CHAPITRE PREMIEl
§ 1. Charles VI dit le Bien-Aimé (1368-1422) roi de France.
Section 1. — Anamnése héréditaire paternelle.
§ ]. Père. Charles V. Voy. ci-dessus liv. II, chap. xvii, partie II-PourTanamnèse héréditaire paternelle, voy. ci-dessus liv. II, chap. i-xvi.
Section 2. — Anamnése héréditaire maternelle.
§ 1. Mère. Jeanne de Bourbon (1338-1378) fille de Pierre P"" duc de Bourbon et d'Isabelle de Valois. Epouse (1350) son cousin Charles de Normandie (depuis Charles \', roi de France).
Section 3. — Anamnèse héréditaire.
§ 1. Anamnèse paternelle :
A. Père. Pierre de Bourbon (tué à Poitiers), 1311-1356. Pas de renseignements biologiques.
B. Grand-père. Louis de Bourbon (1279-1341) dit le Grandet le Boiteux. Pour la pathologie de Louis de Bourbon voir ci-dessus Introduction, p. CXXVII. Sur la lâcheté de Louis de Bourbon qui s'enfuit à la bataille de Courtrai, cf. Moranvillé, Chronographia, I, p. 112.
Grand'mère. Marie d'Avesnes (f 1354). Petite-fille de Jean d'Avesnes (sur la mort de ce dernier cf. p. 500).
G. Arrière-grand-père. Bobert de Clermont. Fou. Sur la folie de Bobert cf. ci-dessus, p. 412-417.
Arrière-grand'mère. Béatrice de Bourbon fille de Jean de Charolais et d'Agnès de Bourbon. Épouse en 1272 Bobert de Clermont. Meurt en 1310. Jean de Charolais étant fils du duc de Bourgogne Hugues IV, nous renvoyons pour l'anamnèse de ce prince à la p. 463.
§ 2. Anamnèse maternelle. — Isabelle de Valois, fille de Charles de Valois et de sa troisième femme Mahaud de Châtillon. — Épouse en 1337 Pierre P'" duc de Bourbon. — Meurt en 1383. Pas de renseignements biologiques.
A. Père. Charles de Valois. Goutteux et apoplectique et frère d'apoplectique (cf.ci-dessus, pp. 430-433 et pp. 443-453).
B. Mère. Mahaud de Châtillon. Pas de renseignements. § 3. Anamnèse collatérale. Le frère de Jeanne, le duc
Louis II de Bourbon (1337-1410), bizarre ; mort mélancohque, fou (cf. ci-dessus. Introduction, {). CXXXI-CXXXII).
Section 4. — Antécédents physiologiques.
§ 1 . Tempérament. — Lymphatique. Froissart, XV, 4 : « En ce temps avoit ens ou royaulme de France ung moult vaillant et
CHARLES VI. .S9o
saige médechin.... Celluy médechin demouroit pour le temps en la cité de Laon (la faisoit-il plus voulentiers sa résidence que ailleurs), et estoit nommé maistre Guillemme de Ilarselly. Ouand il sceut premièrement les nouvelles de l'accident du roy et par quelle incidence il estoit cheu en maladie, il dist ainsi, car il cuidoit assés bien congnoistre la complection du roy : « Geste maladie est venue au roy de tourble [troubles]. Il tient trop de la moisteiir^ de la mère » ^.
§2. Nutrition, Motilité, Système nerveux. — Pas de renseignements.
1. Froissart, III, 88 : (( Les Anglois sont plus mous et plus nioisles que les Porting'alois. »
2. Mandements de Charles V p. p. Delisle, n° 1587, 18 janvier 1377 : « Pour offrandes faittes pour nostre très chère compaig-ne la royne et de nostre commandement en l'eg'lise de Saint Anthoine de Vienn [ois] cent frans, et cent frans donnez <à l'ospital du dit lieu de Saint Anthoine, et à l'église de Saint Glande en nostre dit Dauphiné cent cinquante frans. »
Id. ibid. n° 859, 2 février 1372 : « A Bernart Belnati... pour deux pièces de baudequins d'or en champ azuré qu'il nous a délivrez, lesquielx nous avons envoiez à nostre dite compaigne, pour offrir à Saint Anthoine le jour de la feste, à XXX franz la pièce, valent LX franz. »
Labarthe, Invent, du mobilier : (( Item, ung très petit coffret estant dedens ledit coffre de cypraès, où estoient les choses qui s'ensuivent : et premièrement : 583. L'os mons'' saint Anthoine.
2468. Item, ung ymage de saint Anthoine, pareil, qui a ung pourceau devant luy, à l'entablement d'argent comme dessus ; pesant ung marc quatre onces dix sept estellins maille. »
Mandements de Charles V p. p. L. Delisle, n° 812, 23 août 1371 : <( Pour deux pièces de drap d'or en champ blanc, oOertes par nostre très chiere et amée compaigne la royne devant Nostre Dame de Saint Martin des Champs, soixante et quatre frans. »
Labarthe, Invent, du mobilier :
« 2499. Item, ung petit cristal ront, garny d'argent, à deux boulz, où dedens est de saint Martin ; pesant dis estellins.
2894. Item, ung petit reliquiaire d'or, plain, à ung ymage de saint Martin à une part, et est plain de relicques ; pesant dix sept estellins et maille.
2564. Item, ung très petit reliquiaire d'or beslong de saint Martin; pesant cinq estellins.
2477. Item, ung ymage de saint Martin qui ne tient point de reliquiaire ; pesant ung marc quatre onces cinq estellins. »
§ 3. Fonctions génésiqiies. — Parturition toujourslaborieuse.
Labarthe, Inventaire du mobilier^ n° 617 : « Estuiz de cuir estans oudit coffre de cypraès, où esloient les choses qui s'ensuivent : et premièrement : Une pierre appelée la Pierre Saincte, qui ayde aux femmes à avoir enflant, laquelle est enchâssée en or; et y sont quatre perles, six esmeraudes, deux baillaiz, et au doz y a ungescu de France; estant en ung estuy de cuir. »
C'est VAelites des anciens, à laquelle on attribuait des propriétés anti-abortives et anti-convulsives (dans l'éclampsie puerpérale).
Cf. Le grant propriétaire des choses (dans la traduction de 1375 de Jean Corbichon, 1. XVI, chap. xxxvni) : « De etJiice. Ethice est une pierre d'Inde et de Perse que on trouve ou rivaige de la mer d'Inde et de Perse et est de couleur jaune si comme dist le Lapidaire et y a masle et femelle. Et pource les treuve l'en deux à deux dedens les nidz des aigles.
Sans ces pierres les aigles ne peuvent faire leurs faons. Le masle dans ces pierres est dur et reluist ung peu et la femelle e&t molle.
Ces pierres font tost enfanter une femme quant elles sont liées à elle et aucunesfois la font avorter quant elles sont trop longuement si comme dit Ysidore au quart chapitre ou XVP livre. Ceste pierre donc en a une autre dedens soy aussi comme une femme grosse, si comme dit le Lapidaire. Ceste pierre garde du chault mal. »
Le Grand dispensaire médicinal mis en lumière par le Sieur Jean de Renou, conseiller et médecin du Roy. Lyon, Rigaud, 1624, p. 527 : « L'aetite ayde grandement à l'enfantement si on l'attache à la cuisse de la femme qui est en travail, et le retarde pareillement portée sur l'estomach ou en quelque doigt en forme de bague. Il y en a de quatre sortes, etc.... »
Et encore au xvni° siècle dans l'encyclopédie classique de Manget [Bibtiotheca pJiarmaceutico-medica, 1703, II, 90, 121) : « Aeliles seu aquilinus lapis. Dicitur lapis aquilae, quod in aquilae nido reperiatur ad promovendum partum ab aquila co deportatus.
Vires. Sinistro brachio alligatus, fœtum in iis relinet, quae
ad aborliendum sunt proclives. Tempore parlus sinistro l'emori alligatus, partum accélérât. Observarc aulem expedil, statim à partu esse removendum, ne et uterum ad se trahat.... Observavit etiam Valeriola, tam veliementer trahere, ut unà utérus excidat, ni mature removeatur, id quod accidit Valentiae conjungi Ponsoni Jouberti. Collo appensus medetur prolapsui uterino, epilepsiae. »
Les saints obstétriques : cf. Broc, Sam/s Patrons et Prolecleiirs, et le P. Cdihiev passi m *.
1. Broc de Segange, Saints profecteurs des maladies, II, 40 : (( Pro Muliere praegnante ciim intercessione heatae Margaritae :
Oremus :
Deus qui gloriosam Margarilam invocantibus, salutis remédia promisisli, exaudi nos pro N. famula tua in marlyris tuae suffragio confidente, etc.
Sécréta :
Quaesumus... ut famulam tuam N... maledictio quam Eva praegnantibus demeruit mulieribus, non opprimât, etc »
Mandements de Charles V p. p. L. Delisle, n^ 500, 7 mars 1369 :
(( Charles Pour consideracion des grans pertes et dommages que
ont euz et soustenuz pour occasion des guerres et autrement les religieux prieur et couvent de l'église Sainte Marguerite de Lincourt, et en recompensacion de plusieurs messes que il ont dictes et célébrées de sainte Marguerite par certain temps pour nostre très chère compaigne la royne, à yceulx religieux avons donné etottroié... la somme de cent franz d'or, pour aidier à refaire et soustenir leurs maisons et édifices, qui en la plus grand partie sont cheuz en ruyne par la povreté des diz religieux. »
Id. ibid., n° 1230, 26 avril 1376 : « Charles.... Oye la supplicacion des religieux prieur et couvent de Teglise Sainte Marguerite de Elincourt, requerans que, comme, ou temps que nostre très chiere compaigne la royne estoit enceinte de nostre très chierainsné filz le dauphin de Viennois, nous leur eussions donné cent frans d'or à prendre sur nostre trésor..., dont il n'ont pas esté ne pevent estre paiez, nous leur vueillons sur ce pourveoir de nostre grâce, nous voulons de grâce especial et vous mandons que yceux cent frans d'or vous leur faciez paier, etc. »
Labarthe, Invenl. du mobilier :
<( 1869. Ung escrinet de boys, où est ung reliquaire que l'en dit le doy sainctc Marguerite.
3061. Item, la vie saincle Marguerite en ung très petit livret, en deux aiz d'or, bordez de grenatz et esmeraudelles.
2229. Item, ung petit relicjuiaire garny d'argent, esmaillé d'un costé
Section 5. — Antécédents pathologiques et mort.
§ 1. Antécédents pathologiques. — Pas de renseignements.
§ 2. Mort. — De cause puerpérale.
Grandes Chron.^ VI, 413 : « Le jeudi quart jour de février ensuivant mil trois cens septante-sept dessusdit, la royne de France ot une fille en Tostel du roy, emprès Saint-Pol à Paris ; le samedi ensuivant, sixième jour dudit mois de février, environ dix heures après midi, ladite royne trespassa
de saincte Marguerite, et d'autre coslé ung amatiste; pesant once et demye.
915. Item, ung ymage, d'argent dore, de saincte Marguerite; pesant six marcs deux onces.
2582. Item, ung ymage de saincte Marguerite qui sault d'un dragon, sur lequel dragon a ung ballay, et est la teste du dragon d'un saphir, et sur la queue ung saphir et troys perles, et a ung dyadesme d'un saphir, d'un balay et neuf perles autour; pesant ung marc.
928. Item, ung ymage de saincte Marguerite, d'argent doré, sur ung dragon, qui siet sur ung entablement de mesmes ; pesant deux marcs quatre onces cinq estellins.
2668. Item, un coffre d'or, esmaillé autour de la vie saincte Marguerite; pesant cinq marcs deux onces dix huit estellins.
1769. Item, ung escrinct d'argent esmaillé, qui peut es armoires, et est l'esmail de la vie saincte Marguerite.
1970. Item, une ymage d'y vire de saincte Marguerite sur ung serpent.
2531. Item, ung ymage de saincte Marguerite qui sault d'un dragon, tenant ung livre en sa main et ung reliquaire en l'autre. »
Mandements de Charles V p. p. L. Delisle, n° 859, 2 février 1372 : <c A Bcrnart Belnati... c'est assavoir pour deux pièces de draps d'or délivrées à nostre très chère compaigne la royne, pour offrir à Saint Germain des Prez, quand elle y fu derrenierement en pèlerinage, à XXXII franz la pièce, valent LXIIII franz. »
Labarthe, Invent, du mobilier :
« 2527. Item, ung ymage d'argent de sainct Lyénart, tenant ung prisonnier à une main et ung petit relicjuiaire de cristal à l'autre.
2470. Item, ung ymage de sainct Lycnart qui tient un larron, à l'entablement d'argent comme dessus; pesant ung marc sept onces cin(| cslellins. »
de ce siècle audit hoslel de Saint-Pol, dont le roy fu moult troublé et longuement; et si furent moult d'autres bonnes personnes : car il s entreaimoient tant comme loiaux mariés peuvent amer Tun Tautre. »
Chron. Anonyme d. Kervyn, Froissart^ IX, p. 44 : « Assés tost après la mort du captai de Bus, qui tant avoit esté preu chevalier, s'acoucha la royne de France d'une fille qui fu nommée Katherine. En celle gésine print la royne une maladie, dont elle mourut. Cete royne, qui avoit esté plaine de moull bonnes niœiirs^ fu fille au gentil duc de Bourbon, messire Pierre qui mourut en la bataille de Poitiers. »
Froissart (éd. Luce-Raynaud), IX, 47 : « En ce temps trespassa, ou mois de février, la royne de France et de [se coupe], che disoient li médecin; car elle gisoit d'enfant de madame Catheline sa fille, qui puis ce di fu duçoise de Berri, car elle heut à mari Jehan de Berry, fil au duc Jehan de Berri. Là, si comme je vous dy, en celle gesine, n'estoit pas bien haitie, et lui avoient li maistre deffendu les baings, car il lui estoient contraire et périlleux. Nonobstant ce, elle se volt baigner et là conchupt le mal de la mort. Si demora li rois Charles de France vesves, ne onques puis ne se remaria. »
Chronique des quatre premiers Valois p. p. S. Luce, p. 265 : « Apres ce que l'empereur se fut parti du roy de France son nepveu où il avoit eu moult riche feste et noble, la royne de France acoucha d'enfant et ouït une fille dont elle mourut. De quoy ce fut pitié. Le roy de France en fit grand dueil. »
Christine de Pisan, p. 306 : « Le lundi, quart jour de février, après la départie de l'empereur, la royne de France enfenta une fille, dont moult fu grevée du travail.... Le samedi ensuivant, ladicte royne trespassa de ce siècle : de laquel chose le roy merveilleusement fu dolent; et nonobstant que la vertu de constance en luy fust plus grant que communément es autres hommes, ceste départie luy fu si grant douleur et si longuement luy dura que onques, devant ne après, faire on ne luy vid pareil dueil pour chose qui avenist; car moult s'amoyent de grant amour. Le roy, qui avoit amé le corps, pensa de l'ame par dévotes oroisons, etc.... »
Luce, La France au xiv*' siècle, II, 5 : « Ce souverain si âpre au travail, qui faisait son métier de roi avec Tapplication consciencieuse dont Louis XIV devait donner de nouveau Texemple trois siècles plus tard, cessa presque complètement pendant une douzaine de jours de s'occuper des affaires de sa chancellerie ; et, pour la période qui va du 6 au 19 février, je n'ai pu retrouver qu'une ordonnance de payement délivrée le 13, au bois de Vincennes. »
Section 6. — Etat psychique
§ 1. NormaP, sauf pendant l'année 1373. En 1373 Jeanne, alors âgée de trente-cinq ans, est frappée d'aliénation mentale
1. Christine de Pisan, p. 224 : <( En quelle digneté estoit celle royne, couronnée ou atournée de grans richeces de joyauls, vestue es abis royaiils, larges, longs et flotans, en sambues pontificales que ilz appellent chappes ou manteauls royauls des plus précieux draps d'or ou de soyes, aornés et resplandissans de riches pierres et perles précieuses, en ceinctures, boutonneures et actaches, par diverses heures du jour abis rechangés pluseurs foiz... »
« Durant son mangier, pour obvyer à vaines et vagues parolles et pensées, avoit un preudommc en estant au bout de la table, qui sans cesser disoit gestes de meurs virtueux d'aucuns bon trespassez. En tel manière le sage roy gouvernoit sa loyale espouse, laquelle il tenoit en toute paix et amour et en continuels plaisirs, comme d'estranges et belles choses luy envoyer, tant joyauls comme autre dons, se présentés luy fussent, ou qu'il pensast que à elle deussent plaire, les procuroit et acheptoit ; en sa compaignie souvent estoit et tousjours à joyeux visage et moz gracieux, plaisans et efficaces; et elle, de sa partie, en luy portant Fonneur et revcrance que à son exccllance appartenait, semblablement faisoit ; et ainssi celluy en tous cas la tenoit en soufTisante amour, unité et en paix. »
Chron. des quatre premiers Valois p. p. Luce, p. 148 : « L'an de l'incarnation de Nostre Seigneur Jhesucrist mil trois cens soixante quatre le jour de la Saincte Trinité fut couronné, enoint et sacré à roy de France Charles ainsné filzdu roy Jehan, avec lui sa belle et bonne moullier madame la royne fille du noble duc de Bourbon. »
Mandements p. p. Delisle, n° 1252, juillet 1376: « Nous voulons et vous mandons que quatre cens livres parisis, d'une part, qui sont
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et rosle dans cet état pendant une partie de Tannée 1373 : C/iron. des quatre premiers Valois (éd. Luce, p. 244) : « En cel an mesmez, la royne fut malade par ung carant ou empoisonnement si qu'elle en pcrdi son bon sens et son bon memore. Le roy qui moult i'amoit en fit maint pèlerinage; et la mercy de Nostre Seigneur, revint en sa bonne santé et en son bon sens, n
Pour Tautorité du texte cf. la remarque de Léopold Delislc (S. Luce, Froissarf, Tntroduct., p. CXXII : « Entre les diverses compositions du même genre que nous a léguées le quatorzième siècle, celle qui soutient avec le plus d'avantage le contrôle des chartes est la Chronique des quatre premiers Valois. Telle est du moins l'opinion d'un juge dont personne ne récusera la compétence, ]\I. Léopold Delisle. Dans cette Histoire du château de Saint-Sauveur-le-Vicomte où il a renouvelé de fond en comble l'histoire de la première partie de la guerre dite de Cent ans, le savant membre de l'Institut a eu l'occasion de confronter les principaux chroniqueurs contemporains de Froissart avec les pièces authentiques, originales, et c'est la Chronique des quatre premiers Valois qui a le mieux résisté à une aussi redoutable épreuve. »).
A. Durée de la psychose. Ne peut avoir été moindre de plusieurs mois, son mari ayant fait en personne^ pour obtenir sa guérison, « maint pèlerinage ».
En janvier 1374 Charles fait habiller « la foie » de la reine '.
demourécs à paier des mois d'aoïist et de septembre darrenierement passez de certaine ordenancc que nous feismes lors sur la crcue de la desponse de Tostel de nostre très chiere compaingne la royne, si comme elle nous a fait exposer. »
1. Mandcmcjita de Charles V, p. p. L. Delisle, n° 1005, 3 janvier 1374 : (( Charles V ordonne de faire payer « à nostre amé Jehan Mandolc, peletier, la somme de huit vinz dix et neuf franz d'or, lesquiex il a prestez et paiez du sien, depuis le moiz de niay derrain jiassé, pour certainz draps, boutonneurez et fermaulx d'or et d'argent, et pour la façon, pour Artaudc du Puy, foie de nostre très chiere compaingne la royne, si comme elle nous a dit et alTermé... ». — Id. ibid., n° 1006, janvier 1374 : « A nostre amé Jehan Mandole, peletier et bonrgoiz de Paris, la somme de huit vinz dix et neuf tVanz d'or les- (juiex il a prestez et j)aiez du sien, depuis le moiz de may derrain
Rien à conclure de ce texte pour ou contre la guérison de Jeanne, Charles VI ayant également conservé des fous auprès de lui pendant les trente années de sa maladie ^
passé, pour cestainz draps, pennez, cendaulz, boulonneurez et fermaulx d'or et d'argent, et pour la façon, pour Artaude du Puy, foie de nostre très chicre compaingne la royne, si comme elle nous a dit et affermé... »
1. Les textes suivants nous portent à croire qu'à la fm de l'année 1373, la reine était revenue à un état normal: Mandements de Charles V, p. p. Delisle, n» 982, 7 oct. 1373 : Charles V ordonne de faire payer <( la somme de neuf cenz et vint cinq frans d'or que monte la draperie, pelleterie, et autres choses que nous avons ordenées pour nostre très chiere et amée compaigne la royne pour sa robe de la Toussainz prochaine venant... Premièrement à Garnot Robiolle, drapier, pour une escarlate entière, contenant xxiiii aulnes et vi aulnes de meismes, pour une robe de v garnemens, v frans et quart l'aulne, valent viix^xvii frans et demi. Item à lui, pour un corset court et un mantel de chapelle, x aulnes d'une autre escarlate à ce pris, lu frans et demi. Item à lui, pour ix aulnes de deux escarlates, à faire un mantel double, à ce pris xlvii frans i quart. Item à lui pour une cote hardie et un mantel qui seront fourrez de gris, x aulnes de broisselle marbré en graine, m frans l'aune, xxx frans. Item à lui, pour m aulnes d'escarlate à faire chausses, v frans i quart Taune, etc.. ». — Id. ibid., n° 995, 4 décembre 1373 : « Charles... à nos amez et féaux trésoriers à Paris salut et dileccion. Nous vous mandons et commandons que senz delay la somme de six cens vint et cinq frans d'or, que monte la draperie, pelleterie et autres choses que nous avons ordenées pour nostre très chiere et amée compaigne la royne, pour sa robe de Noël prochain venant, vous paiezaux personnes ci après nommées, desquelles choses les parties s'ensuient. Premièrement à Garnot Robiolle, drapier, pour une escarlate entière contenant xxiiii aulnes, et vi aulnes de meisme pour une robe de v garnemens, v frans i quart l'aune, valent vii^xxvii frans et demi. Item à lui, pour un corset court et un mantel de chapelle, x aulnes d'une autre escarlate, à ce pris, valent LU francs et demi, etc.. ». — Id. ibid., n» 1013, 23 janvier 1374: « Charles, par la grâce de Dieu roy de France, à nos amez et feaulx trésoriers à Paris, salut et dilection. Nous vous mandons et commandons que senz delay la somme de six cens soixante quatre frans d'or et trois quars, que monte la draperie, pelleterie, et autres choses que nous avons ordenées pour nostre très chiere compaigne la royne, pour sa robe de la Chandeleur prochaine venant, vous paiez aux personnes ci après nommées, desquelles choses les parties s'ensuient. Pi^emierement à Garnot Robiolle, drapier, pour une escarlate entière, contenant xxiiii aulnes, et vi aulnes de meismes, pour une robe de cinq garnemens,. . . Item, à lui, pour i corset court et un mantel de chai)elle,... etc.. »
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B. Sijmplomalologie. — Identique comme terminologie (« elle enperclil son bon sens et son bon mémore ») à celle de Charles VI, cf. Douet, II, 153 (Lettres de rémission i\o lan 1398) : u ... le Roy n'esl pas en son bon sens et folz ». — Monstrelet, éd. Douet, 1, p. 8 : « il [le roi] devint ainsi comme hors de sa bonne mémoire ».
Sur Tamnésie considérée au moyen âge comme l'un des symptômes de la folie cf. Monstrelet (éd. Douet, I, 8) : « Le Roy, chevauchant de ladicte ville du Mans à aler audit pavs de Bretaigne, ses princes et sa chevalerie estant assez près de lui, il print assez soudainement une maladie, de laquelle il devint ainsi comme liors de sa bonne mémoire. Et incontinent tolly ung espieu de guerre à ung de ses gens, et en féry le varlet du bastard de Lengres, tellement qu'il Toccist, etc. »
G. Etiologie. — La conception étiologique des psychoses dans la médecine médiévale étant invariable, l'éliologie de noire malade [^dareine fui malade par ung caraul^ ou empoissonnement n)^ ne peut différer de celle de CharlesVI.Cf. le récit de la folie de ce dernier dans la Chron. des quatre Valois, p. p. Luce, 324 ; « Le roy prist l'épée et, d'ire et de couroult, se marvoya ou désespéra, ou il fut empoisonnez ou encaraudéz, comme l'on tenoit. Car comme il ouït l'espée, il couru sus à ceulx d'entour lui, et moult en navra. Et à très grant peine fut le roy prins. Car nul n'osoit approchier de lui, etc. »
D. Thérapeutique. Purement hagiothérapique-. — Pour
1. Carauf (L. Character) == Sortilège ; enc;irnuder, ensorceler. Cf. Ducange. S. v" Lettre de rémission de 1402 : « Icelle femme confessa à son mary que ledit Tymonnier la mainlenoil et (ju'elle ne povoil résister, ne soy deslier dudiL Tymonnier et (ju'elle ciiidoit ({u'il Teusl encaraudée. »
2. Labarthc, /nue/i/. du mobilier: « 1289. Item, deux flacons, en manière de fleurs de lys, d'argent, dorez, ou courroyez de deux courroyes de soye, et taillez de lettre de fourme, où est escript : Jaspar fait Mirram, etc...', pesans seize marcs troys onces. »
Id. ibid. : u ICI . Item, ung grant y mage d'or de saint Jehan Baj)tiste qui tient à une main ung Açjmis Dei, et en l'autre main a une des jointes de son doy en ung reliquiaire, et ung dyadesme, et ung fermait en sa poictrine ; et tout garny de pierrerie et de perles, assiz sur un pié d'argent. Et poise ledit ymage (juatorze marcs d'or, et l'entablement poise huit marcs d'argent.
921. Item, ung petit ymage d'argent de sainl Jehan, tenant ung
(i04 PATHOLOGIE MENTALE.
les altribiilions des saints anti-vésaniqiies cf. passim le livre (le Broc de Segange et celui du P. Cahier aux noms donnés dans ce paragraphe. — Doit-on rattacher aux pèlerinages du roi et à la maladie de la reine l'histoire de la bonne femme de La Rochelle et le secours que les prières de cette pieuse personne apportèrent au Roi « en un certain cas » (comme le dit à mots couverts Christine de Pisan) ? Nous l'ignorons.
Christine de Pisan, 288: « Le sage roi Charles oy direqueàLa Rochelle avoit une saincte dame de très esleue vie et singulière en devocion et discipline de vivre; et mesmement tel degré avoit jà acquis devers Dieu, que ce que de grande affeccion requeroit, on s'appercevoit que il luy estoit octroyé, et que moult avoit de belles revelacions de Nostre Seigneur.
Le roy, message souffisant, manda, par grant prière, à ceste bonne dame, laquelle estoit nommée dame Guillemette de La Rochelle, qu'elle voulsist venir à Paris, et que moult volentiers la verroit. Celle y A^int ; le roy la receupt à grant chiere, à elle
Agnus Dei sur lequel est ung cristal, où dedens est une dent ; et a, en l'entablement, écussons à deux crosses.
3079. Item, ung ymage de saint Jehan Baptiste, d'argent doré, qui tient ung Agnus Dei, et dessus, ung rcliquiaire de cristal, où il a une de ses dens, qui siet sur ung entablement d'argent, et le donna l'arcevesque de Sens ; pesant deux marcs quatre onces.
2223. Item, ung autre ymage de saint Jehan Baptiste d'argent doré, tenant ung semblable reliquiaire de cristal ; pesant troys marcs troys onces.
2535. Item, ung ymage de boys de saint Jehan, à ung petit entablement d'argent à six carres, tenant ung reliquiaire de cristal.
2536. Item, ung ymage d'argent de saint Jehan sur ung entablement à six carres, tenant ung aignel ; pesant cinq onces dix estellins, »
« 902. Item, ung ymage de saint Jehan l'Euvangéliste, d'argent doré, qui tient ung reliquiaire d'argent, où il a ung cristal carré, et est sur ung entablement d'argent esmaillé, et troys lyonceaulx dessoubz.
2463. Item, ung ymage d'or de saint Jehan l'Evangéliste tenant ung reliquiaire où est une grosse perle ; pesant ung marc deux onces d'or.
2776. Item, une autre seinture d'un tissu de soye, où est escript 'Euvangille saint Jehan, où est une petite boucle, ung passant et ung mordant, à douze barres d'or petites. »
Id. ibicl. «960. Item, ung vaisseletd'argentdoré àmectrerelicques, assiz sur ung pié de cuivre, où il a une jointe de saint Berthelemy... »
2222. Item, ung ymage de saint Barthélémy d'argent doré, qui lient ung rcliquiaire de cristal ; pesant troys marcs une once et demye. »
« 2476. Item, ung ymage de saint Gile, à tout sabische ; pesant... »
CHAULES VI. GÛd
parla longuement, cl moult prisa ses dévotes et humbles paroles, son simple maintien en tous ses fais, et afï'ectueusement la requist que elle priast Dieu pour luy ; à laquelle chose tout se deist elle non digne d'estre exaulcée, s'olï'ry de bonne voulenté. La garde et admenistracion de ceste bonne dame lu commise à cellui Gille Mallet, avec sa iemme, en son hoslel. Le roy luy fist faire de beauls oratoires de bois en pluseurs esglises, où d'estre longuement avoit devocion, comme à SaintMarry sa perroisse, aux Augustinset ailleurs; car moult estoit femme solitaire et de grant contemplacion, et tant que j'ay certainement oy recorder à gens dignes de foy que, en sa contemplacion, on l'aaucunesfoisveue soulevée de terre en lair plus de deux piez. Le roi l'avoit en grant reverance, et foy en ses prières, qu'il tenoit qu'elles luy ai^oî/en^ valu en certain cas. >^ Mandements (\q Charles V p. p. Delisle, n° 1562, 23 décembre 1377 : « Cent frans d'or donnez à la bonne femme de La Rochelle. »
Section 7. — Rapport des deux facteurs.
Consanguinité multiple. Charles V descend : de Philippe III (fds dé St-Louis) par son arrière-grand-père paternel Charles de Valois; d'Agnès (fille de St-Louis) par sa grand'mère Jeanne de Bourgogne; de Charles d'Anjou (frère de St-Louis) et de Béatrix de Provence (sœur de la femme de St-Louis) par son arrière-grand'mère Marguerite de Sicile.
Jeanne de Bourbon descend : de Philippe III par son grand'père maternel Charles de Valois ; de Robert de Clermont (fils de St-Louis) par son père.
Charles V et Jeanne descendent tous les deux de Hugues 1\' duc de Bourgogne.
Pour la double parenté de Jeanne avec Bonne de Luxembourg, mère de Charles V, voy. le tableau ci-contre, et déplus p. 500 (sur la descendance de Bonne de Baudoin d'Avesnes, frère de Jean d'Avesnes, arrière-arrière-grand-père de Jeanne).
Henri V de Luxembourg'.
Henri VI de Lux., ép. Béatrix cPAvesnes.
Henri VII.
Jean de Bohême.
Bonne de Luxembourg.
Philippine de Lux., ép. Jean II d'Avesnes.
Marie d'Avesnes, ép, Louis I*^^' de Bourbon.
Pierre de Bourbon.
Jeanne de Bourbon.
Charles V.
Section 8. — Anamnèse collatérale de Charles VI.
§ 1. Fait défaut, à l'exception de celle de Louis d'Orléans (né en 137'2, assassiné en 1407). Rien à noter au point de vue psychopathique. Rappelons brièvement quelques traits de la physionomie biologique si connue du brillant frère de Charles VI, ses excès génésiques et ses débauches :
Baye, II, 294 : « xxiij''^ novembris, codem anno, inhumaniter fuit trucidatus et intcrfcctiis dominas Ludovicus Francic, dux Aurolianensis et frater Régis, miiltùni astutus et magni iiitelleclus, sed nimisin carnalibus lubricus, de nocte, hora ix*, per ducem Burgundio aut SLio précepte, ul confessus est, in vico prope portam de Barbelé, unde infinita mala processerunt, que diu nimis durabiint. »
Chron. Aiion. (Doiict, Mojislrelef, VI, 280) : « De celle mort lu le commun peuple moult joieux, car ledit duc d'Orléans leur faisoit souffrir moult de maux par les grandes tailles et aides que il faisoit souvent cueillir et mettre sus, el nom du Roy. Et tout retournoit à son seul et singulier plaisir et pourfit, et en faisoit forteresses et chasteaux, et en soustenoit houriers, couratiers et gens de meschanle vie, comme dansseurs, flateurs et gens de nient. Et aussi en maintenoit ses grans estas et ses i^ibaudies. Car il n'estoit si grande qu'il ne volsist décevoir, et en déshonnoura mainte, dont ce fu pitié. Des- ({uelles je me passe légièrement. »
Douet, II, 153 (Lettres de rémission de l'an 1398) : « Et parl('rcnt ensemble de beaucoup de choses entre les(}uellesycelluy de Baigneux dist audit de Chartres par cèle manière : « Nous sommes bien tailliez « d'avoir assez à faire et souffrir; le Roy n'est pas en son bon sens et " est folz, et nions, le duc d'Orléans est jeunes, etjeue voulentiersaux « dezetayme les putains. )> Après lesq.parolles ils s'en départirent. »
Songe véritable, v. 3080 :
« Après, Louys, duc d'Orliens,
Sera lié de fors liens
Et sera servi de deablesses
A grans cornes au lieu de tresses,
Qui ly fondront fin or de touche
Trestout boulant parmy la bouche
Plus de cent foiz par chascun jour,
Voire sans faire nul séjour.
Puis coucheront o ly la nuyl.
Pour mielx y prendre son deduyt.
El g-cLtcronl tel punaysie Qu'il en perdroit tantost la vie, Se il cstoit qu'il peust mourir; Ce le feroit briefment finir.
Mais en mourant tousjours vivra, Et en vivant toujours mourra.
Et ert baing-né en l'eau froide, Dont devendra sa chair treslaide De ce fort enveniment.
Cinquantes dyables voyrement A chascun doy ara pendus.
Quatre cens dez de plonc fondus.
Pesant chascun plus de cent livres.
Puis y ara dyables tous yvres, Qui mailleront dessus ly fort Trestous ensemble d'un acort ; Puis, le feront par feu dancer Et le sauront bien avancier.
Et sy ara, pour fere feste.
Le fort tonnerre et la tempeste Pour l'esjoïr et pour ly plaire.
Assez pourra crier et braire. »
/(/., vers 2660 :
« Roy Alixandre, il conquist
En pou de temps trestout le monde
Et aussi le roy Charlemaine
Qui conquesta trestout Espaigne.
Pas ne furent puissants ne riches
Par estre convoiteux ne chiches.
Ne par jouer au dez ne au tables.
Ne eulx enyvrer aux bains n'a tables
N'en d'autres bobans ne délices,
N'en puterie, n'en malvais vices;
Ains le g'aig-nerent par proesces.
Par leurs bontés, par leurs largesses.
Or le fay donc, sy t'avise,
Ou je y mettray telle devise
Que tu le feras malgré toy. »
Jarry, Vie du duc d'Orléans, page 295 (Bibl. Nat. fonds de Brienne 34 : 230) : <( Je tieng, de la plus grand jusques à la plus petite qui soit au monde, que elle ne se plaint de moy. Se j'ay aimé «t on m'a aimé, ce a faict amours; je l'en mercie ; je m'en répute bien eureux. »
Rclig. de S. Denis, III, 758 : <( L'orateur ajouta ({ue le duc d'Orléans, esclave dévoué de la déesse Vénus, avait reçu du même religieux
un anneau dont le contact avait la vertu de fasciner toutes les femmes et de les soumettre sans obstacle à ses désirs impurs, et qu'il en faisait usa<^e même dans la semaine sainte, pour mieux insulter le Créateur. »
Eustache Deschamps, éd. Tarbé, 188 : « Ballade de M^'''' d'Orléans et autres seigneurs estant au chastel de Boissy :
Je vis en chastel de Boissy Monseigneur le duc d'Orliens Jehan, monsieur d'Albret aussi. Et leurs gens fort boire li eus.
Le vin fist moult d'estudiens ; La fut Louvet licencié, Qui Beaune à quatre a crié.
Brune val, par force de vin, Crioit sur tous comme enragié :
Sine duhio c'est latin.
L'oste n'ot pité ne mercy, Crie de ses vins et de ses biens.
A l'un boit là, à l'autre cy :
Es voyrres ne demeure riens.
— Je boy à toy. — Je te retiens :
Dist l'un à l'autre sa plegie, N'eusse esté je fusse noyé.
Bruneval, du mal Saint Martin, Crioit sur tous comme enragié :
Sine dubio c'est latin.
D'Albret n'ot pas le cuer failly ; A tous boit com bons crestiens.
Aufemont, Beaumont, Canny, Gaucourt, Garencière ist des liens.
Qui jeunes, nouveaux, anciens, Prunelé, Croisy ont moillié.
Voirre, rompu et despecié.
Bruneval, qui ot l'esvertin, Crioit sur tous comme enragié :
Sine dubio c'est latin.
Uenvoy :
Princes, après ce qu'on ot mangié
Et beu tant qu'on estoit blecié,
Vont estuver li pèlerin ;
De leur corps firent grant marchié
Tous nuz ont vo chambre assiegié :
Et là Bruneval en la fm
Crioit sur tous comme enragié :
Sine dubio c'est latin. »
Sa vaste inlelligence et son grand sens politique:
Chron. du Religieux de S. Denis, p. p. Bellaguet, III, 739 : « Entre autres qualités dont la nature l'avait doué, il avait surtout une merveilleuse facilité d'élocution, qui le distinguait parmi tous les seigneurs de son temps. En effet on l'avait vu dans plus d'une occasion surpasser par son éloquence les plus fameux orateurs, sans en excepter même ceux de la vénérable Université de Paris, quelque versés qu'ils fussent dans les subtilités de la dialectique, dans la connaissance de l'histoire et dans la science théologique. Je l'ai vu souvent moi-même se montrer plus élégant dans ses réponses que ne l'avaient été ceux qui le haranguaient. Les étrangers vantaient aussi son éloquence facile et abondante et son extrême affabilité. Comme tous les princes du royaume, il se faisait un point d'honneur d'accueillir toujours avec les plus grands égards les personnes qu'on lui députait, et de les reprendre avec douceur, s'il leur arrivait de se tromper en quelque chose. Il se montrait toujours aimable et bienveillant dans ses manières. »
Id. ibid. III, 36 : « Chacun reconnaissait dans le duc d'Orléans une grande affabilité et une rare éloquence ; mais on savait qu'il agissait avec trop de précipitation. »
N. de Baye, II, 288: « xxvij* juliiCCCCIV, quod puniantur accuratissime illi qui de cetero libellos diffamatorios affîgunt portis, januis et domibus,vel disferant, seu faciunt ; occasio fuit quia alii super lectum Régis in cameris, in portis ecclesiarum et alibi affixi sunt libelli seu rithme contra honorem et ducis Aurelianensis, germani Régis, qui, ut mansuetus erat, quasi cuncta dissimulabat. » Id. ibid. 294 (cité ci-dessus, p. 606).
Fat, cruel ; — sombre et taciturne [Tristifer, dans le Pastoralel)\ — profondément rusé [mullum aslulus, dit N. de Baye). Il tient de son père et de ses oncles son amour des livres et des arts; sa grâce d'artiste survit dans son fds Charles d'Orléans.
Sa dialectique est un héritage de son père', et nous trouvons
1. Sur Charles V dialecticien par goût favori cf. le procès de Jacques de Rue : « et devoit le dit Phisicien venir en France pour ce exécuter et pensoit ledit Roy de Navarre que le Roy de France preist plaisir en lui pour ce qu'il parloit bel latin, et estait moult argumentalif et que pour ce eust souvent entrée devers lui.n (Secousse, 11, 374 cité ci-dessus, p. 583; et cette phrase de Christine de Pisan :
déjà ce trait chez Toncle de Charles V, l'empereur Charles IV.
Son éloquence est un héritage de son père, mais aussi de ses oncles. A ce point de vue, il est intéressant de noter que Cullere {Maladies mentales, p. 129), Maudsley, Pathologie de l'esprit , p. 125 et note), Léon Daudet dans son livre très observé //a?rès (Préface, p. V), ont mis en évidence Finfluence des collatéraux ; et lorsqu'on constituera scientifiquement cette étude avunculaire, comme document on pourra rappeler l'éloquence extraordinaire de Louis d'Orléans. Cette influence collatérale se manifeste encore dans la ressemblance au duc de Berry (celui de ses oncles dont il se rapproche le plus), dont il tient les excès génésiques.
Il avait d'ailleurs tout tiré du côté Valois dont il est la quintessence, soit au point de \ue direct (dialectique), soit au point de vue avunculaire (impérieux, cupide'), tandis que Charles VI avait tout pris du côté maternel : bon, sensible, crédule, nerveux, impressionnable, vif, enfantin, et plus tard la folie, comme sa mère.
« Es sciences expert estoit; logique qui enseigne arguer et entre le vray et le fauls discerner, nul de luy plus soubtil n'y fust trouvé, » (Christ, de Pisan, éd. Buchon, p. 280.)
1. Songe véritable, éd. Moranvillé, v. JTO : << Comme Povretè vint de quérir Veiuté et puis dit :
Ha! dame je suy revenue, Et de travail toute tressue, Car sans faulte je su}' esté Parmy toute celle cité En maisons vielles et nouvelles :
Maiz je n'ay trouvé qui nouvelles Me dist, où elle demourast, Ne lieu où elle reperast.
Premier alay,je vous afTy,
Ciliés
Puis alay chiés duc d'Orléans, Où fu hué plus qu'un vies chiens, Et me dist on que estoie foie Do Vérité tenir parole, Et que elle, ne aussy Raison, N'entrèrent onc en leur maison.
Ne n'entreront heure nesune.
Car ilz ne logent que Pecune. »
Ainsi se vérifie et se confirme la loi psychiatrique de l'importance prépondérante du facteur mère.
Les excès génésiques du duc d'Orléans sont un précieux signe à enregistrer à côté de la nervosité de son frère, ces excès étant toujours chez des fils de doubles tarés, comme c'est ici le cas, autant un effet qu'une cause (voyez Mathieu, Neurasthénie^ cité p. 63). Se rappeler que Louis d'Orléans est fils et frère d'aliénés authentiques.
Tandis que MM. de Circourt, Coville, Moranvillé, A. Molinier, ainsi que Mme Darmesteter (Mary Robinson) ont, avec raison, tenu compte des débauches de Louis d'Orléans, M. Jarry, dans l'important travail qu'il lui a consacré, les a passées sous silence.
Il a gâté un excellent travail d'érudition par une psychologie insuffisante, et trop souvent il remplace la critique de l'histoire par le ton du panégyriste.
Il refera plus tard son livre auquel nous sommes tous redevables d'une masse énorme de faits (je le proclame le premier) ; il aura alors mûri psychologiquement, et son travail sera excellent.