I. — SOLIPEDES
Étiologie et pathogénie. — Ce sont les états pathologiques de l'organisme qui sont les causes essentielles de ces hémoi'ragies et de ces ruptures. Les maladies du foie et du cœur préparent la rupture des vaisseaux hépatiques.
L'insuffisance cardiaque provoque la congestion passive du foie et de tout le système péi-iphérique avec imminence d'hémorragie hépatique.
HEMORRAGIE HEPATIQUE. 97
La dégénérescence amyloïde, la dégénérescence graisseuse, les hépsiiiies parenchymateuses et les congestions de cet organe, les embolies de l'artère hépatique, les infarctus hémorragiques, les stases sanguines procédant d'affections chroniques du cœur, diminuent la résistance des parois vasculaires ou font dépasser la limite de leur élasticité et prédisposent ainsi aux ruptures.
L'oblitération partielle de la veine porte (Pierre) peut rendre ce tronc insuffisant pour évacuer le sang apporté par les veines mésaraïques. favoriser la congestion et la rupture du foie.
C'est en congestionnant ou en atrophiant les éléments essentiels du foie que les intoxications phosphorée, arsenicale, les tumeurs (sarcomes, carcinomes, angiomes), les épanchements pleiu'aux, Y emphysème pulmonaire intense, le charbon, la septicémie et la plupart des maladies générales aiguës ou chroniques provoquent les hémorragies hépatiques.
Les lésions morveuses, tuberculeuses ou parasitaires agissent par le même mécanisme.
Quand ces causes internes ont rendu le foie friable, des causes mécaniques ou traumatiques occasionnelles, mais regardées à tort comme déterminantes, produisent une inondation sanguine du parenchyme hépatique. Cette interprétation est justifiée par ce fait que Thémorragie peut survenir brusquement à la suite d'un long repos : V engraissement et les ferrugineux augmentent la richesse du sang qui force les vaisseaux altérés. L'hémorragie qui se produit, quelquefois, pendant la convalescence de la pneumonie infectieuse revendique cette pathogénie.
Les corps étrangers (balles de graminées, fétus de paille) qui pénètrent dans le foie à travers le duodénum et la capsule de Glisson sont aussi des causes d'hémorragies hépatiques.
Anatomie pathologique. — Le sang est demeuré confiné dans le parenchyme ou a franchi la capsule de Glis- C.iDÉ.\c. — Pathologie interne. IIL 6
son : l'hémorragie est donc hépatique ou abdominale. L'hémorragie hépatique est limitée au parenchyme et consiste dans une infiltration sanguine, profonde, diffuse ou circonscrite qui augmente considérablement le volume du foie. Le poids de cet organe peut atteindre 15 kilogrammes (Schmeltz), 47 kilogrammes (Lorge), 33 kilogrammes (Trasbot). Son tissu propre est foncé, ramolli, friable, jaune paille ou d'une teinte gris pâle ; il est réduit en bouillie ou en une sorte de magma résultant de sa désa-
llujjtuiu du foie masquée par un caillot sanguin (le foie pèse 20 kil.).
grégation mécanique par l'hémorragie interstitielle et le mélange de ses éléments avec ceux du sang (fig. 27).
Les hématomes ont la grosseur d'une noisette, du poing ou même de la tète d'un enfant; ils font généralement saillie à la surface de l'organe et tranchent par leur coloration noire avec la teinte blanche de la capsule de Glisson. Cette enveloppe est quelquefois détachée du tissu hépatique sur une grande étendue et soulevée de manière à constituer une vaste cavité remplie de sang liquide ou coagulé. Les caillots y sont quelquefois stratifiés, ce qui prouve l'intermittence de l'hémorragie.
La quantité de sang renfermée dans les hématomes
dépasse quelquefois deux litres; le tissu hépatique environnant est mou, friable, sanieux ou farci de sang. Ce liquide thrombose dans les vaisseaux périhémorragiques forme également des coagula dans les canaux biliaires. Les autres parties du parenchyme hépatique sont exsangues.
Vhémorragie abdominale succède généralement au décollement du revêtement hépatique : la capsule distendue se déchire.
La déchirure intéresse généralement le lobe droit ou le lobe moyen: très exceptionnellement le lobe gauche en même temps que le lobe droit (Pierre).-
Cette localisation de l'hémorragie tient certainement au mode de distribution du sang : l'artère hépatique, qui se détache à angle droit du tronc cœliaque, arrive directement dans le lobe droit qui supporte ainsi, le premier, tout le choc de la tension artérielle et de Timpulsion cardiaque.
La déchirure se produit près du bord inférieur de l'organe sur Tune ou l'autre face; quelquefois elle intéi'esse toute son épaisseur. On peut observer des déchirures multiples, superficielles et profondes des lobes droit et moyen. Les bords de chacune d'elles sont nets et lisses ou dilacérés, frangés et réunis par des caillots de différents âges : ils sont rouges, bruns, brun ocreux. Il faut savoir les distinguer des infarctus hémorragiques qui ont toujours une disposition conique, à base dirigée vers la périphérie; ils ont une coloration en rapport avec leur âge et deviennent le point de départ d'abcès à la suite d'infections ultérieures.
Les hémorragies restreintes sont susceptibles de rétrocéder.
La guérison survient par résorption du caillot et sclérose de la capsule de Glisson, dont l'épaisseur peut atteindre trois millimètres. Quand la cicatrisation de l'hémorragie primitive s'opère, il se produit, dans le voisinage, des hémorragies mortelles parce que l'état pathologique de l'organe s'oppose à la guérison définitive.
Symptômes. — Généralement l'hémoiTagie du foie n'est annoncée par aucun signe précurseur. Exceptionnellement, cet accident est précédé dHctère, de douleur à la pression du foie, de constipation, de difficulté des mouvements, de coliques passagères. L'animal se couche avec pi'écaution, et se relève au bout d'un certain temps; en accomplissant ces différents mouvements, il fait entendre une faible plainte. Debout, il paraît somnolent, reste fiché au sol, les quatre membres rapprochés, le dos un peu voussé et la tête tombante (Trasbot). Puis les symptômes de l'hémorragie interne apparaissent : pouls filiforme, battements du cœur violents, muqueuses pâles, rein raide, ventre un peu ballonné.
La déchirure du foie s'accuse encore par un agrandissement de la matité hépatique ; Weber a plusieurs fois vérifié ce fait par l'autopsie.
Certains chevaux ont des œdèmes des extrémités et du fourreau ; la peau et les membres se refroidissent ; ils offrent des poussées de sueurs, avec anxiété, dilatation de la pupille, amaurose, pirouettement des yeux, tremblements convulsifs des muscles de l'encolure ; ils tombent et ne tardent pas à succomber si l'hémorragie est abondante.
Terminaison. — La mort survient ordinairement dans l'espace de cinq à dix heures ; elle peut se faire attendre plusieurs jours. Quelquefois l'hémorragie s'arrête et les symptômes s'atténuent, l'animal se rétablit, mais le sang, remplissant de nouveau les vaisseaux, les fait bientôt éclater : une hémorragie mortelle se produit. On découvre, à l'autopsie, le reliquat de l'hémorragie primitive.
L'hémorragie lente du foie peut se compliquer de pneumonie, par thrombose des vaisseaux pulmonaires (Leblanc) ; elle peut coexister avec Ventérite et la péritonite.
Diagnostic. — La pâleur excessive et subite des muqueuses la fait reconnaître, mais on la confond avec la
leucocythémie ou avec une hémorragie engendrée par cette maladie.
Traitement. — Il faut immobiliser l'animal, favoriser la défécation à l'aide de lavements. A l'intérieur, on peut recourir aux hémostatiques : chlorure de calcium, tanin, perchlorure de fer. On peut donner de la poudre d'ergot, 20 à 40 grammes dans un bol ou un électuaire. On peut tenter les injections sous-cutanées d'ergotine Yvon, 5 à 10 grammes, qui tonifient les vaisseaux et les empêchent de se rompre en même temps qu'elle facilite la coagulation du sang (Guzzoni). On doit pratiquer des injections sous-cutanées de gélatine ; pour cela, on fait une solution dans le sérum artificiel au chlorure de sodium de 1 à 2 p. 100.
Si la faiblesse est grande, il faut utiliser le camphre, Téther et l'alcool, et ne jamais désespérer d'emblée de la conservation des malades. Il existe, en effet, pour les déchirures de moyenne gravité, un procédé spontané d'hémostase qu'on ne doit pas perdre de vue : la défense musculaire transforme la paroi abdominale en un plan absolument rigide, de sorte que le sang épanché arrive assez rapidement à combler l'espace disponible; il convient d'ajouter aussi que la pression dans le système porte est relativement faible et n'est pas un obstacle à l'arrêt de l'hémorragie. Cette hémostase spontanée explique la survie de nombreux malades.