CHAPITRE II
ANAMNÈSE PERSONNELLE (1368-1392)
Section 1. — Antécédents physiologiques.
§ 1. Habit us extérieur :
Relig. de Saint-Denis^ I, 563 : « Ce fut donc en Tan de grâce mil trois cent quatre-vingt-huit que le roi Charles, entrant dans sa vingt et unième année, commença à régner seul et à diriger par lui-même les affaires... Les quahtés bonnes ou mauvaises de ce prince méritaient déjà d'être signalées à la postérité. Je me suis donc chargé d'en conserver le souvenir, sans entrer cependant dans tous les détails, ce qui n'est pas nécessaire. Je pense qu'il suffira de décrire sommairement son extérieur et son caractère.
Je commencerai par son extérieur. Sa taille, sans être trop grande, surpassait la moyenne; il avait des membres robustes, une large poitrine, un teint clair, les joues couvertes d'une barbe naissante, des yeux vifs ; son nez n'était ni trop long ni trop court. L'ensemble de sa figure était embelli par une chevelure assez blonde, que dans l'âge mûr il avait coutume de ramener du sommet de la tête sur le front, parce qu'il n'aimait pas à laisser voir qu'il était chauve. Aux grâces de sa personne se joignait une grande force de corps, et la nature semblait lui avoir prodigué ses dons d'une main généreuse. On remarquait en lui toutes les heureuses dispositions de la jeunesse : fort adroit à tirer de l'arc et à lancer le javelot, passionné pour la guerre, bon cavalier, il témoignait une impatiente
ardeur toutes les fois que les ennemis le provoquaient par leurs attaques. Enfin il montrait, de l'aveu de tous, une rare habileté dans tous les exercices militaires... Il se mêlait aussi trop souvent aux tournois et autres jeux militaires, dont ses prédécesseurs s'abstenaient dès qu'ils avaient reçu Ponction sainte. »
§ 2. Constitution. Hérite du tempérament lymphatique de sa mère.
Froissart, XV, 4 : « En ce temps avoit ens ou royaulme de France ung moult vaillant et saige médechin... Celluy médechin demouroit pour le temps en la cité de Laon (la faisoit-il plus voulentiers sa résidence que ailleurs), et estoit nommé maistre Guillemme de Harselly. Quand il sceut premièrement les nouvelles de l'accident du roy et par quelle incidence il estoit cheu en maladie, il dist ainsi, car il cuidoit assés bien congnoistre la complection du roy : « Geste maladie est venue au roy de tourble [troiibies]. Il tient trop de la moisteiir^ de la mère. »
§ 3. Mofilité. Extrême vigueur physique du roi (Cf. Beligieiix de St-Denis, I, 563 citép. 613), contrairement aux assertions des historiens de seconde main qui croient nécessaire (pour exphquer l'explosion postérieure de la folie) de supposer à Charles une enfance cacochyme. A treize ans chasse déjà le sanglier. Douet, Comptes de V Hôtel de Charles VI, 176. Année 1381 : « Mahieu de Tournay, fourbisseur d'espées, pour n espées larges achetées de lui pour le Roy et mons. de Valois, à tuer le sanglier^. »