‹ Pathologie interne (volume 2)Chapitre 18 sur 96 · II. — RUMINAXTS · texte numérisé non relu

II. — RUMINAXTS

Étiologie et pathogénie. — Les ruminants sont quelquefois frappés de congestion pulmonaire primitive ou secondaire.

La congestion primitive se développe chez les bœufs, soumis à un travail pénible pendant les heures les plus chaudes de la journée, ou immédiatement après un repas copieux. Le rumen distendu comprime le diaphragme, gêne l'expansion du poumon et provoque une hypertension sanguine dans la cavité thoracique. La dyspnée qui en résulte, exagérée par le travail et la chaleur, détermine un état asphyxique qui est par lui-môme une cause d'apoplexie pulmonaire.

Elle apparaît quelquefois chez les animaux qui sortent d'une étable très chaude pour respirer un air très froid ; elle est une des manifestations du coup de chaleur.

On la voit éclater brusquement chez les jeunes veaux qui s'échappent de rétable et qui, poursuivis par des chiens, effectuent une course folle.

La congestion est ordinairement secondaire ; elle est souvent la manifestation de maladies contagieuses telles que le charbon, ou de maladies infectieuses telles que les septicémies hémorragiques.

Les maladies parasitaires du poumon (strongyloses), les broncho-pneumonies peuvent également lui donner nais-

sance. D'ailleurs toutes les maladies du cœur, du péricarde caractérisées par un obstacle à la circulation de retour comportent, à un moment donné, un degré plus ou moins marqué de congestion et d'œdème pulmonaii'e.

Lgs affections des organes abdominaux, comme la météorisation du rumen, sont une source importante de congestion pulmonaire par voie réflexe et par asphyxie.

Symptômes. — La dyspnée est le premier signe appréciable de la congestion pulmonaire; elle est proportionnelle à l'étendue du champ respiratoire envahi par l'aftlux. sanguin ou l'œdème. Parfois la respiration est précipitée, sifflante, chaque inspiration est accompagnée de mouvements de déglutition ; l'expiration est suivie d'une espèce de plainte sourde et rauque, un peu de sang apparaît à l'ouverture des naseaux. L'animal, en proie à une vive anxiété, demeure debout ,les membres écartés du thorax, les narines dilatées, l'encolure et la tête et tendues; il présente des tremblements; il est insensible, chancelant, se couvre de sueur, tombe brusquement, est atteint de convulsions des membres et laisse échapper, en mourant, des mucosités écumeuses par la bouche : c'est l'apoplexie pulmonaire, c'est-à-dire l'abolition complète et instantanée de la fonction.

Toute congestion pulmonaire, poussée à l'extrême, peut se terminer par hémorragie avec ou sans hémoptysie.

Quand l'évolution n'est pas foiidroyante, on constate les progrès de la dyspnée et de l'asphyxie ; les mucosités obstruent graduellement les bronches et rendent la respiration bouillonnante ; l'auscultation de la poitrine fait percevoir des râles muqueux très intenses et parfois du râle crépitant; le murmure respiratoire peut cesser de se faire entendre dans un poumon quand des caillots hémorragiques obstruent complètement les bronches (Gilis) (1). La percussion donne de la submatité au niveau des parties farcies

(1) Gilis, Journ. des vêt. du Midi, 1802, p. 500. — Rossignol. Journ. des vét. du Midi, 18()2.

de sang; les parois pectorales ne sont pas sensibles.

La résolution se produit promptemenl quand la congestion pulmonaire n'est pas foudro yante. Tous les troubles respiratoires se dissipent et, dans quelques heures, une journée au plus, l'animal est complètement rétabli ; il y a quelquefois des améliorations passagères suivies de paroxysmes dus à la production de nouvelles hémorragies (Gilis). La prolongation de l'affection du poumon doit faire penser à l'existence d'une congestion pulmonaire liée à la tuberculose, à une maladie parasitaire ou à une autre affection grave du cœur ou des reins. Quelquefois, au bout de huit jours, l'animal rejette, après une violente quinte de toux, un caillot tibrino-albumineux, cylindrique, de longueur variable et la guérison est délînitive.

Anatomie pathologique. — Le poumon est rouge, volumineux, lourd; il est le siège d'hémorragies diffuses ou en foyers; il est emphysémateux dans les parties saines. Quelquefois on peut constater uniquement la réplétion des bronches par des caillots sanguins. Collin a observé une hémorragie subite des bronches, sans altérations appréciables du poumon, chez une vache de quatre ans.

Sur la coupe, les lobules pulmonaires laissent échapper, lorsqu'on les presse entre les doigts, une forte quantité de saxig spumeux très noir. Entre les lobules, le tissu conjonctif est gorgé de sang coagulé d'une nuance également très foncée : il semble qu'il y ait eu hémorragie interlobulaire. Ce sang, qui s'est infiltré et solidifié dans les mailles du tissu conjonclif, forme des cloisons de près d'un centimètre d'épaisseur qui compriment les lobules et les isolent les uns des autres. Les lobules comprimés ont leurs bronches effacées ainsi que leurs vésicules pulmonaires ; cette altération aggrave les effets de la congestion pulmonaire.

Diagnostic. — L'apparition brusque des tremblements, de la dyspnée et des troubles qui précèdent, pendant le travail, légitiment le diagnostic congestion pulmonaire.

Traitement. — i° Préventif. — Empêcher les animaux

de se livrera des mouvements violents, à des sauts, à une lutte prolongée ; éviter de les atteler, de les faire longtemps marcher immédiatement après un repas très abondant ; il Caut faciliter la rumination qui constitue le premier de leurs besoins, prévenir toutes les causes de météorisation. supprimer, à l'étable et au dehors, toutes les inlluences nuisibles à l'exécution de la respiration.

2" Cl'ratif. — La saignée à la jugulaire est le moyen le plus rapide pour déterminer le dégorgement du poumon ; lesdcrivatiff:. frictions de moutai'de. sinapismes, complètent cette médication. On peut se contenter d'ablutions deau froide quand la congestion pulmonaire est liée au coup de chaleur ou au surmenage. L'eau froide provoque une vaso-constriction immédiate des vaisseaux cutanés, qui est rapidement remplacée par une vaso-dilatation.

La digitale. 3 grammes par jour, la digitaline en injections sous-cutanées (4 à 8 milligrammes par jour) soutiennent la tonicité cardiaque, tendent à dissiper l'engouement du poumon et combattent l'asphyxie.

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