‹ Pathologie mentale des rois de FranceChapitre 46 sur 183 · VÉRIFICATION DE LA GÉNÉALOGIE PHYSIOLOGIOUE · texte numérisé non relu

VÉRIFICATION DE LA GÉNÉALOGIE PHYSIOLOGIOUE

Nous avons dit que le problème de l'hérédité étant inaccessible par la clientèle (soit urbaine, soit hospitalière), « ignotis periere mortibus illi... », n'est soluble que pour les dynasties royales. Mais il ne peut 1 être qu a la condition que l'hérédité soit réelle.

L'étude de l'hérédité reposant essentiellement sur le postulat de la certitude biologique^ toute expérience sur l'hérédité est frappée de nullité dès que Tun des facteurs n'appartient pas sûrement à la chaîne généalogique.

En zootechnie, on crée à volonté des familles biologiques sûres par la réclusion. Dans l'humanité après les zootechniciens, les grands seigneurs musulmans peuvent seuls créer des familles qui soient historiquement (sauf accidents) conformes à la famille biologique.

Dans les familles européennes, la famille repose sur la croyance à la paternité, c'est-à-dire sur un acte de foi.

Maintenant, c'est un calcul de probabilités. Faible dans les classes pauvres par l'excès de besoin, dans les classes riches par l'excès de luxe (les femmes n'ayant rien à faire, rien à désirer, rien à craindre et attaquées par tous les hommes), l'hérédité est plus sûre pour les premiers-nés dans les familles royales, pour des raisons qu'on trouvera plus bas.

Mais si la biographie pathologique d'un seul personnage exige de la finesse clinique et historique, — combien plus de difficulté présente l'étude d'une dynastie. Étant donné un personnage historique, comment savoir doù il tire ses tares héréditaires, à quelle cause rattacher ces tares ?

Dans cette étude je recherche la formule pathogénique d'une famille royale, le mécanisme de l'évolution morbide qui

CXCII PATHOLOGIE HISTORIQUE

relie les membres d'une dynastie les uns aux autres, mais je ne décris pas la biographie médicale de rois isolés, comme pourraient Têtre les biographies de nos présidents de la République depuis 1871.

Je ne me sers donc de Thistoire médicale que pour fixer la formule pathologique individuelle, dont la succession logique nous donnera la formule de la dynastie.

La base, le postulat de cette étude est nécessairement la réalité de Thérédité. Pour l'histoire politique, qu'un roi soit ou non le fils de celui qu'on croit être son père, si personne que sa mère ne le sait, la politique suit son cours. Pour l'histoire pathologique c'est tout différent. Le but de la pathologie historique appliquée à une dynastie est d'arriver à donner par des preuves sûres, qui nous manquent pour la vie des particuliers (par la durée trop courte de nos renseignements), la formule pathologique d'une série de générations, et montrer les transformations de l'état soit physiologique, soit psychologique.

Toute la pathologie historique repose sur la biographie négative, mais avant tout sur l'exactitude de l'hérédité officielle. En pathologie la maxime Pater is est quem nuptiœ demonstrant n'est pas de mise, puisque les conclusions à tirer de l'enchaînement et de la succession des faits reposent entièrement, avant toute étude, sur ce postulat essentiel que les souverains à étudier descendent bien l'un de l'autre.

Si la pathologie historique doit déjà user de la biographie négative dans l'histoire d'un individu, c'est-à-dire n'admettre que l'existence de faits contrôlés, et ne pas créer des affirmations pour les besoins de la cause comme l'ont fait Michelet, Jacoby, Moreau de Tours (1° en acceptant des faits non historiquement vérifiés, 2° en transformant aussitôt ces faits en symptômes qui leur permettent de fabriquer des maladies imaginaires dont la succession forme une généalogie absolument sans base), il ne faut pas apporter moins de réserve à la fixation de l'hérédité. C'est même une condition antérieure : à quoi bon étudier avec criti'que la biographie pathologique d'un individu, si l'on découvre ensuite qu'il ne descend pas de celui qu'on croit être son père ?

Nous avons dit de l'hérédité royale qu'elle était la plus docu-

INTRODUCTION. CXCIII

mentée de toutes. Elle est en même temps à un autre point de vue la moins incertaine, non que les familles royales soient plus morales que les familles bourgeoises ou populaires, mais par des raisons qui ne sont pas d'ordre moral, surveillance extrême, difficultés des occasions, nécessités de la politique, toutes raisons plus fortes que dans la bourgeoisie ou le peuple.

Mais il y a des cas où, par la nullité ou la maladie du mari, la perversité de la femme aidant, il devient difficile d'affirmer que de douze enfants tous soient du mari, et si par la mort des quatre fils aînés, le cinquième prend la couronne, on n'est pas sûr de son origine et on ne peut l'utiliser comme chaînon sûr d'une démonstration scientifique.

Avant d'employer l'argument de la débauche contre la légitimité d'un roi, il faut calculer le nombre des enfants à dater du mariage. On peut formuler cette loi ainsi : la nécessité politique garantissant le premier enfant, ou le premier et le deuxième, — la sûreté est fonction inverse en raison de la durée du mariage.

Ainsi pour Constance, femme du roi Robert, malgré les débauches de la fin de sa vie, on peut considérer le roi Henri comme légitime, parce que initial ou très près du début.

Toutes autres sont les conditions dans le cas d'Isabeau, femme de Charles VI : son mari tombe fou à vingt-quatre ans, elle en a vingt-deux, et vit dès lors libre, dans un quasi-veuvage qui dure trente ans, dans une débauche notoire. Il est clair que plus la maladie du roi dure, la femme continuant ses débauches, plus la certitude de l'origine des douze enfants issus de ce mariage diminue.

De ces douze enfants, cinq sont nés antérieurement au 5 août 1392, date de l'explosion de la folie chez Charles VI, sept sont nés postérieurement à cette date. Charles Vil, onzième enfant, est le dernier né de la folie (le douzième, né en 1407, étant mort le jour de sa naissance.)

Le physiologiste est-il autorisé à se servir do l'hérédité de Charles VU, Louis XI et Charles VIII comme conséquence de l'hérédité de Charles VI, ou est-il obligé d'étudier ce trio comme un chapitre biologique séparé, avec la mention : hérédité paternelle incertaine ?

GXCIV PATHOLOGIE HISTORIQUE.

Grâce aux travaux de Magnan, Déjerine, Saury, Féré ( Famille névropalliiqiie ) résumés dans la troisième édition de YHérédiié de Ribot, rien n'est plus solidement étudié que la dégénérescence morbide et rien ne serait plus utile que de savoir si Louis XI a en son grand-père un fou.

Tous les historiens de Charles VII, depuis Barante jusqu'à nos contemporains, l'appellent couramment Venfant de la démence ^ et raisonnent sur les troubles de Louis XI petitfils d'un fou.

Avant d'aborder nous-mêmes cette question, voyons comment l'ont posée jusqu'ici les historiens autorisés et les médecins qui l'ont traitée.

Les historiens anglais, par chauvinisme, nient la légitimité de Charles VIL

Les historiens français, tant catholiques que voltairiens, croient tous aux débauches d'Isabeau, mais les conclusions qu'ils en tirent varient.

Beaucourt ^ ne cherche ni à masquer, ni à atténuer les faits parlant contre la légitimité de Charles VIL Que lui importe, puisqu'il a la certitude par l'affirmation de Jeanne d'Arc. De même Sepet^.

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