DIVISION DE LA PATHOLOGIE DYNASTIQUE
Nous avons étudié le but et la méthode de la pathologie historique.
1» Utilité au point de vue :
A. de l'histoire ; B. de la pathologie; G. de la clinique.
2o Méthode.
Ces principes posés, il nous reste, avant d'aborder l'étude pathologique de la royauté française, à fixer la division essentielle de cette étude et à résoudre ces deux questions préalables :
A. Dans quel ordre devons-nous aborder l'étude des quatre races qui ont gouverné la France ? Doit-on observer l'ordre chronologique, ou une classification différente est-elle préférable pour cette étude?
B. Au sein de chacune de ces dynasties, dans quel ordre doivent être étudiés les différents personnages qui les composent.
Section 1. — De l'ordre dans lequel doivent être étudiées nos dynasties royales.
Les quatre fondateurs des quatre races royales qui ont dominé notre histoire (Clovis, Pépin d'Herstal, Robert le Fort, Napoléon Bonaparte) n'ayant chacun avec les trois autres aucun lien de consanguinité, Tétude de ces quatre races dans l'ordre strict de la chronologie ne répond à aucune nécessité physiologique. 11 faut donc chercher ailleurs un })rincipe directeur de classification.
GLXXVl PATHOLOGIE HISTORIQUE.
En l'absence, dans cette étude, de ce principe directeur qui puisse servir de base à une classification naturelle, le mieux est de recourir de nouveau au principe purement empirique de V Lil il ité scientifique maxima.
Il nous a permis de fixer Tordre dans lequel la pathologie historique (Voy. chap. I, § 3) devra aborder les dilïérents domaines qu'elle aura à explorer, et d'établir que l'étude des dynasties royales doit précéder celle des familles aristocratiques, comme cette dernière devra précéder celle des familles intellectuelles ou des individus isolés.
Ce principe repose, nous l'avons dit, sur la double condition :
1° De la recherche d'utilité physiologique maxima du problème ;
2° De la complexité minima du problème.
Or cette double condition ne peut être atteinte que par l'étude des familles qui ont le nombre maximum d'anamnestiques, — le problème, comme nous l'avons vu, étant fructueux et moins complexe en raison directe de l'abondance de la documentation héréditaire.
Si l'ordre dans lequel les quatre dynasties doivent être étudiées est celui de l'abondance décroissante des anamnestiques, — en d'autres termes, du nombre décroissant des générations qui composent ces quatre races, — c'est le nombre des générations qui fixera ici l'ordre hiérarchique de l'étude.
En laissant de côté les Napoléons, que le petit nombre de générations (les trois générations Napoléon : roi Jérôme, prince Napoléon, prince Victor) met au dernier rang de cette classification, le nombre des générations est respectivement :
l'' de 9 pour les Mérovingiens (tableau I, à la fin du chap.);
2° de 13 pour les Carolingiens (tableau II, ibid.) ;
3° de 31 pour la maison de France (tableau III, ibid.),
en arrêtant l'étude de la maison de France à la mort du comte
de Paris.
Robert le Fort.
Comte de Chambord. Comte de Paris.
Conclusion : c'est donc par l'étude de la maison de France que le clinicien devra commencer l'étude biologique de la royauté française.
INTRODUCTION. CLXXVII
Nous avons dit au début de ce chapitre que Piobert le Fort, le fondateur de la maison de France, n'avait aucun lien de consanguinité ni avec la race des rois Carolingiens, ni avec celle des rois Mérovingiens. Reste à fixer combien de temps cette indépendance de la maison de France s'est maintenue à regard des dynasties antérieures, une fois cette maison devenue illustre, royale et recherchée.
On sait que Louis XIV se regardait comme le descendant et Théritier de Charlemagne (Louis XIV, OEuvres, éd. Treuttel et Wûrtz, déclare que les princes de Lorraine sont ses parents. — Cf. aussi Bayet, Mélanges CaroL, préface p. 32, note 2). A quelle date une femme du sang légitime de Charlemagne est-elle entrée dans la maison de France?
Le premier mariage d'un roi capétien avec une descendante légitime de Charlemagne est celui de Philippe-Auguste, qui épousa en 1180, soit près de quatre siècles après Charlemagne, Elisabeth de Hainaut dont Forigine remonte à Tempereur Louis le Débonnaire ^
Il avait été précédé par deux mariages de ses prédécesseurs avec des descendantes illégitimes de Charlemagne : Robert P'' épouse Béatrix de Vermandois, arrière-petite-fille illégitime
1. Histoire littéraire de la France, tome XXVII, pages 2 et 3 : « On retrouve pourtant la pensée correspondante dans nos Grandes Chroniques de France, quand, avant de passer de Louis V à Hue Capet, Thistorien officiel dit : « Ci faut la lignée du grant roi Char- <( lemaines, et descent à la lignée et aux hoirs Hue le Grant que l'on « nomme Cappet, qui duc estoit de France au temps de lors. Mais « puis la lignée fut-elle recovrée au temps le bon roi Plielippe Dieuce donné. Car il espousa tout appensément, pour la lignée Charles-le « Grant recovrer, la royne Isabelle, fille le comte Baudouin de « Haynaut ; et cil Baudoin fu descendu de madame Ermengart, fille « Charles, que le roi Hue Cappet fist tenir en prison à Orléans. Dont <( l'en peut dire certainement que le vaillant roys Loys, fils le bon roy (( Phelippe, fu du lignage le granl roy Charlemaines, et fu en lui « recovrée la lignée. » [Gr. Chron. de Fr. (1837), t. ÏII, p. 148.]
« Concluons à notre tour de ce passage qu'on ne songeait pas encore, au xm^ siècle, à exclure les femmes du droit de transmettre l'hérédité royale à leurs descendants, comme on le fit bientôt en faveur de Philippe de Valois. »
Gesta Ludovici, HF, XVH, 303. « Cum igitur iste Ludovicus (Louis VIH) in regno successerit patri, patet /'er/ni/m in ipso redactum ad progeniem Caroli magni. »
GLXXVIII PATHOLOGIE HISTORIQUE.
du fils aîné de Charlemagne, Pépin ; Louis VII épouse une descendante du même carolide illégitime, Alix de Champagne, descendante du comte Herbert II de Vermandois, frère de cette même Béatrix qui entra la première dans la maison de France ^ .
Donc, Louis XIV, par saint Louis, descend trois fois de Charlemagne.
Ces liens ne sont pas assez directs et trop lointains pour enrayer notre étude. Provisoirement nous étudierons la maison de France. Plus tard, en faisant les Carolingiens, nous aurons à tenir compte de ces liens postérieurs entre les deux familles.
Section '2. — Classification méthodique de la maison de France au point de vue clinique.
Nous avons fait choix d'une dynastie comme début d'étude. Reste à déterminer :
1° L'ordre dans lequel doivent être étudiés les personnages qui composent cette maison, et les exclusions ou les admissions à l'étude ;
2° Le nombre des personnages dont se composera cette étude, une fois les exclusions faites.
3° La durée et la dissolution de l'hérédité.
1. Le chapelain et le panégyriste de Philippe-Auguste, Guillaume le Breton, ne manque pas de gratifier son héros comme d'un titre d'honneur de cette qualification de Carolida :
Vivida Karolidae virtus triginta chiohus Annis continu is habuit qiios vinceret hostes.
[Philippid. Prolog, v. 28, éd. Delaborde, II, 3.)
Cf. également la variante des Grandes Chroniques de France, relevée par Fr. Delaborde (d. P. Yiollet, Légitimilé d^ Hugues Capet, Mém, Acad. des Inscriptions, XXIV, l^'^p., p. 273) : «Et bien saichent tuitque cestui Philippes fu du lignage le grand roi Kallemaine », — ainsi que ce passage d'une décrétale pontificale contemporaine citée par Viollet (/. c. p. 273) : <( Carolus... de cujus génère rex ipse [Philippus] noscitur descendisse m.
INTRODUCTION. GLXXIX
§ 1. — Ordre à suivre dans l'étude des personnages qui composent la maison de France.
Le but que nous nous proposons est de décrire Tiiistoire biologique héréditaire de la maison de France; c'est dire que nous écrivons l'histoire du sang et non, comme l'historien politique, l'histoire du nom.
Les personnages doivent être classés ici selon l'ordre physiologique et non selon l'ordre politique. Ce principe nous fournira la base pour l'admission et l'exclusion des personnages que l'histoire politique range dans la maison de France, tant féminins que masculins.
Partie 1. — Hommes. Nous avons à distinguer, pour chaque génération, les enfants appartenant à la filiation directe de la maison de France, des enfants nés d'un autre lit (soit légitimes, soit bâtards).
A. Filiation directe. — L'ordre biologique ne peut être calqué ici sur la classification politique, l'importance biologique étant fort souvent inverse de l'importance politique.
Prenons, par exemple, la descendance de la maison de France, de Robert le Fort à Hugues Gapet :
Robert le Fort.
Eudes, roi, f 898 Robert \^% roi, f 923
Hugues le Grand
\ Hugues Capet
Pour l'histoire politique, l'ordre nécessaire sera celui-ci 1" Robert le Fort (7 866); l"" Eudes, roi de France (888-898).
3° Robert P", roi de France (9-23).
4° Hugues le Grand, duc de France.
5° Hugues Capet, roi de France.
GLXXX PATHOLOGIE HISTORIQUE.
Pour l'histoire biologique, la clasification naturelle sera : V génération : Robert le Fort.
2^ génération : Robert \^\ frère d'Eudes. 3*^ génération : Hugues le Grand.
4° génération : Hugues Capet.
Dans l'histoire politique, la royauté d'Eudes, le héros de la défense de Paris contre les Normands, premier roi de la maison de France, est un élément capital de la chronologie politique de la maison de France.
Pour le clinicien, c'est le frère cadet d'Eudes, Robert, qui tient au contraire la place prépondérante, puisque c'est par lui seul que la maison de France s'est perpétuée.
Eudes n'a, pour le clinicien, que la valeur secondaire d'un simple collatéral.
B. Filiation indirecte. — Les enfants des autres lits, soit légitimes, soit illégitimes. Quelle est la valeur de l'étude de ces demi-frères ou demi-sœurs pour la constitution des hérédités de la filiation directe?
L'étude de l'hérédité collatérale, soit directe (frère, sœur), soit indirecte (oncle, tante), n'est qu'un cas particulier de l'hérédité atavique \ mais elle n'est précieuse que lorsqu'elle est pure et complète, c'est-à-dire dépourvue d'éléments étrangers.
Prenons, par exemple, le grand-père de Saint Louis, Philippe-Auguste.
Phihppe-Auguste a eu :
1» d'Elisabeth 2° d'Agnès 3'^ d une
de Hainaut de Méranie concubine
Louis VIII Philippe Hurepel Pierre Chariot
Saint Louis
De quelle utilité peut être l'étude du fils d'Agnès de Méranie ou de Pierre Chariot?
Avec eux, outre les dix générations de la maison de France représentées par le père, entre en jeu une nouvelle hérédité, celle de la mère, avec, en plus, la somme des influences ancestrales qu'elle représente.