I. — SOLIPÈDES
Étiologie et pathogénie. — 1° Congrestions actives.
— Los congestions actives ou fluxions résultent de troubles vaso-moteurs d'origine extérieure, d'origine interne ou de diverses influences combinées.
Le refroidissement déterminé par un long transport des animaux en chemin de fer ou par toute autre cause et le passage d"un air froid à un air chaud troublent l'innervation vaso-motrice, provoquent la contraction rétlexe des vaisseaux cutanés et la dilatation des vaisseaux pulmonaires par paral^-sie des vaso-constricteurs ou excitation des vaso-dilatateurs.
Le surmenage résultant de longues courses, de raids militaires est une cause fréquente de congestion pulmonaire; il est suivi d"une vaso-dilatation générale par auto-intoxication. Les animaux qui effectuent un travail pénible pendant les heures les plus chaudes de la journée tombent frappés de coup de chaleur, avec une hyperhémie intense au poumon.
Cet accident est favorisé par le jeune âge des animaux, le défaut d'entraînement, leur utilisation à une allure qui nest pas en rapport avec lem' conformation (chevaux de gros trait qu'on fait trotter), leur engraissement : laccumulation de graisse dans les organes affaiblit les contractions cardiaques et facilite l'hyperhémie du poumon.
Le développement excessif de l'appareil digestif rempli d'aliments gêne les mouvements du diaphragme, et abaisse le tonus des vaisseaux pulmonaires par paralysie des vasoconstricteurs contenus dans le sympathique et le pneumogastrique ou par excitation des vaso-dilatateurs. Ces vaisseaux- ne résistent plus à la pression sanguine ; ils se laissent dilater par l'ondée sanguine partie du cœur droit.
La congestion est constituée par ce mécanisme sous l'influence de causes multiples :
a) Les irritations réflexes produites par des brûlures étendues, les affections de l'appareil digestif, du foie.
b) Les lésions organiques du système nerveux (cerveau, bulbe, protubérance) ou les lésions expérimentales de ces centres produisent des effets analogues au coup de chaleur.
c) Les causes locales agissent au niveau du poumon ou des voies respiratoires. L'iiyperhémie pulmonaire succède à l'inhalation de gaz ou de poussières irritantes, à la fumée d'incendie; elle est l'origine des paroxysmes que présentent les sujets emphysémateux ; la circulation entravée au niveau des régions emphysémateuses, s'exagère d'une manière anormale dans les parties saines;. elle s'ajoute à la bronchite, à la broncho-pneumonie, à la gourme; elle est un élément essentiel de l'a. pneumonie infectieuse; elle accroît la dyspnée et prépare souvent l'asphyxie.
Dans la pneumonie lobaire, la congestion circonscrit le • loyer pneumonique; elle joue un rôle considérable dans la pleurésie ; elle contre-balance la compression déterminée par l'épanchement et empêche parfois Yatélectasie de se produire; le poumon demeure volumineux.
L'atélectasie pulmonaire est constamment suivie de congestion pulmonaire consécutive à la diminution de volume du poumon.
L'évacuation rapide d'un cpanchement pleural ou pcritonéal détermine un afflux considérable de sang dans le poumon, trop rapidement décomprimé ; il se produit une congestion et un œdème pulmonaire.
a) Les infections [gourme, anasarque) s accwseni par des fluxions pulmonaires plus ou moins intenses ; les toxines vaso-dilalalrices sécrétées par les microbes de ces maladies agissent sur les contres nerveux, troublent les vasomoteurs pulmonaires et organisent souvent des congestions pulmonaires très graves. Certaines infections demeurent même exclusivement caractérisées par ces congestions. Pendant les épidémies û.e pneumonie infectieuse, ily a des animaux qui offrent des signes évidents de congestion pulmonaire avec une température élevée; un traitement révulsif dissipe tous les symptômes; la congestion pulmonaire constitue toute la maladie : c'est une vraie fluxion de poitrine.
2° stase pulmonaire. — Les congestions passives sont
caractérisées par une stase sanguine consécutive à une lésion valvulaire ou myocardique. Leur apparition est toujours favorisée par le décubitus prolongé (hypostase). Un cheval ne peut demeurer longtemps couché sans présenter la congestion passive du poumon.
3° OEdèine pulmonaire. — L'œdème pulmonaire n'est souvent qu'un épisode local de l'anasarque et a ordinairement une origine toxique ou infectieuse ; il peut envahir brusquement les parties inférieures des deux poumons dans le cours de maladies infectieuses comme les pneumonies, la fièvre pétéchiale, les septicémies; il peut apparaître sous l'influence des causes qui donnent naissance à l'œdème de la glotte, telles que les néphrites chroniques, mais ces œdèmes sont peu connus.
L'asphyxie, l'inhalation de gaz très chauds ou irritants peuvent retentir par voie l'éflexe ou directement, sur les vaso-moteurs pulmonaires et engendrer un œdème généralisé.
Les cardiopathies et toutes les maladies qui l'alentissent la circulation ou affaiblissent la puissance cardiaque se compliquent d'œdème pulmonaire.
L'hyperhéinie kypostatiqiie, les agonies prolongées, les embolies capillaires multiples sont enfin des sources importantes d'œdème pulmonaire.
Symptômes. — Un tableau clinique de la congestion pulmonaire ne peut comprendre tous les cas. Tantôt latente, tantôt accompagnée de symptômes très graves, elle peut se développer lentement, progressivement ou subitement, au repos ou pendant le travail, chez des animaux sains ou déjà malades. La congestion pulmonaire est, dans ce cas, une maladie secondaire souvent plus grave que l'affection primitive qui l'a provoquée.
1° CoDgestion active. — La congestion active double, généralisée, peut se traduire d'emblée par des phénomènes asphyxiques très prononcés, comme dans le coup de chaleur.
L'hématose est rapidement entravée et la mort survient inopinément en quinze à vingt minutes.
L'évolution de l'hyperhémie active est généralement plus lente et simule une pneumonie commençante. Elle débute par des frissons ou des tremblements violents, la rougeur et la pâleur des muqueuses et une dyspnée proportionnelle à l'étendue de poumon congestionné. Le cheval fait entendre une toux courte, avortée, les ébrouements sont fréquents, accompagnés de secouements rapides de la tête (Leblanc) ; il respire bruyamment, expectore du mucus strié de sang comparable à une solution de gomme mousseuse et visqueuse, ou du sang en nature {hémoptysie) [Hering et Wœrtz, Bonnaud].
Lq pouls est faible, fréquent, les battements cardiaques sont violents, tumultueux et souvent accompagnés de frémissements cutanés.
L'animal se complaît dans l'immobilité ; sa physionomie exprime la douleur, l'indifférence ou l'apathie nerveuse ; il respire péniblement, fait entendre des plaintes quand il se déplace ou qu'on percute le thorax ; il refuse aliments et boissons ; la température ne s'élève que d'un demidegré.
Quelques signes physiques permettent de reconnaître la lésion pulmonaire. La percussion révèle de la submatité sur une grande étendue, des deux côtés de la poitrine; les parties inférieures sont quelquefois le siège d'une matité complète.
L'auscultation dénonce une atténuation du murmure respiratoire, qui devient parfois très obscur ou cesse de se faire entendre ; la respiration bronchique est rude, soufflante, sans que ce caractère présente la netteté du souffle tubaire de la pneumonie. Cette exagération de la respiration normale présente son maximum d'intensité vers la partie moyenne de la poitrine.
Des râles muqueux fins accompagnent l'exsudation bronchique ; des râles crépitants localisés aux parties
inférieures des poumons dénoncent l'œdème pulmonaire ; tantôt les congestions sont pures, tantôt elles s'accompagnent d'œdème sans qu'on puisse établir la raison de ces différences. OEdème et congestion sont étroitement liés ; il n'est guère possible de les décrire séparément,
Quand la congestion active n'est pas foudroyante, sa marche est rapide; la maladie parcourt toute son évolution en douze à ving-quatre heures. Elle évolue plus lentement quand elle est consécutive à une grande fatigue, à un refroidissement prolongé ; sa durée peut atteindre quatre à six jours.
La congestion peut se terminer par asphyxie, par hémoptysie, T^arbroncho -pneumonie, pleurésie ou par résolution.
L'asphyxie est annoncée par une dyspnée croissante, par la teinte foncée des muqueuses et par les phénomènes convulsifset paralytiques liés à l'insuffisance de l'hématose.
L'hémoptysie est une terminaison fréquente qu'on observe surtout dans les congestions qui surviennent pendant le travail (Bonnigal) ; elle est cai'actérisée par des accès de toux et le rejet, par les naseaux, d'une mousse rosée ou de sang liquide qui s'écoule plus ou moins abondamment. Cornevin a constaté le rejet de plusieurs litres de sang.
La respiration est accélérée, tremblotante, dyspnéique ; le sujet présente tous les signes d'asphyxie consécutive à l'obstruction des bronches par les caillots hémoi'ragiques. Parfois l'hémorragie s'arrête ; on perçoit dos râles bronchiques à grosses bulles à l'auscultation du poumon ; l'animal expectore le sang contenu dans les bronches et guérit complètement. Le retour de l'hémorragie indique que la congestion pulmonaire est secondaire.
La RÉSOLUTION est presque subite ; les phénomènes congestifs se dissi[)ent dès que l'animal est arrêté ; il reste quelquefois un peu d'œdème pulmonaire qui se résorbe en un ou deux jours.
2° Congestion passive. — La congestion passive passe souvent inaperçue au début ; son histoire se confond avec
celle de la maladie qui l'a provoquée (Vov. Endocardite et affections valvulaires du cœur).
Diagnostic. — L'absence de fièvre exclut toutes les maladies aiguës. La rapidité de son apparition et de son évolution, coïncidant avec une respiration djspnéique, soufflante, suffit toujours à établir le diagnostic.
Pronostic. — La congestion pulmonaire tue en quelques instants ou guérit très vile, même sans traitement. Une légère hémorragie pulmonaire n'est pas un obstacle à la yiiérison. La gravité de la maladie est en rapport avec l'intensité des symptômes dyspnéiques.
Altérations anatomiques. — Les poumons, gorgés de sang, sont noirs ou foncés, marbrés, et remplissent la cavité thoracique ouverte ; ils ne s'affaissent pas sous la pression des doigts et en gardent quelque temps l'empreinte; sectionnés, ils présentent des taches hémorragiques, mal délimitées qui rougissent au contact de l'air, ou des hémorragies interstitielles si abondantes qu'elles convertissent certaines portions du poumon en un vaste caillot. Du sang spumeux s'échappe des bronches béantes. La résistance du tissu pulmonaire est diminuée ; il est très friable au niveau des foyers hémorragiques qui rougissent au contact de l'air. Lors d'hémorragie, le poumon est détruit par places ou réduit à l'état de magma sanguinolent.
Les congestions actives prolongées pendant quelques heures à un jour, et les congestions passives sont accompagnées d'un œdème plus ou moins prononcé, principalement localisé dans les parties déclives e1 au voisinage des bronches.
L'examen microscopique révèle la distension des vaisseaux alvéolaires ou bronchiques et la réplétion des alvéoles par le sang ou la sérosité (fig. G).
Les lésions px'opres aux congestions chi'oniques sont rares chez les solipèdes; on les rencontre fréquemment chez les carnivores.
CONGESTION ET OEDEME l'LLMOXAIRE.
Traitement. — Les liyporhéiuies actives sont justiciables de la saignée et de la mctUcalion révulsive. Une saignée immédiate, abondante, de six à huit litres, est un moyen efficace, héroïque. La congestion qui survient
Fig. 6. — Congestion hypost^lique.
A, coupe du poumon sain vue à un faible grossissement; A', la même vue à un fort grossissement; B, Dilatation des capillaires, exsudation séreuse et hémorragique dans les alvéoles ; B', la même préparation vue à un fort grossissement (Préparation de M. Blanc).
sous l'influence du coup do chaleur disparaît subitement grâce à une saignée copieuse.
La révulsion doit être rapide et intense. Pour la produire, on utilise des sinapismes sur lapoiti'ine, le ventre; les frictions d'essence de térébenthine. On en prolonge les effets en recouvrant l'animal de couvertures.
Les irrigations i-ectales froides ont une action réflexe avantageuse, tendant à dissiper la faiblesse du pouls ; les injections sous-cutanées d'éther provoquent une excitation bienfaisante. Les injections d'atropine (0,03 à
0,05 centigrammes) sont également indiquées contre l'œdème pulmonaire.
La digitale (4 à 6 grammes) est utile contre les congestions passives pour renforcer l'action du cœur et prévenir l'œdème.
Contre Yhémoptysie, on emploie la saignée, les styptiques (seigle ergoté, tanin, alun, sel de saturno, sulfate de fer), on peut faire des injections sous- cutanées d'atropine et d'ergotine, il faut empêcher les animaux de s'agiter.