I. — SOLIPÈDES
Étiologie et pathogénie. — Le coryza chronique dérive rarement du coryza (//yw ; il est presque toujours secondaire, mais son origine est souvent incertaine. Divers processus morbides locaux peuvent lui donner naissance.
Les polypes muqtieux des cavités nasales, les perforations du palais consécutives à la carie dentaire, à des périostiles
et à des néoplasies alvéolo-dentaires, les tumeurs des sinus sont des sources d'infection continues des cavités nasales.
Le coryza chi'onique peut résulter du contact du pus irritant qui s'écoule des sinus, des poches gutturales ; il s'arrête dans les nombreux l'eplis des cornets et ce contact .prolongé, est la cause d'une irritation permanente.
Les thromboses des veines de la cloison nasale sont quelquefois suivies de la production de points hémorragiques et de nodules gris rougeàtre, proéminents, disposés en chaînettes ou en cordes.
Ces lésions peuvent être confondues avec celles de la morve. Les nodules sont bien délimités, adhérents à leur base, et d'un diamètre variant d'un demi à deux millimètres. Incisés, ils offrent un contenu jaunâtre, qui n'est ni caséeux, ni purulent, mais de consistance assez ferme, comme celle des thrombus (Zschokke).
Les infestations artérielles, déterminées par les strongles, s'accompagnent aussi de thromboses de ces vaisseaux, d'oedème et d'épaississements secondaires de la cloison nasale dont la muqueuse, sclérosée, offre le long d'un cordon vasculaire des cavités remplies de sang, coagulé, et de strongles armés (Lammers).
Exceptionnellement, le catarrhe chronique est provoqué par la présence du Linguatula denticulaia et du Gastrophilns nasalis dans les replis de la volute ethmoïilale (Schwammel).
Les corps étrangers (morceaux de bois qui perforent la voûte palatine et s'engagent dans les cavités nasales) produisent un jetage persistant (Gips).
La persistance de certaines influences traumatiques comme l'inhalation des poussières de chaux (Maurj) peut entraîner la chronicité des effets : épistaxis, irritations de la pituitaire, adénite maxillaire, processus infectieux déterminés ou indéterminés qui sont des causes importantes de corvza chronique.
La gourme peut intéresser les vaisseaux lymphatiques et sanguins des cavités nasales, déterminer des cordes, des abcès et des ulcérations des cavités nasales avec des altérations chroniques de la muqueuse.
L'acné contagieuse, la saccharomycose sont des causes d'inflammation, d'ulcérations et de cicatrices des cavités nasales.
La morve est la principale cause d'inflammation chronique des cavités nasales.
Anatomie pathologique. — Les lésions qui sont le reliquat de ces diverses inflammations ofi"rentle caractère atrophique ou le caractère hypertrophique. On observe quelquefois, dans le midi principalement, un épaississement de la pituitaire caractérisé par le dépoli, des dépressions et des rugosités de cette membrane. L'aspect de la muqueuse rappelle la physionomie d'une personne guérie de la variole. Cet étal morbide, désigné autrefois sous le nom impropre de morve sèche, se rencontre assez fréquemment chez les vieux chevaux: il semble avoir un caractère herpétique ou eczémateux et résulte certainement d'une infection antérieure.
Tantôt la pituitaire est pâle, dure, exsangue, parsemée d'excavations -irrégulières, non ulcérée, adhérente à la cloison cartilagineuse. Tantôt elle est congestionnée, boursouflée, rugueuse, offrant des points excavés de la dimension d'une tête d'épingle ou d'un grain de millet. Que ces petites cupules soient superficielles ou creusées en entonnoir, ellesn'ont jamais la ph^'sionomie d"î(/cères; elles sont partout recouvertes par la muqueuse dont l'épaississement est très inégal. Certains points, im peu saillants, offrent un aspect légèrement verruqueux.
La pituitaire parait atteinte d'une ectasie de ses vaisseaux profonds et d'un épaississement de son chorion muqueux. Les glandules muqueuses sTiypertrophient et forment des tumeurs denses. Sur la cloison médiane du nez et dans les sinus, elles ont l'épaisseur d'une plume et
s'aplatissent en s'approehanl dos naseaux. Mais toutes ces lésions sont généralement localisées à l'entrée des cavités nasales, au voisinage de la peau; elles ne s'accompagnent généralement d'aucune adénite.
L'étude histologique des altérations nasales révèle, généralement, la dégénérescence amyloïde et colloïde de cette muqueuse, de celle du larynx et de la trachée (Wolfï) ; mais cette dégénérescence est ordinairement localisée aux glandules muqueuses et aux parois vasculaires (Grawitz) ou au chorion de la muqueuse et à la paroi des vaisseaux sanguins (Piana et Stazzi). L'existence d'une adénite dénonce généralement la nature ini'ectieuse du processus; l'inlection des cavités nasales détermine celle des lymphatiques afférents aux ganglions. Les caractères de cette adénite sont même enrapport avec la cause provocatrice; la glande consécutive à une tumeur ou à une invasion discrète de pyogènes est à peine appréciable.
Symptômes. — On ne trouve pas plus dunité symptomatique que d'unité étiologique. Le coryza chronique est fréquemment dépourvu de toute manifestation symptomatique : c'est le cas habituel quand il revêt la forme atrophique. On n'observe ni j étage, ni glande, ni ulcération, ni tubercule, c'est-à-dire rien qui rappelle la morve. Lapituitaire est parsemée de rugosités, de dépressions, de cicatrices linéaires, sinueuses, déprimées ou saillantes, très dures qui témoignent, par leur dissémination irrégulière, qu'elles sont précédées d'une éruption pustuleuse. D'ailleurs, on peut observer en même temps, de larges érosions épithéliales, accusées par un fond grenu, de couleur jaunâtre, avec de nombreuses arborisations rougeàtres (Nocard) ; sur d'autres chevaux, on constate des pustules en voie d'évolution ou déjà ulcérées, se présentant avec des l)ords rendus jaunâtres par infiltration séreuse. On ne signale ni irritation seerétoire de la muqueuse, ni trouble apparent de la santé générale (II. Bouley).
Cicatrices et ulcérations n'ont jamais la physionomie;,
morveuse. Du reste, ïinocidation du produit de raclage de ces altérations n'engendre nullement la morve chez Vâne, le cobaye et le chien.
Parfois la congestion et l'eclasie de la muqueuse sont suivies d'un rétrécissement plus ou moins prononcé des voies respiratoires : la respiration est difficile, sifflante; la pituitaire et l'aile interne du nez deviennent violacées par l'exercice ; il se produit quelquefois des épistaxis.
Le coryza chronique, consécutif aux polypes, à la morve, aux abcès, fait partie intégrante de l'étude de la morve et des tumeurs des cavités nasales. On observe toujours un jetage à caractère très variable, tantôt séreux, limpide, comme dans la morve, tantôt jaunâtre, purulent, strié de sang, comme dans les tumeurs et parfois dans la morve.
La marche du coryza chronique est subordonnée à celle de l'affection qui le produit. Elle est souvent très lente. Sa durée est indéterminée.
Diagnostic. — En thèse générale, tout cheval affecté d'un catarrhe chronique des premières voies respiratoires doit être suspecté de morve, isolé et maléiné.
La morve est, en effet, la première maladie dont il faut rechercher l'existence par tous les moyens : maléine, inoculation kVane, au chien et au cobaye, du jetage ou de la glande dont on a préalablement pratiqué l'extirpation.
On trépane les sinus, pour y rechercher les tumeurs et toutes les causes de suppuration.
L'exploration de la bouche et la fétidité du jetage font reconnaître le coryza d'origine dentaire. On peut utiliser le tube de Polansky et de Schindelka.
Traitement. — On doit toujours commencer par isoler les animaux et les soimiettre à l'action de la maléine avant d'instituer un traitement rationnel. Quand on a recherché ainsi l'affection primitive, dont le coryza est l'une des déterminations secondaires, on a recours à des MOYENS cHiRUKGiCAux (cxtirpation des polypes) ou à des MOYENS MÉDICAUX, suivant la nature du mal.
Les coryzas, herpétiques sont très rebelles à tous les agents thérapeutiques. Les injections astringentes, sulfate de zinc, acide phénique, crésjl à 1 ou 2 p. 100, la solution de nitrate d'argent à 4,5 p. 400, pratiquées dans les cavités nasales, sont quelquefois efficaces (Pruniers).
Ces injections sontsurtout nécessaires lorsqu'il y a des érosions sur la pituitaire. Les injections, à la seringue, ne se font facilement que sur les petits animaux, et il vaut mieux recourir au tubesiphon de Rey (fig. 429). C'est un tube cylindro-conique fait en cuir ou en guttapercha, coudé à angle aigu, dont la petite branche est introduite dans l'un des naseaux de l'animal. Celui-ci étant fixé, et le naseau fermé à l'aide d'un disque obturateur qui accompagne l'appareil, on verse lentement, par la grande branche, environ deux litres de la solution médicamenteuse, laquelle remplit la fosse nasale, passe dans l'arrière-bouche et vient s'écouler par la narine libre. 11 faut avoir soin de ne pas injecter ainsi des substances toxiques, car, l'animal boit une partie du liquide parvenu dans l'arrière-bouche.
Il est préférable de recourir aux fumigations de sureau, de goudron, d'eau tiède, d'eau phéniquée, de créosote, d'essence de térébenthine.
A l'intérieur, on peut utiliser Tiodure de potassium pour modifier l'état de la muqueuse. Ce médicament est ici d'autant plus recommandable. qu'il provoque un léger état catarrhal aigu de la muqueuse nasale et qu'il exerce ainsi directement une puissante action modificatrice sur cette muqueuse.
Dezuttere a employé, avec succès, le sulfate datropine
Fig. 129. — Tube de Rey.
à la dose de 5 à 12 centigrammes par jour, en électuaire, pour diminuer notablement les sécrétions et dessécher la muqueuse nasale.