II. — Péritonite purulente localisée
Les péritonites aiguës, purulentes, localisées constituent un type clinique bien défini chez les ruminants et qu'on ne retrouve qu'exceptionnellement chez les autres espèces animales.
Étiologie et pathogénie. — Deux influences président à l'apparition de cette forme de péritonite : la résistance du péritoine des ruminants aux microbes de la suppuration et de la septicémie, la localisation du foyer infecté.
a) La résistance du péritoine est la principale cause de l'enkyslement; c'est sa réaction locale qui lui permet d'englober, rapidement, les agents irritants dans une masse fibrineuse et de les y retenir comme dans un véritable filet. Là, les phagocytes variés, microphages polynucléaires neutrophiles et macrophages grands mononucléaires, entrent en scène et les détruisent pendant qu'une hyperleucocytose sanguine considérable se développe avec cette réaction leucocytaire locale. La défense générale de l'organisme, caractérisée par cet hyperfonctionneraent des organes hématopoiétiques, s'ajoute à la défense locale. Les couches de fibrine se multiplient à la périphérie pendant que la lutte se poursuit au centre, c'est-à-dire au sein des microbes emprisonnés : les cellules, intoxiquées en grand nombre, forment des globules de pus et un abcès enkysté termine l'évolution de la plupart de ces péritonites circonscrites.
b) La localisation primitive du foyer infecté est indispensable pour permettre au péritoine de produire un enkystement assez rapide pour être efficace. C'est dès leur entrée dans le péritoine et avant toute dissémination dans cette séreuse que les microbes doivent être arrêtés, cantonnés, emprisonnés.
On empêche la conquête d'une île en capturant promptement les ennemis qui n'ont pas été rejetés à la mer.
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L'invasion limitée en un seul point et peu intense, réduit au minimum les chances d'infection et permet à l'organisme d'opposer des forces supérieures.
La perforation même d'un organe normalement septique comme le tube digestif n'est pas fatalement suivie d'une péritonite généralisée: la péritonite circonscrite a les plus grandes chances de se produire si le processus inflammatoire ou ulcéreux qui précède la perforation est assez lent pour donner au péritoine le temps de réagir localement et de garantir la gremde cavité séreuse. On constate alors, au niveau du point menacé, la formation d'un exsudât fibrineux qui accolle le feuillet viscéral du péritoine aux organes voisins et ces derniers entre eux. La fibrine s'organise en fausses membranes qui réunissent la séreuse aux organes agglutinés, de sorte qu'il s'édifie une véritable poche dans laquelle le pus et les liquides septiques peuvent s'accumuler en respectant le reste de la cavité péritonéale. C'est par ce mécanisme que les corps étrangers peuvent traverser impunément les organes digestifs, émigrer dans diverses directions, s'enkyster dans un foyer péritonéal ou viscéral, et même se créer une issue au dehors.
L'exsudation fihrineuse et les néomembranes préservent généralement le péritoine d'une invasion microbienne mortelle.
Les métrites. les infections puerpérales propagées au péritoine sont souvent limitées par le même mécanisme et se résolvent en un phlegmon pelvien.
Les abcès du foie, de la rate, d'origne parasitaire (hydatides, douves), ou provoqués par des corps étrangers. s'enkystent aussi par un processus de sclérose limitée à l'organe infecté ou par des adhérences multiples et solides avec les organes voisins.
Anatomie pathologique. — La péritonite enkystée siège le plus souvent dans les régions post-diaphragmatique ou pelvienne, c'est-à-dire dans le voisinage du réseau ou de
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l'utérus. Les corps étrangers échappés du réseau et enkystés dans la cavité abdominale se reti-ouvent dans un abcès situé sur le plancher de la région xiphoïdienne. Cet abcès contient un pus crémeux, verdâtre, grisâtre ou gris rougeâtre, plus ou moins fétide, tenant en suspension de gros amas fibrineux. Il évolue vers la peau et élimine son contenu au dehors par perforation ; mais il peut s'enkyster définitivement quand le corps étranger a de petites dimensions. Ses parois scléreuses présentent plusieurs centimètres d'épaisseur et son contenu purulent peut s'élever à plus de treize litres. Sa cavité est quelquefois divertirulée, en bissac, constituée par deux poches communiquant par un étroit couloir : « une poche supérieure comprise entre la face postérieure du foie, du rein droit et des courbures antérieures de la masse du gros intestin ; une poche inférieure circonscrite par le diaphragme et le foie ou la paroi de l'h^'pocondre droit en dehors, la masse des réservoirs gastriques en dedans et la paroi abdominale en bas » (Moussu) (1).
Les péritonites qui succèdent à l'ulcération et à la perforation de la caillette produites chez les adultes par l'acide arsénieux ou chez les veaux par de simples ulcérations peptiques, s'accompagnent quelquefois d'un vaste abcès intéressant les parois abdominales et tendant à s'ouvrir au dehoi's(2).
La paroi abdominale est le siège d'une infiltration séreuse qui peut atteindre huit centimètres d'épaisseur (Bitard).
Symptômes. — Cliniquement, la phase initiale de la réaction anatomique de la séreuse demeure silencieuse ; la perforation de la paroi intestinale est méconnue : le syndrome péritonéal ne fait son apparition que lorsque le liquide septique se déverse dans les fausses membranes et fait évoluer un abcès.
(I) Moussu, Péritonite enkystée par corps é\.ra.nger (Recueil de méd. vét., 1903, p. 550).
[i) Morot, Société centrale, 1902, p. 701.
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La douleur, déterminée par la pression, est vive; mais elle est toujours localisée dans la région correspondante au point affecté qu'elle déborde toujours. L'animal debout, conserve la position du rassembler, très caractéristique, marquée par une projection des membres postérieurs sous le tronc ; il se couche rarement et avec beaucoup de précaution.
La respiration est normale, régulière, la percussion ne révèle aucun signe spécial sauf la douleurde l'hjpocondre droit se traduisant par des mouvements de défense, des coups de tête et des coups de pied, alors que l'exploration (le la région symétrique laisse le malade indifférent ; l'exploration rectale provoque des mouvements douloureux de défense dans les cas de péritonite circonscrite au bassin.
On constate une météorisation permanente du rumen malgré la vacuité presque complète de cet organe dont l'atonie est dénoncée par l'absence de contractions rythmiques et l'arrêt des mouvements de brassage et de roulement.
L'auscultation peut faire entendre, quelquefois, un bruit de clapotement, à siège variable, qui se manifeste quand l'animal se secoue et qu'on peut provoquer en ébranlant le corps du malade.
Une ponction exploratrice de la région où l'on perçoit le bruit de clapotement permet d'aspirer le liquide purulent contenu dans la poche.
Ces péritonites suppurées localisées épuisent les malades et déterminent la cachexie.
Diagnostic. — On peut confondre ces péritonites avec la tuberculose ; les résultats négatifs fournis par la tuberculose et les diversmoyens d'exploration, permettent généralement de différencier ces deux maladies.
Traitement. — Les moyens médicaux n'ont aucune action contre les péritonites enkystées ; les moyens chirurgicaux peuvent être plus efficaces ; l'ouverture
prompte et le drainage de l'abcès peuvent prévenir la terminaison cachectique et permettre d'utiliser pour la boucherie des animaux dont la viande est perdue si le pus n'est pas évacué.