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CHAPITRE PREMIER HYPERTROPHIES. HYPERPLASIES

Dans l’étude précédente des processus atrophiques, nous avons vu que le tissu vivant exposé à une injure réagissait immédiatement par des modifications diverses. A côté d’altérations régressives des cellules et des tissus, on peut constater souvent des réactions d’une autre essence, aboutissant au développement exagéré, dans la forme ou dans le nombre, des cellules, c’est-à-dire à des processus hypertrophiques. Ceux-ci n’ont pas toujours un caractère d utilité providentielle; trop souvent ils s’accompagnent d’un vice d édification et entraînent un changement de la configuration normale des organes (tumeurs). Ces modifications de la lorme revêtent deux types : le premier est caractérisé par une simple augmentation de volume des cellules et de leurs dérivés (fibres, etc.), c’est l’hypertrophie simple; le second laisse apparaître des multiplications et divisions cellulaires, c’est l’hypertrophie quantitative ou hyperplasie (p~io, a l'excès et tJ àcrcrw, ye crée, je forme). Dans les deux cas, on constate un accroissement évident du volume de la colonie cellulaire, c est-a-dire du tissu ou del organe. Le plus souvent, les deux processus, hypertrophie simple volumétrique et hyperplasie numérique, marchent de pair, avec prédominance de l’un d’eux, et il est difficile d’établir une ligne de démarcation bien précise qui les sépare. L’hyperplasie cellulaire précède d ordinaire l’hypertrophie, c’est-à-dire l'augmentation de volume, sinon de toute la cellule, du moins de son noyau. Dans la période d accroissement physiologique, les deux formes de la faculté créatrice du protoplasma se manifestent avec exubérance jusqu’à l’atteinte d un volume préfixé, particulier à chaque organe. Dès que le pouvoir d édification du protoplasma s’élève au-dessus des dépenses qu’exigent 1 accroissement physiologique des tissus et les frais de l’usure quotidienne, il entre dans le domaine pathologique.

Chante messe et Podwyssotsky. — Processus généraux, II,

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Les variétés des processus hypertrophiques sont très nombreuses. Pour tenter une classification, on ne peut avoir recours à l'anatomie pathologique qui constate indifféremment dans tous les cas l’hypertrophie et l’hyperplasie. Une méthode préférable doit s’appuyer sur l’étiologie. Celle-ci permet d’envisager deux groupes assez distincts dans ces phénomènes progressifs. Le premier comprend les actes de réaction des tissus vivants contre les actions nocives venues de l’extérieur. C’est, à proprement parler, une manifestation de l’énergie curatrice de l’albumine organisée, énergie qui s’exerce dans le sens d’un but défini : la compensation des pertes de substance subies par l’organisme sous l’influence des agents extérieurs. Elle comprend les hypertrophies compensatrices. les régénérations des tissus et même certaines néo-formations chroniques inflammatoires.

Les phénomènes progressifs du second groupe correspondent parfois, il est vrai, à une réaction de tissu contre des excitations extérieures, mais, le plus souvent, ils sont déterminés par des causes internes, au nombre desquelles se trouve 1 hérédité. Ici le processus de multiplication et de développement cellulaire n’implique pas un effort vers un but d’évolution physiologique. Inutile à l’organisme, le tissu proliféré ne fait qu’exercer une influence nocive, soit qu'il comprime les parties voisines, soit qu’il prélève à son profit une part excessive de subsistance. Le groupe comprend les tumeurs , les malformations et, en général, toutes les néoformations pathologiques déterminées par une anomalie dans l’accroissement.

Entre ces deux groupes de processus hypertrophiques existent des formes de transition, et les cas ne sont point rares où des réactions qui affichaient au début un caractère exclusivement défensif (inflammatoire ou régénératif) dépassent peu à peu les limites physiologiques et aboutissent à une prolifération atypique du tissu, à une néoformation.

Pour bien saisir l’évolution de ces diverses formes d hypertrophie, il faut se reporter à la description que nous avons faite vt. I, p. 5) de l’histologie fine de la cellule et des processus de division et de multiplication cellulaires. Leur connaissance a été nécessaire pour saisir les lois de l’hérédité; elle est non moins utile pour comprendre les actes de néoformation pathologique. Renvoyant le lecteur au tome I de cet ouvrage, nous nous contenterons d'insister ici sur les phénomènes de multiplication cellulaire qui s’éloignent du type normal, et qui se rencontrent fréquemment dans les conditions pathologiques.

La karyokinèse n'est pas un processus de division réservé aux organismes multicellulaires (métazoaires); on l’observe aussi chez quelques êtres monocellulaires (protozoaires). On l'a signalée dernièrement à

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l’état d’ébauche, chez quelques grégarines, coccidies, myxosporidies (Roboz, Ilenneguy, A. Schneider, Podwyssotsky, Eysmonth, Korotneff, Laveran, Schaudinn et Sedlecki, Mesnil, etc.). Des laits onl été rassemblés qui laissent soupçonner l 'existence de la karyokinèse chez quelques bactéries , chez certains champignons (Navachine) et même chez les diatomées (Lauterborn). Quelques auteurs, séduits par la théorie de la karyokinèse, ont nié tout autre mode de multiplication cellulaire; ils rejetaient l’existence de la division directe, la seule que Remack et Virchow aient décrite. Il n’est plus permis aujourd’hui de méconnaître l’existence de la division directe amitosique dans le règne végétal (Joclcow, Smitz, Strassburger), ni dans le règne animal (Ranvier, Arnold, Blochmann, Lavdovsky, Carnoy, Flemming, Platner, Loewit, Mingazzini, M. Nussbaum, Doguel, Peremejko, Podwyssotsky, Fraenzel, Slroehe, PoliakolF, Méves, Nedsielsky, etc.). Elle a été constatée su les préparations fraîches et sur les êtres vivants (Ranvier, Arnold, Lavdovsky, etc.). Le processus de la division nucléaire peut donc s’exercer, sans formation préalable d’un filament, au dépens de la chromatine, par simple voie d’étranglement du noyau vers la ligne des pèles, entraînant la rupture de la partie amincie (leucocytes), ou bien encore par voie d’étranglement au niveau de la plaque équatoriale, dans le noyau elïi lé et enrichi en chromatine, c’est-à-dire par voie de fragmentation (fig. 3j, t. I). Le résultat final est la création de deux ou de plusieurs novaux-fils.

L un quelconque de ces modes de division n’implique pas l’exclusion de 1 autre, comme le démontre l’étude des fibres musculaires striées, des leucocytes, et de quelques autres éléments cellulaires. On peut observer aussi des formes de transition où l’on distingue une ébauche imparfaite de filaments chromatiques (Platner, Balbiani, Flemming, GuerassimofF, etc.), par exemple dans la multiplication de quelques infusoires ciliés.

La division amitosique est rare, d’une façon générale, et, bien qu’il soit difficile d’établir des lois précises au sujet des conditions qui régissent les partages nucléaires, on peut supposer que la division directe est le résultat d’une incitation plus faible que celle qui donne naissance a la transformation mitosique de la chromatine, ou bien qu elle est 1 effet d un acte de la vie cellulaire moins énergique que celui qui. engendre la division indirecte. L’activité des centrosomes et des sphères attractives du protoplasma, prédominante dans la division indirecte, occupe ici le second rang. La division directe des noyaux est beaucoup plus rarement suivie de la division du corps cellulaire que l'autre mode mitosique de multiplication. Il s’ensuit que les cellules sou-

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mises au processus de division directe renferment souvent deux ou plusieurs noyaux. Celle constatation a fait émettre l’hypothèse injustifiée t j ne la division était un acte dégénératif et que la karyokinèse représentait la seule forme physiologique de multiplication cellulaire.

Au nombre des éléments qui manifestent une tendance particulière li Indivision amitosique comptent les cellules du mésoderme, celles de la membrane granuleuse, au début du développement de la vésicule de de Graaf, les cellules de la glande thyroïde, en particulier dans le goitre en formation, et enfin les éléments de quelques tumeurs, surtout des sarcomes à cellules géantes.

Nous avons vu plus haut (t. I , p . 8) qu’à la division du noyau proprement dit, qui précède celle du protoplasma cellulaire, prennent part des forces nées au sein de ce protoplasma. Il faut bien reconnaître que dans la division directe du noyau cette participation est insignifiante et qu'elle est au contraire très active dans la division indirecte. Les dernières recherches (Flemming, M. lleidenhain, Meves, Kobbelt, Evsmond. Trambusti, etc.), sur les sphères attractives du protoplasma et sur les transformations que subissent les centrosomes au cours des deux variétés de division cellulaire, en fournissent de beaux exemples.

A l’état physiologique, on observe déjà, au cours de l'accroissement des tissus et des organes, certaines déviations de la forme typique de la division cellulaire, par exemple la petitesse extrême des segments chromatiques, la durée excessive de quelques stades, la rétention de deux segments chromatiques qui semblent préalablement s’être accrochés l'un à l’autre et ne peuvent se diriger vers les pôles, la division du noyaumère, non en deux, mais entrois, quatre, cinq et même en un plus grand nombre de segments, la formation des figures-filles inégales, et enfin la division du noyau-mère, non dans le plan équatorial ou segmentaire, mais en dehors de ce plan, en plusieurs parties reliées entre elles par des tractus (fragmentation d’Arnold). Toutes ces déviations du type ordinaire de la division , ainsique les mitoses atypiques décrites par nombre d auteurs dans les processus normaux de V accroissement , se rencontrent avec le plus de fréquence et de netteté dans les processus d'hypertrophie et d’hyperplasie pathologiques.

Les principales déviations du type ordinaire de la division mitosique observées chez les vertébrés supérieurs et chez l’homme peuvent être divisées en deux groupes : la division nucléaire asymétrique et la division nucléaire abortive.

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Sous le nom de mitoses asymétriques on comprend toutes les exceptions aux lois formulées par Van Beneden, Rabe, Roux, Guignard, etc.

suivant lesquelles la substance cbr avec une précision mathématique, en deux parties absolument égales.

Ces déviations comprennent principalement : i° la division de

l’aster chromatique maternel en deux (ou plus) asters-fils plus ou moins inégaux, qui se transforment en noyaux-fils et cellulesfilles inégaux (voir fig. i) ; 20 l'inégalité dans la rapidité des transformations des deux asters-fils, d’où résulte qu'une des figures se trouve dans le stade de l'hypertrophie de la chromatine, tandis que 1 autre est déjà dans le stade de la formation du filament, etc.

,fig- 2)-

matique du noyau se divise toujours,

Fig. 1. — Mitoses asymétriques. Des néoplasmes cancéreux. — Agrandissement 700 lois.

Dans le groupe des déviations du type abortif se rangent tous les cas où le processus de division subit des modifications par suite de 1 extrême abondance de la substance chromatique dans le noyau (hvperchromatose). La quantité de chromatine dans le noyau hypertrophié peut être si abondante et les processus de la transformation filamenteuse et des déplacements internes de celte chromatine dans le noyau peuvent être si particuliers, qu’on voit des amas de chromatine se séparer des segments ordinaires et rester en dehors de la sphère du noyau. Ils constituent déjà dans la cellule de nouveaux petits noyaux, tandis que la niasse principale de la substance nucléaire se trouve encore à l’état de transformation milosique.

Ailleurs la déviation est différente : la transformation s’arrête brusquement au stade du peloton-mère ou de l’aster chromatique mère ; par suite, la division des segments suivant leur longueur fait défaut ; les granulations chromatiques de chaque rayon de l’aster se fusionnent en un amas sphérique qui devient un noyau; ainsi naissent simultanément dans le protoplasma cellulaire un grand nombre de noyaux. Ce dernier phénomène n’est point rare dans la multiplication du méso-

se

-îfev- •

Fig. 2. — Cellule cancéreuse en état de division asymétrique du noyau.

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derme en voie d’hypertrophie pathologique, dans les sarcomes ostéoïdes et, d une manière générale, dans la formation des cellules géantes multinucléaires. On l’observe également dans les altérations inflammatoires d’origine bactérienne, par exemple dans le granulome tuberculeux ■de la marmotte (Metchnikolï). La multiplication abortive du noyau détermine très souvent l’apparition de cellules géantes, de mégacaryocytes, chargés d’un grand nombre de noyaux.

On observe quelquefois une sorte de multiplication endogène du noyau, comparable à celle qui a été décrite par R. Hertwig, C. Brandt, chez quelques radiolaires et ascidies, et par Golgi, A. Schneider,

lig. 3. — Cellules de sarcome à cellules géantes. Eclatement du noyau consécutivement à In formation, dans son intérieur, d une masse homogène qui le distend. Agrandissement 730 fois. Durci à l’état frais.

R. Pfeiffer, Wollers, Podwyssotsky, etc., chez quelques sporidies hématozaire de Laveran, coccidium oviforme du foie du lapin, etc.).

Les mitoses asymétriques et abortives se rencontrent le plus souvent dans les cancers et les sarcomes à évolution rapide (Cornil, lvlebs, Podwyssotsky, Hansemann, Stroebe, Galeotti, Trambusli, Nedzielsky, etc.). A coté de la multiplication mitosique abortive ou interrompue, on observe quelquefois une ou plusieurs petites végétations qui se séparent de la masse nucléaire principale, comme si elles étaient expulsées du noyau maternel, et qui se transforment en petits noyaux. 11 s'agit d’un processus qui correspond en grande partie à ce qu’Arnold a appelé fragmentation indirecte et (pii peut se montrer sans qu’il y ait nécessairement transformation filamenteuse apparente de la chromatine (t. I, fig. 33 et 34).

Dans la multiplication du noyau par voie de bourgeonnement

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(tumeurs humaines, cellules hépatiques) , la liquéfaction d’une partie de la substance nucléaire et la formation dans le noyau d’une cavité remplie de liquide (dégénérescence vacuolaire du noyau) joue un rôle important. En même temps que cette cavité s’agrandit, des fragments de la substance nucléaire, en forme de lestons, se séparent de la masse du noyau; la cavité se rompt en un point quelconque, le noyau s’étale et les parties festonnées se transforment en de nouveaux noyaux-fils (Podwyssolsky) (lig. 3). Ainsi naissent quelquefois les cellules polynucléées des sarcomes et d’autres tumeurs. Ailleurs, le noyau se rompt simplement en deux ou plusieurs parties par le fait de l’augmentation du volume de la vésicule qu’il renferme, vésicule remplie d’une substance de nature inconnue.

Fig. 4-

En dehors de la formation de la vacuole dans le noyau, on observe quelquefois dans l’intérieur de cet élément l’apparition d’un orifice (noyaux arqués ou annulaires) ; l’excavation en s’accroissant amène la division du noyau en deux ou plusieurs parties (fig. 4)- Ces noyaux annulaires ont été signalés par plusieurs auteurs (Arnold, Bellonci, Costanetsky, Denys, Flemming, Henneguy, etc.) dans les tissus normaux aussi bien que dans les tissus pathologiques.

Dans le bourgeonnement du noyau et dans sa rupture, on ne constate que la division nucléaire; le protoplasma cellulaire lui-même reste sans modification.

Les déviations de la forme ordinaire de division se rencontrent principalement dans les tumeurs à marche rapide (sarcomes a cellules géantes et cancers). On ne peut cependant attribuer à ces déviations une importance exclusive dans les processus pathologiques hypertro-

TROUBLES R Y P ER TR OP/JIQ L'ES DE LA NUTRITION CELLULAIRE

phicjues, comme l’ont voulu Klebs et surtout Hansemann, qui attribuent à la présence de ces déviations un caractère presque spécifique, particulier aux tumeurs. Dans celles-ci les déviations sus-indiquées sont certainement plus fréquentes, mais celte particularité ne marque qu’une différence quantitative. Dans les conditions normales de l'accroissement des tissus, les mitoses atypiques ne sont pas exceptionnelles, pas plus que la multiplication des noyaux par bourgeonnement. On peut les observer chez les vertébrés supérieurs et chez les invertébrés, notamment lors de la formation des cellules géantes dans la rate, dans la moelle des os, dans le placenta, etc.

L’étude des déviations de la forme ordinaire de division ne permet pas de confondre les altérations post mortem des mitoses normales, avec les mitoses atypiques développées pendant la vie. Si le tissu n’est pas, après la mort, fixé par une méthode technique parfaite, les mitoses normales apparaissent défigurées et peuvent être prises pour des formes atypiques de division. L’apport de tissus frais sur la lame porte-objet, pratiqué sans précaution, peut déterminer artificiellement des modifications des noyaux et leur donner l’aspect de formes anormales (Baranetzky, Carnov, Bambecke, etc.).

La cause immédiate de la multiplication des cellules est entourée d’obscurité. Dans l’ovule fécondé, la multiplication est le résultat de I action de la substance nucléaire mâle sur la substance femelle, par où se révèle la propriété idioplastique couvant dans le germe. Il faut bien admettre que l’accroissement ultérieur de l’embryon est la continuation de la manifestation de celle propriété idioplastique une fois mise en activité. Toutes les théories tendant à ramener aux lois physico-chimiques la propriété de multiplication des cellules n’ont pas encore donné d’explications décisives. Nous savons seulement que la faculté dont nous constatons les effets est héréditaire et qu’elle représente une des propriétés du tissu vivant.

L’accroissement des tissus et des organes se manifeste jusqu'à ce que les diverses régions du corps aient atteint des dimensions prédéterminées, particulières à chaque genre d’organismes, jusqu’à ce qu'un certain équilibre intérieur se soit établi entre toutes les parties du corps et, probablement aussi, jusqu’à l’intervention d’une action pondératrice de centres corticaux. La limite préfixée atteinte, la propriété de multiplication sommeille dans les éléments de l’organisme, jusqu'à la mort. Dans les cellules dont l’idioplasma n’est pas utilisé pour un fonctionnement spécifique, cette faculté s’obscurcit parce que sa manifestation, nécessairement liée à l'augmentation du volume de la partie, est réprimée par les cellules voisines. La pression réciproque des éléments et aussi 1 influence dynamique, inconnue dans son essence, exercée par les

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cellules les unes sur les autres, maintient sous le joug et comme à l'état potentiel celte tendance à la multiplication.

Le détachement physiologique normal ou la mort des éléments cellulaires, en rompant l’équilibre dans une région donnée, rend possible la manifestation de la puissance de pullulation conservée en réserve dans les cellules intactes. L’obstacle est levé : aussitôt en tre en action la régénération physiologique, c’est-à-dire le remplacement des cellules mortes par des éléments nouveaux formés par la multiplication des anciens.

La cause de la multiplication cellulaire dans les processus pathologiques trouve sa raison d’élre dans la rupture de l’équilibre intérieur du tissu, provoquée par des modifications régressives des cellules ou des régions entières du tissu (dégénérescences, mortifications, lésions ou solutions de continuité). Parfois, la faculté de pullulation, inutilisée et latente, commence à se manifester brusquement sous l’influence de causes extérieures en apparence insignifiantes. Parmi ces dernières, l'excès de matière nutritive et, probablement aussi, la puissance d’irritation apportée par quelque substance chimique inconnue exercent une influence prépondérante. L’excès de sucs alimentaires trouve sa source dans l’hyperémie, compagne fréquente des processus hypertrophiques, et aussi dans la désintégration des cellules mortes, surtout des leucocytes. Les produits de celle désagrégation cellulaire et en particulier les granulations de chromatine sont résorbés par les cellules du tissu et contribuent à leur multiplication. Le rôle de l’hyperémie dans le processus qui nous occupe est démontré par la rapidité de la cicatrisation des plaies dans les tissus soumis à l’énervation (section des rameaux du sympathique) et qui sont, de par ce fait, congestionnés (Cl. Bernard, Morpurgo, Samuel, Foinitzky, Bier, etc.).

Parfois, dans les tumeurs à marche rapide, on constate la présence de leucocytes polynucléaires parmi les éléments de la tumeur et même à l’intérieur des cellules des cancers et des sarcomes. Parfois aussi, on réussit à distinguer, dans le corps même de la cellule, les différents stades de la formation d’une nouvelle substance sous l’aspect de granulations, de pelotons disposés autour du noyau. Cette matière extranucléaire, d’apparence chromatique, est peu à peu absorbée par le noyau et joue un certain rôle dans son hypertrophie ou son enrichissement chromatinien, c’est-à-dire dans les modifications de la vie qui précèdent les stades de multiplication.

L’hypothèse qui invoque l’action d’une substance chimique, incitatrice de la multiplication, repose sur un certain nombre de faits précis. Le badigeonnage de la peau avec de l’iode suffit pour déterminer,

IO

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au boni de huit heures, la prolifération de l’endothélium des capillaires cutanés (Coen) ; l’ingestion de petites doses de phosphore et d’arsenic, est suivie de la multiplication de l’endothélium des capillaires hépatiques (Zieglcr et Übolonsky). Il est probable que l’absorption d’une minime quantité de fer, de phosphate de chaux, d'arsenic, possède le môme pouvoir de stimulation à l’égard des organes hématopoiétiques. Le même procédé pathogénique est mis en jeu par les préparations iodées à l’égard des cellules du mésoderme, dans leur action locale pour la cicatrisation des plaies. Une démonstration du même genre est fournie par l’action d’une culture de certains microbes sur une plaie, arrêtant la multiplication des éléments parenchymateux (cellules épithéliales, glandulaires, musculaires), en dépit de la présence de toutes les autres conditions favorables à celte multiplication, tandis que les cultures d’autres bactéries (tuberculose, lèpre, rhino-sclérome, etc. provoquent avec tant d’intensité l’hyperplasie des éléments des tissus et l’apparition de néoformations infectieuses. J. Jakimovitch a constaté que, sous l’influence des rayons violets (rayons chimiques) du spectre, la division cellulaire et l’accroissement du corps (larve de triton) s’exercaient avec une intensité et une rapidité bien plus grandes que sous l’action des rayons rouges ou de la lumière blanche.

La lécithine manifeste sur l’accroissement et la multiplication des tissus végétaux et animaux une influence éprouvée. C’est ce qu’ont établi les observations de Y. Danilevsky qui introduisait la lécithine dans 1 alimentation des végétaux et des animaux. Celte graisse phosphorée témoigne du même pouvoir excitateur sur la multiplication des bactéries: d après les recherches faites par l’un de nous et par M. Taranoukhine, la culture des bactéries sur un milieu de lécithine ou de jaune d’œuf est beaucoup plus active que sur tout autre terrain. Desgrez et Balthazard ont aussi constaté les bons effels de la lécithine dans le traitement de certaines maladies infectieuses.

Il est probable qu’une des causes de la multiplication exagérée de certaines tumeurs, surtout des tumeurs malignes (cancers, sarcomes), consiste dans la production par les cellules ou par les parasites inclus, de substances chimiques capables de donner une impulsion à la multiplication du noyau et de la cellule. Celle question esL encore à l’étude; elle promet d apporter plus d’un rayon de lumière. L’action réside dans une excitation hypernutritive communiquée au noyau cellulaire.

Le pouvoir que possèdent divers excitants (chimiques, mécaniques et physiques) de lavoriser la multiplication des cellules, détermine une série de déviations du processus de la division normale des noyaux et des cellules. Chabry a constaté qu’avec une excitation mécanique faible

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du protoplasma cellulaire (pression avec une aiguille sur l’œuf de certains animaux inférieurs), on donne artificiellement naissance à des divisions irrégulières de la cellule, tandis qu’une pression plus forte provoque la division des noyaux seuls et la formation de cellules géantes. Une solution faible de quinine placée au contact de l’œuf fécondé, détermine la formation d’un triaster et d’un tétraster. Ilertwig a réussi à obtenir diverses formes atypiques de division du noyau dans les œufs, en voie de seo-mentation, des étoiles de mer et des oursins, soumis à l’action du froid et à d'autres conditions anormales. GaleotLi a poursuivi récemment dans la même direction des recherches multiples. lia étudié expérimentalement les effets de l’action prolongée de solutions très faibles de peptone, de cocaïne, de quinine, d’antipyrine, d’acide chromique, etc., sur l’épithélium en voie d’accroissement de la salamandre; il a réussi à provoquer au cours des mitoses de l’épithélium, diverses irrégularités et monstruosités. Féré a fait naître des désordres tératologiques chez les embryons de poule en faisant agir sur l’œuf fécondé et couvé des agents toxiques, des vapeurs d’alcool, de mercure, etc.

Parmi les substances alimentaires, l’alcool, même à faible dose, exerce l’action la plus nocive sur la multiplication et l’accroissement des tissus. En ajoutant tous les jours un peu d’alcool à l’eau où vivent les axolotls on peut obtenir, h côté des cultures normales de contrôle, des développements d’animaux nains. L’action dépressive de l’alcool sur le processus de régénération et de multiplication des cellules a fait l’objet de recherches récentes de R. Kiparsky. Soumettant des lapins à l’intoxication alcoolique chronique et aiguë, cet auteur a étudié comparativement chez les animaux sains et chez les intoxiqués le processus de cicatrisation des plaies cutanées. L’intoxication alcoolique aiguë amène un retard de deux jours dans la cicatrisation des plaies, et la cause principale de ce retard se traduit anatomiquement par la diminution générale de la chromatine contenue dans les cellules épithéliales.

Certains phénomènes hypertrophiques se rattachent à une cause inflammatoire, telles sont les hypertrophies locales et partielles connues sous le nom d’éléphantiasis. L’un de nous a observé, dans son service du Bastion 9.9, une femme qui, après avoir subi 1 44 érysipèles de la lace en douze ans, avait acquis une hypertrophie générale de tous les téguments de la face et surtout des paupières. L’éléphantiasis se rattache souvent à la présence dans les vaisseaux lymphatiques et veineux de la fiLaria sanguiriis. Le lymphangiome de la langue peut également provoquer la macroglossie.

Les hypertrophies qui portent sur le squelette méritent une attention particulière. A côté d’hyperostoses plus ou moins généralisées, de nature

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rhumatismale ou arthritique, on observe d’autres hypertrophies osseuses qui se montrent encore rebelles à une classification nosologique précise. La lorme de gigantisme partiel qui porte de préférence sur « les os des extrémités et les extrémités des os » a été isolée par P. Marie, sous le nom d acromégalie. Cette maladie commence parfois dans l’enfance, le plus souvent au moment de la puberté ; elle apparaît d abord sous forme d’hypertrophie des mains et des pieds : les doigts s’épaississent et se renflent. L’hypertrophie frappe aussi le maxillaire inférieur, elle intéresse les parties molles, le nez, les lèvres, les oreilles, la langue, la verge, les organes internes ( splanchnomégalic ). Elle s'accompagne d’un affaiblissement dans la sphère psychique, d’une diminution de la vue, de céphalalgie, de fatigue musculaire excessive. A l'autopsie des acromégaliques, on constate une augmentation du volume des os en longueur et en largeur ; l’hypertrophie prédomine au niveau des parties spongieuses du squelette. La lésion la plus curieuse porte sur l’hypophyse du cerveau qui apparaît tuméfiée et parfois envahie par une tumeur (sarcome, kyste). Les nerfs et les ganglions sympathiques sont également épaissis. Des hypothèses émises touchant la pathogénie de cette affection (Freund, Klebs), la plus probable est celle de Marie, qui regarde l’acromégalie comme une dystrophie provoquée par l’altération fonctionnelle de l’hypophyse, de même que le învxœdème est produit par l’altération fonctionnelle du corps thyroïde. Au congrès de Bruxelles de 1897, Tamburini a donné la relation de trente autopsies d’acromégaliques, dans lesquelles l’hvpertrophie de la glande pituitaire n’avait jamais fait défaut. Dans quelques cas rares d’acromégalie avec hypertrophie du thymus eL des ganglions lymphatiques (Sternberg), l’augmentation de volume de l’hypophyse na pas été constatée. Le diagnostic d’acromégalie était-il certain? L’un de nous a publié l’observation d’un malade du service de G. Sée, qui était atteint de syringomyélie à forme acromégalique avec cyphose. L hypertrophie si remarquable des extrémités pouvait, à un examen superficiel, conduire à une erreur de diagnostic.

A coté de ces deux maladies à hypertrophie osseuse prennent place,

1 osleile déforma Rte décrite par Paget, portant sur le crâne et la diaphyse des os longs qui s’épaississent et s’incurvent et que A. Fournier rattache a la syphilis héréditaire; le leon/iasis ossea de Virchow, caractérisé par une hypertrophie limitée des os du crâne et de volumineuses hyperostoses ; 1 osléo-arlhropalliie hypertrophiante pncumique (P. Marie), dans laquelle les mains sont hypertrophiées, la colonne vertébrale incurvée en cyphose vers la région dorso-lombaire, le maxillaire supérieur déformé. Analogue a la déformation hippocratique des doigts,

HYPERTROPHIES. HYPERPLA SIES

compagne de la tuberculose pulmonaire, celle ostéo-arthrite hypertrophiante se montre de préférence chez des individus qui ont souffert pendant longtemps d’une maladie infectieuse pleuro-pulmonaire.

Dans l’enfance ou plus tardivement, apparaissent des hypertrophies d'une partie du corps portant sur les os et les parties molles, dont la cause, grâce à la présence de manifestations concomitantes, peut être rattachée à un trouble du système nerveux. En pareil cas, l’étude attentive de l’état du corps thyroïde et des glandes génitales s’impose, car on sait le rôle que joue le défaut de développement et d’intégrité de ces deux grands appareils dans la manifestation du nanisme et de l’infantilisme.

A. — Hypertrophie compensatrice

Soumis à un travail excessif, un organe ou une partie d’organe augmentent de volume.

Le travail exagéré résulte de deux causes : l’obligation de surmonter pendant un laps de temps assez long une résistance anormale, ou bien la nécessité de suppléer à la fonction d’autres organes atteints dans leur puissance. La première cause se manifeste dans les viscères musculeux (cœur, vessie, estomac, intestin, ainsi que dans des groupes musculaires striés, etc.) ; la seconde dans les organes pairs ou multiples, conjugués au point de vue de leur structure et de leurs fonctions (poumons, glandes salivaires et lymphatiques), quand l’un d’eux est lésé. L’hypertrophie est vicariante.

A l’état physiologique, les excitations et les impulsions ordinaires qui agissent sur la cellule, ne font apparaître qu’une partie de son énergie fonctionnelle; l’autre reste en réserve, lalenLe jusqu’à sa mise au jour, sous la forme kinétique, par de nouvelles et plus fortes excitations. Ces dernières deviennent-elles plus énergiques et plus durables, l’énergie de réserve, propre à la quantité déterminée de protoplasma vivant, se dépense très vile ; pour qu’elle se manifeste de nouveau, il faut que la masse de matière organisée acquière un volume plus considérable. Telle est la conséquence de la loi de proportion entre la force et la matière. Dans la cellule l’augmentation se manifeste, avant tout, par l’accroissement de son volume. Telle est l’origine de l’hypertrophie quantitative.

Obligée à un travail excessif et d’assez longue durée, la cellule absorbe une plus grande somme d’aliments et accumule des matériaux de construction sous forme d’albumine organisée ; le noyau, puis le protoplasma acquièrent alors de grandes dimensions. Si la substance néoformée est trop volumineuse pour être contenue dans une seule cellule, et si la quantité d’énergie accumulée est trop considérable pour être

TROUBLES HYPERTROPHIQUES DE LA NUTRITION CELLULAIRE

dégagée par l’aclivilé vilale d’un seul noyau et d’une seule cellule, l’un et l’autre de ces deux éléments s’accroissent au delà des limites de l'individualité. Une division en est la conséquence, qui forme deux ou plusieurs unités fonctionnelles. L’hypertrophie quantitative se transforme en hypertrophie numérique, c’est-à-dire en hyperplasie. La fonction compensatrice de la cellule devant se manifester par une modification morphologique, l’augmentation de volume du noyau et celle de la cellule précèdent l'acle de leur multiplication.

À l'état adulte, la faculté de multiplication de certains éléments (cellules nerveuses) est très limitée ; en cas de fonctionnement exagéré, ceux-ci sont réduits à dépenser leur énergie fonctionnelle latente, peutêtre à augmenter de volume, mais ici l’hypertrophie compensatrice ne semble guère capable de se traduire par une multiplication cellulaire.

Quand l’hypertrophie se fait lentement, le processus de la multiplication, surtout lorsqu’il s’agit d’éléments très différenciés, ne s’exerce qu’à peine. Ainsi dans l’hypertrophie cardiaque consécutive à des lésions valvulaires, Letulle, Goldenberg, Tangl, etc., n’ont pu constater une véritable multiplication des noyaux musculaires ; ils n’ont vu qu’une augmentation de volume des cellules préexistantes. Combien est différente la lésion anatomique de l’hypertrophie cardiaque, de celle de l’hypertrophie compensatrice des organes glandulaires, dont les cellules épithéliales conservent jusqu’à la vieillesse la faculté de se multiplier!

Ces données anatomo-pathologiques trouvent une confirmation dans les récentes recherches expérimentales de Morpurgo sur l’hypertrophie par surcroît de travail des muscles volontaires. Comparant, à l'aide de mensurations précises, l’épaisseur des faisceaux musculaires du couturier chez un chien qui avait séjourné un mois dans un local étroit, avec les mêmes faisceaux du couturier du même chien, après que celui-ci eut couru dans un cercle pendant 80 jours et fait 3 '218 kilomètres, le savant italien a constaté que les faisceaux musculaires étaient devenus sept fois et demie plus volumineux, le diamètre transversal des libres huit fois plus grand, tandis que le nombre de ces mêmes fibres était resté invariable. Les mensurations de Morpurgo prouvent que l’hypertrophie parle travail n’est pas déterminée par l’hyperplasie, mais exclusivement par l’augmentation du volume des éléments déjà existants.

La multiplication cellulaire dans l’hypertrophie compensatrice est d’autant plus intense, que l’organe hypertrophié appartient à un individu plus jeune. Tous les auteurs qui ont étudié l’hypertrophie vieariante des organes pairs, comme les reins et les glandes salivaires, ont constaté que chez lesjeunes animaux en voie de croissance, l’augmentation fonctionnelle ou pathologique du volume d’une glande, après l’ablation de l’autre, portait et sur le volume et sur le nombre des cellules.

Le rétrécissement, quelle qu’en soit la cause, à travers lequel un

HYPERTROPHIES. 11 Y P ERP LA S1ES

contenu liquide doit être expulsé, par i'cn'orl d’une contraction musculaire, a toujours pour conséquence l’augmentation de volume de la tunique musculaire située en amont. Ainsi se produisent, après des rétrécissements situés en aval, l’hypertrophie du ventricule gauche, l’hypertrophie de la vessie, l’hypertrophie de l’estomac, celle d’un segment de l'intestin, etc. La lésion se montre dans le ventricule gauche quand la résistance dans la grande circulation est accrue par une cause quelconque (néphrite, artériosclérose, athérome, etc.), dans le ventricule droit quand surgit un obstacle à la circulation dans le trajet de l’artère pulmonaire (emphysème, pleurésie, tuberculose chronique, etc.). L hypertrophie de la prostate chez le vieillard se fait peut-être aussi sous l'influence de la résistance plus grande à l'écoulement des sécrétions muqueuses.

Les dimensions que les parties musculaires hypertrophiées peuvent atteindre (cœur, vessie, estomac) sont quelquefois de cinq à six fois le volume normal : le cor bovinum des artério-seléreux, l'hypertrophie de la vessie de certains urinaires et calculeux en fournissent des exemples probants.

L’augmentation compensatrice d’un des organes pairs ou multiples a lieu quand l'autre organe, morphologiquement et fonctionnellement semblable, est supprimé. Telle est l’origine de l’hypertrophie vicariante d'un rein, quand l’autre a été détruit par la suppuration (pyélo-néphrite) ou l’extirpation; de l’hypertrophie des grandes glandes salivaires d’un côté de la face, dans les lésions et atrophies des mêmes glandes du côté opposé; de l’hypertrophie de l’hypophyse, ainsi que des glandes parathyroïdiennes, lors de l’extirpation de la glande thyroïde; de l’augmentation de volume des ganglions lymphatiques et de l’apparition de nouvelles rates embryonnaires après l’ablation de la rate; de l’hypertrophie vicariante d’un poumon dans les lésions tuberculeuses ou la compression de l'autre poumon; du développement d’une des capsules surrénales quand l’autre est détruite ou lésée.

Quand deux organes pairs existent dans l’économie, l’ablation de l’un d’eux n’entraine l’hypertrophie de l’autre que lorsqu’une irritation permanente ne cesse d’agir sur l’organe laissé en place. La suppression d’un testicule ne provoque pas toujours l’hypertrophie compensatrice du second.

Fig. 5. — Face inférieure et postérieure du lobe droit d’un foie de lupin (grandeur naturelle).

IÜ TROUBLES HYPERTROPHIQUES DE LA NUTRITION CELLULAIRE

Dans les organes impairs, composés de plusieurs parties distinctes et plus ou moins indépendantes, l’une d’elles peut subir l'hypertrophie compensatrice quand les autres sont détruites. Ce l'ait s’observe surtout dans le l'oie, dont les lobes peuvent être considérés comme des organes multiples intimement liés entre eux. L’extirpation de deux, trois lobes et même des trois quarts de la masse totale du l'oie peut permettre la survie d’un animal et les lobes qui restent s'hypertrophient au bout de un, deux mois jusqu’à atteindre un volume énorme et un poids égal à la masse première du tissu hépatique. Ce fait extraordinaire, signalé

Fig. G. — Même lobe quarante jours après l’extirpation des trois quarts de l’organe hépatique. — Les lobules sont hypertrophiés au point d’être très visibles à la surface et surtout sur les bords du foie (grandeur naturelle). Cas de v. Meister.

d’abord par Ponfick en 1890 a été confirmé et vérifié dans le laboratoire de l’un de nous (Podwyssotsky) par B. von Meister. Cet auteur a constaté que la réapparition du volume du foie était surtout la conséquence d'un processus d'hypertrophie vicariante. On 11e découvre au microscope aucune néoformation de lobules, mais ceux qui persistent augmentent deux et trois lois de volume au point de devenir visibles à l’œil nu à la surface du loie (Yoy. fig. 6). L’hypertrophie lobulaire s’exerce, dès les premiers jours, parla tuméfaction des cellules hépatiques; les noyaux augmentés de volume commencent bientôt à se diviser, de sorte (pie l'hypertrophie s’accompagne d’hyperplasie. Dès le cinquième, septième, quinzième, vingtième jour un grand nombre de noyaux cellulaires hépatiques du lobe persistant se trouvent en état de division karyokinétique ; la plupart des éléments sont devenus binucléaires. Le pro-

HYPERTROPHIES. HYPERPLA S/ES

eessus d’hypertrophie se poursuit jusqu'à ce que la quantité de cellules néoformées, ou, ce qui revient au même, la masse totale du tissu hépatique atteigne le poids que possédait le foie primitif, masse qui semble nécessaire au fonctionnement de l’organisme. Il est intéressant de noter que la sécrétion de l’urée, diminuée notablement aussitôt après l’extirpation, augmente progressivement au fur et à mesure que le parenchyme se rapproche de son volume primitif.

Ces constatations sur le processus de l’hypertrophie compensatrice ont été confirmées par des recherches ultérieures (Flœck, Kahn, etc.). Cornil et Carnot ont étudié récemment dans leur détail les modifications qui surviennent dans le parenchyme hépatique, après la résection d’une partie plus ou moins considérable de l’organe. Quelques jours après l’opération, le foie a reprisses dimensions primitives, sans que la partie réséquée se soit régénérée. La preuve est fournie par l’expérience suivante : un cylindre emporte-pièce est enfoncé tout près du bord de la section pour constituer un point de repère ; on constate, une fois l’organe revenu à son volume normal, que le cylindre est à la même distance du bord. L’augmentation du volume se fait donc d’une façon diffuse et généralisée, par hyperplasie et non point par régénération locale. La guérison de toute plaie hépatique assez large est réalisée par une cicatrisation fibreuse, et la perte de substance est compensée par des phénomènes d’hyperplasie diffuse et généralisée siégeant à la périphérie des divers lobules. La prolifération s’exerce avec plus d’intensité au niveau des canalicules biliaires que dans les trabécules, ce qui témoigne de la résistance plus grande de l’appareil biliaire. Que l’on détache à l’aide d’un emporte-pièce et qu’on laisse en place un cylindre de substance hépatique, celui-ci subira le plus souvent la mortification et il en résultera une cicatrice fibreuse. Parfois cependant des îlots hépatiques et des canaux biliaires subsistent indemnes, nourris par imbibition et présentent des cellules volumineuses à plusieurs noyaux, en multiplication active (Cornil et Carnot). Appliquant ce procédé de recherche expérimentale au rein, René Marie a obtenu un résultat curieux : la production artificielle d’un adénome.

Des faits empruntés au domaine pathologique humain montrent que la destruction de parties d’organes provoque en d’autres points du même organe, des phénomènes d’hyperplasie, de néoformation compensatrice. Déjà, en 1889, Lapeyre, pratiquant asepliquement dans le foie des injections d’acide phénique, obtenait une multiplication des cellules hépatiques par karyokinèse et une prolifération de l’épithélium des conduits biliaires. Les bulletins de la Société anatomique de Paris contiennent beaucoup d’observations où l’on a constaté, accompagnant

C11ANTEME8SB et Podwyssotsky. — Processus généraux. II. 2

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les kystes hydatiques ou la cirrhose hypertrophique, 1 existence de phénomènes d’hyperplasie. (Kahn, Josias, Reboul, Vaquez, Poulaillon. Tissier, Ilanot, Chauffard, etc.).

Aujourd’hui, les pathologistes français tendent à considérer comme un processus de compensation des lésions hépatiques et rénales, les hyperplasies observées dans l’hépatite parenchymateuse nodulaire des paludéens, des tuberculeux, des syphilitiques (Kelsehet Kiener, Sabourin) , dans la cirrhose hypertrophique biliaire de Ilanot, dans les grosses granulations de Bright (Chauffard).

La propriété régénératrice (dans le foie surtout) a ceci de remarquable qu’elle se manifeste même chez le vieillard, notamment dans les cas de Ponfick, chez des individus âgés de cinquante-cinq, de cinquante-sept et même soixante-treize ans. Les petites saillies de tissu hépatique, en forme de lobules complémentaires ou de néoformations qu'on observe assez souvent au cours des autopsies, ne sont autre chose que la manifestation d une hypertrophie vicariante des parties saines du tissu hépatique resLées intactes quand les autres ont été lésées (fig. 7 .

Les causes essentielles des processus hypertrophiques sont d'ordre bio-mécanique (hypertrophie du cœur par lésion valvulaire) et bio-chimique (hypertrophie du rein). L’expérience de Sacerdotti(i8y7> est suggestive à ce point de vue : l’auteur enlève un seul rein à une série d’animaux; quelques-uns d’entre eux sont gardés comme témoins, les autres reçoivent des injections d’urée et d’autres produits urinaires. Ce sont ces derniers chez lesquels l'hypertrophie et l'hyperplasie du rein laissé en place, acquièrent le plus grand développement. P. Carnot a confirmé ces résultats. La question mérite d’être envisagée à un point de vue plus général qui intéresse même la thérapeutique. Caussade. par des injections d’extrait capsulaire, a fait naître l’hyperplasie des capsules surrénales. Il est possible que ce soit à la faculté de favoriser la régénération glandulaire que l'opothérapie doive certains de ses succès.

B. — Régéxvhation

La régénération est un acte de la matière vivante remplaçant par une néolormalion morphologiquement et physiologiquement semblable une partie de l’organisme disparue. Lorsque la similitude morphologique et physiologique fait défaut, 011 a affaire à la cicatrisation qui est une néoformation purement conjonctive.

Pourquoi et comment s’exerce la régénération? On sait que par hérédité et par sélection, se sont lentement élaborées les dimensions moyennes de chaque espèce et de chaque genre. Une fois atteintes, ces

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