Forme croiipale
Définition. — Le croup nasal estune maladie infectieuse endémique essentiellement caractérisée par la production de fausses membranes qui recouvrent la pituitaire.
On sait depuis longtemps que le bœuf a une grande tendance à engendrer des fausses membranes; ce processus réactionnel tend à se manifester dans la plupart de ses inflammations. Il ne faut donc pas donner au mot croup la signification d'une maladie spécifique.
La bactériologie a démontré, en effet, que des fausses membranes peuvent se développer au nez comme au pharynx, au larynx sous l'influence de microbes qui n'ont rien de commun avec le bacille de la diphtérie. L'animal atteint de mammite parenchymateuse peut être frappé secondairement de rhinite croupale (Wysmann) (1) ; le veau
(1) Wysmann, Schwei^er Archiv., août 1908, p. 217.
qui provient d'une vache affectée de vaginite pseudomembraneuse peut contracter un coryzade même nature.
Lariiinitecroupale, signalée par Obolenski,Deigendescli, Gôring a régné pendant longtemps en permanence dans la ville et la banlieue de Copenhague et elle a fait l'objet de divers travaux de Sand, Hansen, Kaufmann, Olsen, Bang, Jensen et a été bien décrite par Grunth.
Étiologie et pathogénie. — Les conditions spéciales dans lesquelles cette maladie se développe démontrent sa nature exclusivement saprophy tique.
L'invasion nasale n'est qu'un 'accident toxi-mfectieux dont la cause essentielle réside dans l'affaiblissement de l'organisme.
Il peut se \)rodiiire une stomatite pseudo-aphteuse comme une rhinite croupale. Les muqueuses devenues vulnérables sous l'influence de l'épuisement général ou d'une intoxication, sont comparables à des plaques de gélose qui assurent le développement de tous les microbes ensemencés. La stomatite pseudo-aphteuse s'étend aux cavités nasales comme la rhinite croupale s'est propagée à la bouche.
C'est un premier prédisposé qui décide seul du type morbide buccal ou nasal qui va régner ensuite longtemps dans un pays; il adapte et cultive les premiers saprophytes dans l'une ou l'autre de ces muqueuses et fait souche d'infections analogues. Mais la plupart des nouveaux malades sont infectés à la suite d'influences prédisposantes identiques.
La rhinite croupale frappe de préférence les vaches qui ont vêlé depuis peu; mais on peut la voir survenir plusieurs mois après la mise-bas quand les animaux sont demeurés affaiblis, c'est-à-dire prédisposés. Nous avons vu les lésions de la stomatite croupale succéder à l'intoxication et à l'épuisement déterminés par une métrite chronique.
C'est là l'histoire de toutes les infections secondaires ; la muqueuse nasale est encore plus accessible à ces infec-
lions par l'exaltation de la vii'ulenee des microbes adaptés dans les pays où règne cette maladie.
La rhinite croupale est une maladie infectieuse qui.au début n'est pas contagieuse parce qu'elle ne peut évoluer sans la préparation préalable du terrain. Mais elle peut le devenir et sévir sur un grand nombre d'animaux. De i892 à 190i, la clinique de l'École de Copenhague a traité 150 cas de croup.
La maladie n'attaque que les adultes, rarement les veaux. C'est une maladie d'étable ; rarement un seul animal est atteint; elle revêt souvent un caractère infectieux et s'accompagne de graves manifestations symptomatiques-
La période d'incubation estdecourte durée : souvent elle ne dépasse pas deux jours.
Symptômes. — La maladie débute par une fièvre intense à forme intermittente avec salivation, des frissons, accélération du pouls et de la respiration, perte de l'appétit, cessation de la rumination et de la sécrétion lactée, abattement prononcé.
La tête est chaude, le mufle sec, la muqueuse nasale convenablement éclairée, se montre congestionnée, rougeâtre et couverte de pétéchies et de fausses membranes qui occupent principalement la cloison médiane ou les ailes du nez. Ces fausses membranes sont blanches, jaunâtres ou grises, minces, de la largeur d'une tête d'épingle ou atteignant quelquefois les dimensions d'une pièce de deux francs ; elles peuvent se rejoindre et se confondre.
Parfois, entourées d'une zone de congestion, elles se laissent généralement détacher facilement de la muqueuse qui, à leur place, se montre rouge vif, exulcérée. Elles peuvent offrir de véritables caractères diphtéritiques; alors la muqueuse, dans toute son étendue, est profondément ulcérée en dessous au point que l'on a observé la perforation de la cloison nasale. Les fausses membranes peuvent se former, mais aussi disparaître très rapidement.
En général, après plusieurs jours, elles sont détachées par la suppuration.
Leur expulsion est précédée et accompagnée d'un jetage qui change de caractères avec révolution du processus exsudatif. Dabord séreux, séro-sanguinolent, puis purulent, il est plus ou moins abondant el renferme des fragments de fausses membranes détachées et des stries de sang répandant une odeur infecte.
La cloison nasale est le siège d'un travail de nécrose qui peut aboutir à la perforation.
Les pi'oduits de destruction et d'exsudation rétrécissent les cavités nasales et provoquent une dyspnée intense ; la tête est tendue sur l'encolure, l'animal s'efforce de respirer par la bouche ouverte et fait entendre un bruit intense de cornage.
La maladie évolue seulement dans .30 p. 100 des cas sous une forme aussi localisée ; on observe habituellement des complications qui résultent de l'extension du processus inflammatoire au reste de la muqueuse respiratoire, à la muqueuse digestive, à la muqueuse oculaire ou d'une infection générale qui tend à faire développer une inflammation sur toute l'étendue de la muqueuse génitale (vagino-métrite).
La broncho-pneumonie est une des complications les plus fréquentes; on l'observe dans 42 p. 100 des cas; elle est parfois suivie d'emphysème interstitiel, sous-périlonéal et même sous-cutané. En même temps que la broncho-pneumonie, on peut voir évoluer une laryngite, une trachéite et une bronchite croupale.
Chez la plupart des malades, on observe une diarrhée profuse^ fétide ; les excréments renferment des caillots sanguins et des débris de membranes croupales. La muqueuse buccale est exceptionnellement recouverte d'un exsudât fibrineux.
L'extension du processus à la muqueuse oculaire dans 8 p. 100 des cas est dénoncée par une conjonctivite séreuse
OU purulente accompagnée de tumél'action des paupières et parfois de kératite et d'un dépôt dans la chambre antérieure; mais ces complications sont très rares et constituent le critérium différentiel de la rhinite croupale avec le corjza gangreneux.
Les voies génitales sont intéressées dans 27 p. 100 des cas (Grunth). On observe les signes dune intlammation croupale ou 'hémorragique du vagin et de lutérus. Dans quelques cas, on peut constater de la paramétrite, de la péritonite et une inflammation des organes ui'inaires.
Marche. — L'évolution de cette maladie est généralement aiguë; sa durée moyenne est de neuf jours, la plus courte de un jour, la plus longue de seize jours ; dans quelques rares cas, la maladie peut se prolonger un mois. La convalescence est toujours de longue durée ; les animaux ont beaucoup de peine à se rétablir.
Pronostic. — Le pronostic est toujours sombre. Le croup le plus simple est mortel dans 33 p. 100 des cas; chaque complication élève le taux de la mortalité; on compte 42,8 p. 100 de morts quand il y a de la bronchopneumonie ; 48 p. 100 si la diarrhée intervient; 52,9p. 100 s'il y a de la métrite, et 78,6 p. 100 si la métrite et l'a broncho-pneumonie sont réunies.
Diagnostic. — On peut confondi'e cette maladie avec l'entérite croupale, la peste bovine et le coryza gangreneux.
Le coryza gangreneux s'en différencie par la constance des troubles oculaires, exceptionnels dans la rhinite croupale, par les troubles nerveux et sa gravité extrême comparée à celle du croup nasal dont l'apparition est le plus souvent intimement liée au vêlage.
L'entérite croupale est une maladie bénigne bien connue et nettement caractérisée.
La peste bovine offre une contagiosité et des altérations buccales qui empêchent toute confusion.
La constatation précoce des fausses membranes dans
les cavités nasales, empêche de la confondre avec une broncho-pneumonie simple comme avec une entérite ou une métrite croupale.
Traitement. — Le traitement préventif consiste dans la réfection des malades, des débilités, des épuisés afin de diminuer ou de supprimer leur vulnérabilité. Les animaux vigoureux, en pleine santé, constituent un terrain stérile pour tous les saprophytes ou les microbes peu virulents.
Quand la rhinite est déclarée, il faut isoler les malades, traiter leur maladie comme une simjile affection des premières voies respiratoires ; les moyens désinfectants locaux sont les plus efficaces, les agents antiseptiques généraux affaiblissent les animaux et augmentent leur réceptivité microbienne. On fera bien d'écouvillonner la pituitaire et de la badigeonner avec une solution iodée afin de diminuer ou de supprimer cette source d'infections secondaires et de toxines pyrétogènes.