CONTRE
Foucard.
Ozanam.
Rayer (penche
Littré.
Aufaiire.
Ilecker.
pour).
llacser.
Jaunies.
Tessier (1773).
Grisolle.
Fleury et Monne-
Anglada.
Requin.
ret (ils font re-
Gruncr.
Brouardel et
marquer que si
Littré(enl83;5).
Thoinot.
l'on supprimait
l'éruption de la
suette des Pi-
cards, sa symp-
tomatolog'ie se
confondrait avec
celle de la suette
ang'laise).
Guérin.
Liltré (en 18G5).
Ilirsch.
Léon Colin.
Daremberj^-.
PIIILIPPE-AUGUSTi:. 289
Les deux écoles de Vanicilé et de la dualilé ne peuvent également invoquer Littré, quoiqu'il ait successivement professé les deux opinions.
En 1835, sous Tinfluence de la lecture du mémoire d'Hecker, il était dualiste.
Trente ans après, dans le Dictionnaire de Nysten, il était unic/s/e,touten avouant que Vériiption faisait presque toujours défaut dans la suette anglaise (difficulté capitale et non résolue)^.
Les unicistes n'avaient trouvé qu'une solution pour prouver V identité des deux maladies: c'était, ou de montrer des exceptions exanthématiques qui restreignaient la portée absolue de la loi anexanthématique du sudor anglais — ou de montrer dans la maladie moderne, essentiellement exanthématique, des cas authentiques de suette miliaire sans miliaire, c'est-à-dire sans exanthème.
A quoi les dualistes ont répondu que ces éruptions miliaires rares pouvaient être des sadamina naturelles dans une si colossale diaphorèse, — et que d'ailleurs il n'était nulle part question dans ces cas de desquamation., seul signe pathognomonique de l'éruption non résolue.
En outre. Kernel signalait l'absence à' exanthème comme caractère de la suette anglaise, et la plaçait hors du cadre de la pestilence.
Ces discussions théoriques sont sans issue.
Les unicistes ne peuvent empêcher la suette anglaise d'avoir été anexanthématique, — et le l'ait qu'il y a eu des cas
1. Dict. Littré-Nysten, éd. J855, v° Suette: a Fièvre éruptive, contag^ieuse, presque toujours épidéniique. Cette maladie éclata en Angleterre en 1486 pour la première fois et y renouvela ses ravages à quatre rei)rises jusque vers le milieu du xvi*' siècle : de là son nom de sudor anglicus.
« Dans les premiers temps, celle fièvre offrait une sueur extraordinairement profuse, mais peu ou point d'éruption. Le danger en était très grand, et les épidémies de suette anglaise doivent être comptées parmi les plus formidables qui ont désolé les populations. Dans les siècles suivants, la suette eut une éruption miliaire bien j)lus caractérisée, et elle perdit de sa malignité. Aujourd'hui elle règne fréquemment dans certaines contrées de la Picardie. »
On voit qu'en 1855, Littré adoptait la théorie de V unité des deux suettes, qu'il avait combattue en 1 8So dans son article sur Ilecker.
rares de suetles miliaires sans exanthème ne dégage pas le cadre des possibilités.
Reste l'argument géographique.
Pourquoi le siidor anglais ne sévit-il pas en France — et pourquoi ce dernier pays voit-il éclore la suette miliaire et devient son habilat ?
La question en est là.
Avec son coup d'œil médical, Littré m'a déclaré que la question était insoluble par ces discussions théoriques toujours et nécessairement subjectives.
Il fallait trouver un autre mode d'argumentation qui fût compréhensif, c'est-à-dire qui pût résoudre à la fois ces trois questions. Que cette suette :
a. Ait été anglaise (forme clinique grave);
b. Ait été exanthématique vraie, c'est-à-dire avec desquamation ;
c. Ait sévi sur les Français autant que sur les Anglais.
Mon maître me répétait que la clinique seule pourrait un jour trancher cette discussion théorique par la découverte d'une épidémie de suette anglaise [au plus tard contemporaine de la période delà suette anglaise, de 1486) dans laquelle figureraient les symptômes de cette suette, 7?/«s l éruption d^Xa^ suette miliaire^ et l'éruption dans sa forme indiscutable, c'està-dire non dans son stadium eruptionis ou le stadium floritionis (toujours discutables comme sudamina ou pétéchies), mais dans son stadium desquamationis qui est le degré ultime et la forme la plus élevée de l'évolution éruptive.
L'épidémie de 1191 réunit ces conditions. En outre, elle est de près de trois cents ans antérieure et laisse entrevoir que la maladie était familière aux Anglais (donc plus ancienne encore) ; — et d'autre part, elle ressemble beaucoup plus à la miliaire qu'à Vanglcûse, sauf le degré de sévérité indiquée par la chute des cheveux et des ongles.
Donc, aux conclusions de l'école dualiste ainsi formulées :
a. la suette anglaise apparaît pour la première fois en 1486;
b. elle est anexanthématique et antifrançaise, — il faut
objecter que c'est une lacune de renseignements d'archives, et non une loi clinique (ce que les médecins s'empressent toujours d'ériger en loi, n'est qu'un accident documentaire, comme dans les fossiles, où l'on érigeait les lacunes d'espèce en dogme morphologique).
Dès lors, cette épidémie de 1191 peut être envisagée comme la forme originaire, dont les formes avec ou sans exanthème sont des dégénérescences.
Richard Cœur-de-Lion et Philippe-Auguste sont donc par rang de date les plus anciens siiettiques connus.
M. Troubles consécutifs a l'infection.
Étant donné le nervosisme congénital de Philippe-Auguste, on est en droit de se demander, après la guérison de la maladie de 1191, quel va être, sur le système nerveux du roi, le retentissement consécutif à cette infection.
Si l'on considère d'une part le terrain^ c'est-à-dire le tempérament névropathique de Philippe et son hérédité lourde d'arthritisme nerveux [père lésion cérébrale en foyer, ch. IX; — grand-père polysarcie congénitale avec excès génésiques, ch.VIlI; — arrière-grand-père obésité pathologique avec manifestations arthritiques et herpétiques, excès génésiques, ch. VII; — arrière-grand' mère « praepinguis corpulentia », ch. Vil; — d'autre partie choc de cette infection sur un organisme de vingt-six ans, choc si violent que Philippe en ressentait encore l'ébranlement six mois après, comment va réagir le système nerveux du roi ?
On sait ce qu'est la loi des névroses post-infectieuses chez les héréditaires (l'une des plus précieuses conquêtes de la clinique moderne dans le domaine du pronostic et qui complète la belle loi des psychoses post-infectieuses dont nous sommes redevables à Kraepelin et à Ladame de Genève).
Ces névroses post-infectieuses — (qui ne doivent point être confondues avec les complications nerveuses survenant pendant la période aiguë de l'aifection) — n'apparaissent qu'après l'extinction de la maladie, soit pendant la période de convalescence (troubles secondaires), soit plusieurs mois après la gué-
rison et longtemps après l'épuisement du poison infectieux (ces troubles nerveux lointains et tardifs ont été par analogie dénommés troubles tertiaires).
Les formes cliniques que peuvent revêtir ces accidents lointains de l'infection ont été résumés par le professeur Teissier [Leçons cliniques sur la grippe, p. 154). C'est d'abord la neurasthénie typique avec tous ses symptômes généraux. C'est ensuite Vhystérie simple ou combinée à la neurasthénie (hystéro-neurasthénie de Charcot). C'est enfin les psychoses : délire aigu (Jeoffroy, Holst), délire chronique (Kraepelin), lypémanie (Mairet et Blocq), avec toutes les variétés de nosophobie et de nécrophobie.
Ces phénomènes morbides éclatent chez des sujets à hérédité chargée (jusque-là indemnes, en apparence, de toute tare cérébropathique ou névropathique). L'éclosion de ces accidents est due à la prédisposition héréditaire du sujet, et nullement à la modalité nosologique de l'infection, dont le rôle est réduit à celui d'une simple cause provocatrice.
C'est d'ailleurs l'opinion de Grasset, pour lequel un grand nombre d'accidents nerveux, variés et multiples dans leur manifestation, sont « tributaires de l'infection, qui résume ou domine leur étiologie » (Grasset, Traité des Maladies du système nerveux, t. II, p. 1008, 4^ éd.).
Ces données de pathologie étiologique appliquées à l'étude du système nerveux de Philippe-Auguste dans la période postérieure à Tinfection, peuvent expliquer une série de manifestations, dont nous aurons à nous occuper. Il est utile de rappeler à cette place la démonstration de Teissier [ibid.) que la forme de la névrose post-infectieuse est fonction, non de la nature de l'infection, mais de l'hérédité du sujet. Ainsi au cas où le roi eût présenté dans son ascendance directe des tares psychopathiques, la maladie infectieuse qu'ilvient de traverser aurait pu provoquer chez Philippe des troubles mentaux (cf. Kraepelin, JJeber den Einfluss acuter Krankheiten auf die Enlstehung von Geisieskrankheiten, Archiv fur Ps}^chiatrie, XII ; — Baillarger, Folie des grandeurs consécutivement à une attaque de scarlatine, Annales Médico-Psychologiques 1879, II, 76; — Crespin, Pathogénie des névroses 1893, Observation XIV, p. 32).
L'hérédité de Philippe ne relevant que de l'arthritisme (trois générations d'arthritiques nerveux; cf. ci-dessus), — le roi (si la loi des névroses est exacte) devra, consécutivement à Tinfection suettique, faire de la neurasthénie.
Si l'infection a ce pouvoir de dégager de la prédisposition l'énergie potentielle morbide pour la transformer en énergie actuelle, et de provoquer l'explosion d'un trouble nerveux qui serait resté à l'état latent, — on ne s'étonnera pas que, plus aisément encore, elle réveille, en les accentuant, les tares pathologiques chez ceux des héréditaires qui, antérieurement à l'infection, relevaient déjà de la neuropathologie.
Ce dernier cas est, à notre avis, celui de Philippe-Auguste. C'est seulement par l'explosion des troubles nerveux postinfectieux que peuvent s'expliquer les trois épisodes les plus étranges de la vie du roi, incidents restés inexpliqués jusqu'ici par les historiens et dont nous tenterons d'éclaircirle mystère à la lumière de la neuropathologie.
Les trois points de la biographie de Philippe-Auguste auxquels je fais allusion sont :
1° Le départ précipité de Palestine en 1191 ;
2° Le singulier accès de thanatophobiequi, en novembre 1 192, s'empare du roi de France à la nouvelle que le Vieux de la Montagne envoie du Liban en Europe des émissaires pour le poignarder ;
3" L'aversion subite de Philippe, au lendemain de ses noces, pour sa femme Ingeburge de Danemark, — le divorce immédiat qui en fut la conséquence et la lutte de vingt ans qui suivit entre les deux époux.
Quel secours la pathologie peut-elle apporter à l'histoire pour l'étude de ce triple et jusqu'ici insoluble problème ? Ces troubles étant les uns et les autres de l'ordre alïèctif, non de l'ordre intellectuel, nous les réunirons, pour la commodité de la recherche, dans un même chapitre, puisqu'ils ressortissent tous les trois à la pathologie des émotions ^