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MALADIES DE LA PEAU OCCASIONNÉES PAR DES PARASITES ANIMAUX

Parasites animaux; parasites et épizoaires proprement dits. — Leur mode d’action sur la peau. — Dermatozoonoses. — Gale; historique. — Histoire naturelle de l’insecte de la gale. — Sillon de l’acare.

DERMATOZOONOSES

Les maladies de la peau occasionne'es par les parasites animaux présentent, comme celles qui sont produites par des champignons, deux espèces de phénomènes symptomatiques. Les premiers sont représentés par les parasites en tant qu’individualité naturelle, ainsi que par leur genre de vie (habitation, nutrition, reproduction); les seconds sont constitués par les modalités pathologiques de la peau déterminées directement ou indirectement par les parasites.

Les organismes animaux que nous avons à étudier ici sont de deux ordres :

1. Les uns qui, soit exclusivement, soit seulement d’une manière temporaire, habitent dans la peau humaine, ce sont de véritables parasites, — clermatozoaires. Il faut compter parmi ceux-ci ; l’insecte de la gale, — acare; — 2. l’acare des follicules ; — 3. la puce de sable, puce pénétrante; — 4. laver filiforme, — filaire de Médine; — 5. l’insecte d’automne, — lepte automnal (1) ; — 6. la tique commune, — ixode ricinus; — 7. le cysticerque du tissu cellulaire.

2. Les autres, qui ne visitent la peau que temporairement pour y chercher leur nourriture, et qui habitent en partie dans son voisinage le plus immédiat (poils, vêtements), — épizoaires. Ce sont : 1. les poux (pou de tête, pou du pubis, pou des vêtements) ; — 2. les puces, ' puce irritante; — 3. les punaises, punaise de lit; les cousins, et plusieurs autres insectes.

Ces parasites provoquent directement des affections cutanées en attaquant, en blessant, ou enirritant la peau, en fouillant l’épiderme où

(1) On pourrait ajouter ici quelques autres dermatozoaires sévissant assez ordinairement encore sur l’homme; telle, par exemple, la dermanysse des poulaillers et des pigeonniers, laquelle produit des éruptions prurigineuses assez intenses quelquefois pour amener les sujets atteints à l’hôpital; les acares, parasites de la teigne des céréales, etc. Nous donnerons plus loin les détails nécessaires sur ce point.

GALE

ils vivent; ils produisent dans ces points des phénomènes inflammatoires (hyperhémie, exsudation, efflorescences, hémorrhagie, dégénérescence, hyperplasie de l’épiderme et de la substance de l’ongle). Indirectement, les parasites animaux agissent encore en causant des sensations de prurit, de brûlure qui provoquent le grattage et ses résultats bien connus (excoriations, pustules, inflammation, ulcérations, eczéma dans toutes les variétés et à tous les degrés).

Ces altérations de nutrition de la peau appartiennent donc essentiellement à la série des formes de l’inflammation, en particulier à l’eczéma, mais elles représentent une maladie bien caractérisée lorsqu’elles se trouvent en connexion avec les symptômes propres à chaque parasite en particulier. En effet, le caractère de ces sj^mptômes, leur localisation, leur intensité et leur marche sont en partie déterminés par l’irritabilité individuelle de la peau, mais surtout par les propriétés naturelles et biologiques de chaque parasite (1). Pour se rendre compte des types cliniques qui leur correspondent, il est donc essentiel d’avoir une connaissance exacte de ces parasites.

GALE (SGABIES)

La gale est une affection de la peau, contagieuse, très prurigineuse et obligeant ceux qui en sont atteints à se gratter (scabere); elle est bien connue depuis des milliers d’années, et depuis plusieurs siècles on sait qu’un animalcule se rencontre dans la peau et joue un rôle dans la maladie. Cependant, il faut arriver à l’époque contemporaine pour trouver une conception positive de la gale, et une étude exacte de sa pathologie. L’histoire nosologique de cette dermatose vulgaire, très instructive en elle-même, montre, en outre, l’influence considérable que la manière de la comprendre a exercée sur le développement de la

(1) Les parasites animaux déterminent, il est vrai, dans la peau ou à sa surface, des altérations souvent assez caractéristiques par leur nature, leur forme, leur siège, etc., pourqu’elles soient tout à fait pathognomoniques. Mais ceci établi, il faut ajouter que le degré, l’intensité, la durée, etc., des symptômes ou des lésions varient dans des proportions considérables, selon l’âge, le sexe, l’état constitutionnel, la situation de santé ou de maladie des sujets atteints. Ce sont ces variétés, individuelles, nous ne saurions trop le répéter, si étendues et si remarquables, qui, en multipliant les types des lésions parasitaires, ont obscurci pendant aussi longtemps cette partie de la dermatopathologie, et la rendent encore assez souvent difficile pour la généralité des médecins, quelquefois même pour les dermatologistes de profession.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

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pathologie ge'nérale moderne. La doctrine humorale ancienne qui avait déjà, vers l’année 1840, été très ébranlée par la masse des faits appartenant à l’histoire naturelle, a été complètement renversée et abandonnée, après qu’elle eut été (qu’on me permette cette métaphore), entièrement sapée par le travail souterrain du petit acare. Ainsi, c’est dans l’histoire de la gale que prend racine la nouvelle ère de la médecine fondée sur les sciences naturelles, et nous devons être fiers de devoir cette science, pour une grande partie, aux travaux de l’École de Vienne et de notre maître Hebra (1).

Déjà les Arabes (Ben-Sohr) (2) avaient fait mention d’un petit animal dans la gale (assimilé aux cirons), et à partir du xiU siècle (d’abord dans sainte Hildegarde) (3) jusque dans le xvii® siècle, on a de nombreuses données dont il résulte que dans le peuple on connaissait généralement L’existence de ce petit animal spécial à la gale, appelé seuren, sueren, syrones, cirons, briganti, pellicelli; l’art de l’extraire au moyen d’une aiguille et de l’écraser sur l’ongle était généralement répandu.

Beaucoup de médecins savaient également (Guy de Chauliac, xiv“ siècle; Ambroise Paré, xvi® siècle, etc.), que ce petit animal, considéré par quelques auteurs comme une espèce de pou et par d’autres comme une mite (Milbe), creuse des sillons dans la peau. Le naturaliste Thomas Mouffet l’a le premier décrit d’une manière plus exacte (1634); Hauptmann, plus tard Ettmüller, l’ont assez bien représenté. Enfin Bonomo et Cestoni, dans une lettre (1687) adressée au célèbre Redi, donnèrent la description zoologique précise et le dessin de l’insecte de la gale et de ses œufs, et déduisirent de leur observation la conclusion juste

(1) L’auteur est entraîné par son admiration, d’ailleurs très légitime, pour son maître, alors qu’il fait naître l’ère nouvelle de la médecine de l’histoire de la gale, et en partie des travaux de Hebra. Le développement de la médecine moderne, connexe à l’évolution générale des sciences naturelles, n’est dû ni à un homme ni à une découverte particulière; toutes les découvertes de détail dérivent ellesmêmes d’une source commune et supérieure : le progrès général de la philosophie scientifique.

Depuis plusieurs siècles, l’acare de la gale était connu, mais le cerveau médical (si l’on veut nous permettre cette abstraction) n’était pas apte à en concevoir la signification exacte. En réalité même, la conception absolue du rôle des parasites animaux en général n’a pu être établie sans contestation possible, que par la négation définitive de la génération spontanée. Ernest Besnier. — A. Doyon.

(2) Ibn-Zohr, vulg. Avenzoar (xii° siècle.)

(3) Physique de sainte Hildegarde, abbesse (xii® siècle).

GALE

que l’acare est de sexe distinct, et que c’est cet insecte, et non pas les « humeurs altérées », qui était la seule cause de la gale, et qu’en le détruisant par des remèdes locaux on guérissait aussi la maladie.

On voit que la connaissance de la gale était déjà très complète vers la fin du xvii° siècle; mais malheureusement chez quelques observateurs seulement, et un siècle et demi était encore nécessaire pour que cette connaissance devînt générale. A la vérité, Linné (1746) avait décrit, et avait classé au point de vue zoologique l’insecte de la gale ; Degeer (1788) l’avait dessiné exactement d’après nature, et Wichmann (1791) l’avait transporté expérimentalement du cheval à l’homme; ce dernier avait, en outre, observé les effets de son action ; beaucoup d’autres observateurs enfin, des vétérinaires notamment (à l’occasion de la gale des moutons) avaient acquis une connaissance approfondie de ce parasite. Mais en même temps que plusieurs médecins célèbres, tels que John Hunter, prenaient énergiquement 1a défense de l’opinion de Bonomo, d’autres médecins et dermatologistes éminents, comme Lorry, Willan, vers la fin du siècle précédent, avaient soit ignoré complètement l’existence de l’acare, soit nié ses rapports avec la gale, ou avaient soutenu qu’un poison inoculé dans le sang par les animalcules produisait la démangeaison, ou encore que ceux-ci provenaient des humeurs altérées du sujet atteint. Ces opinions furent corroborées par la doctrine de Hahneman sur les effets nuisibles de la gale supprimée ou combattue; elles le furent de nouveau, beaucoup plus tard, par des maîtres tels que Schonlein, Fuchs, Hildenbrandt; et cela avec d’autant plus de raison en apparence que l’art d’extraire les acares, compromis par les tentatives inutiles de Galès (1) (1812), de Raspail (1829), etc..

(1) La grandeur et la décadence de Galès, élève en pharmacie à l’hôpital Saint-Louis, seraient extrêmement intéressantes à raconter : nous voulons dire ici seulement, qu’à notre sens (et nous sommes heureux de nous appuyer sur une opinion concordante du professeur Hardy) il n’a jamais été démontré pertinemment qu’il eût été véritablement, comme on l’a dit et répété, un imposteur. Assurément il a donné un dessin erroné de l’acare de la gale, mais cela prouve-t-il qu’il ne l’ait pas vu réellement? Ne s’est-il pas donné la gale par le transfert d’un acare? A-t-on démontré que les enfants auxquels il a transmis expérimentalement la gale, l’avaient contractée autrement; voy. J. -G. Galès — Mémoire et Rapports sur les fumigations sulfureuses appliquées au traitement des affections cutanées, etc. Imprimerie Royale, Paris, 1816, pp. 2 et 3? En fait, il était dans le vrai en signalant la différence qui existe entre « les affections psoriques et les affections psoriformes », et en écrivant que « le moyen le plus sûr de guérir la gale est de détruire l’insecte qui la produit », et tous ses détracteurs restèrent dans l’erreur jusqu’à la démonstration de Renucci. Au lieu

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n’a été réalisé d’une manière générale par les médecins qu’après la démonstration de Renucci (1834) (1). Dans les années qui suivirent, l’histoire naturelle de l’insecte de la gale a été poursuivie par des auteurs nombreux et célèbres : Eichstedt (1846), qui publia le premier dessin d’un sillon d’acare avec son contenu, ainsi que d’un mâle découvert parKràmer (1843), et de la larve à six pattes; Lanquetin (2), Bourguignon, Hebra, qui a observé deux acares au moment de la copulation; G. Simon, Canstadt, Weld, Kücbenmeister, Gerlacb, Fürstenberg, Gudden, Bergh, etc. (3). Enfin, la pathologie de la gale fut avancée par les mêmes travaux d’une manière directe et indirecte, et surtout élucidée au point de vue de l’histoire naturelle et placée sur le terrain immuable des faits cliniques et expérimentaux, par le travail classique de Hebra « sur le diagnostic, l’étiologie et le traitement de la gale » (1844) (4).

de se donner le facile triomplie de montrer que l’acare dessiné par Galès n’était autre que la mite du fromage, ou d’autre chose, les contradicteurs eussent mieux fait de rechercher le véritable insecte, là où Mouffet avait indiqué qu’il était, et où il avait été retrouvé par Bonomo et par d’autres. Galès a été maladroit, inhabile, et il a eu le tort grave d’ignorer la littérature médicale antérieure; mais ce reproche ne s’applique pas à lui seulement; on peut, sur ce point, l’étendre à ceux qui ont étudié la question à la même époque que lui ; rien ne prouve qu’il n’ait pas extrait des acares de l’épiderme des galeux, qu’il n’ait pas démontré la transmissibilité de la maladie par le parasite. La supercherie, l’imposture dont on l’accuse traditionnellement ne sont pas démontrées, à notre sens, et nous croyons juste de le dire.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

(1) Renucci, étudiant en médecine français, ayant appris dans son pays (la Corse) à extraire les animalcules de la gale, fit, en 1834, à l’hôpital Saint-Louis, devant Alibert lui-même, une démonstration cette fois exacte et définitive. A côté du nom de Renucci doit être placé celui d’Albin Gras, également élève de l'hôpital Saint-Louis, qui, indépendamment des détails entomologiques intéressants qu’il fournit, paraît être le premier qui ait bien compris la valeur diagnostique du sillon (1834). On voit qu’en ceci comme en d'autres choses quelquefois, c’est de la France et de l’hôpital Saint-Louis qu’est partie la vérité vraie.

(2) Paris, 1831. E. B. — A.D.

(3) Au premier rang, Cu. Robin — Recherches sur le sarcopte de la gale

humaine, et Mémoire zoologique et anatomique sur différentes espèces d’acariens, 1839, 1860. Voy. les Parasites et les maladies parasitaires chez l’homme, les animaux domestiques, etc., par P. Mégnin, texte et allas, Paris, 1880. E. B. — A. D.

(4) Les travaux de Bazin et de Hardy sur la gale ont amené au point où elle est aujourd’hui la pathologie, et surtout la thérapeutique de la gale. Nous aurons occasion de le rappeler tout à l’heure. E. B. — A. D.

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