‹ Pathologie et traitement des maladies de la peauChapitre 196 sur 214 · LADRERIE HYPODERMIQUE ET SOUS-CUTANÉE · texte numérisé non relu

LADRERIE HYPODERMIQUE ET SOUS-CUTANÉE

nier point — loc. sup. cit. — est particulièrement intéressante : Sur un sujet ladrique, il vit, sous l’action d’une dothiénentérie grave, une atténuation des tumeurs telle, qu’on ne les retrouvait plus qu’avec peine par la palpation. Puis, la maladie guérie, en même temps que le retour des forces et de l’embonpoint, on vit la saillie des cysticerques se reproduire et redevenir égale, sinon supérieure, à ce qu’elle était avant le début de la fièvre typhoïde. Peut-être cette règle n’est pas générale, et la reviviscence manque, comme dans le cas de Duguet — loc. cit. — où la grande majorité des tumeurs disparut définitivement à la suite d’un rhumatisme articulaire aigu.

Limitées dans le temps et dans le volume, elles finissent par subir successivement l’état trouble du liquide, la mort du cysticerque, puis la calcification avec atrophie lente, laquelle laisse longtemps, à la place du kyste, des nodules durs et indolents, du volume d’un grain de blé ou d’avoine — Ladrerie sèche, — dont la nature embarrasserait fort le clinicien qui ne serait pas au courant de leur existence. Cette terminaison se produit au bout d’un temps très variable; chez les animaux, le porc, elle présente de grandes différences selon les pays ; la ladrerie sèche, rare sur les porcs amenés au marché de Paris, est, au contraire, assez commune à Bordeaux (L. Baillet) — Voy. J. Neumann, loc. sup. dL,p. 579.

Ce mode terminal n’est pas le se.ul ; les kystes peuvent simplement disparaître par résorption, et résolution, après la mort prématurée du kyste, survenue sans cause apprécié. Tel le cas de Duguet — loc. sup. cit. — dans lequel cet habile observateur, après avoir constaté au mois d’août soixante-dix à quatre-vingts tumeurs, n’en retrouvait que sept à huit au mois de février de l’année suivante.

III. — Diagnostic, — Le diagnostic des tumeurs ladriques, s’il n’y en a qu’une ou si elles sont en très petit nombre, pourrait présenter quelques difficultés très réelles; toutefois, s’il s’agit de prendre une décision pour une extirpation, comme cela arrive quand le kyste ladrique a son siège au visage, à la région frontale, etc., on devra se rappeler que la question de la ladrerie doit être soulevée, même à propos de petites tumeurs en apparence banales, et généralement de toutes les tumeurs kystiques.

Pour les dermatomes proprement dit, tumeurs dermiques, tumeurs du chorion, il en est très peu qui puissent simuler les grêlons ladriques, si l’on se rappelle que ceux-ci sont très souvent sous-aponévrotiques, la peau entière glissant alors à leur surface, et toujours sous-dermiques — hypodermiques. Il semble difficile que l’on prenne V adénopathie syphilitique, et les gommes de tout ordre, pour des grêlons ladriques; mais quelques fibroiipomes disséminés pourraient en imposer plus aisément, si l’on ne remarquait pas que ceux-ci s’étalent davantage que les kystes à cysticerque, et que la peau proprement dite n’en peut pas être détachée comme elle l’est du grêlon ladrique. Pour les fibromes — molluscum — ;; leur seule mollesse, comparée à la dureté des tumeurs ladriques, suffirait à éloigner la confusion si elle venait à l’esprit; enfin les névromes pourraient quelquefois, en raison de leur mobilité relative, présenter

APPENDICE DES TRADUCTEURS

une ambiguïté réelle, si l’on n’avait pas leur localisation systématique et les phénomènes névralgiques qui leur appartiennent souvent.

Les coïncidences pathologiques de la dadrerie hypodermique ou souscutanée, beaucoup plus importantes qu’elle-même, consistent surtout dans les phénomènes que peut produire la coexistence des cysticerques dans les viscères, l’œil, les centres nerveux, et dans l’existence très ordinaire dn tænia solium dans le tube digestif. Les deux ordres de phénomènes, cutanés et viscéraux s’éclairent et se confirment les uns parles autres.

L’étude des coïncidences pathologiques devra toujours être faite : vésicule sublinguale, malgré sa très grande rareté chez l’homme ; examen ophtalmoscopique ; recherche des fragments et, à défaut, des œufs de tænia dans les fèces; vertiges, accès épileptiformes; céphalée, glycosurie, etc., etc.

En cas de doute, la ponction d’une tumeur donnerait le liquide témoin, clair, aqueux, non coagulable, avec les crochets, etc., et l’extirpation permettrait d’énucléer avec la spatule, après incision menée avec prudence, un kyste rond ou ovoïde, translucide ou blanchâtre, comparable à une capsule médicamenteuse contenant une substance liquide — Troisier — plein d’un liquide limpide, dans lequel est incluse la vésicule ladrique, le cysticerque de Rudolphi, avec sa tête de tænia invaginée, sa double couronne de crochets, etc.

IV. — Pronostic. — Le pronostic n’a d’importance qu’en raison des coïncidences pathologiques toujours à redouter et redoutables, car elles peuvent être latentes et aucune médication connue ne peut agir sur les kystes viscéraux hors- d’atteinte. Abandonnée à elle-même, la ladrerie tégumentaire de l’homme aboutit à la guérison spontanée par régression, calcification, du kyste, quand le cysticerque a cessé de vivre. Toutefois nous ne saurions dire, par des documents précis, combien de temps peut, au maximum, persister vivant un cysticerque ladrique de la peau de Vhomme; on peut admettre une moyenne de six à douze mois, mais c’est là une question à reprendre sur des faits.

V. — Traitement de la ladrerie tégumentaire. — On ne connaît aucun agent qui introduit dans l’économie par la voie sanguine, lymphatique, ou par le tube digestif, frappe de mort les cysticerques. A la vérité, malgré la facilité de faire des études dans cette direction sur les animaux ladriques, on ne paraît pas avoir mené très loin cette expérimentation dont l’intérêt serait grand, puisque ce serait le seul moyen d’atteindre les cysticerques des centres nerveux et des viscères splanchniques. Chez l’homme, il y a lieu de reprendre l’usage de l’arsenic, que nous introduirions par la voie cutanée jusqu’à dose tolérée, et de mettre en expérimentation la série phéniquée et salicylée : salol, acide phénique, salicylate de soude, etc., etc., et même la série mercurielle ou iodurée, dans le cas de cysticerque des centres nerveux accusé par des symptômes manifestes.

La ponction simple, l’aspiration avec une aiguille de Pravaz, l’injection iodée ou autre, etc., suffisent pour la destruction des cysticerques; la galvanopuncture, l’acupuncture électrolytique pourraient être mises

PAPULOSE FILARIENNE.

PAPULOSE FILARIENNE

Nielly a décrit la présence d’un nématode dans des éruptions papuleuses de la peau (1).

en action aisément. Tous ces procédés sont si simples qu’il nous paraît difficile d’accepter l’expectation pure, vivement conseillée par plusieurs auteurs en raison de la terminaison spontanée favorable que l’on peut considérer comme la règle.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

(1) Quelques détails sont indispensables à donner sur ces éruptions; le lecteur les trouvera dans V Appendice ci-dessous : E. B. — A. D.

APPENDICE DES TRADUCTEURS

PapüLOSE FILARIENNE

Ces éruptions ont été bien décrites pour la première fois, longtemps avant Nielly, par Ant. Jos. Per. da Silva Araujo — Memoria sobre a Filariose ou a molestia produgida por uma nova especie de parasita cutaneo, Bahia, 1875, in-8°, c. Estamp. ; et la même année par J. O’Neill, On the presence of a filaria in « Craw-Craw » — The Lancet, 1875, T. I, p. 265 — sur les nègres de la côte occidentale d’Afrique.

Silva Araujo donne à la « fîlaire » qu’il a observée dans les vésicules le nom de Filaria dermathemica ; il admet l’origine extrinsèque, par pénétration des œufs dans les orifices glandulaires de la peau, ou par pénétration directe du nématode. Les vésicules et les papules sont cause de prurit; le grattage les excorie, il se forme une croûtelle, et il suffit d’enlever la croûte et de « gratter le fond de l’excavation avec un canif » pour que la maladie soit guérie en ce point. Comme traitement — Voy. analyse franc, de Marcano, Rev. des se. méd., T. YIIl, p. 271, — l’auteur propose de simples topiques — acide phénique, picro-carminate d’ammoniaque.

La publication de Nielly est de 1882 — Bull, de l'Acad. de Méd. de Paris, p. 395. — Le fait sur lequel elle repose a été observé à Brest, sur un petit berger de quatorze ans, gardeur de bestiaux, couchant dans une étable à vaches, et n’ayant jamais quitté le pays français.

Les symptômes furent les mêmes que dans la maladie décrite par Silva Araujo ; prurit et éruption papulo-vésiculeuse.

Voici la description de l’éruption telle qu’elle a été donnée par Nielly :

Membres supérieurs : A gauche, traces très discrètes, très peu marquées de papules flétries, au niveau du deltoïde. Deux papules très jeunes, au niveau

APPENDICE DES TRADUCTEURS

de l’olécràne. Rien au pli du coude. Vingt-six papules, ou vésico-pustules, dans la moitié inférieure de l’avant-bras.

Sur le dos de la main gauche, l’éruption est confluente ; les papules et vésico-pustules sont réunies en un seul groupe sur les téguments qui recouvrent les 3®, 4®, 5® métacarpiens : presque toutes sont à l’état de vésico-pustules acuminées, au sommet desquelles on distingue très nettement, à l’œil nu et encore mieux à la loupe, un petit point blanc jaunâtre-, très fin. C’est là la mine des némaloïdes que porte l’enfant.

Rien dans les organes interdigitaux. Groupe papuleux sur les téguments de la première phalange de l’annulaire gauche, face dorsale. Une seule papule sur la même région du médius. Groupe flétri, squameux, sur la même région de l’index. Rien absolument sur la face palmaire de la main, qui est d’ailleurs très calleuse.

Le membre supérieur droit est beaucoup moins atteint. Rien au bras. Rien au pli du coude. Trois papules sur la face antérieure de l’avant-bras. Une vésiculo-pustule sur le bord cubital du métacarpe. Groupe de six papules confluentes sur la face doi’sale de la première phalange de l’index. Rien dans les intervalles des doigts.

Tronc : Deux groupes flétris ; l’un dans la fosse sus-épineuse gauche, l’autre dans la fosse sous-épineuse droite. Un groupe flétri surja région lombaire droite. Quatre papules sur l’abdomen. Rien à la face antérieure du thorax.

Membres inférieurs : Eruption papuleuse et vésico-pusiuleuse, très confluente, occupant les deux régions fessières, crurales antérieures postérieures, internes externes. La face antérieure de la cuisse droite est beaucoup plus atteinte que la gauche. A partir du genou et inclusivement, il n’y a pas une papule, pas une vésiculo-pustule.

Yoici maintenant la description du ver, donnée également par Nielly, loc. cit., p. 397.

On trouve, en peu d’instants, avec un grossissement faible, le ver entouré de leucocytes.

On l’étudie très bien de 300 à 370 diamètres.

Si on l’examine sans l’intervention d’aucun liquide, il y a dans la préparation des réfringences un peu gênantes. Mais si on ajoute une goutte de solution picrique, l’animal révèle tous ses caractères.

Ver incolore, transparent, à mouvements flexueux, ondulés, un peu lents, brusques et comme contractés par moments, mesurant 0“'“,333 en longueur et 0“™,013 en largeur, à sa partie moyenne.

A double contour extérieur et à striation transversale, très fixe et très nette.

Très faiblement atténué à partir de l’union du 5® avec le 6® antérieur du corps jusqu’à l’extrémité antérieure ou buccale, l’atténuation postérieure est plus prononcée ; elle commence un peu au delà de la partie moyenne, vers la vésicule qui représente l’utérus; l’extrémité caudale, médiocrement effilée, termine cette atténuation, sans resserrement appréciable sur le ver intact ; mais, sur le ver vidé, il nous a paru que la queue se rétrécissait rapidement au delà d’un point répondant à l’orifice anal.

fl. Extrémité buccale coupée un peu carrément. Orifice buccal étroit, comme flanqué de deux lèvres (?) ou entouré d’un anneau.

h. Pharynx très net : deux petits points noirs au niveau de son union avec l’œsophage (c’est une ombre de creusement).

PAPULOSE FILARIENNE.

c. Œsophage d’abord étroit, puis renflé à sa partie moyenne.

d. Renflement stomacal avec un petit appareil triangulaire, à pointe dirigée vers l’intestin. Toute la portion œsophagienne paraît entourée d’un parenchyme clair, et, vers le renflement œsophagien, de chaque côté, ou distingue deux petits corpuscules ovalaires.

e. Intestin, droit, très net, très égal, flanqué de granulations glandulaires, sombres, disposées par paires assez régulières de chaque côté.

f. Anus s’ouvrant vers l’union du 6® avec le 7® postérieur du corps (?).

g. Un peu au delà de la partie moyenne, vésicule ovale, renfei’mant de petites cellules rondes, pourvues d'une nucléose : c'est l’utérus.

Ce sont donc des filairoïdes, anguillules, ou anguillulides, appartenant à la se'rie variée, et très difficile à déterminer, des nématoïdes embryonnaires que l’on peut rencontrer dans la peau, même chez les animaux domestiques d’Europe. La profession du malade de Nielly, qui gardait les bestiaux dans les étables, rend très vraisemblable l’origine accidentelle et extrinsèque de cette pseudofilariose, bénigne, et tout à fait localisée, au moins d’après les faits connus.

Ces éruptions superficielles, sus-dermiques, bénignes, ne doivent pas, à notre sens, être confondues avec les lésions de la filariose proprement dite, qui sont hypodermiques, et cela alors même qu’on les rencontrerait, comme cela a lieu dans les pays où la filariose est commune, chez des individus atteints des diverses manifestations de cette affeclion, chylurie, lymphscrptum, etc.

En Europe, c’est surtout avec la gale, la dysidrose, et diverses lésions artificielles papulo-vésiculeuses, que les éruptions dues aux filairoïdes pourraient être confondues. Dans les pays exotiques, elles ont été certainement prisés pour la gale par quelques observateurs, et confondues avec diverses autres affections variées.

Au demeurant, avant de discuter toutes ces questions, un double supplément d’information est nécessaire, à la fois pour obtenir une notion plus précise sur l’histoire naturelle des parasites filairoïdes, et pour recueillir des observations nouvelles, basées sur des notions dermatologiques exactes.

CINQUANTE-CINQUIÈME LEÇON

LE LEPÏE AUTOMNAL (DIE ERNTEMILBE)

Le lepte d’automne (1) est un petit insecte à six pattes, qui se voit facilement à l’œil nu ; sa coloration varie du rouge au rouge jaunâtre (fig. 78); suivant Schmarda, c’est la larve (encore sans sexe distinct) du thrombidium automnal (2). On le trouve pendant l’automne sur beaucoup de buissons (groseilliers à maquereau et de plantes herbacées; il s’introduit accidentellement dans la peau de l’homme, mais il y meurt dans l’espace de peu de jours. Il occasionne une vive sensation de brûlure et de démangeaison, des plaques d’urticaire et des papules au centre desquelles on l’aperçoit comme un petit point rouge et on peut l’extraire avec Fig. 78. aiguille (3). Le prurit, qui disparaît spon-

Lepte automnal (Küchen- tanément après la mort de l’animal, est calmé meister). ,

au moyen d applications froides ou de lotions

alcooliques. Mais le procédé suivant est encore préférable, car en

même temps il fait périr l’animal : il consiste à faire des frictions

(1) Le lepte d’automne — aoûtat, aouti (bête d’août, bête d’automne),

puceron rouge, rouget, vendangeur, etc. — pullule dans le centre et dans l’ouest de la France. E. B. — A. D.

(2) Larve sexapode du throinbidium (thrombidion soyeux, Mégnin).

(3) Le rouget attaque plus particulièrement les membres inférieurs, mais il peut se rencontrer sur tous les points, même sur le cuir chevelu; d’après Gruby et Mégnin, il implante le rostre dans les orifices sébacés et sudoripares, s’insérant fortement; le corps reste en dehors sous forme d’un petit point rouge orangé.

L’action produite varie extrêmement selon les sujets; pour tous, le prurit est vif, plus ou moins irritant ou douloureux, et déterminant un grattage excessif, auquel sont dues la plupart des altérations secondaires : papules excoriées, plaques eczématoïdes, etc. Dans quelques cas exceptionnels, ou chez des sujets prédisposés, l’action simultanée d’un grand nombre de leptes peut déterminer des érythèmes plus ou moins intenses (érythème automnal, Gruby), des éruptions généralisées d’urticaire papuleuse, parfois même des éruptions vésiculeuses (eczéma aigu probablement), avec phénomènes généraux éphémères, mais intenses.

D’après Mégnin — loc. rit. — diverses éruptions, désignées sous le nom de fièvre de grain, etc., pourraient être produites chez des hommes manipulant des blés, en grain ou en gerbe, infestés de rougets, alors

LEPTE AUTOMNAL.

avec de l’huile grasse additionnée d’un peu d’huile éthérée (baume du Pérou et d’huile d’olive) (1).

Il y a encore d’autres insectes de plantes herbacées et de graminées qui pénétrent accidentellement dans la peau de l’homme et déterminent une éruption passagère, parfois très intense, d’urticaire et d’eczéma papuleux, comme Geber et après lui Irsai en ont communiqué des cas provoqués par l’insecte de l’orge (acarus hordei, Kritoples monungniculosus, Geber) (2).

même que ceux-ci auraient été transportés loin de leur point d’origine. Il y a là un souvenir à conserver pour Tutiliser au besoin dans l’interprétation de certaines éruptions de cause ignorée.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

(1) Une solution phéniquée légère (1 p. 100) constitue un bon moyen curatif et préventif. La benzine (Mégnin) arrive au même résultat, et probablement tous les succédanés ou analogues. Les lotions et les bains acidulés — eau vinaigrée ordinaire — suivis d’application de poudre d’amidon, de s.-n. de bismuth ou d’oxyde de zinc, complètent la cure.

(2) Parmi les éruptions de cause souvent inaperçue, il faut placer une affection prurigineuse ressemblant à certaines formes de l’eczéma papuleux acarien vulgaire, et qui acquiert parfois assez d’intensité pour amener les malades à l’hôpital. On l’observe surtout sur le dos des mains et les avant-bras dans la partie découverte pendant le travail; mais elle peut exister aussi sur toutes les parUes exposées, et même sur la généralité du tronc. On l’observe principalement chez les garçons ou filles de basse-cour, à la campagne, et, dans les villes, chez les personnes employées à manier ou à plumer des volailles. Cette éruption serait plus souvent reconnue si la cause particulière en était généralement connue. Nous en avons souvent montré des exemples dans nos cliniques. Cette affection répond à celle qui a été décrite par Mégnin — loc. cil. — sous le nom de prurigo dermanyssique [dermanyssus gallinæ), du nom d’une espèce d’acariens propre aux poulaillers et aux pigeonniers. Mais ces acariens des animaux, pas plus que les autres, ne persistent chez l’homme, et ils n’y causent que des lésions éphémères.

Ces éruptions peuvent, en se répandant autour d’un poulailler, ou d’un lot de volailles infesté, constituer des sortes de petites épidémies éruptives. Cf. Mégnin — loc. cit. — et L. G. Neumann, — Traité des maladies parasitaires non microbiennes des animaux domestiques, p. 214 et suiv.)

Il faut aussi signaler parmi les éruptions prurigineuses causées par des acariens, celles qui sont dues à la Sphœrogina ventricosa de Newport, Physogasler larvarum de Lichtenstein, parasite destructeur des larves de la teigne des céréales ; ces éruptions sont éphémères et bénignes^ faciles à guérir par les moyens les plus simples, mais très pénibles par le prurit qu’elles produisent.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

CINQUANTE-CINQUIÈME LEÇON

TIQUE COMMUNE (GEMEINE HOLZBOGK, IXODES RICINUS)

La tique commune se trouve habituellement dans les bois de pins; elle a une forme ovale, rouge sang, jaunâtre. La femelle, qui a 1 mill. Oo de long s’attache dans la peau qu’elle suce, et par le sang qu’elle absorbe ainsi enfle au point de former une bulle de la grosseur d’une fève ; dans cet état, elle reste souvent suspendue plusieurs jours au même point. Si l’on arrache l’animal, la tête reste facilement dans la plaie; dans ce cas, l’inflammation persiste plus longtemps. Par conséquent, il est préférable de chercher à faire lâcher prise volontairement à l’animal, ce à quoi on réussit par des applications d'huile éthérée (1).

Dans d’autres pays il existe différentes espèces d’ixodes indigènes, Vixodes marginatus , ïixodes americanus , Vixodes huinanus, lesquels sous le nom de « carabatos » font le tourment des hommes (Schmarda); ces insectes attaquent de la même manière soit des peuplades isolées, soit comme Va?'agas persicus, des populations entières (2).

Je vous signalerai encore certaines espèces d’œstre, entre autres celle

(1) L’ixode, tique ou pou de bois, « enfonce son rostre dans la peau comme on enfonce un trocart, les petits crochets récurrents qui garnissent le dard maxillo-labial et l’extrémité des mandibules l’empêchent de sortir du point où il a pénétré, et il est engagé d’une manière tellement solide, que, si on cherche à l’en détacher violemment, ce rostre se rompt et reste dans la plaie. Lorsque l’acarien enfonce son rostre, on ne le sent pas, et on ne s’aperçoit de sa présence que quand il a pris les dimensions, la forme, et jusqu’à la couleur ardoisée d’une graine de ricin; il ressemble à une petite tumeur étroitement pédiculée, et on éprouve alors de violentes douleurs si on la tiraille et si on cherche à l’enlever de force. Pour faire tomber Tacarien, il faut le toucher avec une goutte d’essence de térébenthine ou de benzine; il retire alors son bec tout seul et tombe ». (Mégnin, loc. cit., p. 321).

(2) Voyez pour les ixodoïdes connus sous le nom d’Argas — Argas de Perse (punaise de Miano) et Argas de Tkolozan (punaise du mouton ou Kéné) tous les deux redoutables â l’homme « fléau pour les voyageurs», Laboulbène et Mégnin, Mém. s. les Argas de Perse — Journ. de l'Anat. et de la Physiol. 1882, p. 317; G. Neumann — loc. siip. cit.; J. D. Tiiolozan — Des phénomènes morbides produits par la piqûre de parasites voisins des ixodes ou tiques, tes argas de Perse, Paris, 1882. L’auteur attribue aux piqûres des Argas non seulement des phénomènes locaux, mais encore des accidents généraux graves, typhoïdes, cholériformes, etc., qui peuvent être mortels à bref délai; il déclare — page 22 — que « le nombre de ces accidents est très grand chez les Persans et les Européens ».

Ernest Besnier. — A. Doyon.

Page 1