I. — SOLIPÈDES
Étiologie et pathogénie. — Le catarrhe chronique des bronches dépend plus des processus morbides antérieurs que des influences extérieures. Il succède fréquemment à des inflammations aiguës répétées, comme la gourme, ou constitue lereliquat de cette affection ; il s'installe chez les animaux
BRO-\GHITES CHRONIQUES. 45
affaiblis et débilités par une maladie générale {leucémie, anémie) et chez ceux dont la nutrition de la muqueuse bronchique est altérée par des troubles circulatoires.
Les bronches et le pai'enchyme pulmonaire ont un système veineux commun en grande partie; des veines bronchiques se jettent dans les veines pulmonaires; il résulte de cette disposition que les altérations du poumon et du cœur influencent la circulation des bronches et provoquent une hyperhémie bronchique suivie d'exsudation dans les fines bronches {bronchiolite chronique).
Ce milieu est très favorable au développement des microbes et à l'apparition des bronchites chroniques.
Les affections cardiaques provoquent souvent une congestion pulmonaire chez les animaux surmenés ; les chevaux de cinq à huit ans y sont le plus prédisposés; la muqueuse des bronchioles se congestionne, se tuméfie et devient le siège dune inflammation chronique qui engendi'e la dyspnée (pousse) et l'emphysème pulmonaire. Or, Teraphysème pulmonaire, en atrophiant les vaisseaux des alvéoles et en troublant la circulation devient à son tour une cause de bronchite chronique. Les épanchements pleuraux retentissent sur les bronches par le même mécanisme.
La bronchite chronique peut résulter de la pénétration accidentelle de breuvages médicamenteux dans les bronches ou de l'inhalation continue de gaz ou de vapeurs irritantes. Des maladies chroniques comme la morve, la tuberculose peuvent produire des lésions pulmonaires et bronchiques.
Symptômes. — a. Signes foxgtioxxels. — Ce sont des signes de même ordre que dans la bronchite aiguë : la toux, lejetage, et la dyspnée, sans fièvre.
La toux, profonde et grasse, se 'fait particulièrement entendre lorsque Tanimal est mis au travail ou quand il respire un air froid ; elle est quelquefois tellement violente que les animaux sont inutilisables; elle est toujours brève pai'ce que la puissance rétractile des parois bronchiques est
diminuée. Sa fréquence s'exagère quand l'animal mange du foin poussiéreux.
Le jetage est muqueux, presque nul au repos ; il devient abondant, blanchâtre et pui'ulent, après la toux ou pendant l'exercice : il est fétide, douceâtre, quand les produits exsudés peuvent séjourner et se décomposer dans des bronches dilatées.
La dyspnée est très intense dans tous les cas de péribron- <'hite fibreuse généralisée; la respiration est accélérée et l'expiration s'effectue en deux temps, comme dans l'emphysème pulmonaire ; le soubresaut est souvent inspiratoire et expiratoire ; parfois la dyspnée se traduit par une simple accélération des mouvements respiratoires; c'est le signe le plus constant de la bronchite chronique diffuse; l'animal s'essouffle rapidement sous l'influence du moindre effort ; il ne reprend le type respiratoire normal qu'au bout de trente minutes, ou d'une heure de repos.
La nutrition se ralentit ; l'amaigrissement se produit lentement ; le sujet se couvre de sueur au moindre travail et il finit par devenir inutilisable. On peut rencontrer des chevaux dont la dyspnée disparaît par l'exercice ; ce phénomène se produit quand l'affection siège dans les bronches de deuxième et de troisième ordre, qui se remplissent de mucus pendant le repos et se vident pendant le travail ou à la suite de quintes de toux.
b. Signes physiques. — La percussion de la poitrine donne des résultats normaux. L' auscultation iali entendre, des deux côtés de la poitrine, des rAles secs et humides, mobiles; les râles muqueux sont très accentués au niveau des grosses divisions bronchiques; lesrâles sibilants et ron,' fiants occupent les parties moyennes et postérieures de la poitrine; le murmure vésiculaire s'entend partout, ou manque momentanément au niveau des petites divisions bronchiques obstruées par les mucosités. Les quintes de toux les déplacent et font reparaître le murmure vésiculaire.
Marche. — La bronchite chronique peut s'amender ou
présenter des poussées aiguës, subaiguës. A mesure qu'elle vieillit, les lésions s'accusent davantage, diverses complications surviennent :
a) L emphysème pulmonaire est la conséquence rapide des efforts inspiratoires provoqués par la toux et la dyspnée. Les vésicules pulmonaires se dilatent graduellement (emphysème vésiculaire). La muqueuse bronchique, amincie, peut se rupturcr et permettre à l'air de s'infiltrer dans le tissu environnant : un emphysème interlobulaire très prononcé en est la conséquence. Alors la respiration s'accélère, devient soubresantante, et l'asphyxie peut se produire au cours des efforts développés pendant le travail.
b) La bronchectasie ou dilatation des bronches résulte de leur inflammation chronique, de la destruction des tissus cartilagineux et musculaire (voyez ce mot).
c) La dilatation du cœur droit dépend à la fois de la bronchite et de l'emphysème pulmonaire associés.
d) La broncho-pneumonie est rarement consécutive à la propagation de l'inflammation bronchique aux lobules pulmonaires ; mais il n'est pas rare de voir la bronchite chronique redevenir aiguë et guérir à la suite de cette aggravation.
Diagnostic. — Les principaux signes diagnostiques sont fournis par la toux, \e jetage elVexploration de la poitrine.
Les râles humides morbides et la résonance normale de la poitrine permettent d'établir le diagnostic précis lorsqu'aucune complication ne s'y est ajoutée.
La toux petite et avortée, l'affaiblissement du murmure vésiculaire et les râles secs annoncent l'emphysème pulmonaire, terminaison la plus fréquente.
On confond souvent la bronchite chronique avec V emphysème pulmonaire. La différenciation de ces deux maladies n'a pas d'importance pratique : l'une complique, tôt ou tard, invariablement l'autre.
La dilatation bronchique s'en distingue par la fétidité et l'abondance du jetage purulent et par les signes cavitaires;
la percussion révèle, à leur niveau, un son tympanique; l'auscultation y fait percevoir le râle ou le souffle caverneux; mais ces derniers signes sont très rarement constatés.
Pronostic. — Le pronostic est très grave. Ancienne, la maladie est incxirable. L'extension de l'inflammation aux petites bronches rend les sujets inutilisables.parles complications qu'elle engendre. Les animaux s'essoufflent rapidement au travail et présentent des quintes interminables de toux.
Anatomie pathologique. — Les lésions essentielles de la bronchite chronique intéressent la partie superficielle de la muqueuse (endobronchite) et le derme de la muqueuse (mésobronchite) ou la périphérie des petites bronches (péribronchite).
L'exdobronchite est souvent la seule altération appréciable; on n'en rencontre pas d'autres quand l'inflammation est limitée aux grosses bronches. La muqueuse est recouv^erte de mucus ou de muco-pus; les bronches volumineuses sontparfois comblées en partie par du pus fétide qui s'y est accumulé parce que le réflexe expulsif ne se produit qu'à partir des moyennes et des petites bronches.
La muqueuse a une couleur foncée grisâtre ou ardoisée; elle est épaissie et parfois hérissée de petite excroissances qui résultent de l'hypertrophie des papilles.
Les cellules épithcliales sont irrégulièrement cylindriques et implantées anormalement; elles paraissent légèrement bouleversées par l'inflammation, qui en détermine la régénération hâtive.
Les cellules à cils vibratiles sont remplacées, en maints endroits, ^ar des cellules fusiformes ou cylindriques, presque toutes remplies de mucus. Rarement l'inflammation est aussi superficielle; elle affecte généralement le derme et peut intéresser les cartilages ou la couche musculaire.
La MÉsoBRONCHiTE consistc dans une infiltration cellulaire du derme; il subit graduellement un épaississement
oonsidérable et une induration fibreuse; les glandes sont elles-mêmes le siège d'une périadénite fibreuse. Ces néoformations scléreuscs sont accompagnées de l'ali'ophie de la muqueuse; elles peuvent amener des rétrécissements bronchiques, coïncider avec les dilatations et évoluer avec la péribronchite.
La PÉRIBRONCHITE, lésiOn de retentissement dans les moyennes bronches, occupe la première place dans les petites bronches où elle détermine des rétrécissements et des occlusions.
Ces diverses lésions se compliquent généralement de dilatations bronchiques, d'emphysème pulmonaire et d'atélectasie, de dilatation du cœur droit et parfois de dégénérescence amyloïde du foie.
Traitement. — Les médications applicables au catarrhe chronique des bronches sont, à peu de chose près, celles de la bronchite aiguë.
Modification des sécrétions bronchiques. — On parvient à modifier les sécrétions bi'onchiques à l'aide d'électuaires à l'essence do térébenthine, au goudron, à la créosote ou à l'aide de solutions de terpine, de terpinol. Les substances qui renferment des principes volatils susceptibles de s'éliminer par le poumon rendent les voies respiratoires plus ou moins aseptiques, diminuent les sécrétions et facilitent la réparation intégrale de l'épithélium bronchique et trachéal. Quand on ne peut les faire absorber par le tube digestif, il faut recourir aux inhalations, dont l'action est moins sûre, moins efficace, les vapeurs médicamenteuses n'atteignant généralement pas les fines ramifications bronchiques.
Viodure de potassium, qui s'élimine aussi par la muqueuse des voies respiratoires, est indiqué contre le catarrhe bronchique; cet agent modifie la nutrition et ramène les sécrétions à l'état normal.
Il ne faut pas compter sur les injections ti'achéales. Employées par les hippiatres, essayées par Lafosse (1854),
par Levi (1883), par Dicckerhoff (1884), elles sont dangereuses et inefficaces. Les doses massives ne dépassent jamais les premières ramifications bronchiques.
L'acide arsénieux, à la dose de 1 gramme par jour, ou, de préférence, l'eau arsenicale :
Acide arsénieux 10 grammes.
Eau de rivière 1 litre.
à la dose de trois à six cuillerées par jour, mérite d'être employée.
Médication expectorante. — La plupart des agents qui précèdent favorisent l'expectoration; la térébenthine a un effet direct sur les glandes et provoque, comme toutes les substances résineuses, une accélération des mouvements des cils vibratiles. On peut l'administrer à la dose de 40 à 60 grammes en plusieurs bols. L'émétique à la dose de 12 à 20 grammes, le kermès à la dose de 20 grammes à 25 grammes, le sulfure d'antimoine, le soufre sublimé, le chlorhydrate d'ammoniaque en électuaii'es peuvent aussi rendre quelques services pour lutter contre l'encombrement des bronches.
Médication calmante. — Pour calmer la toux, on peut recourir aux granules d'aconitine, à l'aconitirie en injection sous-cutanée; mais il est préféi'able, dans la majorité des cas, d'administrer l'aconitine en granules ou en électuaires à la dose de 5 milligrammes pour les grands animaux, un demi-milligramme pour les petits et en fractionnant les doses.
On utilise fréquemment la morphine, en injections sous-cutanées; on peut employer le chloral en lavements, à la dose de 50 grammes par jour, la belladone ou mieux l'atropine, à la dose de 5 à 10 grammes de la solution suivante :
Sulfate d'atropine o centigr.
Eau distillée îiO grammes.
l'essence d'amandes amères et le bromure do potassium.
On peut administrer les bols suivants :
Poudre de réijlisse i
D 1 j • ;■ aa 10 grammes,
roudre de guimauve ) "
Extrait de belladone 5 —
Miel ou mélasse U- S.
Pour quatre bols. En faire prendre un chaque soir. .Les pailles hachées, additionnées de mélasse, le vert, les fourrages dépourvus de poussière ^"produisent de bons effets. L'ésérine et la pilocarpine provoquent le spasme des bronches et quelquefois Tasphyxie du sujet.