II. — RIJMIIVAXTS
L'échinococcose, fréquente chez les bovidés, est déjà beaucoup moins répandue chez le mouton et la chèvre.
Anatomie pathologique. — Le nombre des échinocoques qui envahissent le foie, parfois réduit à quelques unités, peut s'élever à un millier. L'invasion parasitaire est quelquefois si complète que le parenchyme hépatique semble avoir complètement disparu; on n'observe que des kystes; on peut en compter jusqu'à 2 400 (Posnjakow). Dans tous les cas, le volume du foie a considérablement augmenté; il est d'autant plus gros que le nombre des vésicules est plus considérable ; son poids normal de 4 à 6 kilogrammes atteint, dans l'échinococcose, 30 à 60 kilogrammes, ou même 90 kilogrammes (Trull et Neira). L'écoulement du liquide, api'ès incision de tous les kystes, lui fait perdre
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plus de la moitié de son poids. La surface de l'organe est sèche, tendue, bosselée, mamelonnée, tachetée de points clairs ou blanchâtres correspondant aux vésicules hydatiques; la membrane de Glisson est épaissie, fibreuse; le tissu propre du foie, comprimé, est anémié, atrophié; il n'en reste pas vestige à la périphérie et entre les vésicules hydatiques rapprochées (d).
A la coupe, le foie se montre creusé de cavités arrondies, irrégulières, remplies de liquide et de vésicules hydatiques. Vides, ces cavités montrent une paroi constituée par une capsule de tissu conjonctif élastique lamellaire. Le contenu est un liquide clair, jaune, séreux tant que les vésicules sont vivantes. Mais l'évolution des échinocoques comme celle de tous les êtres vivants, a un terme : les jeunes animaux, infestés, guérissent à la suite de la déchéance et de la mort des parasites. La paroi du kyste dégénère, le contenu liquide se trouble, s'épaissit, se résoi'be, se convertit en une masse jaune graisseuse, pâteuse, caséifiée, pendant que la paroi s'intiltre de sels calcaires et la cavité hydatique (înit par disparaître.
Parfois la paroi, altérée, laisse filtrer les microbes qui circulent dans la membrane fibreuse périkystique et qui transforment chaque kyste en un abcès. L'échinococcose suppurée n'est pas très rare chez les ruminants.
Symptômes. — Les échinocoques, peu nombreux, demeurent latents ou ne produisent que des symptômes peu caractéristiques. Les invasions considérables sont seules suivies de troubles de la digestion, de la respiration de la circulation et de signes hépatiques qui, dans quelques cas, peuvent permettre de diagnostiquer la maladie par élimination. Les premières manifestations coïncident généralement avec la pénétration des parasites dans le foie. Ce parenchj'me ne peut subir impunément d'innombrables pei'forations : l'animal présente quelques vagues
(1) Le poids du tissu hépatique sain, dans un foie pesant 66 kilogrammes, ne dépasse pas un kilogramme et demi (Posnjakow).
coliques; sa physionomie exprime une souffrance dont l'origine est incertaine.
L'appétit est diminué, capricieux, la rumination irrégulière; il y a fréquemment de la météorisation, de la diarrhée; les muqueuses prennent une teinte ictérique; l'amaigrissement est rapide, la peau sèche, le poil piqué.
A mesure que les kystes grandissent, le foie augmente de volume et trouble la respiration, la circulation, gêne les mouvements du diaphragme, de l'estomac et de tous les organes abdominaux, comprime la veine porte ; le tissu hépatique sain se raréfie et devient insuffisant.
La respiration est accélérée, mais plus courte, le diaphragme refoulé en avant, limite le champ de l'hématose.
La PERCUSSION indique une matité à droite, plus étendue que normalement. On pvovoquele frémissement hydatique, comparable à la sensation que fait éprouver un corps en vibration, en embrassant d'une main le kyste aussi exactement que possible, et en frappant, avec l'autre main, un coup sec sur la tumeur. Ce signe est, suivant les cas, plus ou moins prononcé (fig. 77).
La PALPATiON de la région est douloureuse ; l'inspection du flanc montre son creux etfacé ; quand le foie est très hypertrophié, il offre, dans son tiers antérieur, une dépression logeant une partie du l'umen. Les parties postérieures de l'organe peuvent buter contre les branches montantes de l'ilium et descendre au-dessous du pubis; ■on peut le constater par l'exploration rectale qui fait percevoir, dans le flanc droit, une tumeur dure, de forme très irrégulière, bosselée par places (Labarrère, Lândler).
Cette tumeur est constatée par la palpation abdominale quand le foie déborde considérablement l'hypocondre (Gregory). Ses bords sont épaissis, durs et bosselés. Ce sont là les principaux symptômes de Téchinococcose simple, sans complications.
Véchinococcose suppiirée est beaucoup plus grave; elle
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a une marche cachectisante: les animaux perdent leurs forces : ils titubent, paraissent fourbus, ou présentent une telle pares'^e musculaire qu"ils semblent incapables de se
déplacer. Ils sont graduellement intoxiqués par les produits biliaires résorbés, par les toxines microbiennes élaborées dans les kystes purulents ; leur sang est pauvre en globules rouges ; il offre une hyperleucocytose prononcée. Minés par lanorexie, par une diarrhée incoercible,
par une fièvre atypique, les malades sont épuisés en quelques semaines.
Les foyers de suppuration hépatique sont moins silencieux que les kystes aseptiques. Chacun d'eux constitue un point douloureux qui retentit sur la capsule de Glisson et sur le péritoine; chacun d'eux fait sa péritonite limitée, décelable par la pression et la palpation.
L'hypocondre droit est le siège dune vive sensibilité révélée par une simple pression, mais quune palpation plus profonde, obtenue en enfonçant les doigts sous Thypocondre, décèle plus complètement.
Les points de périhépatite peuvent se multiplier, se confondre ; le foie contracter des adhérences avec les organes environnants, principalement avec le diaphragme, le cercle des hypocondres. les réservoirs gastriques. L'évolution de ces soudures multiples se trahit par les symptômes dune péritonite quasi-généralisée (Voy. Péritonite).
L'infection purulente, la septicémie peuvent enfin compliquer l'échinococcose suppurée et tuer promptement le malade.
Marche. — Terminaison. — Bénigne quand linfestation hépatique est très réduite, l'échinococcose guérit alors spontanément; elle devient une affection grave, épuisante, cachectisante ou même mortelle quand les parasites envahisseurs sont très nombreux ou que linfestation parasitaire sest compliquée dinfection microbienne ; l'intervention des microbes de la suppuration abrège la durée de la maladie et peut amener la mort en quinze jours à trois semaines.
Pronostic. — C'est toujours une maladie grave qui nuit à l'engraissement, à la lactation et qui rend onéreuse la conservation des animaux les moins malades.
Diagnostic. — Chez le mouton, l'échinococcose peut être confondue avec la distomose; mais, chez les grands ruminants l'exploration rectale permet de différencier l'échinococcose des maladies de l'utérus, de Vhydronéphrose,
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d'une grosse tumeur purulente et de tous les processus accompagnés de modifications du ventre ; lexploration du foie peut, dans beaucoup de cas. suffire à établir le diagnostic; mais on peut confondre les hypertrophies hépatiques d'origine parasitaire avec celles qui proviennent de la tuberculose; il sera donc toujours prudent de recourir à la tuberculine avant de se prononcer d'une manière définitive. On différencie, à l'autopsie, Véchinococcose suppurée de la tuberculose, par l'absence de tubercules caractéristiques, d'hypertrophie et de caséification des ganglions du bile; cette double lésion accompagnant généralement la tuberculose hépatique. En outre, on peut mettre en évidence, par l'examen microscopique, des crochets ou des débris de crochets dans les foyers de suppuration d'origine parasitaire.
Traitement. — Le traitement prophylactique est le seul efficace ; il faut surveiller les chiens de garde et les chiens de ferme; les débarrasser des ténias échinocoques à l'aide desanthelminthiques, et surtout prévenir leur in festation en ne distribuant jamais à ces animaux les viscères crus de bœuf, de mouton ou de porc renfermant des vésicules d'échinocoques. Les ruminants ne seront pas ainsi exposés à ingérer dans les mares ou les pâturages, les œufs, les proglottis ou les embryons que les chiens infestés y répandent avec leurs excréments.