Ch. Daremberg, la Médecine, 1865, p
GLX PATHOLOGIE HISTORIQUE.
deTItalie, de l'Espagne, du Portugal, de la France et de l'Angleterre en un chapitre d'un peu plus de 100 pages, et 3276 personnages historiques des départements en 30 pages, à coups de Bouillet ou môme, comme il le dit, à l'aide du Dictionnaire de biographie portative àQ Rénier, en formulant des appréciations telles que celle-ci : Louis d'Orléans... incapable ! et en remplaçant les documents historiques par des intégrales.
Puis viennent ceux qui se servent d'Henri Martin, et enfin, au-dessus, ceux qui ont recours à Varillas, comme Moreau. Il croit Varillas plus sûr qu'Henri Martin, et surtout il croit à Commynes, sans se douter qu'on ne peut accepter aucun fait de Commynes les yeux fermés, pas plus qu'on ne doit accepter une page de Talleyrand ou de Pasquier sans les vérifier par les pièces d'archives.
Dans ces conditions, les enseignements qu'on espère pouvoir tirer de la constitution de la pathologie historique sont illusoires.
De ce que nous venons de dire de la difficulté d'établir un fait, il ressort que rien ne doit être établi de seconde main, — et je n'appelle pas de seconde main Alexandre Dumas [les Grands Hommes en robe de chambre) cité par Moreau à propos de Richelieu, mais les historiens sur Richelieu (Henri Martin, Sismondi), mais les Mémoires contemporains (Montpensier, Retz, La Palatine), si on ne les a pas vérifiés par des documents d'archives.
La première conclusion à tirer du paragraphe précédent, c'est qu'on ne doit jamais, faute de moyens de vérification^ citer des exemples de l'antiquité comme preuves à l'appui de théories pathologiques. C'est ce que n'a pas observé Moreau (de Tours) : il cite Plutarque. . . La juste critique de Daremberg sur le livre de Moreau n'a point empêché l'éminent Féré de retomber dans les mêmes erreurs. Dans sa Pathologie des Émotions^ il donne comme exemples le chien d'Ulysse, Artémise. C'est comme si l'on parlait de Paul et Virginie ou de la justesse du tir de Guillaume Tell.
La deuxième conclusion est que, s'il est absolument défendu en pathologie d'apporter des exemples antiques comme arguments à l'appui d'une thèse scientifique, il est prématuré,
INTRODUCTION. CLXI
en l'état de nos connaissances sur l'antiquité, d'en vouloir expliquer les problèmes historiques au moyen de la physiologie. Les grands problèmes classiques de la famille des Césars, qui ont tenté tour à tour Moreau, Beulé, Wiedemeister, Ribot, Jacoby, Lacassagne, Beaujeu,... sont impossibles à résoudre si l'on veut procéder avec méthode.
Que dire d'un savant qui établirait les bases de la physiologie générale non d'après l'étude des espèces actuelles dont la hiérarchie et la succession sont complètes, mais uniquement par la reconstitution pénible de la faune géologique, à l'aide de spécimens épars de fossiles, au lieu de faire de ce travail un supplément au premier, base nécessaire de tout?
Sans parler déjà de l'absence complète de documents d'archives biologiques^ puisque pour Tibère nous n'avons même pas Fagon ou Héroard, la matière documentaire historique fait ici entièrement défaut.
On voit ce que serait l'histoire de Louis XI si on ne possédait pas les pièces d'archives et qu'on n'eût que Velly. Et pour certaines périodes nous n'avons que Tite-Live, Tacite, et c'est le cas d'appliquer d'avance à tout travail sur les Césars (en l'état de nos connaissances) ce que Renan dit de l'histoire : « une des manières dont les choses ont pu être ».