‹ Pathologie mentale des rois de FranceChapitre 167 sur 183 · Partie Médicale · texte numérisé non relu

Partie Médicale

Ce qui a frappé tous les lecteurs, c'est la précision, la sobriété des termes du rédacteur, et le réalisme de ses descriptions.

Mais ce que les historiens qui ont fait ces remarques n'ont point relevé, — en purs lettrés qu'ils sont et étrangers à toute physiologie, — c'est que cette précision repose sur l'emploi constant des termes propres de la clinique qu'un laïque du moyen âge n'eût jamais su employer.

§ 1. L'auteur notera dans l'agonie :

l"* Que les yeux s'enfonçaient profondément dans la tête [ociili seipsos in capile profondiiis abscondere) ;

2° Que les dents apparaissaient par la rétraction des lèvres (per relractionem labiorum) ;

3° La teinte jaune du visage {croceo colore).

L'auteur indique par là que les signes mortels venant d'apparaître, le roi doit se hâter de dire ses dernières volontés.

Dans cette peinture de Tagonie, il y a eu forte réminiscence de la description classique du fades Illppocratlque. Charles V ayant succombé à la cachexie goutteuse avec affaiblissement concomitant du cœur et des poumons, il avait le faciès des cachectiques, décrit deux mille ans avant cette date par Hippocrate, et qui est resté classique sous le nom de faciès Hlppocratique * .

L'anonyme s'est borné à le démarquer.

§ 2. Il observera l'hyperesthésie des téguments du cardiaque, la peau comme battue et endolorie {laesum et confractum).

§3. Il note un symptôme absolument impossible à apprécier pour tout autre que pour un médecin. On sait que l'orthopnée des cardiaques les contraint à rechercher la station de préférence au décubitus, et cela d'autant plus que leur cas est plus près de la fin, le champ de l'hématose se rétrécissant de plus en plus et l'asphyxie concomitante s'établissant. Or, ce symptôme familieraux médecins de notre époque par la raison

1. Ilippocrate (Irad. Daremberg, 4847. Œuvres choisies, p. 67). Traité du pronostic,^ 2 : « Le médecin observera ce qui suit dans les maladies aiguës : il examinera d'abord si le visage du malade ressemble à celui des gens en santé et surtout s'il est tel qu'il était avant la maladie ; s'il est tel, c'est très bon ; s'il est différent, c'est très redoutable. Voici quel est le visage redoutable : à moins que le malade ne soit épuisé par une diarrhée liquide et abondante, auquel cas, on doit juger le danger moins grand [le faciès est abdominal] • nez effilé, yeux caves, tempes afTaissées ; oreilles froides, contractées, lobes des oreilles contournés ; peau du front tendue, dure et sèche ; couleur de tout le visage jaune verdâtre ou brun noir, livide ou plombée.... La courbure ou la contraction, la teinte jaune ou la lividité des paupières, des lèvres et du nez, réunies à quelques autres signes fâcheux sont les avant-coureurs d'une mort prochaine. »

vere scire est per causas scire^ Tétait déjà au moyen âge pour le clinicien ^

Il était d'observation dans un certain genre de maladies (d'ailleurs inconnues aux médecins-) que le malade même agonisant, s'aggravait par le déciibitus (à l'inverse de l'agonisant normal), de même que nous savons aujourd'hui par la découverte de Broca, pourquoi l'apoplectique gauche cérébral avec membres droits paralysés, est plus diminué comme paroles que l'apoplectique inverse; mais pratiquement, avant 1860, tous les cliniciens les avaient empiriquementdepuis des siècles.

Galien, et avant lui Hippocrate, avaient déjà noté le contraste entre le déciibitus (cher aux malades, par la résolution musculaire, en vertu du principe de la moindre action) — attitude qui est en règle celle des malades — et la station assise des orthopnéiques^ . Galien ne distinguait pas comme

1. Bern. de Gordon, Lilium medicinae, partie. IV, cap. viii (édit. cit. p. 378) (Orthopnaea)... « Posset addi quinta species sicut est anhe-

litus praefocatus, iii qua specie homo parât se ad erigendum et standum, ut posset attrahere anhelitum, vix enimpotest sustinere cooperimêta supra se. Unde intelligendum, quod decubitus pejor in altrahendo anhelitum est jacere supra dorsum, et melior supra faciem, medio autem modo se habet jacere supra latera,m magna autem difficultate débet patiens sedere sedendo capite multuni elevato. »

2. Dict. Decaisne et Gorecki : « Les maladies du cœur étaient complètement inconnues des anciens, qui pensaient que le cœur n'était jamais malade. Ils n'envisageaient jamais que les conséquences secondaires de ces affections, telles que l'anasarque, la congestion pulmonaire passive, l'asthme, sans remonter à la source première de ces désordres. » Cf. de même Teissier-Laveran, 3® édit., II, p. 1-2.

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