‹ Pathologie interne (volume 2)Chapitre 37 sur 96 · II. — AGXEAUX · texte numérisé non relu

II. — AGXEAUX

Étiologie. — La broncho-pneumonie infectieuse des agneaux est une maladie fréquente et redoutable. Lafosse

a signalé ses ravages dans le Midi, Moussu dans le Nord et le Centime ; elle se développe dans toutes les agglomérations. Rare dans les troupeaux maintenus en liberté, elle sévit avec intensité dans les troupeaux entretenus en stabulation permanente. Les agneaux sont d'autant plus menacés qu'ils sont plus jeunes ; les adultes et les mères demeurent indemnes au milieu des malades. Passé l'âge de trois mois, les agneaux eux-mêmes ne courent presque plus de dangers. C'est principalement dans les premières semaines qui suivent leur naissance que tous les germes saprophytes qui pullulent dans les bergeries risquent le plus d'être infectants. Leur action est assurément favorisée par l'obscurité des bergeries, la raréfaction et la viciation de leur air; mais c'est le défaut de résistance résultant exclusivement du jeune âge des animaux qui est laprincipale cause détei'minante.

Chez les animaux nés récemment, la plupart des organismes susceptibles d'infecter les premières voies peuvent engendrer de l'infection bronchique descendante et de la broncho-pneumonie, quand ils sont très nombreux. Or, c'est le principal danger des bergeries où la température, le défaut de lumière, l'humidité, l'urine convertissent le sol en une sorte de bouillon de culture pour tous les saprophytes. L'agneauestunterrainvierge triomphant facilement des unités microbiennes qu'il rencontre au dehors, mais se laissant envahir par les masses de germes qu'il inhale et qu'il ingère dans les bergeries. Il ne peut résister à leur nombre. La qualité des microbes est vulgaire, au début de leurs premières invasions : elle s'élève graduellement par la culture in vivo du saprophytisme vers la virulence, de telle sorte que la pluralité de ces microbes inoffensifs fournit la graine d'une affection contagieuse et meurtrière susceptible d'emporter jusqu'à la moitié de l'effectif des nouveau-nés.

Symptômes. — Les agneaux malades ne présentent presque pas de troubles appréciables; ils cessent de téter

après quelques gorgées, demeurent couchés, somnolents ou ont une attitude nonchalante. Kien ne peut faire soupçonner une affection des voies respiratoires, sauf une toux faible, répétée, mais non quinteuse. Bientôt les petits malades ont une allure spéciale; ils sont abattus, légèrement fiévreux: la respiration est accélérée: la toux plus fréquente est suivie d'un jetage muqueux. blanchâtre ou jaunâtre: le pourtour des naseaux est bordé de ce jetage desséché.

La percus>;ion de la poiti'ine ne révèle guère de changement que dans le cas de broncho-pneumonie pseudo-lobaire, rauscullalion fait entendre, au niveau des lobes antérieurs et cardiaques, des râles variés muqueux, sibilants et crépitants imitant le bruit de gargouillement ou de friture et associés à la respiration rude ou à un souffle tubaire plus ou moins accusé.

L'évolution du mal est plus ou moins rapide ; elle peut tuer dès le début, dans l'espace de vingt-quatre heures, par intoxication profonde, avec refroidissement des extrémités et affaiblissement progressif des mouvements respiratoires sans localisation appréciable.

Ordinairement, cest la durée même de la maladie qui affaiblit et cachectise les agneaux. Ils perdent peu à peu leiu's forces : ils ont de la peine à se tenir debout et demeurent couchés ou immobiles en station quadrupédale ; ils ne peuvent se déplacer sans tomber sur le côté ou piquer une tète : leurs membres étendus et enroidis par l'anémie semblent impuissants à se fléchir comme s'ils étaient affectés de paralysie spasmodique ; ils succombent au bout de dix à quinze jours, amaigris ou réduits à l'état squelettique.

Diagnostic. — La pyosepticémie, d'origine ombilicale, s'en différencie par son apparition dans les premiers jours qui suivent la naissance; le broncho-pneumonie essentielle apparaît plus tardivement.

Les broncho-pneumonies parasitaires se développent

encore chez des animaux plus âgés. De plus, l'autopsie d'un malade permet de spécifier la nature de la maladie et de dissiper toute incertitude.

Pronostic. — La broncho-pneumonie infectieuse est une maladie extrêmement grave, qui peut décimer du cinquième à la moitié des agneaux d'un élevage.

Traitement. — Le traitement prophylactique est le plus important parce qu'il permet de préserver un grand nombre d'agneaux de l'infection. Moussu a utilisé avec succès les mesures suivantes :

Marque et isolement de tous les sujets malades et des douteux amaigris ou nonchalants.

Séparation des mères de ces malades ; évacuation totale de la bergerie. Les sujets sains et leurs nourrices sont emmenés à une certaine distance, aussi loin que possible dans un local quelconque, que l'on aménage provisoirement.

A défaut de bergerie, on se sert de hangars abrités en bas contre les vents et largement ouverts à 1 mètre ou 1™,50 de hauteur. Les malades et leurs mères sont placés dans des conditions identiques. Si les conditions extérieures permettaient la mise au champ, il ne faudrait pas hésiter un seul instant, quel que soit l'âge des agneaux. La bergerie est ensuite désinfectée à fond, du plancher au plafond. Dans les locaux sei'vant d'abri aux malades et même aux autres sujets, on pratique, chaque jour, matin et soir, des pulvérisations phéniquées â 20 et 30 grammes par litre d'eau à l'aide d'un pulvérisateur à vignes. Ces mesures réussissent généralement à enrayer la contagion; le lot isolé des agneaux sains est sauvé, et un grand nombre de malades guérissent grâce à ce changement de milieu et de conditions hygiéniques. Il est utile de mettre à la disposition des malades des boissons additionnées de salicylate de soude, 1 gramme par litre d'eau environ.

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