II. — BOVIDÉS
Les péritonites des bovidés, en raison de leur tendance à renkvstement, sont fréquemment localisées, elles revêtent quelquefois une physionomie franchement kystique et sont exceptionnellement généralisées. On peut donc reconnaître chez ces animaux, trois variétés principales : l'^la forme circonscrite; 2*^ la forme kystique; 3° la forme diffuse.
Forme circonscrite.
Étiologie. — Les péritonites circonscrites du Aceyf n'ont faitl'objet d'aucune étude particulière. Elles sont fréquentes au niveau du foie, de la rate et du rumen.
La péritonite périhépatique est la forme la plus commune; les abcès du foie, la lithiase biliaire, les kystes hydatiques, les douves la déterminent fréquemment.
La lymphadénie, les tumeurs de la rate, s'accompagnent de périsplénite ; les ponctions du rumen produisent une adhérence à ce niveau ; la tuberculose détermine des péritonites limitées, avec néomembranes épaisses dans lesquelles on peut reconnaître des tubercules (1).
Les corps étrangers qui émigrent du réseau, du rumen sont une cause importante de péritonite circonscrite.
Le péritoine se défend admirablement contre eux en
(Il Bitard, Péritonite traumatique consécutive à la ponction du rumen par un instrument piquant (une des branches d'une paire de ciseaux). {Progrés vit.. 1900, t. I, p. 329).
les enkystant dans une masse fibrineuse qui tend à s'organiser de manière à les emprisonner définitivement. Les corps organiques sont digérés, détruits ou expulsés. Les éponges y disparaissent entièrement, les bandes de gaze aseptiques, les fœtus tombés dans la cavité abdominale s'éliminent par l'intestin ou par l'utérus sans provoquer d'accidents mortels (1). Ce phénomène a déjà été signalé plusieurs fois chez la vache. Une péritonite exsudative maintient le fœtus contre l'intestin dans la cavité duquel il finit par s'éliminer : on peut rencontrer ainsi les os d'un fœtus de six mois dans le gros intestin d'une vache; ils sont complètement macérés, de teinte jaune verdâtre, décollés de leurs épiphyses mais parfaitement reconnaissablés. Viguier et Suberviolle (2) ont constaté le rejet des os d'un fœtus âgé de cinq mois par les matières excrémentitielles à la suite d'une lutte dans laquelle cette vache; en état de gestation, avait été renversée dix jours auparavant (3).
Symptômes. — L'évolution de ces inflammations est lente, insidieuse; elle passe inaperçue: les péritonites limitées sont des trouvailles d'autopsie; elles ne peuvent être diagnostiquées, sauf les cas où elles résultent d'une cause connue comme la ponction du rumen.
On peut constater à ce niveau un foyer purulent circonscrit par des néomembranes qui font adhérer intimement la paroi abdominale au rumen.
(1) Jalaguier, Recueil de méd..vét. 1893, p. 474. — Roger, Recueil de méd. vêt., 1893, p. 476.
(2) Viguier et Suberviolle, Gestation extra-utérine chez la vache. Expulsion des débris du fœtus par l'intestin (Revue Générale, 1905, p. 7).
(3) A l'autopsie M ils trouvent vers le tiers inférieur de la partie postérieure de l'hypocondre gauche une grande poche ovoïde mesurant 50 centimètres de long sur 20 centimètres de diamètre. Cette poche adhérente d'une part à la séreuse, de l'autre et dans la moitié de sa longueur à l'intestin grêle, est remplie par du pus et par des ossements du fœtus. En cherchant à rompre les adhérences avec l'intestin, on découvre vers le milieu et sur une étendue de 8 centimètres environ, une destruction des parois de l'intestin permettant la sortie des débris du fœtus ».
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Forme kystique.
Définition. — La péritonite kystique est une affection caractérisée par le développement d'ime multitude de kystes péritonéaux séreux, appendus aux mésentères ou recouvrant les organes abdominaux. Ces productions vésiculaires multiples ont été considérées comme des lymphangiomes kystiques résultant de la dégénérescence des glandes lymphatiques du mésentère (adéno-lymphocèle);
Fig. 101. — Productions vésiculaires kystiques dans la péritonite chronique du bœuf.
je les rattache à la péritonite en raison de Fincertitude de leur origine.
Les principaux documents relatifs à cette question se résument dans trois observations : lune de Bertolini et de Benedictis (1). lautre de Repiquet (2), la troisième de Lisi (3) (fig. 101).
(1) Bertolini et Benedictis, Nuovo Ercolani, 1896. — Bertolini, Clinica veterinaria, 1908, p. '2Z0.
(2) Repiquet, Kystes séreus du mésentère chez la vache {Société des Sciences vétérinaires, Lyon, 1899, p. 121).
(3) Lisi, Nuovo Ercolani, 1901. n" 22.
Étiologie. — On ne peut formuler que des hypothèses au sujet du développement de cette affection kystique, qui n'a rien de commun avec Vcchinococcose, mais qui nous paraît avoir une grande ressemblance avec les kystes péritonéaux qu'on rencontre quelquefois' en très grand nombre chez les poules. On observe, d'ailleurs, chez ces animaux particulièrement chez les bovins, une réelle tendance à la formation des kystes: c'est une réaction inflammatoire qui' tend à emprisonner les liquides à mesure qu'ils transsudent. Bertolini et de Benedictis supposent qu'elle est due à un parasite inconnu ; mais ils n'apportent aucune preuve de cette affirmation. Dans un récent travail, Bertolini admet que les parasites ou leurs larves peuvent produire dans cei'tains cas, linflammation d'une partie ou de la totalité de la cavité, déterminer un obstacle mécanique aux voies lymphatiques et chylifères et engendrer ainsi une stase suivie d'une eclasie (fig. 102).
Anatomie pathologique, — A la place des petites languettes blanchâtres, fibreuses, pâles, formant peluche, on peut constater des kystes, en miniature, sous forme de productions rougeâtres, fortement arborisées, veloutées et humides. A côté, on trouve des vésicules de la dimension d'un pois, d'un œuf de pigeon ou plus grosses encore.
Souvent réunies en masses considérables, elles forment, parfois, des grappes de moindre importance, accolées ou pendues à la graisse du mésentère ; quelques-unes, plus ou moins longuement pédiculées, sont flottantes. L'ensemble forme une masse tremblotante d'un poids considérable.
Ces vésicules sont composées d'une enveloppe conjonctive mince et transparente, à la surface de laquelle on peut voir, mais assez rarement, se dessiner un filet rougeâtre. Leur face interne possède un revêtement endothélial. L'incision laisse écouler un liquide généralement limpide, citrin ou blanc laiteux, très exceptionnellement teinté en jaune par la présence d'un peu de sang. Parfois le liquide limpide est remplacé par un caillot noir, ou
PERITONITES CHRONIQUES.
laisse déposer, au fond du verre, un dépôt blanc jaunâtre contenant une petite quantité de clilorure de sodium et
Fig. 102. — Uq cas de péritonite à forme kystique généralisée chez la vache (Bertolini et C. de Benedictisi.
d'albumine. Sa réaction est alcaline ; sa composition paraît résulter dune émulsion de fines gouttelettes graisseuses.
On peut rencontrer, çà et là, des vaisseaux ectasiés et hémorragipai'es avec une tendance angiomateuse (1).
(1; Chez un porc de six mois dont le ventre avait pris un développement tel que l'ombilic touchait le sol, Fabretti a rencontré un énorme kyste séreux simulant une ascite {Journal de l'Ecole vétér. de Lyon, 1900, p. 539). .
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La paroi des vésicules est composée de faisceaux de fibrilles conjonctives et élastiques; elle rappelle la structure d'une séreuse.
L'examen bactériologique du liquide donne un résultat négatif.
L'histoire clinique de cette singulière affection qui a d'étroites relations avec les Ijmphangiomes kystiques et la péritonite est à faire.
Forme diffuse.
Étiologie et pathogénie. — La péritonite chronique diffuse résulte de l'extension d'une péritonite localisée, ou complique des foyers de suppuration mal enkystés.
Les inflammations subaiguës d'origines diverses sont la principale source de ces péritonites dont l'évolution est favorisée par V affaiblissement, la vieillesse, de nombreuses parturitions des animaux infectés (1).
La péritonite chronique est surtout l'apanage de la tuberculose, de la distomose et des kystes hydatiques suppures du foie. Parfois, les tumeurs malignes, notamment les sarcomes, s'accompagnent d'inflammation chronique du péritoine.
Ânatomie pathologique. — On rencontre quelquefois, sur le péritoine, des brides fibreuses, dénonçant une péritonite en miniature. Souvent, les anses intestinales sont unies entre elles par des néomembranes étendues et forment, avec les épiploons rétractés, une masse indistincte ou une sorte de paquet. Ces néomembranes sont tantôt creusées de kystes, tantôt criblées de petits abcès remplis de pus caséeux ou crétacé; la calcification peut même envahir les tissus néoformés.
Certaines parties de l'intestin sont le siège de rétrécis-
(1) Bilard (Progrès vêt., 1900. Contribution à l'étude de la péritonite chronique chez la vache) décrit une péritonite caractérisée par un épanchement et des nodules grisâtres, pédicules, analogues à des papilles.
PÉRITONITES CHRONIQUES. 337
sements prononcés; le foie, la rate sont plus ou moins atrophiés par la périhépatite ou la périsplénite. On trouve quelquefois les altérations d'une péritonite aiguë greffée sur la forme chronique.
Le péritoine est parsemé d'épaississements fibreux, disposés en plaques, ou en végétations ven-uqueuses. Les lymphatiques sont distendus, saillants, nettement visibles; les ganglions, auxquels ils se rendent, sont également tuméfiés et infiltrés.
Uépanchement péritoneal peut faire défaut ou constituer la lésion dominante: sa quantité peut atteindre 50 à 100 litres : il est inodore, séreux ou purulent, clair, ou trouble.
Les organes abdominaux sont pâles, lavés et décolorés; ils présentent souvent des altérations spéciales qui ont servi de point de départ à la péritonite et de nombreuses adhérences suivies d'étranglement intestinal et de dystocie.
Symptômes. — Signes physiques. — La péritonite chronique s'installe d'une manière insidieuse, apyrétique et presque latente. La douleur elle-même n'est pas appréciable. L'inflammation revêt tantôt la forme ascitique, tantôt la forme néomembraneuse.
Ces deux éléments, néomembranes et ascite, varient toujours en sens inverse, l'un acquérant d'autant plus d'importance que l'autre en a moins. C'est que les néomembranes, très vasculaires, sont des voies actives soit de résorption pour le liquide épanché, soit de dérivation pour la circulation porte, obstruée dans ses branches d'origine.
L'ascite prend rapidement de grandes proportions; le ventre, distendu, présente une grande augmentation de volume ; sa partie inférieure s'évase, se dilate ; les flancs se creusent; on observe, en même temps, quelques légères coliques et des alternatives de constipation et de diarrhée avec prédominance de ce dernier symptôme.
L'ascite augmente progressivement ou se résorbe au
moment de lorganisatioo- des néomembranes. Quand elle, est très prononcée, elle provoque le cortège symptomatique habituel : troubles respiratoires et asphyxiques, compressions vasculaires, engorgement œdémateux des membres postérieurs et des parois abdominales, et parfois rupture de la cicatrice ombilicale. L'ombilic est le point faible de l'abdomen : le liquide perfore le péritoine qui, en cet endroit, est mal contenu par les lésions et s'accumule dans une poche formée par la peau (1).
L'épanchement ascitique est facile à reconnaître.
La palpation, l'exploration abdominale et rectale décèlent la fluctuation; la marche des animaux détermine des gargouillements dn ventre ou des ondulations des parois abdominales dues aux oscillations du liquide.
Signes rationnels. — Ces signes physiques s'accompagnent de troubles rationnels peu caractéristiques : l'appétit est irrégulier et médiocre, la digestion imparfaite, le pouls fréquent et petit, la peau sèche, le poil piqué, la soif vive, les mictions et les défécations rares, les muqueuses pâles, décolorées, le corps amaigri.
Marche. — La marche de la péritonite chronique est lenle, continue quand elle n'est pas traitée ; elle présente des poussées aiguës ou subaiguës à la suite de ponctions. Les sujets maigrissent et dépérissent; ils meurent d'épuisement déterminé par la diarrhée persistante et l'insuffisance de la nutrition.
Diagnostic. — La péritonite chronique est souvent confondue avec l'ascite; on peut bien l'en différencier par un examen attentif du liquide retiré par la ponction, par les renseignements que l'on a sur l'ancienneté de la maladie et la connaissance des symptômes qu'a présentés le sujet au début des troubles morbides.
L'exploration recia/e permet de distinguer les /c</.sto et les tumeurs des ovaires, de la. péritonite chronique et deïascitê,
(1) Canu, Mëm. de /a Soc. vél, du Calvados, t. H, p. 92.
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Pronostic. — Cette affection est très grave et généralement incurable: il faut livrer l'animal à la boucherie dès qu'elle est reconnue.
Traitement. — Localement, il faut utiliser tous les révulsifs (frictions d'essence de térébenthine, de teinture d'iode, de pommade émétisée, de Uniment Renault).
On ponctionne le ventre quand l'épanchement est très abondant: la paracentèse doit être renouvelée afin de retirer graduellement le liquide de la cavité abdominale. Contre les engorgements œdémateux de l'ombilic, etc., on emploie la scarification, les pointes de feu et les frictions résolutives (Uniment ammoniacal, etc.).
A l'intérieur, il faut administrer des toniques, des aliments nutritifs pour soutenir les forces du malade, des diurétiques pour augmenter la miction et faciliter la résorption du liquide épanché.
L'iodure de potassium mérite d'être employé : il agit comme fondant et empêche la formation des néomembranes. On l'administre à doses progressives de 5 à 15 grammes jusqu'aux effets de liodisme. On y adjoint des diurétiques : digitale, sel de nitre, etc. Toutefois, ce traitement n'est que palliatif et ne doit être employé que pour permettre l'engraissement des malades.