CALORIFICA T ION. II Y P O T H E R MIE. H Y P E RT H E R M I E
La réaction de l’économie contre un agent d’irritation quelconque [microbe, toxine, etc.), resté en dehors de la circulation générale, donne naissance au processus purement local de 1 inflammation. Si la cause irritative franchit les barrières défensives du mésoderme, envahit la circulation et frappe le système nerveux, la réaction revêt alors un caractère général; et si le désordre se traduit par une augmentation de chaleur corporelle, la modification organique qui prend naissance porte le nom de fièvre. Celle dernière 11e constitue donc pas une maladie spécifiquement définie; elle 11e représente qu’un complexus morbide, banal, compagnon de beaucoup de maladies infectieuses, dites pour cette raison
maladies fébriles.
L’hyperthermie constitue le symptôme le plus saillant de toute maladie fébrile ; d’elle découlent en partie les autres manifestations pathologiques. La possibilité de soumettre 1 économie à un surchautlage indépendant de toute fièvre, impose, comme préface naturelle à l’étude du processus fébrile, l’analyse des modifications survenues dans 1 organisme sous l’influence d’un exaltation ou d’un amoindrissement de la température normale. Ce court exposé nous permettra, chemin laisant, d’indiquer les modes de régulation de la température du corps.
A. — Calorification
Vivre, c’est produire de la chaleur. Si cette proposition, en ce qui concerne les êtres les plus infimes du règne animal et végétal, attend encore une démonstration scientifique, la faute en est aux difficultés des constatations expérimentales. Chez les individus d’organisation
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élevée, chez les vertébrés et surtout chez les animaux à sang chaud dont l’organisme est muni d’un système de régulation thermique la réalité du fait contenu dans celle afïirmation se présente avec l’évidence d’un axiome.
L historique des notions que nous possédons actuellement sur la chaleur animale se résume dans un nom : Lavoisier. «Avant lui on ne soupçonnait rien : ilatoutexpliqué.» (Ch. Richet.) 11 suffit de mentionner les hypothèses d Aristote, d’Hippocrate, de Galien, qui plaçaient dans le foie ou le cœur l’origine de la chaleur, pour arriver aux affirmations des savants du milieu du siècle dernier qui professaient que la chaleur animale est produite parle frottement des globules du sang dans les vaisseaux capillaires. En 1777, on entre de plain pied dans 1ère moderne avec l'admirable mémoire de Lavoisier sur la combustion. « L’air pur, en passant parle poumon, éprouve une décomposition analogue à celle qui a lieu dans la combustion du charbon ; or dans la combustion du charbon il y a dégagement de matière de feu, donc il doit y avoir également dégagement de matière de feu dans le poumon, dans l’intervalle de l’inspiration et de l’ expiration ; et c’est cette matière de feu sans doute qui, se distribuant avec le sang dans toute l’économie animale, y entretient une chaleur constante de 3 2 degrés et demi environ au thermomètre de M. Réaumur. 11 n’y a d’animaux chauds dans la nature que ceux qui respirent habituellement et cette chaleur est d’autant plus grande que la respiration est plus fréquente, c’est-à-dire qu il y a une relation constante entre la chaleur de l’animal et la quantité d’air entrée ou au moins convertie en air fixe dans ses poumons. » (Lavoisier)
Dans son mémoire de 1789, Lavoisier n’affirme pas que la combustion ait lieu dans le poumon. « Aucune expérience ne prononce d’une manière décisive que le gaz acide carbonique qui se dégage pendant l’expiration se soit formé immédiatement dans le poumon ou dans le cours de la circulation. »
Les successeurs de Lavoisier ont établi de nombreux faits de détail que voici en résumé : la fièvre est toujours accompagnée d'élévation thermique (Gavarret et 11. Roger, 1842); la consommation d’oxygène et la production d’acide carbonique rendent compte de la production totale de la chaleur par l’organisme (Dulong et Desprez) ; de même aussi la consommation des aliments (Boussingault) ; l’étude thermochimique des substances alimentaires, étant donné le principe découvert par Berthelot, permet de connaître par l’analyse de l’alimentation la calorimélrie totale; la consommation d’oxygène se produit dans les capillaires (Magnus, M. Edwards) ; le sang veineux est plus chaud que le sang artériel (Cl. Bernard); le système nerveux est l’appareil régulateur de la chaleur animale (Helmholtz, Ludwig, Cl. Bernard).
Les organes qui se composent d’un grand nombre d’unités cellulaires et qui sont le siège de processus actifs de synthèse, de désassimilation et d’oxydation sont également les sources les plus puissantes de la chaleur.
L’énergie potentielle ou les forces latentes des substances nutritives se transforment, pendant leur consommation et leur oxydation, en énergie kinétique, c'est-à-dire en force vivante, en chaleur et en mouvement.