‹ Pathologie mentale des rois de FranceChapitre 168 sur 183 · Galien. In Prognostic Hippocratis Commentarlus I · texte numérisé non relu

Galien. In Prognostic Hippocratis Commentarlus I

§ 20 : « Residere vero velle aegrum in morbo vigente ; — in omnibus morbis acutis malum ; — pessimum vero in pulmonia est. — Qui pulmonia infestantur, ii dicunt sentire magnam in thorace ac pulmone angustiam, dum supini cubant ; facilius autem spirare si resideant. Decumbunt nam ad spinam, per supinum decubitum, partes in pectore thoracis, a quibus pulmo arctatur, nec idoneum accipit aerem inspirando. Per alios vero morbos quoties vigent, gravissimum est velle aegrum residere in ipso consistendi vigorc : amant nam tune maxime fatigad, immoti cubare ; et si quis eos excitcty conflictantur. Itaque arbitrareprojD/er vehementem spirandi difficultatem autinquietationem aut delirium, residere aegrum aggredi, per consistendi vigorem aegrotationis. »

Celse (éd. Daremberg. Leipzig, I8r)9), lib. II, cap. iv (Mala signa

aujourd'hui entre les maladies du cœur et les afïections pulmonaires au point de vue de la nature de l'oppression ^

En outre, comme ce symptôme, le besoin du cardiaque de quitter le déciibitiis est l'inverse de l'agonisant, le vulgaire, au moyen âge comme aujourd'hui, concluait d'un tel malade ou qu'il était subitement amélioré, ou qu'il déployait une énergie admirable pour rassurer les siens en simulant la santé.

Comparons maintenant, partant de ce fait que Charles V s'est levé jusqu'au matin de sa mort, les réflexions sur cette station du roi, de Vanonyme et de ses deux traducteurs du xiv^ siècle (Christine) et du xix' (Luce).

L'auteur anonyme : Christine de Pisan : S. Luce :

(< de leclo surrexît... » « Gestui sage roy,

demonstrant les signes « diu super cuhicu- de sa grant constance, lum positus sedens. » nonobstant les tour-

mens de l'engage- « super cubiculum ment de sa maladie, adhuc sedens et indu- pour donner aulcune tus... » récréation de réconfort à ses serviteurs

dont il avoit grant pitié, en efforcent sa puissa/îce , vouloit chascun jour estre levé et vestus ... »

«... Et deux jours ains son trespassement, tout eust il passé moult greveusenuity lui levé et vestu... >^

(( S'étant redressé à moitié sur son lit. »

« Il resta longtemps assis sur son lit. »

(( Le roi mourant eut encore la force de s'asseoir sur sa chaise longue, à demi velu... »

aegrotorum) : « Gravis morbi periculum est, — ubi supinus aeger jacet, porrectis manibus et cruribus ; — ubi residere vult in ipso acuti morbi impetu, praecipueque pulmonibus laborantibus — » (On doit s'attendre à une affection des plus graves — lorsque le malade se tient couché sur le dos, les bras et les jambes étendus ; — lorsque, dans la violence d'un état aigu, d'une inflammation des poumons surtout, il veut rester assis....)

1. Les anciens englobaient sans distinction dans la vague entité peripneumonia aussi bien les affections primaires et idiopathiques du poumon, que les troubles secondaires et sijmptomatiques des affections cardiaques, etc

L'auteur en bon clinicien se borne à enregistrer les levers du roi, etc., et ajoute même qu'il espérait jooiZL'o/r prendre un peu de repos hors de son lit, observation médicale inverse de celle du laïque, et qui à elle seule décèle le médecin qui sait que ce signe est loin d'être sans conséquences : c'est précisément parce qu'il est trop faible au lit que le malade se lève pour être plus fort.

Au contraire, Christine et Luce y voient la grandeur d'âme.

§ 4. Tout cela indique un homme famiher avec l'observation médicale. Nous allons le voir non moins familier avec la science classique.

En décrivant les troubles pulmonaires, il se sert de la formule suivante : « Linguaque (quae) superfluitate renuctatis [lisez rheumatis] descendente et fluente ad illam parlem erat ligata,cœpit balbutiare.... »

Le texte est ici très altéré (comme ailleurs, tramitate, susceptionem, etc.), mauvaise copie.

La phrase du manuscrit est « Linguaque superfluitate renuctatis... erat ligata cœpit balbutiare. »

Hauréau a très heureusement corrigé : « Linguaque [quae] superfluitate rheumatis. » Mais le c de la formule corrompue renuctatis indique que l'orthographe de l'original était non rheumatis ; la formule originaire du manuscrit était plutôt reucmatis, reugmatis que l'on retrouve presque constamment dans les manuscrits médicaux du moyen âge. Pour ce terme scientifique, incompris du copiste : cf. Mondeville (éd. Pagel, 1892, p. 472) : reugma, reugmatismus.

Le texte est restitué. Reste maintenant à en établir le sens. Pourquoi l'auteur, pour exprimer que les mucosités catarrhales qui montaient des bronches vers la langue et la comprimaient au point de transformer la parole en balbutiement, emploiet-il cette formule inintelligible à la science moderne : lingua quae super fluitate rheumatis descendente ad illam partem erat ligata ?

Qu'est-ce que ce rheuma^ et cette superfluitas rheumatis, qui descendent vers la langue, et de quel organe et par quel mécanisme descendent-ils ?

C'est ici que l'auteur, dont nous avons déjà vu l'acuité d'observation clinique, se révèle sous un autre aspect, celui du savant théoricien médical.

Pour comprendre ce passage, il faut demander aux théories médicales de Galien et aux traités classiques du moyen âge la triple explication de ces trois expressions, superflaiiés rhumatiques descendant sur la langue.

Dans la physiologie moderne, le mécanisme d'expulsion consiste dans l'acheminement ascensionnel des excrétions à travers les bronches vers la langue, — dans la théorie de l'auteur du récit de la mort de Charles V, les superfluités rheumatiques descendent au contraire vei^s la langue. Cette simple proposition suffît pour nous montrer dans le rédacteur un pathologiste profondément versé dans les théories les plus délicates de la médecine galénique : l'origine encéphalique, et non pulmonaire des superfluitates rheumaticae^. C'est la théorie chère à Galien, et qui dérive de sa conception de la physiologie et de la pathologie générale de la nutrition.

En effet, d'après Galien, l'humeur normale comprend deux parties renouvelées incessamment dans leur formation par l'apport, la nutrition :

a. Résidu utile, V humeur (produit actif) ;

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