‹ Pathologie et traitement des maladies de la peauChapitre 43 sur 214 · BOUTON D'ALEP · texte numérisé non relu

BOUTON D'ALEP

désagrégation rapide de la portion centrale en commençant par la surface, et il s’établit peu à peu une perte de substance, sous forme d’une ulcération torpide, cratériforme, avec sécrétion séro-visqueuse. Après un laps de temps plus ou moins long, le fond et les bords deviennent intiltrés de liquides et saignent au contact plus facilement qu’au début, ce qui amène aussi, à partir de la base, la formation de bourgeons charnus; dès lors, Tulcération guérit rapidement, tandis que rinfiltrat se perd dans les parties adjacentes. Une cicatrice correspondant à l’étendue et à la forme de l’ulcère persiste comme vestige du bouton.

En général, chez les sujets atteints il n’existe qu’un seul bouton (bouton mâle); cependant on rencontre des cas dans lesquels on voit apparaître simultanément plusieurs boutons, de huit à douze et même davantage (bouton femelle).

Le bouton ne survient qu’une seule fois dans la vie.

Peu de médecins européens ont eu l’occasion d’observer personnellement cette maladie, et moi-méme, jusqu’en 188i, je ne l’avais jamais vue. 11 a existé par conséquent de tout temps une certaine méfiance relativement aux faits et aux descriptions qui ont été publiés sur cette affection, méfiance d’ailleurs justifiée en principe en raison de ce fait que toute une série de maladies, que l’on a pendant longtemps citées comme des formes morbides spéciales et endémiques, ont été reconnues, à la suite d’une étude plus minutieuse, comme des processus morbides déjcà connus, tels que le siwwens en Ecosse, la radesyge en Norwège, le skerljevo à Fiume, etc. Geber, qui a eu l’occasion de voir sur place la maladie, a également démontré que différents processus chroniques connus, que l’on observe en tout pays, tels que la syphilis et le lupus, etc., ont été décrits pêle-mêle sous le nom de bouton d'Alep. Mais ceci ne nous empêche pas de considérer ce bouton comme une maladie spéciale, qui se distingue d’autres affections analogues par des caractères particuliers.

J’ai vu, au mois de novembre 188i, le bouton d’Alep chez un médecin, le docteur F..., qui avait vécu à Ofra, et chez trois membres de sa famille. Chez ce médecin, il y avait, juste au-dessous de la malléole interne du côté gauche, une nodosité rouge brun, allongée, de la grosseur d’un pois, rénitente, à surface unie et présentant une croûtelle mince, située au-dessus de la partie moyenne qui était légèrement déprimée.

La nodcisité avait son siège dans le chorion superficiel et n’était mobile qu’avec lui ; elle n’était douloureuse qu’à une légère pression. Cette nodosité existait alors depuis trois mois et s’était développée chez ce malade un mois avant son dé['art d’Ofra.

Chez son fils, âgé de six ans, il existait une perte de substance cicatricielle, profonde, sur le bord du pavillon de l’oreille gauche ;

VINGT ET UNIÈME LEÇON

cette perte de substance était consécutive à un bouton qui avait commencé en septembre 1883, était resté ulcéré jusqu’en juin 1884 et avait ensuite guéri.

Chez sa femme, qui avait quitté la Mésopotamie avec sa famille depuis deux mois et demi, il était survenu, il y a un mois, un bouton, alors qu’elle résidait déjà en Europe; cette nodosité, de la grosseur d’un petit pois, était située au-devant du condyle du cubital droit, au-dessus du poignet.

Un enfant de six mois, appartenant à cette même famille, portait au milieu du front une papule presque aussi grosse, laquelle s’était développée à Vienne quinze jours auparavant.

Malgré une certaine ressemblance entre le bouton d’Alep et une nodosité de lupus, de syphilis, de sarcome, de lèpre, de kéloïde ou de furoncle, il est impossible, à un examen attentif, de le confondre avec aucune des lésions que je viens de citer.

L’examen histologique de la nodosité excisée sur le D>' F. a fait reconnaître une infiltration compacte de cellules qui atteignait principalement la couche papillaire d’une manière uniforme, mais en outre s’étendait le long des vaisseaux à travers le chorion jusque dans les glandes sudoripares et le panicule graisseux, et entourait ces vaisseaux ainsi que ceux des glandes sébacées et des follicules pileux. A la partie médiane de la nodosité, l’infiltration se prolongeait jusque dans le réseau; par suite, elle voilait la limite des papilles et de nombreuses cellules présentaient des signes de régression, un gonflement tubéreux ou une opacité granuleuse. Sur les bords de ce bouton, les papilles infiltrées étaient élargies, les prolongements du réseau avaient proliféré en largeur et en profondeur dans le chorion.

En ce ciui concerne l’étiologie de celte affection bizarre, on ne sait rien de positif. Il n’y a rien de fondé dans ce qu’on a dit autrefois à ce sujet des influences climatériques et telluriques, du genre de vie, de la race et des conditions sociales. Il est très probable qu’il s’agit d’une cause infectieuse. Mais jusqu’à présent on n’a réussi ni à démontrer la présence de parasites végétaux ou animaux, ni à effectuer la transmissibilité expérimentale du bouton d’Alep (Flemming, Schlimmer, Carter). Dans le bouton examiné par nous, on n’a trouvé aucune espèce de microbes (1).

(1) Nous avons différé jusqu’à la fin de ce chapitre nos remarques qui eussent été trop nombreuses, pour les réunir dans l’appendice suivant : E . B. — A. D.

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