I. — CHIEN
Définition. — On désigne ainsi une forme de coryza déterminé par le séjour de la linguatule ténioïde dans les anfractuosités descavités nasales, principalement dans le diverticule du cul-de-sac du méat moyen ou dans les insterstices des volutes ethmoïdales.
Découverte par Wrisberg (1763), la linguatule ténioïde a été rencontrée à l'état adulte dans les cavités nasales des équidés, des runiinants{c lièvre), des carnivores [chien, loup, renard) ; on l'observe à l'état larvaire enkysté, dans le foie, les poumons, les ganglions mésentériques, dans la cavité abdominale du lièvre, du chat, du bœuf, du porcépic, du cochon d'Inde, du cheval, du dromadaire, de
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l'antilope, du daim, du surmulot, de \' homme, etc.
Leuckart a démontré expérimentalement que la linguatule denticulée représente la forme larvaire de la linguatule ténioïde. Colin a complété ces recherches.
Anatomie. — La lingaatule ténioïde ou Linguatula rhinaria, ou encore Pentastoma tœnioïdes appartient à Tordre des Arachnides; elle a le corps blanchâtre, lancéolé, très allongé (fig. 139) : Vextrémité antérieure est large et arrondie, la postérieure est atténuée ; les bords sont crénelés. Elle présente quatre-vingt-dix anneaux environ, dont la section est plan-convexe, la face plane étant en dessous. La bouche est entourée d'un anneau corné, de crochets recourbés et pourvue de quatre ouvertures linéaires destinées à loger les quatre membres.
Les sexes sont séparés ; mâle blanc, long de 18 à 20 millimètres, lai'ge de 3 millimètres en avant, de Qmm 5 gu arrière et pourvu de deux testicules sacciformes; femelle gris blanchâtre, souvent rendue brunâtre par les œufs contenus dans la partie movenne, longue de 8 à dO centimètres, large de 8 à 10 millimètres en avant et de deux en arrière.
Les œufs sont ovoïdes, longs de 90 tx, larges de 70 ix.
La larve est allongée, aplatie, plus large en avant, transparente, agame. divisée en quatre-vingts à quatrevingt-dix anneaux qui portent, à leur bord postérieur, une série de fins piquants qui la fait désigner sous le nom de denticulée.
La linguatule denticulée a 6 à8 millimètres de long quand elle est complètement développée.
Biologie. — Modes dinfection des cavités nasales. — Les larves enkvstées dans un organe de la cavité abdominale ou dans le poumon ne peuvent acquérir un développement complet. Malgré ces changements de domicile, leurs organes génitaux demeurent rudimentaires ; elles sont condamnées à périr si elles ne parviennent pas dans les premières voies respiratoires. Cette migration peut.
si l'on en croit Gerlacli, s'accomplir directement. Les larves effectuent des migrations intérieures, gagnent parfois les bronches, sont rejetées au dehors ou parviennent dans les cavités nasales de leur hôte pour y achever leur évolution. On s'explique ainsi la présence exceptionnelle de larves libres dans la trachée du lièvre, de la chèvre, ou de linguatules ténioïdes adultes dans les cavités nasales d'herbivores. Ordinairement, les larves demeurent confinées dans les organes internes, qu'elles ne peuvent quitter. Elles périssent même peu de jours après la mort de leur hôte, quand un Carnivore ne leur donne pas l'hospitalité.
Le cliieii qui ingère les ganglions méscntériques ou les organes infectés de larves s'infecte, soit par les cavités nasales, soit par les narines, soit par les oritîces gutturaux ; les linguatules agames paraissent capables de remonter l'œsophage etle pharynx, d'arriver dans les cavités nasales en traversant la paroi de l'estomac, le péritoine, la plèvre, le poumon et en suivant la trachée (Gerlach). Installées chez ce nouvel hôte, elles perdent leui-sspicules et acquièrent leurs organes génitaux.
L'accouplement commence au bout de six à sept semaines. Les femelles se blottissent dans les anfractuosités des cavités nasales proprement dites, particulièrement dansle diverticule, assez large et régulier, qui constitue le cul-de- sac du méat moyen, ou dans les interstices des volutes t'i/imoïrfa/es; danscette région, elles trouvent une muqueuse doublée d'une couche glanduleuse,
Fig. Iû9. — Linguatule rhinaire remelle(gi'aiideur naturelle).
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Fig. 140. — Extrémité céphalique.
Fig. 141. — Embryon acariforme libre.
et sont à l'abri des courants respiratoires : elles se réfugient quelquefois dans les sinus frontaux, jamais dans les cellules elhmoïdales.
Les mâles sont beaucoup plus nomades ; ils s'aventurent dans l'arrière-bouche. à l'entrée du larynx, toujours à la recherche de femelles non fécondées.
Mâles et femelles abandonnent quelquefois les cavités nasales, à la mort du chien, et siniroduisent dans le pharynx, le larynx, la -v~^-..
trachée et même dans l'oreille moyenne (Gellé) 1).
Les femelles fécondées pondent environoOO 000 œufs : la ponte commence vers le sixième
mois de la vie nasale et persiste pendant une période indéterminée. Les œufs, expulsés avec le mucus, tombent dans l'herbe, le fourrage, les feuilles, résistent pendant plusieurs semaines à l'humidité, à la dessiccation et sont ingérés par un herbivore (mouton, lapin, bœuf, etc.). Alors la coque de l'œuf est dissoute : l'embryon, en voie de formation, est mis en liberté dans l'intestin.
Cet EMBRYOx a un aspect acariforme (tig. 141): il est ovoïde, arrondi en dessus, aplati en dessous : il a deux paires de pattes et mesure 130 a de long sur 60 de large ; la partie antérieure de l'appareil céphalo-thoracique est munie d'un appareil perforateur particulier, logé dans une gaine rétracile; c'est un stylet impair, médian, complétépar deux crochets recourbés placés sur le côté (fig. 140). Cet embryon franchit les parois du tube digestif et se réfugie dans les ganglions mésentériqiies. le foie ou le poumon ; là, il se transforme en pupe immobile ; le parasite perd tous ses appendices (rostre, pattes, crochets; et s'enroule.
(1) Gellé, Soc. de bioL. 1S7
Huit semaines après, les pupes immobiles, qui ont 300 [JL de longueur sur 80 de large, éprouvent des mues successives, se convertissent en larves et le c^'cle recommence.
Anatomie pathologique. — Les lésions sont insignifiantes ; parfois, on observe la rougeur, la tuméfaction de la muqueuse qui est ramollie par places et recouverte de muco-pus (fig. lia). Les parasites y sont en nombre
Fig. 142.
Tète de chien divisée longiludinalement montrant deux linguatulos dans les cavités nasales (Cadéac).
plus ou moins considérable ; 64 chiens, atîectés du coryza parasitaire, présentaientde un à onze parasites; mais leur nombre est parfois si considérable qu'ils se compriment les uns les autres et obstruent les cavités nasales (Colin). Le nombre des chiens affectés de cette maladie nest pas très élevé.
Sur 630 chiens examinés à Alfortendeux ans, 10 p. 100 en étaient porteurs. Les linguatules sont extrêmement rares chez les chiens d'appartement; elles sont plus abondantes chez les chiens de rue, de boucher ou de berger.
Symptômes. — Ce sont ceux d'un catarrhe 7iasal chro-
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nique accompagné d'éternuements caractéristiques : ils sont brusques, fréquents, irréguliers, saccadés, quasi convulsifs. intermittents.
Les chiens se frottent le nez contre les corps durs, se grattent avec leui's pattes et semblent s'efforcer d"arracher un corps étranger qui les irrite et les empêche de respirer.
De fait, les linguatules, arrivées à leur complet développement, gênent le passage de l'air et provoquent des symptômes asphyxiques ; on peut constater, à la fin. des accès d'éternuement. des ronflements sonores et larrêt complet de la respiration. Quand les accès se prolongent, les yeux s'injectent, deviennent larmoyants ; la bouche se remplit de salive écumeuse, et la physionomie prend une expression angoissante.- L'asphyxie peut résulter de l'obstruction des cavités nasales ou de la migration des parasites dans le larynx, la trachée et les bronches (Dick). L'excitation réflexe de la pituitaire, occasionnée par les déplacements des parasites, peut provoquer des symptômes épileptiformes. rabiformes, ou exagérer l'irritabilité du sujet Chauvrat) (1\
Ces parasites peuvent séjourner longtemps dans l'intérieur des cavités nasales, sans provoquer d'accidents, comme on peut s'en assurer chez les chiens infestés expérimentalement.
Colin a retrouvé ces parasites au bout de quinze mois. Finalement, les linguatules sont expulsées ou meurent sur place.
Traitement. — On peut prévenir cette maladie en empêchant les chiens d'ingérer les intestins du viouton et de tous les animaux qui sont le réceptacle des linguatules denticulées : c'est là un moyen prophylactique permettant d'éviter, en même temps, l'infection du tube digestif du chien par les ténias dont les cystiques habitent les organes des herbivores.
(Il Chauvrat, Rec. de méd. vét., 1890, 489.
Le TRAiTEiiEiNT GURATiF est peu efficacc ; la trépanation des sinus et des cavités nasales n'est pas justifiée par la gravité de la maladie.
L'habitat des linguatules est variable et incertain. Les injections d'huile empyreumatique, d'ammoniaque étendue, de crésyl, d'eau phéniquée, les inhalations de chloroforme ou d'ammoniaque, de goudx'on, les insufflations de poudres sternutatoires (tabac à priser), sont inefficaces.