice. 11 en est de même en Angleterre. Bien que la régénération du cow-pox parla rétrovaccination sur la vache ne paraisse pas nécessaire, cependant on l’a souvent conseillée et elle a été fréquemment aussi exécutée avec succès (Pissin).

Enfin on a adressé à la vaccination pratiquée au moyen de la lymphe humanisée le reproche et l’accusation de transporter d’un enfant sur d’autres individus toutes sortes de maladies constitutionnelles, scrofule, rachitisme, tuberculose, syphilis surtout, et de détériorer systémaiiquement de cette façon la santé physique de l'espèce humaine.

De toutes ces accusations, celle qui est relative à la syphilis est seule valable. Ily a eu réellement des cas dans lesquels celte maladie a été transmise par la vaccination. Mais le nombre de ces accidents malheureux est tout à fait minime en comparaison des millions de vaccinations pratiquées sans le moindre inconvénient, et si l’on examine attentivement les faits, on voit que, d’une part, il y a eu un certain nombre d'erreurs, que, d’autre part, les enfants en question étaient déjà entachés de syphilis avant leur vaccination, enfin qu’avec un peu plus de soins de la part du médecin vaccinateur on aurait pu éviter ce malheur. Un certain nombre de cas, il est vrai, sont encore inexpliqués, ainsi que la manière dont l’infection a pu survenir. Dans aucun cas, l’opinion émise par Viennois n’est exacte, à savoir que la seule cause matérielle delà transmission accidentelle de la syphilis consiste dans le mélange du sang avec la lymphe, car la lymphe la plus pure contient toujours quelques globules sanguins. Kôbner, Auspitz, Reinecker, Baümler, ont traité ce sujet d’une manière très instructive.

Cependant ces accusations manifestées contre la lymphe humanisée,

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ont eu assez d’influence pour de'tourner de ce mode de vaccination un certain nombre de ses partisans ; aussi en est-on venu à formuler le désir que la vaccine originaire soitseule employée pour les inoculations. Alors qu’à Naples il existait déjà depuis plus de cinquante ans un Institut pour la v^accination avec le cow-pox, il s’est créé successivement depuis 1864, soit aux frais de l’État, soit à l’aide de ressources privées, des établissements du même genre en France, en Belgique, en Allemagne (rapport de Pissin et de Roll), et tout récemment deux établissements à Vienne même. On y vaccine de jeunes génisses, et la lymphe que l'on obtient des vésicules, soit en les piquant, soit en comprimant fortement leur base, est employée pour les vaccinations directement, ou bien conservée à l’état sec ou à l’état liquide. Bien que les chefs de ces Instituts déclarent que les résultats de cette pratique sont très favorables, d’autres

i personnes cependant prétendent que cette lymphe animalisée prend difficilement et que, de plus, elle expose à des complications d’inflammation, d’érysipèle et de gangrène. J’ai vu moi-même un enfant succomber de cette façon. Quoi qu’il en soit, en principe, oo ne peut que recommander les vaccinations avec la lymphe originaire, parce que certainement elle ne donnera que très rarement, entre les mains d’un praticien expérimenté, les fâcheux résultats dont nous avons parlé, et qu’elle prot curera une protection réelle contre la variole à cette partie de la poli pulation que la lymphe humanisée effraie pour un motif quelconque. ( Mais pour la prophylaxie de la population au moyen de la vaccination, ti il importe de la faire aussi générale que possible, parce que tout indi- 1 vidu non vacciné est lui-même plus apte à prendre la variole, en même t temps qu’il devient une source de contagion pour les autres.

' Ainsi que pour la variole, on regarde, dans la vaccine, les cocci I qui s’y trouvent, comme l’agent actif, le contage. Ni les recherches ! faites jusque dans ces derniers temps (M. Bauer-Weichselbaum), ni les cultures soi-disant réussies (Quist, Laurence, Hamilton, L. Voigt, IBareggi) n’ont pu isoler ou démontrer d’une manière incontestable l’organisme spécifique de la vaccine. Seules les expériences de Voigt qui, avec des cultures, a provoqué sur des veaux une éruption locale et obtenu l’immunité contre la vaccine, paraissent approcher de la solution de la question.

On vaccine, soit de bras à bras, soit avec du vaccin conservé dans des tubes capillaires de verre ou bien desséché sur de petites lamelles d’os. Le vaccin liquide peut être étendu, si cela est nécessaire, d’après le procédé de Müller, de glycérine et d’eau (2 parties) ; avant de se servir du vaccin desséché, on le dissout dans une gouttelette d’eau ou on le mélange avec le sérum qui s’écoule par la piqûre. Récemment on a même rendu la lymphe aseptique en la mélangeant à du thymol.

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du sublimé, etc., et elle est restée inoculable. 11 faut en tout cas recommander, avant de pratiquer la vaccination, de rendre aseptiques le point à inoculer ainsi que les instruments.

Dans la vaccination directe, on prend le vaccin qui sort parla piqûre superficielle des pustules d’inoculation ayant sept à huit jours de date. On l'introduit sous l’épiderme au moyen de la lancette à vaccination ou en l’étendant sur la peau scarifiée superficiellement au moyen d’une aiguille à vacciner, d’une spatule (M. Bauer), de préférence sur le côté d’extension du bras ; chez les filles, assez haut pour que les cicatrices ne soient pas trop visibles plus tard lorsqu’elles seront décolletées. Deux piqûres à chaque bras sont suffisantes. On ne vaccine jamais trop tôt les enfants bien portants, pour les mettre à l’abri de fa petite vérole, surtout en temps d’épidémie, ou si les enfants se trouvent dans le voisinage immédiat des varioleux, les enfants des médecins par exemple. J'ai vacciné mes enfants dans la première semaine de leur existence ; ils ont traversé le processus vaccinal sans fièvre. Il n’y a ni saison, ni température qui puissent être un obstacle à la vaccination.

Dans une vaccine normale, il se produit sur les points vaccinés, du troisième au quatrième jour, de petites papules rouges qui se transforment en vésicules du cinquième au septième jour et acquièrent ensuite, du septième au huitième, la dimension d’un centime ; elles sont très tendues, souvent ombiliquées, transparentes. Elles sont entourées d’une aréole rouge, de moyenne dimension. A partir du neuvième jour, le liquide devient trouble et se dessèche sous forme d’une croûte qui tombe ensuite au bout de dix à quinze jours en laissant après elle une cicatrice.

On considère, en général, une « belle » cicatrice comme le critérium d’une vaccination bien réussie, sans que cela soit absolument vrai. 11 est bon de ne pas baigner les enfants pendant ce laps de temps, pour ne pas troubler le développement des pustules par la macération ou les déchirer mécaniquement. Une fièvre modérée accompagne le plus souvent les pustules vaccinales à leur plus haute période de développement.

Les efflorescences vaccinales restent parfois d’une manière anormale à l’état de papules sans se transformer en vésicules, — variola vaccina alrophica, Steinpocken; ou bien il se développe sur le point vacciné, et dans son voisinage, de petites papules et des vésicules prurigineuses que l’enfant déchire par le grattage, — variole eczémateuse, — v. vaccina hcrpeiica; ou encore de grosses bulles qui se dessèchent sans laisser de cicatrices, — variole bulleuse, v. vaccina pemphigoïdes ; ou enfin, on voit survenir une éruption furonculeuse. Quelquefois, il reste après

il la chute de la croûte variolique une plaie (]ui sécrète du sérum et du ,ij pus pendant des semaines et des mois; celle plaie s’étend par la péri- I phérie, sa base est le siège d’une inriltration dure, avec des granulaj lions proliférantes, et, si on ne la traite pas, elle se recouvre de croûtes I épaisses, s’accompagne de l’engorgement des ganglions axillaires et ; prend l’aspect d’un ulcère sj'pliilitique. Elle guérit par des cautérisa- [ lions avec la pierre infernale on des pansements légèrement astrin- 1 gents (potasse caustique 0,1 décigr., eau pure 25 gram., ou nitrate j d’argent 0,04 centigr., onguent simple 25).

[I Quelquefois, il survient des éruptions vaccinales accessoires, vacciî nolæ; ce sont des efflorescences semblables aux pustules de vaccination, nées en même temps qu’elles ou un peu plus tard sur des points non •il vaccinés, le plus souvent aux bras, aux épaules, au thorax, sous forme de pustules isolées au nombre de vingt à trente, discrètes ou réunies iiji en groupes. Elles occasionnent toujours une dermite plus grave et de la )|j fièvre, et peuvent même mettre la vie en danger.

La complication la plus fréquente des pustules préservatrices est la (,l roséole vaccinale qui est caractérisée par des taches rouges, isolées,

J survenant pendant le cours de l’existence des pustules, et qui s’étendent »: alors sur une grande partie du tégument; cette éruption s’accompagne ) d’une température plus élevée et d’une fièvre modérée, mais elle ne ■' présente aucune gravité.

' L’érysipèle qui suit la vaccination {vuriola vaccina erysipelainsa) est I dangereux ; il peut, partant des points vaccinés, s’étendre sur de grandes I surfaces, aboutir à un phlegmon et même amener la gangrène. 11 sur- ! vient aussi chez les adultes (notamment dans la revaccination) et peut être suivi de mort; il se produit plus souvent chez les enfants, et là encore plus fréquemment après le vaccin originaire. Il n’est pas nécessaire d’ajouter que l’on observe habituellement chez les enfants une ; terminaison funeste. Aux époques oû l’érysipèle sévit dans les salles de 1 chirurgie, on voit également survenir en plus grand nombre des érysipèles à la suite de la vaccination, ün a constaté (pie la cause peut se I trouver quelquefois dans du vaccin altéré, mais elle provient bien plus souvent d’autres circonstances, auxcpielles on peut attribuer, en général, l’érysipèle. Car il existe des cas dans lesquels il n’y a qu'un seul malade parmi plusieurs enfants inoculés avec le môme vaccin. Vaccine et variole, bien que, expérimentalement, leur identité soit à peu près démontrée, peuvent, cependant, exister l’une à côté de l’autre sans être modifiées. C’est ainsi qu’un enfant a}ant des pustules vaccinales en activité peut être atteint de variole dont il avait subi l’infectiun avant la vaccination, et on peut obtenir une belle vaccine chez un individu couvert j de pustules varioliques. Les deux processus ne s’excluent qu’après le

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décoiu’s complet qui semble indiquer que l’infection de l'organisme est terminée.

Si la vaccination a échoué, il faut de nouveau vacciner l’enfant au bout de deux à trois mois. Quelques personnes paraissent réfractaires pendant un certain temps et à certain vaccin, mais peu d’individus le sont d’une manière absolue; il est bien difficile de savoir s’ils le sont aussi pour la variole.

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h. DERMATOSES INFLAMMATOIRES, AIGUES,

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