‹ Pathologie mentale des rois de FranceChapitre 60 sur 183 · C. Anthropophobie · texte numérisé non relu

C. Anthropophobie

Chastellain, II, 181 : « Non asseuré entre cent mille, [il] se fust espovanté d'un homme seul non cognu. »

Jean Chartier, III, p. 130 (Henri Baude, Éloge de Charles VII) : « Tous ses officiers domestiques, comme maistres d'ostelz, pannetiers, eschançons, escuiers d'escuirie, sommeliers, fourriers, escuiers de cuisine, cuisiniers et autres de semblables estas, estoient tous armez quand chevauchoit, et lui aussi et les seigneurs de son sang et chambellans, les uns de harnois blanc et les autres de coursets et brigandines, et tellement qu'on estimoit sa compaignie, au partir d'une ville et à l'entrée, avec les chériotz des offices et les suyvans, à cent lances et mieulx, oultre ladicte garde de ses archiers. »

Chastellain, II, 185 : « De nul ne pouvoit estre regardé à table, souverainement de gens non cognus ; car de cestuy-là jamais ne se bougeoient ses yeux, et en perdoit contenance et mangier; et enfin s'en enfelly. »

Notons, en passant, l'exactitude clinique de cette peinture de l'accès anthropophobique du Roi. Toute émotion étant essentiellement, comme l'a dit Bain, un processus de diffusion, — l'hyperémotivité consécutive à l'apparition de l'image obsédante provoque, chez le phobique, des troubles divers (moteurs, respiratoires, circulatoires, sécrétoires, etc.), dont le mécanisme, lié à l'exaltation de l'idée morbide, est bien connu aujourd'hui.

§ 3. Phobies provoquées. — Elles sont chez Charles VII au nombre de deux :

A. Chastellain, II, 185 : « Craigaoit tousjours mourir de glave parce que présent fut à la mort du duc Jehan qui en partie estoit cause et racine de sa diffidence. » — Chastellain fait ici une allusion trop discrète à l'entrevue de Montercau

(10 septembre 1419) où Jean sans Peur fut, avec la plus grande partie de sa suite, massacré sous les yeux et à Tinsligation de Charles alors Dauphin et âgé de seize ans et demi.

B. Chastellain, 11, 185 : « Ne s'osoit logier sur un planchier. » — Pliobie consécutive à un accident survenu au Roi à la Rochelle, dans Ihôtel de Tévêque oîi Charles VII tenait conseil :

Monstrelet (éd. Douet, IV, 122, octobre 1422) : « Après la mort du Roy Charles de France dessusdit, son seul fils Charles Dauphin se feist couronner et eslever à Roy de France, en la ville de Poictiers.... Et un pou paravant avoit il esté en grant péril de sa vie en la ville de La Rochelle ; car en tenant son Conseil avec ses barons, cheut une partie de la chambre où il estoit, et y fut mort Jehan de Bourbon et aucuns autres. Et mesmement ledit Daulphin y fut un pou blessé, mais ses gens le tirèrent hastivement hors de péril, et le menèrent en autre lieu plus seur, où en brief temps il fut reparé et mis en bonne santé. »

Raynal, Hist. du Berry, 111, V partie, p. 91 (Lettres de Charles VII en faveur de la Sainte Chapelle, 28 juillet 1427) : « Et une messe pour nous le jour que Dieu nous préserva à La Rochelle du péril en quoy fusmes, quand nous cheusmes d'une salle haulte en une basse, parce que le plancher fondi sous nous et plusieus rautres en nostre compaignie, dont les aucuns furent mors emprez nous. »

Jean Juvenal des Ursins (Bibl. nat. fr. 2701, f. 87 dans Beaucourt, 1, 240, note 2) : u Je sray qu'il vous souvient bien du péril ou fustes à La Rochelle, quand le plancher fondit soubz vous, et vostre parent, nommé monseigneur de Preaulx (Pierre de Bourbon), qui estoit derrière vous fut tué, et aultres blessez et navrez. »

C Etude du mécanisme pal hogé nique. Il est identique dans les deux cas.

Ces phobies font explosion à trois ans de distance lune de l'autre. Le Roi a seize ans et demi à Tapparition de la j)remière, — dix-neuf ans à celle de la seconde. Dans les deux •cas, il y a eu sidération morale consécutive au choc (choc

fi6 PATHOLOGIE MENTALE.

psychique à Montereau, — somalique et psychique à La Rochelle).

On sait que cette apparition de l'état phobique, consécutive à un choc ou à un trauma provocateurs, est Tune des marques les plus sûres de la dégénérescence héréditaire. Devons-nous rattacher Texplosion de ces phobies à la névrose traumatiqiie (avec l'École allemande), — ou (hypothèse plu& douteuse) à V hystéro-neiirasthénie traumaliqiie de TEcole de la Salpêtrière ^ ?

§ 4. Étal mental. En dehors de cette série de délires partiels (d'origine héréditaire) la mentalité, suivant la règle clinique, reste normale. Chez Charles VII il y a même un degré de plus. L'état mental n'est pas seulement normal : il y a chez le Roi vigueur intellectuelle et forte intelligence politique.

Ce double trait (facteur essentiel dans la constitution si complexe du diagnostic psychique du Roi) est trop précieux pour qu'il ne soit pas nécessaire d'affirmer sa réalité par les témoignages contemporains autorisés :

Chastellain, II, 184 : « Avoit merveilleuse industrie, vive et fresclie mémoire; estoit historien grant, beau raconteur, bon latiniste et bien sage en conseil. »

Id. II, 178 : « Avoit parole belle et bien agréable et subtile, non de plus haute oye. »

Id., II, 184 : « Metloit jours à heures de besongner à toutes conditions d'hommes, lesquelles infailliblement vouloit estre observées, et besongnoit de personne à personne distinctement, à chacun : une heure avecques clercs, une autre avecques nobles, une autre avecques estrangiers, une autre avecques gens méchaniques, armuriers, bombardiers et sur les gens avoit souvenance de leurs cas et de leur jour estably ; nul ne les osoit prévenir. »

Id., II, 183 : (( Clerement percevoit qu'en diverses gens y a divers propryetez, et plus en deux que en ung, et en dix que en trois. Finablement en devint si duit que de toutes qualitez en quoy hommes povoient servir, il en tira à lui les plus excellens, et, selon leur vocacion, chascun en son estât, les employa à utilité telle qui leur séoit : Tung à la guerre, l'autre aux finances, l'autre au conseil, l'autre à

1. Ici venait la discussion de cette question. Je l'omets, puiscju'elle est restée inachevée par M. Brachet. (A. B.-K.)

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rartillcric. Dont enfin, i)ar la ^ranl disLincLe cong-noissancc qu'avoit tics uns et desaultres, sur toutes choses avoit son regard également, sur les laultes aussi comme sur les vertus, Testât autour de luy devint à estre si dangereux que nul, tant fust grand, pouvoit cognoistre à peine là où il en estoit, et se tint ferme chascun en son pas dû, de peur (juo, du premier mespas (pie feroit, ne fût pris à pied levé. »

Id., Il, 188 : «Tailloit fort son royaume; /'v/o// mni(j/-cs ses hommes ; restahlissoit paix, mais peu deruynes; pourveoit volontiers plus aux offices que aux gens, et, en donner, enquéroit de leur estât. »

Id., II, -184 : « Et ainsy mist sus ordre et règle en son royaume, et tenant chascun en cremeur donna cours à justice, qui para vaut y avoit esté morte longtemps; fist cesser les tyrannies et exactions des gens d'armes aussi admirablement que par miracle; fit d'une infinité de meurtriers et de larrons, sur le tour d'une main, gens résolus et de vye honneste ; mist bois et forests murtrières passages asseurés, toutes voyes seures, toutes villes paisibles, toutes nations de son royaume transquilles. »

*:> 5. Caractère. L'élat normal de Charles VII contraste avec son développement intellectuel. Son panégyriste Chastellain avoue (II, 185) qu'à côté « des belles vertus » qu'il vient de décrire, le roi de France avait des « cheftivetés » très dangereuses ^ :

« Néanmoins aucuns vices soustenoit, souverainement trois : c'estoit muableté., diffidence^ et au plus dur et le plus, c'estoit envye pour la tierce ; lesquelles toutes trois se déclareront es lieux là où les matières d'elles-mesmes en donneront à cognoistre clèrement les effets, et desquelles il n'est heure présentement d'en escrire en général. » (Chastellain, II, 178.)

Id. II, 181 : « Il a esté dit que moult estoit de condiction

1. Quicherat, Bihl. Ec. des (Chartes, 18i2 t. IV, p. 76 : « Enfin je rapporte le portrait de Charles VII, qui me semble être l'un des morceaux de Chastellain les plus utiles pour l'histoire du xv^ siècle. Malgré tout ce que sa prédilection pour la maison de Bourgogne peut inspirer de doutes sur la ressemblance de cette peinture, je ne crains pas de la déclarer la meilleure et la plus digne de foi qui nous soit parvenue. Le caractère du monarque y est tracé de telle sorte qu'on y trouve l'explication de tout son règne, et qu'on le reconnaît à Vinstani pour le pare de Louis XI, en dépit de la fausse figure de chevalier que lui a faite la tradition. »

muable ce roy ; dont, à cause de tel accident, escheurent aussi fréquentes et diverses mutacions autour de sa personne ; car avoit de condiction qu'en terme de temps, quand on s'estoit bien haut eslevé emprès luy jusques au sommet de la roue, lors s'en commençoit à ennuyer ; dont, à la première occasion que povoit trouver aulcunement apparence, voulentiers les renversoitde hault à bas.... »

On voit que le rare équilibre qui est le trait de l'intelligence du Roi ne se retrouve plus dans le caractère. Cette motilité extrême explique bien des anomalies de conduite de Charles VIT, et cette « envie » nous fait comprendre son ingratitude : comment il a laissé périr Jeanne d'Arc, et sa conduite avec Jacques Cœur.

Section 4. — Pathologie.

§ 1. Année 1455. Maladie insuffisamment définie au point de vue symptomatique (le Roi fut « mal disposé d'un costé ». Lettre de Charles VII à Chabannes, 26 septembre 1455, dans Beaucourt VI, 436).

§2. Années 1457-1461. Affection grave d'une jambe qui apparaît chez le Roi en décembre 1457 et qui va persister chez Charles VII pendant les quatre années qui lui restent à vivre.

M. de Beaucourt (comme tous les littérateurs quand ils touchent aux choses de la médecine) fait volontiers de la pathologie de roman : il n'hésite point ici à diagnostiquer « la nature cancéreuse de la plaie de Charles VII » (Beaucourt, Ilisl. de Charles VII, t. VI, p. 440). L'examen de la symptomatologie et de l'anamnèse va nous permettre de fixer la nature de l'affection, très étrangère au diagnostic de M. de Beaucourt :

A. Symptomatologie. Chastellain, III, 444: « ... Mal incurable en une jambe qui tousdis couloit et rendoit matières incessamment, qui le mettoit à fin. »

B. Anamnostiques : P Anamnèse collatérale (trois frères tuberculeux ; le dernier mort de carie tujjerculeuse du rocher) ; — 2° Anamnèse maternelle (sur le lymphatisme et riiérédité arthritique de Tobèse Isabeau de Bavière, voy. ci-dessus).

La symptomatologie nous indique la carie osseuse de la jambe avec trajet fistuleiix. Les anamnestiques nous révèlent la nature tuberculeuse de l'ostéite, et la présence chez Charles VII de la scrofulose sénile. — Voir dans Texcellente monographie de Laconche, la Scrofulose sénile, 1880, de nombreux exemples (empruntés à la clinique de Velpeau) de manifestations* osseuses identiques au cas de Charles VII comme symptomatologie et comme hérédité morbide.

§ 3. Année 1458. Progrès de l'affection osseuse. On est obligé de chapeler le pain de bouche du Roi (Arch. nat. KK. 51, f. 69 ; Beaucourt, VI, 439). Rapproché des accidents apparus ultérieurement chez Charles VII, ce fait est le premier indice de l'tiyperesthésie des mâchoires à la pression et la preuve de la marche envahissante du processus morbide.

§ 4. Consécutivement à ce travail pathologique de la carie de la jambe pendant cette période de quatre années (1457- 1461 )^ affaiblissement graduel du malade.

Dans l'espoir de la mort prochaine de son père-, le Dau-

1. Beaucourt (VI, 437) : (( Pour un aulnes toile bourp^eoise délivrée à Jehan Mareschal, chaussetier et varlet de chambre du Roy nostre sire, pour fere ix chausses à laceure par derrière et une faulse porte pour serviraudit seigneur à une jambe ({u'il avoit malade. » (Archives, KK. 51, f. 30 v°.) — Le 3 mars 1459, on achète un quartier de fin blanchet, « pour faire audit seigneur ung chaussons jusques à my jambe. » [Idom, f. 46.)

2. Vaesen (I. 427). Lettre du Dauphin Louis à Mlle de Villequier. Genappe, 30 août 44CO : « Ma damoyselle, j'ai vcu les lettres que m'avez escriptcs. Et vous mercie de l'advertissement que m'avés fait par vozdictes lectres, et soyez seure ({ue à Tayde de Dieu et de nostre Dame que une fois je vous le rendray. J'ai eu semblablement des lectres du conte de Dampmartin, que je fainglz de hayr, qui sont semblables aux vostres. Je vous prie, dictesluy (ju'il me serve toujours bien en la forme et manière qu'il m'a lousjours escript par cy devant.

phin (Louis XI) recourt aux calculs des astrologues. (Chastellain, III, 446 : « Comme de long temps il avoit eu désir de régner et d avoir couronne en teste, et encore plus maintenant pour cause que son père lui tenoit la main roide, quand ce vint que le mal de la jambe lui estoit pris et duquel on le jugeoit en péril, fit à tout lez calculer sur le mal de son père pour savoir s'il en pourroit eschapper sans mort. En quoy plusieurs laborans rapportèrent par jugement et certifièrent que non, et mirent terme prefix dedens lequel les influences de là sus demonstroient sa fin. Sy le certifièrent si très à l'estroit, et tant et tellement y adjousta foy le Dauphin qu'à peine lui sembloit la chose estre de nécessité ' qu'ensi ce fist. »)

Facile à pronostiquer même en l'absence de texte probant, cette marche graduelle de l'épuisement nous est confirmée par la lettre des membres du Conseil du Roi adressée au Dauphin Louis quelques jours avant la mort de son père le 17 juillet 1461. Signalant au Dauphin l'aggravation soudaine de l'état de faiblesse du Roi, le rédacteur de la lettre ajoute : « Comme il nous semble il afl'oiblit plus qiiil ne saoïiloit >» (Lettre des membres du Conseil du Roi,d. Lenglet-Dufresnoy, Commynes, II, 307.

§ 5. Etat psychique. Sur la dépression consécutive à Tétat d'épuisement du Roi, cf. l'hyperémotivité de Charles VII au moment où les ambassadeurs hongrois venus à Tours, décembre 1457 (pour chercher sa fille Madeleine, fiancée au roi Ladislas de Hongrie), reçoivent la nouvelle imprévue de la mort de leur roi :

Relation allemande de l'amljassade de Hongrie (dans Beaucourl, VI, 170) : « Grande fut raffliction qu'apporta ce message. Ce hil parmi les Français une lamentation générale. On ne voyait plus per-

Je penseray sur les matières de (juoy il m'a escript et bien losl il sçaura de mes nouvelles. Ma damoyselle, gectez ces lettres au feu et me faictes sçavoir s'il vous semble que je doyve gueres demeurer en Testât où je suis. Escript à Genappe le trentiesme jour d'aousl.

« Le vostre « Loys. »

sonne dans les rues de Tours, naguère remplies de monde. Les enfants ([ui se rencontraient pleuraient en criant : « Hélas! le roi Ladislas (( est mort ». Le roi de France étant malade, personne n'osait lui apprendre la nouvelle. Ses conseillers, qui doutaient encore, dépêchèrent des exprès en Allemagne pour aller aux informations. Mais bientôt arrivèrent les messagers du duc Sigismond, confirmant la triste vérité. La Reine, aussitôt informée, recommanda aux ministres, à tous les officiers royaux de garder le silence, de peur que le Roi, instruit de l'événement, ne fût frappé à mort. »

Chastellain,Ill, 380 : « Sy fut avisé que cestemort du roy Lancelot lui seroit celée encore par aucuns jours de peur qu'il n'en rechust arrière en son mal, car moult craignoient son dueil et le démener qu'il en feroit, et que la parversité d'une telle aventure ne lui devenist matère de mort, et pourtant lui voulurent-ils celer le meschief jusques il seroit plus fort au-dessus du danger, car encore estoit-il si foible que le jour de Noël auquel ilavoit proposé de tenir estât royal, il le fit tenir par son serouge, le conte du Maine, cuidant tousjours toutevoies que la joye se continuast entre eux, ce que non, comme il appert, mais il n'en savoit riens pour cause qu'il se logeoit dehors la ville et que l'on avoit fait defîense sur peine capitale, que nul au monde ne s'avançast de lui faire semblant de riens, ne homme, ne femme, jusques il seroit heure et conclu par les seigneurs du sang, lesquels firent faire un très-bel et somptueux service en l'esglise de Saint-Martin de Tours, le XXIX'^ de décembre, là oij furent le conte du Maine, le conte de la Marche, le conte de Dunois.... Lequel service fait à l'appartenir d'un tel prince, le mieux que l'on avoit pu, fut conclu par les seigneurs de faire savoir au roy ceste douloureuse aventure et de la lui dire ains plus tost que plus tard. Car jà le longuement demorer annuioit à ceux de l'ambassade qui considéroient eux estre venus pour nient et moqués de fortune. Sy fut avisé que messire Pierre de Breszé, grant séneschal de Normandie, pour ce que haut chevalier estoit et homme de moult bel et plaisant langage, diroit les mots, car il savoit manier le roy mieux que nul autre. Sy lui dit l'aventure et le cas advenu, en quoi/ le roy se mua très fort. »

On voit que si l'intelligence reste intacte, la dépression morale est profonde. Ceci nous donne la mesure du coup qu'en cet état émotionnel porteront à Charles VII les intrigues du Dauphin contre lui, intrigues sans cesse renaissantes pendant les quatre dernières années de la vie du Roi, et les complots suscités par le futur Louis XI.

Section 5, — Mort.

§ 1. Deux versions contradictoires sur la mort du Roi

A. Au dire de tous les historiens antérieurs à M. de Beaucourt (1890), Charles VII, craignant le poison de son fils, serait volontairement mort de faim. Cette version, qui est celle de Barante, de Sismondi et d'Henri Martin, a été nettement résumée par Michelet (V, 351) : « Dans cette retraite de Brabant Louis partageait son loisir forcé entre deux choses : désespérer son père et miner tout doucement la maison de Bourgogne qui le recevait. Le pauvre Charles VII se sentait peu à peu entouré d'une force inquiète et malveillante : il ne trouvait plus rien de sûr. Cette fascination alla si loin que, son esprit s'affaiblissant, il finit par s'abandonner luimême. De crainte d'être empoisonné, il se laissa mourir de faim. »

Médicalement, cette version a été adoptée par Taliéniste Moreau (de Tours) qui, dans sa Psychologie morbide (1859^ p. 557), a soutenu la théorie de la mort par inanition consécutive au délire des persécutions.

B. Dans son Histoire de Charles VII (1890, t. VI, p. 442), M. de Beaucourt a tenté d'établir la non-existence chez le Roi des craintes d'empoisonnement prêtées jusqu'ici à Charles VII par tous les historiens. Le Roi, selon M. de Beaucourt, est effectivement mort de faim, mais parce qu'il n'a pas pu manger et nullement (comme on Ta prétendu jusqu'à ce jour) parce qu'il n'a pas voulu manger.

Cette thèse nouvelle de la mort par inanition involontaire (avec conservation de l'intégrité mentale complète pendant la dernière période de la vie du malade) a trouvé un défenseur dans le D"" Notta qui a rédigé, à l'appui de la théorie de M. de Beau(!Ourt, une Consullalion insérée au tome VI (p. 457) de Vllistoire de Charles VII.

§ 2. Pour aborder utilement Tétude du proljlème historique encore inexpliqué de la mort de Charles VI f, nous laisserons provisoirement de côté :

P Les hypothèses des historiens, aussi bien celle de M. de Beaucourt que celle de Michelet. Si les conclusions du dernier historien de Charles VII avaient été le résultat d'un examen comparatif de tous les textes autorisés, elles eussent constitué pour l'histoire un gain précieux. La théorie de M. de Beaucourt ne repose malheureusement que sur des omissions de textes ou des suppositions sans fondement. — Dans son enthousiasme pour son héros et dans sa répugnance à admettre qu'un roi de France ait pu délirer même momentanément, l'auteur a négligé les textes décisifs pour la dernière période de la vie du Roi.

'2° La double consultation des D" Moreau (de Tours) et Notta, apportant à chacune des deux théories opposées le secours de l'argumentation clinique.

§ 3. Sympîomalologie. Etat du malade à la période initiale.

Le Roi tombe malade au commencement de juillet 1461 et meurt le 22 du même mois à l'âge de cinquante-huit ans. Il est nécessaire pour le diagnostic de préciser l'état général du Roi à la date du P'' juillet 1461.

A. Etat somatiqiie. Épuisement consécutif à l'ostéite tuberculeuse delà jambe (comme nous l'avons vu plus haut) qui dure depuis quatre années (1457-1461). Depuis trois ans douleurs non définies dans une mâchoire, hyperesthésie de la mâchoire (on chapelle le pain du roi). L'état général est un affaiblissement progressif, avoué par les membres du conseil.

B. Etat psijcliiqiie. Hyperémotivité consécutive à l'épuisement par double cause (d'autant plus décisive si Ton considère le terrain chez un dégénéré héréditaire, phobique, scrofuleux, tuberculeux, descendant de cérébraux) : 1° par l'ostéite, 2" par les excès génésiques du roi toujours de plus en plus marqués à mesure qu'il avance en âge; hyperémotivité entretenue par l'inquiétude constante où le met son fils Louis, sans cesse occupé, de Belgique, à conspirer contre lui.

§ 4, Chronologie des symptômes.

A. Période prédéliranie. En juillet, abcès d'une mâchoire ^; le 9 juillet on arrache au Roi une dent, on ouvre l'abcès; Charles n'éprouve aucun soulagement; son état s'ag-grave. Le 17 juillet les membres du Conseil royal écrivent au Dauphin pour lui exposer la situation et prendre ses ordres :

Lenglet-Dufresnoy (Commynes, II, 307) : « Lettre sur la maladie de Charles VIL Nostre très- redouté Seigneur, nous recommandons à vostre bonne grâce, si très-humblement que plus pouvons. Plaise vous sçavoir, nostre très-redouté Seigneur, que certaine maladie est puis aucun temps en ça survenue au Roy vostre père, nostre souverain Seigneur; laquelle, premièrement a commencée par la douleur d'une dent, dont à ceste cause il a eu la joue et une partie du visage fort chargée, et a rendu grande quantité de matière, et a esté sa ditte dent après arrachée, et la playe curée en manière, que tant par ce que aussi, par le rapport que les Médecins nous faisoient chascun jour, nous avions ferme espérance que brief il deust venir à guerison. Toutesfois pource que la chose est de plus longue durée que ne pensions, et que comme il nous semble il affoiblit plus quil ne saouloit, nous, comme ceux qui, après luy, vous desirons servir et obéir, avons délibéré le vous escrire et faire sçavoir pour vous en avertir, comme raison est ; affin dessus tout avoir tel avis, que vostre bon plaisir sera ; et vous plaise,

1. BeaucoLirl, VI, 442 : « Et qiiesto è proceduto ad uno infirmita mollo terribile che hauto il prelibato Re, fusse una massella. » Lettre de Carlo de Vrolis, podestat d'Annone, à Sforza, 30 juillet.

Beaucourt, VI, 442 : (( Mori a una ora di notte, di una postema che gli vienne nella mascella. » Cronica di Bologna (d'après une lettre du duc de Milan), dans Muratori, l. XVIII, col. 739.

Dépêche de Camulio au duc de Milan, 20 juillet 1460 : <( Imo lie venuto qui persona propria, partita a li nove del présente da la Curia, clii dice el Re de Francia haver havuto mal de denti et esser guarito. L'altro di, à Brocelle, domandandonie io al vescovode Tornai che lie il statu tto de Berg-onia, el me disse che al vero el Re de Franza liavia havuto una doglia a una mascella, et che se dice va essergli apostemato le gengive da una niasca. » (Dans Beaucourt, VI, 422. j

Beaucourt, VI, 442 : « Passo di quesla vita de una postema che egli era venuta su una masella. » Lettre du chancelier Cico de Galabria à Otto de Garetto, ambassadeur près du Pape, 1^'" août.

nostre très-redouté Seigneur, nous mander et commander vos bons plaisirs, pour y obeyr de tous nos pouvoirs, au plaisir de Nostre-Seigncur, qui par sa saincle grâce vous doint très-bonne vie et longue. Escript à Meun sur Evre, le dixseptiesme jour de Juillet. Ainsi Signé : Vos très humbles et obeyssans serviteurs : Charles d'Anjou. Guillaume Juvenel, chancellier. Jehan. Constan. A. de Laval. Amonyon Delebret. Anthoine de Chabanes. Jehan d'Estouteville. Machelin Brachet. Tanneguy du Chastel. Jehan Bureau. Guillaume Cousinot. P. Doriole. Ghaligant. »

La rapidité de rai'faiblissement « plus qiiil ne saoïiloil » peut faire soupçonner chez le roi la présence de la septicémie.

B.Pe/'/oc/e(/é/iran/e.Lel5juillet Charles refuse de manger. Après sept jours d'abstinence il se décide à manger, mais il ne peut s'alimenter et meurt.

Nous avons ici trois témoignages décisifs qui ne peuvent être écartés :

l°Le texte du chroniqueur officiel, Jean Chartier, religieux de Saint-Denis. Ce texte est essentiel, étant donnée la position officielle de l'auteur.

Jean Chartier, C/iron. de Charles VII (éd. Valletde Viriville), III, 112: « L'an mil quatre cent soixante et ung, environ le commencement du moys de Juillet, fut semé certain langage par gens plains de zizanie, et disoit-on que on voulloit empoisonner leroy très chrestien Charles VII-^ de ce nom,luy estant à Meun sur Yèvre. De laquelle chose après qu'il fut informé, ficha tellement ledit empoisonnement en son ceur, que oncques puis n'eult joye ne santé. Mais pour ce qu'il fut adverti par ung capitaine qui moult Taymoit, y adjousta telle foy et se desconforta tellement qu'il délaissa le mengier par l'espace de huit jours ou environ, pour ce qu'il ne s'osoit fier à nul de ses gens. Ne pour chose que ses physiciens lui dissent il ne voulloit menger ne prendre aucune réfection, etjusquesàce que ses fusiciens lui dirent que s'il ne mangoit il estoit mort. Et adonc mistpaine de menger, maiz ne peult,carses conduits estoient jà tous rettraitz. Et adonc se confessa et ordonna comme bon catholicque tel qu'il estoit doit faire. Et depuis,

lui voyant sa malladie rengrégée et ses jours abrégier, receult bien et dévotement tous ses sacremenset fist ses desrenières ordonnances etlaiz telz que bon lui sembla. Et ordonna à ses exécuteurs qu'il voulloit estre ensépulturé en l'église Monseigneur Saint-Denis en France, en la chappelle où son père et son grand-père sont enterrés. Ainssi fmèrent les desreniers jours de ce bon roy et très victorieulx prince, le jour de la Magdeleine oudit an et moys, en ladite ville de Meun sur Yèvre. »

« A entendre le chroniqueur officiel », dit M. de Beaucourt. On est surpris de trouver une aussi lourde erreur de critique historique dans la bouche d'un ancien élève de l'École des chartes. C'est exactement comme si l'on disait: «A entendre le Journal officiel de l'Empire, les généraux français auraient capitulé à Baylen. » Pourquoi le chroniqueur officiel de Charles VII eût-il inventé cet accès de sitiophobie? N'était-il pas plus naturel qu'il le tût, comme il avait tenté de nier les relations du Roi avec Agnès Sorel (cf. .1. Chartier, Chronique de Charles Vil, éd. Vallet de Viriville, t. II, p. 184). Donc il fallait en tenir compte *.

2° Le récit rapporté par Commynes, et qu'il tenait de la bouche de Louis XI :

Commynes (éd. Dupont, II, 215) : « Il sçavoit que le roy Charles, son père, quant il print la malladie dont il mourut, entra en ymagination qu'on le vouloit empoisonner à la requeste de son filz, et se y mit si avant qu'il ne vouloit plus manger: parquoy fut advisé, par le conseil de ses médecins et de ses plus grans et especiaulx serviteurs, que on le feroit manger par force : et ainsi fut faict, par grant délibération et ordre des personnes qui le servoient, et luy fut mis des coulis

1. M. de Beaucourt a oublié qu'on ne doit mettre en doute la véracité d'un document officiel que quand il est optimiste et favorable ; quand il est pessimiste et défavorable, il doit être recueilli et pesé avec soin.

Sur l'autorité de Jean Chartier, voy. le tome I de l'édition de Vallet de Viriville, p. xxix-xxxv.

en la bouche : et peu après cesle force, ledicl roy Charles mourut. Ledict roy Loys, qui de tout temps avoilblasmé ceste façon, etc.... »

Ce texte est capital par le côié psychique '.

Nous ignorons pour quelle raison ^I. de Beaucourt a passé sous silence ce témoignage décisif de Louis XI, qui eut suffi à lui seul pour le diagnostic.

3° Le texte de Chastellain (sur l'autorité de Chastellain reconnue par M. de Beaucourt, voir Hist. de Charles VII, Introduction, p. LXIII-LXIV).

Chastellain, Chronique, IV, ch. xxx, p. 3G9: «... Il chut en estrange maladie de la bouche, et de là en souppeçon de poison à luy préparé, par quoy volontairement et tout de gré se laissa mourir de faim. »

De même Robert Gaguin, fol. 276: « Carolum deinde mors excepit, cumnunciatum ei fuisset, quosdam potionem apparasse, qua interiret. Ea re tam vehementer turbatum animum induit, ut dies seplem totos cibo abstineret, hortantibus maxime medicis se inedia magis quam morboaffici. Sed dum edendo vitae consuluit, coercitis arteriis cum stomachus nihil cibi reciperet, absumitur. »

De même : Additions d'Adrien de But à la Chronique de Jean Brandon, éd. Kervyn de Lettenhove. Bruxelles, 1870, t. I, p. 157 : « [Rex Carolus VI"^ fantaziando loquebatur].... Eamdem maledictionem successor ejus quartogenitus filius Karolus VII"' circa finem et horam mortis habuit, anno Domini M" CCCC° LXI°; neque verbum aliud in ore fuit quam : Par Saint-Jean nous ne mengerons plus- f »

Thomas Basin, I, 311 : « Nec sine veneni suspicione mors ipsa continget : quod ipse adhuc aeger decumbens, saepissime

1. Et plus loin nous avons encore une fois le témoignage de Commynes : « Son pcre Charles septiesnie, qui tant avoit faict de belles choses en l'rance, estant mallade, se mit en fantaisie que on le vouloit empoisonner, parquoy il ne voulut jamais manger. ))(Commynes, éd. Dupont, II, 542.)

2. Henri Baude dans Chron. de .1. Charlier, t. III, p. 129 : u Son serement estoit : saint Jehan! saint Jehan! »

questus fuisse dicitur. Sed et liane suspicionem non modicum adauxit, quod niillum aul minimum de ejus obitu dictus Delphinus luctum duxit, sed ei, qui primo ad se de hoc nuntium attulit, tanquam sibi jucundissima portasset nova, donaria dédit non contemnenda. »

De ces textes nous laisserons de côté, suivant la règle delà pathologie historique, Félément pathogénique toujours subjectif, pour ne conserver que l'apport symptomatique.

Contrairement aux affirmations de M. de Beaucourt, il résulte des textes autorisés: 1° que du 15 au 21 juillet environ, accès de sitiophobie du roi; 2° tentative d'alimentation forcée.

C. Période posl-délirante. L'accès sitiophobique a pris fin. Le Roi consent à manger. Le lendemain ou le surlendemain il meurt. La cause immédiate de la mort nous est inconnue. Elle ne peut ressortir à l'inanition, la durée du jeûne volontaire du Roi n'ayant pas dépassé une semaine (coupée d'ailleurs, comme nous venons de le voir, par l'alimentation forcée).

Louis XI est muet sur le détail pathologique de cette période terminale ( « Peu après ceste force ledict roy Charles mourut. » Commynes II, 215). Nous avons dit ci-dessus que la rapidité anormale de l'affaiblissement du malade, dès le début de l'affection, pouvait faire soupçonner la présence de la septicémie. De ce symptôme, caractéristique delà première période, il faut rapprocher l'apparition,, dans la dernière, d'un phlegmon occupant la région du pharynx. C'est en effet à cette date de la maladie que le chroniqueur officiel Jean Chartier note l'existence de l'obstruction pharyngienne : « Et adonc mist paine de menger maiz ne peult, car ses conduits estoienl jà tous rettraiz » (Chartier, Chron., III, 112). Cet état inflammatoire du pharynx nous est confirmé par les Mémoires du pape Pie II (Eneas Sylvius) : « Sic Rex inedia maceratus et morbo quodam, quem illi aiunt in gutture provenisse, vita excessit » (Pii II Commentarii, éd. de 1614, p. 1()4) '.

1. Quiclierat, à Viiiverse de Beaucourt, fait rjrra;ic/ état des mémoires de Pie 11, et les donne comme un modèle de style d'homme d' tat, de précision de politique d'affaires.

Dans quelle mesure ce processus phlegmoneux est-il lié chez Charles VII à la septicémie consécutive à la résorption (les toxines du pus? Il est difficile de le dire aujourd'hui.

Ce diagnostic suspensif était trop modeste pour satisfaire la curiosité des contemporains. Pour eux, le roi est simplement mort (le faim S et cette conception pathologique, aussi naïve que dramatique, a été adoptée par tous les historiens, y compris M. de Beaucourt.

§ 5. Pathogénie. Les textes nous ont donné la preuve : 1° que contrairement aux assertions de tous les historiens (y compris M. de Beaucourt) Charles VII n'est nullement mort de faim ; — 2° que contrairement à l'affirmation de M. de Beaucourt la mort a bien été précédée d'une période transitoire de délire sitiophobique.

Reste à déterminer la pathogénie de l'accès. Les écrivains qui croient encore au suicide de Charles VII attribuent la détermination du Roi à une cause d'ordre moral : la peur d'être empoisonné parles agents du Dauphin. C'est là de la pathologie de professeur d'histoire, et c'est l'un des devoirs de la science de substituer à ces vagues « à peu près » littéraires la conception d'un mécanisme précis.

Dans son travail sur la Pathologie du maxillaire, le professeur Guyon a fixé, il y a vingt-cinq ans, les rapports entre les manifestations de l'ostéo-périostite et la circulation du cerveau. Chez les enfants oi^i la maladie revêt la forme aiguë, l'ostéo-périostite s'accompagne, en règle, de troubles cérébraux intenses (délire, convulsions, etc.). Chez l'adulte où (en dehors de l'état chronique) l'on n'observe guère que la forme subaiguë (ce qui est le cas de Charles VII), les phlegmasiesdu cerveau ou des méninges ne sont pas rares: le professeur Guyon a même noté chez certains scrofulcux la propagation de l'indammation par les veines faciales aux sinus du crâne. Dans l'ostéo-périostite des mâchoires chez les ouvriers allumettiers, la mort par méningo-encéphalite (consécutive à la nécrose postérieure des os crâniens) est fréquente.

1. 13eaucourt, VI, 442 : « l^assa de questa vita pcr mal naciutoli in bucca, il qiialc è devoniito a tag-lio, et pcr rcxlremo doloro, non ha maypotuto mangiare. » Lettre d'Abraham Ardizzi à Sforza, '(■ août.

A côté de ces accidents méningitiques, il faut noter en outre chez les syphilitiques et les scrofuleux une série d'altérations aussi décisives que les précédentes au point de vue mental : je veux dire les déterminations de troubles graves du côté des fosses nasales depuis l'inflammation de la muqueuse olfactive jusqu'aux différentes formes d'ulcération. C'est dans cet ordre de symptômes qu'il faut chercher la vraie cause de l'accès délirant de Charles VII : chez certains malades cette inflammation de la muqueuse olfactive arrive à provoquer des hallucinations du goût et de l'odorat (le malade perçoit dans les aliments des odeurs et des saveurs de substances toxiques, le goût du cuivre, etc.). Chez les prédisposés ou chez les sujets en état d'épuisement nerveux, ces hallucinations olfactives ne tardent point à donner naissance à des idées d'empoisonnement. Comme il est naturel, ce délire naissant de la persécution prend corps autour de l'image qui obsède le plus habituellement le malade (sur le futur Louis XI dans le cas de Charles VII).

C'est alors que la sitio phobie fait explosion, passagère ou permanente selon l'état personnel du patient. Nous avons un exemple très classique de la première forme dans le cas du grand-duc Nicolas de Russie (frère de l'empereur Alexandre II) mort en 1893 des suites d'une ostéo-périostite du maxillaire. Consécutivement à l'inflammation, par propagation, de la région olfactive, apparition chez le malade d'un délire sitiophobique transitoire : le grand-duc accusait tous ses aides de camp de vouloir l'empoisonner. Cette poussée (ou, comme disent les cliniciens, celte « bouffée délirante ») disparut au bout de quelques jours. Ce cas que l'histoire de Russie nous fournit est l'exacte répétition de celui du roi Charles VII si complètement méconnu par le dernier historien de ce monarque dans son laborieux et si exact travail.

Les erreurs des médecins viennent de Vomission des symptômes, ce qui n'eût point eu lieu si, comme nous le disions dans V Introduction, ils eussent pris la peine de passer euxmêmes en revue tous les textes originaux.

Le D'" Moreau (de Tours), se fiant à Michelet,a /^/zore l'existence de la cause provocatrice, la nécrose du maxillaire, et

ce symptôme lui manquant, il a rattaché la sitiophobie à un délire primaire direct.

Le D''Notla, se fiant à M. de Beaucourt,a ignoré les textes décisifs de la sitiophobie et de Y alimentation forcée, et a conclu à la persistance ininterrompue de l'intégrité mentale.

Les deux médecins ont ignoré les antécédents d'Isabeau et son hérédité, indispensables à connaître pour la constitution médicale du fils.

Section 6. — Conclusions.

v^ 1. En résumé, l'histoire pathologique de Charles VII, fils d'une détraquée, chargée elle-même d'hérédité des deux côtés (nous laissons de côté le père inconnu), est celle-ci :

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