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L'association de ces deux ordres d'influences peut diminuer la vitalité du récurrent gauche, et exagérer sa vulnérabilité au niveau du larynx. On cite, en effet, les cas de paralysie récurrentielle droite. Signalée par Prinz, Gurlt. Fergusson, Thomassen, elle n'a jamais été observée par
Gunther. La paralysie des deux récurrents est encore plus rare. Assurément, la disposition anatomique du récurrent gauche n'est pas étrangère à cette localisation. Ce nerf, à son émergence du tronc du pneumogastrique, près de la racine du poumon, passe derrière la crosse de l'aorte pour se réfléchir en avant, il arrive sous la face inférieure de la trachée et sort de la poitrine; il suit la face inférieure, puis la face gauche de la trachée et gagne le larynx placé sous la carotide ; il a ainsi un trajet plus long à parcourir dans le thorax que le nerf de droite ; à sa sortie, il est plus exposé àsoufl'rir de la compression résultant de l'hypertrophie des ganglions de l'entrée de la poitrine que son congénère situé plus profondément ; il est moins à l'abri que ce dernier des accidents pathologiques, provenant du cœur, du péricarde, de la plèvre, de la trachée. L'action mécanique lointaine, alliée à l'action toxique laryngienne permet k celle-ci de produire tous ses désordres. Sans méconnaître l'importance des accidents mécaniques ou
Fig. 152. — Tumeur mélanique du cou comprimant les nerfs.
A, carotide ; B, tumeur mélanique ; C, pneumogastrique; D, récurrent-
PARALYSIE RÉCURRENTIELLE. 549
pathologiques qui peuvent atteindre le récurrent de son origine à sa terminaison ; il ne faut pas l'exagérer. L'inventaire de ces causes prouve suffisamment que leur ingérence est exceptionnelle. On ne peut attribuer une plus grande influence aux rapports anatomiques du nerf avec la partie postérieure de la ci'osse de l'aorte.
Cette position lui donne l'apparence d'une corde fixée au larynx et accrochée à l'aoï'te qui la tiraille, l'allonge et l'entraîne avec elle. Ces tiraillements commencent dès la vie fœtale et se poursuivent au fur et à mesure de l'accroissement du corps, de l'allongement de l'encolure et du déplacement du cœur en arrière (Martin). Le nerf étiré perd-il ainsi ses propriétés physiologiques^ Afin de le prouver, on invoque une série d'arguments:
1' Le cornage est plus fréquent sur les sujets à encolure longue et grêle comme les anglais de pur sang, que sur les chevaux qui n'ont pas cette conformation ou cette origine ; c'est que chez ces animaux, le nerf est mal protégé au niveau de l'aorte; en raison du développement considérable du système vasculaire, de la rareté du tissu conjonctif adipeux chez ces animaux ;
2° Le cornage commence souvent pendant la période de l'entraînement, époque à laquelle ses tissus s'affermissent tandis que le tissu graisseux disparaît ;
3° La ci'osse de l'aorte a un diamètre renflé qui exagère, à chaque pulsation la tension exercée sur le récurrent qui est comprimé dans son trajet entre l'aorte et la trachée. Cette compression se traduit constamment, chez tous les solipèdes. par un aplatissement du nerf à l'endroit où il passe entre l'aorte et la trachée.
Avant d'accepter ces déductions anatomiques. il y a lieu de se rappeler que la fonction fait l'organe. D'ailleurs, d'autres causes (refroidissements, infections) interviennent et permettent d'expliquer la fréquence du cornage chez les animaux de certaines races qui sont plus exposés à en subir les effets en raison de leur mode d'utilisation. Les
recherches de Thomassen établissant péremptoirement mie dans 99 p. lOOdes cas de cornage nerveux le récurrent éprouve des altérations près de son extrémité périphérique, c'est-à-dire au niveau de sa terminaison laryngienne, ont achevé de ruiner toutes les théories d'ordre anatomique. L'hérédité du cornage ne résulte donc plus de la transmission d'une disposition anatomique vicieuse, mais de la perpétuation d'une tare des générateurs qui se répète dans le tissu homologue. L'émulsion hépatique injectée sous la peau d'une femelle en gestation réduit en bouillie le foie du foetus; le nerf, intoxiqué de l'un des générateurs, ne transmet aux descendants qu'un nerf extrêmement vulnérable, prêt à se désagréger. C'est pour ce motif que tous les tarés doivent être castrés.
Symptômes. — La paralysie récurrentiolle s'accompagne de troubles fonctionnels caractéristiques. Normalement, les muscles crico-aryténoïdiens postérieurs, en se contractant, écartent les cartilages aryténoïdes et les font, basculer sur le cartilage cricoïde; ils ouvrent l'entrée du larynx, la glotte et assurent ainsi la libre circulation de l'air. Quand ces muscles sont paralysés, le bord supérieur de l'aryténo'ide gauche descend et se rapproche beaucoup plus du plan médian que son congénère droit. L'ouverture pharyngienne du larynx, circonscrite par l'épiglotte, les replis ary-épiglottiques et les cartilages aryténoïdes, — nettement visible quand on incise le cartilage cricoïde et le ligament crico-thyroïdien, — apparaît rétrécie, manifestement asymétrique par suite du déplacement de l'aryténoïde gauche, rapproché inférieurement de la ligne médiane. La descente de ce cartilage et sa projection en dedans sont d'autant plus prononcées que les parties molles du larynx sont plus souples, c'est-à-dire que les animaux sont plus jeunes, et que le courant inspiratoire est plus intense.
Consécutivement à l'abaissement du cartilage, la corde vocale insérée sur son bord inférieur, est légèrement portée
PARALYSIE RECURREXTIELLE.
en bas et en derfans, rapprochée par conséquent de la corde vocale opposée, ce qui produit un rétrécissement notable delà partie inférieure de la glotte: mais là n'est pas la cause principale du cornage. Elle réside dans l'arrêt de lair inspiré contre le bord supérieur de l'arjténoïde rapproché du plan médian. Parfois légèrement soulevé et rejeté en dehors, au début de 1 inspiration, sous l'influence du crico-thyroïdien demeuré normal ou même hypertrophié qui relève en haut et en arrièi'e la plaque du cricoïde et légèrement Taryténoïde qui y est attaché, ce cartilage est rapidement rejeté en bas dans le plan médian parles fortes colonnes d'air inspiré. Il finit par s'immobiliser dans cette position qui peut même s'aggraver sous l'influence de l'hypertrophie des muscles aryténoidiens du côté droit (Dieckerhoff).
Ces changements résultent essentiellement de l'impuissance ou de l'insuitisance contractile des muscles dilatateurs de la glotte (crico-aryténo'idiens postérieurs) yûg. lo3j.
En résumé, quand le cartilage aryténoïde et les cordes vocales gauches deviennent inertes par défaut ou insuffisance de contraction des muscles qui les font mouvoir, il en résulte, sous l'influence de la pression de l'air inspiré, un refoulement de l'aryténoïde du côté afi"ecté vers le fond de la cavité laryngienne ; en même temps, ce cartilage est porté contre celui du côté opposé. Tant que l'inspiration est calme, l'ouverture laryngienne suffit, malgré l'inaction des muscles dilatateurs, et l'air
Fig. 1-53. — Entrée du larynx.
A, ouverture du larynx; B, épiglotte : C, entrée du ventricule latéral : D, corde vocale ; E. infuadibulum œsophagien ouvert ; F, piliers postérieurs du voile du palais.
traverse encore silencieusement le détroit laryngien. Dès que cette fonction s'accélère, la pression augmente, le retoulemcnt de Taryténoïde s'exagère et l'ouverture du larynx diminue considérablement de calibre. L'inspiration peut alors être interrompue ; en tout cas, l'air s'engage avec force dans les voies rétrécies et produit un bruit assez fort au niveau du cartilage aryténoïde faisant office de l'anche d'un sifflet.
Quand il y a paralysie bilatérale du larynx, les deux aryténoides se portent, simultanément, au-devant de la glotte pendant l'inspiration et les deux cordes vocales exécutent le mouvement commandé par les cai'tilages ; le calibre de sa partie supérieure se trouve considérablement réduit et le cornage se fait entendre avec son maximum d'intensité (Cadiot).
La PALPATiON du larynx permet de reconnaître l'atrophie des muscles; l'aryténoïde gauche se laisse refouler plus facilement et plus profondément que son congénère ; cette manœuvre provoque quelquefois du cornage au repos.
La PRESSION du larynx détermine souvent une toux sifflante caractéristique ou produit un véritable bruit de cornage ; il suffit pour cela « de fixer d'une main le larynx et, à l'aide des doigts, d'exercer une pression alternative sur l'un ou l'autre aryténoïdien, de façon à le refouler en bas et en dedans et à relâcher ainsi la corde vocale du côté non paralysé » (Rôll).
La PERCUSSION de la poitrine provoque des tiniits thoraciques profonds indiquant l'ouverture des cordes vocales, avec une toux subite, caractéristique. Il est à remarquer que ces troubles ne s'observent que chez les chevaux gravement atteints.
A l'examen du larynx par la bouche maintenue ouverte à l'aide du pas-d'àne, il serait possible, d'après Bassi, de constater le déplacement de l'aryténoïde, le relâchement, ainsi que la déviation de la corde vocale.
PARALYSIE RÉCURRENTIELLE. 553
Signes rationnels. — Le bruit de cornage et la dyspnée sont les sym]it6mes dominants de ces paralysies.
L/B syndrome cornage, connu sous le nom de sifflage, de sifflement, de ronflement, de halley, n'est pas exclusivement sous la dépendance du rétrécissement déterminé par la parah'sie laryngienne ; ses causes sont multiples ; c'est ce qui faisait dire à Perciwal qu'il est souvent aussi difficile de reconnaître ce qui le produit, que de deviner, par le cri d'une personne, la cause de la douleur qu'elle éprouve. En réalité, il est généralement facile de reconnaître l'origine du cornage. Quand il procède des narines ou des cavités nasales, le bruit qui se fait entendre consiste dans une sorte de bruissement qui diffère toujours du sifflement caractéristique propre au cornage lai'yngien. D'ailleurs les statistiques faites dans ces dernières années ont prouvé que, règle générale, le cornage est fonction de la parésie ou de l'hémiplégie laryngienne. Ce bruit se produit à l'inspiration seulement, rarement au deux temps de la respiration: il est généralement imperceptible au repos; il augmente progressivement d'intensité pendant l'exercice.
Le travail au pas. au trot ou au galop suivant la race et le mode d'utilisation des animaux suspects, est le moyen pratique de mettre le cornage en évidence. On attelle les chevaux de gros trait ou de voiture et on les soumet à de violents efforts de tirage; on fait trotter ou galoper en cercle les chevaux de selle. .Vvant d'essayer les uns et les autres, il y a des précautions à prendre pour éviter toutes les causes d'erreur. 11 faut toujours s'assurer que le collier est bien ajusté, que la sous-gorge n'est pas trop serrée, que le caveçon est bien mis. placé haut et serré sur le chanfrein; il faut enfin constater l'absence de jetage, de sensibilité de la gorge et de fièvre.
Le temps d'exercice nécessaire pour provoquer le bruit de cornage est variable ; mais il ne faut, dans aucun cas, dépasser la limite des forces du sujet . Trois ou quatre tours de galop
5b4 LARYNX.,
en cercle peuvent suffire poiu" faire apparaître le sifflement chez le cheval de selle ou de trait léger; mais ordinairement, ce bruit insolite commence à se faire entendre vers le huitième ou le neuvième tour, c'est-à-dire après un galop de moins de quatre cents mètres. « L'essai d'un cheval doit être arrêté après douze tours au galop à droite et autant à gauche, c'est-à-dire après une course d'environ un kilomètre; il faut environ trois minutes pour cet examen (i).
Le trajet qu'on fait parcourir aux chevaux de gros trait ne dépasse généralement pas quatre cents mètres; on est sûr d'arriver à un résultat probant dans cet espace si l'animal est attelé à un tombereau vide dont on empêche les roues de tourner ou si on lui fait gravir une côte en serrant le frein du véhicule.
Le bruit de cornage qui se produit dans le cours de ces essais est un léger sifflement, un sifflement aigu, un bruit rugueux, un bruit de corne, un bruit vibrant toujours sifflant; c'est là le signe caractéristique de l'hémiplégie laryngienne, du cornage, qui se manifeste dans plus de 96 p. 400 des cas; tout bruit de ronflement est généralement extralaryngien et toujours produit par d'autres causes que la paralysie récurrentielle. Quand le cornage n'est pas un bruit de sifflement, il faut donc se méfier; il peut être dû à des causes passagères ; il peut disparaître rapidement. C'est ainsi que les chevaux gras, les juments récemment retirées du pâturage ont une respiration bruyante, qu'il ne faut pas confondre avec le cornage. Le sifflement huileux qu'on constate quelquefois au premier temps de galop disparaît par l'exercice.
Certains chevaux marquent bruyamment l'expiration à chaque temps de galop ; d'autres font battre les ailes du nez, ce qui fait un bruit vibrant caractéristique. Il n'y a qu'à activer l'exercice au galop, pour que tous ces bruits disparaissent; la suractivité respiratoire régularise assez vite les mouvements d'inspiration et d'expiration.
(1) Sambelle, Jouryi. des vél. înilit., 1900, p. 333.
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Le cornage véritable, inappréciable au repos, augmente progressivement d'intensité. Au début, il est nécessaire d'approcher l'oreille des naseaux pour l'entendre; il cesse presque immédiatement tant que les muscles atîaiblis peuvent assurer, quoique imparfaitement, la dilatation du larynx; il s'aggrave quand les dilatateurs, simplement parésiés, sont entièrement paralysés et dégénérés.
Le sifflement se manifeste alors après quelques moments de galop, de trot, et, plus lard, au moindre effort qu'effectue l'animal pour avancer ou reculer.
Quand, en plein galop, on arrête un cheval légèrement si f fleur pour lui laisser reprendre haleine et qu'ensuite on le fait brusquement repartir à allure vive, le sifflement s'accentue pendant quelques secondes, puis il reprend le timbre ordinaire qu'il avait avant cet arrêt. C'est un procédé excellent pour être fixé sur des cas de cornage peu bruyant.
Lesvndrome dyspnée esi en rapport avec la température, avec l'intensité du cornage et la durée de l'exercice. Il se produit quelquefois de véritables paroxysmes accompagnés d'accès de suffocation pendant lesquels l'animal peut tomber et mourir.
Quelques minutes de repos suffisent pour amener la disparition des signes aspl\yxiques et dyspnéiques. L'origine de ces troubles ne peut être rapportée à la paralysie laryngienne.
Ils sont l'expression d'un spasme laryngien qui détermine l'occlusion de la glotte. Ce spasme est subordonné à une paralysie incomplète du larynx. Quand les dilatateurs sont seuls frappés de paralysie, la contraction des autres muscles produit une sténose du larynx plus prononcée que dans les cas où la dégénérescence atteint également tous les muscles. Le spasme des constricteurs a un rôle presque aussi important dans la production du cornage et de la dyspnée que la paralysie des dilatateurs. On peut affirmer que les dégénérescences récurrentielles spontanées, demeurant
longtemps incomplètes, sont suivies du spasme des constricteurs et de l'immobilité du cartilage aryténoïde en position médiane. On peut dire que le cornage est d'autant moins accusé que la paralysie récurrentielle est plus complète. C'est qu'à ce moment la contraction spasmodique des constricteurs ne vient pas exagérer la sténose laryngienne. Tant que ces muscles conservent, au contraire, leur constractilité, ils sont susceptibles de provoquer des accès de spasme glottique bilatéral ou un état spasmodique à paroxysmes réveillés par l'exagération de la dyspnée inspiratoire engendrée par un travail pénible. Cette dyspnée ne fait jamaisdétaut, même au repos, chez lesanimaux affectés d'un cornage nerveux. La respiration des animauxcorneurs est généralement irrégulière. Le réti'écissement du détroit laryngien détermine toujours un certain degré d'anoxyhémie dont le soubresaut est la principale manifestation. V inspiration, plus souvent l'expiration, est saccadée, irrégulière, entrecoupée : les chevaux corneurs sont affectés du syndrome pousse.
La toux se fait entendre très fréquemment aux premiers efforts de tirage; elle est tremblotante et paraît due à l'occlusion incomplète de la glolte. Elle ressemble à une expiration forcée et elle est suivie d'une inspiration profonde, accompagnée parfois d'un ronflement produit par la vibration des cordes vocales et des parois du larynx.
Marche. Terminaison. Pronostic. — La marche des laryngoplégies est extrêmement variable; elle est généralement lente, chronique et incurable.
Chez un grand nombre de sujets, la dyspnée et le cornage sont longtemps peu accentués même aux allures vives; ils peuvent être utilisés sans recourir à la trachéotomie. Chez d'autres, la paralysie s'aggrave rapidement et le cornage devient tellement intense qu'il n'est pas compatible avec l'utilisation des animaux. Parfois même, les troubles respiratoires sont si prononcés que les paroxysmes dyspnéiqiies peuvent entraîner la mort
PARALYSIE RKCURRENTIELLE. 557
rapide par asphyxie. Si l'ineurabilité de ces paralysies n'est pas absolue, on ne peut jamais espérer une guérison complète.
Les paralysies des nerfs laryngés supérieurs guérissent; celles qui dépendent d'intoxications (jarosse) disparaissent toujours par la suppression des aliments nocifs; les paralysies récurrentielles sont généralement incurables.
A quelle cause faut-il attribuer cette incurabilité? La plupart des paralysies nerveuses motrices sont des paralysies curables; le nerf se régénère au bout dun temps variable, l'ineurabilité est l'exception, tandis qu'elle est la règle dans les paralysies récurrentielles. Cette règle n'est pourtant pas absolue. On peut voir la maladie guérir spontanément. (Coster, Ebinger, Labat, Limbaret). Beaucoup d'étalons qui cornent à leur arrivée au dépôt sont, peu de temps après, indemnes de tout bruit de cornage. Si les guérisons complètes sont exceptionnelles, les améliorations sont communes à observer. Le cornage de certains étalons s'atténue quelquefois sous l'influence de la castration. Cette atténuation peut résulter d'une extension du mal ; le cheval atteint d'une simple paralysie des dilatateurs corne davantage que s'il est affecté en même temps d'une paralysie complète des constricteurs parce que ces derniers ne peuvent contribuer, par leur contraction spasmodique. au rétrécissement des voies laryngiennes.
La paralysie du larynx est toujours un défaut grave; elle déterminele cornage qui impressionne désagréablement les personnes montant ou conduisant l'animal atteint; elle soustrait à un service régulier le cheval qui en est affecté, nuit à son utilisation, diminue sa valeur commerciale. Enfin les animaux qui descendent d'animaux corneurssont prédisposés à contracter cette tare.
Le cornage fait de graves ravages en Europe et dans tous les pays où la gourme sévit avecintensité. Les chevaux anglais sont le plus souvent frappés.
Dans une statistique publiée en 1889, la proportion de
ces derniers était de 5,5 p. 100: la maladie sévit particulièrement sur les animaux de deux à sept ans.
Les chevaux de llnde, de TÉgypte, de l'Australie, de l'Argentine sont rarement atteints d'hémiplégie laryngienne.
Diagnostic différentiel. — Le diagnostic différentiel des paralysies laryngiennes découle delà statistique, des antécédents du sujet, des signes positifs et négatifs recueillis à son examen.
La statistique enseigne que 96 fois sur 100, les chevaux corneurssont affectés de paralysie laryngienne.
Quand le cornage survient à la fin de l'évolution d'une maladie aiguë des voies respiratoii"es,il fait présumer l'existence d'une parésie ou d'une paralysie récurrentielle.
D'ailleurs, en examinant attentivement le malade, on reconnaît l'intégrité des voies nasales, des poches gutturales, de l'arrière-bouche, de l'œsophage, de la trachée. L'exploration manuelle du larynx, après incision du cartilage cricoïde et du ligament crico-thyro'idien, permet de distinguer la paralysie des tumeurs et des rétrécissements consécutifs à des inflammations chroniques de la muqueuse laryngienne.
Quand le cornage est peu intense, les symptômes sont si peut apparents qu'il est nécessaire de produire des courants inspiratoires très forts pour le rendre appréciable. On peut obtenir ces inspirations violentes en abaissant la tête contre l'encolure, en la portant brusquement de côté ou en faisant reculer l'animal. Dans aucun cas, les signes fonctionnels ne permettent d'affirmer si la paralysie laryngienne est unilatérale ou bilatérale.
Les tumeurs situées en avant de l'épiglotte (Gerlach, Degive, Fricker) peuvent provoquer une dyspnée intermittente. La laryngotomie les fait reconnaître. Les fractures du larynx et de l'hyoïde s'accompagnent de déformations suivies d'un cornage permanent.
Les engorgements inflammatoires (angine symptomatique)
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et les processus ulcéreux de la morve engendrent des rétrécissements et des bruits laryngiens. Certains chevaux font entendre un bruit de roulement quand ils trottent, galopent, ou montent une côte. Ce bruit lent, clair, perceptible souvent à 100 mètres de distance, est exclusivement expiratoire ; il est dû à une habitude vicieuse et disparaît quand l'animal est fatigué.
Anatomie pathologique. — Les lésions intéressent les muscles et le nerf récurrent.
Muscles. — Dans presque tous les cas de cornage, l'atrophie musculaire s'étend à tout le territoire du récurrent. Tous les muscles laryngiens, du côté gauche, montrent une diminution plus ou moins considérable de volume et une coloration plus pâle que les muscles du côté opposé. Seul, le crico -thyroïdien est plus développé que d'habitude; il a éprouvé une hypertrophie compensatrice.
Rarement l'atrophie est bilatérale; elle est toujours plus prononcée sur le crico-aryténoidien jjostérieur que sur les autres muscles. Cela tient évidemment en partie à son volume plus considérable à l'état normal : plus le muscle est développé, plus l'atrophie s'y fait sentir.
D'ailleurs, la paralysie récurrentielle, chez l'homme comme chez tous les animaux, atteint d'abord les muscles dilatateurs: elle se propage plus tard aux muscles constricteurs.
Cette remarque trouve une confirmation dans ce fait que, dans d'autres paralysies nerveuses, la perte fonctionnelle débute souvent par les fléchisseurs et ne se fait sentir que beaucoup plus tard sur les extenseurs. D'ailleurs, les expériences de Horsley ont démontré que l'excitation électrique sur un larynx enlevé se communique plus vite aux crico-aryténoïdiens postérieurs qu'aux autres muscles.
La dégénérescence du crico-aryténoïdien postérieur est totale oupartielle. On observe de grandes différences dansle degré d'atrophie de ce muscle. Réduit parfois à un mince ruban musculaire dans son tiers supérieur, il est converti
en une plaque fibreuse dans ses deuxtiers inférieurs: mais il nest pas rare de constater une dégénérescence limitée à certaines parties du muscle et même à quelques faisceaux
qui sont remplacés par du tissu fibreux. Les faisceaux dégénérés ont perdu la moitié et même les deux tiers de leur volume. Les stries disparaissent de bonne heure, tandis que le tissu conjonctif interstitiel s"hvpertrophie. Il s'étend entre les faisceaux aussi bien qu'enti'e les fibres musculaires et éloigne les uns des autres les faisceaux primitifs.
Les noyaux des cellules conjonctives peuvent être multipliés au point de remplir les espaces interfibrillaires.
Ces altérations ne sont pas exclusivement limitées aux muscles crico-aryténoïdiens postérieurs. S'ils sont ordinairement altérés plus hâtivement et plus profondément dans les paralysies expérimentales consécutives à la section du récurrent que
Fig. 154.
A, cartilage arylénoïde ; C, épi" glotte ; -N, muscle aryténoïdien ; M, crico-aryténoïdien postérieur ; M', crico-aryténoïdieu postérieur atrophié ; U, bord postérieur de l'aryténoïde ; T, thyroïde ; C. nerf récurrent
r, ramification laryngienne de ce dans Ics paralysies Spontanerf (Cadeac). ^^^^ jçg autreS mUSClcs s'a-
trophient aussi : on observe finalement une hémiatrophie marquée du coté gauche du larynx (fig. 154).
Le crico-aryténoïdien latéral, les thyro-aryténoïdiens supérieur et inférieur, l'aryténo'idien sont atrophiés à un degré qui varie avec chaque cas; mais cette atrophie
PARALYSIE RECURREXTIELLE. 561
n'offre rien de régulièrement proportionnel. C'est tantôt l'un, tantôt l'autre de ces muscles qui a subi une atrophie plus complète que ses voisins. On peut constater une prédominance prononcée de la dégénérescence du crico-aryténoïdien latéral et du thyro-aryténoïdien postérieur sur celle du crico-aryténoïdien postérieur. Ce dernier muscle
Fig. 155. — Dégénérescence du récurrent à trente centimètres de sa terminaison.
conserve exceptionnellement son volume pendant que les ninsclesthyro-aryténoîdien supérieur eiinférieur sont pâles oujaunàtres.
Nerfs. — Les altérations des ramifications nerveuses terminales sont toujours plus avancées que celles des muscles correspondants (Thomassen) (1). On constate ce fait après la résection du récurrent comme dans les paralysies spontanées (fig. 155).
Le récurrent du côté paralysé a généralement subi une
(1) Thomassen, Revue vétérinaire, 1902.
forte réduction de diamètre dans sa partie périphérique ; il ne représente parfois que la moitié du volume de son congénère sain. Normalement composé de douze ou treize faisceaux ; sa plus grande moitié est formée de grosses fibres, le reste, de fibres plus fines. Les faisceaux à, fibres plus fines sont généralement très altérés : et parfois tous les faisceaux sont dégénérés; on peut constater la disparition de la gaine de myéline, le fi'agmentation du cvlindreaxe et l'augmentation des noyaux dans la gaine de
Pis-
156. — Dégénére-ci)ii r mmiilrlr dr rixtivjiiiti- terminale du récurrent. Les tubes nerveux ont complètement disparu sans les faisceaux.
Schwann. Ces lésions sont limitées à l'extrême périphérie du nerf. On peut rencontrer des traces de dégénérescence à une distance de 30 à 40 centimètres du larynx ; mais les lésions nintéressent que quelques tubes nerveux les fibres sont notamment exposées à ces dégénérescences lointaines ; mais les altérations importantes massives sont reléguées à l'extrémité terminale du nerf récurrent (fig. 1S6).
Traitement. — La paralysie laryngienne doit être considérée comme une maladie incurable. En France, tout étalon qui n'est ni approuvé, ni autorisé par l'administration des haras, ne peut être employé à la monte des juments appartenant à d'autres qu'à son propriétaire, sans être muni dun certificat constatant qu'il n'est pas atteint de cornage chronique (Art. 1" de la loi du 1-4 août 1885).
PARALYSIE RECURRENTIELLE. 563
II faut sefTorcor de prévenir son développement par l'administration diodure de potassium à la dose de 10, 15 et 20 grammes par jour.
Les MOYENS cuRATiFs, médicaux. ou chirurgicaux, sont généralement inefficaces ; les causes qui ont provoqué la paralysie récurrentielle persistent quand elles sont devenues chroniques et empêchent la régénération du nerf.
L'acide arsénieux, la liqueur de Fowler, les injections trachéales ou sous-cutanées de strychnine, les applications révulsives externes, ne donnent pas de résultat. L'électricité mérite d'être essayée; elle peut faciliter la guérison au début.
Les MOYENS CHIRURGICAUX u'outdouné que des espérances qui ne se sont pas réalisées. On a appliqué vainement la cautérisation en pointes fines et pénétrantes; les sétons ont quelquefois amené la guérison (Schirley).
En 1843. Gunther pratiqua, sans résultat, la résection des deux cordes vocales ; il essaya, avec le même insuccès, l'ablation de la corde vocale du côté paralysé; l'excision partielle, puis totale de l'aryténoide ; l'ablation de la corde et du ventricule correspondant, enfin la fixation de l'aryténoïde an thyroïde. Les expériences répétées par Gerlach, H. Bouley, Stockfieth, Bassi firent ressortir l'incurabilité de la maladie. Depuis, Flemming, iMôller. ont cherché à modifier le manuel opératoire. Au début, ils ont traité avec succès les paralysies unilatérales, mais il semble démontré aujourd'hui que l'extirpation totale de l'aryténoïde (Môller), ou celle de l'aryténoïde et de la corde vocale (Flemming) ne donnent qu'une amélioration passagère.
Labat, dans sa statistique, indique une guérison qui a duré au moins neuf mois, trois guérisons passagères, quatre améliorations, une mort par pneumonie et gangrène. Meloni a observé une terminaison mortelle.
Nous n'avons pas obtenu de meilleurs résultats ; aucun des chevaux que nous avons opérés n'aété définitivement guéri.
L'opération doit être réservée absolument aux chevaux de luxe ; on est encore obligé de s'en tenir à la trachéotomie pour prévenir la dyspnée et rendre l'animal constamment utilisable. Dernièrement, Smith a conseillé une nouvelle opération poiu' guérir le cornage : elle consiste à couper le nerf récurrent gauche et à suturer sa partie périphérique avec le spinal accessoire . On ignore encore si un nerf moteur est capable de suppléer son voisin.
La section du récurrent gauche est, dans tous les cas, un moyen d'amélioration du syndrome cornage. 11 est avéré que les animaux affectés d'une hémiplégie laryngienne complète sont moins corneurs que ceux qui sont affectés d'une paralysie incomplète. Le résection du récurrent supprime la conti'actionspasmodique desconstricteurs, c'est-à-dire la principale cause aggravante de la sténose laryngienne.
Le castration est un moyen de guérison des étalons corneurs (Lecouturier).