‹ Pathologie interneChapitre 35 sur 183 · III. — LITHIASE BILIAIRE · texte numérisé non relu

III. — LITHIASE BILIAIRE

Définition. — La lithiase biliaire est caractérisée par la présence de concrétions calculeuses dans les voies biliaires.

Les concrétions prennent ordinairement naissance dans la vésicule en raison de la stagnation de la bile; elles peuvent se développer aussi dans le cholédoque, le canal cystique et même dans les conduits hépatiques.

On rencontre les calculs chez tous les animaux domestiques ; mais ils sont beaucoup plus fréquents chez les animaux pourvus de vésicule biliaire {bœuf, chien) que chez le cheval. S'ils sont très rares chez le mouton et le porc, il faut attribuer cette rareté à la brièveté de la vie de ces animaux. Leur mode de formation paraît être, universellement, le même dans toutes les espèces. Il convient donc d'envisager leur pathogénie d'une manière générale et d'étudier ensuite, d'une manière particulière, leurs caractères, les lésions et les symptômes qu'ils produisent.

Étiologie et pathogénie. — Le détei'niinisme de la lithiase biliaire paraît être k la fois physique, chimique et microbien.

a) Théorie physique. — Toutes les causes qui occasionnent un ralentissement du cours de la bile favorisent la formation des calculs biliaires. Cette affection est plus commune chez les bœufs condamnés à la stabulation permanente que chez les autres.

Les corps étrangers comme les particules alimentaires, ligule de graminée (Morel), les parasites vivants ou morts

LITHIASE BILIAIRE. 69

(distomes, œufs, embryons divers) peuvent être des centres de précipitation des cholélithes. L'impossibilité de faire développer la lithiase par la ligature du cholédoque fait ressortir l'insuffisance de la théorie physique.

b) Théorie chimique. — Les substances contenues dans la bile sont précipitées, agglomérées quand le milieu biliaire cesse d'être alcalin ou d'une alcalinité insuffisante pour maintenir la cholestérine en dissolution. Or, l'acidité biliaire peut résulter d'un défaut d'alcalinité des humeurs, produit par une combustion incomplète des acides (ralentissement de la nutrition). Ces acides précipitent la cholestérine et mettent en liberté la chaux renfermée dans les tissus. Cette chaux déplace la potasse et la soude et forme, en s'éliminant, des savons de chaux et des sels biliaires de chaux insolubles. Ce phénomène peut être exagéré par un catarrhe de la vésicule biliaire qui détermine une fermentation acide et augmente la quantité de chaux libre. La lithiase biliaire est, en dernière analyse, l'expression d'un trouble nutritif, d'un état diathésique ou spécial de l'organisme qui détermine l'insolubilité des divers éléments constitutifs des cholélithes. A cette pathogénie française qui a sa source dans un retard des échanges nutritifs, Naunvn oppose la théorie du catarrhe lithogène. La cholestérine et les sels de chaux ne sont pas sécrétés par le foie, mais uniquement par l'épithélium glandulaire de la vésicule biliaire, de sorte que l'inflammation de cet épithélium a pour résultat d'exagérer la sécrétion et la précipitation de ces produits qui forment les calculs. S'il est vrai que Thomas a constaté chez des chiens, l'augmentation de la cholestérine au cours d'une angiocholite catarrhale. il est à remarquer que l'existence d'une vésicule biliaire n'est nullement indispensable pour amener la production de ces calculs qu'on retrouve chez le cheval qui est privé de vésicule, comme chez les espèces animales qui en sont pourvues.

c) Théorie MICROBIENNE, — L'infection des canaux biliaires

est la cause provocatrice de la formation de ces calculs : elle modifie l'état de la muqueuse, ralentit la circulation biliaire, exagère la sécrétion muqueuse de ces canaux en produisant leur inflammation catarrhale, change la composition chimique de la bile et provoque la précipitation de ses éléments solubles (sels calcaires, bilirubine, cholestérine, etc.) qui se déposent comme dans une solution sursaturée.

L'agent principal est le coli-bacille; il modifie la composition de la solution des sels biliaires et provoque le dépôt d'une certaine quantité de cholestérine (Galippe, Gérard); d'autres espèces interviennent peut-être, mais leur rôle n'est pas aussi nettement défini. Les microbes amènent la formation d'un noyau composé à la fois de microbes, d'épithélium, de mucus, de pigments et de sels minéraux. Les microbes modifient la bile comme ils modifient les principes minéraux ou végétaux dans le sol (nitrification, etc.) et comme ils produisent des calculs dans les canaux de Wbarton et de Sténon. Leur ingérence repose sur deux faits expérimentaux saisissants : la possibilité de réaliser la lithiase en produisant la toxi-infection biliaire (Gilbert et Fournier, Mignot), la présence de germes au centre de tous ces calculs.

Les modifications chimiques de la bile, liées à la vieillesse^ au ralentissement de la nutrition, préparent la précipitation des sels de la cholestérine et des sels de chaux que l'infection vient réaliser.

Page 1