‹ Pathologie générale et expérimentaleChapitre 12 sur 72 · MORT · texte numérisé non relu

MORT

On donne le nom de coUapsns à eet état d'affaiblissement général de toutes les fonetions de l’organisme qui précède parfois la mort lente et qui est occasionné surtout par l'affaiblissement excessif du travail du cœur.

Dans la mort apparente , l’arrêt des mouvements du cœur et de la respiration n’est pas absolu ; on peut encore les percevoir à l’aide de procédés très minutieux. La perle de la connaissance est cependant complète. Indépendamment de l’arrêt du cœur et de la respiration, on a donné comme signes certains de la mort l’algi dité progressive du corps (algor mortis), puis, quelques heures après la fin de la vie, l’apparition de taches livides cadavériques qui se montrent surtout aux parties déclives du corps, et enfin la rigidité cadavérique (rigor mortis). Ces trois signes n’ont pas un caractère de constance absolue. Leur apparition est commandée par une foule de circonstances dépendant de l’extérieur (température, humidité, situation du corps, saison de l’année) ou de l’état pathologique du sujet (maladie infectieuse, repos ou mouvement, distension intestinale, etc.). La rigidité cadavérique peut survenir parfois quelques instants après la mort (état cataleptique) ou tarder quarante-huit heures et plus avant de se montrer. Au point de vue médicolégal, c’est un problème difficile à trancher que d’établir une limite entre la vie et la mort. D’après Brouahdel, il n’existe pas un symptôme pathognomonique qui puisse permettre de déterminer dans tuas les cas avec exactitude le moment de la mort.

La mort subite est due le plus souvent à des lésions de l’appareil circulatoire et à des troubles du système nerveux central. Cependant, des perturbations survenues dans un organe quelconque peuvent aussi provoquer la mort subite par action réflexe sur le centre cardiaque ou respiratoire.

La mort des éléments cellulaires pris isolément 11e survient pas immédiatement après la mort de l’organisme, unité vivante. De nombreux faits démontrent que les cellules des divers organes continuent encore à vivre quelques minutes et même quelques heures après la mort. L’excitabilité de différents tissus après la mort et quelques phénomènes fonctionnels qui la traduisent ont permis d’élucider ce problème. L’excitabilité électrique des muscles et des nerfs persiste pendant deux heures et même plus chez les animaux à sang froid; les muscles qui meurent les premiers sont, par ordre d’énumération : ceux de la nuque, du dos, de la paroi abdominale, et, en dernier lieu, ceux des membres supérieurs et inférieurs. Les études d’histologie fine portant sur les multiplications mitosiques des cellules ont montré d’une manière très précise qu’après la mort de l’individu les cellules continuent à vivre, puisqu’elles continuent à parcourir les phases de leurs divisions. Si

HISTOIRE XATl'RF.IIE DE LA MM. A DIE

on prend sur un individu, au moment de la mort, un fragment de tissu en activité de formation (tissu embryonnaire, néoplasme, tissu en voie de régénération) et qu'on fixe immédiatement les cellules de ce tissu par un réactif coagulant énergique et rapide (alcool absolu, sublimé, liquide de Flemming), on trouve, à l'examen microscopique, un grand nombre de cellules en voie de karyokinèse. Si ce tissu, avant d’être fixé parles réactifs, est laissé un certain temps soit encore uni au cadavre, soit détaché et placé à l’air libre, le nombre des ligures mitosiques révélant la multiplication cellulaire a beaucoup diminué, comme si, après la mort de l’individu, les cellules avaient continué à vivre par elles-mêmes et à achever leur travail de développement. En 1 858 (Journal de physiologie;, Brown-Séquard , ayant injecté du sang défibriné dans les carotides et les vertébrales d’une tète de chien préalablement séparée du corps, vit se produire dans les traits de l’animal des contractions qui semblaient volontaires et qui persistèrent aussi longtemps que dura l’injection. Sur un chien élevé dans son laboratoire et soumis à cette expérience, ce physiologiste reconnut que les yeux se tournaient vers lui chaque fois qu’il appelait l’animal par son nom.

Les expériences, couronnées de succès, de greffes de fragments de peau de cadavre sur des plaies récentes, plaident aussi en faveur de la survie des tissus après la mort de l’organisme.

La mort réelle des cellules ne commence qu’avec la désagrégation de la matière organique qui les compose, désagrégation qui se traduit par une forte alcalinité de la réaction. Le livre de Brouardel « Mortel mort subite » (Paris, i8q5) renferme l’analyse détaillée des phénomènes observés dans la mort à la suite de différentes maladies.

Dans le sang d’un animal, ta à i4 heures après la mort, ou dans le sang extrait de l’animal et gardé le même laps de temps, les leucocytes ont conservé leur vie. Ranvier a constaté par l’observation directe que, dans le sang du lapin maintenu dans la chambre humide pendant vingtquatre heures à une température de io° à if>°, les leucocytes qui semblaient frappés de mort récupéraient leur vitalité dès qu'on les portait dans une chambre humide à 38”. Après la mort de l'animal, le cœur de la grenouille peut poursuivre ses battements pendant plusieurs heures et même plusieurs jours. Chez un supplicié Regnahd et Love ont constaté qu’après la décapitation et l’ouverture du thorax les ventricules ont continué à battre pendant vingt-quatre minutes, tandis que la mort du système nerveux central s’était produite beaucoup plus tôt. Quatre minutes après la décapitation l'excitation de la moelle ne provoquait plus aucun mouvement.

La rigidité cadavérique des muscles des animaux à sang froid, surtout

du cœur de la grenouille, n'est pas l'indice certain de la mort de ces éléments Lunwic, Hermann, etc.). A ce point de vue, les expériences plus récentes de IIelbel (1889) sont tout à fait démonstratives. Ce savant extirpe le cœur d'une grenouille, le débarrasse soigneusement de tout son sang et le conserve pendant dix heures à la température de ao°; à ce moment, le cœur est devenu rigide, il a perdu son excitabilité et présente une réaction acide. .Si on le remplit alors de sang de grenouille défibriné, l’organe revient à la vie et peut, comme un cœur normal, se contracter pendant plusieurs heures. Si le cœur a été conservé à une température de a3° pendant vingt-cinq heures, le myocarde présente déjà, par sa mollesse et sa réaction alcaline, des indices de décomposition. O11 peut cependant encore à ce moment, en remplissant le cœur de sang de grenouille défibriné, provoquer la contraction isolée de quelques faisceaux musculaires. Le protoplasme musculaire conserve donc pendant très longtemps sa vitalité, et, comme l’avaient vu Brown- Séquard et d’autres physiologistes, la rigidité cadavérique 11’est qu’une contracture, un phénomène de vitalité musculaire. La vie ne cesse que lorsque cette rigidité disparaît.

Les recherches récentes de Cyboulski, Schimonovitch , Gottlieb, Schaffer et les expériences faites dans le laboratoire de l’un de nous par Mankovsky ont démontré que, deux jours après la mort d’une grenouille, le cœur pouvait être ramené à la vie si l’on fait passer par ses cavités de l’extrait de capsules surrénales.

La matière vivante emmagasine une certaine quantité d’énergie à l'aide d'un processus de synthèse organique. Pour assurer la réalisation de cette synthèse aux dépens des agents physico-chimiques extérieurs, la molécule du protoplasma vivant doit être douée d’une grande complexité et d’un équilibre instable. L’albumine vivante acquiert un équilibre plus stable en passant à l’état d’albumine passive ou morte. D’après l’hypothèse de Loow, l’état vivant de l’albumine et sa manifestation sous forme d’énergie seraient dus à la présence, dans la molécule albuminoïde, de groupes peu stables d’aldéhydes et de groupes amidés dont la mobilité atomique est très grande. Cette mobilité serait précisément la source de l’émission de l’énergie. Certains poisons du protoplasma, l’élévation thermique au-dessus de 44° à 4->°, interviennent peut-être en activant les mouvements de ces groupes atomiques instables. La disparition de ceux-ci donnerait naissance au développement d’un corps stable qui est précisément l’albumine morte ou passive.

Cha.ntemesse et Podwyssotsky Processus généraux.

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