I. — SOLIPÈDES
Étiologie et pathogénie. — Les laryngites catarrhales intenses se compliquent d'un œdème plus ou moins prononcé de la glotte. Les inflammations laryngiennes, appelées striduleuses, sont caractérisées par un cornagc, dont l'intensité est proportionnelle à l'infiltration du tissu conjonctif sous-rauqueux. L'œdème laryngien est alors idiopathiquc et parait dû à une infection plus profonde que celle qui préside à l'inflammation catarrhale.
Les inflammations phlegmoneuses du voisinage (parotidites. pharyngites graves, abcès des ganglions rétro-pharyngiens) déterminent l'œdème laryngien par fluxion collatérale.
Les A-i/6tespré-épig]ottiques sont suivis d'un œdème de la glotte caractérisé par un bourrelet de la muqueuse pha-
ryngienne tuméfiée, qui se projette en arrièi-e vers le larynx, franchit l'épiglotte et rétrécit considérablement l'orifice glotlique (G. Petit) (1).
La nécrose des cartilages laryngiens, consécutive à une piqûre d'origine alimentaire, s'accompagne parfois d'un œdème formidable des lèvres de l'ouverture glottique qui entraîne sa fermetui'e complète et l'asphyxie des animaux.
Les blessures et les déchirures du voile du palais, engendrées par les sondes, les instruments servant à râper les dents, produisent, par le même mécanisme, un œdème pharyngo-laryngé. Cette altération est souvent l'expression de la gourme, localisée aux premières voies digesfives et respiratoires.
La strangulation est suivie, chez le cheval, d'un œdème prononcé de la glotte et du pourtour de la gorge consécutif à la compression des jugulaires.
Les tumeurs dupharynx, les ulcérations morveuses aiguës, subaiguës ou chroniques du larynx entretiennent un œdème secondaire chronique.
Les phlébites de la jugulaire provoquent quelquefois des stases pharyngiennes et laryngiennes.
Diverses maladies générales telles que Vanasarque, le charbon, la septicémie, la pyohémie, la pneumonie peuvent provoquer cet accident. Ces infiltrations dépendent, sans doute aussi, chez les animaux comme chez l'homme, de stases consécutives à des maladies chroniques du rein, du cœur et du poumon ; mais on n'a pas encore établi leur influence chez les solipèdes.
L'œdème glottique, qui se produit à l'agonie, est dû à la faiblesse cardiaque.
Viodure de potassium, à dose très forte, peut quelquefois exagérer ou produire cette lésion. Drouin prétend avoir vu un œdème glottique menaçant après blessure directe de la muqueuse par une piqûre de guêpe.
(1) G. Petit, Querruau et Rousselot, Œdème du pharynx et kyste pré-épiglottique chez un cheval. Société centrale, 1906.
ledème du larynx.
Anatomie pathologique. — La muqueuse laryngienne est œdématiée. pâle ou injectée ; elle est plissée, ridée par places ou disposée en bourrelets gélatineux, tremblotants, de cinq à six millimètres d'épaisseur. Incisés, ils laissent suinter une quantité considérable de liquide séreux : son écoulement seJTectue avec une rapidité très
big. 14'J. — Coupe médiane antéro-postérieure du laryns.
tr. trachée; c, cartilage cricoîde ; ar, aryténoïde droit; 6c. bec de cet aryténoïde; r, ventricule «!e la glotte et corde vocale correspondante; ep, épiglotte rabattue vers le larynx et fiiée dans cette situation ; k, kyste superficiel non pédicule: r, plancher du phai-ynx considérablement épaissi et fibro-lardacé : bm, bourrelet muqueux rétrécissant Torifice glottique ; h, hyoïde ; I, base de la langue ; m, muqueuse pharyngienne ; e, érigne implantée dans celte muqueuse.
(La tlèche attire l'attention sur le rétrécissement considérable de l'orifice glottique) (G. Petit).
variable ; la muqueuse s'affaisse lentement quand l'œdème est franchement inflammatoire: on y trouve de la fibrine et beaucoup de globules blancs.
Le siège de l'œdème est presque toujours le même : il débute peu* la base de l'épiglotte et des replis ary-épiglottiques, pour envahir ensuite tout le vestibule laryngé en respectant, le plus souvent, les cordes vocales. Parfois l'œdème s'étend au pharvnx, à la base de la langue et aux
cavités nasales ; il peut se compliquer de petits abcès ou dépaississementfibro-lardacé de la trame sous-muqueuse; de là bascule en arrière de l'épiglotte qui rejoint presque les arjténoïdes et se trouve définitivement fixée dans cette situation périlleuse, sa pointe et ses bords étant recouverts et dépassés par le bourrelet muqueux (fig. 149). Quand il y a eu strangulation ou une compression brusque et violente, on constate, de chaque côté de la gorge, un épanchenient séro-sanguinolent. Ces hématomes englobent les vaisseaux et les nerfs de la région (Mansis) (1). Symptômes. — Un cornage léger, appréciable seulement quand on se tient près de la tête de l'animal, tel est le seul symptôme primitif apparent. Mais la gêne respiratoire augmente rapidement d'intensité ; le cornage se fait entendre à une distance de 8, 10 à 15 mètres.
La DYSPNÉE est en rapport avec le degré de rétrécissement du détroit laryngien.
Parfois la respiration est extrêmement laborieuse ; les naseaux s'ont largement ouverts, la tête est portée au vent, l'inspiration est difficile, bruyante. La sensibilité de la gorge n'offre rien d'anormal.
Par V auscultation, on entend, tout le long de la trachée, un bruit strident qui offre son maximum de force au niveau de la région laryngienne.
La toux, qui manque souvent au début, est forte, sonore, qainteuse, très fatigante, quasi convulsive, parfois humide et râlante.
L'animal conserve la gaieté et l'appétit tant qu'il ne manifeste pas de signes asphyxiques ; la soif persiste, mais la déglutition des boissons est difficile ; la température s'élève au-dessus de la normale quand l'œdème est lié à l'évolution d'une inflammation phlegmoneuse ; elle reste normale quand l'œdème est passif.
La marche de l'œdème de la glotte est subordonnée à
(1) Mansis, Journ. des vél. milit., 1006.
OEDÈME DU L.\RVNX. 52'J
celle de la maladie qui en est l'origine. Tantôt les symptômes évoluent avec une rapidité extrême et l'asphyxie survient en quelques heures ; tantôt l'œdème se développe lentement et progressivement : il peut s'étendre dans l'espace intermaxillaire, faire saillie sur les joues, envahir le bord inférieur de l'encolure et le poitrail; ordinairement, il ne se manifeste pas extérieurement ; il est exclusivement laryngien : il peut même otïrir un caractère intermittent. Urbain Leblanc a signalé un œdème de la glotte avec cornage au début de l'exercice ; l'œdème disparaissait ensuite comme se résorbent les œdèmes des membres: mais son existence est demeurée hypothétique, car l'autopsie du malade n'a pas été faite.
Diagnostic. — Le cornage, sans lésions extérieures, est le principal symptôme permettant d'établir le diagnostic. L'absence de fausses membranes, rejetées sous l'influence des quintes de toux, fait différencier Yœdème de la glotte de la laryngite croupale. Le défaut de jetage permet de le distinguer de la pharyngite.
Pronostic. — Le pronostic est grave, les dangers d'asphyxie peuvent durer quelques heures, une demijournée ou même une journée. La mort peut survenir brusquement, quand on ne pratique pas la trachéotomie.
Traitement. — Les révulsifs constituent un moyen de traitement que tous les praticiens mettent en usage; il faut les appliquer loin du mal ; les frictions et cataplasmes de moutarde doivent être employés sur les fesses, le ventre, la poitrine. Appliqués sur la gorge, ils augmentent la congestion de la partie enflammée et vont à rencontre du but que Ton se propose de remplir.
Il faut se hâter de pratiquer la trachéotomie pour prévenir l'asphyxie ; elle est souvent l'unique moyen de sauver l'animal ; dans tous les cas. elle exerce une heureuse influence sur la lésion.
Dès que l'air n'irrite plus la muqueuse laryngienne en Cadéac. — Pathologie interne. TH. 30
passant à sa surlace, l'œdème a beaucoup de chances de guérir spontanément et promptement.
La guérison est facilitée par les applications de glace autour du larjnx et par les inhalations astringentes (goudron).