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CHAPITRE VI

INFARCTUS HÉMORRHAGIQUE

Parmi les troubles de circulation locale occasionnés par l'oblitération d'une branche artérielle, l’inondation, par le sang, d’une zone tributaire du vaisseau oblitéré constitue un des phénomènes les plus caractérisés au point de vue clinique et anatomique. On lui donne le nom d'infarctus rouge, sanguin ou hémorrhagique ( infar cio — je remplis). Depuis les travaux de Virchow, de Panum et surtout de Cohnheim '1872), de Cornil et Ranvier, de Duguet (1872), de Brault, de Litten 1880 , de Grawitz (1891), l’infarctus est considéré comme la conséquence de la thrombose ou de l’embolie.

L’oblitération d’un vaisseau artériel n’amène pas nécessairement la formation d’un infarctus hémorrhagique. Comme il a été dit plus haut, la compression des artères et leur oblitération par des caillots sanguins autochtones ou par des corps étrangers émigrés peut ne déterminer ni altération, ni trouble circulatoire dans les régions situées en aval, pourvu que des anastomoses artérielles, suffisantes au rétablissement rapide d’une circulation collatérale, existent (v. fig. 36). Lorsque ces dispositions font défaut et que les conditions anatomiques ne peuvent assurer une facile suppléance de circulation (par exemple dans les artères terminales), sans toutefois qu’elles suppriment la communication des capillaires du tissu anémié avec ceux des régions voisines, les éléments les plus favorables à la formation d’un infarctus sont réunis et celui-ci se réalise.

La libre communication des capillaires est donc indispensable à la création d’une telle lésion; lorsque cette liberté fait défaut, ce n’est plus un infarctus hémorrhagique qui se constitue, mais un foyer de nécrose auquel on pourrait donner, improprement, le nom d’infarctus blanc

(fig- 39)-

La notion anatomique des artères terminales une fois établie, ainsi que les conséquences des embolies constatées de visu sur les branches de l’artère linguale, Cohnheim émit comme règle générale la proposition

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suivante : l’oblitération d’une artère terminale implique nécessairement la formation d’un infarctus hémorrhagique.

Les recherches ultérieures n’ont pas confirmé la rigueur de cet aphorisme. L’oblitération d’une artère terminale peut, ne pas être suivie d’infarctus, si la circulation générale est intacte, et si les capillaires offrent des voies anastomotiques suffisantes, dans lesquelles le sang ne stagne pas. Alors, dans le territoire anémié, la nutrition des parois des capillaires est assurée ; ceux-ci ne dégénèrent pas et ne laissent pas exsuder dans le parenchyme voisin le sang qui les pénètre :

l inondation du tissu, c’est-àdire l’infarctus hémorrhagique, n'est donc pas réalisée.

Nature et mode de développement de l’infarctus. — Aussitôt après l’oblitération d’une artère terminale, les ramifications en aval du point obstrué subissent une diminution de calibre ; la circulation s’arrête dans les capillaires correspondants et dans la veine efférente jusqu’à son anastomose avec un rameau veineux en communication avec le sang d une artère libre. Toute la région du tissu devient momentanément ischémiée. Toutefois, 1 arrêt de la circulation au delà du

vaisseau atteint est un phénomène très passager; par suite de la différence de pression sanguine dans la zone ischémiée et dans les régions \ oisines, oii la circulation est normale ou même un peu accélérée(hyperémie collatérale), un courant sanguin se forme, venant des régions voisines, a travers les anastomoses capillaires. Exceptionnellement, celles-ci suffisent à maintenir une circulation assez intense pour empêcher la formation d’un infarctus. La zone privée de sang souffre dans sa nutrition, mais l’inondation sanguine totale du tissu n’est pas réalisée. Le plus soin t nt, l’arrivée du sang parles anastomoses capillaires se 1 ai L d une manièic lente et incomplèteetla pression qu’il exerce est insuffisante poui ( lias ser, vers les veines efférentes, les globules qui stagnent dans lis tapil laires.

Fig. 36. — Schéma d’une anastomose artérielle (e) entre deux artérioles (a) et (c). — L oblitération de l’artère en (a) n’entraîne pas la production d’un infarctus hémorrhagique parce que la circulation se rétablit par l’anastomose.

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