II eût fallu, du moins, dire l'enfant de la folie
2. Beaucourt, Hist. de Charles VII, t. II, p. 7. <( Insouciante et frivole, elle se livrait à tous les plaisirs avec une fougue qui n'avait
plus la jeunesse pour excuse Fils d'un père imbécile et d'une mère
débauchée, le petit Charles... »
3. Marins Sepet, Jeanne d^Arc, 1890, Introduction, p. 38 : « Isabeau de Bavière, femme plus lâche encore de cœur qu'elle n'était médiocre d'esprit. » — Id. ibid., Inf réduction, p. 43 : <( Ses premières années [de Charles VII], échappèrent ainsi aux déplorables exemples d'une cour où s'étalait la fastueuse inconduile d'Isabeau de Bavière. Cette princesse, mère sans entrailles, qui restait jusqu'à trois mois entiers sans embrasser ses jeunes enfants et qui se livrait avec fougue à tous les plaisirs, y avait usé sa santé... » — Id. ibid.. Introduction, p. 52 : H ... II [Charles VII] descendait en son Ame inquiète, et se demandait avec anxiété si son droit à la couronne méritait vraiment qu'il le défendît, s'il était ])ien réellement le légitime roi de France. » — Id. ihid., p. 80 : « ... La Pucelle répondait à un doute secret dont il était torturé, au sujet de la légitimité de sa naissance. »
INTRODUCTION. GXCV
Les rationalistes dogmatiques \ après avoir constaté les débauches d'Isabeau, continuent paisiblement leur chemin et
1. Voltaire : Essais sur les mœurs et V esprit des nations, éd. de 1832, t. V, ch. 79, p. 63 : « Elle [Isabeau] avait à la fois la passion de s'enrichir, de gouverner et d'avoir des amans. »
H. Martin, Hist. de France, t. V, p. 470 : « Les contemporains ne parlent pas formellement de la liaison incestueuse que les historiens modernes ont accusée entre la reine et son beau-frère, mais le fait Ji'a rien que de vraisemblable, et ce qu'on sait des mœurs du duc et de sa belle-sœur permet difficilement de croire à l'innocence de leur intimité. » — P. 473 : « ... Le malheureux Charles VI, objet d'indifférence et de dégoût pour ses proches, était abandonné aux soins de serviteurs dont on ne payait pas les gages^ et de femmes de basse condition qui remplaçaient la reine auprès de lui : on appelait l'une d'elles la « petite roine ». — P. 483 : « C'était l'ancien logis d'Etienne Barbette. Isabeau s'y était retirée /jour être plus libre. Elle venait d'y accoucher d'un enfant mort qu'elle pleurait beaucoup et dont la naissance donnait lieu à bien des suppositions. )>
Nouvelle Biographie générale, Didot, t. IX, p. 831 : u La reine avait déserté le lit conjugal : on donna au roi pour maîtresse une jeune fille appelée depuis la petite i^eine et connue sous le nom d'Odette de Champdivers... »
Guizot, Ilist. de France, t. Il, p. 297 : « J'emprunte à mon savant confrère... M. Wallon, l'explication qu'après un scrupuleux examen des témoignages, il a donnée de ce mystérieux entretien. ^^ Le sire de <( Boisy, dit-il, qui, dans sa jeunesse, avaitétél'un des chambellans les « plus familiers de Charles VII, raconta à Pierre Sala, comme le tenant « du roi lui-même, qu'un jour, au temps de ses plus grandes adver- « sites, ce prince, cherchant vainement un remède à tant de maux, « entra un matin, seul, dans son oratoire, et que là, sans prononcer « une parole, il fit à Dieu, du fond de son cœur, cette requête que, s'il « était vrai héritier, issu de la maison de France (ce doute était possible « avec la reine Isabeau de Bavière)... »
Barante, Histoire des ducs de Bourgogne, t. 1, p. 207 : « Selon le bruit public, le duc d'Orléans et la reine, qui conduisaient tout, ne s'occupaient guère de l'intérêt du royaume. L'aversion contre eux allait toujours croissant. On avait perdu tout respect. Les récits les plus déshonnêtcs se faisaient à leur sujet Les mœurs de la cour se corrompaient de plus en j)lus; la France devenait un sujet de scandale et de raillerie pour les nations étrangères... »
Duruy, Histoire de France revue sous la direction de Lavisse, 1892, p. 136. « Sans parents, sans guide au milieu d'une cour corrompue, elle [Isabeau] en prit les mœurs plus vite qu'elle n'en apprit la langue, et elle n'aima que le luxe, les plaisirs. Les années ne rendirent ni sa conduite plus régulière, ni sa pensée plus sérieuse. Du plaisir, elle
CXCVI PATHOLOGIE HISTORIQUE
regardent la naissance de Charles VII comme non matière à discussion.
Des historiens rationalistes critiques qui, en ces derniers temps, ont repris le problème, seuls Vallet de Viriville, A. Molinier et A. Coville suivent la règle de Descartes — doute d'attente, Vallet de Viriville déclare la question insoluble \
descendit à la débauche... elle fit servir l'autorité que la triste situation de son époux lui donnait à satisfaire ses passions, ses vices, ses vengeances. »
Le Roux de Lincy, Les Femmes célèbres de Vancienne France., p. 389. « A propos de cette cruelle maladie [du roi], le chroniqueur représente Isabeau comme accablée de douleur : mais cette douleur ne paraît pas avoir été de bien longue durée; le dégoût, l'oubli, succédèrent vite à ce premier mouvement de pitié. Au lieu de consacrer chacun des instants de sa vie à soulager ce prince infortuné, comme les lois divines et humaines lui en faisaient un devoir, la jeune reine se livra peu à peu aux désordres de toute nature... Isabeau en était venue à ce point de dépravation, qu'elle oubliait complètement ses enfants. »
Dareste, Histoire de France, 1. XVI, p. 90 : « On prétendit que, fils d'Isabeau, il avait eu des doutes sur sa propre légitimité, et que salué par Jeanne comme véritable héritier de la couronne, il vit un signe divin dans cette apparition et cette déclaration inattendues. »
Corréard, Histoire de l'Europe et de la France, 2^ éd.. 1892, p. 67 : (( Sa femme Isabeau le trompait indignement... ». — P. 77 : « Il ne faut pas oublier qu'il était né d'un père fou et d'une mère indigne. »
Dauban et Grégoire, 1890, p. 126 : « Elle apprit les vices d'une cour corrompue avant d'en apprendre la langue, et nous verrons bientôt cette reine étrangère devenir, par ses débordements, le plus terrible fléau de la France. »
G. Valbert, Revue des deux Mondes, l""' août 1890 : « Elle [Jeanne d'Arc] avait dû le tirer de sa mortelle langueur... Ce fils d'un roi dément et de la perverse Isabeau en était venu à douter de sa naissance et de son droit. »
1. Vallet de Viriville, Isabeau de Bavière, 1859, p. 9 : « Ce fut lui [Louis d'Orléans] qui ramena Isabelle en France. Il devint... d'après la commune renommée, son amant. » — P. 11. (( Cet état [la folie du roi] donna lieu de fait, non de droit, à une sorte de divorce progressif entre les royaux époux. » — P. 13. « Le jeune homme et bientôt sans doute Vamant.... Louis, duc d'Orléans, était le vice aimable. Pour cette fille d'Eve, si prête à faillir et trop aisée à charmer, il eut la séduction du Tentateur. Depuis quel jour et jusqu'à quel degré s'étendit cette séduction? Isabçlle trahit-elle à ce point ses devoirs, qu'elle ait souillé de fruits adultères la dynastie?... Louis, duc d'Or-
INTRODUCTION. CXCVII
Nous comprenons très bien l'argumenlalion calliolique, elle est sans réplique, étant donné le point de départ; mais nous ne pouvons en dire autant des affirmations des historiens rationalistes. Ici Tavantage de la logique est du côté du catholique, non du rationaliste.
Les historiens dogmatiques ont une excuse dans l'ignorance de la critique historique. Les historiens chartistes n'ont ni celle-ci, ni celle de la logique catholique ; ils font une critique subjective , c'est-à-dire affirment sans preuves.
Les médecins ont eu recours à la démonstration par l'absurde^
Le double raisonnement des deux éminents aliénistes Ireland et Moreau (de Tours), consiste: 1° à adopter l'une des deux alternatives : la descendance de Charles VI est mentalement normale ou anormale ; 2° à syllogiser sur cette double mineure en adoptant comme majeure cette prémisse : tout fils d'un père fou doit être fou.
A. Quant à l'alternative, la normalité ou l'anormalité de l'état mental des descendants de Charles VI était la question
léans, fut-il le complice de cet adultère? Tout le dit, mais rien ne le prouve. Assez de scandales surgissent des annales de cette époque. Laissons donc retomber dans l'ombre du passé ce problème insoluble. » — P. 15 : (( Vers 1398, Isabelle de Bavière avait acquis
Thôtel Barbette.... à une certaine distance de Saint-Pol, c'est-à-dire
du roi La reine s'y était fait un asile à ses souhaits, yj/us commode
que le palais, où la voix austère du devoir et de V honneur conjugal aurait pu seule la retenir. »
A. Molinier (sur Coville, Les Cahochiens et Vordonnance de 1413), d. Revue historique, i. XLIII (1890), p. 360 : « La reine Isabeau cherche surtout à se divertir et autorise par sa conduite légère et imprévoyante les soupçons les plus outrageants. »
Coville, Les Cahochiens et Vordonnance de 1413, p. 28 : « Il [Louis d'Orléansl resserrait avec Isabeau de Bavière une intimité chaque jour plus grande qui permettait d'injurieuses suppositions. »
1. Lacroix, Des méthodes en mathématiques : « Eviter la réduction à l'absurde. Elle ne convainc pas. En général, les meilleures preuves sont celles qui, en étal)lissant une vérité sur des bases incontestables, en font sentir la liaison avec les autres vérités déjà connues, et rendent sensible le passage d'une proposition à celle qui la suit. »
CXCVIII PATHOLOGIE HISTORIQUE
à résoudre, avant de raisonner dessus, par l'examen des sources et non des livres de seconde main. Ce que n'ont fait ni l'un ni l'autre des médecins.
B. Ensuite il y avait à justifier la prémisse : tout fils d'un fou, etc. Or la prémisse est fausse : conclure de l'état mental normal du fils d'un fou à l'illégitimité de sa naissance est anti-clinique, l'hérédité morbide n'étant pas homéomorphe, et la tare morbide pouvant revêtir une autre forme héréditaire (cf. Ribot, Hérédité).
Conclure de l'état mental anormal d'un enfant à la nécessité d'un père fou, est aussi anti-clinique. Outre que l'amant a pu être anormal (par exemple, le duc d'Orléans, frère d'un fou et fils d'une folle), la mère a pu avoir une hérédité chargée qu'il était nécessaire d'étudier.
Ces deux questions résolues, restait à démontrer que sur cette induction on pouvait établir la légitimité. On aurait vu alors que cela ne servait à rien pour la légitimité qui relève d'une autre science, celle de la critique du témoignage, c'està-dire de la critique historique. L'induction par les conséquences est une induction fausse.
Ribot, dans sa première édition sur V Hérédité^ s'est posé au même point de vue; mais comme il savait mieux que les deux auteurs précédents quelles conditions sont requises pour transformer un rapport de succession en rapport de causalité, il l'a supprimé dans ses éditions suivantes.
Tout d'abord ce qui frappe, c'est la faute des aliénistes répétée ici. De même que dans l'hérédité ascendante ils font dériver la folie de Charles VI du père empoisonné, sans parler de la mère; de même, dans l'hérédité descendante^ ils partent de Louis XI fou parce que petit-fils de Charles VI.
Mais Charles VII est le produit de deux facteurs. Isabeau a sa part si Charles VII est fils de Charles VI, et a tonte ta part s'il n'est pas fils légitime. Au lieu de formuler les diagnostics mentaux a priori^ il est plus simple de se conformer à la méthode scientifique, et puisqu'on cherche si Charles VII et Louis XI ne confirment pas la folie de Charles VI, il faut étudier tous les parents et tout d'abord Isabeau, seule vraie souche sûre.
INTRODUCTION. CXCIX
Nous commencerons par examiner la question hislorique de la légitimilé de Charles VII en revoyant les textes, et comme conclusion nous donnerons l'opinion des intéressés, c'est-à-dire de Charles VII et de Louis XI.
Nous savons déjà que des douze enfants d'Isabeau, cinq sont nés antérieurement au 5 août 139'2, date de l'explosion de la folie chez Charles VI, et sept sont nés postérieurement à cette date.
Nous laisserons de côté la légèreté et la frivolité de la reine jusqu'à la folie du roi, nous bornant à examiner sa conduite depuis ce moment.
Il y avait deux voies à suivre : l'une austère — s'enfermer avec le fou, supprimer toute fête, élever ses enfants et soigner pendant le reste de ses jours ce malade.
Elle suit la voie inverse. Aussitôt le roi fou, sa vue la gêne. Son caractère se révèle peu à peu : sa cupidité, son manque de cœur, sa frivolité. Elle donne des fêtes ininterrompues.
A dater de la folie de Charles, relâchement des liens d'abord légaux, puis sociaux.
De 1393 à 1400, tous les actes successifs de l'avide et égoïste Isabeau sont un thermomètre excellent de l'aggravation de Charles: nous la voyons à la première rechute (1393) créer son budget distinct, puis (juillet 1393) son indépendance; à une autre rechute (1394) se faire assigner un douaire, puis (1395) ses papiers.
En 1398, cette longue cinquième rechute qui dure une année, amène un nouvel événement dans la vie conjugale du roi. Isabeau quitte le domicile conjugal, c'est-à-dire l'hôtel Saint-Pol, et achète l'hôtel Barbette. En 1400, elle donne une maîtresse à son mari ' .
1. Religieux de Sl-Dcnis, tr. Bellaguet, VI, p. 487 : « ... On lui avait donné pour concubine une jeune personne belle, gracieuse et charmante qui était fille d'un marchand de chevaux. Cela s'était fait du consentement de la reine : ce qui semblait fort étrange. Mais quand elle songeait aux maux qui la menaçaient, ainsi qu'aux violences et aux mauvais traitements qu'elle avait déjà endurés avec le roi, la pensée (ju'cntre deux inconvénients il vaut mieux choisir le moindre faisait qu'elle se résignait à ce sacrifice. La jeune fille fut amplement dédommagée de son dévouement. On lui donna deux beaux
ce PATHOLOGIE HISTORIQUE.
Les textes nous montrent 1 état de saleté repoussante dans lequel se trouvait Charles VI pendant ses accès de folie ^
manoirs avec toutes leurs dépendances, situés l'un à Créteilet l'autre à Bagnolet. Elle était généralement et publiquement désignée sous le nom de la petite reine. Elle resta longtemps avec le roi, et eut de lui une fille (Marguerite de Valois). »
1. Juvénal (éd. Buchon) pag. 430, col 1 : « (1405). C'estoit grande pitié de la maladie du roy, laquelle lui tenoit longuement, et, quand il mangeoit c'estoit bien gloutement et louvissement. Et ne le pouvoit-on faire despouiller, et estoit tout plein de poux, vermine et ordure, et avoit un petit lopin de fer, lequel il mit secrettement au plus près de sa chair. De laquelle chose on ne sçavoit rien, et luy avoit tout pourry la pauvre chair, et n'y avoit personne qui ozast approcher de luy pour y remédier : toutesfois il avoit un physicien qui dit, qu'il estoit nécessité d'y remédier ou qu'il estoit en danger, et que de la guarison de la maladie il n'y avoit remède, comme il luy sembloit. Et advisa qu'on ordonnast quelque dix ou douze compagnons desguisés, qui fussent noircis, et aucunement garnis dessous, pour doute qu'il ne les blessast. Et ainsi fut fait, et entrèrent les compagnons, qui estaient bien terribles à voir, en sa chambre : quand il les veid, il fut bien esbahi, et vinrent de faict à luy; et avoit-on fait faire tous les habillements nouveaux, chemise, gippon, robbe, chausses, bottes qu'on portoit. Ils le prirent, luy cependant disoit plusieurs paroles, puis le despouillerent, et luy vestirent lesdites choses qu'ils avoient apportées. C'estoit grande pitié de le voir, car son corps estoit tout mangé de poux et d'ordure. Et si trouvèrent ladite pièce de fer : toutes les fois qu'on le vouloit nettoyer, falloit que ce fut par ladite manière. »
Religieux de St-Denis, III, 349 : « Septembre 1405. Vers la fin de novembre, messeigneurs les ducs décidèrent d'un commun accord qu'on aviserait aux moyens de rendre la santé au roi, et qu'on le contraindrait à se soumettre à des mesures de propreté qui pouvaient rendre plus eflicaces les remèdes employés pour saguérison. D'après le conseil d'un habile médecin, les serviteurs ordinaires du roi sortaient de sa chambre chaque jour à nuit tombante, et il en entrait dix autres, qui déguisaient leur voix et leur extérieur, afin de n'être pas reconnus. Ils parvinrent au bout de trois semaines à le déterminer par leurs conseils et leurs remontrances à se déshabiller pour se mettre au lit, à changer de chemise et de draps, à prendre des bains, à se laisser raser la barbe, enfin à manger et à dormir à des heures réglées. 11 y avait cinq mois qu'il se refusait à tout cela, et déjà la crasse produite par des sueurs fétides avait fait venir des pustules sur plusieurs parties de son corps ; il était tout rongé de vermine et de poux, qui auraient fini par pénétrerjusque dans l'intérieur des chairs, si le médecin n'eût imaginé l'expédient dont nous venons de parler. »
INTRODUCTION. CCI
Tandis qu'il monlrail à Valenline de Milan une vive afïection, il témoignait pour Isabeau une aversion si grande, que son entourage en concevait des craintes pour la sécurité de la reine ^
L'abandon dans lequel Isabeau laissait son mari aux mains de ses gens était si complet, qu'on ne se gênait môme })as pour mettre le roi au pillage.
Arch. TV., KK. 24, f° 118, Année 1394 : « A Jehan de Saumur, cordouanier, pour un voyaige fait de Paris au Mont S'-Michiel devers le Roy nostre sire, pour porter deux paires de fors houzeaulx et autre chaucement pour ledit seigneur... pour ce que l'on avoit emblé au Roy nostre dit seigneur deux autres paires de semblables houzeaulx à S' Germain en Laye, ouquel voyaige il a vacqué, alant demourant et retournant par XII jours au pris de VIII s. p. par jour valent, etc.. »
Arch. iV., KK. 29, f*^ 105, v° : « A Jaquet Massin, coustepointier demourant à Paris, pour avoir rappareillié le XXIV'' jour de septembre 1409 le dossier de drap d'or de la chambre aux lyons du Roy nostre sire, qui avoit esté couppé et desrobé. »
Arch. A., KK. 29, f° 105 : « A lui pour une pièce de cendail vermeil achetée de lui le 31 juillet 1409... pour redoubler partie du dossier du drap d'or de la chambre aux joyaulx qui avoit esté dérobé... »
B. N. 6 745, f" 29 v° : « A lui pour sa poine et sallaire d'avoir rassis et rivé de novel sur un texu noir la ferreure
1. Religieux de St-Denis, II, 87 : « ... Par une bizarrerie étrange
et inexplicable, il prétendait n'être pas marié Lorsqu'il apercevait
ses armoiries ou celles do la reine gravées sur sa vaisselle d'or ou
ailleurs, il les effaçait avec fureur Toutes les fois que ... elle
l'approchait ... le roi la repoussait en disant avec douceur à ses gens : <( Quelle est « cette femme dont la vue m'obsède ? Sachez si elle a (( besoin de quelque chose, et délivrez-moi comme vous pourrez de « ses persécutions et de ses importunités, afin qu'elle ne s'attache pas « ainsi à mes pas.» De toutes les femmes, madame la duchesse d'Orléans était celle dont la présence lui était le plus agréable ; il l'appelait sa sœur bien aimée, et allait la voir lous les jours. >>
Id. ibid., VI, 487 : u Comme on craignait fort qu'en raison de sa maladie il ne se portât à quelque violence contre la personne de la reine, on ne le laissait })oinl coucher avec elle. »
CCII PATHOLOGIE HISTORIQUE
d'une ceinture d'or pour le Roy noslredit seigneur. — dont le texu avoit esté couppé au Roy nostredil seigneur. Délivré le VIP jour de may (1404) ' ».
1. Religieux de St-Dcnis, III, 299 : (( Ils font d'abord observer, en ce qui concerne la personne du roi, qu'on ne place point auprès de lui une garde suffisante, et qu'on ne lui donne point les soins nécessaires pour qu'il reste longtemps en bonne santé. Souvent aussi, lorsqu'il a recouvré la raison, on traite sous de vains prétextes, dans les conseils tenus par lui, de beaucoup d'affaires qui tournent à son désavantage. Il est entouré d'une foule de gens avides de ses trésors, qui ne peuvent supporter aucun refus et qui à force d'importunités le dépouillent de tout, vêtements, joyaux, vases d'or et d'argent ; et le peu qui lui reste est sans cesse mis en gage pour subvenir à ses besoins. On n'a aucun soin des gens et officiers de sa maison, et on leur refuse souvent le salaire qui leur est dû ; cependant ils n'osent proférer une plainte sur l'abandon déplorable dans lequel on laisse la personne du roi et celle de ses enfants. »
Id. ibicl., III, 267 : (( La reine et le duc d'Orléans... ne songeaient en effet qu'à s'enrichir au préjudice du royaume, s'inquiétant peu du chétif état du roi et de son fils aîné monseigneur le duc de Guyenne. Ils avaient tellement restreint les dépenses du roi, que ses intendants ne pouvaient dépasser d'un écu d'or la somme qui leur avait été fixée par écrit )>.
Juvénal, éd. Buchon, p. 427, col. 2 : « On levoit foison d'argent et grandes chevances et toutes fois le roy n'avoit rien, et à peine* a voit-il sa despence ».
Le Songe vér^iiahle, 242 :
« Car à gi'ant paine peut avoir Pour \y vestip, au dire voir, N'il n'a joyaux en garde robe, Et son trésor on ly desrobe.
N'il n'a cheval qui riens ly vaille Ne chose bonne qui ly faille; Et s'il a donné d'avanture, Sa chaussemente ou sa vesture.
Il en a d'autre à tresgrant paine :
C'est chose vraye et bien certaine.
Et sans saincture l'ay je veu Estre III jours et apperceu, Par defaulte d'une nouvelle; Et mesmement de la chandelle A son coucher a il disete.
Et d'autre chose a il soulï'erte, Et tant qu'il n'a de quoy bien faire En nul qui avec ly repaire :
INTRODUCTION. CCIII
Les rapports sexuels du couple royal deviennent si rares qu'on les note : « (9 mars 1408) Geste nuict, le roy alla coucher avec la rcyne, et disoit-on qu'à causer de ce qu'il avoit esté plus malade, qu'il n'avoit esté dix ans auparavant : et usoit-on de divers langages et merveilleux » (Juvénal, éd. Buchon, p. 438, col. 1).
Le résultat de cette vie extra-conjugale (où Odette la remplace ; où la rareté des rapports conjugaux les fait noter), c'est qu'à l'époque où Isabeau est le plus séparée de son mari, elle a le plus d'enfants.
Nous la verrons de môme mère indifférente ^
On trouvera ci-dessous (liv. I, chap. III) la formule physiopsychique d'Isabeau. Nerveuse, vaporeuse, neurasthénique.
Il en pert bien aux bons atours Que ont ses povres serviteurs; Trespovres sont-ils vrayement, On le voit bien tresclerement. »
1. Religieux de St-Denis, III, 289 : « Quelques personnes même osèrent accuser [la reine] de nég;liger ses enfants. Le roi en fut fort irrité; il voulut savoir la vérité de la bouche même de son fils aîné et lui demanda affectueusement depuis combien de temps il était privé des embrassements de la reine sa mère : « Depuis trois mois » répondit le dauphin.
Id. ibid., III, 433 : ... Comme on s'étonnait beaucoup de la pénurie du trésor, les officiers de la maison du roi déclarèrent qu'ils percevaient à peine chaque année sur tontes les recettes ordinaires et tous les subsides du royaume de quoi subvenir aux dépenses journalières du roi et de ses enfants ... monseigneur le dauphin ... pressé par le besoin ... exposa humblement [au roi] qu'il manquait des choses nécessaires qu'il était accablé de dettes et n'avait pas de quoi satisfaire les créanciers qui lui fournissaient ses provisions de chaque jour, et le pria de bien vouloir se charger désormais de son entretien. »
Juvénal, éd. Buchon, p. 427, col. 2 : Or advint une fois qu'il [le roi] disnoit, et estoit à table, que la nourrisse, laquelle nourrissoit monseigneur le dauphin, vint devers le roi, et dit qu'on ne pourvoyoit en rien ledit seigneur, ny à celles ou ceux qui estoient autour de luy, et qu'ils n'avoient que manger, ny que vestir. Et qu'elle en avoit plusieurs fois parlé à ceux qui avoient le gouvernement des finances, mais nulle provision n'y estoit mise. Le roy de ce fut très-mal content, et respondit à ladite nourrisse que luy-mesme ne pouvoit rien avoir, et qu'il n'avoit autre chose, et fut le roy très-mal content des des façons qu'on tenoit.
CCIV PATHOLOGIE HISTORIQUE
excitée, et souffrant de troubles utérins. Quasi-veuve à vingtdeux ans d'un mari devenu fou, seule dans cette cour dissolue ^ et attaquée par le duc d'Orléans qui, sous prétexte d'amour, comme Mazarin, s'emparait du pouvoir, cette femme égoïste, sensuelle, coquette, frivole -, sans affection pour son mari, était-elle en état de rester chaste?
Le duc d'Orléans, préoccupé à l'excès de la grandeur de sa maison, pouvait tenter le rôle de Mazarin : sa séduction personnelle est connue. Le souci de la fidélité conjugale n'était pas pour le retenir. On a dit de lui Lubricus, et ce n'était pas seulement un bruit de rue « ayme les putains » ^ mais une affirmation grave d'un magistrat, prêtre, le chanoine Nicolas de Baye, greffier au Parlement de Paris, connaissant bien le duc d'Orléans qui y siégeait comme pair. Nicolas de Baye est d'autant plus croyable qu'il était très armagnac et que cette accusation se trouve dans son Journal intime.
Isabeau, dans sa situation politique isolée, et étrangère, devait éprouver le besoin d'un appui; Louis était tout indiqué par sa valeur intellectuelle et par la valeur de son caractère, sa nature séduisante et dominatrice.
Les sentiments les plus vifs d'Isabeau furent son affection pour son frère Louis de Bavière, et sa haine contre Valentine Visconti, fille du meurtrier de son grand-père Bernabô\ et qui blessait son amour-propre en s'emparant de l'affection du roi. Une liaison avec le duc d'Orléans si plein de fatuité, avouant toutes ses amours publiquement en face de sa femme, pouvait servir sa haine : on aime contre quelqu'un.