‹ Pathologie interne (volume 2)Chapitre 36 sur 96 · I. — VEAUX · texte numérisé non relu

I. — VEAUX

Étiologie et pathogénie. — Les premiers germes qui pénètrent dans les voies respiratoires comme dans les voies digestives sont les plus dangereux. Les streptocoques, les colibacilles, les bactéries ovoïdes peuvent s'implanter ensemble ou isolément sur la muqueuse bronchique; ils sont d'autant plus menaçants pour le poumon que les animaux sont plus jeunes : l'organisme viei'ge de toute infection est le meilleur bouillon de culture. Un pi'emier veau moins résistant que les autres, quoique d'apparence saine et né d'une mère bien portante, est ainsi frappé de broncho-pneumonie dans les deux mois qui suivent sa naissance. Dès lors, racclimatenient microbien est fait : les microbes adaptés peuvent contaminer les sujets sains sans le concours d'aucune circonstance adjuvante; la maladie devient contagieuse dans les agglomérations de jeunes veaux; elle s'installe ainsi dans une étable où il n'y a pas eu dimportation étrangère et frappe rapidement, si l'on n'y prend garde, le tiers, la moitié ou les deux tiers de l'effectif total. Les plus jeunes sont les premièi'es victimes de la contagion ; mais plus tard, sous l'influence de l'exaltation de la virulence des germes infectieux, la bronchopneumonie frappe les animaux âgés de quatre à six mois et complètement sevrés qui habitent ce milieu infectieux. Les adultes se montrent seuls réfractaires.

Lfi contagion paraît résulter à la fois de l'ingestion et de l'inhalation des produits morbides expectorés par les malades.

Symptômes. — La broncho-pneumonie s'installe sournoisement ou sans grand fracas chez des animaux sains ou affectés d'entérite diarrhéique ; l'animal, peu abattu, continue de téter ou de manger; mais il tousse de temps à autre et manifeste un peu d'essoufflement; les ailes du nez se soulèvent plus que d'habitude à chaque ins-

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piration ; on peut compter jusqu'à soixante mouvements respiratoires par minute, la température s'élève de 1" à i°, 30. Le jetage n'est guère appréciable, quoique la toux soit grasse. A l'examen de la poitrine, on constate que l'excursion respiratoire est amplifiée ; la percussion ne révèle guère de changement; le thorax conserve une sonorité à peu près normale; l'auscultation révèle une exagération du murmure respiratoire dans les parties saines, sa diminution ou sa suppression dans les régions atteintes. Dans celles-ci, on peut percevoir des râles variés, des bruits fins entremêlés de gros bruits buUeux, humides; l'ensemble de tous ces râles imite plus ou moins le bruit de friture. Parfois les râles sont rares ou nuls et l'on entend un souffle doux, plaintif. Ce dernier peut même manquer; la broncho-pneumonie n'est décelée que par des troubles fonctionnels, une respiration rude, quelques râles fins ou quelques frottements. D'ailleurs, tous ces signes manquent de fixité; les râles changent, en peu de temps, d'abondance, de timbre, de localisation; le souffle lui-même paraît, disparaît, se modifie dans son étendue comme dans son timbre.

Évolution. — L'évolution de la maladie est très irrégulière ; elle se fait par poussées continues ou séparées par des intervalles d'un à trois jours d'amélioration apparente.

La cjuérison est exceptionnelle ; c'est une maladie qui affaiblit et cachectise les malades ; ceux qui survivent restent maigres, chétifs, atrophiés, presque réduits à l'état squelettique.

La mort est la terminaison habituelle ; elle survient plus ou moins rapidement ; il y a des broncho-pneumonies subaiguës qui tuent en moins d'une semaine ; il en est ainsi quand les lésions sont très étendues et que les petites bronches sont, dès le début, obstruées par les sécrétions. Le plus souvent, la maladie épuise les sujets par sa durée même; les animaux résistent un à deux mois; leur pou-

mon est envahi par une flore microbienne dos plus variée; ils élaborent de la suppuration dans de nonil)reux foyers, principalement dans les lobes antérieurs, on chaque lobule

Kiy. 27. — Foyers multiples de broncho-pneumonie du veau. Le poumon jirésente des lobules congestionnés, des foyers d'alélectasie et des abcès multiples.

constitue un petit abcès; ils arrivent à n'avoir plus que la peau et les os et s'éteignent par arrêt des mouvements respiratoires et cardiaques résultant d'une intoxication profonde.

Complicatioas. — Les veaux atteints de broncho-pneu-

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nionie pouvent l'aire des localisations infectieuses dans tout organisme. On peut constater de la pleurésie, de la péricardite, de l'entérite (fig. 27).

Diagnostic. — La nnaladie est facile à reconnaître : on n'en voit naître aucune autre dans des conditions semblables quand l'animal a passé l'âge des infections ombilicales.

Traitement. — Traitement prophylactique. — La propreté et la désinfection journalière des étables habitées par un grand nombre de veaux est de rigueur. On doit y renouveler la litière, enlever régulièrement le fumier, y répandre des solutions de lysol ou de crésyl à 3 p. 100. Ce sont là d'excellents moyens de prévenir le développement de la maladie. Quand elle a fait son apparition dans une étable, il faut isoler immédiatement le premier malade et opérer sur-le-champ une désinfection complète do l'étable.

Traitement curatif. —Il est généralement inefficace. On a recours aux révulsifs, aux dérivatifs; les sinapisines, les frictions d'alcool, d'essence de térébenthine, etc., peuvent rendre des services. A Tintérieur, l'acétate d'ammoniaque, 3 à 4 grammes par jour, l'eau-de-vie ajoutée au lait à la dose de 30 à 60 grammes, combattent la dépression; les injections sous-cutanées de 2 à i centimètres cubes d'huile camphrée au dixième, de 2 centimètres cubes de caféine au dixième ; la teinture de digitale, V à VI gouttes, le sulfate de strychnine au millième diminuent la dyspnée et atténuent les dangers d'asphyxie.

Les troubles digestifs, notamment la diarrhée, réclament l'administration de sous-nitrate ou de salicylate de bismuth, d'eau de riz, de benzonaphtol. Malgré tout, on réussit rarement à enrayer l'infection pulmonaire.

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