‹ Pathologie et traitement des maladies de la peauChapitre 187 sur 214 · SUR LA PIEDRA · texte numérisé non relu

SUR LA PIEDRA

de MedelUn, 1889, p. 88; Gustav Behrend, u. Trichomjœosis nodosa (Juhel-Rénoy), Piedra (Osorio) — Berlinerklin. W-'oc/jenscÆ?’., 1890, n°21 ; Glasgow-Païteson, Trichomycosis nodosa, a correction and a note — Dublin Journ. of Med. Sc. Sept., 1889, et The hrït. Journ. of Dermat., 1890, p. 101; Jurel-Rénoy et G. Lion, Rech. liislo-biol. et étiol. s. la Trichomycose nodulaire (2® Mémoire) — Ann. de Dermat. et de Syph., 3® série, T. I, 1890, p. 763, PL 1, 11.

IL — L’importance pratique de cette affection est sans proportion avec cette série considérable de travaux importants; son intérêt est presque tout scientifique, et relatif à fhistoire générale des épiphytes du système pilaire.

Nous lui conservons le nom de piedra, non à cause de sa signification ou de sa valeur, mais parce qu’il est court, qu’il a la priorité, et qu’il porte la marque d’origine; qu’il ne prête à aucune ambiguïté, et qu’il peut être conservé quelle que soit la notion que l’on se fasse de sa nature ou de sa cause. Très certainement, la dénomination de Trichomycose nodulaire donnée par Juhel-Rénoy est plus élégante et plus scientifique ; mais la dénomination territoriale et native conserve toute sa valeur.

III. — La piedra peut se rencontrer accidentellement en différents pays, — voy. plus haut, Lindemann, Beigel, Knoch, — mais elle est en réalité concentrée essentiellement dans une province de la Colombie, la Càuca.

Très rare chez l'homme, où on l’a observée dans la barbe, elle ne se rencontre régulièrement que sur les cheveux, chez les femmes à longue chevelure, les jeunes femmes particulièrement, mais non exclusivement.

La transmission contagieuse paraît établie; forigine du parasite reste indéterminée : habitude de mouiller fréquemment les cheveux avec de l’eau de rivière sans les essuyer, usage de cosmétiques locaux (mucilage huileux), etc.

Le cheveu piédrique est caractérisé par la présence de très petites nodosités — plus petites que les lentes du phthirius, ou que les grains de l’idrotrichose rouge — visibles à l’œil nu, blanchâtres ou de coloration moins intense que celle du cheveu ; très aisément perceptibles aux doigts qui pressent le cheveu en parcourant sa longueur; disposées inégalement et irrégulièrement en grand nombre — 23 sur un cheveu de 0“,60, Juhel-Rénoy — exclusivement sur la tige, jamais sur la racine et restant toujours, d’après Posada-Arango, distantes d’au moins 1 centimètre de la surface du cuir chevelu.

Aucune altération de nutrition radicale du cheveu, qui conserve sa consistance et sa résistance; il devient lanugineux, dévié, frisé, se mêlant facilement aux autres cheveux, et constituant une sorte de plique — plique colombienne.

Juhel-Rénoy a précisé avec soin cette intégrité du poil. « Le parasite, dit-il, est semé à la surface; il ne pénètre pas dans son intérieur... La cuticule reste intacte. »

La nature parasitaire des nodosités piédriques ne fait plus aujourd’hui de doute; elles sont constituées par des amas de spores d’un volume double à peu près — Juhel-Rénoy — de celui du trichophyton,

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ECZÉMA MARGINÉ

Je vous parlerai, en dernier lieu, de l’eczéma marginé de Hebra; les parties génitales et leur voisinage immédiat sont le siège le plus habituel de cette alTection; on voit se former en ces points des cercles et des arcs de cercle dont la dimension varie de celle d’un centime à celle de la paume de la main et plus, lesquels, par exemple, vont sans interruption du scrotum sur la région inguinale, vers les faces interne et postérieure des cuisses, de là vers la région lombaire et, revenant de ce point sur l’autre membre, atteignent le pubis, en passant par-dessus la face interne des cuisses. Aussi, on peut partout rencontrer un ou plusieurs de ces cercles et de ces arcs de cercle sur le tronc et les membres. Leur bord est dentelé, recouvert de petites papules, de vésicules

et toujours plus considérable que celui de ses spores géantes, multiformes, polyédriques arrondies, etc. Le lecteur qui voudra approfondir ce sujet, étudier l’épipbytose piédrique, devra se reporter aux travaux ci-de^sus cités, et particulièrement aux mémoires de Juhel-Rénoy, Juhel- Rénoy et Lion, Rehrend, surtout pour la technique et les cultures.

Le diagnostic du cheveu piédrique ne présente, même macroscopiquement et au simple examen clinique, aucune difficulté de fond; l’affection avec laquelle on pourrait le mieux la confondre, le lépothrix de Wilson, notre idrotrichose rouge granulée, indépendamment des caractères de couleur des granulations, etc. — Yoy. T. 1, p. 181, note 1, et T. II, p. 229, 230, 231, note 2 — ne s’observe pas au cuir chevelu, mais à Faisselle ou aux organes génitaux, où on ne rencontre pas la piedra.

Quant aux poils moniliformes, aplasiques, trichorrexiques, etc., le fait même des lésions trophiques du cheveu, les fractures et la trichoptilose, l’absence des parasites, etc., etc. — voy., plus haut, les notes et le texte courant des pages 223 à 232 — ne permettent aucune confusion.

Le caractère accidentel de l’épiphytose piédrique, l’absence de toute altération radiculaire de nutrition, l’innocuité delà présence du parasite pour le cuir chevelu lui-méme, enlèvent à cette affection régionale tout caractère de gravité.

Il serait probablement fort aisé d’en réaliser l’extinction, par une prophylaxie basée sur une modification radicale dans les habitudes de toilette usitées dans les pays où règne la piedra.

D’après Juhel-Rénoy et Lion, l’eau très chaude simple, ou additionnée de sublimé à la dose de 1 p. 1000, est le meilleur désagrégeant des anneaux piédriques. Gela étant, nous pensons que les pulvérisations de ces liquides, les douches de vapeur, les immersions de la chevelure, aidées de Faction simultanée, opportune, et bien conduite du peigne fin, arriveraient aisément à la guérison de la piedra, ou plutôt à son extirpation, parle procédé que nous avons indiqué pour débarrasser les poils ou les cheveux des lentes du phthirius ou des poux de tête.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

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ou de croûtelles brun jaune, tandis que la surface cutanée qui se trouve au centre est pigmentée en brun foncé, déchirée par le grattage, recouverte de petites croûtes ou entourée de cercles de nouvelle formation. Gomme la présence de la sécrétion et des croûtes en témoigne, cette affection donne lieu à un prurit intense et au grattage, lesquels joints à l’éruption papuleuse que l’on observe, ont décidé Hebra à désigner cette affection sous le nom d’eczéma; la forme annulaire offre cependant la plus grande ressemblance avec l’herpès tonsurant.

Kobner et Pick en premier lieu et, plus tard, moi-méme, avons trouvé, dans l’épiderme correspondant aux cercles de l’eczéma marginé, des champignons semblables à ceux de l’herpès tonsurant, et les deux auteurs que je viens de nommer ont fait valoir, en partie expérimentalement, des motifs à l’appui de l’opinion que l’eczéma marginé de Hebra est identique à l’herpès tonsurant. Hebra, au contraire, bien qu’il admît la nature parasitaire de l’affection, pensait devoir maintenir intacte sa nature eczémateuse, ainsi que sa dénomination. On ne peut, en effet, méconnaître la valeur, à ce point de vue, des phénomènes suivants : en premier lieu, de la vive démangeaison qui existe ■ dans cette affection; en second lieu, de sa grande ténacité, quinze à vingt ans et même plus; en troisième lieu, de la résistance énergique qu’elle oppose au traitement, et de ses récidives fréquentes aux mêmes lieu et place; en quatrième lieu enfin, de sa non-contagiosité, vu qu’elle ne se communique pas directement entre personnes vivant dans un contact intime, par exemple des gens mariés. C’est pour cela aussi qu’on ne la rencontre jamais d’une manière endémique, comme dans une institution ou dans une famille. En cinquième lieu, les poils de la région envahie ne se cassent pas et ne deviennent pas ternes; toutes conditions qui n’existent pas dans l’herpès tonsurant. C’est pour ce motif aussi que Pick s’est vu forcé de considérer l’eczéma marginé comme une combinaison de l’herpès tonsurant et de l’eczéma, ce qui est aussi mon opinion.

A l’appui de cette manière de voir, il faut encore noter les causes occasionnelles qui favorisent l’apparition et les récidives de l’eczéma marginé. C’est ainsi que l’on voit se développer tout d’abord de l’intertrigo eczémateux sous une forme marginée et, plus tard, de l’eczéma marginé, sur la peau de personnes dont l’épiderme est macéré par la transpiration au niveau des surfaces qui se trouvent en contact réciproque des plis génito-cruraux, sous-mammaires, etc., chez les personnes obèses ou chez celles qui sont obligées de rester longtemps assises. Une cause analogue et très fréquente, c’est la macération de l’épiderme par l’eau dans l’hydrothérapie et principalement avec la

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ceinture de Priessnitz, sous laquelle il se développe très habituellement un eczéma simple, souvent de l’herpès tonsurant, et très fréquemment dans ces cas, d’une manière incontestable, les deux affections ensemble sous forme d’eczéma marginé.

Le diagnostic de cette affection est facile, parce que la forme annulaire de l’herpès tonsurant et le caractère de l’eczéma sont représentés en même temps et distinctement par les vésicules et les effets du grattage. 11 n’est pas aisé d’obtenir une guérison durable ; la persistance des causes favorise les récidives, et l’on n’obtient que difficilement la destruction des germes parasitaires. Dans cette affection (et c’est là un caractère qui lui est particulier), le champignon est placé profondément, sans doute à cause de la grande épaisseur des couches épidermiques, et il faut pour l’atteindre dépasser les couches supérieures, circonstance dont il faudra se rappeler dans le traitement.

Parmi tous les rhoyens thérapeutiques dont il a été question jusqu’à présent pour le traitement de l’herpès tonsurant, il en est quelques-uns seulement dont l’expérience ait prouvé l’efficacité. Parmi ces derniers, ceux qui réussissent le mieux sont la pommade de chrysarobine et l’onguent de Wilkinson, le naphtol en solution alcoolique (1 p. lOOj, sous forme de pommade (5 p. 100), les savons et les pâtes de soufre et de naphtol, que l’on emploie sous forme de badigeonnage dans un cycle de six à douze fois. Nous recommandons ensuite les applications de sublimé (1 sur 100 d’alcool), la pâte de goudron, d’alcool et de soufre, le goudron, la teinture d’iode. Si la guérison est lente et l’épaisseur de l’épiderme considérable, ce qu’il y a de mieux à faire pour amener la résolution, c’est d’avoir recours à la potasse (1 sur 2 d’eau), aux applications de savon mou, ou à l’acide acétique et, une fois que la cicatrisation a eu lieu, de faire des frictions avec les remèdes ci-dessus.

Il m’est impossible de déterminer si les eczémas semblables à des ])laques, dans lesquels H. Hebra a trouvé des éléments parasitaires, représentent une catégorie particulière de dermatomycose eczémateuse (1).

(1) 1. — Beaucoup des confusions de mots et de choses qui seront remarquées par le lecteur dans l’exposition, faite par l’auteur, de 1’ « eczéma marginé cessent si l’on veut bien remarquer que ce terme ne représente pas une maladie fermée, mais une forme topographique d’épidermodermite qui peut être réalisée par plusieurs causes pathogéniques.

Ce n’est pas seulement le trichophyton qui peut produire le type clinique indiqué par Hebra, mais encore le microsporon d’Eischtedt, et quelques autres. Le plus habituellement, c’est le trichophyton; et l’eczéma marginé est communément un eczéma trichophglique, ou mieux une (richophytie eczématoïde, ou eczém'atique, marginée.

On comprend, alors, les variétés que peut revêtir le type clinique non

ECZÉMA MARGINÉ

SuUe de la note des Traducteurs.

seulement selon les conditions individuelles, mais encore selon le parasite, et aussi pour le même parasite, selon son mode germinatif .

Sur un même individu, en effet, ou sur des sujets différents, un parasite identique, le trichophyton par exemple, ne végète pas toujours de la même manière, avec une proportion comparable de spores et de mycélium, ni avec des gonidies ou des filaments de même prospérité germinative; et les irritations qu’il produit, les lésions qui en dérivent n’évoluent pas toujours dans des délais mesurés et égaux : Voici un sujet chez lequel le trichophylun détermine, selon sa règle habituelle, des disques et des anneaux érythémateux irritatifs, qui évoluent en quelques jours ou en quelques semaines; mais en voici un autre qui présentera une éruption circinée torpide, végétant sur place pendant PLUSIEURS ANNÉES, et le parasite sera le même trichophyton.

IL — La dénomination d’eczéma marginé, qui certainement est litigieuse en principe, peut être conservée, au moins provisoirement; elle serait certainement plus exacte dans la généralité des cas, si elle était modifiée par l’addition du mot parasitaire — eczéma parasitaire marginé.

Mais la qualification d’eczéma est souvent fort contestable, et le mot d’m terfriÿo parasitaire serait en réalité le moins imparfait. Qu’estce aujourd’hui, en effet, qu’un « eczéma »? El quelle signification accorder à un terme, prodigué à une infinité d’affections différentes, depuis l’érythème jusqu’au lichen en passant par le psoriasis? A la vérité, si l’on adoptait le thème de Unna admettant que l’eczéma est nécessairement une maladie parasitaire — voy. Unna, Nature et traitement de l’eczéma. Congrès de Birmingham, août 1890 — la question serait considérablement simplifiée.

Mais assurément non, l’eczéma n’est pas toujours parasitaire, et s’il l’était, il devrait perdre son nom, pour recevoir une dénomination basée sur la connaissance de son élément pathogène. Que beaucoup d’aflèctions dénommées eczéma aient un parasite pathogène, nous ne le contredisons pas; mais, aussi longtemps que la flore cutanée sera tellement riche que l’on ne peut savoir à quel microphyte s’en prendre, ce thème ne pourra pas être sérieusement soutenu au sens général. Dans l’état actuel de la science il y a trop de choses que nous ignorons, que nous ne pouvons pas comprendre en raison de cette ignorance, pour qu’il ne soit pas préférable d’ajourner ces discussions.

III. — V intertrigo parasitaire marginé s’observe surtout dans les pays chauds, les saisons chaudes; dans les pays tempérés et froids chez les sujets qui portent des vêtements de laine en contact avec la peau, des ceinturesou des gilets qui, dans la flexion du corps, viennent au contact avec les surfaces en rapport; sur les sujets « arthritiques », obèses, idrosiques, et sur ceux qui négligent, ou ignorent, les soins et les ablutions de la toilette du corps.

Chez un sujet qui ferait, chaque jour, le lavageau savon des pliscruroscrotal, fessier, des plis axillaires, et qui ne porterait ni vêtement de

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Pityriasis versicolore

Le pityriasis versicolore (I), conside'ré à tort par quelques pathologistes comme un « chloasma », connu par les gens du monde sous le nom de « taches hépatiques », se manifeste sous la forme de points

flanelle ni suspensoir infectés, on ne verrait jamais (on ne voit jamais) se produire l’intertrigo parasitaire marginé.

La prophjdaxie en est fort simple; mais combien de personnes qui s’inondent d’eau froide chaque matin selon la mode actuelle, ne savent pas que la toilette locale réclame pour beaucoup de sujets, idrosiques et stéatidrosiques, l’usage de l’eau chaude, du savon, d’un linge non contaminé, au lieu des éponges indésinfectables. Combien prennent de leur linge de corps, des vêtements de dessous surtout, le soin nécessaire? Le médecin dermatologiste, qui sait à quoi s’en tenir à cet égard, sait aussi combien la très grande généralité des individus ignore jusqu’aux éléments de l'hygiène du vêtement.

Si Yintertrigo marginé, de quelque nature qu’il soit, n’est pas très ancien, s’il n’a pas déterminé de dermite lichénoïde, ou bien s’il n’y a pas d’épidermite eczématique aiguë, sa guérison est rapide et aisée, par tous les moyens de traitement de la trichophytie des parties glabres; s'il y a de la dermite aiguë, le traitement banal — lotions alcalines faibles, écartement des surfaces, etc. — sera d'abord appliqué ; si la dermite est chronique avec derme épaissi, les emplâtres de zinc d’abord, puis de Vigo fin en couche très atténuée, l'huile de cade, etc., — réussiront aisément. El la guérison sera solide si le malade est instruit des règles de l’hygiène de la peau aux régions de contact, et de l’hygiène des vêtements, par un médecin qui en connaisse lui-même les principes, et qui prenne la peine de rectifier les défectuosités qu’il aura constatées dans les vêtements, et dans les habitudes du patient. Les suspensoirs anciens doivent être détruits, de même les bandages herniaires infectés, tous les linges de corps doivent être désinfectés à l’étuve, et convenablement entretenus, etc. Ernest Besnier. — A. Doyon.

(1) Écrivant en français nous écrivons versicolore, et non versicolor comme on le fait généralement. A de rares exceptions près il n’y a aucune raison de conserver l’habitude surannée de latiniser les qualificatifs des termes latins que l’usage a francisés. Nous disons, par exemple : pityriasis pilaire, pityriasis de la tête, etc., psoriasis ponctué, en gouttes, linéaire, etc., et non pityriasisjoi/aris, ca/iîtw, psoriasis;«mctata, guttata, gyrata, etc.

I. — Versicolor, versicolore (variable de couleur) est un qualificatif emprunté à la botanique, où on l’applique aux organes qui changent plusieurs fois de couleur pendant les phases de leur développement, comme la corolle de diverses borraginées. Celte qualification, que les auteurs omettent communément de préciser ou d’expliquer, a une valeur réelle, en ce sens que la « couleur café au lait » du pityriasis d’Eischledt peut varier chez le même malade, au point d’être quelquefois momentané-

PITYRIASIS VERSICOLORE.

dont la coloration varie du jaune pâle, brun jaune au brun foncé, rarement rouge pâle, de taches irrégulières de la dimension d’une lentille, d’une pièce de 50 centimes à celle de la paume de la main, et sur-

Jlicrosporon furfur, champignon du pityriasis versicolore.

I Grossissement d’environ 700 diam. (Dans le dessin on n’a

I pas représenté les cellules épidermiques dissoutes.)

j ment rosée, et simuler une éruption d’une autre nature, surtout dans

ii les cas où il est disposé en gouttes.

II. — La dénomination de pityriasis versicolore est moderne, elle a été il donnée par Willan, au commencement de ce siècle, pour différencier

j certaines éruptions pseudo-chromiques — les taches dites hépatiques

particulièrement — des hyperchromies ou des dyschromies véritables : éphélides, chloasma, vitiligo, etc. Cependant, si le mot appartient à - 1 YVillan, la chose avait été indiquée bien antérieurement par divers observateurs, et notamment parSennert; mais ceux-ci, pas plus que j celui-là, ne pouvaient deviner la nature véritable de l’affection, la reconnaître dans toutesses variétés, et donner en réalité des moyens de diagnostic assez absolus pour que la connaissance de l’éruption devint j vulgaire. En vain avaient-ils, avec un grand talent d’observation, pré- ! cisé ses caractères principaux ; variabilité delà teinte chez le même I sujet (versicolore), disparition et réapparition des taches, desquamation i (pityriasis), lieu d’élection au thorax, etc., la confusion ne cessa de

( s’accroître (nous ne disons seulement pas de persister) que lorsque

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venues simultanément sur de grandes surfaces de la peau. Ces taches sont tantôt unies, brillantes, tantôt mates et squameuses, Parfois il se forme aussi, par régression centrale, des cercles dont l’étendue dépasse celle d’une pièce de 50 centimes (1). Elles ont leur siège principal au tronc, au cou et aux côtés de flexion des membres supérieurs, plus rarement à ceux des membres inférieurs, jamais aux mains, aux pieds et à la face. On les observe également sous forme de taches, nettement délimitées, brun jaune, squameuses, dans le creux de l’aisselle, dans la région sous-mammaire et aux surfaces de contact du scrotum et de la cuisse (2). On peut enlever par le grattage avec l’ongle, sous forme de

Eiscbstedt — 1846, Froriep's Notiz., vol. XXXIX — eut démontré la nature parasitaire de l’affection. Depuis lors, cependant, les plus singulières difficultés, ou les plus inexplicables confusions, ont encore été produites même par des maîtres éminents et illustres; on regrette, par exemple, qu’Erasmus Wilson ait pu s’attarder à contester la nature parasitaire du pitj'riasis d’Eichstedt; que Hebra ait tenté, un moment, de le rattacher aux hyperychromies, et surtout que notre Bazin ait pu enseigner, contre toute évidence, l’identité du chloasma (masque des femmes enceintes) et des éphélides lenticulaires, avec le pityriasis versi- Cülore. Ernest Besnier. — A. Doyon.

(1) Il y aune grande multiformité: Quelquefois le pityriasis versicolore

e?,\. ponctué : ce sont de toutes petites taches jaunes sertissant l’orifice d’un follicule pileux et affectant parfois une disposition élégante ; d’autres fois, ce sont des gouttes assez régulières pour simuler diverses autres formes éruptives de même ordre; plus rarement des disques réguliers, ou des anneaux, Unna — Mik. Beitr. Vierlel. f. Dermat., etc., 1880, n°’ 2 et 3. — Très communément, ce sont des plaques, des nappes irrégulières couvrant de vastes étendues du thorax, des épaules, des plis articulaires, à bords plus ou moins irrégulièrement dessinés. Chez le même sujet, toutes les formes, ou presque toutes, peuvent coexister, et les plus élémentaires se retrouvent entre les lacs ou disques principaux. E. B. — A. D.

(2) Tous les points de la surface du tégument externe, à l’exception de la main et du pied, peuvent être le siège du pityriasis versicolore; mais les parties habituellement couvertes constituent les lieux à peu près exclusifs de son développement. Non pas, comme on l’a dit, que le parasite ne puisse fructifier aisément à l’air et à la lumière, mais parce que les conditions de germination sont plus favorables dans les parties recouvertes par les vêtements, et plutôt encore parce que ces mêmes parties sont moins exactement soumises aux ablutions régulières. Nous ne croyons pas, par exemple, à la possibilité de la culture du pityriasis versicolore sur des régions qui seraient soumises très exactement chaque jour à des lotions savonneuses.

On peut l’observer sur le col, à la nuque, et jusque dans la partie

PITYRIASIS VERSICOLORE.

lamelles, l’épiderme des taches, et la base rouge et saignante est mise à nu (1). Un prurit modéré accompagne cette maladie qui, dans des points isolés chez quelques personnes, persiste d’une manière dîFuse et générale'avec de légères modifications souvent pendant de nombreuses années, quinze à vingt ans. Son développement se fait d’une manière insensible, ainsi que sa régression, qui se produit parfois de bonne heure, mais toujours à un certain âge, vu que chez les personnes âgées, on ne rencontre jamais le pityriasis versicolore, mais seulement chez celles qui sont entre la puberté et l’âge mûr.

On peut voir immédiatement au microscope, dans les lamelles épidermiques enlevées par le grattage, le champignon propre à cette mycose découvert, en 1846, par Eichstedt, et, désigné par Robin sous le nom de microsporon furfur (fig. 67). Il consiste en gonidies extraordinairement et régulièrement grosses, qui forment toujours de petits amas au nombre de trente, et même plus uniformément répartis, et en mycéliums multiformes et courts qui relient entre elles ces gonidies et ces

velue du visage, chez l’homme, dans le cas où il existe sur le tronc.

Nous l’avons, une seule fois, mais de la manière la plus certaine, constaté à la région frontale, où il simulait le chloasma, chez une jeune femme.

En résumé, la région thoracique, antérieure et postérieure, les épaules, la partie inférieure du cou, la région péri-ombilicale, les aisselles, les plis anlibrachiaux, les aines, les régions poplitées, puis la face interne des membres, en dernier lieu les régions velues, notamment chez l’homme, voilà, par ordre de fréquence, les points où l’on peut rencontrer le pityriasis d’Eichstedt.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

(1) Il y a à distinguer, dans le pityriasis versicolore, la desquamation et la desquamativité.

Tantôt les taches sont lisses, tantôt farineuses et manifestement pityriasiques, mais ce caractère n’appartient pas â toutes les périodes de l’évolution du parasite, et sa valeur diagnostique est secondaire; ce qui est constant, c’est V altération de consistance de la couche cornée superficielle de l’épiderme, laquelle, infiltrée de microsporon, se laisse plisser et décoller aisément, soit par le grattage avec une curette, soit plus pratiquement par le grattage avec l’ongle. Un coup d'ongle donné un peu brusquement, même sans atteindre le sommet des papilles et sans produire le plus petit écoulement de sang, produit facilement le lambeau desquamatif, qui est à peu près absolument pathognomonique. Dans les cas douteux, le grattage avec la curette, la pointe d’un canif, etc., permettent toujours de produire une exfoliation suffisante pour le contrôle microscopique, ou pour les cultures.

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amas de gonidies et qui, en parue, émettent des gonidies, en partie proviennent de ces mêmes gonidies (1).

On n’a jamais vu une prolifération du champignon pénétrer dans

(I) I. — Dans un travail publié en commun avec Baker, le Pit3Tiasis versicolore, avec planches — Gaz. hebd. de méd., 1882 — nous avons résumé de la manière suivante la technique et les caractères histologiques du pityriasis d’Eichstedt :

Technique. — Dans la grande majorité des cas, l’analyse histologique du pityriasis versicolore est des plus faciles, il suffit de transporter sous le champ du microscope la lamelle épidermique obtenue par le grattage d’une tache et placée dans la solution de potasse ou de soude à 40 ou 20 p. 100, ou dans l’ammoniaque, pour reconnaître immédiatement la présence du mycrophyte. En écrasant ou en dilacérant convenablement la lamelle, l’observateur le moins expérimenté fera immédiatement une constatation suffisante pour mettre le diagnostic hors de doute. Mais si le cas est douteux ou si l’on veut obtenir de belles préparations, il faut préalablement opérer le dégraissage dans l’éther, et colorer à l’aide de l’éosine ou du violet de Paris ; les épreuves ainsi obtenues montrent des détails importants, qui semblent difficiles à constater nettement sur les pièces non colorées. La méthode de Weigert donne les plus beaux résultats.

D’ordinaire, le champignon est à ce point abondant qu’on le trouve immédiatement ; quelquefois on est obligé de le chercher assez longtemps. Cette dernière remarque a trait surtout aux cas dans lesquels il existe simultanément plusieurs microphytes à la surface de la peau.

IL — Description du parasite. — Quoi qu’il en soit, dansl’immense majorité des cas, le Microsporon furfur se reconnaît rapidement, grâce aux dispositions caractéristiques qu’il affecte. 11 se présente sous l’apparence de grappes, d'amas de spores plus ou moins nettement circonscrits, et reliés entre eux par des tubes irrégulièrement disséminés entre les cellules épidermiques.

Le volume des amas de spores est très variable; on peut compter 5, 10, 20, 30 spores dans une grappe, et d’autres fois la végétation sporulaire est tellement abondante que les spores forment une véritable nappe continue dans toute l’étendue de la préparation.

L’étendue des spores est absolument variable; elles sont presque toutes rondes, ou offrent un aspect aplati, rappelant un peu celui des globules du sang. On reconnaît facilement qu’elles sont constituées par un noyau de substance grenue, de volume variable et par une gaine protoplasmique homogène et transparente. Ces détails se voient bien sur les préparations colorées, le réactif se fixant sur le noyau, tandis qu’il respecte son enveloppe. Les éléments en contact avec le réactif sont rapidement colorés : ils ne paraissent pas offrir à ce point de vue une résistance comparable à celles des éléments de l’achorion et du trichophyton. Toutefois la macération doit être encore assez prolongée, si l’on veut que le réactif atteigne les spores placées dans les couches les plus profondes de l’épiderme.

PITYRIASIS VERSICOLORE.

les poils, mais seulement dans l’épiderme de l’orifice folliculaire (Gudden) (1).

Bien que Kôbner et tout récemment Hublé aient plusieurs fois pu s’inoculer expérimentalement le pityriasis versicolore, il est cependant vrai que la transmission accidentelle de cette affection d’un individu à un autre a rarement lieu, bien que le parasite existe en grande quantité et soit superficiel. Une disposition tout à fait spéciale de la

Les tubes présentent un ensemble de caractères très importants :

1“ Us sont courts et par conséquent peu flexueux; ils sont droits ou contournés plus ou moins fortement en U ; 2° ils sont peu ramifiés; plus' souvent ils sont libres, isolés on placés bout à bout; S** ils présentent la même constitution que les spores,. c’est-à-dire qu’ils ont une enveloppe homogène, transparente, résistant aux agents colorants, et un contenu d’apparence compacte, un peu granuleux, qui peut occuper toute la longueur du tube ou bien être plusieurs fois segmenté.

Mais si les éléments du Microsporon furfur présentent une disposition et un ensemble de caractères propres à les faire distinguer facilement des autres parasites, leur mode de végétation reste obscur. On voit assez fréquemment une spore ou même deux spores placées à l’extrémité d’un tube; les tubes sont souvent renflés à leur extrémité; on observe souvent aussi la segmentation de leur contenu; mais on ne voit pas se produire la segmentation de la gaine protoplasmique.

Ce qui paraît, en revanche, très vraisemblable, c’est que les éléments se produisent et se multiplient aussi bien par l’intermédiaire des tubes que par celui des spores. Celles-ci en se développant et en s’allongeant donnent naissance aux tubes et les tubes produisent eux-mêmes des spores, par le mécanisme que nous avons exposé. Leur extrémité se renfle à la manière d’un bourgeon ; leur contenu se segmente, puis sans doute la gaine, et la nouvelle spore se trouve constituée.

La végétation parasitaire occupe un siège bien détermine : elle ne dépasse pas les couches cornées de l’épiderme, pénètre peu dans le corps muqueux et s’arrête à ses limites, mais parait occuper la couche cornée tout entière. Celle-ci est, en quelque sorte, infiltrée par le parasite qui la gonfle, la fait paraître saillante, lui donne un aspect terne, mat, dissocie les divers plans de cellules épidermiques qui la composent, et diminue enfin son adhérence au corps muqueux, circonstance que la clinique avait depuis longtemps relevée, et qui explique pourquoi il suffit d’un léger raclage, d’un coup d’ongle pour la détacher. Eknest Besnier. — A. Doyon.

(1) Cette impuissance particulière du microsporon d’Eischtedtà attaquer le poil, et à y trouver aliment est des plus remarquables ; il est également à signaler qu’il ne possède aucun caractère irritant, alors que les éléments du trichophyton, par exemple, donnent lieu à des érythèmes allant jusqu’à la vésication, jamais les champs de microsporon ne déterminent de véritable irritation dermique, l’excitation hyperhémique mobile est son plus extrême mode d’action.

CINQUANTE-DEUXIÈME LEÇON

peau semble nécessaire (comme les expériences de G. Thin l’ont récemment confirmé) pour qu’il puisse se fixer, cela résulte déjà de ce que celte afiection récidive facilement chez les personnes qui en ont été déjà atteintes, même après qu’elles ont été guéries plusieurs fois; on n’a, au contraire, pas observé de transmission certaine chez des personnes mariées, malgré une vie commune de plusieurs années. On voit à quel point le pityriasis versicolore diffère des autres mycoses par l’aspect, la marche, le mode particulier de végétation du champignon et les conditions de contagion. Les contagions de ce genre signalées dernièrement aussi par Hublé sont difficiles à prouver (1).

(1) Heinricu Kôbner, dans ses belles recherches sur les dermatomycoses — Klinlsche und experimentelle Mittheilungen aus der Dermatologie und Syphilidologie, von D'^’ Heinricu Kôbner, Arzt in Breslau,Erlangen, 1864, — recherches qui n’ont pas reçu dans notre pays la vulgarisation qu’il eût été juste et utile de leur donner, a réalisé expérimentalement le premier, et seul à notre connaissance, cette transmissibilité à l’homme et aux animaux.

Voici ce qu’il dit du Microsporon furfur après avoir rapporté ses expériences sur le trichophyton :

« Nous avons été moins heureux dans les recherches sur la production du pityriasis versicolore, à l’aide des méthodes épidermoïdale et sous-épidermoïdale. T.e résultat de nos tentatives resta longtemps négatif. A la fin cependant, l’ensemencement du microsporon sur mon sternum réussit, sous la forme de taches brunes et sèches. Sur des lapins, le microsporon produisit une abondante desquamation durant de cinq à sept semaines, entremêlée de petites gonidies et de mycélium grêle. »

Quelle est la durée de la germination du Microsporon furfur, ou autrement, combien faut-il de temps pour que le parasite semé devienne cliniquement visible? Voilà une question essentielle, sans la solution de laquelle il est tout à fait impossible d’étudier sérieusement ce qui a trait à la contagion de l’affection. Mais comme Kôbner a oublié, dans le travail cité ci-dessus, de dire ce qu’il en était, les auteurs ne s’en sont pas autrement inquiétés, et n’ont pas soulevé cette question indiscrète. Cependant le savant professeur avait consigné dans ses notes la durée de cette germination qui n’a jamais été inférieure à trois ou quatre semaines (il a bien voulu relever ses notes sur ce point à notre demande), et il en avait, d’autre part, signalé l’indication précise en 1867 dans le Jahresbericht der Schlesischen Gesellschaft fur vaterlandische Cultur, medicinische Section, pro 1866, p. 181, d’après la démonstration qu’il a faite devant cette Société d’une inoculation réussie. C’était la première.

Cliniquement, la démonstration de la contagiosité du pityriasis versicolore est plus complexe; mais les occasions de constater l’affection à la fois sur deux conjoints ne sont pas tout à fait aussi rares que cela a été dit. Ici, l’enquête doit être directe et non médiate ; plus d'une fois, nous avons pu retrouver des nappes de pityriasis versicolore sur des

PITYRIASIS VERSIGOLORE

Au point de vue du diagnostic, une erreur est à peine possible ; même les formes rappelant la roséole syphilitique par des taches rouge tendre et discrètes se reconnaîtront à première vue, puisqu’on peut les enlever avec l’ongle (1).

sujets qui en ignoraient absolument l’existence, et niaient avoir aucune éruption sur la peau. On ne doit donc considérer comme faits absolument négatifs que ceux dans lesquels le médecin a pu constater de visu, après examen suffisant, que le conjoint du sujet pityriasique était absolument indemne. Voy., comme complément, la note - de la page 454, Tome II, 1''® édit, de cette traduction et notre travail de 1882, lac. sup. cit., et Cf. Hüblé, Rech. sur le Pilyr. versic., sa transmissibilité, et ses conséquences en médecine judiciaire — Bevue médicale de Toulouse, juillet 1886.

L’histoire du pityriasis versicolore comporte encore beaucoup d’autres particularités curieuses, ou de points intéressants que l’obligation où nous sommes de nous borner ne nous permet que d’indiquer,

La germination du microsporon dans la couche cornée ne s’effectue ni dans l’enfance ni pendant la vieillesse — nous n’avons jamais trouvé le pityriasis versicolore chez le vieillard ni chez l’enfant — elle subit des phases d’augmentation, de diminution selon les saisons, le vêtement, l’état du trophisme kératosique. Les présentent du pityriasis

versicolore surtout dans les formes lentes chroniques ; mais une maladie aiguë intermittente, amène, chez tous les sujets, un affaissement dans la germination du microsporon comme dans celle du trichophyton ou du favus. Ce n’est pas une disparition, comme l’a très bien noté E. Audi- GNIER, Thèse de Paris, 1886, mais un affaissement temporaire. Une maladie fortement desquamative, comme la scarlatine, élimine complètement le microsporon.

(1) Cela n’est pas toujours exact; non seulement chez certains sujets le signe du coup d’ongle manque régulièrement; mais après une première desquamation thérapeutique, la couche cornée non desquamée peut rester infiltrée de microsporon, sans desquamer au coup d’ongle.

Si pour un dermatologiste le diagnostic est toujours élémentaire, il est loin d’en être de même pour tous les médecins, et il n’est pas superflu d’établir une différenciation, de savoir les erreurs principales à éviter, et être prévenu que certains cas, et certaines localisations surtout, peuvent prêter à ambiguïté.

I. — Il n’est pas rare, tout d’abord, que le pityriasis versicolore échappe au médecin, si celui-ci n’examine pas la surface du corps, ou si, la regardant, il ne la voit pas d’un œil suffisamment attentif, ou sous un jour favorable.

Au premier rang des éliminations à faire, se placent les taches hyperchromiques, ou dyschromiques, ainsi que diverses colorations accidentelles du tégument.

En aucun cas, les taches hyperchromiques vraies ne donnent par

CINQUANTE-DEUXIÈME LEÇON

Suite de la note des Traducteurs.

le coup d'ongle le lambeau desquamatif chargé de microphyles, pathognonomique du pityriasis versicolore; traitées par la teinture d’iode, elles ne s’imprègnent pas d’un excès d’iode au même titre que les champs de microsporon et en général toutes les taches phytodermiques, excellent signe pratique que nous ne cessons de signaler.

Dans cet ordre, on saura distinguer la syphilide pigmentaire du cou, les macules syphilitiques de tout genre, le chloasma (masque des femmes enceintes), et toutes les mélanodermies, cachectiques ou parasitaires, localisées, consécutives aux irritants, vésicatoires, applications de teinture d’iode, etc.

Dans les dyschromies, on évitera surtout la confusion avec le vitiligo et avec la lèpre maculeuse, confusion que nous avons vue faite plus d’une fois; dans ces deux formes de peau maculeuse, la distinction peut toujours se déduire immédiatement, du fait de la coïncidence de l’achromie centrale et de l’hyperchromie périphérique, phénomènes caractéristiques de ces dyschromies.

On se tiendra en garde, là comme il le faut faire constamment en dermatologie, contre les taches simulées, contre les amas séborrhéiques, contre les crasses de tout ordre; l’eau chaude et le savon serviront de moyen diagnostique péremptoire.

En dehors des taches pigmentaires, la roséole maculeuse pourrait, à la rigueur, être confondue avec du pityriasis versicolore en gouttes, si la possibilité de cette erreur n’était pas dûment signalée. Dans tous ces cas enfin, l’examen histologique pourra toujours être invoqué par tous, en raison même de son extrême simplicité qui met la constatation de ce mycoderme à la portée des moins experts.

Si le pityriasis versicolore n’existait que sur les surfaces libres, aucune ambiguïté réelle de diagnostic clinique n’existerait, mais les difficultés commencent aussitôt qu’il est question de surfaces de contact, sillon intermammaire, creux axillaire, pli du coude, région fémoro-ano-génitale, creux poplité. Dans ces régions qui constituent des champs de culture excellents pour tous les rnycodermes, l’irritabilité spéciale du tégument, l’abondance des sécrétions sudorale et sébacée, l’absence de soins suffisants, etc., atténuent les caractères cliniques différentiels de chacun des parasites, ou donnent lieu aux lésions communes de l’intertrigo (érythème, desquamation, eczéma, etc.) qui masquent plus ou moins les caractères typiques.

II. — Histologiquement, les difficultés ne le cèdent en rien aux difficultés cliniques, et se compliquent souvent de la coexistence chez le même sujet, ou sur le même point du tégument, de plusieurs parasites.

En signalant la coïncidence fréijuente du pityriasis versicolore avec l’érythrasma et leur confusion possible , Kôbner, l’un des premiers, le premier peut-être, a eu la notion précise de ces difficultés. De son côté, Kaposi a très explicitement indiqué qu’en certaines régions, le pityriasis versicolore pourrait être confondu avec V Herpes tonsurans. Celte dernière remarque est très exacte, mais elle ne saurait avoir toute l’étendue

PITYRIASIS VERSICOLORE.

Le traitement du pityriasis versicolore doit être dirigé d’après le même principe et avec les mêmes méthodes et remèdes employés dans l’herpès tonsurant maculeux; il s’agit également ici de faire tomber

Suite de la note des Traducteurs.

que lui a assignée son auteur, car plusieurs des efflorescences que Kaposi et ses élèves admettent comme Herpes tonsurans, ont des caractères mycologiques différents, ou sont trop décidément frustes pour qu’il soit possible de les rapporter ainsi, d’autorité, au trichophyton. Quand une lésion est vraiment trichophytique, hormis les cas très anciens ou déformés par l’intensité des altérations inflammatoires, ou par l’activité d’une intervention thérapeutique antérieure, on trouve à l’examen histologique les caractères si nets de la végétation de ce mycoderme, et on les constate toujours, au moins dans les poils de la périphérie.

III. — Beaucoup plus difficile encore est l’affirmation, ou la négation, dans quelques-unes de ces formes curieuses d’érythème circiné furfuracé, de pityriasis rosé, d’érythème papuleux desquamatif, d’eczéma circiné et marginé, si fréquents en avant du sternum et dans la région dorsale. Dans la plupart de ces cas, les caractères histologiques sont frustes (spores banales), ou se rapprochent plutôt de ceux du Microsporon furfw\(\\xe de ceux du trichophyton; dans tous, il faut se mettre en garde contre la coïncidence des divers parasites et notamment du Microsporon niinutissinium de Burchhardt — Med. Zeit., 1859, Berlin, voy. trad. française de Kaposi, 1881, t. II, note des traducteurs et plus loin note 1, p. 863, et du Microsporon anomœon de E. Vidal — Ann. de Dermatologie, 1882.

Sur le thorax, le pityriasis versicolore est absolument commun, le microsporon de Burchardt et le parasite de Vidal assez fréquents, le trichophyton plus rare; la supposition de fréquence de ce dernier est venue, de sa confusion avec quelques-uns des autres mycodermes, et de l’annexion qui lui a été faite, abusivement selon nous, d’efflorescences jugées parasitaires sur des caractères histologiques que nous déclarons insuffisants.

Dans les plis axillaires, antibrachiaux, le trichophyton est relativement rare, le pityriasis versicolore plus commun, et l’érythrasma assez fréquent ; dans le pli inguino-génital, aux points de contact du scrotum avec la cuisse, tous les parasites sont communs, y compris l’érythrasma, et la difficulté de diagnostic clinique y est souvent très ardue. Si l’affection y est très ancienne, médiocrement irritative, les disques uniformes sur toute la surface, l’érythrasraa est plus probable; si les disques sont nettement circinés, très irritatifs à la périphérie ; si l’affection a évolué avec rapidité, le trichophyton est presque certain; si les caractères sont douteux, l’irritation dermique peu intense ou nulle, la desquamativité facile, le pityriasis versicolore existe probablement. Mais il faudra presque toujours le contrôle microscopique qui sera facile et éclatant s’il s’agit de microsporon furfur, ou de trichophytie réc’ente. Pour le microsporon de Burchhardt, la délicatesse du parasite rend l’apprécia-

CINQUANTE-DEUXIÈME LEÇON

d’une manière méthodique et en peu de jours toutes les couches épidermiques supérieures qui sont le siège du champignon (1).

E. Vidal a dans ces derniers temps décrit comme m3’Cose spéciale, sous le nom de « pityriasis circinata et marginata », des plaques variant du rose au brun pâle, avec desquamation modérée, et dont la dimension peut atteindre jusqu’à celle d’une pièce de 50 centimes; ces plaques s’observent sur le tronc, les membres, au creux des aisselles, lia donné à ce champignon, qui est caractérisé par de très fines spores (sans mj'célium), le nom de « microsporon anomeon ou dispar ».

Érythrasma (barensprung)

L’érythrasma (Bârensprung) est une forme morbide assez fréquente et par conséquent aussi plus généralement connue que la précédente. Son individualité clinique et mycosique a été établi dans ces dernières années

tion vraiment difficile pour les médecins peu versés dans ces recherches.

Nous ne voulons pas prolonger cette étude un peu ardue. Nous avons jugé nécessaire, cependant, de signaler l’écueil et les difficultés de ce diagnostic du pityriasis versicolore, qui a été vraiment trop simplifié par les auteurs.

(1) Il n’est pas très difficile de guérir le pityriasis versicolore, mais, à en juger par les nombreuses récidives qu’ont éprouvées les malades dont on étudie avec soin l’histoire, on reconnaît qu’il est moins aisé de le détruire radicalement. Les récidives ont deux sources : une guérison incomplète, et une réinfeclion par les linges de corps.

Pour obtenir la guérison complète, il faut agir, non seulement sur le plan corné épidermique superficiel, mais encore dans les lacunes de l’épiderme, et dans les infundibula pilaires, qui lui servent de réceptacle. Quand on observe la récidive, c’est par là qu’on la voit débuter, et, à l’origine, le pityriasis versicolore est toujours périfolliculaire ou péripilaire — Pilyr. vers, ponctué.

La plupart des moyens qui ont été proposés sont bons s’ils sont surveillés et, exécutés pendant un temps suffisant, jusqu’à ce que la curette ne trouve plus trace du parasite en aucun des points précédemment envahis, c’est-à-dire lorsque la guérison histologique est réalisée. Si l’on se contente de la guérison clinique, guérison apparente, la récidive est, à peu près assurée.

Si les surfaces envahies par le microsporon ne sont pas très étendues, le remède le plus simple consiste à faire des frictions de teinture d’iode, jusqu’à élimination réitérée des couches cornées occupées parle microsporon.

Si les surfaces sont plus étendues, ou si l’on rejette l’exfolialion

ÉRYTHRASMA.

par E. Besnier/Balzer et Dubreuilh, ainsi que par des descriptions et des recherches exactes dues à Weyl, Kôbner et Riehl.

11 se manifeste sous forme de disques, très circonscrits, rouge pâle, jaune jusqu’à brun foncé, unis ou à furfuration fine, ayant leur siège sur les surfaces de contact du scrotum et de la cuisse, du creux des aisselles, du pli des seins, plus rarement sur la peau voisine de ces régions et de préférence chez des hommes d’un âge mûr. Les plaques ne deviennent prurigineuses que sous l’influence de la transpiration et ont un caractère extrêmement chronique. Les squamules épidermiques des plaques d’érythrasma peuvent se détacher facilement et renferment un champignon — microsporon minulissimum, Bàrensprung — découvert en 1859 par Burchhardt, ce champignon est constitué surtout par des mycéliums rectilignes, allongés, très fins et des gonidies correspondantes. 11 a été étudié dans tous ses détails par les auteurs îi-dessus et en somme décrit et dessiné d’une manière identique.

Par contre, le pityriasis maculata et circinita que Duhring a décrit et qu’il regarde comme identique au pityriasis rosé et circiné (Bazin, Biett, Gibert, Hardy, llorand), me semble correspondre peut-être sous certains rapports à notre herpès tonsurant maculeux et peut-être aussi à une forme aiguë d’érythème. Il ne m’est pas possible de trancher cette question d’après la seule description de ces cas (1).

indique pour une raison quelconque, on peut arriver au but à l’aide du traitement suivant fort simple :

1“ Savonner très exactement à eau chaude toutes les parties malades, le matin au lever.

2“ Le soir, au coucher, faire une friction de quelques minutes, sur toutes les surfaces malades avec la pommade suivante :

Résorcine et acide salicylique. . . . àà là 3 grammes.

Soufre précipité o à lo —

Lanoline, vaseline, axonge âà 2o —

S’il survient un peu d’irritation érythémateuse de la peau, on interrompt, et on fait l’examen histologique, qui décidera de la suspension ou de la reprise.

Une semaine de traitement, — bien exécuté — est en moyenne suffisante.

Si l’on ajoute à cela la désinfection à l’étuve humide, après savonnage des chemises de laine, gilets de corps, etc., on aura mis le malade à l’abri de la récidive.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

(1) Le lecteur sait surabondamment par ce que nous avons dit en maint endroit et notamment pp. 808 et, 809, que le pityriasis rosé de Gibert est absolument indépendant de la trichophytie. Sur divers points relatifs à ïérythrasma, plusieurs notions complémentaires sont indispensables; nous les avons réunies dans l’appendice suivant :

APPENDICE DES TRADUCTEURS

APPENDICE DES TRADUCTEURS

DE L’ÉRYinRASMA.

Comme les autres choses, les maladies ont leur destin. Il y a plus de trente ans que Burchuardt — Preuss. Vereinszeitung, 1859 — a décrit, sous le nom de miscrosporon minutissimuni, un épidermophyte particulier. Presque autant de temps s’est écoulé depuis que v. BÀRensprung — Ann. d. Charitekrankh, 1862 — a donné le nom d’érythrasma à Taffection qui en dérive, ou que H. Kobner — Med. Sect. des Schlesisch. — Gesellsch. f. Vaterland. Kult. z. Breslau, 1866 — en a montré la transmissibilité par la voie expérimentale. Et cependant, en 1880, à l’époque de la première édition de cette traduction., cette affection, qui est loin d’étre rare, demeurait inconnue, mal comprise, ou systématiquement méconnue.

Il a fallu, en quelque sorte, que nous en fassions à nouveau la découverte clinique, pour que l’épidermophytie de Burchhardt et la maladie de v. Bàrensprung fussent remises en lumière; il a fallu, en outre, les recherches de notre collaborateur et ami F. Balzer — Notes de la l"^® édition de la Trad. de Kaposi, T. II, note 2, p. 446, et Ann. de Dermat. et de Syph. 2® série, T. IV, 1883, p. 681, de F. Balzer et Dübreüilh, Obs. et Rech. de l’erythrasma, etc. — eod. loc. T, V, 1884, pp. 597-661 — pour que le classement histologique en fut définitivement établi.

Voici ce que disait le professeur Kaposi dans l'édition sur laquelle a été faite la trad. franç. de 1881, T. II, p. 446.

« Kübner et Pick, en premier lieu, et plus tard moi-même, avons trouvé, dans l’épiderme correspondant aux cercles de l’eczéma marginé, des champignons semblables à ceux de l’herpès tonsurant, et les deux auteurs que je viens de nommer ont fait valoir, en partie expérimentalemeut, des motifs à Tappui de l’opinion que Vérythrasma de Bàrensprung et l’eczéma marginé de Hebra sont identiques entre eux et avec l'herpès tonsurant. »

Sur la confusion du microscoporon minutissimum a.\ecle trichophyton, Kobner peut se disculper, car il a, au contraire, affirmé sa distinction : Voy. Jahresber, u. d. Fortschr. d. Gesamm. Med. herausgegeb. v. Fû’- M. //irscA, Berlin, 1867, Vol. II, p. 485; et Erythrasma — Monatshefte f.prakt. Dermat., En réalité, nulle difficulté n’existait. Dans ses « nouvelles observations sur l’herpès», — loc.sup. cil. — v. Bàrensprung avait indiqué la maladie avec une précision et une sobriété qui ne laissaient pas place à l’ambiguité :

« .le donne, dit-il, le nom d'érythrasma a une forme d’éruption contagieuse généralement limitée à la région inguinale ou axillaire, qui offre l’aspect d’un pityriasis rubra sous la forme de plaques arrondies oii semblables à des rosettes, nettement délimitées, et dans laquelle le D"^ Burcbhardt a découvert un champignon qui diffère de ceux que l’on connaît jusqu’à présent {Preuss.

ÉRYTHRASMA.

Vereinszeitung , 18b9). Le parasite, qui se distingue par la délicatesse particulière de ses éléments, a reçu le nom très bien approprié de Microsporon mmutissimum. »

La recherche du m. minutissimum offre quelque difficulté pour des observateurs inexpérimentés, mais non pour des histologistes. La confusion et l’équivoque qui se sont établis, et qui ont persisté longtemps, dérivent uniquement de la création parHebra,du type eczéma marginé, et de son application systématique à des affections entièrement distinctes.

Sur tous les points du tégument, des lésions cutanées, habituellement distinctes pour un médecin spécialement exercé, mais souvent assez semblables les unes aux autres pour embarrasser ces mêmes médecins plus particulièrement experts, peuvent être produites par des parasites divers. Dans toutes les régions où deux surfaces cutanées sont en contact. la confusion peut encore plus aisément s’établir, en raison même de l’uniformité des conditions anatomotopographiques et fonctionnelles que ces régions présentent.

Mais, toutes les fois où ces lésions ont des causes pathogéniques individualisées, telles qu’un microphyte classé, elles ne doivent plus être désignées sous des noms appartenant à d’autres états pathologiques tels que les dénominations d’eczéma, d'herpès, etc., avec les altérations desquels elles n’ont, en réalité, que des analogies plus ou moins grossières. Étant des lésions spécifiques, ces dermatophyties positives doivent être dénommées spéci/ïguement, c’est-à-dire, soitd’un nom conventionnel et exclusif, soit du nom de V espèce de dermatophyte auquel elles sont attachées. Tels, parexemple,jOîYyriasû versicolore, érglhrasma, trichopkytie érythémateuse, vésiculeuse, squameuse, circinée, sycosique ou folliculitique, etc., selon les caractères particuliers que présentent les espèces des genres, les formes des espèces, ou les variétés des formes.

En vain Hebra, sous l’action des recherches de H. Kôbner — loc. sup. cit. — et de Pick, das Ekzema marginatum. Eine. Studie ü. d. Nat. u. d. Wesen dieser Krankh., — ’Arch.f. Dermat. 1869, p. 61, — a-t-il accepté, pour l’eczéma marginé, la qualification de parasitaire, U. d. Befund von Pilzen bei Eczema marginatum — eod. loc., p. 163 — il n’a rien fait pour dégager les obscurités de la question, car la qualification de « parasitaire » n’a de valeur que si le parasite est déterminé et classé. Et si les lésions produites par les parasites divers, en ces régions, ont des caractères communs qui créent l’ambiguïté, il est néanmoins des caractères cliniques de différenciation, et l’examen histologique peut toujours prononcer en dernier ressort.

L’érythrasma est une dermatophytie commune : Quand on la cherche, on la trouve aisément, en ayant soin de relever les bourses, car souvent la plaque parasitaire est exactement limitée au contact scroto-crural ; on KAPOSI, 2« ÉD. — II. 53

APPENDICE DES TRADUCTEURS

la découvre ainsi chez des sujets qui en ignoraient l’existence, et chez d’autres qui déclarent qu’ils ont toujours « eu cela ». Si la surface malade a atteinltrois à quatre centimètres de diamètre, on peut affirmer qu’elle dure depuis plusieurs années. Cela veut dire que le développement de l’érythrasma est très lent; que le microsporon minutissimum est au nombre des parasites les plus anodins.

Le lieu d’élection est le pli scroto-crural, puis la région axillaire; exceptionnellement les régions inguinales proprement dites, ou d’autres points, sont atteints, mais on trouve toujours alors le foyer originel scroto-crural.

L’érythrasma est surtout fréquent chez l’homme adulte, on le trouve beaucoup plus rarement chez les femmes, et toujours dans les régions périgénitales ou axillaires.

Les plaques érythrasmiques sont de forme arrondie; leur dimension est de deux à quatre centimètres en diamètre, mais elles peuvent être beaucoup plus étendues, et déborder plus ou moins largement le lieu d’origine, les plis scroto-crural, inguinaux ou axillaires. Chez un de nos malades, elles occupaient symétriquement les deux aisselles et les deux régions inguinales qu’elles débordaient très largement, les •unes et les autres, dans toutes les directions; sur la cuisse, de vastes plaques isolées, ou adhérentes par un de leurs segments aux plaques inguinales, atteignaient jusqu’à la région du genou.

Leur contour est finement géographique, ou uni, non sensiblement élevé au-dessus du niveau, et n’ayant pas de marge; leur couleur typique est rouge orangé; mais chez certains sujets à peau brune, et à fonction pigmentaire active, il se fait des dégradations de teinte par suite de la pigmentation secondaire depuis la nuance initiale, jusqu'à une teinte brune plus ou moins accentuée, en passant par les tons du jaune-chamois; cela sans préjudice des variations de couleur liées aux variations produites dans la vascularité locale, sous des influences directes, accidentelles, ou générales.

Leur surface est très légèrement surélevée, ce que constate plus aisément le palper délicat que la vue, et, comme la teinte, uniforme dans toute son étendue, égale au centre et à la périphéi'ie; on y constate un plissé très fin, et une desquamation fine et peu sensible sauf à la plus extrême limite, où elle est plus animée, jamais la couche cornée ne s’y exfolie par lambeaux, et ne peut être enlevée d’un coup d’ongle ; il faut le grattage à la curette pour recueillir les éléments d’un examen histologique.

Le microsporon minutissimum est si peu irritant que, bien qu’en des régions particulièrement irritables, il ne détermine qu’un peu de prurit, rarementdes poussées érythémateusesd’intertrigo simple, jamais d’eczéma proprement dit.

A tous ces caractères, on reconnaîtra aisément, lorsqu’on les aura une seule fois vues, les plaques de l’érythrasma : la forme, la couleur, l’uniformité de la plaque, l’absence de marge, le plissé fin, la desquamation fine, l’absence de lambeau par le procédé du coup d’ongle, permettent de différencier immédiatement l’érythrasina du trichophyton ou du pityriasis versicolore des mêmes régions. La

ÉRYTHRASMA.

desquamation, la possibilité d’enlever, au raclage, la nappe colorée, permettront de ne pas confondre les plaques de l’érythrasma maculeux, brun, avec les taches pigmentaires. En cas de doute sur la nature du parasite, l’examen histologique trancherait aisément la question même pour un observateur imparfaitement versé dans l’histomycologie, car U saurait toujours constater l’absence du trichophyton et, surtout, celle du microsporon furfur. Quand ce dernier parasite existe à l’aisselle, ou au pli inguino-scrotal, il est d’ailleurs bien rare qu’il n’en existe pas en même temps sur d’autres régions du corps. Dans l’érythrasma, la couche cornée de l’épiderme, siège principal de la végétation du parasite, contient en grande abondance des éléments cryptogamiques d’une extrême ténuité; même lorsqu’on les examine avec l’objectif à immersion de Nachet, et à l’aide des plus forts oculaires, ces éléments présentent encore une gracilité surprenante. Le nombre considérable de tubes de mycélium et de sporules (ils ont pu être colorés par le violet de Paris), les réseaux multipliés, à mailles serrées, formés par les tubes, constituent des particularités extrêmement remarquables. Les tubes et les spores libres, ou incluses, sont tout à fait spécialisés par leur minceur et par leur finesse, qui permettent de les différencier de tous les autres parasites.

Bien que le siège principal de ce parasite soit la couche cornée tout entière, Balzer l’a aussi déterminé jusque dans le voisinage du corps muqueux; il ne pénètre pas jusque dans les bulbes pileux, et n’attaque pas directement le poil; cependant on observe, au niveau de la surface cornée du poil, des masses parasitaires adhérentes, ne dépassant pas la la couche corticale, rappelant la végétation chevelue du leptothrix buccal.

La coloration des plaques est due, non seulement à l’abondance extrême du parasite qui infiltre la couche cornée, mais encore à la présence de granulations pigmentaires mêlées aux sporules (irritation cutanée et prurit chroniques).

Voici la technique histologique employée par Balzer et Dubreuilh, — loc. sup. cit., p. 603 ;

<c L’emploi de l’éosine et de la potassejà 40 p. 100 donne d’excellents résultats pour l’examen extemporané.

Pour les préparations persistantes, nous employons indifféremment les deux méthodes suivantes :

1® Coloration des -squames par le violet d’aniline ou le violet de gentiane ; lavage à l’eau distillée, et pendant quelques minutes dans la solution d’iode iodurée; puis comme d’habitude, eau distillée pour laver, alcool absolu, essence de girofle et baume de Canada.

2® Coloration par l’éosine à l’alcool ; décoloration par le mélange d’eau et d’acide chlorhydrique au tiers, puis lavage à l’eau distillée, alcool absolu, etc.

Sur ces préparations, on voit que le microsporon minutissimum est constitué par des tubes longs et flexueux, rarement ramifiés, mais contournés de la façon la plus variée, et enchevêtrés de manière à former un véritable feutrage. Les tubes ne sont pas parfaitement continus, ils sont divisés en segments placés bout à bout et séparés par un trait clair. Quelquefois, au lieu d’être cylindriques, les tubes paraissent un peu moniliformes. Outre les

APPENDICE DES TIIADUCTEERS

tubes, on trouve encore de nombreux amas de spores très fines, quoique de volume un peu inégal, mêlées au mycélium.

Le mycélium est assez fortement adhérent à la surface des cellules cornées, et l’on trouve souvent des cellules isolées couvertes de parasites.

Le microsporon minutissimum siège exclusivement dans la couche cornée de l’épiderme.

Sur ces coupes traitées par l’éosine et la potasse, on voit que les masses sporulaires occupent la surface libre de la couche cornée, les tubes de mycélium, au contraire, s’enfoncent dans la couche cornée, et on les voit ramper entre les cellules jusque dans le voisinage de la couche claire du corps muqueux. »

Dans un travail aussi intéressant sous le rapport clinique que sous le rapport microphytique, Ueber Erythrasma — Wien. med. Wochensch., 1884, p. 1210 — Gustav Rieül recommande un procédé de coloration utilisable non seulement pour le microscoporon minutissimum,, mais pour tous les parasites végétants de la peau humaine.

« Après avoir placé le fragment à examiner avec un peu d’eau ou d’acide acétique dilué entre deux lames porte-objet, ou le réduit par le frottement en une bouillie formant une couche mince et uniforme. Puis on sépare les deux porte-objet en les écartant brusquement l’un de l’autre et on les sèche à la flamme d’une lampe à esprit-de-vin. De cette façon, la couche mince d’épithélium et de champignons adhère fortement à chacun des porteobjet. Si l’on y ajoute alors quelques gouttes d’une solution concentrée d’aniline (ce qui convient le mieux, c’est la fuchsine d’Ehrlich, la gentiane ou le bleu de méthylène pour le cas où l'on a employé seulement de l’eau pour écraser la squame entre deux porte-objet), et qu’ensuite, après avoir laissé la couleur agir pendant deux à cinq minutes, on lave avec de l’eau et de l’alcool, alors les éléments d’épiderme et les champignons colorés restent sur le verre porte-objet et peuvent servir à faire des préparations qui se conservent, lorsqu’on a soin de les monter dans du baume du Canada ou de la laque...?

Par l’emploi successif d’une solution alcaline de bleu de méthylène et d’une solution de brun de Bismarck (légèrement aiguisée d’acide acétique), on arrive à colorer les éléments de champignons en brun et l’épiderme en bleu pâle et à avoir ainsi des préparations très nettes.

Au point de vue pratique ces notions suffisent; l’érythrasma a un parasite spécifique, et il n’existe dans aucune autre dermopatliie classée. Ces données ne sont pas infirmées par les recherches de Bizzozero, S. microfiti d. epiderm. uman. nonn. — Gaz. d. Osped., 1884, et autres publications — ni par celui de Balzer établissant que « des parasites semblables au microsporon minutissimum peuvent se rencontrer à l’état normal chez un grand nombre de sujets ». Ce qu’il faut savoir, c’estsi uneautre dermatite que l’érythrasma présente ce parasite comme élément essentiel et exclusif; or cela n’est pas.

Nous nenous expliquons pas bien non plus comment on pose la question de savoir si c’est bien le microsporon qui est la cause de l’érythrasma. Mais cela ne saurait faire aucun doute à moins d’admettre la génération spontanée du parasite. Encore si l’érythrasma n’avait pas été inoculé par Kôbner, ou si nous n’avions pas produit des exemples de généralisation de la dermatophytie à des points qui ne sont pas les

ÉRYTHRASMA.

plis axillaires ou génitaux, on pourrait soutenir que les parasites de l’érythrasma ne s’accumulent sur une surface qu’à la faveur d’irritations locales de nature intertrigineuse. Mais il y a tant de sujets qui ont de l’intertrigo axillaire ou autre sans érythrasma, ou de l’érythrasma sans intertrigo, que cela ne serait vraiment pas soutenable.

Quant à l’origine première du microsporon minutissimum, à sa biologie, à ses attaches avec le microsporon d’Eischted, ce sont là de hautes questions qui ne nous importent pas directement et que la microphytologie n’est pas actuellement en état de résoudre. Les études de culture et d’inoculation chez l’homme qui ont été tentées ont besoin d’être reprises dans des conditions de précision plus grande.

L’érythrasma, en dehors des cas excessifs, qui sont rares, ne constitue qu’une très innocente dermopathie; mais précisément à cause de cela, il est nécessaire de la connaître, pour ne pas lui attacher l’importance que comportent d’autres affections voisines telles que les eczémas, et la trichopythie des régions intertrigineuses. Or il est certain que, malgré des publications nombreuses, et les essais de vulgarisation que nous avons faits dans notre rayon d’action, l’érythrasma est inconqu de la majorité des médecins, et confondu par eux avec l’eczéma, ou l’intertrigo, parasitaire ou non.

Les principes du traitement de l’érythrasma sont les mêmes que ceux de toutes les affections à parasites, tous les agents capables d’avulser la couche d’épiderme cornée, siège de la végétation microphytique, peuvent réussir.

L’exfoliation indique est au premier rang des ‘procédés pratiques ; on peut obtenir aussi la desquamation curative par les applications résorcinées, salicylées, pyrogalliques, chrysophaniques, etc., etc., en pommades, en solution, ou en emplâtres, à une dose réglée selon la tolérance de la peau propre à chaque cas particulier.

La récidive sera empêchée si l’intéressé consent à faire les ablutions régulières au savon et à l’eau chaude, à poudrer les régions avec une poudre inerte légèrement sulfurée — talc de Venise 100, soufre précipité — 1 à 10 — avec le carbonate ou avec le sous-nitrate de bismuth, à écarter le scrotum de la cuisse à l’aide d’un suspensoir convenablement nettoyé, et à garantir les plis cutanés contre le contact des vêtements de laine, et des linges de corps souillés par la sueur.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

CINQUANTE-TROISIÈME LEÇON

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