I. — SOLIPÈDES
Étiologie. — Les cancers du foie sont rarement primitifs ; ils procèdent généralement de l'intestin, de l'ampoule de Vater, du péritoine, de l'estomac, du rectum, de la vessie, du poumon, du testicule, du tissu conjonctif sous-cutané, de la peau. Il n'y a pas d'organe qui soit aussi facilement envahi par les tumeurs secondaires (fig. 57).
Ces cancers sont des vaiques ou de sarcomes, repro-
duisant toujours le type du cancer primitif qui lui a donné naissance.
Exceptionnellement, le foie des solipèdes est envahi par un cancer primitif qui dérive de la cellule hépatique. Décrit sous le nom de carcinome, d'adéno-carcinome, ou d'épithéliome, il résulte de la transformation des cellules hépatiques en cellules épithéliales néoplasiques.
Son étiologie est environnée de la plus grande obscurité. On sait seulement que diverses causes capables de faire apparaître la cirrhose semblent présider également au développement du cancer du foie. Les inflammations parenchymateuses, les scléroses viscérales et le cancer sont trois ordres de lésions qui marchent souvent de pair; mais on ne saurait affirmer qu'elles constituent les diverses étapes d'un même processus inflammatoire.
Anatomie pathologique. — a. Cancers primitifs. — Ils se développent aux dépens de la cellule hépatique ou de la cellule conjonctive : ce sont des épithéliomes dans le premier cas, des sarcomes dans le second.
Épithéliomes. — Les caractères macroscopiques de ces tumeurs permettent d'en distinguer trois variétés : le cancer massif, appelé ainsi parce qu'il est constitué par une masse uniforme, le cancer nodulaire marqué par des productions déprimées en cupule dans leur pai'tie centrale, et le cancer avec cirrhose, improprement décrit sous le nom d'adénome ou d'adéno-carcinome.
a) Le CANCER >iassif est une rareté chez les solipèdes; il est caractérisé par une hypertrophie plus ou moins marquée d'un ou plusieurs lobes hépatiques. Le foie est hypertrophié; il pèse 13'^s^500 (Benjamin), 21l's^650 (Chauvrat). Sur une section, la substance hépatique est transformée en une masse blanchâtre, molle ou lardacée qui donne au raclage un suc cancéreux.
b) Le CANCER NODULAIRE cst dénoncé par de nombreuses saillies mamelonnées qui farcissent toute lépaisseur de
l'organe. Chaque nodosité peut acquérir le volume d'une mandarine ou d'une orange ; cette forme nodulaire peut accompagner la forme massive.
Quelquefois le néoplasme affecte la forme de nodules multiples, de la grosseur d'une noix, d'une mandarine. Ces tumeurs sphéroïdales sont nombreuses, rapprochées
ou même confondues par leurs contours et ne présentent aucune trace de ramollissement.
Le tissu hépatique qui occupe les intervalles est brun, jaunâtre, atrophié, disséminé irrégulièrement dans les parties où les nodosités sont plus ou moins séparées les unes des autres, circonscrites et comme encapsulées par une sorte de coque limitante.
Ces cancers nodulaires sont tantôt primitifs, tantôt secondaires. Histologiquement, ils sont constitués par des cavités irrégulières ou disposées en tubes, tapissées de cellules cylindriques et plongées sous un stroma fibreux, embryonnaire ou muqueux. C'est, en somme, la physionomie du carcinome encéphaloïde (fîg. 58).
On peut affirmer que la plupart des tumeurs du foie décrites sous le nom de carcinomes sont des épithéliomes cylindriques, acineux ou glandulaires. La cellule hépatique, point de départ de la néoplasie, se divise, se multiplie; les éléments prolifères contiennent un ou plusieurs noyaux.
Fig. 58. — Cellules cancéreuses disposées en amas entre les cellules hépatiques.
a, cellules hépatiques ; 6, cellules ; c, canaux biliaires ; d, canaicule.
CANREnS. 181
Les élémenls néoplasiqucs se disposent en colonnes séparées par du tissu conjonctif de nouvelle lormalion, c'est Vépithclioma trabcculairc qui, plus lard, peut devenir a/dcolaire.
Les ganglions du liile, péripancréatiques et gastro-hépatiques sont hypertrophiés et cancéreux. Des adhérences fréquentes s'établissent entre le foie cancéreux et les organes voisins.
(■} L'adé.xo-cancer, adéxome du foie ou CANCER avcc cirrhose, consiste dans l'association de la cirrhose à un épithéliome trabéculaire.
Sa disposition alvéolaire, tubulaire, rappelant Vépithéliuin des conduits biliaires et l'existence de groupes cellulaires se détachant nettement des acini ou de l'épithélium des tubes, sont caractéristiques de ces tumeurs dont le nombre peut dépasser une centaine.
Le foie est alors volumineux, irrégulier et hypertrophié; son poids peut atteindre plus de 8 kilogrammes.
Les nodules adéno-carcinomateux ont les dimensions d'une tète d'épingle, d'un grain de millet, ou môme du poing ; ils sont irrégulièrement aiTondis, lisses, déprimés ou ombiliqués au centre, durs, élastiques, blanchâtres, jaunâtres, ocreux, mais presque toujours rouges ou brunâtres à la périphérie sans trace de l'amollissement ; ils sont fréquemment entourés d'une enveloppe conjonctive grisâtre, épaisse d'un à deux millimètres. Sectionnées, ces tumeurs sont denses, nettement délimitées, parsemées de travées conjonctives épaisses. La coupe paraît spongieuse, caverneuse (Johne), grumeleuse quand il y a eu bourgeonnement et hypertrophie considérable des conduits biliaires (Martin).
Les ganglions lymphatiques qui entom-ent la veine porte forment un paquet aj'ant la même constitution que les tumeurs du foie. Sectionnés, ils sont secs, dépourvus de suc; le produit de raclage est constitué par une matière farineuse peu abondante.
Caokac. — Patliolosie interne. III. H
La généralisalion de ces tumeurs à l'épiploon. aux ganglions mésentériques, au poumon, au rein, dénonce leur malignité; mais il existe des adcno-carcinomes qui ne sont pas assez avancés pour former des métastases, de sorte que le diagnostic est complètement basé sur lexamcn microscopique.
Histologiquement, la lésion hépatique se résume dans un épithéliome trabéculaire et une cirrhose annulaire comme dans l'observation relatée par Benjamin.
Les tumeurs du foie sont constituées « de trabécules épithéliaux cylindriques a3'ant deux ou trois fois l'épa'sseur des trabécules hépatiques normaux, infléchis, contournés, repliés sur eux-mêmes en tous sens à la façon des tubes du testicule, formés d'une paroi conjonctive peu épaisse et d'un épithélium variable suivant les dimensions des trabécules : dans les plus petits, il n'y a que deux rangées de cellules cylindriques; dans les plus gros, les cellules extérieures sont cylindriques, mais les cellules centrales deviennent polyédriques par pression réciproque ». La néoplasie siège surtout dans les espaces portes, mais, en quelques points, elle envahit les lobules hépatiques de la périphérie vers le centre. En ces points, les coupes montrent des travées cellulaires colorées en rose par le picro-carmin dans les parties périphériques du lobule, tandis que, vers les parties centrales, les cellules hépatiques des mêmes travées ont conservé leur aspect granuleux et brunâtre si caractéristique.
De plus, dans toute la masse du foie, les lobules hépatiques sont isolés les uns des autres par de minces bandes conjonctives, riches en éléments embryonnaires. Cette disposition ne laisse aucun doute sur l'existence d'un certain degré de cirrhose annulaire (Gilbert Ballet et Nocard).
Les coupes mettent quelquefois en évidence d'innombrables alvéoles offrant une disposition radiée et tapissés d'un épithélium cylindrique, polyédrique, polymorphe.
Chaque alvéole offre une lumière nettement apparente et une paroi conjonctive composée de cellules fusiformes et conjonctives. On observe, au centre, de la nécrose de coagulation.
b Cancers secondaires. — Si l'épithéliome C3'lindrique est une des tumeurs les plus communes, c'est qu'il tire
Fig. 59. — Cancer du testicule. — Noyaux secondaires. — Foie de cheval. — Les lobules du foie sont complètement infiltrés par des noyaux secondaires de 1 epithélioma primitif. Ces noyaux secondaires sont représentés par des îlots de cellules épilhéliales, arrondis, ovalaires ou allongés, formés de cellules polijmorplies et indépendantes, situées dans une charpente conjonctive peu abondante délimilanl des alvéoles (G. Petit).
son origine d'organes (estomac, intestin, canaux biliaires) dont les muqueuses sont revêtues d'un épithélium cylindrique et qu'il est transporté dans le foie par les racines de la veine porte. Il se greffe quelquefois à l'intérieur de ce vaisseau oùil constitue des végétations flottantes comme de fines herbes.
Les cancers secondaires affectent généralement la forme nodulaire. La structure des nodosités est celle de la néoplasie initiale. On n'y trouve guère que des épithéliomes cylindriquesglandulaires ou des sarcomes ffig. 59).
Les épithéliomes cylindriques prennent quelquefois naissance au niveau de l'ampoule de Vater où ils acquièrent la grosseur du poing. Ces tumeurs lobulées sont très rares.
Sarcomes. — Les sarcomes du foie sont presque tous secondaires et résultent d'un processus métastatique et embolique souvent accompagné de thromboses de la veine porte.
Le foie est considérablement hypertrophié ; il est souvent énorme et s'étend jusqu'au flanc droit ; son poids peut atteindre 35 kilogrammes et même -44 kilogrammes. Sa surface est irrégulière, mamelonnée, parsemée de tumeurs parfois si nombreuses qu'elles laissent peu d'intervalles entre elles. On a pu compter 283 productions nodulaires secondaires. De couleur blanchâtre, grisâtre, jaunâtre au centre, rougeâtre à la périphérie, ces tumeurs sont saillantes, sphériques ou ovalaires, de consistance élastique ou molle. La coupe est lisse, régulière et laisse souvent écouler une substance semi-fluide, encéphaloïde, de couleur lie de vin.
On y aperçoit des travées fibreuses peu accusées et formant de fines aréoles. L'examen microscopique de ces tumeurs dénonce habituellemeut leur nature encéphaloïde ; ce sont des sarcomes à cellules rondes.
Le tissu hépatique environnant est plus ou moins altéré ; les cellules y sont plus volumineuses que d'habitude ; elles sont surchargées de graisse ou renferment quatre à cinq noyaux parsemés de granulations graisseuses.
Les ganglions du hile sont hypertrophiés ; la cavité abdominale renferme ordinairement un épanchement de cinq à dix litres d'un liquide rouge foncé et limpide. Dans la plupart des cancers, la séreuse péritonéale est injectée, épaissie, couverte de nodules blanchâtres.
Symptômes. — Les symptômes de ces tumeurs sont peu
caractéristiques au dcljut et passent généralement inaperçus; mais, à mesure que la lésion progi'esse, ils deviennent de plus en plus marqués. On observe un amaigrissement progressif avec œdèmes cachectiques sous le ventre et près du fourreau (IJenjamin), lâches pétéchiales sur les muqueuses apparentes, ictère, ascite et, simultanément, tous les signes d'une gastro-entérite plus ou moins intense, qui se manifeste par des coliques sourdes, légères et intermittentes, de la diarrhée et parfois même du météorisme (Benjamin).
La pression et la percussion peuvent mettre sur la voie du diagnostic, en faisant soupçonner le développement anormal du foie. La palpation de l'iiypocondre droit peut aussi révéler de la douleur dans la région qu'occupe cet organe ; mais ces signes locaux manquent généralement ou ne sont pas assez nets pour être perçus.
La cachexie cancéreuse demeure, en fin de compte, le caractère prépondérant de l'affection; la maigreur devient extrême, la faiblesse est telle que les membres vacillent pendant la marche; la jauneur des muqueuses et l'apparition de l'ascite attestent que le foie est la principale cause de ces troubles.
L'animal succombe brusquement ou meurt dans le marasme par impossibilité de se tenir debout.
Pronostic. — Le cancer du foie est toujours fatal ; son évolution aboutit à la mort dans un laps de temps relativement court ; l'animal meurt généralement moins de six mois après le début des premiers troubles.
Traitement. — Le traitement demeure toujours exclusivement symptomatique ; on combat l'ictère, la diarrhée, les coliques et tous les troubles digestifs à mesui-e qu'ils apparaissent; on ne peut songer à guérir le mal, il poui'suit impitoyablement sa marche ; une terminaison prompte est une économie pour le propriétaire.
ANGIOMES
Ces tumeurs sont rares chez les solipèdes. Signalées par Trasbot, Blanc, elles acquièrent quelquefois des dimensions considérables et leur poids peut atteindre près de cinq kilogrammes. Ordinairement solitaires, on peut en rencontrer, exceptionnellement, un nombre considérable, réparties dans les divers lobes; elles offrent toutes une couleur brune ou noirâtre, une consistance molle ou fluctuante ; elles se déchirent fréquemment et une hémorragie mortelle est la conséquence de leur déchirure (fig. 60).
llistologiquement, l'angiome du foie consiste fréquemment dans un système capillaire à grandes dilatations caverneuses.