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Méthode. Dans les deux cas — utilité pour la médecine, utilité pour Thistoire — la pathologie historique n'est qu'un cas particulier de la méthode générale chaque jour plus répandue, qui consiste à faire profiter une science, de l'enseignement que donne une autre science.
Rappelons la merveilleuse découverte physico-chimique, le spectroscope, « fruit des efforts associés^ » d'un chimiste et d'un physicien (Bunsen et Kirchhofj. Se servant du même appareil, un astronome, Huggins — et non un chimiste — découvre le spectre de l'hydrogène pur.
Déjà à la fin du xvn*' siècle, Borelli applique les mathématiques à l'étude des forces motrices chez les animaux.
L'intervention des sciences biologiques, en donnant leurs puissants moyens d'investigation, a doté la médecine d'une base solide dans la ph3^siologie expérimentale^. La pathologie a suivi la même route.
Le secours de la technicité d'une science non seulement voisine, mais très étrangère aux sciences dont on aborde la spécialité, ajoute un nouveau sens aux faits connus ; ainsi l'emploi de la lumière polarisée, conseillé par Biot pour l'étude de diverses questions de mécanique chimique. C'est au moyen des rayons polarisés que la médecine a appris à faire le diagnostic du diabète et à reconnaître les moindres traces de sucre dans les sécrétions urinaires.
De même le vice-amiral Jurien de la Gravière appliqua la
1. Cornu, La physique et les sciences modernes {Revue Scienlifîque, 9 août 1890).
2. Rochard, Les sciences exactes et la médecine {Rec. Scient., 30 août 1890).
CXLIV PATHOLOGIE HISTORIQUE
stratégie à l'histoire d'Alexandre le Grand, et M. Dieulafoy sa science d'ingénieur à Tarchéologie. Charcot et Richer ont renouvelé la critique d'art en y introduisant la pathologie (le masque bas-relief de Venise, le pestiféré de Jaffa).
Sans aller jusqu'à dire comme Cornil que Pasteurn'a donné une voie nouvelle à la médecine que parce qiiil n était pas médecin, — il est certain qu'il lui a infusé un nouveau sang.
Il y a en outre, dans l'apport de la technique médicale à l'histoire, autre chose : c'est la clef du concomitant psychologique \ Des faits stériles et négligés deviennent féconds ^ C'est le réactif du palimpseste. Sous quelques traits effacés d'une chronique, on fait revivre par la physiologie le sens psychique. Il en est ainsi pour les textes de Louis XI lus à la lumière de la psychologie pathologique.
Ce que Guyau^ appelle V assolement dans le domaine de l'intelligence, il faudrait l'appliquer au rafraîchissement et au renouvellement de l'histoire.
Nous avons indiqué le bien qu'apporte la technicité d'une science à une autre ; mais il en faut dire le faible, c'est de ne pas respecter la maxime : ciiique in sua arte credendum.
Ch.-V. Langlois, dans son excellent Discours sur rhistoire\ a indiqué les règles pour la critique des textes, des sources, de l authenticité, de l'autorité et enfin des conditions de la connaissance. Il a montré que la première règle pour faire de l'histoire est, pour le laïque, de dépouiller le besoin de croire, d'affirmer, de trancher, d'apporter une solution. C'est excellent, mais il eût dû ajouter un appendice pour les historiens.
Ils raillent très bien le décisionnaire universel de Leibnitz, Vliorrible besoin de certitude de Fontenelle, mais eux-mêmes, hors du champ de l'histoire, redeviennent hommes sur ce point et ne peuvent se résigner à V agnosticisme qu'ils prêchent aux autres. Ceci est humain, — le contraire eût été étonnant par l'infirmité naturelle de notre esprit plus forte que la