LIVRE IV
PATHOLOGIE DE LA LYMPHE ET DE LA CIRCULATION LYMPHATIQUE
Arrivé aux capillaires, le sang artériel ne reste pas tout entier dans la canalisation. Tandis que la majeure partie du liquide passe, avec les éléments figurés, dans les veines, Ta litre partie transsude à travers les parois vasculaires dans les fentes interstitielles, où elle se transforme en plasma des tissus, et enfin en lymphe.
Le plasma nutritif, c’est-à-dire le liquide transsudé à travers les capillaires, ne doit pas être confondu avec la lymphe proprement dite, c’està-dire avec le liquide déjà contenu dans la canalisation lymphatique. Bien que des analyses directes fassent défaut pour établir une différence, il est évident « priori que la lymphe renferme des produits de désassimilation cellulaire que le plasma îles tissus ne possède pas encore au sortir des capillaires. La lymphe va porter ces produits de désassimilation dans les ganglions lymphatiques qui deviennent, en quelque sorte, des organes de filtration élective. Après cette épuration plus ou moins parfaite, la lymphe gagne le système veineux par la voie du canal thoracique.
Le pouvoir des ganglions lymphatiques de neutraliser les produits nocils, n’est nulle part plus évident que chez les invertébrés, les annélicles et les insectes, dont les glandes lympathiques, très nombreuses, sont intimement rattachées à des ganglions épurateurs spéciaux (A. Ivovalevsky). Il est même diflicile de dire quelle est, pour la vie de l’animal, la plus importante des fonctions des ganglions lymphatiques, celle de l'hémopoièse (formation des leucocytes), ou celle de la neutralisation des produits toxiques engendrés par les métamorphoses nutritives et contenus dans la lymphe. Certaines de ces substances semblent exciter, stimuler la multiplication des cellules ganglionnaires. Si, comme semblent le démontrer les expériences de Tchigaiev, l’ablation simultanée d’un grand nombre de ganglions lymphatiques peut entraîner la mort, le mécanisme de cette terminaison fatale n'est pas encore bien établi. Peut-être réside-t-il dans l’auto-intoxication de l’organisme, dépouillé de ses moyens d’épuration spontanée. A ce point de vue, la physiologie des ganglions lymphatiques est à peine ébauchée.
PATHOLOGIE DE LA LYMPHE ET DE LA CIRCULATION LYMPHATIQUE
Les fentes intercellulaires et intertissulaires, les cavités closes de l’organisme contiennent, en quantité plus ou moins grande, un liquide provenant de la transsudation du sang. Ce liquide, intermédiaire obligé entre les cellules et le sang artériel, apporte les substances organiques et inorganiques nécessaires à la nutrition des éléments et se charge des déchets et des produits des échanges de ces mêmes cellules. Fentes intercellulaires et vaisseaux lymphatiques représentent le complément de la circulation veineuse, le conduit de drainage des produits des échanges et des usures. Cette fonction est une des principales du système lymphatique, bien qu’il soit difficile de déterminer avec précision la part qui revient, dans l’absorption, aux vaisseaux lymphatiques, et celle qui est dévolue aux veines. Les recherches de Chrzonczweski, Botkine, Hamburger, etc., permettent de supposer que l’absorption des substances colloïdes (dans la cavité péritonéale et probablement aussi dans d’autres régions) est l’œuvre exclusive des réseaux lympathiques, tandis que celle des corps cristalloïdes ressortit surtout à l’action des vaisseaux sanguins et dans une faible mesure à celle des lymphatiques. Les recherches de Orlov, Leathes et Starling, Hamburger, G. Munie, Cohnstein et surtout d’Asher et Barbera, dont les conclusions sont souvent contradictoires, n’ont pas abouti à déterminer exactement les substances dont l’absorption est dévolue de préférence soit aux vaisseaux lymphatiques, soit aux vaisseaux sanguins. Elles montrent toutefois qu’au phénomène de l’absorption les vaisseaux lymphatiques et sanguins prennent part; quand il s’agit de solutions salines isotoniques avec le plasma, ce sont les vaisseaux sanguins qui assument le premier rôle.
Si les ganglions interposés sur le trajet des lymphatiques peuvent filtrer la lymphe et neutraliser les produits toxiques des échanges, il faut s’attendre à ce que les poisons introduits dans l’organisme soient absorbés plus volontiers par les lymphatiques que par les vaisseaux à sang rouge. Cette question de médecine expérimentale mérite une étude particulière et fournirait sans doute une moisson de laits intéressants.
D’où vient la lymphe et quel est son mode de formation ?
Ce problème semblait résolu, depuis longtemps déjà, par la théorie de Ludwig (1860-1870). Des recherches récentes l’ont remis en discussion. Ludwig enseignait que la lymphe est un produit de filtration du sang el que la force qui met en jeu à la fois cette filtration et la circulation lymphatique est la pression sanguine intravasculaire. Les connaissances nouvelles sur la puissance de la tension osmotique (voir le chapitre sur l’osmose), ont fait surgir une autre théorie, opposée à la doctrine mécanique de Ludwig. S’appuyant sur une série de recherches expérimentales, Heidenhain aboutit à celte formule que la lymphe n'est pas un produit de filtration du plasma sanguin, mais un véritable liquide de sécrétion élaboré par les cellules vivantes des parois capillaires. Quand on injecte, dit-il, dans le sang, des substances