‹ Pathologie mentale des rois de FranceChapitre 41 sur 183 · L. Delisle, Mandements de Charles V, Préface, p · texte numérisé non relu

L. Delisle, Mandements de Charles V, Préface, p

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les comptes ; — nous trouvons que dos chausse-trapes avaient été mises par ordre du roi dès l'hiver 1478-1479 (ce qui confirme Basin sur la réclusion du roi à cette date).

Cette rectification de Commynes est de haute gravité pour le diagnostic de la maladie de Louis XI, comme nous Pavons vu ci-dessus [Deuxième Exemple^ chapitre II, § 14).

4^ Exemple : Commynes qui tient à cacher, comme pour les chausse-trapes, les faiblesses de son maître, place la mise en liberté du cardinal Balue après la première attaque du roi. La quittance des Arch. Nat. KK. 64, fol. 104 v°, rectifie cette date.

5" Exemple : Froissart raconte que Charles VI et son frère étaient venus tout d'une traite en quelques jours de Montpellier à Paris. Ce récit a servi de base à une explication des raisons de la folie de Charles VI (Michelet). Les pièces d'archives ont montré l'erreur de Froissart. Le mandement de Charles VII publié par Moranvillé (Bibl. Ec. des Chartes, 1893, p. 719), prouve que cette course n'a eu lieu qu'entre Bar-sur-Seine et Paris.

Doivent être d'autant plus vérifiées les chroniques contemporaines officieuses^ mais elles méritent crédit quand elles sont pessimistes.

B. Sources diplomatic/ues. Lettres^ comptes^ inventaires, etc.

Ce sont les sources les plus précieuses pour le symptôme. Les comptes, inventaires, etc., renferment des renseignements les plus circonstanciés sur leur époque, notés sans artifices ni parti pris. Ils sont la matière première, le protoplasma de l'histoire. « L'histoire, a dit Renan, est pour nous la vue immédiate du passé : or la discussion et l'interprétation des documents peuvent seules nous procurer cette intuition. S'il m'était donné de choisir entre les notes d'un historien original et son texte complètement rédigé, je préférerais les notes. Je donnerais toute la belle prose de Tite-Live pour queleues-uns des documents qu'il avait sous les yeux et qu'il a parfois altérés d'une si étrange manière. Un recueil de lettres, de dépêches, de comptes de dépenses, de chartes, d'inscriptions, me parle beaucoup mieux que le récit le plus dégagé. Je ne

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crois même pas qu'on puisse acquérir une claire notion de l'histoire, de ses limites et du degré de confiance qu'il faut avoir dans ses divers ordres d'investigation, sans Ihabitude de manier les documents originaux. » (Renan, Essais de morale, p. 36.)

Les comptes nous donnent la physionomie du malade beaucoup plus qu'un médecin de l'époque. Un médecin du xiv^ siècle nous donnerait les erreurs de son temps. Lisez Fagon sur Louis XIV ou voyez dans Jean Matth. Ferrari de Grado son volume de Consilia, c'est-à-dire de consultations qu'il a données au duc de Milan et aux grands personnages de son temps: — impossible d'en rien tirer pour le symptôme.

Rare est alors comme aujourd'hui le cas du médecin hippocratique qui se contente d'enregistrer ses observations sans faire de réflexions. L'auteur-médecin masque le symptôme par la pathogénie. Au lieu de se borner à définir par les caractères, il veut définir par les causes.

Dans leur habitude de spéculer, au lieu d'observer, les médecins vont jusqu'à créer une anatomie illusoire pour les besoins de leur physiologie. Molière l'avait déjà remarqué [M. de Poiirceaiignac). A-t-il exagéré? Le lecteur en jugera en rapprochant la consultation de Pourceaugnac d'une page du journal de Vallot, médecin de Louis XIV.

De même qu'un portrait ressemble plus souvent au peintre qu'au modèle, et que les récits de voyage servent moins à nous renseigner sur les pays décrits qu'à nous permettre de reconstituer le cerveau du voyageur, de même Fagon, etc.. servent plutôt à celui qui voudrait faire l'histoire des théories et des systèmes médicaux du xvn® siècle. Ils sont sans intérêt pour la pathologie historique, qui ne cherche qu'à reconstituer les symptômes pour les expliquer avec les ressources de la clinique du xix^ siècle.

Voyons maintenant de quel secours nous seront des pièces d'archives pour établir, par exemple, une rechute de Charles VI. Prenons celle de 1408 (3P rechute).

Des textes des chroniqueurs il résulte : 1° Rechute du roi le jour du départ de Valentine de Milan, en jan-

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vier'. '1° Qu'en février le roi continue à être malade et qu'il Test encore le jeudi, 8 mars, jour oi^i le duc de Bourgogne fait prononcer par Jean Petit à Saint-Pol, l'hôtel même du roi, l'apologie du meurtre du duc d'Orléans.

Dans ces textes aucune indication sur la forme de la folie.

Juvénal et P. Cochon disent que le lendemain 9 mars, le roi reçut le duc de Bourgogne et lui pardonna. P. Cochon a noté que le roi a eu une rémission, confirmé en cela par l'exact et précis greffier du parlement, N. de Baye, qui enregistre, à propos de la nomination d'un conseiller, deux jours de rémission, vendredi et samedi. Le Religieux place cette audience du duc et ce pardon beaucoup plus tard. La question est aisée à trancher par la date des lettres de rémission signées par le roi, date que Gachard a retrouvée ^ : c'est le 9; par conséquent Juvénal et P. Cochon ont raison, et la chronologie du Religieux, d'ordinaire si exacte, est ici en défaut.

La teneur seule de ces lettres de rémission, insultante pour la victime, fait comprendre l'état d'aboulie du roi, et confirme Juvénal (« le roy bénignement et doucement luy pardonna, et faisoit ce qu'on vouloit »).

La reine, épouvantée du triomphe de son ennemi, et qui prétendait elle aussi hériter de la direction de Charles VI, laissée libre par l'assassinat du duc d'Orléans, a recours au moyen noté par Juvénal, celui de remplacer pour la nuit la parva regina qu'elle a placée elle-même dans le lit du roi. Le résultat fut désastreux pour Charles, il retombe malade.

Nous avons vu que pour la crise antérieure jusqu'au 9 mars, nous navions des chroniqueurs aucun détail. Sur ce retour depuis le 10 mars nous n'en avons pas davantage. Baye ne parle que de l'intervalle de santé; Juvénal seul fait une remarque curieuse sur le retour de la folie à la suite de cette nuit avec Isabeau : le roi fut <( plus malade qu'il n'avoit esté dix ans auparavant ».

Dans cet accès de folie, coupé par un inlervalle de deux

1. On sait quel alLachemenL avait le malheureux fou pour sa belle sœur et quelle inikience unique et exclusive elle exerçait sur lui.

2. Hist. des ducs de Bourgogne, éd. Gachard, page 237, note 2.

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jours, quelle a été la forme de l'accès? Y a-t-il eu deux formes différentes, une avant l'intervalle, l'autre après? Comment résoudre cette question ?

Prenons les comptes du premier semestre de 1408 (KK. 29) qui sont le réactif \q plus sensible de la vie du roi. Nous y voyons clairement, et comme à travers une glace, l'état du malade.

Du !"■ janvier au milieu de mars, les comptes sont complets et normaux, habits, chaussures, gants, tapisseries, etc.

Brusquement au milieu de mars la scène change : le malade, qui était évidemment en état de folie calme, simple mélancolie, avant l'intervalle de rémission des 9 et 10 mars, devient furieux à la suite de cette nuit avec Isabeau, et l'excitation maniaque apparaît :bris, cassures, etc., puis s'apaise le 19avril. Nous avons aussi dans N. de Baye, à la date du 15 mai, l'indication que le roi n'était plus dans sa période de folie.

De ce qui précède, nous pouvons reconstituer scientifiquement cette rechute de 1408 dans sa cause, sa forme, sa durée.

Étiologie. Cause occasionnelle : émotivité ^

Durée. Quatre mois et demi, séparés par un intervalle de deux jours.

Syrnptomatologie. De janvier au 9mars, mélancolie, dépression, calme. 9-10 mars, rémission avec aboulie. Excès génésiques le premier jour; le lendemain rechute. 10 mars- 19 avril, signes de manie. 19 avril-mai, calme. La rémission existait le 15 mai.

Diagnostic. Pas de démence malgré seize ans de maladie. 1^"^ période: forme mélancolique; intervalle avec aboulie; 2^ période : forme maniaque.

Les comptes KK. muets nous sont bien plus utiles que pourrait l'être un Journal de Fagon, parce qu'il n'y a rien entre nous et la réalité. Ici le silence même est un élément de diagnostic.

Mais il ne s'agit pas de simplement lire ces documents

1. Il convient aussi de noter, comme cause prédisposante possible de la rechute, les soixante jours de terribles gelées qui marquèrent les mois de décembre 1407 et de janvier 1408. Est-ce une simple coïncidence ou y a-t-il rapport de cause à effet ? (La question de l'influence du froid sur les aliénés est discutée.)

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d'archives, cl les médecins qui croiraient qu'on y trouve scientifiquement classés tous les symptômes des maladies des rois et qu'on n'a plus qu'à en faire le relevé, seraient fort désillusionnés. Il faut savoir y retrouver le symptôme en cherchant et groupant les indices, parmi des détails qui souvent paraissent n'avoir qu'un rapport fort éloigné à ce qu'on poursuit.

Une dépêche d'un ambassadeur, une lettre, nous donnent souvent une indication précise, — nous nomment la maladie du personnage. Ici, aucune difficulté. Mais pour trouver un indice dans les comptes, les inventaires, qui ne donnent pas d'indications directes, il faut une éducation spéciale.

Parmi les documents qui aideront à trouver les symptômes, indiquons les suivants :

1° La pharmacie.

2° Les bibliothèques des personnages dont on cherche à retrouver la formule.

Mais pour celles-ci, plus elles sont complètes, moins elles prouvent. Par exemple, la bibliothèque de Charles V, qui contient tous les traités médicaux, ne peut servir d'indication, tandis que dans celle de Louis XI, moins riche, nous trouvons un indice précieux dans le choix de ses livres : u livres des maladies de la teste ».

3*^ Nous avons montré de quel secours peut nous être l'hagiothérapie dans ces recherches. Mais elle exige, pour être employée comme document historique, d'extrêmes précautions.

De ce que Louis XI envoie des dons à un saint, ne pas conclure que le roi avait la maladie pour laquelle le saint est spécifique, à moins que :

a. Il y ait parallèlement un témoignage historique direct. Par exemple, sainte-Marthe et les hémorrhoïdes : Nous avons l'affirmation de l'ambassadeur milanais, recueillie de la bouche de Louis XL

b. Ou une confirmation indirecte soit par la pharmacie (saint Fiacre et médications), soit par l'histoire locale de l'abbaye qui garde souvent les souvenirs d'un voyage de souverain, oublié par l'Histoire générale. Supposons que l'Histoire n'ait pas enregistré la fistule de Louis XIV, on saura

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par le registre de Saint-Fiacre que Bossuet fit une neuvaine pour le flux de sang du roi.

De ce que le roi a eu effectivement le symptôme spécifique, en même temps qu'il a fait le don, ne pas s'arrêter à l'énoncé du symptôme. Au moyen âge, jusqu'au xyu!*" siècle, la médecine a été s^myj/o/7?a//^we; plus tard elle devint anatomo-pathologiqiie, puis éliologique e,i pathogéniqiie. Les symptômes sont insuffisants pour le petit nombre de réactions morbides que l'organisme a à sa disposition (Cf. Bernheim et Laveran).

Au moyen âge le pèlerinage, comme le médecin, guérissait le symptôme ; aussi y voyait-on affluer les malades atteints des affections les plus diverses, pourvu qu'elles présentassent le symptôme en question. Ainsi Louis XI, Anne d'Autriche, Louis XIV s'adressent tous les trois à saint Fiacre, spécifique contre les flux de sang. Le premier avait des hémorrhoïdes, la deuxième une perte utérine, le troisième une fistule rectale.

Même pour les affections qui semblent bien caractérisées, ne pas conclure à une maladie, mais à un symptôme.

Par exemple, un homme va à saint Hubert — on est sûr que c'est pour la rage, mais c'est moins sûr s'il s'agit d'une femme. Saint Hubert, ayant puissance sur les chiens et leurs œuvres, guérissait par extension les aboiements de certaines hystériques — spasmes laryngés respiratoires (et non spasmes laryngés phoniques, comme on le répète trop souvent).

L'histoire provinciale a souvent conservé des témoignages ; par exemple, dans les archives de Dijon, la recette demandée au maire en 1479 pour Louis XI. Ou mieux encore les abbayes : souvenir de Sainte-Esmérance (coliques de Louis XI) et donation du roi ; l'histoire de l'abbaye de Pontigny (pour saint Edme, son bras, donation de Louis XI).

Je relève dans mon travail quelques exemples de recherche du symptôme :

1° La lettre mystérieuse de Louis XI au prieur de Notre- Dame de Salles, où le roi demande son intercession pour avoir la fièvre quarte. Or la fièvre quarte, comme je l'ai montré, était réputée au moyen âge febris spasmum solvit. Ce document nous sert d'indice que Louis XI a eu des attaques épileptiques.

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Nous voyons qu'un lexle protoplasmique nous révèle une maladie du roi. A son tour, celte découverte, par un contrecoup normal dans la recherche scientifique, sert de fil conducteur et de clef pour trouver et nous rendre intelligibles d'autres textes : a. sang humain ; h. musiciens — défense de dormir le jour (Gordon); on a vu ci-dessus la transformation progressive des éléments légendaires ; c. dossiers et loudiers

— tête élevée (Gordon) ; d. chapeaux épais (cf. ci-dessus Premier Exemple^ chap. II).

On voit comment ces méthodes de recherches se soutiennent mutuellement et dans quelle mesure elles peuvent se suppléer si l'une des sources manque. Ainsi on pourrait établir l'existence des hémorrhoïdes chez Louis XI sans témoignages historiques, par son hagiothérapie combinée avec les quittances de pharmacie.

Telles sont les règles qui doivent présider au choix des textes à étudier pour reconstituer le symptôme et pour établir l'ordre et le degré de crédibihté adonner aux sources.

Reste à appliquer à leur élude une série de règles générales, communes à toutes les sciences historiques, règles qui sont purement du ressort moral et s'appliquent à tous les problèmes.

Je les résume pour les médecins :

1° La méthode scientifique exige la connaissance complète des sources de contrôle contemporaines mêmes des événements.

2° Elle veut qu'on ne se contente pas de quelques renseignements qu'on a sous la main, mais qu'on épuise préalablement toutes les sources accessibles sans exception.

3° Ne négliger aucun fait, si minime que soit son importance, et toujours, comme dit Giry, ne pas chercher à masquer les lacunes de l'histoire par des suppositions d'imagination,

— maxime vraie en pathologie comme en histoire.

4° Ne jamais faire de critique subjective : toute affirmation, dit Gaidoz, doit être accompagnée de sa preuve.

5° Ne jamais avancer un fait sans le prouver par un texte.

6*^ Donner toujours ces textes — probité du savant — pour que le lecteur puisse juger par lui-même.

CLXX PATHOLOGIE HISTORIQUE

Donc, pas de narralion sans critique de chaque fait. Pas de critique des faits sans critique préalable des sources.

7° En outre, pas de théories préconçues, u Le premier devoir du savant est d'être prêt à changer d'avis » (Renan).

« Il faut (et Ton n'est historien qu'à ce prix) se sentir indifférent aux résultats qui sortiront de l'examen du dossier et s'inquiéter fort peu de trouver dans les textes la confirmation ou la condamnation de ses propres doctrines ou hypothèses. » (Colani, Et. de crit. p. 68.)

« Ces travaux, comme dit Gaston Paris pour son Histoire poétique de Charlemagne (p. 31), ne seront féconds qu'à condition d'être dirigés par une méthode vraiment scientifique, et (le joindre à V impartialité des vues la recherche minutieuse et la critique sévère des faits. »

Le médecin qui use du microscope en histologie, doit en faire autant dans la critique du texte.

Au total, ceci confirme ce que dit le profond Gley à propos du livre de P. Moreau de Tours : « Avant de rapporter les observations véritablement cliniques sur lesquelles il appuie ses théories, M. P. Moreau a cru devoir consacrer une soixantaine de pages à une sorte d'historique qui a trait à la dépravation et aux débauches des empereurs romains et de leurs familles, et de quelques souverains des temps modernes, Louis XV, la czarine Elisabeth, d'autres encore, à côté desquels viennent aussi figurer le comte de Charolais, le marquis de Sade, etc. Ces études de médecine rétrospective pourraient offrir un réel intérêt, si elles reposaient toujours sur une critique Jiistorique sévère. » (Gley, les Aberrations de Vinstincl sexuel. Revue Philosophique, 1884, t. I, p. 71, note 1.)

IL Interprétation du symptôme.

Des deux éléments — recherche et interprétation du symptôme — nous avons appris par le premier les règles à suivre pour n'employer que des matériaux éprouvés.

Reste à fixer V emploi de ces matériaux, dont la sûreté est reconnue.

Ce second travail tient dans une seule règle : il est nécessaire et il suffit d'appliquer les règles de la clinique.

Il semble que nous ne devons avoir rien à noter dans ce

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deuxième point. Or, par un phénomène psychologique assez peu expHcable, mais constant, le médecin ne se borne pas à manquer, en pathologie historique, aux règles de la critique historique dans l'établissement du symptôme, il y ajoute toujours l'infidélité aux règles de la clinique en ce qui concerne l'interprétation, infidélité qu'il n'eût jamais commise dans sa pratique.

Prenons, par exemple, l'explication de Varnoldia^ donnée par le D'" Corlieu. Il suppose que c'est la lèpre ou la syphilis.

S'il avait fait l'examen des symptômes de Varnolclia d'après la méthode clinique, il eût dès le début déclaré qu'il fallait étaJjlir la distinction : était-ce une maladie aiguë ou chronique, — aiguë si fébrile; préciser la forme de la fièvre, la durée de la maladie et les symptômes concomitants; que les conclusions à en tirer dans les deux cas étaient différentes.

Pour arrivera une conclusion juste, il fallait employer la méthode exhaustive et épuiser tous les desiderata — c'est le plus précieux des garde-fous.

Un aliéniste éminent, Legrand du Saulle, cite Charles VI comme exemple pour démontrer que dans les intervalles lucides des aliénés, les facultés mentales reviennent complètement ^

Pour dire que Charles était parfaitement lucide, M. Legrand du Saulle devait au moins se demander quelle était la forme de folie dont souffrait Charles VI. S'il avait étudié son cas, il eût trouvé que le roi était bien moins en possession de ses facultés intellectuelles que le malade M. E. C..., pour l'interdiction judiciaire duquel M. Legrand du Saulle s'est prononcée

1. Legrand du Saulle, Tr. de méd. légale (Testaments contestés], p. 244: « Pendant la maladie de Charles VI, dès qu'il apparaissait un intervalle lucide, les pouvoirs du conseil de régence étaient suspendus. En revenant ainsi à la santé et en ressaisissant l'autorité, le roi apaisait les discordes qui déchiraient sa famille, réparait bien des malheurs et relevait l'État que les désastres de l'époque entraînaient vers l'abîme . >i

2. Legrand du Saulle, op. cit., Interdiction des Aliénés, p. 76.

CLXXII PATHOLOGIE HISTORIQUE

Tous les médecins qui ont traité de Charles VI n'ont su dégager le véritable diagnostic, parce qu'ils ont tous manqué aux règles de la clinique.

Ainsi nous les voyons tous : 1° fautifs quant à la réunion des symptômes (livres de seconde main au lieu d'archives) ; 2° fautifs, ce qui est plus grave, quant à l'interprétation clinique des symptômes qu'ils possédaient, c'est-à-dire oubli des règles élémentaires de l'examen médical; omission delà recherche de la cause prédisposante et du terrain chez les ascendants et la mère; omission de la cause déterminante (antécédents personnels du malade); omission delà nature de la folie; omission de la forme mentale des rémissions.

C'est en prenant, au contraire, pourpoint d'appui les règles de la clinique, que j'ai tenté d'attaquer le problème et d'être plus heureux que mes devanciers.

Les essais de pathologie historique ont échoué jusqu'à ce jour ^ Les médecins ont cherché des textes dans les historiens pour établir l'hérédité morbide des rois sans les trouver et sans savoir où les chercher ailleurs.

Les historiens lisaient dans les textes tous les symptômes essentiels de cette hérédité, sans les comprendre ou du moins sans en voir l'importance.

Et qu'on ne croie pas que j'ai cité toutes ces erreurs de quelques-uns de nos meilleurs chartistes d'une part, et celles d'excellents cliniciens d'autre part, pour vilipender (stérile plaisir) ces éminents esprits. Ce que je tenais à signaler chez eux, ce n'était pas des erreurs de faits, toujours vénielles et que nous commettons tous, malgré notre attention, nous autres travailleurs, mais ce qui est autrement grave et décisif, des erreurs de méthode, erreurs provenant toutes de deux causes:

L'impuissance de l'agnosticisme;

L'incapacité d'observer dans la science voisine, quand on

1, I.e seul réussi est Don Carlos's Hafl iind Tod, dont les textes fournis par Bûdinger ont été médicalement interprétés par Meynert. Je ne parle pas de Texcellent travail du D'' Potiquet sur François II. son auteur disant lui-même qu'il n'a pas consulté les pièces d'archives.

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rappelle à son aide, les règles de celte science nouvelle et môme celles de sa science à soi.

Si ni les uns ni les autres n'ont réussi, c'est qu'aussi les moyens d'exécution leur ont manqué. Les problèmes de la Pathologie historique sont, en effet, complexes. Cette science est l'union étroite de trois disciplines, de VHisloire, de la Clinique et de V Histoire de la médecine :

Le chartiste trouve les textes, l'historien médical interprète ces textes conformément aux systèmesde la médecine ancienne, et le clinicien les explique suivant les données de la symptomatologie moderne. La Pathologie historique étant de la sorte une science triple, il s'agit de savoir si elle doit être cultivée par trois groupes distincts de savants, séparés les uns des autres par les barrières de leurs spécialités respectives, ou bien si elle est du ressort d'une catégorie unique de savants connaissant à la fois les trois disciplines dont se compose cette science.

A qui croirait que l'on puisse faire cette besogne séparés et se la repasser de l'un à l'autre, nous citerons, à titre d'exemples, des cas de complexité croissante :

1° Agoraphobie disabeaii . Dans ce problème élémentaire l'intervention de deux disciplines, histoire et clinique, est déjà nécessaire (Voy. ci-après liv. I, ch. III, p. 52).

2° Séquardisme de Charles II d'Anjou. Ce point nécessite la connaissance de l'Histoire et de l'Histoire de la médecine (Voy. ci-après liv. II, chap. XIV, pp. 434-436).

S"" Epilepsie de Louis XL Ce cas exige l'intervention des trois disciplines, toutes trois également nécessaires pour expliquer les six-vingls bergers et le sang humain (Voy. ci-dessus Premier Exemple^ chap. II).

Un historien, dépourvu de connaissances médicales, lira les textes relatifs à ces exemples sans même se douter de leur importance pathologique. Un médecin, qui ne serait pas au courant de la médecine ancienne, ne saurait dépister le signe révélateur de l'épilepsie dans les textes se rapportant aux sixvingts bergers et à l'usage &\isang humain.

De là la nécessité de l'union des trois disciplines dont il s'agit, dans la personne d'un seul et même savant.

CLXXIV PATHOLOGIE HISTORIQUE

Deux de ces disciplines, l'Histoire et la Clinique, existent en France, mais la troisième — l'Histoire de la médecine — y est trop peu cultivée. Il est à souhaiter que l'exemple de savants, comme Littré, Daremberg, Nicaise, Brissaud trouve chez nous plus d'imitateurs.

En médecine, les neuf dixièmes dérivent de la tradition ancienne et ne s'expliquent que par elle (Voy. Préface de Littré à ma Grammaire historique). Comme, d'autre part, la thérapeutique est fonction de la conception pathogénique, les 90 pour 100 sont antérieurs au xix® siècle, et sur ce nombre 75 pour 100 relèvent du moyen âge et des époques encore plus reculées.

« Quand on s'est pénétré de la science comtemporaine, alors il est temps de se tourner vers la science passée.

« Rien ne fortifie plus le jugement que cette comparaison : l'impartialité de l'esprit s'y développe, l'incertitude des systèmes s'y manifeste, l'autorité des faits s'y confirme, et l'on découvre dans l'ensemble un enseignement philosophique qui est en soi une leçon. » (Littré, OEiwres d'Hippocrate, t. I, p. 477.)

J'assume à moi tout seul le fardeau de ces trois disciplines, jusqu'ici séparées. C'est beaucoup de prétention. Pour un tel livre il faudrait réunir l'érudition du chartiste, le tact du psychologue, l'expérience du médecin.

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