‹ Pathologie et traitement des maladies de la peauChapitre 88 sur 214 · DÉFAUT DE PIGMENT DANS L’ÉPIDERME · texte numérisé non relu

DÉFAUT DE PIGMENT DANS L’ÉPIDERME

I L’absence de pigment dans l’épiderme donne à la peau un aspect brillant, ou blanc mat — leucodermie, achromie, — et on voit psr transparence la couleur rosée du réseau vasculaire ; cet état est ou congénital, j albinisme, ou acquis, vitiligo [i).

La leucodxrmie congénitale est étendue à la totalité du corps — albinisme généralisé, ou bien limitée à quelques points de la peau — albi- \ nisme partiel.

L’albinisme généralisé caractérise spécialement les individus que l’on j désigne sous le nom d'albinos [Kakerlaken, Dondos). Chez eux, non seu- I lement la peau, mais encore les cheveux, l’iris et la choroïde manquent de pigment; la peau est transparente, blanche ou rosée, généralement tendre et délicate; les poils sont d’un blanc jaunâtre ou blanc de lin, soyeux, tandis que l’iris et la pupille (par suite de la réflexion de la lumière) paraissent rouges; ces individus sont en même temps atteints de nystagmus et d’une photophobie (2) intense. On ne connaît pas la cause de cet arrêt de développement, qui persiste sans modification pendant toute la vie : nous savons bien que des sujets chez qui la pigmentation est normale peuvent engendrer des albinos; mais on ! ignore complètement si des parents albinos peuvent transmettre oette

(1) Le mot de vitiUgo a perdu la signification que lui avaient donnée ' les anciens, particulièrement celle que lui affectait Celse — voy. plus loin note 1, p. 156 — et l’on ne saurait plus aujourd’hui en faire un synonyme de leucodermie, ou d’achromie cutanée.

En dermatologie moderne, le terme s’applique à une affection mixte, en même temps hyperchromique et achromique, et surtout dyschromique, à une véritable ataxie pigmentaire . Il importe à la clarté du langage, et à sa correction, de réservera ce type dyschromique exclusivement la dénomination de vitiligo.

j (2) Le terme d’héliophobes (Buzzi), appliqué aux albinos, est plus exact; les albinos, sont en outre, généralement nyctalopes, et exercent I la vision à la manière des myopes, bien qu’ils ne le soient pas.

TRENTE-CINQUIÈME LEÇON

anomalie à leur progéniture (1). Dans les races noires (chez lesquelles, d’après Beigel,on rencontre parfois une diminution de moitié de la teinte foncée, semi-albinisme), l’albinisme s’observe plus fréquemment que dans les races blanches, qui du reste montrent d’une manière générale une plus grande disposition pour certaines modifications dans la pigmentation, comme par exemple pour l’albinisme partiel.

L’albinisme partiel représente un état analogue à celui que l’on appelle chez les animaux étal tacheté de la robe, c’est-à-dire que dès la naissance il y a sur différentes parties du corps, particulièrement sur la

Fig. 40.

Coupe transversale de la peau d’un nèfire.

6, granulations brunes de pigment des cellules les plus profondes du réseau; a, pigment diffus jaunâtre de la couche des cellules épineuses; c, chorion (coloration au carmin).

peau de la tête, ou des parties génitales, des taches ou des bandes blanches, dépourvues de pigment, qui restent dans cet état pendant toute la vie. I^es nègres qui offrent cet aspect bigarré sont désignés sous le nom de nègres mouchetés, nègres pies, picdes negro, Elster-Negev.

(I) li’union d’un albinos, ou d’uncalbinos, avec un individu de queb|ue couleur que ce soit, produit ordinairement un sujet normal, plus rarement un albinos, exceptionnellement un albinos |)artiel — pie — Es(piirol, .lefiérson, Treytorens, .\iTbaut, in ,\rt. .Vcuinismi; du Dicl. encycl. des SC. méd., par U. Tiu':l.\t. E. B. — A. 1).

ALBINISME. VITILIGO.

lao

Assez souvent les poils qui se développent dans le périmètre de ces 1 1 taches demeurent également blancs (poliose). Ordinairement distrili I buées d’une manière irrégulière, ces taches et ces bandes sont quelquefois aussi disposées d’une façon symétrique ou bien leur arrangement ; ! correspond à la division périphérique des nerfs, exactement comme certains nævi pigmentaires ou verruqueux. Souvent même, ces derniers I accompagnent les taches, et l’on voit alors des bandes alternativement . blanches et foncées courir les unes à côté des autres. D’une manière b générale, l’atrophie et l’hypertrophie pigmentaire s’observent assez I I souvent simultanément, en quelque sorte comme complémentaires l’une , de l’autre et la disparition du pigment a fréquemment son point de départ dans une hyperpigmentose, par exemple dans une tache pigmen- ! taire congénitale. Si l’on considère que la peau du nègre présente I originairement une quantité exagérée de pigment des cellules du réseau (voyez figure 401, leur disposition plus grande aux achromatoses mentionnées ci-dessus est analogue à l’apparition fréquente de ces achro- 1 matoses (vitiligo) sur des nævi pigmentaires et autour d’eux, même de la race caucasique (1).

L’albinisme partiel est, comme l’albinisme généralisé, habituellement J stationnaire, cependant il se modifie dans certains cas par suite de la disparition du pigment; quelquefois il est héréditaire.

' La leucodermie acquise (2) se développe soit idiopathiquement, soit I d’une façon consécutive et symptomatique.

; La forme idiopathique, vitiligo, vitiligo achromateux (3), se présente, 1 ! il est vrai, plus fréquemment chez les nègres, mais cependant il est I assez fréquent de l’observer dans la race caucasique. Sans cause connue, î ! sans le moindre trouble local appréciable du côté de la sensibilité ou de la nutrition, on voit apparaître, sur un ou plusieurs points du corps,

' des disques pâles (dépourvus de pigment), grands comme un centime ou une pièce de 50 centimes, tandis que la peau immédiatement adja- I cente se colore en brun foncé. Il semble que la matière colorante ait été portée ou entraînée du centre vers la périphérie. Les poils eux-mêmes se décolorent habituellement dans toute l’étendue occupée par ces

(1) L’achromatose qui survient chez un nègre ne constitue un vitiligo que s’il existe, en même temps, de l’hyperchromie périphérique; il en est de même pour l’achromie partielle des nævi pigmentaires.

(2-3) La leucodermie simple, vraie, c’est-à-dire \' achromie cutanée peut s’observer à l’état absolument isolé; elle ne doit pas être confondue avec les dyschromies mixtes, achromohyperchromiques, qui constituent exclusivement le vitiligo.

C’est àTachromatose cutanée, à la leucodermie , que doit être rapportée

TRENTE-CINQUIÈME LEÇON

taches blanches. Pendant des mois et des années, la décoloration va toujours en progressant et de la même manière, c’est-à-dire que les portions blanches deviennent de grands disques ronds ou ovales, délimités par des bords convexes, tandis que la peau du voisinage qui a une teinte foncée les entoure par des bords concaves (1).

Avec le temps il se produit pour l’œil un effet de contraste tout à fait

la PiÈs des Sartes, maladie endémique au Turkestan, décrite et admirablement représentée par le professeur Grégoire Münch dans son magnifique ouvrage — La Lèpre au sud delà Russie, et le vitiligo endémique du Turkestan, Kiew, 1884, 1887 — et qu’il désigne sous le nom de vililigo endémique. Nous préférerions le terme de Leucodermie endémique du Turkestan.

D’après les nombreuses photographies de l’ouvrage, il semble manifeste qu’il s’agit d’un pseudo-vitiligo, l’aspect tacheté étant fourni par la persistance d’îlots à coloration normale, laquelle, ethnographiquement hyperchroinique, tranche nettement sur l’achromatose générale du tégument.

Voici, textuellement transcrit, le sommaire de la description de la maladie, donné en français par le professeur G. Münch :

Cette maladie, n’ayant aucun rapport avec la lèpre, est cependant envisagée comme contagieuse par les Sartes; et les malades sont isolés comme les lépreux.

La maladie commence, sans symptômes prodromaux (à l’exception d’une coloration foncée et d'une démangeaison locales, et cela, seulement dans quelques cas), par des taches blanches, sans autres changements de la peau, lesquelles augmentent en quantité et en volume, et peuvent envahir tout le corps.

La maladie peut avoir une marche courte ou lente : la décoloration complète (la face exceptée) peut être terminée en trois ou quatre ans, ou rester en forme de taches disséminées, cà et là, pour toute la vie.

La décoloration a certaines lois; symétrie parfaitement marquée. Les taches symétriques ne se montrent pas cependant simultanément, mais comme des affections sympathiques après un espace de temps plus ou moins long (un ou deux ans par exemple).

Il existe des endroits du corps privilégiés, comme siège de décoloration (le dos, la région sus et sous-claviculaire, etc.), et d’autres on la teinte normale ne disparaît pas ou disparaît en dernier lieu (la face).

La maladie n’est pas contagieuse. L'hérédité a été constatée dans plusieurs cas.

Nous n’admettons pas plus de vitiligo achromateux que de vitiligo hyperchromateux ; il y a des achromies, des hyperchromies, et des états mixtes achromo-hyperchromiques. C’est à ces derniers qu’appartient le terme de vitiligo qu’on ne pourrait employer, comme le fait l’auteur, que si cette dénomination était admise comme terme générique, synonyme de dyschromie, ce qui ne doit pas être, et ce qui n’est pas.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

(1) Le vitiligo — de vitulus, veau, peau tachetée comme celle du veau — n’est pas, à proprement parler, une achromie. Dans une classi-

VITILIGO.

inverse: au début, les petits disques blancs sont très visibles par rapport à la peau qui a sa couleur normale et foncée; le visage, par exemple, est moucheté, et les doigts présentent des anneaux alternativement

fication exacte, sa place n’est ni dans les achromies, ni dans les hyperchromies, mais dans une classe mixte — les dyschromies complexes — dans lesquelles il y a inégale répartition du pigment, ataxie pigmentaire, le pigment faisant défaut en certains points et excès en d’autres, sur le même individu. Il se peut que, dans quelques cas frustes, les caractères soient ambigus, et que l’inégalité des sensations optiques chez les divers observateurs fasse naître, éventuellement, quelque divergence d’interprétation. Mais cela ne change rien au fait capital de l’existence d’une dyschromie fortement individualisée, dans laquelle on trouve des surfaces de la peau achromiques, entourées de zones hyperpigmentées ; c’est cette dyschromie qui donne au tégument l’aspect de la robe tachetée du veau, et à laquelle, avec Bazin, nous réservons la dénomination de vitiligo.

Il suffit de lire quelques auteurs anciens, et les modernes jusqu’aux plus récents, pour voir qu’il est nécessaire de sortir de la confusion dans laquelle la plupart sont restés.

L’imagination des commentateurs a vu dans le « vitiligo » de Celse, et dans ses trois espèces — AXœdç, MéXaç, Aeéxr, — un grand nombre de choses; mais il n’y avait probablement rien de notre vitiligo : Valplws est rude « subasper » ; le rnelas n’en diffère que par la couleur « umbræ similis » ; la leuce « habet quidquam simile alpho, sed magis albida est, et allius descendit, in edque albi pili sunt, et lanugine similes ». Cette dernière espèce comprend, évidemment, l’achromie et l’atrophie pilaire dans ses éléments, et c’est surtout à l’alopécie en aires, à la pelade, qu’elle s’applique le moins inexactement.

Au commencement de ce siècle, Willan, reconnaissant que Valphos et le mêlas de Celse n’avaient rien de vitiligineux , donna le nom de vitiligo à une affection qu’il classe dans les « tuhercides » et qui semble devoir être rapportée à ce que l’on a appelé depuis xanthelasrnoïdea, et actuellement urticaire pigmentaire. Willan a donné un dessin de son vitiligo — PI. LX; et Tilbury Fox — Atlas cité, p. 104 — ne doute pas que la maladie représentée par Willan ne soit le xanthelasmoidea (urticaire pigmentaire) ; mais la planche n’est accompagnée que de ce qui suit : « / hâve seen little of this rare disease, and I arn unaequainted with the lühole progress of the case from ivhich this drawing ivas accurately made by Mr. H. Thomson », cit. T. Fox.

On pourrait en rester sur cette impression concordante, n’étaient les commentaires de Bateman qui altèrent un peu le type, particulièrement dans la description de la maladie sur le cuir chevelu. On en est réduit à supposer que c’est à cause de l’état bigarré de la peau dans le xanthélamoïdea — peau de léopard — que Villan a pris le type de la comparaison avec l’aspect de la robe du veau.

Quant au terme de vitdigoidea sous lequel Addison et Gull décrivirent d’abord la maladie appelée par Rayer « plaques jaunes des paupières » et ensuite par Wilson, xanthelasma, c’était en raison de ses

TRENTE-CINQUIÈME LEÇON

blancs et bruns. Plus tard, quand les surfaces de décoloration ont atteint une très grande extension, ce sont les taches intermédiaires, colorées par un pigment foncé, qui frappent le plus le regard, de sorte que les personnes inexpérimentées sont portées à considérer les places blanches comme ayant une coloration normale, et à prendre au contraire pour les parties malades celles qui offrent une coloration foncée. L’affection peut, après de très longues années, s’étendre sur la presque totalité du corps; en effet, chez un homme de cinquante-six ans, observé par moi, sauf quelques bandes étroites de pigment foncé situées sur les parties les plus périphériques du corps, tout le reste de la peau était décoloré (1).

La peau atteinte de leucopathie n’est d’ailleurs nullement altérée, et seulement parfois (par la pilocarpine) moins disposée à la transpiration (2), ses fonctions et sa sensibilité sont normales.

Avec des symptômes ainsi tranchés, le diagnostic du vitiligo est facile à établir. Si, dans des contrées où règne la lèpre, on a parfois confondu celle-ci avec le vitiligo, cela tient d’une part à ce que dans la lèpre la peau présente également des altérations de couleur, blanches et foncées, et d’autre part à l’ancienne erreur qui a fait pendant longtemps considérer, comme appartenant à la lèpre, le u Zaï’aath » de la Bible dans

analogies plus ou moins éloignées avec le vitiligo de Wilcan, et non avec le vitiligo de Celse, qu’il avait été composé par les auteurs anglais.

Le dernier écho de la leuce se retrouve dans Biett et Cazenave, qui’ décrivent le vitiligo parmi les achromies, et dans Cazenave qui, lorsque la lésion existe au cuir chevelu, l’identifie avec le porrigo décalvant de Batejian, l’alopécie en aires de Jonstox, la pelade actuelle — Voy, plus loin les notes de l'alopécie en aires, et Cf. le très bon article Yitiligo, de Feulard, dans le Dict. encyclop. des Sc. méd.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

(1) Il n’y a pas toujours balancement exact entre l'achromie et l’hyperchromie, et l’un ou l’autre peut prédominer.

On peut voir, en outre, des transmutations se faire, et le vitiligo se déplacer — vitiligo ambulant; — enfin une période d’état indéfiniment prolongée, avec des alternatives d’intensité du pigment, ou de la dépigmentation, mais sans modification de limites.

Chez quelques sujets, enfin, chaque année, chez les uns pendant l’été, chez d’autres pendant l’hiver, les lésions s’atténuent, au point ipie les malades les croient disparues. E. B. — X. D.

(2) Tout au moins ses altérations sensibles sont peu accentuées :

état lisse, quelquefois alopécie, anémie, anidrose expérimentale; mais la sensibilité au contact et à la douleur sont à peu près normales; c’est là le fait capital à relever et à retenir. E. B. - - A. D.

VITILIGO.

dî)9

lequel « certaines portions de la peau deviennent blanches, ainsi que les I poils qui s’y trouvent » (1). i

Le vitiligo ne comporte pas, il est vrai, un pronostic favorable, puisque c’est une affection incurable (2) et que l’on ne peut pas limiter ; mais aussi, d’un autre côté, sauf qu’il dépare les individus qui en sont atteints, il n’exerce pas la plus légère influence sur l’état général ni sur les autres fonctions de la peau.

' (l)La confusion entre le vitiligo et la lèpre est peu à redouter aujourd’hui, à titre général. Toutefois, dans les pays lépreux, toutes les |i affections dyschromiques sans exception, achromies, hyperchromies, achromo-hyperchromies, sont suspectes, régulièrement suspectées par le i vulgaire, et quelquefois très embarrassantes, même pour le médecin compétent et avisé.

11 y a peu de confusion possible avec les dermatoscléroses en plaques malgréleur anneau pigmenté, et avec les morphées, en raison de la zone lilas périphérique, de la dureté et de l’épaisseur de la plaque blanche ^ sclérosée.

11 n’jf en a pas avec le pityriasis versicolore, alors même que, disposé en nappes étendues, il peut, un moment, donner l’impression d’une dyschromie. Le signe de la desquamativité au coup d’ongle rectifiera promptement le point, et permettra de faire le diagnostic complet avec un peu d’attention, même chez un sujet ayant, à la fois, un vitiligo et un pityriasis versicolore, ainsi que nous l’avons observé sur un syphilitique atteint de tuberculose pulmonaire.

Le vitiligo peut être difficile à séparer de quelques mélanodermies proprement dites, diffuses, laissant des îlots de réserve pour lesquels il est souvent malaisé de décider si ils sont normaux, achromiques, ou hyperchrorniques.

I Lorsque ces mélanodermies sont bien caractérisées comme celles des I addisonniens, des cachectiques, des phthiriasiques, des vagabonds, etc., la différenciation est facile, mais quand il s’agit de maladies qui tiennent sous leur dépendance l’hyperpigmentation partielle, comme la sclérodermie progressive généralisée par exemple, il peut se produire des formes mixtes achromo-hyperchromiques qui constituent un véritable vitiligo, secondaire accessoire, mais un vitiligo.

Ces derniers points réclament de nouvelles observations et une discussion plus approfondie.

Ernest Besnier. — A. Doyon,

! (2) Le vitiligo n’est pas constamment incurable; nous avons parlé du

vitiligo ambulant, du vitilig o intermittent . Quelques formes évoluent, et, chez les jeunes sujets surtout, peuvent, au bout de quelques années, se terminer par la guérison.

D’autre part, tout en admettant ce qui a été relevé dans les rapports du vitiligo avec les lésions des centres nerveux, ou rencontre des sujets atteints de vitiligo immobilisé depuis un grand nombre d’années, et qui n’ont aucune maladie du système nerveux.

TRENTE-CINQUIÈME LEÇON

Dans le viUligo, l’allération anatomique consiste uniquement en l’absence de granulations pigmentaires dans les cellules profondes du réseau muqueux, au niveau des taches décolorées, tandis qu’au contraire dans les parties de la peau qui présentent une coloration foncée complémentaire, le réseau muqueux contient une quantité de pigment plus abondante qu’à l’état normal. Les rares cellules migratrices qui amènent les granulations pigmentaires disséminées dans le chorion (figure 32) ne contribuent directement que peu ou point à la coloration de la peau. Leloir et Cliabrier ont constaté l’atrophie des fibres nerveuses sous-dermiques correspondant aux points dépourvus de pigment (1).

Comme cause du vitiligo, on a dans certains cas invoqué un trouble général de l’innervation, par exemple, à la suite de maladies qui ont épuisé la constitution. Très généralement cependant, les personnes qui en sont atteintes sont des sujets sains, d’un âge moyen, et précisément dans la plupart des cas de vitiligo progressif, il n’y a aucune cause plausible à mettre en avant. Souvent, il est vrai, la cause déterminante peut être fournie par des conditions locales. Telles sont, je crois, toutes les circonstances qui peuvent apporter un trouble dans la distribution normale du pigment, ou provoquer une production- trop active. Dans ces conditions, le pigment disparaît ou immédiatement, ou par la voie détournée de l’hypertrophie pigmentaire. Ainsi l’on sait que le vitiligo prend souvent naissance dans des taches pigmentaires, et qu’il se forme des décolorations persistantes et fixes ou qui progressent plus tard, sous l’influence de la pression produite par des bandages, ou dont le point de départ est dans des cicatrices de brûlures ou d’ulcérations. Dans ces derniers cas, le pigment est entraîné dans le torrent de résorption qui est particulier au processus de régression des cicatrices, et qui emporte également d'autres éléments de tissu (cellules d’infiltrat, corpuscules de tissu cellulaire. On peut déduire des recherches de Uiehl sur la leucodermie syphilitique (voy. tome II, p. 27 et fig. 32), que les cellules migratrices en recevant le pigment jouent le rôle d’un

(1) Malgré les démonstrations réitérées de Leloiii et de ses élèves, — V.-J. CuABRiER, étude sur le vitiligo. Thèse de Paris, 1880 ; O. Lebrun, Du vitiligo d’origine nerveuse. Thèse de Lille, 1886, de Leloir et Déje- RiNE, Pitres et Vaillard, du professeur Schwimmer, etc., — qui établissent l’existence de névrites parenchymateuses dans la peau vitiligineuse, il serait prématuré de considérer comme complètement établie la théorie anatomique du vitiligo. La valeur absolue des névrites périphériques, leur rang hiérarchique dans le processus dyschromique, l’état du système vasculaire des éléments nerveux, le rôle des lésions centrales, etc. restent à établir. E. B. — A. D

VITILIGO.

intermédiaire pour son transport, ou que peut-être ces cellules n’indiquent que la voie de retour des liquides qui détermine la résorption. Dans cette achromatose acquise, décrite antérieurement, la résorption du pigment provient également d’infiltrats cellulaires très fortement pigmentés. Ici aussi il s’agit d’une disparition du pigment du réseau cutané, comprise dans le courant de résorption des dépôts pathologiques du tissu.

Ainsi que je l’indiquerai plus tard, Ehrmann comprend d’une manière un peu différente de celle de Riehl, le processus interne du transport du pigment, dans les mêmes conditions anatomiques.

C'est à la catégorie de causes analogues que se rattachent les formes de vitiligo concomitantes et consécutives qui se composent de l’assemblage bigarré de taches décolorées et pigmentées, dans la xérodermie, la sclérodermie, la lèpre, ainsi que les décolorations qui persistent ordinairement après la résorption des infiltrats inflammatoires et néoplasiques et de leurs débris pigmentaires, à la suite de la variole, du lupus, des papules syphilitiques, et des vergetures de grossesse, etc... Mais ce qui est toujours problématique, c’est de savoir pourquoi dans ces cas l’atrophie pigmentaire non limitée continue parfois à progresser, ou pourquoi, comme dans le vitiligo idiopathique, elle atteint d’autres parties de la peau. Toutefois, on comprend très bien que, sur les points qui ont été le siège des affections que nous avons énumérées plus haut, il se fasse une décoloration fixe et persistante d’une étendue égale à celle de la lésion locale, puisqu’avec l’atrophie des papilles et du réseau les tissus qui produisent et protègent le pigment sont également détruits (1).

(1) Les conditions étiologiques du vitiligo sont véritablement inconnues. D’après les statistiques de D. M. Lévi — Rech. s. le vitiligo, etc. Paris, 1863, et de Cuabrier, loc. siip. cit. — les hommes seraient beaucoup plus souvent atteints que les femmes. Notre observation personnelle ne concorde pas avec les chiffres de ces auteurs ; nous avons observé plus de cas chez les jeunes filles et chez les femmes que chez les hommes; et ce que l’on a dit de l’âge n’est pas plus certain.

Toutes les diathèses, les maladies virulentes, notamment la syphilis et la tuberculose, ont été considérées comme pouvant avoir le vitiligo parmi leurs dépendances ; pour la syphilis, le rapport semble quelquefois bien probable, et on pourrait l’étendre encore à plusieurs lésions viscérales, hépatiques, rénales, etc. Les mêmes réserves doivent être établies à l’égard des dyschromies secondaires aux maladies classées ; tabes, etc., — névrites traumatiques, etc. — Il est bon de constater ces coïncidences, mais il y a lieu d’attendre un peu plus de clarté avant de conclure.

Si on laisse de côté les dyschromies mixtes — achromiques et hyper- KAPOSI. 3® ÉD. 11

162 TRENTE- CINQUIÈME LEÇON. I

Le traitement direct des leucopathies, de quelque genre qu’il ait été, { n’a jamais jusqu’ici donné de résultat satisfaisant. Nous pouvons bien, > au moyen d’une certaine irritation de la peau, par les cantha- ; ^ rides, par exemple, déterminer une pigmentation plus forte sur les i k taches vitiligineuses, mais cette pigmentation ne répond pas du I tout à la teinte normale de la peau, et puis elle ne tarde pas à se perdre |1 de nouveau dans levitiligo. Par contre, nous sommes à même de sup- ; primer l’aspect moucheté de la peau, le contraste des taches claires et | foncées, en traitant les places pigmentées, c’est-à-dire les places réelle- ; ment saines, dont on obtient l'a décoloration à l’aide des moyens que ^ nous avons cités plus haut (tome II, page 161) comme étant propres à donner ce résultat. Ce traitement peut être utile dans les premières périodes du vitiligo de la face et des mains, et dans l’achromie partielle. :

Les médicaments internes, l’arsenic, le fer, n’exercent pas la moindre in^fluence sur le vitiligo (1). ;

Page 1