I. — BOVIDÉS
Étiologie et pathogénie. — La bronchite pseudo-mombraneuse résulte quelquefois d'inhalations irritantes, du passage de breuvages médicamenteux dans la trachée et les bronches.
On peut la voir compliquer les processus infectieux pseudo-membraneux des premières voies respiratoires ou du larynx ; l'inflammation s'étend comme la tache d'huile jusqu'aux dernières ramifications bronchiques. Tous les animaux d'une étable sont quelquefois frappés sans qu'on puisse en déterminer la cause provocatrice.
Cette atfection est ordinairement secondaire : elle est sympiomatique de la pneumonie lobaire (Laquerrière), de la péripneumonie contagieuse, du coryza gangreneux, de diverses maladies infectieuses à localisations bronchiques et pulmonaires.
Anatomie pathologique. — Les fausses membranes sont limitées à la trachée et à ses premières divisions : elles s'étendent régulièrement de la glotte jusque dans les bronches sous forme d'une membrane tubulaire continue, lisse à la surface ou recouverte d'exsudats mamelonnés, disposés en îlots au niveau des points congestionnés et hémorragiques de la muqueuse.
Elles sont blanc jaunâtre ou teintées de rouge, épaisses d'un demi-centimètre, composées de couches concentriques, ce qui démontre leur formation par exsudations succès-
sives. Elles se détachent facilement et oblitèrent complètement les fins canaux, bronchiques. Leur destruction est très l'apide, sous l'intluencc de la putréfaction; elles sont friables et constituées par do la fibrine, enserrant, d^ns ses réseaux, des leucocytes normaux ou altérés, des fragments de globules rouges, des cellules épithéliales dégénérées et une grande quantité de microcoques (1) (fig. 4).
Ces fausses membranes sont arborescentes: leurs ramifications, très nombreuses, obstruent entièrement les fins canaux bronchiques et rétrécissent seulement les gros conduits.
Les bronches respectées par les fausses membranes sont remplies de mucosités, striées de sang. "--
Les poumons présentent des Fir. i. — Masse fibrineuse
lésions de pneumonie catarrhale, "'«^'ée dans une grosse bron-
, „ . , . che et dans ses principales
quelquefois de pneumonie mas- divisions, chez une génisse de
sive ou seulement des lésions deux ans et demi, asphjxiques. A. B, C, caillot. - T, grosse
Symptômes. — Les bœufs bronche (Cadéac).
atteints de bronchite pseudomembraneuse sont pris d'une dyspnée excessive ; ils respirent par la bouche et la langue sort de cette cavité recouverte de salive filante, écumeuse ; la tète et le cou sont tendus, les yeux i-entrés dans les orbites.
(1) L'inoculation de ces microbes au cobaye n'a rien djtcrminé.
La respiration est accélérée, râlante, ronflante ou sifflante; la toux est pénible, violente, quinteuse ; les animaux expulsent d'abord des matières visqueuses, filantes, abondantes, puis, finalement, après de grands efforts, ils rejettent des fausses membranes disposées en pelotons, en cylindres ou roulées sur elles-mêmes, striées de sang, de plus de 50 centimètres de longueur. On reconnaît leur dichotomisatlon en les plaçant dans l'eau (Rossignol, Laquerrière, etc.) (1).
A I'auscultation du larynx, on perçoit un bruit de sifflement : vers la trachée, on entend un bruit de gargouillement et la main éprouve, à ce niveau, une sensation de frémissement manifeste ; les râles muqueux sont très variés, accompagnés parfois de râles sibilants ; le murmure respiratoire est alTaibli ou aboli dans les régions coi'respondant aux bronches rétrécies ou obstruées.
Des accès de suffocation répétés précèdent généralement l'expulsion des fausses membranes; la physionomie devient anxieuse, la bouche est ouverte, la langue pendante, les muqueuses cyanosées; l'animal a de la peine à retrouver sa respiration dans l'intervalle des quintes de toux.
Marche. — Terminaison. — La maladie évolue comme une bronchite ordinaire quand elle est localisée aux grosses bronches; on ne peut même i-econnaître cette affection qu'au moment de l'expulsion des fausses membranes.
L'évolution est beaucoup plus grave et plus rapide quand les fines bronches sont envahies et partiellement oblitérées : la bronchite pseudo-membraneuse tue fréquemment les animaux, par asphyxie, en moins de trois jours. La mort est la règle chez les jeunes sujets. La résolution est annoncée par l'expectoration d'une grande quantité de fausses membranes, représentant les moules bronchiques, et par la disparition des signes asphyxiques (Rossignol, Bonnard).
(1) Laquerrière, Soc. centr., 1879. p. 878.
Diagnostic. — Les caractères filamenteux et ramifiés des produits expectorés sont pathognomoniques : on a sous les jeux la lésion elle-même.
Traitement. — Il faut combattre rapidement les phénomènes inflammatoires par la saignée ou les frictions dérivatives. La principale indication consiste à faciliter l'expectoration et à favoriser l'expulsion des fausses membranes. On utilise les fumigations émollientes et antiseptiques : inhalations de goudron, d'infusions aromatiques, de solutions, crésjl, etc. On a conseillé l'administration, à l'intérieur, de kermès, 8 à 10 grammes, d'iodure de potassium 4 à 6 grammes, de terpine, 2 à 3 grammes, par jour. Loi"sque l'asphyxie est menaçante, il faut faire une trachéotomie provisoire.
Le traitement est souvent ineflicace, l'évolution est trop précipitée, les médicaments n'ont pas le temps d'agir. Les fumigations hâtent lasphyxie, la trachéotomie même n'empêche pas cette terminaison ; il est urgent de livrer les animaux à la boucherie.