Patria belgica; encyclopédie nationale ou exposé méthodique de toutes les connaissances relatives à la Belgique anicenne et moderne, physique, sociale et intellectuelle
Tkmps primitifs. — Ère préhistorique. — Nos misérables troglodytes de Vdge de la pierre eurent-ils une religion? connurent-ils le sentiment de la vénération, ou seulement redoutèrent-ils une puissance supérieures l'homme? Une vague appréhension du a lendemain de la mort » éclaira-t-elle de quelque lueur les ténèbres de ces esprits grossiers? Certains faits semWent venir à l'appui d'une solution affirmative de ces questions ; mais l'imagination a des complaisances contre lesquelles il est prudent de se tenir en garde. M. Dupont a signalé, dans la caverne de Chaleux, un cubitus de mammouth posé sur une plaque de grès, à peu de distance du foyer; il suppose que cet ossement, déjà fossile à l'époque du renne, a frappé par ses dimensions ceux qui le déterrèrent, et qu'ils l'ont érigé avec intention sur un piédestal, à côté de leur âtre : ce serait là, peut-être, un indice de fétichisme. Le souvenir d'une race de géants, objet d'une m. 1
terreur superstitieuse, s'est perpétué jusqu'au milieu du moyen âge ; dans les annexes de quelques églises, on conservée encore des côtes de cétacés monstrueux. Le champ est ouvert aux conjectures et aux rapprochements; mais on fera bien de ne pas conclure du possible au réel. Ce qu'il importe plutôt de noter, c'est que les premiers occupants du sol belge rendirent positivement des honneurs aux morts. On trouve dans leurs sépulture^ des outils et des ornements; ils célébrèrent des festins funéraires; sans aucun doute ils crurent à lexistence d'une autre vie, sous une forme quelconque.
A ces hôtes des cavernes succédèrent, dans Yâge de la pierre polie, des peuplades d'humeur belliqueuse, vivant à ciel ouvert, principalement au bord des plateaux. Leurs mœui's nous sont moins connues, par cela même que leurs demeures étaient moins fixes. Il paraît que ces tribus appartenaient à des races différentes ; qu'à la suite d'une invasion de peuples plus forts et mieux armés, elles émigrèrent graduellement ou furent refoulées vers le midi jusqu'au delà des Pyrénées, tandis que les familles restées en Belgique eurent une condition malheureuse et furent réduites à se réfugier dans les forêts les plus inaccessibles, parfois dans des cavernes, à l'instar des premiers troglodytes.
Les traditions populaires soûl invoquées en faveur de ces hypothèses ; seulement elles nous transportent sans transition à une époque plus voisine de nous, à une époque où le travail des métaux était déjk connu. Il s*âgit de ces nains mystérieux, désignés dans les provinces de Liège, de Namur et de Hainaut sous les noms de Nulons, Lutmis ou Sottais, de Wichlelclien aux bords de la Sûre et de Kabolertnannekens dans le pays flamand (les Koboltbs de la Germanie ?). Ils vivaient dans des grottes (trous de Nulons), ne sortant que la nuit, passant leurs journées k travailler pour les gens du pays ; ils ont particulièrement laissé, comme les anciens Basques, la réputation d^babilcs forgerons. Quand on avait besoin des Nulons, on allait déposer le soir, k rentrée du trou, l'ustensile k réparer ou la matière première de l'objet k confectionner; quelque temps après, toujours le soir, on venait le reprendre, en ayant soin de laisser au même endroit, k titre de salaire, des aliments ou des vêtements. Les nains étaient défiants et timides ; faisait-on mine de les molester ou de les tromper, ils quittaient la contrée sans retour; ils n'y ont plus donné signe de vie, en tous cas, depuis la prédication de TËvangile. Telle est la légende rapportée, entre autres, par un écrivain ingénieux, M. J. Grandgagnage, qui a pris texte de cette dernière circonstance pour hasarder toute une théorie. Les Nulons n'étaient rien moins, selon lui, que les tout premiers missionnaires de la loi du Christ, obligés de se tenir cachés au temps des persécutions, venus de pays plus civilisés, par Ik même plus experts dans les arts et métiers que les barbares qu'ils cherchaient k captiver en se rendant utiles, puis quittant leurs retraites quand ils purent marcher au grand jour, quand la croix eut triomphé. M. le chanoine de Smct s'est fait, on 1864, le champion de la même
ursTomE DES eeligions, %
liÉie; maii, sàû* imoqucr Jes souvenirs poétiques de h Brct^pic, qui (Mrlcnl de a pritu da?. n de la nu H, de nains bossus et velus veuanl ddiiser U ta lueur dcî» L^ûiles autour ûe^ pierres druidiques, il est permis de voir é»n% uos pygmées 1rs (Ifraiers reprt^scntanls d'une race uou-an'cmic vaincue^ subissanl les const*- Hueû€4^s do leur drfaîte en demandani k leur industrie une îelerauce précaire, l/ioalûgîe u^est pas toul li fait complète, mais en lin \h nous font penser h d'autres déihérilës, k c<îs chaudronniers ou étameurs ùiignm^t, qui traversent encore de innp» k autre nm campagnes* ^
Les piert^s dites drukliqiieH t'nveni longlempsatUibuécs aux Celtes; tei (iftlmem^ pris pour des autels, lemoutent incotitesUblement k Inge de la pien-e polie; il est prouvé^ de plus, que c étaient des tombeaux. Ils ne sont pas inconnus dans le sud-ouest de la Belgique : M* Lagarde a décrit un dolmen partaitement caractérisé, érigé sur une moniagne aride, non loin dAmberlouji ; les vieillai'da se souvieunetit encore de la Pierre du diable, a Jambes lez-Namur, déUniito jlny a guère que quarante ans. Rien de commun entre ces éoonnes tiible4ï de pierre et rétablissement des Celtes en Occident : Il longue traînée des dolmens s étend depuis la Poméranie jusquau iliroc et depuis le Caucase jusqu'à Hnde, c*esl-à-dire dans beau- I coup de pajs où les Celtes n ont jamais pénélié* Les meuhitë, les ' pfulmnjs ou pierres levées, les vromkch^ et les autres monuments prétendus gaulois ne se rencontrent pas exclusivement sur les côtes |d6 rArmorique et de la Gninde-Bretugne, où, du reste, ils sont plus 1 ailleurs; il est diflicile de voir autre chose qu un peutvan BUSe Pierre de Bnmehaut^ entre Rongy et Hollain (Tourlisiâ). Mais qui les a érigés, et sous Tempire de quelles idées reli* ieuses? Si grossiers que soient ces blocs, le déplacement de leur na^se et le travail nécessaire pour les superposer demandent des Eonnaiïiîiaûces mécaniques dont on ne gratifiera pas aisément nos demi*sauvage$, ou tout au moins une concentration deflorts et une Évérancequi supposent un peuple nombreux et, à certains égards, apliné. Uuoi qu'en pense 5L Henri Martin, cette obseiTation de Worsaae n'est pas sans valeur- Qui pourrait dire combien de Bots h a mains ont inondé successivement notre Europe, ont roulé uns sur les autres pendant des siècles quon ne saurait jmpter?
En somme, la plus grande partie de la Gaule fut très-longtemps ipée par des [R^uplades barbares à lorigine, mais qui, dans leurs inatioos et gr;ke a leur contact avec les colonies phéniiennes, durent s'élever peu à peu à un certain degré de culture
relative. En fait de religion, il n'y a rien de trop hardi à supposer qu elles avaient importé de leur lointaine patrie cet antique naturalisme que nous retrouvons au berceau de tant de sociétés orientales. Est-il hors de vraisemblance de soutenir que la vieille race ligystique adora les puissances supérieures, à la face du ciel comme les premiers patriarches, sans tailler les pierres de ses autels (Moïse l'avait défendu aux Hébreux), ^ans donner une forme matérielle aux objets de son culte, ou tout au plus attachant une idée symbolique à des mégalithes (v. Pausanias), et se contentant d'orienter les rangées de pierres de ses sanctuaires ouverts à tous les vents? Nous faisons volontiers remonter jusque-là les traditions religieuses de la Gaule, et nous inclinons à penser que les Celtes s'accommodèrent sans peine des croyances et des usages de leurs prédécesseurs, parce qu'ils y reconnurent le fond de leurs propres idées et de leurs habitudes. Gardons-nous néanmoins de trancher une question si complexe, dont les progrès ultérieurs des sciences auxiliaires de l'histoire pourront seuls avoir raison. Il est temps d'arriver à l'époque gauloise, où les vagues aspirations des premiers âges firent place à une doctrine régulière, savante, presque philosophique : le druidisme, qui conserva le respect des pierres levées et vénéra le chêne dans la même pensée que les Pélasges de Dodone.
Les Celtes. — César nous apprend que les Gaulois reçurent de la Grande-Bretagne leurs institutions religieuses. Celte thèse est confirmée par les monuments écrits du pays de Galles; cependant l'autorité des Triades serait à elle seule de peu de poids, ces recueils de poèmes ne paraissant pas avoir reçu leur rédaction définitive avant le xiu'' siècle de notre ère. Mais l'assertion du conquérant romain est formelle, et il ajoute même que, de son temps, ceux qui voulaient acquérir une connaissance approfondie de la religion nationale allaient la chercher de l'autre côté du détroit. Notons de plus que les Celtes gaulois (les Gaëls) se fusionnèrent de bonne heure avec les populations vaincues ; la branche de leur race qui s'établit en Angleterre, au contraire, s'y conserva généralement pure de tout mélange et dut par conséquent rester plus fidèle au culte des ancêtres. Le druidisme, examiné de près, n'est que le développement et l'inteiTprétalion des antiques croyances de toute la famille gallique et même, comme on l'a indiqué plus haut, des peuplades qu'elle soumit à son joug. Ici pourtant l'histoire se dégage encore péniblement de la légende. Le grand réformateur du
HISTOIRE DES REUCIONS. H
culie, le législateur des Celtes bretons, Hu-Gudarn ou le pitismnt, semble moins une individualité réelle qu'une personnification de sa race. Avec le tempa» Wtjratid Hu devint un dieu tout-puissant, le créateur de toutes choses * Un tait reste debout : le druid'mne, sinon fûodé du moins rérormé sous ses auspices, constituait la religion I ta Gaule indépendante plusieurs siècles déjà avant la conquête de
^àrniiîhme est oirartérîsé |>ar ^àcmutUuium meerdulute auLaiU quefiar s<^
tmu^^ 1,cs dmûif4( l<le tknvydd uu drîftMt, ahr., sa^je^ llii''oloffii'n, plutôt que
âix gfLT ^^ùî; on tlu c«4iiquc Jf rw oiï dramdfi^ cb<?iic) formaienl mi drryi( dans le
^^ WII9 lar^e aUribui' à ce mol au moyen fige; en d'autres Ir^mps, tous les IcUriH
^fe éiaiemaâlUésàtcuf corporation. Le r^mMt de leur vaEvte hiérarchie enveloîipait
^1 diQi »rs mailles serrées la populaiîon lout entière* Leur ititluence poZiti^pie Tut
^B cTiiutant plus considérahle que [ieriduiU tongiemps les cent tribus Kaulalses
^K mienl vécu entre elles dans un étut dlioslîllkl presque pL-rmsuunjt ; elles irou-
^m fêreoL dani* k relii^îon leur premier lien national. Aux druitk^ proprement dits
a|ipAr1<*iiîul la pr^minenee; âu-dessous dVux venaîeni les ettbages {ovyitil on
iWftWu te& m/fji, corn paru h les aux augures des Romains, puis les tmnU*^ *^lmrdd ou
àirs), le* pointes, eharjçés de conserver les Iraditioiis l4 au besoin de eenaurer les
meufs. Le ri^gime des tlanlois se ramenaii en di-nuère analyse à une ihévcraiie
fc/SM1flitt««^ 3nalo|(ue sous plus d'un rapport aux institutions des anciens llébrc^ux. DépositaifCàde la science sacrée, donl les enseij^nemenls ne se transmettaient l^parikrit, les Jn/tf^^^ passaient pour dtre en corn muni eation directe avec les ^$%. L**yrs sentences tHaient la dt^clitraUon de la volonté d'en haut : rien ne se disait done que de leur avis; ils en vinrent k ri^ler despuLiquonieni les affaîres
|publit|iies î* décider de la paix cl de la guerre^ à juger sans appel en matièrt' €tvÛe et crimrnelle. Kefusail-on de leur obéir, ils lançaient Vex4:ommfancaiwn^ arme terrible dans leurs ujains, car celui qui ravaji bravée passait pour un impie H un ^C4^lérjl : tout le monde Cuyaii son souflle empe^^té; il ne parvenait même plu* il se faire écou ter en jusiice. On voit de quel prcrslige les druides savaient tcnUïwref ; ajoulons qu'îlïi étaient comblés il*honneurs et de richesses: l\ semblait, dit SUTiboo, que la prospériuS du p:iys dût s*accroItre avec leur fortune. Leurs pfivïhVes n'élaieui pas moins nouibreux r exempts de tout impôt et du serviee nnlitâiref libres enhn de totites chargea, ils pouvaient se consacrer sans réserve h la mr^ditaiion et à TenseignemenL Ils s'adonnaient ^ toutes les sciences ; leurs i^tudcs duraient quelquefois vingt ans. Leurs retraites habituelles étaient les forêt» profondes et solitiiires; ils s'y entouraient de disciples avides de recueilir dt* leur bouche reïplîcutjoD des saints mystères ; iU n'apparaîssaiem au milieu du fw?upîe <|ue pour célt'brer des sacrifiées ou remplir les devoirs attachés à leur iouverainett^ morale Jls ne formaient point une caste h protrrentent parler, au ^nfOiQS dans les premiers temps. jNuîle autre condiliun d'admission dans leurs [toUéges que le mérite et le savoir. Ils avaient plusieurs centres religieux et polilliijut?* ; no arthi-druidf [irésidait chaque groupe : une sorte dVpiscopal, AeOté iflitxdfnide*! il y avaitdes (ir//ï/i/xçr.s jouissant egaU^nient de ta plus haute coïiôitf^Tation. Le^ une*^ V0UiV*sau ci*lihal, babitaieni des espi^ces de monnstéres : le '
plus célèbre éuit celoi de Vue de Sein (Sena)^ non loin des côtes du Finistère. Là, neuf vierges possédées de Tesprit di\in accomplissaient des rites mystérieux et sinistres ; les naTigateors n*approchaient qu*en tremblant de ces rocs battus par les flots tonjoars en furie, où ils voyaient errer la nuit des fantômes échevelés, agitant des torches ardentes (H. Martin). D*autres prétresses étaient mariées, mais ne pouvaient quitter qu*une fois fan leurs fonctions sacerdotales; d^autresenfm vivaient en famille. Comme les druides, elles pratiquaient la divination ; dans certaines contrées, elles paraissent avoir été chargées des sacrifices.
Les eubages ou ovaies différaient des druides, d*abord en ce qu*ils restaient mêlés aux populations: ensuite, en ce qu*ils s*occupaient d*obser\'er les phénomènes de la nature plutôt que d*en rechercher les causes. Ils étaient physiciens, médecins ; ils prédisaient Tavenir en consultant le vol des oiseaux et les entrailles des victimes; enfin la pratique des sacrifices et Tobservance régulière des rites les concernaient spécialement. On peut les regarder comme des prêtres ordinaires, des desservants, tandis que les druides, voués à des études plus sublimes, n'assistaient aux cérémonies du culte que pour y présider et leur donner par ce seol fait une sanction auguste. Les bardes, musiciens et poètes inspirés, doués de la seconde vue et par là dispensés d^avoir recours à la divination, étaient Tàme de tontes les réunions populaires. Ils calmaient ou enflammaient à leur gré Tenthousiasme guerrier ; ils glorifiaient les Iiéros ou évoquaient dans leurs chants passionnés les grands souvenirs de la nation. Leur ascendant était immense sur une race aussi mobile que les Celtes, aussi facile à surexciter, aussi prompte à revenir snr ses entraînements. Au caractère semi-religieux des bardes se joignaient les séductions du rfaythme poétique et des accords de la viole (roite) et de la harpe (idyn).
Il faut établir une distinction profonde entre les doctrines mystiques des druides et la religion populaire. Les auteurs anciens sont à peu près muets sur le premier point, et Ton ne peut se fier que souâ toute réseneaux Triades galloises, visiblement empreintes de christianisme. Voici en quelques mots ce qu^elles nous apprennent. Le nombre trois domine tout ce qui existe. Il y a trois unités primitives : Dieu, la vérité, la liberté. De là, dit le Livre des mystères, toute vie, tout bien, toute puissance. Trois cercles de Texistence : le cercle du vide (de Tinfini), que Dieu seul traverse ; le cercle de la migration, où la vie procède de la mort, et que nous traversons ; enfin le cercle de la félicité, où la vie engendre la vie, et que nous traverserons dans le ciel. Trois préceptes de morale : adorer Dieu, fuir le mal, être brave en toute occasion. Tout a commencé, excepté Dieu ; mais rien n^aura de fin. Tout être s*élève des ténèbres à la lumière : au fond de Tablme sombre où il subit d*abord les lois fatales de la nature, Thomme commence à lutter contre le mal dès que sa conscience est éveillée ; sll acquiert, par ses généreux efforts, la science et la force dont il a besoin pour triompher, il entre dans le cercle de la félicité, du progrès indéfini. Tôt ou tard nous y arriverons tous, car Dieu veut nécessairement le plus grand bien pour chaque être. Par\'enue à cette perfection, Tàme peut à son gré, car elle ne craint plus le mal, repasser par un état quelconque : c*est ainsi que les héros renaissent pour venger leurs pères et sauver leur patrie. A cette croyance se rattachent, par exemple, les légendes du retour d*Arthur et de Penchanteur Merlin, le génie par excellence de la rac^ gauloise, le guide de ses pérégrinations ()*outre-tombe. Les anciens expliquaient également
HISTOIRE DES REUGIOXS. î
i^nc^ dcâ Gaubis pour la mort et les immolai jons voloolalres^ Sîcai#!iï!^H|îP*'iiienlsnetïe^«'C!ndaicai pas tlâiis ta masse* du peMpii\ incapabip f|« les coiîîfi rendre, le culle orfiioaire, quoique les altérant et glissant suf la peu le éi pofvtbf^isme* rn laissait pourtant trausparaître quelque chose* La mort n élait [wiiir les Gaulois qu*une transilîon bslantanée à une vie nouvelle; les ûm es ne At^mâMmii |>as aux enfers.
Ikiumstiirk {EncfieL de Pauly) fnit observer avec raison qu'il [ fan difficile de déterminer avec certitude les éiémenls véritable- 01001 «elliques de la mythologie des Gaules : les Grecs et les Romniiis nnnt pas manque d*assimiler les déités ëtj*angôres aux bibilantsde leur Olympe ou aux hôtes de leur Panthéon; d'autre pari, Ifis statues et les bas-reliefs qui nous fournissent des indications se rapportent à une époque oii le druidisme avait déjà forsubi rinflueuce de Rome et de la Germanie. Estts ou Hesm {hrùzmt, en bas breton lV^rm^«^*/f)»Esus, qui inspire la terreur par m autels sauvages (Luc-ain)» était, dans tous les cas, le Dieu suprême, le vrai Dieu Je Dieu sans nom,le JéhovahJ'Ammon (le Dem alimmélui) de rOccidenl. On la pris quelquefois pour un tSqui valent de IMirs; cest une erreur : le Mars gaulois est Camvl ou Vincius, le jféiiie de la guerre* Quand Esus fut adoré sous une Ibrme visible au temps des Romains, il resta encore le Dieu suprême, Zs=j,% Jou ou Jupiter. Ses symboles primitifs sont le ci-omlech^le cercle de rinfini. ^ H le chêne, antique emblème de la force créatrice : mppelons-nous Abraliam sous le chêne de Mambré et le chêne de Dodone consacré à Zeus ; un chêne fort haut, dit Maxime de Tyr, figurait le Jupiter celtique. Toucher à un chêne passait pour une action sacrilège. Plus tard, Esus semble avoir été confondu avec Hu le puissant; le peuple est naturellement porté à déifier ses héros* TfutatèiÊ répond au mystérieux Hermès {Thoth ou Tlieut), de jTpte et des mystères ti'ÉIeusis* Il n est pas fauteur, mais Tornnateur du monde, le démiurge. 11 personnifie la science; il est le révélateur, l Inventeur de la poésie et de f écriture» forganisaleur de la société humaine; de même qu'Apollon, il est le foyer de toute lumière intellectuelle; de même que Mercure, il préside au commerce, aux voyages, aux limites des champs, à toutes les relations des hommes, 11 se présente sous un double aspect : d'abord il est le nain Gwtfon, le voyant; puis Taliésiu^ c'est-Li-dire front rayonnant : e\*^l dans celte incarnation que GwTon apparaît comme le fondateur des institutions druidiques. Mais tout d'un coup il change de carachère. Le nain. Tentant, le génie éducateur devient le formidable
Teulatès , le Dis que César prend pour Pluton , oubliant que les Gaulois n ont point d'enfers. Dis est le père de toute la race gallique sortie des ombres de la nuit; fidèles à cette tradition, les Gaulois supputaient le temps par nuits et par lunaisons, non par jours et par mois solaires (Moke). Teutatès est donc le maître de la nuit, un dieu farouche et irrité, une sorte d'ange exterminateur. Le sang des victimes doit inonder ses autels ; ici la barbarie du culte office un contraste frappant avec la pureté de la religion ésotérique.
L'évolution du druidisme met de plus en plus en relief le vice radical de cette conception religieuse. M. Henri Martin, qui l'exalte si haut, ne peut se le dissimuler : elle a glorifié la force, la lumière, la liberté; mais il lui a manqué un principe, le plus essentiel de tous, l'amour. Tous ses dieux sont cruels, sanguinaires; ils ne régnent sur des guerriers sauvages que par la menace et par la terreur.
Tarann (Taranis), le Thunar des Germains, lançait la foudre comme Jupiter, et le chêne était aussi bien son emblème que celui d'Esus : de là des confusions. — Bekn (Belenus), le blond, le vaillant héros, tenait à la fois de Mars et d'Apollon-Soleil ; il enflammait le courage des braves marchant au combat, mais il était aussi le principe de la lumière et de la chaleur physiques ; par suite, de la végétation et des plantes médicinales. A côté de Belen, Belismm, appelée Minerve dans une seule inscription (romaine) de la Grande- Bretagne. Quant à Belen, on s'accorde à lui attribuer une origine orientale : c'est l'antique Bel des Chaldéens et des Phéniciens, arrivé avec ces derniers dans les fies lointaines du Couchant ; il est aussi appelé Heol (-«ixio;). C'est lui que les Bardes célébraient particulièrement dans leurs hymnes; c'est en son honneur qu'on orientait les pierres sacrées et que tous les ans, le premier mai, des feux s'allumaient sur toutes les collines ; on fêtait ainsi sa victoire sur l'hiver : nos feux de la Saint- Jean n'ont pas d'autre origine.
La récolte du gui sacré (gtuydd, la plante par excellence), constituait le rit solennel par excellence. Les Gaulois attachaient aux symboles végétaux, en général, la plus grande importance. Le bouleau, le pin, voire les ronces et les épines avaient leur signification religieuse ; nous avons parlé du chêne, figure d*Ësus. Le gui, plante vivace et ligneuse, qui ne touche point la terre, mais plonge ses racines dans Técorce des arbres et tire son aliment de leur sève, représentait, selon Tintcrprétation ingénieuse de J. Reynaud, « la créature unie au Créateur et distincte du Créateur, Tôtre particulier puisant perpétuellement la vie dans le sein de TËtre universel qui le supporte. » Quand on le trouvait sur un chêne, où il est très-rare, on
HISTOIRE DES RELIGIONS. 9
crorait avoir reçu un don céleste. Le sixième jour de la lune, c*est-à-dire au commeocemenl de Tannée ou du trentenaire (siècle des Gaulois), en février ou en mars, rhiver élanl donc sur le point de finir, on accourait de toutes parts, de grand matin, se grouper autour de Tarbre favorisé du ciel. La forêt avait perdu sa chevelure; le feuillage toujours vert du gui, ses touffes de fleurs jaunes, « semblaient fiouige de la vie au milieu d*une nature stérile et morte » (Âm. Thierry). Selon Pline le naturaliste, à qui nous devons la description de la cérémonie (XVI, 44), le sixième jour de la lune était choisi, parce que cet astre a déjà alors assez de force, bien que non parvenu au milieu de son accroissement ; c*élait une date sacrée, la date de la guérisan de tous les inaux. On considérait, en effet, le gui comme une IKioacée : Teau du gui rendait féconds les animaux; tous les poisons trouvaient eo elle un antidote infaillible ; peut-élre y attachait-on aussi Tidé^ d*une purificaùoo spirituelle. Cependant la table des sacrifices est préparée, les apprêts d*un inmcnse festin sont terminés. Les druides , couronnés de feuilles de chêne , s'avancent, conduisant au pied de Tautel deux taureaux blancs, dont les cornes sont liées pour la première fois. L* officiant, en robe blanche, une serpe d*or à la main, monte sur Tarbre et tranche le gui, qui est reçu dans un sagum ou manteau earré blanc. Les taureaux sont ensuite immolés, et des vœux s'élèvent vers le dieu ineonnu, pour le bonheur de ceux qu*il vient d*honorer de son présent ; une fétc générale couronne la journée.
Si la religion des Gaulois n*avait jamais comporté d'autres pratiques, on pourrait se rallier aux éloges dont elle est Tobjet de la part de son premier historien, le bénédictin D. J. Martin. Mais ses interprètes entretinrent les instincts de férocité en perpétuant la coutume atroce des sacrifices humains. Ces holocaustes étaient de trois sortes. On croyait que le sang ne pouvait être racheté que par le sang : soit poor sauver une vie, soit pour détourner de la nation le courroux céleste, soit enfin dans la même pensée qui a précipité tant d*lndous fanatiques sous les roues du char de Jaggernalha, on vit des victimes volontaires s'offrir aux sacrifices. L'exécution des criminels, d'autre part, portait le caractère d'une cérémonie religieuse : après cinq années de détention, les condamnés étaient brûlés vifs en irrande pompe; ou chargeait le bûcher des prémices des champs, pour rendre plus agréable aux dieux l'offrande expiatoire. Enfm la troisième classe de sacritices comprenait les esclaves qu'on égorgeait au décès de leur maître, et les pri- Maniers de guerre dont l'hécatombe suivait les enivrements de la victoire. On perçait les victimes à coups de flèches et de pieux, on les crucifiait; le plus souvent on les renfermait pêle-mêle dans des mannequins d'osier de grandeur colossale, auxquels on mellaille feu. Dans les grandes calamités publiques, les sacrifices humains étaient toujours plus nombreux; à défaut de criminels, on en venait à frapper des innocents.
Les Germains. — Les Celtes lurent repoussés des parties septentrionales de la Gaule, dit César (B. C, 11, 4), par la puissante confédération des Belges. Ce qui paraît probable, c'est que les tribus belges, de quelques éléments qu elles fussent composées, ne firent pas entièrement disparaître les Celtes du pays, mais ti*aitèi*ent en vaincus ceux qui voulurent y rester, c'est-îVdire les firent passer de
la condition de propriétaires h celle de locataires. Ce qui n'est pas douteux non plus, c'est que l'élément germanique domina chez certaines tribus, notamment chez les Nerviens, Belges seulement par alliance, et chez les Éburons. Le druidisme, sans se perdre tout h fait (on en retrouve des traces bien avant sous l'empire romain), subit naturellement de nouvelles influences et perdit peu à peu son caractère original; à tout prendre, les traditions des deux races étaient assez voisines les unes des autres pour se pénétrer mutuellement sans trop d'effort.
Les Germains avaient importé d'Asie le culte des puissances naturelles doutais ressentaient directement les bienfaits : ils adoraient le soleil, la lune, le feu (Vulcain), dit César, dont l'autorité est ici d'autant moins suspecte, que les anciennes relations de ce peuple avec l'Orient lui étaient inconnues; Tacite lui-même n'y croyait pas (Germ., 2). Pendant longtemps ils n'eurent ni temples ni idoles; c'est au fond des grandes forêts, sous le frisson de la solitude, qu'ils élevaient leurs pensées jusqu'au ciel. Les tribus du Nord vénéraient Hertha^ la terre, la mère nourricière (voy. la Germanie de Tacite); on sait peu de chose, en somme, des traditions primitives. Pour obtenir des données précises, il nous faut consulter les historiens romains de la décadence, quelques écrivains chrétiens tels que Grégoire de Tours et Paul Diacre, les légendes des saints, les actes des conciles et les capitulaires, surtout redda, qui nous renseigne du reste plutôt sur la Scandinavie.
a Nous adorons principalement Mercure, qui porte dans notre langue le nom de Wodeti, » dit Hengist à Vortigern. Woden, Wodden, Gwodan, Godan, Gode,Odin,Odhinn, est l'âme du monde, le père universel, Alfadur ou Alfader. Il gouverne l'univers, il y dispense toute lumière et toute chaleur; il a pour symbole le soleil. Mais sa colère est terrible; on l'apaise par des victimes humaines: Woden est le Tentâtes, le Dis des Germains, Tuisko ou Teut, le père de la race teutonne. La terre est sa mère ; il a pour fils Jtfann (l'homme). Insensiblement, son caractère se dénature. Dans le nord de l'Allemagne et en Scandinavie, le nom d'Odm est encore donné au chasseur sauvage de la légende. Élevé d'abord au rang d'Esus, Odin n'est plus finalement qu'un homme déifié, comme Hu-Gadarn : la religion des Germains dégénéra en un véritable paganisme. Le séjour d'Odin est YAsgard, le royaume des Ases (des chefs, des maîtres). Dans son Olympe, comme dans celui des Grecs, résident douze dieux, dont il préside le conseil ; il tient son tribunal sous le frêne Ygdra-
HISTOIRE DES ÎIELÎGIONS.
il, qui sVHend sur le monde enliei', s élève au-dessus des cieux ei flotigê ses racines jusqu'aux enfers {Nlfllieim). Dans Turi de seFi
m célestes, la IValkalia, il accueil le les héros morts sur Ir* [ehamp de bataille. Il est diftlcile de méconnaître ici Tinfluencè des i^ligions étrangères.
I) âpres Schayes» le siège principal du culte d'Odin (ou Wodeii), ^eii Bt.%ique. aurait été remplacement de Tabbaye de Saint-Pierre à Eifld; le^ Bollandistes rapportent qu*un de ses sanctuaires fut méanti par saint Willebrord à Westcapelle^dans TMe deWalcheren. h rattache à Woden les noms de Woensel et Woensdrecht, villages lii Babani, et relui de Woensberg lez-Cassel (Flandre franvaise), La mercredi (jour de Mercure, Woensdag, anglais Wedmsdun) était nnsacré a ce dieu; il en était de même du dimanche, Zondmf, tmday, jour du dieu-soleil,
Thùr, en Belgique Titunar ou I)onm\ fils d'Odin et de Ftiffga (Vhh h Xoi\1k était le dieu de la foudre et pourtant n occupait que le
amû rang, malj^ré cet attribut du Jupiter classique : il ressemble Tarann des Celles. On le représente tenant h la main un marteau brmidable, fabriqué « en jetant du feu dans le feu; » de cette arme,
terrassait les géants et les mauvais génies persécuteurs des nés* Les roulements du tonnerre n étaient que le bruit des otïêâde son char, traîné par deux boucs; quand il lançait son marquî revenait de lui-même dans ses mains, la foudre éclatait, 91 passait pour un heureux présage. Aussi ce marteau passait-il our un symbole de bénédiclion; il tîgurait dans la célébration du nariage, qui avait ordinairement lieu le jeudi, jour de Thor, Don-
rdaç^ alL Ihmnentag. Sur les autels du dieu-tonnerre brûlaient ffpétuellement des branches de chêne, symboles de la force; on pi sacrifiait des animaux et môme des hommes. Néanmoins, comme . venons de findiquer, on lui attribuait aussi une influence bienite; celui qui dirigeait les nuages ne répandait-il pas la fertile sur tes champs'? Certains noms de lieux, dans nos provinces, pmblent rappeler Texistence d anciens sanctuaires de Thor : Thou- 3Ul (Thoroûldi lucm), Turnhout (siiva Thtmddi)^ Thorembais, Torisoul, eie.
Tjff, Tiu ou Ziu, type delà bravoure* rappelle proprement Mars ; m jour était le mardi (Tiindagr, Tiesdag, IHestaff^ Diensdag}^ Sa
(?nde a subi de nombreuses transformations; son culte a laissé uelque^^ traces en Flandre, Freyr (une sorte d'Apollon) et Frei/a, h et fille de Nhrd (dieu de la mer, des vents, de la chasse et de
la pêche) représentaient la paix, labondance, la fécondité. Freyr était invoqué dans les hyménées; on célébrait en son honneur la fête de jQël, à la fin de décembre, quand le soleil recommence à monter sur l'horizon. Sa sœur Freya tenait à la fois de Pallas, d'Aphrodite et de la lune ; son jour était le vendredi, Vrydag, ail. Freitag. Le nom de Freyr est resté attaché à une grotte des environs de Dinant et à une partie de la forêt des Ardennes.
Les autres dieux germaniques des deux sexes, quoique descendant pour la plupart d'Odin, ne s'élèvent pas à la hauteur de ces puissants habitants de TAsgard; ce sont plutôt des êtres intermédiaires, des personnalités presque humaines. Tel est le pur et lumineux Balder, dont la nature entière déplore la mort; tels sont Bragi et Idunna, la poésie et l'immortalité, et encore le méchant LoAt*, l'esprit du mal, et enfin les trois Nomes (les Parques).
Les adorateurs d*0(iin admctlaienl la créaiion du monde, le bouleversement de tout Tunivers à la suite d*une lutte suprême (Ragnarokr) entre les Ases et les géants, la résurrection et la vie éternelle : les génnts personnifiaient le chaos et les forces extérieures de la nature, comme les nains en représentaient les forces intérieures. La Walhalla, où les Valkyries, espèces d*anges féminins, transportaient les âmes des héros, ne s*ouvrail qu*à ceux qui avaient péri de mort violente ; de Ik les vieillards, sur le point d*expirer, se transperçaient de leur épéc ou réclamaient d*un ami cette suprême faveur. Au sein de ces étranges champs Ëlysées, les élus se livrent des combats acharnés, pour se préparer au Raçfiarokr. Après la grande catastrophe, ils jouiront avec les dieux d*une paix inaltérable dans un paradis verdoyant, plus splendide que le soleil, tandis que les damnés seront suppliciés à jamais au fond d*un horrible enfer. Imbus de ces idées de justice éternelle el de palingénésie, les Germains se trouvèrent disposés à prêter Toreille aux apôtres du christianisme, quand ceux-ci leur firent entrevoir que VAsgard, la cité céleste, n*était pas si foin d*eux qu*ils Tavaient cru jusqu*alors.
En étudiant de près la religion des Germains, on y démêlerait aisément des importations de tous les pays avec lesquels cette grande race avait été en contacl. Les Slaves, les Celtes, les Romains y ajoutèrent à leur tour quelque chose ou contribuèrent à la modifier; FËvangile en arrêta fmalement Tessor ; c*esten Scandinavie qu'elle resta le plus longtemps pure de tout alliage. Dans les détails de Tancien • culte et dans les superstitions populaires, on trouve des pratiques de toute provenance : la mitre que portaient quelquefois les prêtres officiants, par exemple, les ablutions au commencement de la journée, les augures tirés du hennissement des chevaux rappellent évidemment la Perse. La signification de ces usages sVtait perdue, mais ils se perpétuaient, de même que plus lard une foule d*habitudes païennes se maintinrent en plein christianisme. Cependant il y a lieu d'insister sur ce point, que les Germains furent beaucoup plus accessibles que les Celtes aux idées étrangères. Le fait s'explique, à notre sens, par le caractère différent du sacerdoce chez les deux nations. Les prêtres germains, quoique vénérés et très-influents, ne formèrent jamais une hiérarchie comparable à celle des druides.
HISTÛIBB DES HELIGIONS.
^jaiti&$jiie0t J*aucuue prérogaLi\f polilique; te ca raclera auguste de leurs puHi^il à les distinguer de là ma^e d^s habiU^nU.' &rl de Tacile, voici comme ils consulLuient le sort. On coupait en pi uacam tnorerauiL une brjnchcd^ar^re fruitier: on y pratiquait des entailles formanl ile^leltretûiidfâ» signes symboliques (les m«<M), puis ces pelils butons étaient jï-lés p^ï<sméle sur une étoffe blanche. Alors le prière ou le père de famille (s'il i4ig)S!iail d*a1ïaires particulières) invoquait les dieux et, regardant le cielJevajL m% foii ciiaque morceau : rinierpriHaiian se tirait de Tordre des marques. On {«etrofcaiiausî^J le chant des oiseaux et, comme nous Tavons dit, le (lennissenrteut 4m chfirsiix. Des chevaux blancs » qu'on ne pouvait employer à aucun travail I Immain, élaieni entretenus à cet efïbt dans les bois sacrés, aux frais du public. £aûo, k la veille de la guerre, on faisait couibattre un guerrier gerniam contre un ' fa|itif de la ttaiion ennemie, cliacan avec les armes de son pays; la victoire de I IVa ou de Tautrc passait pour un avertissement du cieL Comme les Gaulois, les I ftennaiui* avaient leurs propiiétcsscs, leurs nrymifea, plus vénértV^s encore que Ite druîdesse*. Elles suivaient les guerriers au combat et les stimulaient par leurs iiÉluaux ei leurs cris sauvages; à rinsttir des sibyîles classiques, elles étaient con- I iuiUx'^ dan» les affaires nationales. La plus cél(>bre est Veiled^^ dont rinllucnec lltit tûule puissante sur les peuples du bas Rbin, au temps de Vespasien. Le respect l^f 11 femme esi d'ailleurs un des traiLs saillants du caractère germanique; il faisait I prtiiî des idr*es dlionneur : le même mot (trait we) désignait le mariage et la tidi*Iilé. ^ous ne décrirons uî les sacrifices célébrés sous le dôme des grands bois, ni les ^m^ouiesdes funérailles, plus solennelles que ne Ta cru Tacite. Notons seuleîles Germains brûlèrent leurs cadavres jusqtie vers le iv* siècle de notre jflèÔ «ns plus tard, Cliarlemagne dut même édicter une loi sévère contre iTincinérâtion» encore pratiquée va cl Ik. Les cendres des morts étaient recouvertes |lt'iitie motte de terre(/i/mw/«a) ; quelques-uns de ces tttmitti, dont notre Hesbayc est -rorti parsemée, servaient de sépulture commune aux habitants de tout un canton. ^'I«i prétendues idoles i^ermarnes dont on trouve le dessin dans les ^n/njwïV^^ nanitjiUé de M. Klinnui ne sont que des figures capricieuses, exécutées au |liiûYi!n fijçe. LceuUe d**îdin proscrivail les images : un arbre, le tronc d'un arbre, ne pierre brnle, une épck?, point d'autres symboles; rinnemfil renversé parle ainqueurs des Saions, en TTi, à Élwrsbourg, n*étint qu'un tront: d'une grandeur c«lo$»ale. quelque chose d'analogue au cbéne d'Ësus.
La BELcimE ^^^^ les Romains, -- Montesquieu fail très-bieti i-emar-
: que Rome était moins un empire que In tête iVuti corps com-
Jde tous les peuples du moitde. 11 etiira dans la politique i^omaiiie
le respecter les mœurs et te religion des nations vaincues, non pas
rj' rj(M)i dadmottro au Partlliéoti leurs divinités indigt;nes, mais
U -similer autant que possible à celles quon adot-ait dans In
ftpitale, et de faire oublier peu h peu leurs noms barbares. Ni into-
?,m violence; Rome comptait sui- le temps et sur son prestige*
bIoîs el Get^mains conservèrent leur mythologie; les Ubiens seuls
ibJurèreuL rormullemeuL t ancien culte, mais pour ce tait ils encou-
J112Ï11 le mépris et lanimadversion de tous leurs voisins. Le pays
14 nELGlQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.
wallon se romanis» de bonne heure, toutefois jamais complètement ; en Toxandrie et dans les régions maritimes, au contraire, on ne s'aperçut de rien pour ainsi dire ; ces contrées étaient encore presque incultes, difficilement accessibles, sans routes ni cités. Les empereurs se montrèrent d'ailleurs assez sobres d'édits : ils n'intervinrent que pour abolir en Gaule les sacrifices humains et pour offrir le droit de cité à ceux qui renonceraient aux rites druidiques. Ce qui résista le plus à leurs efforts, ce fut le culte des divinités secondaires dont nous allons parler ; ce furent aussi des pratiques superstitieuses profondément enracinées dans les mœurs, mais sans impoi-tance par elles-mêmes.
Les bas-reliefs découverts en 1711 sous le chœur de Notre-Dame de Paris témoignent que, dès le règne de Tibère, les Gaulois ne craignaient plus d'offenser leurs dieux en leur donnant un corps. A côté de Jupiter (lovis, Jou) et de Vulcain, Esus y figure taillant un chêne ; aucun doute n'est possible : on lit clairement sur la pierre : Esvs. Viennent ensuite des déités de second ordre : Tarvos Trigaranus (souvenir du culte du taureau?), Cermnnos aux cornes d'élan (invoqué à la chasse? Selon quelques auteurs, le dieu de la cervoise^ le Bacchus de la bière), Castor ^ et sur l'autel érigé par les nautoniers de la Seine {nautx Paiisiacfjy evkises le guerrier et senani veilo, dieu pacifique (D. Martin veut que veilo soit le nom gaulois du gui). Sur un autre monument trouvé dans la Sabine et portant le nom d'un soldat rémois, sont représentés debout Ardoine (la Diane des Ardennes), Camul (Mars), Jupiter, Mercure et Hercule, reconnaissablés à leurs attributs et d'ailleurs nominqitivement désignés; nous pourrions citer vingt autres simulacres du dieu Soleil, d'Hercule, voire même de Mithras; qu'il nous suffise de renvoyer le lecteur à Montfaucon, à D. Martin et au musée de Middelbourg. 11 résulte de tout ceci deux choses : d'abord, qu'il y eut jusqu'à un certain point fusion entre la religion des régnicoles et celle de leurs conquérants; ensuite, que les anciens dieux déchurent de leur grandeur en devenant visibles. On tomba en pleine idolâtrie, si bien que les dieux de second et de troisième ordre accaparèrent finalement tous les hommages. Le même fait s'observe chez les Belges de toute race, chez ceux mêmes qui subirent peu l'influence romaine ; oubliant Tidée sublime que leurs ancêtres s'étaient faite de la divinité, ils rendirent un culte aux arbres, aux rochers, aux fleuves, aux lacs, aux fontaines, aux oiseaux, ou plutôt aux esprits dont ils croyaient la nature entière animée.
inSTOlKE DES 11EU<;10NS.
U ibrèl des Ardenaes fut consacrée a Diane Ardoîne {Anluinna}, ûmiïie les Vosges à un dieu Voge.wi. Les missionnaires chrétiens em longtemps sans succès contre ces idoles, dont le culte, tissant à de folles orgies, rappelait au peuple son antique indéfeodanûe. Vers la tin du vi'** siècle, saint Wulphilaic dut sans doute omplir des prodiges d éloquence pour obtenir qu'on renversât la \$mne colossale de Diane, élevée sur une montagne aux environs Avoy*Carignan. Saint Kiliaji, eenl ans plus tard, entendit les Aussiens réclamer leur Diane, qui avait toujours porté bonheur au j; saint Uemacle, tjui acheva d*cvangéliser les Ardeiines, rencon- Bcore sur son clieuiin des pierres dédiées h la grande patroime, Nous trouvons partout des divinités locales : en Toxundrie, Snn- ^nudif^a, dont M* Torfs rapporte le nom h Sandrode {(te Sattdrodige i); h Westcapelle , Rurorina; encore sur tes eûtes, THercule ime (Mtu'usaum)^ armé d'un trident; Vagdavtra^ enim Nehamû^ adorée dans l'île de Walcheran et digne d'une mention partiuliere* Les musées de Sliddelbourg et de Bruxelles ne possèdent as moins de vingt-deux monuments érigés en son hoimeur; la pluart ont été découverts à Domliurg, où il exiî^le encore une pierre ït les lettres skh. Grnterus en cite une autre qui a été décou- ! h Deulz; on y remarque la corne d abondance, attribut de notre dte&e» et rinscrîplion xbu.u Les statues iîélandaises représentent Nehalennia tantôt debout, tantôt assise, la main sur le cœur, un laier de fruits sur les genoux, quelquefois le pied sur la proue Tun navire; son aeconlrement et sa coitfure rappellent, à s y méprendre, le costume des paysannes anversoîses (pour le dire en passant, le même type se retrouve sur une mosaïque de Nîmes, publiée par Montfaucou).NehaletHiia paraît avoir été tout à la fois la protectrice de la navigation, du commerce, de lagrieulture et de la riuisse* ftn la prise aussi, cl non sans vraisemlilance, pour la iioulelle lune. A ces diviiiités indigènes vinrent se mêler des divinités orientales : llsis égyptienne eut des adorateurs à Boulogne et à Aovers; Tournai eut son temple de Cybele.II n'y a li rien qui doive surprendrez si Ton songe qu'une certaine activité eommerciale négnaît déjà dans nos ports, et que de' nombreux étrangers furent naturellement amenés a y fonder des comptoirs.
Mais en regard des déités régionales ou locales, il est un autre ordre dé personnifications que nous ne pouvons passer sous silence* II sagit de^fées des Gaulois et des e/tpriis vlemailaires des Germains, Les (ées rappeilcnt à certains égards la Bonu rka des Romains : ce
^6 BELGIQUE MOhALE ET INTELLECTUELLE.
sont des protectrices. Elles bénissent les accouchements , veillent sur les mères et sur les enfants, s'intéressent aux destinées individuelles ; parfois aussi leur action bienfaisante s'étend k toute une bourgade ou à toute une contrée. On en connaît de trois espèces : le premier rang appartient aux déesses \naires {mairœ), mères, matrônes ou Junons, Parques des Romains, Nomes des Scandinaves ; le nom de fées {fatua, fata, en roman fada) les désigne déjà comme les interprètes du destin. Elles visitaient de temps en temps, croyait-on, le foyer domestique, notamment dans la nuit du nouvel an; elles versaient leur influence sur les nouveau-nés, influence quelquefois funeste, car, à côté des bonnes, il y avait de méchantes fées. Viennent ensuite les esprits féminins des bois, des rochers et des eaux, les hôtesses de la poétique forêt de Brocéliande, des dolmens et des grottes sauvages. La France du moyen âge les connut sous les noms de bofines dames, de dames blanches, de bonnes et franches pucelles; elles paraissent remonter à la seconde époque du druidisme. D'inépuisables légendes sur les vieux châteaux qu'elles hantaient, sur leurs danses nocturnes, sur leur apparition au bord des fontaines, sur les merveilleuses aventures de leurs protégés, sur les prodiges qu'elles opéraient, ont défrayé pendant des siècles les bonnes vieilles conteuses qui ont bercé l'enfance de nos pères. Les fées de la troisième catégorie étaient tout simplement des sorcières; elles se confondent avec les dernières druidesses, qui finirent par n'être plus que des diseuses de bonne aventure : la cabaretière de , Tongres qui prédit l'empire à Dioclétien est bel et bien qualifiée par l'historien Vopiscus du nom de druidesse.
Les mouumenlâ gallo-romains mciUionncnt encore plusieurs classes de génies : les divinités rustiques (ram/;e5/r^), les Nymphes, \es Sulevœ (les sylphes), etc.; mais les esprits élémentaires de tout ordre abondent surtout chez les Germains. Nous avons cité les Valkyries ; nommons encore les Fylgies, sortes de déessesmères ou de fées bienfaisantes et inspiratrices; les Imdies, esprits des arbres et des bois, analogues aux Dryades des Grecs ; les Nixes ou Nekkers, esprits des eaux, dont plusieurs noms de lieux, en Belgique, rappellent le souvenir (le Neckerpoely à Malines, le Neckersbeek, ruisseau près de Gand, la rue dite : iVip^kersfrael, à Zegeskappel lez-DunKerque, etc.); les Alves ou Elfe^ blancs, esprits aériens, évoquant des images riantes, et les Alvcs noirs, esprits terrestres, nains hideux qui craignent le soleil et forgent dans leurs grottes des épées honn'cides (toujours les NuUms!): les Koholds, autres nains liantant les lieux déscris, feux follets voltigeant sur les prairies marécageuses; enfin les Jattes et les Trolley, géants, fils d*Ymir, symbolisant, comme nous Pavons déjà dit, les forces brutales, comme les nains symbolisent la ruse et Fadressc, les forces cachées. Le
IJlSTOiHÊ DES KELIGIONS.
IT
upje re^ta longk^mps fidèle m% usages supers Lieux qui se ratlaclmteut à ces
[>ns t s : oû en trouve îa preuve dans deux documents exlrtîmejncnl
nx, 1 j . . [i pastorale de saint Êloi aux popuiaiions flamandes, et surtout
fjftdémtus iFuperÊliiivnam elpaganiarum antiexiâ aux actes du synode de Leptiue:!
0lînes) en Hainaai* icuu en 743 par Carloman. Il ^^pi de pan ei d*autre de
&baiion des coutumes païennes. Saint Éloi nous apprend, par exemple, que
^jour de hm on portait des eomcs de cerf, on eontrcfsiisaiL les JvUes ; qu'on se
timit^ aux ^oLâttccs, à des danses diaboliques; qu'on ebùmaii le jcudin, jour de
!ÏK»r; qu'on po^itdes Inminaîres el des fj^-t^^^^o dans tes sanctuaires païens, au-
|iles pierres ei des sources, ou dans les carrefours ; que les femmes porlaieni
tiiets au cou et qu'elles invoquaient Minerve ^Frcya?) lorsqu'elles s'oecu-
ûenl de quelque ouvrage, etc* (V. D. Martin, L 1, p. 6 et suiv.; SclmeSi t. H,
I. Ui^clc,^, Le catalogue des supersUttons dressé à Leptines nccouipreud pa5
010$ 4e trente articles : le P. Labbe Ta inséré dans son recueil des Omettes
.VI}; il a été maintes fois réiuq>rimd et analysé (Desroches, Schayes, Claes-
îit etc.). Il y est question des mascarades de îa fête diijoii; des gîiteaux qu'on
ail k la même occasion (nos pains d'épice du nouvel an, selon Desrocbes) ;
t% jMicritJees qui s'accomplissaient encore dans les anciens bois sacrés ; de la con-
sion des saints avec les idoles ; de Taffreux tintamarre qu'on taisait iors des
îlipM^de lune en crianl : t'iriœ luna, victoire à la lane î des poupées que les
une* Biles nubiles consoleraient a Freya ; des idoles portées processionnel le me ul
ins les champs pour oblcuir une bonne moisson (ïes mjalùms p^iïenucs) ; des
amulacrcs de nmîus et de pieds qu'on appendaît aux autels en manière d^e^v-mlo
outume qui o*a pai cessé de fleurir en lielc,nque) ; du pouvoir attribué aux sor-
^ de dévorer le cœur des hounucs, elc. Si au vtii" siècle nos ancêtres en
kl encore là^ quel ïéîe, quel héroïsme et quelle |ïéu<:Teuse ïiabilcté n'avaient
M déployer les premiers apôtres de T Évangile, pour parvenir seulement à
DlAnier la croule épaisse d*uue ii^norarice de beaucoup plus grossière que le natu-
llismc des premiers 3ges!
Le ciimsTiAxiSME* — Piïï:iHC\Tioî< m L'ËvA^(:ll.E. — La religion des tlomaius uVîten:», somme toute, t[u une assess faible influence sur les popublions belgeâ, si ce n'est peut-êti*e dans nos provinces nicriiioiiales. Uuelques*uas des dieux gaulois ou gennaitis changèt eut le nom, ils fînirenl même par s évanouir dans la brutne ; mais loccu- }mon étrangère ne fit disparaître ni les idées ai les ptauques ^upertitieases qui se ralUichaieut aux anciens cultes. Nous le répétQns : il ^ ^ siècles au christianisme pour en avoir raison, et encore ses .-.uaires ae parvini*ent-ils à les vaiticre qu'eu les ménageant une certaine mesure, c'est-îniire en donnant une sigiiilicalion Duvelle à des coutumes et h des Têtes qu'il eût été imprudent de jpprimer» tant elles faisaient partie intégi^anle de la vie publiqtie de la vie privée. Malgré tous les obstacles, la propagande chré- Ileane s'établit pourtant dès Torigitie sur un tctTain solide, et son m. 2
sillon se creusa plus profondément de jour en jour, parce que d'une part, elle resta par essence étrangère à toute politique de race, et que de l'autre, imperturbable autant que pacifique, animée d'un désintéressement jusqu'alors inouï, et par-dessus tout de cette foi qui transporte les montagnes, elle ne recula devant aucune terreur, devant aucun martyre pour affirmer la divinité de sa mission. L'antiquité n'avait eu nulle idée de cette ardeur de prosélytisme; elle n'avait connu que des dieux nationaux, poliades ou domestiques, protecteurs d'un peuple, d'une cité, d'un foyer de famille; la religion consistait dans le respect des rites et n'était que la première des institutions officielles ; nul ne songeait à conquérir à sa croyance l'étranger, regardé comme un ennemi et comme tel exclu du temple qu'il aurait souillé par sa présence. En Grèce, quelques généreux penseurs, à partir d'Anaxagore, avaient osé soutenir que « le Dieu de l'univers reçoit indifféremment l'hommage de tous les hommes;» mais ce pressentiment de la fraternité humaine avait passé pour une impiété ou peu s'en était fallu. Cependant, à mesure qu'on méconnut la signification des premiers symboles, le lien social se relâcha ; les railleries d'un Lucien n'épargnèrent pas les dieux, et le vide qui se fit dans l'Olympe se fit aussi dans les âmes. Le silence des oracles permit enfin d'entendre l'écho d'une voix qui avait retenti en Orient, disant à quelques hommes simples de cœur : « Allez et instruisez tous les peuples. » Ils se dispersèrent aux quatre points cardinaux, répétant ce qu'ils avaient oui, la bonne nouvelle, à savoir que nous sommes tous les enfants d'un même père céleste et que toutes les barrières qui séparaient les hommes doivent tomber, afin que tous n'aient plus qu une seule et même communion, les barbares comme les civilisés, les esclaves comme leurs maîtres, les humbles aussi bien que les superbes, la même justice étant promise à tous. Aux sociétés divisées devait donc succéder une société universelle, la société humaine et non romaine, grecque, juive ou barbare, YÊglise en un mot, ou Y assemblée de tous les frères.
Chez les Barbares, toutefois, ce fut moins, pendant longtemps, le principe d'amour et de fraternité qui assura le triomphe du christianisme, que ce ne fut la crainte des châtiments éternels réservés aux hommes violents et injustes. Nous savons combien le dogme de l'immortalité de Tàme était cher aux Gaulois et aux Germains, ces contempteurs du trépas. Les chefs barbares furent domptés par la frayeur de l'enfer avant de l'être par l'esprit de paix. La masse du peuple garda longtemps sa grossièreté ; cependant, par un vague
HISTOIRE DES RELIGIONS. i9
iusliQcl, elle se montra de plus en plus accessible à une croyance qui proclamait la liberté individuelle, cette liberté du for intérieur à peiue entrevue par les philosophes de la partie civilisée de lempire, et encore dans un sens égoïste. Ainsi la loi morale apparut comme supérieure aux décrets des puissants de la terre; les actes des princes ne pouvaient échapper à son contrôle souv.erain, et elle awit pour interprètes les successeurs des apôtres, investis du pouvoir de lier et de délier. De là sortit toute la civilisation moderne; en revanche, la difficulté de maintenir l'équilibre entre le pouvoir religieux et le pouvoir civil ne pouvait manquer, avec le temps, de donner occasion à des litiges de la plus haute gravité et à des situations pleines de périls.
Prenant à la lettre la qualificalion de disciples de saint Pierre attribuée à s<n*nt Materne par les chroniqueurs du moyen âge, de nombreux hagiographes ont fail remonter au premier siècle Tapostolat de cet évéquc, regardé cumme le fondateur des églises de Cologne el de Tongrcs. Le P. de Marne, dans son Histoire du comté deXamur, a jugé Tasscrlion hasardée; saint Materne, selon lui, doit être placé au commencement du iv* siècle. Moke, nous ne voyons pas clairement pourquoi, se prononce pour une date intermédiaire. 11 n*est pas jusqu*au Bréviaire qui ne se soit ressenti de cette controverse, dont les Bollandistes se sont beaucoup occupés, et qu'on n est point parvenu à trancher en supposant deux saints Materne au lieu (Tun. Une question plus importante est celle de savoir si les premiers missionnaires chrétiens établirent dans les Gaules des circonscriptions ecclésiastiques délerminées, ou s'ils parcoururent simplement le pays en prédicateurs nomades. Que IVpiscopal date des temps apostoliques, le fait est avéré; mais qu'il y ait eu ariléricurement aux Anlonins, en deçà des Alpes, autre chose que des conversions t'parses, il serait téméraire de le prétendre. 11 dut se trouver de bonne heure, dans les pirnisons romaines, un certain nombre de soldats chrétiens: il est vraisemblable aussi que nos ancélres, en relation de commerce avec le Midi, ont entendu parler de la nouvelle doctrine avant d'être directement invités à s'^ rallier; mais pour trouver des pasteurs et des ouailles à proprement parler, il faut arriver sans iransiiiou k rétablissement de l'église lyonnaise, en l'an 168. Les témoignages de saint Irénée et de Terlullien, invocpiés tout récemment encore par D. Chamard en faveur de la thèse contraire, sont conçus en termes trop généraux pour autoriser des conclusions formelles.
Pour la Belgique, les renseignements ne deviennent positifs qu'à partir de 250, date de l'arrivée du bénéventin Piato (saint Piat)dans le Tournaisis. Venu en Gaule avec saint Denis, qui lui conféra Tonctioii sacerdotale, Tinfatigable missionnaire paraît avoir converti à lui seul plus de 30,000 personnes, non compris les femmes et les ealiints; sous Maximien Hercule et Dioclétien, en 286 ou 287, il couronna par le martyre, à Seclin, sa laborieuse et glorieuse car-
rière. L'ère des persécutions était ouverte depuis plus d'un siècle, depuis que les novateurs avaient résolument déclaré qu'ils combattaient toute espèce d'idolâtrie. Rome ne pouvait admettre qu'on déclarât ses rites sacrilèges ; les chrétiens, aux yeux de ses politiques, étaient des ennemis de l'État ; s'ils eussent réclamé des autels pour Jésus comme pour un autre Apollon, jamais on ne les eût inquiétés. Entourant de mystère leurs cérémonies, ils passaient en outre pour former une société secrète, complotant le renversement de Tordre public. Les empereurs se départirent donc à leur égard des principes de tolérance que nous avons rappelés plus haut; mais à aucune époque la persécution ne fut aussi générale et aussi cruelle que vers la tin du m* siècle, sous les préfets du prétoire Rictius Varuset Decius. Constance Chlore se montra plus humain ; l'influence de la pieuse Hélène, sa femme, fortifia sans doute ses dispositions naturelles. Enfin son fils Constantin, soit, comme l'affirme Sozomène, avant de quitter les Gaules pour aller combattre Maxence dans la péninsule, soit au moment de remporter la victoire du pont Milvius, rompit ouvertement avec le culte établi. Le monogramme du Christ fut inscrit sur l'étenflard impérial (le labmmm) et domina les aigles romaines. Que le mobile de la conversion de l'empereur ait été la religion ou la politique, toujours est-il que ce grand acte décida des destinées du monde.
De Constantin a Clovis. — La société chrétienne des tout premiers temps n'avait été, pour parler avec M. Guizot, qu'une association de croyances et de sentiments communs ; à partir de Constantin, la hiérarchie prit le caractère dhine institution puissante et constitua un corps de plus en plus distinct du peuple des fidèles. D'abord les anciens ou les prêtres avaient été élus par le suffrage univei'sel des croyants, sauf à recevoir lordinalion des mains des évéques ou inspecteurs, seuls investis, à titre de successeurs directs des apôtres, de la plénitude du sacerdoce. Les évêques eux-mêmes étaient' sacrés par leurs confrères de la province; au-dessous d'eux et des prêtres venaient les diacres et d'autres ministres subalternes, chargés de recevoir les aumônes, de les distribuer aux pauvres et enfin de veiller au bon ordre des cérémonies. Mentionnons encore les chorévéques ou évéques errants, qui avaient pour mission spéciale d'aller évangéKser les gens des campagnes (pfl(/aMt, d'oîi le mot païens), plus attachés à l'idolâtrie que ceux des villes. Constantin régularisa ces institutions naissantes, ordonna que chaque cité eût son évêque.
HISTOIRE DES RELIGIONS. 21
érigea de nombreux sanctuaires qu*il enrichit de dons considérables, autorisa les legs à TËglise, exempta le clergé d*impôts, porta des édits jusque sur Tobservance des jours fériés, en un mot légalisa la position du sacerdoce discipliné. Celui-ci mit à profit des circonstances aussi favorables : les chefs des diocèses resserrèrent leurs liens en délibérant en commun sur le dogme et sur le règlement du culte ; ils se groupèrent autour des sièges métropolitains établis au chef-lieu de chaque province, et les métropolitains de leur côté, ceux d'Occident du moins, s'inclinèrent devant le patriarche de Rome (le pape) dont la prééminence morale, sinon officielle, remontait jusqu'aux temps apostoliques. Les jours d'épreuves semblaient ne devoir jamais revenir : la trône et l'autel s'étayaient lun l'autre. Mais cette sécurité fut tout dun coup profondément troublée : ce n'est qu'après avoir subi de terribles vicissitudes et résisté à un ébranlement suprême, que l'Église put voir se réaliser ses hautes destinées.
Les trois crises qu'elle eut à traverser furent l'apparition des grandes hérésies, notamment de l'arianisme, la réaction païenne sous Julien, enfin la dissolution de l'empire romain à la suite de Tiuvasion des Barbares.
La réaction passagère opérée par Julien et la restauration imrné^ diaie du christianisme par son successeur se firent T)eu sentir en Belgique. Notre pays avait cruellement souffert, dès le uf siècle, des incursions des Francs. En 287, le Ménapien Carausius, révolté contre Dioclétien et sur le point de se faire proclamer empereur par les légions de Bretagne, avait cédé aux Sicambres ou Francs Saliens (riverains de l'Yssel) l'île des Bataves et le pays en deçà, jusqu'à l'Escaut. Ce voisinage ne menaçait pas moins l'Église que l'empire. Les confesseurs de la foi du Christ n'avaient guère jusque-là obtenu de succès sérieux que dans les villes et les bourgades situées le long des routes romaines ; la plupart des Belges des campagnes étaient restés idolâtres, et leurs relations intimes avec les Francs, en qui ils ne pouvaient méconnaître des frères, durent fortifier leur attachement aux traditions antiques. D'ailleurs l'autorité spirituelle et le pouvoir civil avaient contracté alliance, et l'administration impériale, singulièrement oppressive, commençait à soulever des haines sourdes et implacables; enfin le prestige du nom romain s'était amoindi'i. Toutes ces causes réunies contribuèrent à entretenir, en dehors des centres romanisés, le culte d'Odin et de Thor; de là une indifférence assez générale à l'égard des luttes religieuses
qui passionnaient les populations du midi. Le zèle et la vigilance des missionnaires ne se laissèrent point rebuter par des difficultés si complexes : nous citerons saint Victricius, évêque de Rouen, qui évangélisa la Morinie et peut-être la Ménapie dans les dernières années du iv* siècle; l'illustre saint Martin de Tours qui, venu h Trêves, s'éleva énergiquement contre ceux de ses confrères qui demandaient la mort des Priscillianistes, comme si, disait-il, l'excommunication n'était pas un châtiment assez terrible; saint .Donatien de Reims enfin, dont le culte est resté populaire dans la Wesl-Flandre; saint Séverin et saint Evergisle, évêques de Cologne. Saint Servais de Tongres, qui avait recueilli en 335 l'héritage de saint Materne, mourut le 43 mai 384 à Maestricht; l'histoire est muette sur ses premiers successeurs, qui résidèrent en cette dernière ville, bien que Tongres restât le siège diocésain. Une nuit profonde enveloppe la période suivante ; tout ce qu'on sait, c'est que la grande invasion des Barbares trouva et laissa la Belgique plus qu'à moitié païenne; mais il était dans les destinées du christianisme de triompher par les causes mêmes qui semblaient devoir rendre sa ruine imminente.
On se tromperait étrangement si, de ce que les Francs étaient païens et de ce que les chrétiens avaient été exposés à toutes leurs fureurs à Tournai, par exemple, on concluait que l'Église avait perdu toute influence. La tourmente passée, le clergé, fort de son unité et de son caractère cosmopolite, devait profiter du morcellement de l'autorité temporelle; aussi bien lui seul était en élat de soutenir la société en dissolution, mais déjà tourmentée du besoin de se réorganiser. Momentanément dépossédé, il reprit bientôt sa place au soleil, parce qu'il formait la seule classe instruite et qu'il n'était pas plus timide qu hostile à l'égard des Barbares. L'Église comprit admirablement la situation. Elle entendait être respectée dans son domaine propre et garder son indépendance ; mais à ce prix, elle était prête à s'allier aux vainqueurs ; elle savait bien qu'ils ne pourraient se passer de son concours ; elle était sûre de les apprivoiser par son action lente et par cette persistance opiniâtre dont l'ancienne politique romaine lui avait légué la tradition.
La pensée des évêques fut celle-ci : cette race franque aux mœurs désordonnées, aux habitudes violentes et sanguinaires, possédait une énergie dont il n'y avait qu'à détourner le cours pour changer le torrent dévastateur en fleuve fertilisant; si l'Église pouvait attirer dans sa communion le plus puissant des chefs barbares, elle relèverait en
HISTOIRE DES RELIGIOPÎS-
Décident, non pas rempire romain irrévocablement condamné, mais une royauté oouvelte et durable dont elle serait rinspiratrice et qui Concourrait avec elle h son œuvre de civilisation. On p;*ut admettre que de^ réflexions analogues traversèrent l'esprit de Clovîs, qui d*ailleurs a^^it épousé une chrétienne. Saint Rémi acheva de leclairer H pti allant le trouver en secret la veille de la bataille de Tolbiac (Zul- ^ pich) 14961» Le prélat plongea un regard dans Ta venir, mouti-a au roi et à la reine leur postérité puissante et glorieuse, si elle demeurait fidèle aux lois de Dieu, si elle exaltait la sainte Église; elle hériterait des Romains, elle contiendrait par ses victoires les incursions I de^autms peuples. Clovis redoutait-il les vengeances de Tljor et B d'Odin, hésitait-il h les renier pour se livrer a un dieu a désarnté, » ^m|craicrnail-il surtout son peuple? Ce ne fut que le lendemain qui! ^Brdé[>artiL de sa réserve; au Ibrl de la mêlée, il promit solennelle- H mml de reconnaître le dieu de Clolilde, s il parvenait h dissiper m hrmùe ennemie; toutefois, après la victoire, il ne donna suite îi celte K jurande résolution qu après avoir consulté ses compagnons d'armes, ■ La même année^ h Reims, saint Fiemi versa sur sa tête leau du baptême en disant : « Courbe la tête, adoucis-loi, Sicambre; brûle
Pce que tu as adoré, adore ce que tu as brûlé, n Trois mille kudes, avec leurs femmes et leurs enfants, suivirent immédiatement Texemple du roi-
ILe thiur Sicambre, le deuxième Constantin ne dépouilla pas le vieil homme en enii-ani dans le giron de VÈglise; il ne vit dans le Dieu des chrétiens que le plus sûr alité des Francs, le protecteur d'une vaste monarchie qui allait embrasser toutes les Gaules. Dans k la dernière partie de son règue, son objectif politique lui oblitéra IP même tout à fait le sens morjl; les crimes et les perfidies ncMui coûtèrent rien chaque fois qu'il eut foecasion de se débarrasser d'un
■ rival, Linduigence du clergé à son égard nous étonne aujourd'hui; mais sa formidalïle épée n'avait-eîle pas fuit pencher la balance en laveur de Tunilé catliolique? En frappant les Bourguignons et les Visîgoths, c'est farianisme qu'elle avait renversé. « H faut beaucoup pardonner, disait saint Rcmi, h celui qui s'est tait le propagateur de la fui et le buveur des provinces. >?,
De Clovis h Chmummxg'se, — Cependant le haptéme du roi et de ^principaux compagnons n'entraîna pas directement la conversion wskle des Francs* Les païens restèrent très-nombreux en Ansirtsîe; lesévêques y rencontrèrent une résistanceopirnâlre.Cefullh,
néanmoins, qu'ils concentrèrent leurs efforts les plus énergiques, a parce que dans cette résistance, dit très-bien Ozanam, ils sentaient la force; à la mollesse des Neustriens ils préférèrent le courage indocile des Barbares qui leur faisaient la tâche plus rude, comme on aime chez les enfants ces caractères fougueux dont on connaît les ressources. »
Pour s'assurer des moyens d'action efficaces, le clergé des Gaules commença par régler nettement sa position dans l'État. Il se fît place h la cour, dans les conseils des rois, dans les assemblées du champ de Mars, où il forma bientôt une aristocratie distincte. Il sollicita en faveur de l'Église des libéralités qui lui furent prodiguées; dès le temps de saint Rémi, il administra lui-même de vastes territoires. Au concile d'Orléans (514), trente évéques organisèrent la juridiction diocésaine, firent consacrer l'inviolabilité des temples et des maisons religieuses (le droit d'asile), exempter de toutes taxes les biens ecclésiastiques, etc. D'autre part, groupant autour d'eux dans les cités les restes de la population romaine et retenant dans leurs terres l'usage de la législation impériale, les évêques et les abbés devinrent le lien des vaincus et des vainqueurs, les négociateurs, les médiateurs indispensables aux uns et aux autres. Ils acquirent ainsi une puissance d'autant mieux assise, qu'elle reposait sur la force morale. Eux seuls étaient en mesure « d'attaquer la barbarie par tous les bouts » (Guizot), et cette mission, il surent la remplir avec autant de franche résolution que d'habileté stratégique.
Comme la reconstitution durable de l'oixire public ne pouvait s'achever que par la christianisation générale du pays, une double armée de missionnaires fut mise en campagne : les conquêtes des évêques furent complétées par les moines.
Saint Rémi passe pour avoir envoyé des prédicateurs en Morinie ; ce qui est plus certain, c'est qu'il plaça saint Éleuthère sur le siège de Tournai, et saint Vedast (saint Vaast) à la tête du diocèse de Gambrai-Arras. Saint Éleuthère osa reprocher à Clovis ses perfidies et ses violences et le força de s'humilier au pied des autels ; en revanche, il ne put triompher de l'endurcissement du menu peuple; il mourut martyr en 521, laissant à saint Médard, évêque de Noyon, le soin de continuer son dangereux apostolat, notamment en Flandre. Saint Vaast administra pendant quarante ans les églises de l'Artois et du Cambrésis. Au pays de Tongres, où fidolâtrie était presque générale, se distinguèrent successivement les saints Eucbaire, Domitien (patron de Huy), Monulphe (fondateur de la ville
HISTOIRE DES RELIGIOiNS. âTi
de Liège) et Gondulphe. Mais il faut bien dire que leurs progrès furent très-lents et que les conversions ne furent pas toujours dues à la persuasion ; sous Dagobert P% par exemple, nous voyons saint Amand demander et obtenir des lettres royales pour forcer au baptême les païens obstinés. Prise dans son ensemble, la Belgique n*a pas été réellement chrétienne avant la fin du vu* siècle, et même au vra' elle était encore bien loin de 1 être dans les mœurs, à preuve les recommandations de saint Éloi et les canons du concile de Leptines.
Les annales des Francs au vn*" siècle ne nous présentent qu*un tissu d'horreurs, et le clergé séculier s'était laissé graduellement corrompre. Courtisans serviles et ambitieux, mêlés aux intrigues du palais, les prélats gallo-romains n*avaient plus rien du feu sacré de leurs prédécesseurs. Et que pouvait-on attendre de leurs confrères de race franque, « vêtus de pourpre, bardés de fer, soldats armés de la crosse et de Tépée, en proie à la débauche et aux appétits sensuels? » D'où allaient donc sortir les sauveurs? Répondons avec M. Paillard de Saint-Aiglan : <c De l'ombre des cloîtres, de ces monastères fondés par les Éloi, les Amand, les Bavon, les Feuillian. C'est Iii qu'il fallait aller demander les missionnaires ardents, infatigables, courageux et patients, sans passions hors celle du christianisme, qui sauraient entreprendre et terminer ce qu'ils avaient entrepris. »
Le monachisme, déjà importé d'Irlande par saint Columban, qui fit du monastère de Luxeuil « l'école de toute la Gaule du Nord » ^Mignet), s'introduisit en Belgique sous le règne de Dagobert P', vers l'époque où Peppin de Landen, prenant son point d'appui dans l'Église, jeta les premiers fondements de la grandeur de sa famille. Les promoteur de ce mouvement furent saint Éloi et saint Amand, suivis d'une multitude de disciples dont l'histoire et la légende ont exalté lactivité héroïque. A vrai dire, saint Eloi, l'habile orfèvre de Dagobert, fut plutôt un simple précurseur. A la suite d'une énergique protestation contre la simonie, abus qui atteignait une extension effrayante, il fut appelé au siège épiscopal de Noyon; sa première victoire fut d'obtenir, au concile de Châlons-sur-Saône, que désormais les dignités ecclésiastiques ne pourraient plus s'acquérir à prix d'argent. 11 parcourut ensuite les municipes de sa juridiction, puis s'aventura dans le nord vers Courlrai et Bruges, puis au pays des Andoverpiens (Anvers), puis vers Huist, Axel, chez les Frisons de Biervliet et du Sas-de-Gand (les Quatre-Métiers), enfin chez les Barbares du littoraly probablement du côté de la Morinie. Ghesquière
lui attribue Térection d^une église à Dunkerque; il avait aussi fondé quelques monastères (à Tournai?). Les travaux évangéliques de saint Amand sont mieux connus : saint Amand fut colonisateur autant que missionnaire. Venu très-jeune d'Aquitaine, il vécut d'abord pendant quinze ans à Bourges, pour se préparer dans la solitude au sublime ministère dont il fit la passion de toute sa vie. Il se rendit ensuite à Rome, d'où le pape Honorius l'envoya porter les lumières de la foi dans la Gaule Belgique. Ordonné évéque par le métropolitain de Bourges (saint Sulpice), il n'eut point d'abord de diocèse propre ; on le rencontre tour à tour à Tournai, au pagus de Thourout, où il établit un monastère à côté d'un oratoire, puis à Courtrai et aux environs d'Ardenbourg. Dans ses pérégrinations, dit son biographe, il apprit qu'il y avait au delà de l'Escaut un pays du nom de Gandavum (Gand), dont les habitants, au lieu du vrai Dieu, adoraient des arbres et des idoles. La férocité de cette nation et la stérilité du sol avaient jusque-là détourné les prêtres d'y aller prêcher; fermement décidé à braver le danger, il crut néanmoins prudent de se mettre sous la protection de l'autorité royale (638), c'est-à-dire de recourir au compelle intrare. Ce procédé de conversion faillit lui coûter cher : il fut roué de coups, chassé par les femmes et les paysans, jeté même dans l'Escaut. Il ne se rebuta point, et l'ardeur de son zèle seconda ses efforts mieux que l'ordonnance royale dont il était porteur. Les indigènes renversèrent d'eux-mêmes les arbres sacrés ; un premier monastère s'éleva sur. le castrum Ganda^ un autre sur le Mont-Blandin, à l'endroit même qu'occupait auparavant un autel de Woden. C'est ici qu'on peut se faire une idée des moyens employés pour extirper définitivement le paganisme. Les monastères, dans la pensée de saint Amand, devaient être des séminaires de prédicateurs, en quelque sorte des postes avancés d'oii les moines se répandraient dans le pays, sauf à se retrancher derrière leurs murs quand ils seraient menacés, pour attendre des temps meilleurs. Avaient-ils enfin raison des entendements rebelles, ils consolidaient leur conquête par la fondation de nouveaux asiles ; au xvr et au xvn** siècle, on voit les jésuites suivre la même tactique dans les colonies espagnoles de l'Amérique d#Sud. Chaque nouvelle station religieuse devenait un centre de propagande et se tenait en relation avec les stations voisines; tels furent, par exemple, les monastères de Leuze et de Renaix, également fondés par saint Amand : le premier relia la mission de Ménapie à celle du Tournaisis, le second rattacha les établissements de Gand à ceux du Hainaut et de la Morinie.
HISTOIRE DES RELIGIONS
Gnude fut rinflueiiee des deux maisons de Gand, Tune (labbaye
de Saini-Piepre) située sur la rive ïieustrienne de TEscaui, Tautre
5i)r la rive auslrasienTie* Cette dernière dut partiriilièrement sa re-
Domnïée h un leudo hesbigiion quesLiinl Amand parvînt h détotn^ner
à^s^ m do violences et de brî^aiidag"cs, le comto Allowin, bien
eonnu soos le nom de saint Bavon. Tels furent les succès de ses
prédications et le renom de ses austérités, que son nom resta attaché
ail cloître oÎJ il avait liiii ses jours. Ces renonciaiions volontaires h
loules Im grandeurs et aux jouissances terrestres frappaient dcHon-
nmmi les populations; de même que les Asiatiques de rextréme
Ûrieiit, «*lles voyaient dans les ascètes des êtres presque sur-
liumaiiB, Les vœux de pauvreté et de chasteté étaient h leurs yeux
quelque chose dlnouî; les ûmes tendres se sentaient attitrées, fascî-
néfts; les* nalui'es énergiques et jusque-l^ impatientes do lout frein
lÈfforvaieul, sous lempire dune terreur secrète, de dépasser les
Écêâ de leurs désordres par la rigueur de leur pénitence. Le Dieu
qoe servaient les conveilis devait être bien puissant, se disait-on,
pournpércr de tels prodiges, et la récompense de tant de sacrillces
devait éire d'un prix inestimable.
Si les sévérités des règles monastiques ne contribuaîent que d'une manière indirecte à ramélioralion des mœui-s publiques, elles ujissiient du moins sur les imaginations; c'était toujours quelque ékQ$e, Mais non-seulement elles inspiraient du respect; cette discipliae rigide et Tobligation du travail imposée aux moines étaient d*un bon exemple. On éprouvait de plus en plus le besoin de paix, tforJre, de sécurité; le patronage des monastères offrait tout cela» 3IJI aux paysans. Plus U\vdt les moines s'énervèrent en vivant as labondance et en faisant travailler les serfs à leur profit; il en était tout autremejit au vrr siècle. Les reclus bâtissaient euxmêmes leurs cellules et défrichaienl les champs; les fruits de leui*s I peines allaient aux pauvres.
Auiour des monastères, maisons modèles, vivaient en famille {h la différence des esclaves de raniiquité) des serfs de la glèbe; on y vit lîiDssi accourir de nombreux colons libres, trop faibles pour se pro- I légin- jiîir eux-mêmes contre les insultes des leudes, dont beaucoup Ine subsistaient que de rapines et de brigandages. Les commerçants [jiistallé^ dans le voisinage des monastères profilaient des immu- [jiiiés d'un territoire sacré; les foires commençaient h s établir; fin- Iduslrie pouviiit se développer sans crainte dans ce milieu paisible [et inviolable. 'Ainsi de toutes paits les déserts se couvraient de
riches maisons, les relations se régularisaient, les métiei*s s organisaient à Fombre de la croix; ajoutons que Tun des premiers soins des évêques et des abbés était d'ouvrir des écoles, soit à la portée de la masse du peuple, soit plus spécialement en faveur des jeunes gens destinés à la vie sacerdotale. La civilisation renaissait ; la propriété, de plus en plus respectée, rendait au cultivateur dix fois ses sueurs; le bien-être matériel devenait plus général et la barbarie perdait de sa rudesse.
L'activité de saint Amand est vraiment digne d'admiration. De Gand, il passe à Tronchiennes, où il fonde une abbaye devenue célèbre ; de là, émule de saint Éloi, il va évangéliser les Anversois et jeter à Deurne les bases d'une autre colonie monastique. Son zèle ne connaît point de frontières : tantôt les chroniqueurs signalent sa présence en Novempopulanie, tantôt il pénètre le long des rives du Danube, jusqu'au pays lointain des Esclavons Vénèdes. En 639, Dagobert lui cède le territoire d'Elnone, où il fonde un couvent, berceau d'une ville qui a pris le nom de Saint-Amand. Frappé d'une sentence d'exil, pour avoir parlé trop franchement au roi, dont on connaît la vie désordonnée, il se rend en Austrasie, où les acclamations du clergé et du peuple relèvent au siège de Maestricht. Là, dans un pays que le paganisme semble avoir choisi pour dernier refuge, il parcourt les villages en simple missionnaire, un moment presque découragé, toujours puisant une nouvelle vigueur dans le sentiment du devoir, jusqu'à l'heure où il sent que ses forces l'abandonnent : après trente-quatre années de labeurs et d'épreuves, il lui est enfin donné de venir mourir en paix dans sa chère solitude d'Elnone (684). Son œuvre inachevée, la conversion des païens du diocèse de Maestricht-Tongres, est alors reprise, et cette fois avec un plein succès, par l'héritier de sa crosse épiscopale, saint Remacle, d'abord abbé de Cugnon sur la Semois. Saint Remacle va droit au but : il traverse la fagne ardennaise et s'aventure au fond d'une vallée sauvage, où se dressent encore des pierres de Diane. Son éloquence et sa résolution étonnent les païens : les idoles sont renversées; un oratoire va s'élever sur leurs débris. L'abbaye et la ville de Malmédy n'ont pas d'autre origine. Mais Remacle ne s'arrête pas là : Malmédy relève du diocèse de Cologne; l'abbaye aura une sœur dans le diocèse de Tongres, au bord de l'Amblève (Slavelot). « Ce lieu, dit Harigère, portait depuis longtemps le nom de StiUmlaus^ parce que les bêtes y accouraient de toutes parts comme à leur étable pour y paître et s'abreuver. Remacle ne changea pas ce nom :
IIJSTCHRE DES RELIGIONS.
désormais ce sérail un Stutmium des dmm fidèles» avides d'accourir aui pâturages de la vie éternelle* »
Aprts saint Remacie et ses collabo nileurs, févêque Théodard de Tôûgro^, nui dëtéudit les biens de l'Église contre la rapacité des gïDS de guen^e et fut haché en morceoux par ses ennemis ; après Tkkidûrd, rillListre saint Lambert, lupôtre de la Toxandrie el le patrou de la cilé de Liège. LiKnberl enjoignit formellement à Peppiii d'Héristiil de quitter sa concubine Alpalde (la mère de Charles Martd); les pai-enls de celle-cî (les Dodon) massacrèrent le saint prélat sur les marcIies mêmes de fautel où il oliiciail. U faut dire que Umberl, ainsi que son prédécesseur, avait plaidé avec beaucoup d*énergi€ la cause de l'inviolabilité des biens ecclésiastiques; ITiislorieu Anselme ne doute pas que les haines qu'il avait par là .soulevées n'aient été Tune des causes de sa mort violente*
Il restait au martyrologe des pages à remplir. Dans cette Flandre oti saint Amaad accomplit des prodiges, que de conquêtes à entreprendre encore! Du nouveaux ouvriers arrivèrent d'Irlande, de tiîe an Saints^ pour travailler à la vigne du Seigneur : Kilian, Feuillian, Bélie, et à leur téta le doux Liévin» qui prophétisa lui-môme son martyre d:ins uiïc touchante épître,
X tssche, vers tirammont, Liévin fut assailli par une bande de
I&idireâ, qui lui tirent de cruelles blessures et lui tmnchèrent la tétc. Cra[>haïlde, femme pieuse, son hôtesse du village de Holthem, accourt, son jeune entant sur les bras, et apostrophe le chef des I mcuruiei^s; celui-ci lui fend la tète d'un coup de hache et lue Tenlant Ksur le sein de sa mère* Le cadavre de Liévin fut transporté h ^ Holthem (aujourd'hui llautemSaint' Liévin); les Normands, qui deux aitelcs plus Uird ravagèrent celte contrée, respectèrent la tombe de Tap^tre. Les reliques de saint Liévin sont aujourd'hui à Saint-Bavon, Ces détails peignent Tépoque. Les compagnons de Liévin ne se rent pas efiraycr; saint Feuillian, fondateur de labbaye de fut assassiné en 65o dans la foret Charbonnière, non loin du œulx; KiliaUt chorévêque, alla convertir tes païens des environs Arras; Monon, autre Irlandais de la mémo légion, s'établit à Nasgoe en Famenne et y mourut pour la foi* Mais de toutes parts la iote phalange recevait des renforts ; rhisloire ne peut oublier lisateur du llaînaut, saint Ghislaîji, né k Athènes d'une aiille probablement originaire de la Gaule; les CeUes des apôtres^ u il éleva dans une solitude sauvage» devinrent la petite ville qui a grirdé son nom C'est lui qui convertit le comte Maugcr, fondateur
de l'abbaye de Haumont (saint Vincent de Soignies); Waldetrude (Waudru), femme deMauger, donna de son côté naissance à la ville de Mons, en édifiant un cloître sur la colline alors déserte de Castri locus, emplacement d'un ancien camp romain; sa sœur Aidegonde suivit son exemple à Maubeuge. Le couvent de Nivelles reconnaît pour fondatrice sainte Gertrude, veuve de Peppin de Landen. Begga, sœur de Gertrude, femme d'Anségise (fils d'Arnould, maire du palais d'Austrasie, mort évéque de Metz) et mère de Peppin d'Héristal, groupa autour d'elle à Andennes de jeunes vierges vouées à la vie contemplative : on veut voir dans cette institution l'origine des béguines. Qudini à sainte Dympne de Gheel, fille d'un roi anglo-saxon, elle remonte probablement au vi* siècle. Saint Landelin, brigand converti, fonda les grandes maisons de Lobbes, d'Aine et deWallers (dans la fagne de Trélon). Omettrons-nous Trudon, à qui nous devons la ville de Saint-Trond, Bertuin de Malonne, Landi-ade de Munsterbilsen, et saint Ursmar de Lobbes, le digne compagnon de Landelin, et saint Omer (Audomar) qui acheva la conversion desMorins, et saint Bertin deSithiu, et saint Winnoc de Bergues, et saint Hadelin qui, d'après Nolger son biographe, cultiva le premier les environs de Binant? La victoire leur fut enfin assurée, et la gratitude de la postérité ne leur fit pas défaut. 11 n'est presque pas une ville de nos provinces qui ne reconnaisse pour son patron quelque saint du vu* siècle, et les exagérations poétiques des légendes attestent elles-mêmes de quelle vénération leur mémoire resta entourée.
Cependant il y a une ombre au tableau. Les règles monastiques prescrivaient l'aumône : pauperes recreare, dit saint Benoît. Ce précepte justifiait les libéralités faites aux couvents, en dépit du vœu de pauvreté des moines. Mais les abbés devinrent avides à mesure que leurs maisons s'enrichirent; non contents de rechercher des donations, ils prélevèrent sur les colons et sur les serfs, qui remplacèrent les religieux dans le travail des champs, des redevances beaucoup plus élevées que la part mise en réserve pour les pèlerins et les mendiants oisifs. L'égoïsme envahit les cloîtres; les véritables pauvres, les ouvriers, tombèrent sous un joug d'autant plus pénible que les serfs de TÉglise ne pouvaient être affranchis : leur émancipation ne date que des croisades.
En somme, disons avec M. de Saint-Aiglan que l'action des monastères fut civilisatrice en ce sens qu'elle amena le défrichement des terres, la création de nouvelles ressources et de relations multiples. Au point de vue moral, elle réprima la licence en attachant le plus
HISTOIRE DES K&LIGIÛNS.
prix à )â chasteté; elle releva la femme el la sanctitia même; Hé favorisa le développement de 1 éducation dans une certaine mesure; eii revauche, elle aurait eu pour etïH, si réleadue même de 1 ses succès lie ravait compromise, de condamner la société civile à une Biinorité perpétuelle.
Les institutions chrétien nés se coosolidèrenitoulà fait au vnr siècle
àmsh Belgique méridionaks d'autre part, la couversion des Frisons
I 4Kord, \m plus redoutables ennemis de la monarchie mérovin-
gimuei fut entreprise par deux apôtres illustres, fun et Tautre
anglo-saxons : WiUibrod, qui fonda l'évêché d'Utrecht et labbaye
(TEcbteniach {pépinière de missionnaires destinés a la Frise), el
Wiiiffed(saini Buniface), légat du sainl-sîége pour la Germanie et
kGâule. Il faut dire que la conversion des Frisons, si Ton peut
appeler ainsi nue soumission forcée, fut plutôt due aux armes de
Cbarles Martel qu'à rinlluence des deux prélats, qui ne trouvèrent
pas àms le Nord à b appuyer sur des monastères, comme les Amand
d les Uemacle.
Eu Austrasie apparaît, au commencement du vnr siècle, une figure
opulâire, saint Hubert, cher aux veneurs, invoqué contre la rage,
bunmmmé Yapôtn* (ks Ardennes et k second [otuiatear de Uége; c'est
[lui, eu effet, qui li-ansporta dans cette dernièj-e ville le siège épi-
1 s«i(ml de Maeslricht, qui donna au peuple liégeois ses premières lois
I dviles et sa première administration rëgulièj'e, qui, enfin, entoura
: remparts la eilé naissante. Fils de Bertrand, duc d'Aquitaine,
(ié chez t*eppin d'Héristal pourse sousti*aire au pouvoir d'Ébroïn,
"•ômpagiion d'armes de son hôte, il fut louché de la grâce comme
saiut Faul sur le chemin de Damas. Qui ne songe, en lisant ces
lignes, aux estampes où saint lluberl est agenouillé devant un cerf
Hdix t:4>rs portant au front un crucifix rayonnant? il entreprit aussitôt
Hb pèlerinage de la ville éternelle. Il en revint évéque el successeur
Hde mmi Lambert. Celui-ci avait éiaugélisé la Toxandtie; Hubert
Hirigea ses eflbtis vers le Brabant el surtout vers les Ardennes» où sa
dépouiHe mortelle fut plus lai'd transportée au monastère d'Andage,
fmûé pur Bérégise. Cet asile, fi équenté par de nombreux pèlerins,
Ut bientôt peuplé et devint le centre de la ville de Saint-Hubert.
Malines, qui doit son origine à une chapelle bùtie sur les bords
kl D)le par saint Rombaul {Runwtdus), évéque i-égionnaire anglo-
axon, mort martyr; Lierre, qui i^'éleva autour d'un oratoire érigé
ar le leude Gommaire {Gummai% ami de Kombaut« datent de la se^
onde moitié du même siècle. Sans poursuivre cette éuumération,
n BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.
disons seulement que le fait capital et caractéristique de cette période de nos annales, c est l'extension dans le pays tout entier de la hiérarchie et des institutions ecclésiastiques. Non-seulement le paganisme était mort, mais l'unité religieuse se constituait de jour en jour plus fortement. Une seule fois elle faillit être entamée, en 762, lorsque le contre-coup de la querelle des iconoclastes se fit sentir en Occident. Les briseurs d'images recrutèrent des prosélytes à Gand; une émeute éclata : Hildebert, abbé de Saint-Bavon, périt dans la mêlée; l'affaire n'eut pas d'autre suite.
La quiétude du clergé fut troublée jusqu'à un certain point dans les dernières années du gouvernement de Charles Martel, ce prince ayant jugé à propos de distribuer des bénéfices à ses compagnons d'armes au détriment des évêchés et des abbayes. Mais cette crise fut toute passagère: les deux fils de Charles, Carloman et Peppin le Bref se montrèrent dès leur avènement partisans décidés des immunités ecclésiastiques.
Carloman s étant retiré au Mont-Cassin (746), Peppin se trouva maître de toutes les Gaules. Décidé à transformer son pouvoir de fait en une véritable royauté, il comprit que l'appui de saint Boniface, la première autorité religieuse du pays, et ensuite une liaison plus intime avec le saint-siége lui étaient avant tout indispensables. Sur les conseils du puissant métropolitain, il envoya deux membres du haut clergé à Rome, comme « à la source du droit, » pour demander au pape Zacharie si celui qui tenait en réalité les rênes du pouvoir ne méritait pas de porter officiellement la couronne. La réponse du pontife ayant été conforme aux vœux de Peppin, le dernier des rois fainéants, Childéric 111, subit la tonsure et vit se refermer sur lui la porte d'un cloître; le maire du palais, élevé sur le pavois, reçut fonction royale des mains de saint Boniface dans la cathédrale de Soissons.
Cette révolution, ou plutôt ce coup d'État, entraîna pour l'Église, comme pour la monarchie, des conséquences de la plus haute gravité. Astolphe, roi des Lombards, s'était emparé de l'exarchat de Ravenne et menaçait la ville de Rome. Le pape Etienne II, successeur de Zacharie, ayant inutilement demandé du secours à l'empereur d'Orient, Constantin Copronyme, résolut de s'adresser à Peppin et se rendit à cet effet tout exprès en Gaule. Il renouvela le sacre du nouveau roi, désormais roi « par la grâce de Dieu, » établit l'hérédité du trône dans sa famille et le nomma patrice de Rome, ainsi que ses deux fils. En échange, Peppin s'engagea par serment à
HISTOIRE DES RELIGIOiNS. 33
prendre les armes contre les Lombards et il tint sa promesse. Deux fois il passa les Alpes; il reconquit 1 exarchat, la Penlapole et le duché de Rome et en fit-donation au siège apostolique. Ainsi tut fondée la puissance temporelle des papes (756).
De Gharle3iagne aux croisades. — Les lettres de saint Boniface nous montrent combien peu lesprit du christianisme avait pénétré dans les masses, alors que l'Église gallo-franque paraissait déjà solidement établie. A quels détours adroits, h quels semblants de concessions ne fallait-il pas avoir recours pour faire accepter le dogme? Les Barbares changeaient de culte, mais ne modiliaient guère leur manière de vivre. Comment en eût-il été autrement? Comment l'homme intérieur eût-il été touché, quand le clergé luimême, à peine maître du terrain, se livrait à tous les désordres? « fai besoin des conseils de votre autorité, écrivait Winfred an pape Zacharie. Les Francs, disent les vieillards, n'ont pas tenu de synode depuis quatre-vingts ans. En beaucoup de lieux, les sièges épiscopaux sont livrés à des laïques cupides et à des prêtres corrompus... » Zacharie donna satisfaction au généreux prélat et lui permit de convoquer des synodes; c'est alors que fut tenu celui de Leptines. Outre la condamnation des pratiques païennes, il y fut décrété que les évêques devraient donner désormais l'exemple d'une vie paisible ; qu'ils veilleraient sur la chasteté et la doctrine de leurs prêtres; que les moines et les religieuses ne pourraient plus sortir de leurs cloîtres; enfin, plusieurs mesures furent prises pour rétablir l'ordre dans les familles, pour mettre un terme à la promiscuité, aux mariages illégitimes; les chefs diocésains furent institués juges des mœurs. Mais la désorganisation était trop générale et trop profonde pour être tout d'un coup arrêtée. Le pouvoir civil vint ici à la rescousse, et l'Église se laissa momentanément enlever une partie de son indépendance.
Peppin le Bref et surtout Charleniagne secouèrent vigoureusement l'inertie de l'épiscopat. M. Guizot rappelle qu'ils relevèrent l'autorité des métropolitains, qu'ils rassemblèrent fréquemment les évêques, en un mot, qu'ils s'occupèrent de rendre au gouvernement ecclésiastique son ensemble et sa régularité. Les papes leur adressent des lois pénales applicablesau clergé ; non-seulement Charlemagne veille soigneusement à ce qu'elles ne restent pas lettre morte, mais luimême fait rendre des canons nouveaux; aucun détail de l'administration cléricale n'échappe à sa prévoyance. Les Capitulaires, sou- III. 3
vent rédigés avec le concours des- prélats, constituent une législation morale autant qu'une législation politique. L'autorité du chef de l'État s'étend sur tout, même sur les moindres usages de la vie domestique.
Au point do vue de la condition du clergé, deux faits importants signalent le commenc-ement de cette période : la claustration des chanoines, remontant aux dernières années du règne de Peppin, et la révision de la règle de saint Benoît par un homonyme de ce premier père des moines d'Occident, peu après la mort de Charlemagne.
La première de ces mesures est due à saint Chrodcgang, né en ilesbayc, formé à Tabbaye de Saint-Trond, élevé par le roi des Francs à la dignité d*évéque de Metz : les rois commençaient à nommer les évéques. A peine installé, le nouveau prélat fut frappé des inconvénients de la dispersion des prêtres de sa cathédrale, vivant chacun à sa façon, comme des laïques. 11 imagina de leur appliquer, dans de certaines limites, les règles de la vie monastique ; beaucoup d*évéques Timitècent : bientôt chaque cathédrale eut son chapitre.
11 faut dire aussi que les simples prêtres étaient généralement pauvres ; les évéques étaient souvent mis en demeure de pourvoir à leurs premiers besoins. Réunis en communauté, ils seraient du moins assurés du pain quotidien, en même temps qu'assujettis à des habitudes plus austères. Mais ces avantages ne pouvaient être obtenus qu'à grands frais. La piété des fidèles pourvut à tout ; les prêtres internés ne tardèrent pas à devenir un objet d'édification, et les dons afiluèrent aux cathédrales. Les églises s'enrichirent comme les couvents; les chanoines, pourvus de prébendes et de bénéfices, acquirent une influence de plus en plus considérable comme membres du conseil des évéques, à l'instar des cardinaux, qui sont les conseillers du pape. A part la vie en commun, l'institution provoquée par l'évêquc de Metz ne fut, du reste, qu'un retour aux anciennes traditions de FËglise, telles que nous les fait connaître le P. Thomassin.
La nouvelle réglementation des ordres monastiques fut l'œuvre de saint Benoît d'Auiane, fondateur et premier abbé de la maison d'Inde (Cornely-Munster, à deux lieues d'Aix-la-Chapelle). « Comme Benoît de Nursia, Benoît d'Aniane voulait réformer les monastères : mais la réforme du vi« siècle avait été à la fois large et passionnée ; celle du ix« est puérile, subalterne. » (Guizot). Tel fut, en eflfet, depuis cette époque et malgré plusieurs tentatives pour le ramener vers sa source, le caractère général de l'institution monastique; elle perdit sa grandeur, son ardeur première. Sur 80 articles du Capitulaire de 817, 21 sont étrangers à tout sentiment religieux : il y est question, par exemple, de la mesure du capuchon, qui doit être de deux coudées; des jours où il est permis de se raser, de prendre des bains, de se faire tirer du sang, etc. La multiplication des observances insignifiantes ne contribua pas moins à la décadence des monastères que l'accroissement de leurs richesses : c'est l'abbé Fleury qui le déêlare.
Mais ce qu'il est essentiel de faire ressortir ici, c'est que tous ces règlements et les actes mêmes des conciles furent décrétés au nom de VatUorité civile. Les carlovingiens disposent non-seulement des diocèses, mais trouvent tout naturel, à l'occasion, de gratifier un laïque de quelque monastère, à titre de bénéfice. Ils vont plus loin, ils interviennent dans les questions dogmatiques : Charlemagne, par
HISTOIRE DES RELICrONS.
/icapïe, hà coudanmcr, dans trois conciles successifs, Thi^résic dc^ Adopticns, (Iku frOUlcnàiciit qye Jésus-CItrisiesl srniplernunl te iiU adoptif de Dieu, Amsî la jjMacidu roi des Prunes à JVgard de r%Lîse caUiolfque, dit M. Gtmol, était, li jieu lie chose j>ri^s, la mCmc que celle du roi d'Anj^leterrc dans l'Église anglicane. EiifcT»nd»e,lédL"rf;é fui combliî de dons et de prévenancos : la dîme fui réguijètrineiïtet officiellemeot i^iablîe, et la juridiction cléneale étendue, même en maûiïrr civile.
Cliarlefflagoe suivît» dans ses expéditions contre les Saxons, fmmpk que son aieul lui avait donné en Frise. Le baptême fut iûiposë m% vaincus sou$ peine de mort; ces lois sanguinaires ne lomirfïrent en désuétude qu après la consolidation de la conquête. Enfin ta pensée du vainqueur se révéla : rempire d'Occident fut restauré dans de^ conditions nouvelles sous deux chefs, Tun temporel, ! autre spirituel : lempereur recevant sa couronne des mains du pape, le pape ne prenant possession du siège de saint Pierre qu^avec raàseatiment de lempereur. C'était le droit divin dans toute sa ripueur; c était, tant que les deux pouvoirs s entendraient, ridcul du nSgne de Dieu sur la terre. Mîiis encore une fois le génie romain, nevi\*ant chex les souverains pontifes, devait immanquablement tendre à dominer la société civile elle-même, lorsque la forte main d'un Charlemagiie ne tiendrait plus la balance.
Les invasions et les ravages des Normands eui^nl pour consé- (juruce un retour forcé h des mœurs belliqueuses; mais ce retour t grands avantages aux populations agglomérées. La domiclercs et des moines les avait éner\*ées, plongées dans une somnolence dont elles se réveillèrent en sursaut, quand elles se virent obligées de se protéger par elles-mêmes et de pourvoir k leurs besoins. En Flandre surtout, leur activité industrielle prît un
jessor progressif; et à mesure qu elles acquirent la confiance de leur »rce, il fallut compter avec elles. Les villes s entourèrent de puisâmes murailles, et à Tabrideces remparts se constitua un nouvel lément du corps social, !a bourgeoisie laborieuse et fièrc, bientôt
Sppaljeûte de s émanciper. Ainsi Toi'dre public se rétablit peu à peu
[iurdes bases esscniiellement laïques; en somme, les invasions des Vormands ne ruinèrent moraenlanémcnt que le clergé; plus d'une L>is les chapitres et les abbayes en détresse duretit afiranchir leurs
{serfs qui s élevèrent aiïîsi au rang de censitaires.
Sous fadministration de Bruuon, ou plus directement de Gode-
froid d'Ardenne (959), la basse Lotharingie (la Belgique) se remit uu à peu et Jouit pendant quelques années d'une paix profonde. Les r rouvrirent, les monastères se repeuplèrent et furent sévè-
rement réformés; signalons pourtant une différence profonde entre les moines d'alors et ceux de l'époque précédente. Ceux-ci avaient fui comme de faibles femmes devant les bandes dévastatrices des hommes du Nord; il s'était aussi trouvé des apostats, n'ayant pas honte de se faire Normands eux-mêmes pour acheter leur sécurité. Maintenant le temps des lâchetés était passé; les nouveaux moines, aussi bien que les barons, suivirent à la lettre le vieux conseil : Aide-toi, le ciel t'aidera. Les couvents se garnirent de créneaux; celui de Landen, ravagé en 853 par les Normands, obtint, par exemple, en 946, l'autorisation d'élever un château « pour protéger contre les faux chrétiens et les païens les reliques des saints serviteurs de Dieu. » Non-seulement les moines soudoyèrent des garnisons, mais en diverses circonstances ils furent requis d'envoyer des vassaux à la guerre, ce qui n'était du reste qu'un retour aux anciennes lois. Cet état de choses dura peu : ils finirent par renoncer au service militaire au profit des vidâmes {vice domini) et des avoués^ constitués défenseurs des églises en échange de la cession de certains droits ou redevances.
L'administration de la basse Lotharingie resta essentiellement laïque, même sous Brunon ; le pays de Liège, qui demeura séparé du reste de la Belgique jusqu'à la fin du siècle dernier, fut, au contraire, définitivement constitué en principauté ecclésiastique par le célèbre évêque Notger (974-4007), ami et conseiller de l'empereur Othon. Notger s'occupa tout d'abord de consolider son autorité; il fit confirmer les donations dont l'église de Liège avait déjà été gratifiée, il en obtint de nouvelles, et avec elles les droits et les privilèges de la souveraineté. Son pouvoir une fois bien assis, il consacra toute son énergie à purger la contrée des brigandages des petits seigneurs. Il faut bien dire que, pour arriver à ses fins, il eut quelquefois recours à des moyens détournés, peu compatibles avec son caractère sacré. En tout cas, dès qu'il eut abaissé les vassaux turbulents et rétabli l'ordre, son objectif unique fut l'accroissement du bien-être de son peuple et la propagation des lumières. Il confia la direction des écoles liégeoises à un homme instruit et d'un grand caractère, Wazon, élevé plus tard à la dignité épiscopale. C'est ce même Wazon, pour le dire en passant, qui, consulté par l'évêque de Chàlons, à propos des progrès des manichéens, sur le point de savoir s'il est permis de combattre l'hérésie par les armes, lui cita simplement cette parole évangélique : « Dieu veut la conversion du pécheur et non pas sa mort. »
HISTOIBE DES RELIGIONS.
Parmi les monastères fondés en Lotharingie à celte époque, nous ciieraiis rabbaye de Gembloux, érigée par saint Guibert, illustrée datiâ ia suite par les chroniqueurs Sigebert et Anselme; celle de Brogtie, dans le Nainurois, due h saint Gérard, réformateur austère de b dis^cîpline monastique; la maison bénédictine de Fleurus, bàiie par le comte Elbert, de Florennes, pour des moines irlandais; enfin, b prieuré de Hastières, relevant de Waulsort* Uapproche du fatal miifnimm éveilla les terreurs de la population et redoubla par là même sa ferveur religieuse. On était persuadé que le monde devait finir fan lOOO; pour mourir dans la grâce divine» ou dota des couvents, on slrapoïia la solitude et les pi-ivations» on entreprit des pèlerinages m Terre Sainte. La crise passée, la reconnaissance des fidèles se iraJîusit, comme leur frayeur, par des générosités envers TÉglise.
L'inlluence sociale du clergé se manifesta, au milieu des désorimnH dos luttes privées qu*engendrèreni naturellement les prétentions rivales des seigneurs, par rétablissement des trèi^es de Dieu. Dès les premières aanées du x** siècle, des évêques d'Aquitaine et de Bourgogne étaient parvenus h faire jurer par leurs diocésains la fdis gatticaue^ engagement solennel qui irilerdisait k*a guerres de dâmu à ûhaieau. Malgré lopposition momentanée d*un évêque de Cambrai» cette institution trouva beaucoup de crédit en Belgique; seuleaienl les prélats finirent par reconnaître l'impossibilité de déraciner brusquemeiTt des traditions séculaires. Ils se contentèrent de fiïer des jours de trêve, dits treugarii, H fut défendu, sous peine dVxrommunieation, « d assiéger des châteaux, de ravager les terres, dVnlever des sujets et des troupeaux, ou de se livrer îi des violences quelconques, entre le coucher du soleil du mercredi et Taurore du kndi suivant, ainsi que depuis le commencemenl de FAvent jusqu'après VÉpi|ihaine, et depuis le grand carême jusqu'à Pùques ck^s. n Les empereurs Henri 111 et Henri IV donnèrent leur sanctiou à ces mesures transactionnelles; en 107G, Tévêque de Liège, Ikuri de Verdun, institua môme un trihumil de paix chargé de faille respecter à perpétuité dans ses États la irève de Dieu^ laquelle fut enfin proctamée^ au concile de Clermont, obligatoire pour toute la chrétienté* Cependapt elle ne tarda pas à tomber en désuétude : iës idées de droit revêtirent une autre forme. Poursuivant son rôle civilisateur, ITÏglise s*éleva également avec contre les ardaiien^ \e^ jugements de Dieu par les épreuves de
î, du feu et du fer rougi ou par le duel en cbamp clos. Elle inter- I viul de toute manière, même directement par lapostolat (témoin la
mission du Flamand saint Aniould, ëvéqiie de 'Soissons, auprès de Robert le Frison), pour calmer les passions des princes et de leurs subordonnés. Ce nesl pas que t'barmome régnai dans la société ecclésiastique beaucoup plus que dans la société civile; la simouk et le nicolaïîisme, c est-à-dire le Ira tic des dignités spirituelles et les infractions au précepte de la chasteté, gangreuaieni de plus en plusj le clergé; les moines, d autre part, murmuraient contre les réformateurs qui prétendaient gêner leur liberté ; en un mot, le corps clérical perdait sa cohésion à Tinstar du corps féodal. Le moiua Hildebrand, depuis Grégoire VU, entreprit hardiment de purifier rÉglise et de sauver son unité en soustrayant la papauté k la tutelle impériale.
Tout absorbé par sa lutle contre Henri IV, il s^inlcressa médiocrement aux discussions de dogme qui s élevèrent autour de lui; la fameuse polémique soutenue par Lanîranc, puis par Adelman et Algcrus de Liège contre Béreiiger, au sujet de la présence réelle, uù sembla guère Témouvoir, non plus que les progès du schisme grec; il courut au plus pressant, à Torganisation de la souveraineté papale; dans lempire, dou elle devait s étendre à toute l'Europe - Il nû\ craignit pas, à cet effet, de déplaire aux évéques en affranchissant les moines; il lui fallait, avant tout, une milice obéissante, d*un dévouement sans bornes et ne relevant que de lui. Mais ni les détails des réformes opérées par Grégoire VII au sein de rÉglise, ni les épisodes de la grande querelle qui éclata entre la papauté et lempire ne peuvent nous arrêter ioL — Dans les guerres civiles qui remplirent cette époque, les ducs de Lolliaringie restèrent d'abord fidèles à l'empereur, L union de Godefroid le Bossu avec hgramie comtesse Mathilde de Toscane, célèbre par son attachement inébranlable à la cause pontificale et par la donation de tous ses territoires à rÉglise romaine, n affaiblit en rien le dévouement du prince belge, Godefi^oid de Bouillon, qui lui succéda, prit également le parti d'Henri IV contre Rodolphe de Souabe, que les princes allemands venaient de reconnaître pour chef. A peine Rodolphe eut-il reçu du pape la couronne impériale, quil fut blessé à mort de la main de Godefroid lui-même, dans la sanglante bataille de Volkslieim sur TElster. Le vainqueur concourut ensuite au siège de Rome et entra le premier dans la \ille conquise. Mais tout d'un coup il éprouva des scrupules de conscience; il regretta des exploits qui, dans Topinion presque générale de son siècle, n^étaient rien moins que sacrilèges. De là son ardeur pour la croisade; à len-
IIlSTOmE DES FtEUClÛNS. 3U
taiuasme religieux qui lenaporta vers la Terre Sainte se ïnélait une |iQsée de repentir et d'expiation.
UdcTûier appui d'Henri IV en Belgique fut levèque de Liège, Oikit, qui, h la vérité, lui devait sa nomination, Otbert ne eraignil pas de tôuriiir à un prince excommunié des secours en hommes et itnargent. Les papes Urliain II et Pasclial II employèrent tour h tour b exhortations et les menaces pour le rallier; Paschal II lança iiR^meses foudres contre les Liégeois et poussa le comte Robert de Fhjidna à leur Paire la guerre.
Enfin le concordat de Worms (H22) assura gain de cause à l'Eglise : lempereur dut renoncer tu pouvoir d'investir les évéques par b crosàe et lanneau ; ils ne tinrent plus de lui que la possession de leurs biens temporels et de leurs droits régaliens. Les élections épiscopates n'en donnèrent pas moins lieu h des troubles civils dans la principauté de Liège, jusqu'à la fui du x\f siècle; ce ne fut quaprcs le lâche assassinat dWlhert de Louvain (frère du duc Henri l*" de Brabant), canoniqucment élu, mais antipathique à remp^îreur (£4 novembre 1 192), que le sentiment populaire se montra fcvorable à rindépendance de la papauté-
brs cmiskiiE^ A Cuarles-Qlint. — Dès 986, dans une lettre éloquente» le pape Sylvestre II (Gerberl) avait excité les chrétiens d'tk'ciJent à prendre les armes en faveur de leurs frères de Syrie et d%yple» cruellement persécutés par les Sarrasins; Grégoire VII reprit celte idée, si bien en rapport avec son pj'ojet grandiose de ■ ^umcUre à la tiare ruuiversalité du monde chrétien. Les aflaires d'Europe rcmpéchèrent dy donner suite; la première croisiide ne fiid&rétée que sous Urbain II, au concile de Clermont {1095}* Si rimpulsion initiale partit de Rome, ce fut la Belgique, en revanche, qui dépass;! touîes les autres nations par son cmpressemenl à la mm-e. Piei^re TErmite, Tardent pèlerin dont la véliémcncc et la ferveur enthousiaste enlraînèrouL vers l'Asie, péle-mêle, par un élan
I irrésistible, des multitudes indisciplinées et tumultueuses, Pierre l'ErmiLe était Belge; quand Codefroid» le grand capitaine, prit la
[croix avec ses frères, avec Uoberl de Flandre et Baudouin de
[ibioaut, ce fut la Belgique qui compta le plus de soldats dans la glorieuse expédition qui eut pour couronnement la prise de Jéru-
Isitlem,
Rappellerans-nous la part prise par Tbieriy et par Philippe d*AI-
Isace à la seconde et h la troisième croisade; Baudouin IX, chef do
la quatrième, fondant l'empire lalin de Constantinople ; les Dampierre accompagnant Louis IX en Egypte ; le comte de Luxembourg acceptant le périlleux honneur d'entreprendre une dernière fois la guerre sainte; enfin celte foule brillante de chevaliers dont le Cartulaire du saint Sépulcre nous a conservé les noms, et dont la légende a poétisé les hauts faits? L'histoire de la Belgique, pendant toute la durée de cette époque de fièvre et de transformation sociale, ne se renferme plus dans les limites de notre territoire; elle nous transporte tantôt en Angleterre, tantôt en Portugal, surtout aux rives lointaines de l'Orient. Ces expéditions militaires, ces départs incessants de nombreux colons pour^des contrées étrangères ont fourni h nos érudits, depuis quelques années, des sujets d'étude des plus intéressants. D'autre part, les Assises de Jémsalem^ où M. Raikem a reconnu quelques traits caractéristiques des coutumes liégeoises, nous offriraient plus d'un détail se rattachant de près ou de loin à notre sujet; il n'est possible d'en parler ici que pour mémoire. Sans apprécier les résultats généraux des croisades, demandonsnous seulement quels furent en Belgique les effets immédiats des guerres saintes.
Un grand nombre de clercs renoncèrent à embrasser la vie monastique pour se rendre en Orient ; les couvents s'en ressentirent avantageusement, ne recrutant dès lors que des moines dont la vocation était sérieuse. Les sciences et les arts n'y gagnèrent pas moins que la religion : les cénobites consacrèrent leurs loisirs à étudier et à pratiquer l'architecture, la sculpture, la peinture sur verre; c'est alors que l'art ogival commença à prendre son magnifique épanouissement. Malheureusement la piété des fidèles, en enrichissant outre mesure les monastères, prépara leur décadence intellectuelle et morale. En attendant, de nouvelles communautés religieuses s'élevèrent sur tous les points du pays : Aflflighem remonte au temps de la première .croisade; les abbayes cisterciennes d'Orval, des Dunes, de Villers, de Cambron, d'Aulne (Aine), furent fondées vers le milieu du xn* siècle, sous l'influence directe de saint Bernard. Encore dans la même période, saint Norbert fonda Tordre des Prémontrés, rordre blanc, qui se propagea rapidement jusqu'en Pologne et jusqu'en Espagne. Le premier couvent norberiin fut Floreffe; le second, Heylissem lez-Tirlemont; Saint-Michel d'Anvers, qui donna naissance aux abbayes de Tongerloo (4133), d'Averbode (1135) et de Middelbourg, Bonne-Espérance, Saint-Feuillien au Rœulx, Grimberghen et Parc lez-Louvain datent également du vivant de saint Norbert.
HISTOIRE DES RELIGIONS
Plusieurs Je c€S couvents, dévastés par la^ourmeiue révolulioii- Baire, se sont relevfo Jaris ces deniiei'B temps. iM PréiDuntrés lemplacèrent, h Saint-Michel d'Anvers, les chaiers que Godefroid de Bouillon y avait ëlablis en 1095, il de partir pour la Terre Sainte, Voici dans quelles cii*isonstances* Au commenremenldu xn* siècle, Tignoi'ance el le dësoi^ dredes mœui^ étaient a peu près aussi ordinaires chez les clercs t}«e chn les loiqnes; mais nulle part, du moins, le dogme tradiuoimel ni Faut or i té ecclésiastique u étaient encore mis en cause : il ptraU seulement que la secic des Catliares (plus ou moins une trace ût* ràfjcien manichéisme)» répandue en France et en Allemagne, tomptnii au pays Ikuiand quelques partisans secrets. Tout à coup WQ eiiihousiaste, du nom de Tanchelin puTanchclme, se mit à parcourir les diocèses d'Utrecht et de Cologne» s annonçant comme \p du ciel pouj* émontler FEglise, Il attaqua de front le pape,
éques et tout le clergé; les temples, disait-il, n'étaient que des m% de prostitution (iupanaria}; la vertu des sacrements dépendait
saiiiieié des ministres; le sacremcut de TEucharistie, ajoutaitîéim d'aucune utilité pour le salut* Il concluait qu on devait itfiiser le payement de la dîme. Doué d'une certaine faconde populaire, Tanchelin, aidé de ses deux acolytes Manassé et Everwacher,
1 chaque jour grossir la foule de ses auditeurs, qui le prenaient
un nouveau Messie illuminé du Saint-Esprit< Bientôt la tête lui lùuvm comme plus tard à Jean de Leyde, dont on Ta quelquefois - 'h' : austère d*abord dans sa vie, il changea brusquement , déploya un luxe inou'i et donna lexemple d'une intâme promiscuité, s*il faut prendre à la lettre les récits des chroniqueurs* Codefroid le Barbu prît des mesures pour le faire arrêter h Anvers, ûijilsélail établi; il parvint h se réfugier à Cologne, où rarchevè[ye sempaia de sa personne; il s évada, reparut h Bruges, et iiiinlt^ment fui assommé par un prêtre, au moment d*enlrer dans une barfiuedl 15), Mais sa secte lui survécut el prit des proportions si aicjiàvanles, que rinlervenliou d'un apôtre fut jugée nécessaire. Saini Norbert se rendit à Anvers avec quelques compagnons; un aa lui siiîflîl \Kmv extirper Thérésie naissante : c'est alors que les chanoines de Saint- Michel lui cédèrent leur église et leur maison, pour aller s'établir h Noti^e-Dame du R^ltonnet, Le trwmpfw de miut Nor- M est encore aujourd'hui célébré au diocèse de Malines par une ft^te spéciale (le 1 1 juillet).
Cet épisode, quoique isolé dans notre moyen âge* dénote que
le prestige du clergé commençait à n'être plus intact : on n'est pas plus hardi, par exemple, que l'auteur du Reinaert de Vos (v. 7723- 7728). Vers 1480, sous le prince Raoul de Zàhringen, la démoralisation des clercs avait fait des progrès effrayants à Liège. Un homme pieux et animé d'un saint zèle, Lambert le Bègue, fondateur du béguinage de Saint-Christophe, osa élever la voix pour flétrir leur conduite. Au x* siècle, l'évêque Rather aurait approuvé ses audaces ; Raoul le fit jeter dans un cachot, mais fut forcé de le relâcher, en présence de l'attitude inquiétante du peuple. Lambert partit pour Rome et en revint avec l'autorisation de continuer son œuvre; il en eut à peine le temps : il était à bout de forces.
Avant répoque de la réforme, les hérésies n'excitèrent guère dans nos contrées que des émotions locales et passagères. Mentionnons d'abord la secte ihystique et sensualiste des beggards el des lollards, qui se répandit au commencement du xiv® siècle en Brabant et sur les bords du Rhin. Elle eut pour chef, à Bruxelles, une femme éloquente, Bloemardine, auteur de plusieurs opuscules sur Yesprit de liberté et Yamour séraphique. Bloemardine professait des doctrines renouvelées des gnostiques; elle allait jusqu'à justifier la corruption des mœurs, sous le prétexte que Thomme est capable d'atteindre, dès cette vie, un état de perfection tel qu'il ne peut plus pécher. L'évêque de Cambrai, Pierre d'Ailly, mit en campagne deux théologiens : les sectaires leur répondirent par des pamphlets et, paraît-il, par une attaque à main armée. Le célèbre mystique flamand Jean de Ruysbroeck {dodor exiaiicus), prieur de Groenendael, prit aussi part à la discussion, mais garda si peu la mesure qu'il toucha de très-près au panthéisme. Gerson l'accuse même davoir rajeuni la doctrine condamnée d'Amaury de Bène et d'avoii versé dans plus d'une erreur qu'il voulait combattre.
En Flandre, sous Louis de Maele, les flagellants, associations bizarres originaires de Hongrie, parcoururent le pays désolé par la peste noire, pensant conjurer le fléau en sadministrant trente-troiî fois par jour de rudes coups de lanières à pointes, en mémoire des trente-trois années que le Christ avait passées sur la terre. On vil s'adjoindre à leurs troupes des seigneurs et des dames de la plus haute noblesse; ce fut un moment, à Bruges et à Tournai, une frénésie générale. Quand la peste eut disparu, ils continuèrent leurs exercices et se jetèrent dans toutes sortes de superstitions, ce qu leur valut une sentence d'anathème ; Philippe de Valois leur défendii même d entrer en France, sous peine de mort. Les flagellants m
HISTOmE DES aELIGIONS.
KWte Bbtorl r disait
ftnM pas étraiïgers h la cruelle persécution dont les juifs furent robjét 311 iiv siède. La fureur populaire s'apaisait-elle, ils arri- %wmi oomme pour la ranimer (Depping). A Mons, en 1336, à Bnuellas» en 1370, d atroces exécutions eurent lieu. Le peuple était alfoki Les scèues dont Bruxelles fut témoin sont bien connues* Des juifs (ITnghien, accusés JWoir fait enlever ?i Sajnte-Gudule seize k% consacrées pour les percer de leurs poignards, furent mis h h (ortorc, leiiaiilés et brûlés vits h la porte de Namur : le sang, disait'On, avait jailli des hosties profanées- Tous les juifs durent quitter le Brabaot^ leurs biens ayant été confisqués au préalable, Eli pirc4>urânt uos annales religieuses de cet âge, nous trouve- ., faisant contraste h ces sombres tableaux, quelques tigures do ires, priaeipalement de femmes, éclairées par les lueurs d'un dCKn mysticisme : d'uti côté saint Gerlac de Houtliem lez-FauquL»mont, de fauire sainte Christine fit sainte Ludgarde, dont M, le pro- ■r fesseur Bormaus a publié les poétiques légendes ; la recluse lvett:i Bie Hay, fondatrice d'une des premières léproseries ; Marie d*Oignies, H||m suivit son exemple; la duchesse Marie de Brabaut, dont This- ^lotre de sainte Geneviève semble rappeler les malheurs; sainte Julicrme de Ilelinne, à qui TÉglise doit rinslitution de la Fête-Dieu^ iuaugurt^e à Liège on 1246, et la B. Eve, qui vécut assez long- Ifmps pour voir ceUe solennité étendue au monde catholique tout j^ilitT(J2 août I2ii4).— Pour ce qui est des monastères, il faut maintenir compte, à côté des anciens ordres parvenus îi un haut dapulence, des communautés mendiantes, qui, après s être ^feinguées par ieui*9 vertus austères, aboutirent li leur tour au relAmeiit le plus déplorable. Les moines des couvents riches s*accouluroèrent h vivre dans la mollesse et négliirèrent les éludes qui vaient tait hi gloire de leurs prédécesseurs : Pétrarque, qui décerne pendant une mention houorable au clergé liégeois, raconte que t'étant rendu à labbaye bénédictine de Saint-Jacques pour y copier m manuscrit de Cicérou,il ne put s'y procurer que de l'encre tcllcmi^iU vieille, qu elle avait pris une couleur de safran. Les mendiants, Hf autre part, multiplièrent jusqu'à fabus les dévotions extérieures, Hprif^nt rbabitude de s immiscer dans les affaii^s de famille, mépri- ^nèfeat le travail des mains et se firent honneur de leur oisiveté et ^k leur vie vagabonde. I/inOuence des subtilités seolastiques eut aussi pour eflet de susciter entre les ditiérents ordres des querelles interminables, et le grand schisme d'Occident ne contribua pas ^igrpéluer ces tiraillemejits. Nous atteignons ainsi la fin du
xiv« siècle : TÉglise était malade et la société civile entrevoyait confusément qu'elle n'était pas destinée à vivre toujours en tutelle. Pour donner une idée de ce désarroi et de cette fermentation des esprits, qui frayèrent de loin le chemin au protestantisme, il faudrait parcourir les œuvres principales des écrivains de la Flandre, alors dans toute la vigueur de son essor littéraire; il faudrait montrer l'esprit de satire se faisant jour dans les chambres de rhétorique et jusque dans les sculptures des églises ; mais cette tâche a été réservée à nos collaborateurs.
Pour la même raison, nous ne ferons qu'indiquer ici deux événements d'une incontestable importance, qui signalèrent cette époque de transition : l'institution des Freines de la vie commune pai* Gérard de Groot (4340-1384) à Deventer, d'où sont sorties tant d'écoles savantes ou populaires, et la fondation de YUniversité de Louvain par Jean IV de Brabant (4426).
Le seizième siècle. — La réforme de l'Église était souverainement désirable : Bossuet lui-même en convient et reproche au concile de Bàle d'avoir éludé une question d'un intérêt si pressant. Le clei^ du xv^ siècle, tout animé qu'il était d un zèle louable, n'avait pas sondé la profondeur de la plaie. 11 prévoyait vaguement une crise, mais une crise intérieure seulement: il ne comptait pas avecla société laïque. Or, un irrésistible besoin d'affranchissement spirituel gagnait de plus en plus les classes éclairées, surtout en Allemagne, et la renaissance des lettres anciennes et, avec celles-ci, de la philosophie, portait chaque jour un nouveau coup à l'édifice vermoulu de la scolastique. Les hardiesses des albigeois et des vaudois, d'autre part, les prédications de Wiclef et de Jean Huss avaient partout laissé des traces profondes. Il ne fallait qu'une étincelle pour mettre le feu aux poudres. Hutten avait pris pour devise : fai osé; ce fut Luther qui osa. La vente des indulgences lui vint à propos. Il est cependant permis de croire que le moine augustin d'Erfurt n'aurait pu troubler aussi profondément le monde germanique, si les conséquences politiques de ses thèses n'eussent répondu aux aspirations secrètes du vieux parti gibelin, qui redoutait par-dessus tout la monarchie absolue appuyée sur l'unité religieuse.
Grand fut l'çmbarras de Charles-Quint, au début de son règne, lorsque Luther commença à élever la voix. Longtemps il tergiversa; à part la question du schisme, la situation était en effet très-complexe. Combattre ouvertement la réforme, c'était rompre en visière
niSTûIftE DES RELIGIONS.
ta féodalité allemande et forlîfier Fran^^ois V\ qui ne
p,is mieux que de voir son rival occupé au delà du Rhin;
tiMsigér, e'élait se reiKlre suspect à la catholique Espagne sans
pouvoir peut-être arrêter le torrent ; car tes concessions religieuses
apjHïlleni les concessions politiques. Des années se passèrent;
Uiiienm eut le sort de ÏHefioimm de Zenon risaurien,c est-à-dire ne
I sâlisflt personne. Enfui, obligé de se prononcer, lempercur entama
courageusement la lutte, quoique déjà épuisé et songeant à se retirer
' -'ir. Il s*y prit trop tard : il ne put ni dompter ni apaiser
I ,,ne, et en léguant à son fils nos provinces avec la péninsule
lbérit|ue et la mission d'an finir avec rhérésie, il lui prépara un
■règcie plein de périls.
kx Pays-Bas» Ch^ries*Uuint ne se crut jamais tenu à des mena- |rmi'iJts envers les partisans de Luther. Le nombre en était restreint le pays wallon, sauf à Tournai et à Valenciennes, puissantes ommones en relations étroites avec la Flandre. Mais, dans celte Nemière contrée él sui'tout à Anvers, les nouvelles doctrines recruilèrent proraptement une foule de prosélytes. La curiosité publique alla du jour ofî [université de Louvain ordonria de livrer aux es les écrits du réformateur. Le prieur des augu^^tins d'Anvers, kmfom Spreng, Ibrmula le pt^mier, en 1519, quelques propositions hardies, aux applaudissements d'Érasme. Incarcéré, il se ré-, tfacia; mais ;ï peine élargi, il nlla recommencer sa propagande à , Bmgês et finit par quitter la Belgique. Corneille Graphée» qui tra-
Pimi en flamand le livre de Jean Goch sur la liberté de la religion chréiieuïie, éprouva le même sort; seulement sa i*étractation lui t imposa le silence. Cependant le retentissement des querelles ihéolopfjues ayant graduellement pénétré dans les masses, le pouvoir l'émut: un inquisilcur de la foi, François Vander Huist, membre du conseil de Braliant, fut investi de pouvoirs redoutables. Les cachots se reiuplirent : le couvent des augnslins d'Anvers fut rasé; des bourgeois subirent la lorture ou même la- peine capitale; le curé de Môlsen fut cousu dans un sac de cuir et jeté h feau ; on brûla vif un moine augustin, h petit feu* « tournoyant auteur d'une es tache, afin it lui foire le plus de tourment possible! ï> Vander Hulsl poussa les ^ligueurs si loin, que Marguerite d'Autriche s en indigna et supplia fppe dcle remplacer par un homme plus modéré* D'accord avec fmpereur. Clément VI! acquiesça à cette requête; mais la réforme ontinuani k gagtier du terrain, Charles-Quini parut bientôt se sniir de n avoir point passé outre.
Trois personnages désignés par Marguerite prirent la place de] Valider ilulâl; tout à coup le pape, proprio motu, nomma inquisiteur général Êrard de la Marck, cardinal et prinee-évéque de Liège, t Les états de Di^bant s'insurgèrent contre cette mesure inopiuée,fl qui leur parul ouvrir la porte à des empiéiemenls de Taulonté ecclë-" siastique sur la juridiction du souverain. Le pontife céda : les U^is inquisiteurs fonctionnèrent de leur côté» Érard du sien, dans ses propres États, où il délégua Jean Jamulet, digne émule de Vandepj Hulsl, pour faire une guerre h outrance à l'hérésie. En Crabant, an] reste^ on n avait pas perdu au change ; les bûchers sallumèrent, la] tombe se referma sur des vivants, la confiscation des biens et 1ô| bannissement aiteignireut de simples suspects. Comme toujours, le sang des martyrs multiplia les confesseurs et la religion des persécuteurs fui de moins en moins respectée. Charles-Quint devint i inflexible ; Marguerite elle-même en vint h se vanter des nombreuses j exéculioDs qu elle avait ordonnées, reconnaissant toutefois que faméliorationdes mœurs du clergé aurait pu faire plus que des supplices pour éloigner le lutliéranisme. Les édits de 1526 et de lo29 donné* ■ renl le signal d'une véritiible terreur. Érai'd les fit publier à Liège : les bourgeois invoquèrent leurs franchises; les bourreaux ifen remplirent pas moins leur office. Les dissidents a en pullulèrent quef davantage, pour parler couime Chapeau^-ille: nous disons les dissî* dents et non les luthériens, parce que le pays de Liège fut parliculièremcnt visité pur des prédicants venus de France et par des anabaptistes. Ideletle de Bure, femme de Calvin, était liégeoise et fille d*un anabaptiste liégeois*
Ledit du 7 octobre 1531 renchérit encore sur celui de 1529. Les 1 Iibi*aires publiant des lin'cs non approuvés devaient étit? marqués] (ï\m fer chaud; libre au juge, en outre, de leur laire crever un œil ou couper le poing. Une part des biens conlisqués revenait au dénonciateur; tous les trois mois, on devait notifier à rempcreur ou à la régente les délations et la suite qui y avait été donnée. Les Gantois passant aux yeux de Charles pour entretenir des relations avec les protestants» les magistrats de la Flandre recurent les ordres les plus sévères au sujet de lexécution ponctuelle des édits ; leurs collègues des autres provinces ne manquèrent pas d*iiniter leur zèle, Cétait chaque jour une nouvelle hécatombe : la haute Allemagne est perdue» s écriait un prélat espagnol; mais la basse Allemague peut encore être sauvée, pourvu qu on y fasse tomber six nnlle tètes ou ' qu on réduise autant de corps en cendres (Hernie)» En 1538, 1540,
inSTOlRE DES PiELÏGIOXS,
Iâl3 el 1546, nouveaux ëdits de plus en plus rigoureux, surtout
contre b presse, contre les maîtres d'école, contre les chambres de
rhétoriquo. Le nombre des inquisiteurs lut augmenté; leur mission,
1 jusque-là clërieale, reprit le caroctère civil qn*elle avait eu à Torigine.
jLe sâim-oftke prit tout h lait racine aux Pays-Bas (1550); il eu
Iti de nombreuses ëmi£2:ranons, dont se ressentit grandement la
érilé malénelle de la Belgique.
U$ û\cès des anabaptistes avaient opéré, sur ces enlrefailes,
fcévei'sion qui aurait été tavorable ix TÉglise romaine, si les
BÎsiteurs avaient su garder de leur eolc quelque mesure; mais le
'ikatismea on bandeau sur les yeux. L'inquisition se rendit lilléra-
lemeut odieuse : le magistmt d'Anvers protesta contre les derniers
éditrja phipail des rites brabançonnes refusèrent également de
les publier, Marie de Hongrie fit quelques concessions; mais Tem-
{>ereur sut les rendre plus apparentes que réelles ; la forme seule
(lesédils fut changée. L'intolérance était dans Pair; on se remit h
aiquiéler les juils- Comme pourtant on avait besoin d eux, on Ht
f Mllblant de ne pas les reconnaître quand ils reparurent sous divers
défuisemenis.
Les protestants avaient fini par se compter; déjli les esprits clairwaals pouvaient pressentir que la lutte religieuse aurait inévitaiitemenl pour issue une grave commotion politique* La réforme se démocratisait et cessait de prêcher le respect des princes, k 1 époque* oii Ckiics-ydnl abdiqua, le peuple commençait à gronder sourdelûMfiuand on préparait un bûcher. Les discours devenaient plus «les moines et les prêtres avaient perdu tout prestige; les ; des iconoclastes ti'attendaient qu'une occasion pour éclater. Il f:iut dire que si Charies-Uuint se montra cruellement hostile à b libellé da conscience» il fut d'autre part Tennemi non moins drddé des abus ecclésiastiques de ton te espèce» L*empereur fit net:iMJser tous les biens tombés en mai ïj morte et détenus sans octroi du prince; il frappa de caducité les cessions clandestines, déclara prohibées et nulles les transmissions des propriétés par actes de dernière volonté aux couveuis, gens d*église et mai nmortables en général, et cide^i aux monastères le droit d'acquérir, au uom de leurs religieui, les successions ab intestat auxquelles ceux-ci se trouveraient iftre appelés ; enfin, il fit procéder h une enquête sur les fondations uses, afin de sassurersi elles étaient entretenues selon le vœu des eurs,Noû moins caractéristiques furent les mesures prises au 15jét de la juridiction des tribunaux ecclésiastiques ; il tut stipulé
que les habitants des Pays-Bas ne pourraient plus être cités à l'avenir hors de leur pays, ce qui arrivait tous ies jours, une partie de nos provinces ressortissant, quant au spirituel, à des diocèses étrangers.
Philippe II, en montant sur le trône, regarda comme une obligation sacrée de tenir la main à l'exécution des placards contre les hérétiques. Ce fut sa première recommandation aux états généraux, lorsqu'il leur fit ses adieux au moment de retourner en Espagne. Presque au même moment arriva la bulle de Paul IV, portant création de quatorze nouveaux diocèses, répondant à un vœu tardif de Charles-Quint, mais finalement obtenue par son successeur, sur les instances de François Vandevelde (Sonnius), envoyé tout exprès à Rome. Notons en passant (avec M. Defacqz) que, dans toute cette négociation, le roi eut soin de ne pas laisser entamer l'indépendance de sa couronne : la bulle pontificale lui reconnut, ainsi qu'aux souverains des Pays-Bas qui viendraient après lui, le droit de nommer à perpétuité les évêques.
Ces mesures, qui en d'autres temps auraient pu paraître un service rendu à la religion et aux mœurs, soulevèrent, à l'époque oii elles se produisirent, un mécontentement général. Il avait fallu doter les nouveaux évoques aux dépens des monastères, non-seulement pour leur trouver des revenus, mais encore pour leur donner entrée aux états, droit qui n'appartenait, dans le clergé, qu'aux chefs d'abbayes, représentant la propriété territoriale ; or, les abbés ne se laissèrent pas dépouiller sans se plaindre. Les seigneurs, d'autre part, redoutèrent l'influence que des prélats étrangers peut-être, et dans tous les cas inféodés à l'Espagne, ne manqueraient pas d'exercer dans l'assemblée délibérante dont on leur ouvrait ainsi l'accès ; enfin, aux yeux du peuple, les titulaires des sièges crées par Paul IV n'étuient et ne pouvaient être autre chose que des inquisiteurs : Granvelle, nommé archevêque de Malines, ne portait-il pas déjà le titre de chef du saint-office?
Les réformés de l'Église genevoise commencèrent, dans ces conjonctures, à prêcher dans les Pays-Bas, en plein champ, à l'ombre des bois, partout où ils couraient le moins de ristjue d'être inquiétés. Les auditeurs accouraient en armes, grave sujet d'inquiétude pour le gouvernement. Bientôt les religionnaires tinrent ouvertement leurs assemblées dans les villes, notamment à Anvers, où fui arrêtée en juillet 1566, en présence de dix mille individus, hommes, femmes et enfants, la confession de foi des calvinistes. Dans h
HISTOIRE DES HELIGIONS.
Wesl-Flaudre, k Steenvaorde ei à Bailleol, la populace hérétique se souleva ti saeai^ea les églises, Lexemple est contagieux : on pouvail tout craindre pour !a grande cité commerçante qui fiiurmi liait (lefeidems de toute nation* l*eiidant que de leur côté les confédéré du compromis, les gueux, comme les avait appelés Berlaymont, délihénienl sur le parti qu'ils avaient fi prendre, le Taciturne arriwil à Anvers, ofticiellement chargé de taire cesser les prêches* 11 «jpril par douceur, et avec d'autant plus de chances de succès, quon savait qull avait rormellemeni demandé la démission de toutes 5e$ cbrges* Mais les esprits étaient exaltés» et malheureusement rmilltume fui i-appelé à Bruxelles pour avoir h se prononcer sur une requête des confédérés. Les iconoclastes profitèrent de son absence : ^tises et monastères furent envahis; un ministre calviniste s installa daas la chaire de Notre-Dame, au milieu des débris des images mulilées et des autels protanés. La régente, consternée, parla de se r^tirei'iV Mous; Guillaume, indigné, reparut à Anvers et prit la dé- Tense de-s catholiqucî» opprimés; trois briseurs d'images furent *traiîglés et pendus sur le marché en sa présence* Il transigea iTpeiidant avec les calvinistes cl les luthériens, en leur désigna ut, d|M la ville, des endroits où ils pourraient prêcher librement, à ition de respecter les catholiques. Mais Mnrguei ite le désavoua, o'ôsaat rien faire sans le consentement du roi; et dès ce moment HIe se défia du Taciturne,
Le* excès des iconoclastes déLachèrent un grand nombre de seignetirs du parti de Fopposition; d'Egmont, craignant par-dessus loiu renvoi d'une armée espagnole, fut d avis que lessenticl était «fapaiscr le roi» cest-à-dire de latre cesser les prêches, Guillaume, au LOiHraire, entrevit l'éventualité d'une rupture avec FEspagne et li» pO»ibililé d'une négociation qui ferait passer le pays sous la louveraîneté de fetupereur- Son but avoué, en tous cas, était de foider ia paix publique sur la tolérance religieuse. Mais il temporisa Wiire, en empêchant les calvinistes d*Auvérs de voler au secours de Jean de Marnix,qui avait pris les armes avec une bande de religiMiiaires pour .semparer des bouclies de TEscaul et s*opposcr ainsi au débarquement des troupes de Philippe, Les compagnons lit Xamix furent massacrés jusqu'au dernier h Austruweel; du tant d^ remparts d'Anvei'S, la femme de leur chef vit les Espa* gMâ mettre le feu à la cabane de chaume où son mari était cerné, ^flrant eu vain de payer une riche rançon, La conduite du prince JOraagc irrita vivemeut les sectaires; il se tut suivant son habitude.
Sfl
BELGIULIE mkkll ET INTELLECTUELLE.
Cepeadaiit il renonça détinitivemeiil: Ji tous ses emplois et quitta les Pays-Bas, ne jugeant pas que son heure fût venue* Il ne voulut pas pj'éter au roi un nouveau serment de fidélité; ainsi qu'il le dit à d'Egmonl au moment des adieux, il ne se souciait pas (t d'attendre les bourreaux, n fl
D^Egmont et de Hontes ne les aiteodrrent pas longtemps; le duc^ rt^Albe fit sou entrée dans Bruxelles le 22 août iùûl, investi de pouvoirs illimités. Marguerite avait fait taire les prédicants, renverser 1 les temples protestaïAs, conduire au supplice de nombreux sectaires ; mais ce n'était pas assez : le lieutenant de Philippe voulait mater la I nation tout entière, détruire la semence de Thérésie, dut le pays être] noyé dans le sang. Le comeil d^s troubles, substitué aux états généj'aux sans égard pour les lois du pays, tint à honneur de mériter le ] nom de mmeil tk sang que le peuple lui décerna. Il ne lui suffit pas d'égorger des centaines de victimes obscures : d*Egmont et de I Hornest accusés de lèse-majenté, toml)è!*eni sous la hache. Guillaume était hors de ses atteintes; le conseil le bannit h perpétuité et confisqua ses bi^ns. CVst alors que le proscrit publia sa Jtt^'/f/leation; c'est aussi vers le même temps qu'il rencontra dans lexil Phi- M lippe de Marnix de SaîiiteAIdegoude, le grand apôtre du calvinisme " aux Pays-Uas, Philippe ne se souvint pas de la mort de son frère Jean : il avait compris que Guillaume était le seul homme capable de faire triompher sa cause; il s'attacha donc h lui et sut si bien miliger dans ses entretiens les théories puritaines de Geriève, qu'enfin il le rallia à sa confession* Bès lors Guillaume fut un homme nouveau ; le dé était jeté. Il détibéra^ dit Martiix, de metire ie tout pour le touLLum révolution à 'la lois politique et religieuse d*où soitit la république" des Provinces- Unies dut soo triomphe k l'étroite amitié de ces deux héros, fun plein d ardeur ei de fougue, Tautre t:alme, prévoyant elM désormais résolu; lun sectaire obstiné, lautre sceptique au Ibnd peut-être et avant tout homme d'Etat, mais tous deux prulundémenl convaincus que la cause de TEspagne et celle du catholicisme! n'étaient qu'une seule et même cause*
Que Philippe 11, de son côté.renlendit ainsi.on ne saurait en douter; depuis Isabelle, la royauté espagnole avait toujours cheiché' son principal point d appui dans le pouvoir spirituel. Sous Philippe II, nous voyons un nonce du pape déclarer nettement au roi que, sans rinquisJtion, tant de peuples divers, répandus dans les deux hémisphères, ne resteraient pas longtemps réunis sous un même sceptre. En revanche^Konte comptait sur TEspagne pour soutenir lassant Ibr-*
HISTOIRE DES RELIGIONS
St
able qu elle avait résolu de livrer au proleslaiitisme, après s'être» pctMiant quelque temps, à peu près conlentée d'un rôle passif. La politique et la religion se confondaient donc dans les deux camps opposés, ce qui fait comprendre les ardeurs fanatiques et les ressiatiaieais implacables qui caractériseut par excellence les luttes du ïvf siècle.
b cour de Borne, tout en considéi^nt le fils de Charles-Quinl comme !a colonne de rÉglise, ne fil pourtant point dépendre dun sen! auxiliaire, si puissant quil pùl être, le succès de la réaction quelle préparait. Aussi bien ITîspagne, au momenl où elle paraism être à son apogée, commenyail à manquer d'hommes et surtout dargeat* Pour saper rhérésie par sa base, la papauté jugea les armes spirituelles plus efficaces que les bûchers; sans supprimer rinquisition» qui fui toujours moins cruelle à Rome, du reste, que ém$ b péninsule Ibérique, elle approuva, dès ÎS40, finstitution de h C&mpaffnie de Jésus, qui devint bientôt le plus ferme boulevard de ITglise milîtaute et porra, dès forigine, un cai*actère cosmopolite. Investis de tous les pouvoirs du clergé séculier et des ordres religieuî, ne relevant que du pape et de leur général, les jésuites devaient se rendre d'autant plus redoutables que, s insinuant dans divei'ses cours et ne répondant qu'à un seul mot d'ordre, ils eril en mesure de contrecarrer, le cas échéant, laciion desgouvernemerits particuliers au point de vue diotérêts supérieui^s dont ib avaient le secret et dont le pape, h leurs yeux, était le juge inûiîlible et Tunique régulateur. Eu d autres tei'mes, les jésuites ne ^Inféodaient à aucune puissance laïque; ils étaient purement et simplmenl dtoyeus de la catholicité incarnée dans le gi'and pontife. Charles-Quinl semble avoir pressenti le danger; Philippe 11 ne fut pas moins inquiet; on lit dans une de ses lettres : te 11 n'y a qu'un st'fii ordre religieux que je ne comprenne pas, celui des jésuites, i> ^(JHieadani la confusion qui régna dans les I*ays-Bas après le départ iduc d'AIlie, les revers de la guerre, enlUi la séparation des promces du Nord eurent raison de ses défiances* Alexandre Farnèse, le confesseur était jésuite, parvint a fëire rappeler la sentence banuissement qui avait fi"ippé la compagnie* On admet assez géîiérHleinent aujourd'hui que le plan de conduite de l'hilippe 11, dans les aftaires des Pays-Bas, avait été froidement, profondément cAvnlé d'avance. Terrilier d'aboi-d le pays, puis tendre la main à la ïîiiiion épuisée, mourante, et la pousser a redemander elle-même comme un bieniait le joug qu elle avait osé trouver trop lourde la
caresser après 1 avoir meurtrie, lui rendre une lueur d espoir ^u^ moment où elle se sentirait écrasée et impuissante, et se donner ainsi le prestige de la magnanimité» il y avait en tout cela autant de logique et de màciiiavélîsnie que datrocité lanalique. Les jésuites se trouvèrent à point îiommé pour exécuter la dernière partie du programme, pour remplir le rôle d'agents de réconciliation. D'ailleurs Philippe ne pouvait se dissimuler que son colosse avait des pieds d'argile, A Gand, Ryhove et d'Hembise avaient non-seuîemeiit persécuté les catboliqueStmais conçu le plan d'une république (ëdérative embrassant toutes les provinces; la défection des Hollandais, d'une part, et de l'autre le méconteutemenl des Wallons qui, tout en restant catholiques, en voulaient au gouvernement espagnol, devaient être pour le roi Tobjet de sérieuses réflexions* Bien de plu s opportun qu'une mesure attestant du moins au peuple que le règne des violences était passé. Tandis qu*au seul nom de l'inquisition les cheveux se dressaient dliorreur, on ne parlait des jésuites que comme de doux apôtres, de pieux el zélés missionnaires d'une religion de paix. Ils combattaient l'hérésie avec les armes de la science, les seules qu'on eût dû jamais employer. Déjà leurs écoles pouvaient supporter le parallèle avec celles des protestants, et c'est beaucoup dire, car les réformateurs avaient mis tous leurs soins à fortifier les études : le libre examen veut quon soit instruit. Malgré Topposition de Tuniversité de Louvain, Tordre des jésuites fut donc légalement reconnu en Belgique an mois de mai 1584 et déclaré personne civile. Aussitôt la plupart des villes voulurent avoir des collèges de la coinpagnie; au bout d'une génération, le pays, plus qu'à moitié protestantisé pendant la révolution, était redevenu catholique, plus orthodoxe que jamais. Par contre, la nation avait perdu tout ressort» les exercices spirituels étaient la grande affaire de la vie ; le pouvoir royal ne courait plus risque d'être inquiété.
Par qui vraiment l'eût-il été? Le combat finissait faute de combattants. En lo84, h Deltl, la balle dun assassin frappait à mort Guillaume d'Orange; l'antjée suivante, Philippe de Marnix rendait Anvers au prince de Parme, et le cœur navré, sous le poids d'injustes soupçons, se retirait en Zélande et finalement h Leyde, où ses derniers jours se consumèrent dans la méditation et fétude. Au moins voU' lut'il consacrer tout ce qui lui restait de forces h soutein^^ par la plume la cause qu'il n'avait pu défendre par lepée : Repos ailleurs! telle était sa devise. Implacable adversaire de TÉglise romaine, il lui lança de terribles flèches de Parthe et adressa de brûlantes
UlSTOmE DES RELIGIONS.
omiioos à ses frères des Flandres, du Brabant et du Haiiiaul, f Vf gmimt encore êom ta croîx. Soa Tableau dei différends de la relijme$i peui-ôtre lœuvre la plus audacieuse et la plus etrrénée de cetU^ époque au taui était extrême ; on u imagine pas uue pareille explosion de haine et de colère» et à côté des élans parfois sublimes dune foi sincère et de fermes espérances, une si étrange véhémenœdans latlaque, un tel ai'sejial de railleries aristophanesques m tout ce que les catholiques vénèrent. Le pamphlet de Marnix aie de 1590; ce fut le dernier mot du xvr siècle» qui s y montre non ikiissa beauté, mais dans sa nudité, selon lexpression très-juste (le M. Edgar Quinet.
S*i) m fautiugrr d'après su carre^pondanec avec ïe théologien Baius{iS77-
^ Hârnixauraii lon|ÇU^ïnp.s eojiïîiTvé ^t^^pui^, im^mi; au fort de lu révolu tîoij,
fa|)prtM*htT le C4i] V i u i s tnt? d es do tî Ir i ti es ca Ih u l i ii u es, moyen n a ni que 1 1] 1 1 es ç u n -
o^ounde p;«rt <H d*aiitre. Quoi qni\ en soil^ ils ue ^'etiloodiretit point : Jluius
yfa inebranldblrnierit lidèlt- U son Êj^lî^e, 411! ne di-vaît pourtant pas IVpar-
LVpUudi< du Ijaimifsnto doit nouîi firréti^r tin instant, ù raison du niouvijnii-in
ft'iiuittiji mnjjidéribli' qui en fut lu suilt= au Wïi" sîiïcle,
^Miri^^*!d<*Ull)^dillkilts, professeur à runiversilé d{^ Louvaîn, avait iHéfra[ip(^, «JcimVnuMpie i^on colli^^ue Je«in év Ht^ssels^ de la faiblesse de^ urgumenlatiouEi nia&tiquesiljrigres contre le protestantisme par les autres docteurs do IM/nirt fÊkr [h r\'!iobif-eûl di- vaincre Luttier, Calvin et Zvvingîeen leur empruntant leurs pronri-ï armes, êVsl-à-dire en invoquant les autorités que les novateurs respecliicDUuX'nji^mes, rÊcrilure cl les saints Pères, notamment saint Anj^uîstin. Jl fi'-^gisaait de coûcilier la liberti^ humaine aves la ueci'ssité de la gracCi consé- ({ueQocdu péché originel, i|ui nous â enlevé tout moyen de faire notre salut par Wi|iropff4fûfC4.*s. Lu iber et Calvin exâgi»r3ient rimpnissance de T homme dt^^ehu Nt(Hliïiâieulitans le fkHenninisme; leurs adversairi's luuvanisies pencbatent, au ouulrain% du côté des pél agi ens« diaprés les(|uef s la Iibert4^ uVst qu'un vain mot, ^lagrAcc estitidispensable. Bains crut IroLiver dans saint Augustin la solution de ÎJcliicolté ; il cmi reproduire la pure doctrine de révûipie dHippone en soolenant <ÎUi*rbofiinie, depuis la ehute, n'a plus de forée ^\ne pour pécher; mais si nous |>i^t»un!i,cV*sl tjue nous le voulons bien, quoique nous ne puissionst'aire aalreuienl, ir^Dt perdu IVmpîre que nous avions sur nos sens, La grôço nous est donc nt^cesy^re, et pourtant nous n'eu sommes pas moins libres, puisque nos fautes ne sont àUerminiVïs par iiucti ne cause élraojr(>re. Baiusconvejiiiit que les docteurs caibo- ^tM*% entendaient la liberté autrement que bu; mais îî se retranchait derrière Xiint Attpustiu, Ikl^le interprète dt* rRvan|Ciîc, Le monde ccclésiiislique sVmut; iiîs frèriîîs inineuf-i surtout jeti'^reni feu et flamme; Uaius fui dénoncé h Grautdlc!, qui s'dTorça d^assonpîr Taffiiire, Bams tU des concessions ; cep<,'nduiit« de rclunr du eoncile de Trente, où il avait éié délc^gué avec llessels, U publia ses ou^fj^es et une nouvidle tempC'le éeljta : 76 Ibôses sospectes furent soumises •u jugement du 3aint*siege, qui tes coudamiiaf mais par uue phrase susceptible d« d4*iix inlerprétàittons opposées^ selon la place qu'on doitnait ^ une virgule^ Paul IV US4 du rt'sledu ménagements en ne donnant aucune publicité à la bolle ;
son successeur Pie V, au contraire, exigea de Tau Leur des Ihèses une rétracl^tion fonnelle : BalUB céda et fui r<^habiliu^, le toul à huîs cla«.
Mais il n*élaU pas âu bout de ses tribulations. Les jésuites avaient mis à Tordre du pur la grosse question de rinfaiUibiUu'^ du pape ! Baïus souiini dans le» éwït^ de théologie que lous les évéqucs tiennent direcUîjnenl leur institution de bieu, et que la doctrine de rinfaiilibilité n'était justifiée par aucune parole du Chrisi. Le P, lîellarmin ouvrit en Brabant une véritable campagne contre le docteur de Louvain, sans toutefois jamais le nommer; mais personne ne sV trompa. Le P.Tola vini ensuite h h rescousse, et le pape Grégoire Xlll, pour en finir, chargea son cnnfesseur d'aller publier à Louvain la fameuse bulle, Baius se rétracta tto nouveau, seion l'inimiion de ta Mie.
Les jésuites triomphaient; un de leurs théologiens, le P. Lessius* s'introduisit dans la faculté de Louvain et y soutint une série de propositions que Baius déclara sémi-pélagïanistcs. Sur ces entrefaites, le jésuite Molina mit au jour, â Ué" bonne, son livre célèbre sur raccord de la grâce et du libre arbitre. Les dominîeaîus prirent feu; les jésuiles tinrent pour le molinisme* Cependant le débat s'était peu à peu circonscrit à Louvain, Lessius et les sieus prétendant que leurs adversaires entendaient mal saint Augustin, ceux-ci sVffbrçant de montrer que, diaprés le grand docteur de T Église, Dieu n'a pas voulu que tous les bommes fussent sauvés. C'est alors que Corneille Jansenius (ne pas le confondre avec son homonyme Tévi^que de Cand) reprit en sous-œuvre les propositions de Baiirs. VAtigimmts ne parut qu'après sa mort, mais donna presque aussitôt le signal d'une mêlée générale. La lutte du janSï'uisme et du molinisnie, celui-ci représenté par Tordre des jésuites, domina pendant plus d*un siècle toutes les préoccupations religienses du monde catholique.
Tandis que le fanatisme espagnol t^éduisait la Belgique à loyle extràmittS, le protestantisme, en dépit des persiScutioiis, s implantait au pays de Liège, où le retàchemenl du clergé contribuail h le metlre en crédit. Les successeurs d'Érard de la Marek le comballireni autant qu'ils purent par la violence, h preuve les supplices de Watelet, de Jean de Namur, de Henri Mulckeau et d'Adrien Bourleiie, et le bannissement de milliers de personnes dont le départ compromit les induslries les plus ftorissames. Mais les princesévêques trouvèrent surtout un puissant secours dans la coopération des jésuites et tout d'abord du père Canisius (lauleur du Caféehkme)^ dont les prédications eurent un succès réeL Quand les hiéronymites,sans doute devenus suspects, durent céder leur collège liégeois à la compagnie (1582), la réaction était un fait accompli et la libre et vaillante cité du moyen ûge énervée pour longtemps.
Depuis l avênemëxt des akchidics JusQt: a locccpation riiAsatsE. —
La papauté s'était purifiée et relevée dans la seconde moitié du svr siècle» sous des pontifes pleins de force et de vie tels que Sixte-
HISTOIRE DES RELIGIONS
Qumi et CJémenl VUt, et iaraais elle n'avait jeté autour d'elle un td éclat, jamais elle n'avait exercé une telle suprématie politique, La doctrine des jésuites sur les rapports de FÉglise et de l'État allati s*iiriposer partout. Ils enseignaient , Bellarmtn en particulier (et notûûs en passant que Sixte-Quint ne trouvait pas encore que ce fût assez), ils enseignaient que le pouvoir temporçl a sa source dans lepenple» qui tient lui-mèine son droit de Dieu (omnis potestas à!ko) et peut en déléguer l'exercice à un ou plusieurs; les formes de gouverEemeiït leur étaient donc indifférentes, ils s'accommodaienl de tous les régimes. Mais ils soutenaient d autre part que Itglise est fondée à diriger TÉtal comme Tàme k diriger le corps; que le pape, infaillible vicaire de Dieu, juge tout le monde et ne peut éire jugé par personne; qu'il a le devoir de mettre un frein aux excès de Tauiorilé temporelle, et qu'il pourrait par conséquent Jéci-éier ou abolir les lois qui! jugerait nécessaires ou nuisibles au salut des Ames (Ranke). Cest sous l'empire de ces idées que s'ouvrit leivu* siècle.
Le règne des archiducs a été très-diversement appi'écié. A n'en jogerque d'après les apparences, les Pays-Bas retournèrent (t h leur ancienne Heur, repos et prospérité >i; mais Téclat des fêles et des
t\m\ publics, les dépenses sompiuaires, le luxe des palais et des t'élises, la pompe des cérémonies profanes ou religieuses dissimu- \m\ souvent bien des misères matérielles et morales. Les jésuites,
^loui*jluissants sons ce règne, furent magnifiquement installés dans tauli^s les provinces; autour de leurs collèges, comme autant de proisans spirituelles, se groupèrent d'innombrables cloîtres : «rfrustîiis, minimes, récollets, carmes et carmélites, annonciades, li iirsoliiies, brigittines, dames de Berlayniont, etc., etc, reçurent B leur part du butin, quelquefois au détriment des évéchés et des " anciennes abbayes, ce qui ne laissa pas que de faire éclater des
Ifiinflils. Les legs pieux se multiplièrent de jour en jonr, les biens ecclésiastiques al^sorbèrenl de nouveau une portion considérable du territoire. Les bûchers se rallumèrent pour de pauvres filles accusais de soreellerie; les exorcistes succédèrent aux inquisiteurs. Rien n'e^t épidémique comme les hallucinatious, et les exploitants de Ja crédulité publique se trouvent toujours h point nommé. Les matkureuscïs \ictiines finissaient par se croire sérieusement vendues ^i lesprit malin; d'ailleurs la torture était la pour leur arracher des veux. On frémît en lisant dans Delrio, Damhouder et le MaUeus mak^arum de Sprenger, la description de ces horribles ei stupides
procédures, Vùge ny faisait rîen : on brûla des eiifaïus, on brûla
des octogénaires; c était une furie : trois t^eiits exécuLions capitaleâ en moyeuiie par an, dit Gramaye. 11 y a bien des oinbres dans le tableau du règne paternel des archiducs! Au reste, quant aux poursuites contre les prétendus sorciers, la conduite de nos princes fut à la hauteur ^es préjugés universellemeiil répandus en Europe.
Cependant, les jésuites, à lapogée de leur puissance, s'étaient insensibloment écartés des traditions établies par leurs premiers généraux. Subjugués par le motïde, leur grand but ne M désormais que de sy rendre indispensables. Dans cette voie, raustérilé des premiers temps ne pouvait plus être qu*un souvenir. Les jésuites cherchèrent u rendre le joug de Jésus-Christ aussi léger que possible : de \h les doctrines que Tauteur des Lettres provimiaUx a flagellées avec une si spirituelle audace*
Dans le sein même de TÉglise éclata une opposition formidable contre cette étrange morale, L*étincelle partit de Louvain, VAmjmlinus vit le jour en 1640 et til une telle sensation en France comme aux Pays-Bas^ que Ricbelteu jugea nécessaire d*en ordonner une réfutation oflîcielle. Antoine Arnauld prit la défense de Jansenius; ses parents et ses amis se groupèrent ii Port-floyal et rayonnèrent au loin par la dignité et lauslérité de leur vie, par leur piété et pai^ leur science. Cependant les jansénistes avaient aussi leur côté faible. Apologistes de la grûce, ils prêtaient le flanc aux molinistes, en posant en principe la négation de la liberté humaine, enchaînée par la concupiscence des choses terrestres. La sévérité stoïque des hommes de Port-Royal provenait de ce que, sans renoncer aux sacrenieuis ni aux pratiques du culte, ils voulaient une religion esseniîellemenl intérieure et définissaient la vertu : Vamotir de Dieu; ils subordonnaient tout à la volonté souveraine du Très-Haut, qui est elle-même la justice. Les jésuites, au contraire, abandonnaient Thomme à ses faiblesses et h ses caprices; o^ayant point pour objectif une rè|;le suprême et. immuable, ils s en tenaient au probabilisme. Mais du moins ils défendaient le libre arbitre; ils avaient raison de prélendi'e que si Thomme fait hwutdbtemi'Ht le bien et le mal, selon que la délectation lui vient du ciel ou de la terre, il ne peut absolument mériter ni démériter. Ainsi de part et d*autre, pour être exclusif, on tombait dans lexagëration; un abîme iiilranchissable se creusait entre les deux partis; on eut à redouter un schisme, et il se pouvait même que les deux armées, passant de la théorie aux applications, se rencontrassent dans larène politique*
--îFr"
IIISTOÏHE DES BÊLIGIONS.
Louis XIV ue sy Iroiupa point. Les jansénistes respectaient le j>rince, mais jugeaient qu au-dessus de tout» cesl à Dieu qu*il feul ùUïï. Ils ptaçaîent le devoir et la loi plus haut que le prince* Lmllueficeaugusiinienne, combinée avec celle du cartésianisine. Tune asaHiqye et mystique dans une certaine inesnre» Tau Ire exelusjvemeiït a[>pûyée sur l'indépendance de la itiison, aboulti^ent au môme PÊsullai, h soulevci' des cloutes sur la légitimité des pouvoirs absolus. Malgré la paix religieuse de 1688, le grand Arnauld jugea pourtant plus sûr de s'exiler eu Belgique, d où il poursuivit sa propigHnde a\'ec Taide de Tex-oratorien Quesnel, qui pritparticulièrenieni une attitude militante. Bruxelles devint « la place d'armes dn parti, " Quesael agita les unÎTersités de Douai et de Louvain, entrelifil des relatioiis régulières avec ses nombreux coreligionnaires de Hullaïïde, inonda le pays d'écrits de toute sorte. Renvoyés des Pays- Itaâ espagnol s en 1690, les deux amis y rentrèrent en secret et se liîirofjl soigneusement cachés. Arnauld mourut a Bruxelles ou à Mnlmaièn 1694, désignant, dit-on, Quesnel pour son successeur* U^ Ht'lîfj'hm nupralen de ce dernier sur le Nouveau Testament âlbieiit de nouveau envenimer la querelle. Quesnel fut inquiété persotmellement. On découvrit sa retraite, le refuge de Forest, à Bmxelîes; le 3 mai 1703, on I y arrêta pour le jeter dans les prisons df laiThevéché de Malines; mais quelques-uns de ses aflidés parvtiireDt à le délivrer « comme un nouveau saint Paul ». Larchetét|ite t excommunia; il nen tint conipte et alla fixer sa résidence h Amsterdam. Enfin, après mille précautions pour ne pas porter aiteinie aux libertés galticanes. Clément XI signa, le 8 septembre 1713, la fameuse bulle UnigeNiim, réprouvant comme hérétiques lui propositions littéralement extraites des livres de Quesnel. Dès niO, la maison d*.! Port- Royal des Champs avait été rasée*
Le pnséaisme, uo instant favorisé par le régent, dégénéra, chez Ui>^ voisins du Midi, en tanatisme puéril (les convulsionnaîres et te miracles du diacre PAris). Eti Hollande, au contraire, il garda un caracièrtî sérieux, notamment à Utrecht, où se forma en 1723 uiiept'tiie Eglise qui fut officiellement reconnue. Nous voyons tigurer farmi les fondateurs de l'Église d'Utrecht un grand nombre de pi\Hres belges. Les uns avaient fini par s'expatrier, après en avoir vaiayment appelé k l'empereur Charles VI de la décision de farchem(iiede Malines, qui voulait les contraindre à soussigner la constî- ^tiiiiufi de Clément XI; les autres, ceux qui étaient j-esiés dans le se berçant encore de Tespaîr d'un aceommoderaent, furent
ofBciellement dépossédés de leurs fonctions et allèrent retrouver leurs frères du Nord. Le gouvernement autrichien usa aussi de rigueur envers l'université de Louvain : par décret du 28 novembre 1730, il fut stipulé que nul ny pourrait occuper une chaire ou diriger un collège, ou seulement prendre ses grades en théologie, en droit ou en médecine, sans avoir au préalable adhéré formellement à la bulle Unigenittis. Il s*agissait d en finir à tout prix : Y Aima mater n'avait pas cessé d'être suspecte. La veille encore, au reste, le Jansénisme ou plutôt le gallicanisme y trônait dans la chaire de droit canon, occupée par l'illustre Van Espen, qui avait osé-, en 1725, protester contre la condamnation de l'archevêque d'Utrecht par Benoît XIH. Les écrits de Van Espen forent déférés au pape, qui les envoya à Vienne, afin que l'empereur fit procéder à une enquête. Le professeur, ayant persisté dans son opposition à la bulle, reçut démission de toutes ses charges et se réfugia d'abord à Maestricht, puis au séminaire d'Amersfoort, où il mourut au bout de quelques mois.
Van Espen tenait à Funité catholique, mais dans le sens des gallicans, c*està-dire qu*il revendiquait les droits de TËtat en regard des prétentions de TËglise. Il était d*accord, sous ce point de vue, tant avec Técole de Bossuct qu*avec l'école janséniste. Dans ses ouvrages, les questions théologiques proprement dites sont évitées avec soin ; en revanche, toute sa carrière de professeur et d'écrivain fut consacrée à battre en brèche l'ultramontanisme. L'ère des controverses ascétiques était passée; il s'agissait désormais de savoir qui gouvernerait le monde, si, comme l'enseignait Molina, le pape a les deux glaives, et s'il peut déposer les rois, comme le soutenait Lessius. Le jansénisme de Van Espen ne nous intéresse plus; mais le grand canoniste dégagea nettement la haute question politique et sociale qui n'a cessé d'être débattue depuis, et à ce titre on ne saurait prononcer son nom avec indifférence.
En demandant que l'Ëglise fût dans l'État, ou l'Ëlat dans l'Église, Van Espen ne faisait qu'en revenir à la tradition de nos anciens souverains. Philippe II lui-même ne permettait pas la publication des actes de la cour de Home, avant de s'être assuré qu'ils n'empiétaient pas sur les droits de la royauté et qu'ils ne compromettraient pas la tranquillité publique. Le placet était, du reste, généralement admis dans la chrétienté; seulement, les ultramontains niaient qu'il fût nécessaire pour les bulles dogmatiques. Le jurisconsulte Slockmans, au xvii* siècle, ayant contesté ce dernier point, son livre fut condamné. Plus tard, en revanche, le décret de l'inquisition interdisant la lecture des Lettres provinciales ayant été publié sans placet, le conseil souverain de Brabant cassa la publication et le conseil privé intervint énergiquement dans le même sens ; Rome eut beau faire , le placet fut maintenu sous le nom de visa. C'était véritablcmonl une lutte de souveraineté.
A Liège, le jansénisme fut atteint par une ordonnance de Joseph-
•HISTÛIHE DES RE IGIONS. 59
lOénieût de Bavière, datée du V janvier 1704; mais les priûces-
lééques n eureol pas aussi facilement mison des calvinistes, très-
'iw)fflbf6U3t i partir des premières aunées du xvii*' sièele, notamment
dans les pays montagneux de Verviers et de Stavelot, et sur les
fUiSmii des environs de Hervé, Le parti de lopposition (les Gri-
immi), sans rompre avec le t-atholicisme, peuchail pour la tolé-
Booc; les ordonnances des princes étaient difficiles à exécuter. De
m quartier général de Maestiicht, les religionnaires lau^^aienl
lie clergé liégeois pamphlets sur pamphlets; leurs prédicants
rÀoniraîent périodiquement dans les villages et provoquaient les
nôtres orthodoxes à des controverses puliliques. Parmi les propa-
imèâtes réformés de cette époque» il faut citer en première ligne
araiiél des Mai^ets, dont le zèle enflammé fut égalé par la fermeté
^ sou œoiradicieur Jean de Chokter, Leurs diiïcussions passion-
aieru le peuple,: la verve wallonne s exerça sur les difl'érends de
Higion; les pastpiées (satires) qui parurent à ce propos se sont
conseïTées que les écrits des théologiens* A Dalhem, à
ûonu à Soumajçne el ailleurs, les dissidents formaient des
communautés régulières. La commune d'Olne, cédée aux Provinces-
tliiiesqui s en étaient emparées, ce semble, pour assurer protection
fiuï réformés de la contrée, était une véritable école de calvinisme.
• Légtise servait ans; deux cultes : pendant longues années, h partir
de 1649, le^ défis du ministre Xlirouet et les ripostes du curé Delva
reieûtii'ênt sous les voûtes du même temple* Non- seulement le pro-
lesltatisme n a jamais pu être étouffé dans cette région, mais il n a
bit que S)* enraciner de plus en plus, ijuant à la ville de Liège, elle
retlsiiTie seconde Home jusqu'au temps de Velbruck, et plus tard ce
l^furent non pas les thèses du protestantisme, mais les idées des
^•fciw^ycbpédisies français qui y entrèrent en lutte avec la VJ<411e
^■i»rthu4oxie.
^ Le règne de Marie-Thérèse (1740-1780) représente, au point de viiedoù nous envisageons les événements, une période de transition. L'iinpéritiice était fervente catholique, mais elle repoussait fesprit ^d^! porsétîotion autant que l'indiflerentisme, el elle i^evendiquail la H*ui*n^matie du pouvoir temporel, au point de prétendre que t^ lauto- ^^lédu sacerdoce n'est pas même arbitraire et entièrement indépen- ^daiiie quant au dogme, au culte et à la discipline, w Elle entendait protéger fÉglise, maisîi titre dautoHié souveraine. Ses collaborateurs, Neuy tout d'abord, étaient imbus des idées de Van Espen. Ils poussèrent au delà des bornes, il taut ea convenir, la manie de la
M BKLGIQUE MOKÂLE ET INTELLECTUELLE.
réglemenlâtion religieuse, et préparèrent de loin les mesures rtdî cales de Joseph 11; ruais les inteutioiis de Marie-Thérèse étaient s
droites, sa piété était si visiblement sincère, que les prêtres accepta renl d'elle ce qu ils devaient plus tard, sous uu monarque philosophe, considérer comme uu abus de pouvoir, une odieuse et insupporlabU contrainte* En i7o3, Timpératrice déclara prohibées et nulles te( dispositions testamentaires au protil des établissements de maiii morte; en 1771, elle détendit aux couvents de recevoir des dota^ tiens indireeies par rinlermédiarre de leurs membjes; elle pril dd mesures contre plusieurs abus dérivant des vœux monastiques; eïk abolit le droit d asile dans les couvents et dans les églises; elW enleva au clergé le monoiwle de l'emeignemmi et le droit illimité dé censurer les livres; elle ordonna la suppression de loftice de Gré^ goire VU, qui contenait (f des déclarations choquantes et injurieusa ï tous les souverains, >* selon l'expression du conseil privé; dans II grosse affaire des jésuiies, elle usa de beaucoup de ménagemenis^ mais exila pour quelque temps iï labbaye d'Afïlighem l'archevêque de Slalines, qui s'était opposé h la publication de la bulle de sup^ pression de l'oi*dre (Dominus m redemptm*} ; en toute circonstanct elle se montra concilia nie sans faiblesse, dévouée k la religion, m*àk Ira richement résolue a inaugurer une politique de réformes. '
Joseph lu monté sur le trône en 1780, ne tai'da pas à perdre, par ses impatiences, tout le bénéfice de la situation* Il est vrai que, même avant la fin du dernier règne, le clergé avait semblé disposé h changer d attitude. L'établissement des collèges théré^iem, par exemplejui avait porté onibj-age; mais le caractère personnel de la souveraine lui ôlait tout prétexte de se plaindre ouvertement- Joseph 11, esprit systématique, ne sut au contraire que l'irriter et finalement le révolutionner. Ce n'est pas que le nouvel empereur fût hostile à la religion du pays, ni que ses idées philosophiques se rapprochassent de celles qui régnaient a Sans-Souci ; mais d'abord il n'entendait pas que le pape se méhU en quoi que ce fût de ses États; ensuite il visait à fortifier le pouvoir civil par la centralisation el Tuniformilé des iustilutious- Son zèle immodéré le fit courir après un mirage : il oublia de romptei* avec les mteurs; et de la sorte il parut violenter les consciences.
Son premier édil sur la U)lémnce{Vi octobre 1781) accorda l'égalité des droits politiques h tous les sujets de l'empire, quelle que fût leur confession religieuse, et à tous, sans exception, le libm exercice de leur culte; d autres édits sur les mariages proclamèrent
HISTOIRE DES RELIGIONS
tespriocipos qui oui pas&é ou lendent h passer dans h plupart des l^ations moderoes. Jusqy'iei rien que de très-naturel. Les édits défeidani de sodi-esser à la cour de Rome pour obtenir des dispenses, ordonoant que les ordres religieux fussent dorénavant mumis ii la juridiction de lordinaire, diminuant d*autre pan les mmM des ëvéques, supprimant comme inutiles onze corporations litigieuses et décrétant raftecialion de leurs biens sécularisés à Tendes écoles et des hôpitaux, indisposèrent sérieusement le É, mais fie déterminèrent pas encoi-e une explosion. Joseph II s'entaardit : il interdit les inhumations somptueuses, réduisit le iimhre des fêtes publiques, prohiba les pèlerinages, régla jusqu'aux krmenxfn, autant de maladresses qui lui aliénèrent peu à peu les dasses populaires. La mesure fut comblée par rinlerdiction de la friqueotatiou du coiltgium gainammm ii Rome, et par la cj'éation du ^minaire général de Louvain et du séminaire filial de Luxem- Ibourg. Ces mestu^es fureut d'autant plus mal vues que, par le choix îit ceilaius professeurs, ou supposa à lempereur rintenliou de décatholiser le pays. Levêque de Namur résista» les autres siu- [clinèreni; mais à peine le séminaire général fut-il ouvert, qu*une léïDeule y éclata* Aucune mesure de ligueur ne put déterminer les lélèu's h souscrire au programme de riiislitut, lequel eoatenaiti il [est vrai, quelques paroles agressives contre Yhijdre itUramontaine. ^L'«Hablis&emeut était presque désert lorsque le cardinal de Franc- . keûWg, archevêque de Malines^ fut appelé à Vienne.
le cardinal se monti*a modéré dans ses prétentions : il demanda put, ce qui netait que juste, que renseignement du séminaire urveillépar les évétiues. Joseph II fut inflexible, presque brutal Idajmsa réponse. Plus lard, toutefois, il crut devoir entrer dans la voie des concessions. La fréquentation du séminaire général fut dkhtée facultative pour les élèves des évéques, et obligatoire sculeiMlUpotu' ceux des maisons religieuses (Borgnel). (Juelques écrits asse^ hardis publiés vers le même temps, entre i relui du caiïonisle Ejbcl : Qu\'Ht-re fjtte le pape? et surtout le de febronJus (de Hontheim, sxiffi'agant de Trêves) sur (état ftéunî de VÈglm\ achevèrent d'exciter les esprits : Tépiscopat tuijioèine ftji prûtondément divisé* La mêlée s engagea/Cest alors que Ipinit sur la scène le fougueux polémiste de Feller,ex-jésuite, énergique défenseur du saint- siège. Soutenu par ses anciens confrères, organisa une véritable croisade contre le joséphisme. On doit arder ses écïils^et nolarn nient son Journal historique et littéraire.
comme ayant exercé une influence des plus considéi^ables surb. révolution brabançonne.
Tandis que les Brabançons, les Vandernootistes du moins, s'insurgèrent pour empêcher l'État d'asservir TÉglise, les Liégeois, irrités contre leur évéque Hoensbroeck, qui avait opéré une réaction violente contre les idées libérales favorisées par son prédécesseur Velbruck, se soulevèrent au contraire pour renverser le pouvoir temporel du clergé. Ils y réussirent, mais ce fut au prix de leur indépendance.
La Belgique sous la domination française. — L'assemblée constituante de France manifesta de bonne heure l'intention d'annihiler le clergé comme corps politique. Le 12 août 1789, elle abolit purement et simplement les dîmes ; le 2 novembre, elle confisqua les biens ecclésiastiques; le 13 février de l'année suivante, les vœux religieux furent interdits; le 12 juillet, fut décrétée la constitution civile du clergé, modifiant les circonscriptions épiscopales, supprimant les bénéfices à charge d'àmes, soumettant les curés à l'élection et faisant juger par le synode diocésain les différends entre les simples prêtres et les évéques. Mis en demeure de faire exécuter le décret, le roi consulta le pape, lequel s'en référa à la sagesse du clergé de France. Celui-ci protesta en majorité et déclara scbismatique la constitution, inspirée, disait-on, par les philosophes et par la tradition janséniste. Alors l'assemblée pensa à décréter le sei-tnent, c'est-à-dire à faire aux évéques, aux vicaires généraux, aux supérieurs des séminaires et même aux plus humbles membres du clergé une stricte obligation de jurer fidélité à la nation, au roi et aux Uns constitutionnelles. Un très-petit nombre d'ecclésiastiques se soumirent. « Gardez-vous de les persécuter, dit Condorcet, de peur d'en faire des martyrs. » Malgré les efforts de la droite, le projet fut adopté; le pape le condamna par ses brefs du 10 mai*s et du 15 avril 1791, et réputa nulles les nominations devêques cotistitutionuels. Le schisme était déclaré ; de mauvais jours allaient se lever pour les prêtres demeurés fidèles au saint-siége. Ils furent les premières victimes de l'exaltation révolutionnaire, graduellement parvenue au paroxysme. On les traqua jusque dans les bois et les retraites les plus cachées des montagnes ; on les pendit à la lanterne, on les noya, on les déporta comme des malfaiteurs soit à Cayemie, soit dans les îles de Ré et d'Oléron. Ce n'était là qu'un prélude : le christianisme même fut proscrit; plusieurs prélats assermentés
HISTOIRE DES RELIGIONS
abjurèrent* la déeë^e Raison trôna sur les atilels violés. Lors de la première occupation franijaise, nos pères furent témoins de ces excès eï de œs folies qui firent reculer Roljespierre , lorsqu'il demanda à b Cdfiveiuioii d aHirmer par décret lexistence d'un Être suprême ' et rimmûrtalité de lame! Enfla, la terreur eut un terme; mais la clergé! devait encore trouver ioccasion d'apprécier pî\r lui-même ce qo*ily a dnijuste et dantiliumaîu dans loppression des consciences. Les monastères furent abolis sur le territoire belge en 1796; les moiars et les religieuses se dispersèrent dans le pays et traînèrent pour la plupart une vie misérable, La même année, tout culte public fui supprimé ; les croix disparuixînt du taîte des églises. La loi du Tveïidémiaire ao iv (29 septembre 1795) reçut en 1797 son applioliûD en Belgique ; elle interdisait i\ tout pj'être^ sous peine de déportation, de célébrer les saints otîiees, s'il ne déclai^ail reconnaître r^ra te sau réjmbtimin la souveraineté du peuple. Le 7 sap- Ifiaiire (H> fructidor an v), la formule du sei-meut fut modifiée
Icomoifi suit : « Je jure haim à ia royauté^ et je promets fidélité et attachement à la république et ù la coiistitulion de l'an ttî. » Le carànaiÛù Frauekenberg protesta. « Si la royauté, dit*il, désigne la pemmne du roi, on ne peut nous demander de haïr notre procbaiir ; mI feul entendre par là fautorité suprême, nous ne pouvons oublier la déclara tion de saint Paul : Ormm imteslm à Beo, » Le cardinal fut ai'rttéei envoyé en exil au delà du Rhin, tandis que Cayenne recevait de nouveaux lioles.
Eiilirj le concordat de 1801 donna le signal du rétablissement du en même temps que d'une distribution nouvelle de sièges olique^* Les biens ecclésiasliques conllsqués restèrent entre les ornas de leurs détenteurs; le clergé fut salarié par rÉlal, Or, Napoléon tenait k être le maître et à ne point rencontrer d obstacles,
■ surtout du Coté de lautorité spirituelle. Celle-ci n'étant pas prête à H réier, leur alliance ne fut qu'apparente et précaire. C'est ici que se
■ plaœrépisode du stéveumrie.
Cofucille Stevens, nèà Wavrc en 4141, éiait cbaiigùie k Namur lorsque le cardiual d« Ffiockiîïiberg T^ippdtt iiU[>rèsde lui tJOurt'aidtTà rédiger une dû'htranmi dociri- Mif tu sujet de reiîseipiMint^mdu séunuairude louvajn* U partagea dans la suile la bocDc et la maiiv^ia^ fortune du prt'lai, mais revint à Naniur, pour y prendre jjart à fadminisintiion du diocèse ; en t7U9 Jl fut noiiimê vicaire gi-néral. Non- seulement iinfusi rie p^*^ter le senneut de haim, imh la violt-nce des écnt$ par tcsquels il I i^iOichâè dtVmûûifLT i'iUkiie' de cette mesure lesiguala it ranitnadvcrsîon du poupine voulut point quiuer le pays, mais se retira, comme it leditluî-miïme^Mdans iteiiitirtei cl des cavernes »»♦ déjouant toutes les poursuites^ fertile en expédients
pour échapper à la mort, cl dans celte condition précaire, Irouvant le moyen de diriger radminislration qui lui était conliée et de lancer dans le monde des brochures qui exaspéraient Fouché. Un évéque avant été nommé à Namur en conséquence du concordat de 1801, Stevens rentra dans la vie privée, mais continua de plus belle son opposition, acceptant le concordat au sens du saint-siége, mais repoussant les articles organiques qui y étaient annexés à titre de loi sur Torganisation du culte. Le clergé namurois se divisa ; les slévenistes eux-mêmes formôrent deux partis, les modérés et les schismaliques Stevens était à la tête des premiers, qui persistèrent à lutter contre le pouvoir civil jusqu*en 1814, époque où la chute de l'empire rendit leur polémique sans objet. Les schismaliques non - seulement n'admettaient pas les articles organiques, mais prétendaient que Pie VU avait repoussé le concordat, que les évéques nommés par Napoléon étaient des intrus, et que Stevens seul pouvait exercer légitimement les fonctions de vicaire général. L'excès de leur zèle affligea beaucoup celui dont ils usurpaient le nom ; il s*eB plaignit amèrement et déclara avec insistance qu'il reconnaissait les nouveaux évéques.
Stevens ne cessa, jusqu'au dernier moment, d'inquiéter l'administration impériale. Il attaqua le serment exigé des membres de la Légion d'honneur et par suite les prélats légionnaires ; il se passionna contre le catéchisme impérial, qu'il quali-* fiait vn clwf-d*œuvre de séduction et de tromperie, tendant à l'asservissement de l'Eglise; il taxa d'impiété l'universilé de France. A Gand, lorsque le bruit se répandit, en 1809, que l'empereur était frappé d'excommunication, quelques prêtres se refusèrent, malgré l'ordre de leur évéque (de Broglie), k continuer les prières pour le chef de l'Ëtat. A tort ou à raison, on les appela slévenistes; quand plus tard le même prélat, pour son attitude au concile national de 1811, futemprisomié à Vincennes avec son collègue de Touruai et contraint de signer sa démission, Stevens soutint la nullité de celte renonciation et rallia l'intéressé à son avis. Son dernier acte fut de soumettre ses écrits au souverain pontife, lequel ne lui fil d'ailleurs aucune réponse explicite. La secte des slévenistes schismaliques subsista pendant longtemps encore dans le Namurois et dans les Flandres.
Le royalnk dks Pays-B.\s. — La réunion de la Belgique et de la Hollande rendit les évéques belges méfiants, à raison d'un article du projet de loi fondaineniale accordant une protection et une faveur égale à tous les cultes. L evêque de Gand publia successivement une Adresse au roi, une Instruction pastorale et un Jugement doctrinal qu'il lit signer par tous ses collègues et approuver par le souverain pontife, lequel jugea même nécessaire d appuyer son bref de quelques représentations au chef de rÉlat. Le clergé catholique ne vit pas de moins mauvais œil le gouvernement s emparer de la direction de toutes les écoles; il se représentait déjà Guillaume I" saventurant sur les traces de Joseph II. Le projet de constitution fut rejeté par la majorité des notables ; giûce à un artifice peu justifiable, le gouvernement le promulgua comme s'il eût été voté, mais garda de son échec un vif ressentiment qui retomba tout entier sur Maurice de Broglie.
HISTOIRE DES RELIGIONS
Ule êédiUmix^ SOUS le coup d*uiie actioa criminelle, Tévéque ÉGâod franchit précipitamment la frontière et ne reparut plus en Belgique. Les poursuites nen continuèrent pas moins; le 8 novembre 1817, la cour d'assises du Brabant condamna par contumace le prélat i b déportation « pour avoir publié le Jugement doctrinal^ con^pondu avec Rome sans rautorisation du ministre, et laissé ticber des annonces d'indulgences plénières métamorphosées
\în bulles pour le besoin d*une cause- » On y mit de la brutalité : h sentence Uii clouée par le bourreau à un pilori, entre deux voleurs. Les vicaij^es généraux de Gand furent arrêtés, mais acquittés au bout de quelques mois. Celte affaire eut un immense retentissement (hûs là presse et ne contribua certainement pas peu à ébranler le i)ouifel ordre de choses.
La pensée de Guillaume 1" était d'émanciper le peuple par riasiruction ; mais, comme le successeur de Marie-Thérèse, il voulait que son idéal fût celui de tout le monde. Il se croyait libéral parce qu'il avait en haine l'esprit catholique; il ne voyait pas que le plus sûr moyen de fortifier le clergé et de se rendre lui-même impo-
rpiiUire, c'était d'opprimer ITÏglîse et de s ingérer dans renseignemni tbéologique. Dès 1823, il prit, contre les associations religieuses vouées à rinstrucLioQ publique et h la propagation de^ bous
I Utra de* mesures qui parurent exorbitantes, quand on leur opposa !a protection efllcace accordée h la société prolestante qui poursuivait un but analogue* Le nonce du pape quitta Bruxelles le 1"' décembre 1854, se plaignant de ce que le gouvel-nement ne consentait pas h négocier un concordat sur les bases arrêtées à Rome, La question de renseignement dominait alors toutes les préoccupations; le roi redoutait parliculièrement rinflueiice des jésuites, considérable en France : Pie VU, en effet, avait rétabli la compagnie supprifnL'€ par Clément XIV (de fait, elle n'avait jamais cessé d exister). Lmipaùence de Guillatime et son obstination lui ûrent oublier toute prudence : Ib coUége philoëophique de Louvain, où les aspii-ants sémilunstes furent tenus de faire leurs études préparatoires, devint bjejiiôt aussi suspect que les écoles ecclésiastiques du siècle précédent Les jeunes gens allèrent étudier à l'étranger, précisément chez les jésuites, à Saint- Acheul et à Fribourg. Un nouvel arrêté iniemnt pour exclure des emplois publics et des fonctions de la prêtrise tous ceux qui, après le 1" octobre 1825, iraient étudier les liumaaités hors du royaume; en même temps, le roi pensa tout Concilier en nommant le prince de Méan, archevêque de Malines,
curateur du coUége philosophique. Le prélat refusa catégoriquement « Le débat prit des proportions nouvelles en se portant au sein de la représentation nationale ; de plus en plus ardente, la lutte se prolongea jusqu'à la conclusion d un concordat (18 juin 1827), qui mécontenta les libéraux sans dissiper les soupçons des catholiques. De guerre lasse, le gouvernement céda finalement du terrain : il autorisa, en 1829, la réouverture des séminaires : concession tardive et inutile, d'autant plus que, par diverses mesures vexatoires, il s*était graduellement aliéné la masse de la population belge...
La Belgique indépendante. — Le congrès national, après de longs débats, proclama « la liberté des cultes, celle de leur exercice public ainsi que la liberté de manifester ses opinions en toutes matière?, sauf la répression des délits commis à l'occasion de ces mêmes libertés. » Non-seulement chacun put ouvertement professer son culte, mais encore rester étranger au culte d'autrui. Pour lar première fois en Europe, une constitution, politique reposait sur la base d une tolérance sans limites. Il n'est que juste d'attribuer cette conquête, pour une bonne part, à l'influence de Y Avenir, organe des lamennaisiens, sur les catholiques belges. Dieu et la liberté, telle était la devise de ce journal antigallican, déniant formellement au pouvoir civil le droit de s'inquiéter des affaires de conscience et ne voyant d'affranchissement possible pour l'Église, que du jour où Ton supprimerait le salaire du clergé. VAvenir réclamait aussi, comme conséquence de la séparation radicale de l'Église et de l'État, la liberté absolue de l'enseignement. Ses articles pleins de ferveur et d'enthousiasme étaient reproduits en Belgique pour des milliers d'abonnés, et ne passionnaient pas moins les jeunes libéi^aux que la majorité des prêtres. La réclamation énergique de l'abbé Andries, au congrès, en faveur de la liberté des saint-simoniens, nous donne l'idée de la sincérité, de la largeur de vues de cette école. Cependant la rigueur des théories dut fléchir, au sein de notre constituante, devant certaines considérations de police et d'ordre public. C'est ainsi que, malgré les efforts de M. Jottrand, il fut décrété que le mariage civil précéderait le mariage religieux, sauf les exceptions à établir éventuellement par la loi. C'est ainsi que les traitements du clergé continuèrent d'être payés; seulement cette disposition fut étendue aux ministres des cultes dissidents. C'est ainsi que, tout en cessant de considérer les cimetières comme des dépendances des églisesi on laissa en vigueur le décret du 23 prairial an xii. Dans
HISTUIKK DES RELIGIONS.
IftSmte OU transigea sur dMuties poiiils encore; qu'il uous sutliso
deîuppelerta loi de 1842 îsur renseignement, primaire, inliwiuisanl èfls las écoles, à tUir d'autorité, des inspecteurs ecclésiastiques désignés par le che* diocésain.
Cbamenl Toeuvre du congrès belge allait-elle être accueillie à
Rtttne? Vetic^dîqut de Grégoire XVI, du 15 août 1832, ëcUiia
tm\M un coup de foudre. Lanathèrae y était lancé, semblait-il,
\ loutes les garanties inscrites dans la constitution belge, La Uberié
1 itmimtnce y était représentée comme une erreur des plus conta-
piteuses; la Uberié de lu presse qualifiée d'exécrable; la séparation
[âuspiituel €t du temporel regardée t*omme dangereuse pour TEglise
orl^État. Directement» c'était aux doctrines de Lamennais et de
Ucordaire que s adressait le bref papal ; indirectement, le coup
Ifrappait les unkmisteii belges. Les catholiques sincèrement constitu-
UbïHjds essayèrent de tout concilier en distinguant la ioléranve relî-
ipmeûeh tolérance mnk; leur conduite politique ne fut pas suspecte,
\mm on put prévoir dès lors que Vunion serait éphémère. Il se
^ itncùim^a aussi des publicistes qui tirèi^enl profit de VenvifelHjue pour
ppotesier conlm la révolution î le patriotisme belge Tempoita, mais
,fe pajlis se divisèrent de plus eir plus, attendant, pour se livrer
combat, que les périls extérieurs fussent conjurés, ce qui arriva en
J839, par radoption du ti'aité des 24 articles.
lutte de partis, plus politique que vraiment religieuse, a été ^dans Vllistùire parkmentaire depuis 1830 (voir Patria belirtie, p, 473). Nous nous bornerons h faire observer que, [fràce aux libertés inscrites dans la constitution belge de 1831 ainsi Ului h séparation de TÉglise et de TÉtat, plus complète chez\ious Miuecliei la plupart des nations européennes, la Belgique a pu juslqti*ici, sans être sensiblement affectée dans son organisation intérieure, travcr'ser la crise qui agite de plus en plus le monde catholique, depuis la proclamation de Mmmantlee Qmreption, en 1854, h (Jtiblication de la bulle Quanta cura et du Syllabus en 1864, la ' dWaralion de FinfaUlibilité du pape en 1870, et surtout depuis fabolitidij Je la puhmnce temporel le, dm\ mois plus lard. On comprendra aent qu il nous est impossible de nous occuper ici des polémil passionnées auxquelles ces graves événements ont donné lieu [«lijui sont loin, d*ailleurs, detre terminées-
KlliioràA4i^wi£. — K. Uupantt L'hamme pemtant ies thje* dv pierre; J. Grondgagnage* Lm Mmmi kattianii d*à iffoHcê ; Ail. BtïfgiKH» Li^tjttuieM rtamuroif «x ; Congri^ft d'anUiropâlngie
des Gaulois ; UeDri Martin, Histoire de France, t. I ; Steur, Ethnographie des peuples de tEu rope ; DieffeDbach, Celtica ; Schayes, Les Pays-Bas avant et pendant la domination romaime , Moke, La Belgique ancienne; Desroches, Mémoire sur la religion des peuples de randenn^ Belgique (Académie de Bruxelles, t. 1) ; Chasteler, Nehalennia (id., t. V) ; Annales de V Académie d'archéologie d'Anvers ; Grimm , Deutsche Mythologie ; Germania (revue périodique) ; Pauly, Encyclopédie de l'antiquité (ail.).
De Smet, Recueil de Mémoires (*2 vol ); Rapsaet (Œuvres de] ; Chamard, L'établissement du christianisme, etc. (Revue des questions historiques. 1878) ; Ozanam, La citilisation au ?• siècle; id.. La civilisation chrétienne chez les Francs ; Dufau, La Belgique chrétienne, X, I; Glaessens, Les civilisateurs chrétiens de la Belgique; Gérard, Histoire des Francs d'Austram; Paillard de Saint-Aiglan,Afémotr0«ur/««moiia«lér«<, etc. (Académie royale de Belgique, t. XVI des Mémoires couronnés); Guizot, Histoire de la civilisation en France; Fleury, Discours sur Chistoire ecclésiastique; Mignet, Notices et mémoires historiques; les historiens de la Belgique Dewex, Moke, David, Namèche, Juste, etc.; le recueil des Bollandistes (Acta sanctorum), et Ghesquiëre, Acta sanctorum Belgii; De Ram, Écrits hagiographiques; Hillegeer, Belgiè en %ijne heiligen; Baluze, Capitulaires ; Gallia Christiana, t. 111 ; Jean d'Outremeuse , Chapeauville, Fisen, Foullon, de Gerlache, Polain, F. Henaux, Dans, historiens de Ltége; de Marne, Histoire du comté de Namur; Berthollet, Histoire du Luxembourg; Diercksens, Antverpia Christo nascens ac crescens; Hertens et Torfs, Histoire d'Anvers; Kervyn de Lettenhove. Histoire de Flandre ; Henné et Wauters, Histoire de Bruxelles ; Wauters, Table des diplômes imprimés; Emst, Histoire du Umbourg; A. de NoQe, Histoire de Stavelot et de Malmedy; Voigt, Histoire de Grégoire Vil; Cassander, Hildebrand; Ch. Giraud, £rjides hok velles sur Grégoire Vil (Revue des Deux Mondes, 1873); Van Hasselt, Les Belges aux Croi" sades; Depping, Histoire des juifs au moyen âge; de Montalembert, Les moines d'Occident; Schneegans, Les Flagellants; Delprat, Les Frères de la vie commune (holl.) ; Th. Juste, Cramer, Stallaert et Vander Haeghen, historiens de Tinstruction publique aux Pays-Bas ; de Reiffenberg, Mémoire sur les deux premiers siècles de l'Université de Louvain; Bulletins de V Académie royale de Belgique et de la commission royale d'histoire; Chéruel, Dictionnaire des institutions de la France; Terwecoren, Précis historiques et analectes pour servir à rkistoire ecclésiastique.
Les historiens du règne de Charles-Quint (Sandoval. Masenius, Robertson, Henné, etc); Gachard, Correspondance de Philippe 11, du Taciturne, de Marguerite de Parme; Groen van Prinsterer, Archives de la maison d'Orange; Van Meteren, Vander Vynckt, Schiller, Prescott, de Gerlache, Ad. Borgnet,Motley, Th. Juste, Considérant, de Cavrines de laRoière (rar le règne de Philippe 11); Œuvres de Marnix; E. Quinet, Th Juste, Biographies de Mamix; Rahlenbeck, L'Église de Liège et la révolution ; Lenoir, Histoire du protestantisme au pajfs de liège; colleetion de Mémoires publiés par la Société de l'histoire de Belgique; Potvin, Albert et Isabelle; Ch. Dubois, id.; Weiss, L'Espagne depuis Philippe II; Sismondi, Histoire des Français; Ranke, Histoire de la papauté ; les nombreuses Histoires de l'Église ; Bossuet, Histoire des variations ; Œuvres de Bai us, éditées par D. Gerberon; Dechesne. Histoire du Baianisme ; Ellies Dupin, ^cnfainx ecclésiastiques; Sainte-Beuve, Port'Boyal; Lafiteau, Histoire de la bulle Unigenitus; Laurent, L'Église et l'État; le même. Van Espen ; ***, licencié en droit. Vie de M. Van Espen (Louvain, 1767); Discailies, Marie -Thérèse ; Piot, tV/.; Neny, Mémoires historiques sur les Pays-Bas autrichiens; A. Le Roy, La philosophie au pays de Liège; de Feller, Journa/ historique; Ad. Borgnet, Histoire des Belges à la fin du XMU^siéeU; id.. Histoire de la révolution liégeoise; Paganel, Histoire de Joseph II; Van Praet, Études sur l'histoire politique des trois derniers siècles; Thiers, Le Consulat et l'Empire; TbomasaiD, Discipline de l'Église; Dupin, Manuel du droit public ecclésiastique; Crétineau-Joly, Histoire des Jésuites ; le P. Theiner. id. ; Lamy, Le stévenisme (Kevue.catholiqiie, 1857) ; Œuvres do baron de Gerlache. — 11 nous serait aisé de décupler tette liste, si nous voulions seulement citer les principaux ouvrages de controverse et les pamphlets politico religieux les plus marquants qui ont paru dans notre pays depuis deux siècles. Ceux qu*il est indispensable de connaître ont été mentionnés dans le texte ; les personnes désireuses de se renseigner sur les autres le pourront aisément au moyen des indications qui précèdent.
Par M. F.-J. DB BONNB.
Le droit canon n*a plus, dit-on, de raison d*étre, et il est inutile de renseigner, même d'en parler encore, si ce n*est dans les séminaires.
Cest une grave erreur. Il n'en est pas du droit canon comme du droit féodal. La féodalité a été abolie en France et en Belgique, mais les cultes existent et l'État les reconnaît. Le droit canon n'a pas même été rétabli par le concordat, comme on le dit quelquefois : le concordat l'admet comme existant, et son application est maintenue par les articles 6 et 14 de la loi organique. Les principes de ce droit avaient été d'ailleurs implicitement reconnus par le concordat même, aux articles 4, 5, 10 et 11.
Tout culte a ses lois, ses règles, ses usages. La liberté établie en Belgique exige précisément la connaissance de ces lois, non pas 6n ce qui concerne toutes les religions suivies ou pratiquées; mais assurément pour celles dont les ministres sont subsidiés par Itlal.
Les lois dont nous parlons déterminent les qualités et les connaissances que doivent posséder les mipistres d'un culte pour remplir leurs fonctions ; elles règlent les devoirs qui leur sont imposés et leur garantissent des droits et des avantages qui ne peuvent leur
être enlevés que conformément à ces lois mêmes. C'est la base de tout culte établi, de toute Église constituée.
On comprend dès lors quel sera le rôle de l'État. S'il n'intervient ni dans la nomination ni dans l'installation des ministres d'un culte quelconque, selon l'article 16 de la constitution, il ne peut être censé avoir renoncé à son droit souverain à l'égard de la surveillance et du maintien de la paix, de l'ordre public.
Nous pensons donc, et nous prouverons plus loin, que le gquve^ nement, en vertu de son pouvoir suprême et de ses droits de souveraineté, doit vérifier si les nominations des ministres des cultes ont été faites conformément aux lois de chaque culte; que son devoir l'oblige à faire observer ces lois; que la protection due par le gouvernement à tous les citoyens comprend la défense des droits particuliers attachés aux fonctions sacerdotales qu'ils remplissent; et que ces droits particuliers, établis par les canons de l'Église, ne peuvent, en cas de plainte ou de méconnaissance, être défendus que par le gouvernement, lequel a le droit d'en exiger l'observation.
Nous pensons aussi, justement à cause des difficultés auxquelles peut donner lieu la nomination des évêques et des ministres du culte recevant un traitement de l'État, qu'il est utile, sinon nécessaire, que le gouvernement conserve un agent diplomatique près le saint-siége. Les explications sont plus franches, les faits ne sont pas dénaturés, et l'on évite ainsi des tiraillements ou des conflits, toujours pénibles, surtout en matière religieuse.
Ce que comprend le droit canon. — Divit canon ou cationique désigne le droit établi par les canons.
Canon, qui vient du grec, signifie règle, décret. Les canons sont les décisions des conciles touchant la foi et la discipline. Canon est donc synonyme de loi.
Les canons sont les lois de l'Église catholique. De là l'expression de droit canon ou canonique pour marquer le droit consacré par les canons. On l'appelle aussi droit ecclésiastique, parce que c'est le droit de l'Église, et par Église on entend l'Église catholique ou chrétienne.
Le droit canon ne concerne pas seulement la discipline de l'Église et la foi. Il contient des règles sur le droit privé, droit civil et procédure, sur les peines et le système pénitentiaire.
Comment se fait-il que l'Église ait eu un corps de droit? C'est qu'elle avait une juridiction très-étendue au moyen âge. Il lui fallait
pour juger. Elle les puisa dans le droit romain, en IfisiflôSlffiÉt par resprît chrétien.
Tensendile de ces règles forme ce que Ton appelle la corpus juris mnmn. C'est une compilation semblable à celle de Justinien^ mais qui n'a pas été faile par autorité du prince. C'est une compilation faîte par des particuliers, sans caractèra obligatoire dans son principe:
fusage et 1 utilité lui donnèrent force de loi.
Vdci queJle fut son origine. Vers 385, TÉglise grecque avait entrepris une premièfe collection de lois reïigieuseSi en choisissant spécialement, pamii è&b d^ons, celles qui conceraiiient la discipline. Cet essai de code subsista jusp'eû 4M. A peîne avatUil été termine, qu*un nouveau remaniement, attribué à £lHUi^ivéqued*£plièse, amplifia le premier Irâyaii, Acceptée par L'ËgUse grecfie, cette rédaction plus complète, mais non encore sans lacune, fut bi entât
I i(kf»kx^ par rOcctdenî, où de nombreuses traductions (aiines ta rendirent populaire. {\h 460, le pape saint Léon paraît avoir fait faire sous ses yeux celle qui 4t^n kl la plus gjénéralemenl admise. Enfin l'autorité civile consacra ce code^ la noKlle de Instinien le sanctionna et le lilre de Codêx Eœtmm universœlm (tii%tîfmïineot acquis.
14: drtnt caQûniqut établi par TÊglise romaine comprend les droits et les oUices àt Itglise et de ses membres pour ce qui regarde le atUe exiémur. Tout ce qui i rapport aui dogmes et aux mœurs rentre dans les deux branches de la ihMoqi^ qu*(m Dtrnime dogmatique et moraie,
%m n*ftVons pas à entrer dans Texamen du droit divin, du droit humain, do ttdlitsion en droit public et en droit privé, en droit interne et externe, etc. Cela oOQiiEitoeriJttrop loin et sans ulihté. Nous pouvons nous borner ici à indiquer
I bprifldsies du droit canonique dans ses rapports avec l*admmisiraiion civile. biv3ascc{)cndant de (|uoi ce droit se compose en tant que législaitou propreinenl
OnktOviseendfoit oriental etdroitoeijîdental, ancien et nouveau, commun et
iticiilicf, reçu cl non re^n. Nous n'avons à nous occuper que du droit occi-
il, seul suivi dans fÊglise d'ûccidenU On y distingue le droit ancien^ qui â
prtoédé la collection de Gratien ; le droit nouveau, qui contieni le décret de
<înti«D, les décrétales,eic.,etle plus nouveau ou moderne, qui renferme les
têtes 4i!s conciles de Constance, de Bâle, de Trente, ainsi que du butlaire romain,
WÙA oeciis*aqu'uneautori lé privée. ,
(înïiin avait suivi non pas l'ortlre des temps ou des conciles, mais Tordre de»
Mtières, cl, en ajoutant ses relierions aux canons, il entreprit de concilier leurs
' flpposilioQs; c*esi ce qui lit donner à son ouvrage le lilre de C€»m*yrdifl mnonum
Jttftjfïfoftimm. Innocent 111 Tappela Corpus decreiorum ; enfin Tusage a voulu que
ction dt* Gratien se désîgnAl par ce seul mot : le Décret. Imprimé pour la
! fois en 1472, le Décret fut par la suite reconnu plein d'erreurs : Tauteur
~ti mil pi lu les textes originaux, il avait h\\ usage de pièces et d'auteurs apo-
ffyphfj et reproduit des décrétalcs reconnues fausses. Enfin Pie IV et Pie V
Dooimèrenl une commission de révision, dans laquelle se distingua celui qui,
pApniti pape sous le nom de Grégoire XllU fit achever cet important ouvrage. C«
12 BELGIQUE MORALE ET INTErXECTLELLE.
fut le premier ^ctD ïiuthcnUquc! ai h première publication avec approbalbn* ti réimpression avec rapprobalion pontifirraîe en a éié faite souvent depuis lors-
Le corps de droit canon comprend donc six parties :
i'^ Les anciens canons, attribués aux apôtres, et les canons des premiers conciles ;
2*" Les décrétales recueillies par Gratien et qu on appelle « le Décret » ;
3** Les décrétales de Grégoire IX ;
4" Une partie des décrétales de Boniface VIII ou « les Sixtines »;
5** Les « Clémentines «, ou décrétales de Clément V;
6*" Les « Extravagantes », ou les décrétales de Jean XXII et de ses successeurs, ainsi nommées parce quelles ne furent pas immédiatement mises en ordre dans la classification du droit canon*
Ce corps de droit ne tut admis et enseigné que dans les États romains, et, après lu découverte des fausses décrétales et de diverses felsifications, on fut même obligé de faire des retranchements et de modifier* renseignement. Dans les pays étrangers, il na été ni reconnu ni accepté. Il ne contient, en effet, que ce qu'il y a de moins bon, pour ainsi dire, dans les dispositions canoniques, et Von pourrait rappeler plus justement le corps du droit de la papauté que le corps du droit de TEglise.
Le droit canon dans ses rapports avec la BeLGiotE. — Le droit canon ne pénétra en Belgique que par lentremise du clergé : on ne connaît aucun acte public qui ait ordonné la publication et Tobser^ vation de ce code, comme cela eut lieu pour certains conciles, II ne fut appliqué que par le clergé et ne réglait que ses droits et ses devoirs, le pouvoir temporel des papes n étant pas reconnu à l'étranger. Cependant Constantin et, plus tard, Charlemagne permirent de choisir pour juges des évoques au lieu des magistrats séculiers ; la juridiction ecclésiastique s étendit; ce qui n avait été qu'une concession fut exercé comme un droit; des abus sensuivirent, puis des oppositions et des luttes.
Voyons comment ces conflits aboutirent enfin à la séparation des deux juridictions.
En Belgique, moins peut- cire que partout ailleurs, on n'a jamais entendu se soumettre h la juridiction et aux lois dun prince étranger, fût-il le chef de la religion. Les « franchises », dans les divers lïtals belges, sont si anciennes qu'il est presque impossible d*en fixer Torigine* Tous les actes politiques, depuis les premiers temps du
imOIT CANOISlOilE.
Diojeuâge, portent expressément qu'ils sont faits du consentement du peuple. Il faut toutefois remarquer que, dès celte époque, le clergé avait pris une grande part à radministration civile. Son inter- Têotion et son concours Eurent utiles et même salutaires, car seul il éiail instruit et par suite seul apte à faire des règlements et des lois- L*âdmiiiislnition civile et radministration religieuse furent ainsi peM à peu confondues. Le clergé gouvernait au nom des princes et lesévêques exerçaient leur juridiction sur les clercs, qui devinrent les juges ordinaires, les arbitres de toutes les contestations.
L*é^Wissement des communes ne modifia guère cet état des choses. Les clercs et les évoques devinrent, comme les plus capables, b premiers magistrats municipaux, auxquels on adjoignit d anciens faibitants de bon renom, La confusion des deux juridictions contîtiui : le» prêtres conservèrent une haute puissance.
La papauté commençait à fixer tous les regards. Elle était établie dans lancienne capitale du monde, d oii les peuples étaient accoutumés k recevoir leurs lois, Les autres évéques et les princes recouraient souvent, dans des circonstances difficiles et pour des affaires douteuses, aux papes, qui étaient ordinairement fort instruits. Ceuxn ne donnèrent d'abord que des oonseils et décidaient en qualité d'arbilres, mais ces conseils ei ces arbitrages se changèrent bientôt m décisions et en ordres absolus.
K Grégoire II, l'homme le plus éclairé de son siècle, contribua beau- L toupà 1 élévation du pontificat. Grégoire ïll et Zacharie suivirent ses PRiM et Trayt^rent h leurs successeui's le chemin h la souveraineté du "^ntonde. Devenus tout-puissants, les papes donnèrent les royaumes, déposèrent les empereurs. Ce fut In domination du pouvoir spirituel sur le pouvoir lemporeL
■ Us ptiétentious de Grégoire V!I, dinnocent llI, dlnnocent IV, de SixicMjuiin provoquèreiit une réaction générale* Les souverains allirmèœnt leur résistance par des actes publics : telles furent les piïgoiiitiques sanctions de saint Louis et de Charles VIL La cour de
K Rome pet*sista. Une réforme était souhaitée par la chrélieiué tout M entière, et le concile de Constance lentreprit, mais sans succès; le
■ Oûècîle deB/ile ne fut pns plus heureux. Les nations se résolurent alors à faim elle^-mémes les réformes qu'elles jugeaient nécessaires i leur indépendance. Ce fut roccasion de la pragmatique de Bourges 'ff* 1137 et du concordat germanique de 1447.
U concile de Trente, tout en corrigeant bien des abus, laissa plu- I sieurs points en suspens. Aussi ses décisions ne fuient- elles pas
acceptées par les gouvei'nemeiits : les uns exprimèrent leur re catégoriquement, les autres se bornèrent à ne pas exécuter ou à ne" pas laisser exécuter dans leurs États certaines mesures prescrites par le concile. En Belgique, Mai*guerite de Parme, gouvernante des Pays-Bas pour Philippe il, ne permit la publication des actes d\im concile de Trente qu après avoir pris Tavis des cours de justice des T diverses provinces, et cette publication neut lieu enfin qu'avec la réserve de non-préjudice « aux hauteurs, prérogatives et droits du I roi. ï> La réserve n'était pas même indispensable, les franchises belges étant fondamentales.
Du reste, en Belgique comme en France, en Allemagne et partout, les bulles, les décrets des conciles et les actes de la cour de Rome n'ont jamais été admis et reconnus qu*a//m' examm. Les souverains belges avaient adopté, comme une règle invariable de leur gouvernement, que « aucune bulle, hvet\ rescrit, décret, mandat, provision, expédition de la cour de Rome, ne pemmit être reçus, publiés, imprimés ou autretnent mis à exécution sam tautorisaHmi du goumrttetneriL »
La nécessité du pareatk^ qui n'est donné qu'après examen et en parfaite connaissance de cause, était une garantie contre les empiétements du clergé sur le pouvoir civil. En 1683, Tuniversilé de Louvain ne voulut pas se prononcer contre Tédit deLouisXIVdel682t et le grand conseil de Mali nés, dans le célèbre procès de Van Espen contre Govaerts, vicaire apostolique de Bois-le-Duc, décida, le 23 ïévrier 1722, que l'obligation du placel et du pareatiM était absolument nécessaire, ^
Sous le gouvernement espagnol comme sous celui de FAutriche, le souverain nommait aux évéchés : le cardinal de Frankenberg fut nommé archevêque de Malines par Mariai-Thérèse. Le souverain nommait également aux principales abbayes. C'étaient lïi des actes qui prouvent bien Tindépendance et les droits du chef de rElat.
La réunion de la Belgique à la France eut pour conséquence de soumettre le pays conquis aux lois politiques et autres de TÉlat conquérant, de telle sorte que Tédit de Louis XIV devint une loi belge et que le concile de Trente, non admis en France, cessa d avoir effet en Belgique» Ces lois de TÉtat, quoique non publiées, étaient M applicables aux territoires réunis et concernaient tous les citoyens, comme étant d*uu lulérél général et national. Ce principe étail admis depuis longtemps. On ne voit point que Louis XIV ait fait publier redit de 1682 dans le^ provinces conquises qu'il conserva par
la paix (l'Ulrecht de 1713. Le même principe résulte implicitement de Facle même du 9 vendémiaire an iv (1^' octobre 1795), par lequel la Belgique fut réunie à la France. « Les habitants des pays de Liège, Stavelot, Brabant, etc., est-il dit à Tarlicle 5, jouiront dès à présent de tous les droits de citoyen français, si d'ailleurs ils ont ks ([ualità requises par la constitutioti. » ,
Le célèbre é<Ût de 1682, que le décret du 25 février 1810 déclara loi de l'État, renvoie aux parlements, c'est-à-dire aux tribunaux, les atteintes portées au pouvoir civil, ou à des droits civils ou politiques, par les actes de la cour de Rome, des autorités ecclésiastiques et des ministres du culte. Cet acte de législation, improprement qualifié de libertés de CÉglise gallicanej ne contient que la nomenclature claire et précise des droits et prérogatives du pouvoir laïque ; mais Louis XIV est le seul qui ait établi une juridiction civile en pareille matière. Partout ailleurs, ces faits étaient considérés comme politiques et traités diplomatiquement.
Pendant la république française et jusqu'au concordat de 1801, le droit canon était devenu une lettre morte. Le concordat le fit revivre, mais l'application en a été faussée. L'acte même violait en plusieurs points les lois de l'Église, et Pie VII ne le signa que pour obtenir le rétablissement du culte catholique en France. Les lois organiques allèrent plus loin : aussi le saint-siége a-t-il toujours protesté contre elles; et pourtant on peut affirmer qu'aucun article des lois organiques n'est directement contraire à la lettre du concordat : c'est dans l'interprétation et l'exécution que ces violations se rencontrent.
Ainsi l'une des violations manifestes des lois canoniques, formellement contraire au concile de Trente, est la création de deux catégories de curés, les uns inamovibles, les autres révocables ad nutum, sans jugement, arbitrairement, par la seule volonté ou le caprice de I evéque. Le clergé secondaire est ainsi placé sous la main de l'épiscopat, en une sorte de servage ; il doit obéir ou accepter la pau- \Teté. Dans aucun pays cela n'existe, excepté en Belgique et en France.
Dans la bulle de convocation du concile de 1868, le pape Pie IX disait, le 3 juillet, que l'examen le plus sérieux devait porter et que des résolutions devaient être prises « sur tout ce qui intéresse, en ces temps si difficiles et si durs, la plus grande gloire de Dieu, l'inimité de la foi, la dignité du culte divin, le salut éternel des âmes, la discipline du clergé régulier et séculier et âon instruction salutaire et solide, l'observance des lois ecclésiastiques, la réforme
76 BEUaulE MORALE ET IISTELLECTUELLE.
des mœurs, etc, » Ce concile a-l-il rempli toute sa tâche? A-t-îI tmilé, examiné, réglé tes divers sujets sur lesquels son attention était appelée? Il n'en est point de trace.
Position actuelle de l'État a l égard des lots canopïioues, — La réunion de la Belgique à la Hollande n avait amené que les modifications prévues h larlicle 17 du concordat de 1801. Elles furent réglées par la convention du 18 juin 1827, et remarquons bien que la ratilication, en date du 2 octobre, de la bulle du 16 des calendes de septembre, ordonne encore la publication sans porter approbation des clauses» formules ou expressions que cette bulle renferme et qui sont ou pourraient être contraires aux lois du royaume- La révolution de 1830 renveisa Tordre des choses établi depuis des siècles en matière de cultes et changea les lois pûlitiques qui régissaient à cet égard la Belgique.
La constitution belge, en proclamant la liberté des cultes, la nonintervention de rÉtatdans la nomination et Tinstallation des ministres d'un culte quelconque, a donné aux clergés des cultes reconnus des franchises qui semblent au premier aboi'd sans limites.
Elles en ont cependant, et il suffît, pour les reconnaître, de rappeler certains principes fondamentaux de tout État politique.
Constatons, en premier lieu, que la constitution n'a été faite que pour les Belges et que des prêtres étmngers ne pourraient procéder publiquement aux cérémonies dun culte non reconnu qu avec le consentement de Tautorité, Quant aux Belges mêmes, ils peuvent pratiquer un culte non reconnu, et Tautorité n*a à y intervenir que pour maintenir Tordre public. Mais si des Belges demandaient la reconnaissance d'un culte, autre que ceux déjà existants et dont les ministres sont salariés par TÉtat, dansée cas il y aurait lieu k examiner les canons et les statuts de ce culte.
11 n y a pas de culte qui n'ait de ces règles, dont la connaissance est indispensable pour déterminer le refus ou Tadmission de Texercice public d une religion et du traitement h servir à ses ministres par TÊtat, Chaque gouvernement, ne Tùt-ce qu'en vertu de la maxime : Sattat popull prima lex es/o, a le droit et le devoii- de repousser, de défendre Texercice d un culte qui serait dangereux ou nuisible au bon ordixî, aux bonnes mœurs ou h la iraTiquillUé publique.
Dautre part, les ministres nommés devront lavoir été selon les lois de ce culte,*el TÉtat, avant de leur accorder les émoluments attachés à leurs fonctions, n également le dmit et le devoir de véritier
si toutes les coaditions et prescriptions voulues ont été observées. La capacité doit être constatée comme la nationalité. L'article 16 de la constitution ne peut être entendu que d une nomination faite d'après les lois du culte, et l'article 117 parle du traitement dû au ministre régulièrement nommé. Cela est d'autant plus vrai, que ce traitement est porté au budget et qu'il est soumis à un vote.
En un mot, la constitution, tout en établissant la liberté des cultes et en repoussant l'intervention du gouvernement dans la Qomination de leurs ministres, n'a pas abrogé les lois qui règlent l'exercice de ces cultes, et elle y renvoie pour l'application. C'est donc, pour le gouvernement, noa-seulement un droit mais un devoir, avant d accorder des traitements à ces fonctionnaires, d'examiner si les lois canoniques ont été observées dans leur nomination. Il en est de même pour les révocations. Cette règle est aussi fondamentale aujourd'hui quelle l'était autrefois; l'intérêt général en exige le maintien, autant que le respect dû au culte et à ses ministres. Ceux-ci conservent leur nationalité; leurs droits comme Belges et comme fonctionnaires doivent être garantis. Ils sont inamovibles d'après les statuts du culte, et si, sur ce point comme sur dautres, les supérieurs ecclésiastiques méconnaissent les canons, c'est au gouvernement à s'en préoccuper.
Qu'un pape vienne à révoquer un évêque, le gouvernement reiirera-t-il à celui-ci, purement et simplement, le traitement dont il jouit? Quoique un évêque soit inamovible, il peut être destitué d'après les lois de TÉglise. Il ne peut, sans de justes motifs, être transféré malgré lui à un autre siège, et, en cas de ti^ansfert, il faut le consentement du roi. Ce consentement est nécessaire, h bien plus forte raison, en cas de destitution. Il en est de même pour le clergé de second ordre. De toute façon, il faut un jugement régulier, rendu conformément aux lois de l'Église, et l'exécution ne peut avoir lieu qu'avec l'approbation et la sanction du gouvernement.
Aucune loi de l'Église n'autorise la destitution, sans jugement, d'un ministre du culte, pas plus d'un ecclésiastique du second ordre que d'un évêque. Comme Tévêque peut et doit se faire assister par des olBciaux, il n'est rien de plus simple que de suivre l'exemple de M. Sibour qui avait établi, en 1845, une officialité dans son diocèse, ofRcialité qui lui rendit les plus grands services et mit fin à toutes les plaintes d'arbitraire.
Le maintien des lois canoniques et des droits politiques de l'État résulte du silence du concordat sur la juridiction ecclésiastique en
cas de difficulté, mis en rapport avec Tariicle 1**^ du concordai qui autorise des règlements de police et avec l'article 16 qui reconnût les droits et prérogatives de V ancien gouvernement. L'article l*' def articles organiques en est une conséquence naturelle; les articles C et 7 de la loi du 18 germinal an x autorisent l'opposition et même l'action pour le redressement du préjudice, atteinte ou grief, causé à tout ministre du culte et aux citoyens.
La seule difficulté apparente est la juridiction, mais elle disparait devant la remarquable et savante dissertation de Merlin {Questions de droity V** Abus).
Nous pensons donc que si un ministre du culte avait été révoqué pai un jugement en due forme, confirmé en appel devant le métropolitain, cet acte ne devrait recevoir l'exécution temporelle, c'est-à-dire aboutir au retrait du traitement qu'après examen, après constatation que le jugement a été rendu conformément aux lois canoniques en vigueur.
L'article 1" du décret du 17 novembre 1811 porte : « Dans le cas où un titulaire se trouverait éloigné temporairement de sa paroisse, un ecclésiastique sera nommé par l'évêque pour le remplacer provisoirement, et cet ecclésiastique recevra, outre le casuel auquel le curé ou desservant aurait eu droit, une indemnité. » Cet article n'a pour objet que l'absence volontaire et temporaire d'un titulaire de paroisse, car l'article 12 spécifie le cas de maladie et l'article 2 autorise Yéloignement pour cause de mauvaise conduite. Or, entre l'éloignement et la révocation ou destitution, la différence est considérable. Nulle part, dans ce décret, il n'est parlé de révocation ni même de suspension. On voit que ce n'est qu'une autorisation de prendre une mesure disciplinaire pour des actes de peu de gravité, mais utile et quelquefois nécessaire à raison du caractère de la personne. Ce décret n'a donc modifié ni le concordat, ni les lois organiques, ni les lois ou libertés gallicanes, ni les canons de l'Église : tous sont conservés et maintenus dans leur force et leur caractère.
Lois CANONIQUES A LÉChàRD DES LAÏQUES. — Âprès avoir iudiqué quels sont les principes généraux des lois canoniques relatives au culte dans leurs rapports avec l'État, il convient d'examiner les effets de ces lois à l'égard des laïques.
Nous n'avons point la prétention d'expliquer tout ce que comporte le droit canonique; nous ne nous adressons ni aux membres du clergéi ni aux canonistes, qui en font leur étude spéciale ; mais il
pÈÏ 6tre utile mx laïques de savoir en quoi le droiL canouique les c<)iïeerne, quels sont leurs droits et leurs devoirs relativemeni à leur ctille*El ici nous oous occuperons exclusivemeiu du culle catholique roDiaiii, professé par le plus grand nombre des Belges.
Nous nous bornerons aux actes piuncipaux de la vie religieuse, qui sont le baptême, le mariage et les iiinérailles.
!k baptême. — Le pi^emier sacrement administré au chrétien qui \mi m monde est le baplôme. Dans la primitive Église» il se faisait me pompe, la veille de Pâques et à la Pentecôte : régulièrement m M baptisait qu'à ces deux solennités. Aujourd'hui, il se donne iouDédiatemeut après la naissance, dans la paroisse oii Tenfant est oé, par le curé ou un prêtre commis de sa paît, à Téglise et publiqoemeni. En cas d'empêchement ou d'absence du curé, tout prêtre pajt baptiser, et mémCj s'il y a danger de mort pour renflint, un laïque, une femme, un non-catholique peuvent le faire en ondoyant avec de feau naturelle (eau de rivière, eau de mer, eau de glace ou neige fondue, même eau bouillie), et en prononçant les paroles que llglise a ordonnées : « Je te baptise au nom du Père, et du Fils et du Saint- Esprit. »
I/enfant doit être présenté au bapiéme par un parrain ou une marmne, ou tout au plus un parrain et une marraine : ils doivent être catlioliques. Avant le concile de Tretîte on donnait deux parrains aux garçons et deux mairaines aux filles.
Le baptême, disions-nous, n'est administré que dans l'église. On fejteïception pour les rois et les princes* Si l'on ne peut porter sans danger l'enfant h l'église, il est permis de le baptiser a domicile; tbns d autres cas, févêque donne de semblables autorisations* Mais, le danger passé» il faut suppléer dans Féglise aux cérémonies qui ont *lé omises.
Bans des nécessités pi-essantes, et lorsque la délivrance expose la vie de fenfant, on doit baptiser aussitôt qu'on peut appliquer l'eau pfijiKIiiemenl sur une partie du corps. Des théologiens croient même ptQek peut se faire au moyen d'un instrument : cest l'avis de la Sûrhônue et la pratique de rHôt^t-Dieu de Paris*
Us auteurs des conférences de Paris disent que, si la \ie de la
mène est en danger, il faut la sacrifier pour sauver Tàme de l'eniant ;
(Ouailles auteurs des conférences d*Angers disent le contmre et
liaériient plus de confiance. L'opinion qu il n'est jamais permis de
lfctr«ropéj'auou césarienne à la femme vivante pour baptiser l'eiitauli
i prévalu*
lîELGlOUE MORALE ET mTELLECTlELlE.
On convieïit aussi, aujourdliui, que Ton ne doit pas baptiser les enfants des infidèles malgré lenrs parents, à moins de danger de mort imminente.
Sous rancicn régime, Tacte de baptême établissait la filiation et faisait preuve d*ëtat civiL La réunion de la Belgique à la France rendit obligatoire la loi du 20 septembre 1792 qui attribue à la commune la constatation de la naissance de 1 enfant. Le code civil conserve ce droit à laulorilé municipale. Aucune loi ne défend de procéder au baptême avant la déclaration h féiat civiL
A 1 état civil comme au baptême on donne à Tenfautunou plusieurs prénoms. La coutume de TÉglise veut qu'on choisisse le nom d'un saint bonoré d'un culte particulier; à la commune, il n'est permis de donner comme prénoms que les noms en usage dans les différents calendriers et ceux des pei^onnages de l'histoire ancienne* A cause de ces différences, les prénoms peuvent être différents^ mais tacte de Vêlai dvil est aettl légal.
Anciennement, en cas de refus de baptême, i! y avait recours * devant 1 evèque, qui désignait un autre prêtre. C'était, en effet, un acte authentique. Il n'eu est plus de même aujourd*hui.
La confirmatiou est un sacrement qui consiste dans fonction du saint chrême sur le Iront et dans fimposition des mains. Il se donne par févéque qui, en appliquant le chrême, prononce les paroles : rt Sigm le signo aum, etc. : Je vous marque du signe de la croix el je vous confirme par le chrême du salut, au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. pPuis févéque donne un léger soufflet sur la Joue du chrétien qu'il a confirmé» en ajoutant : « Que la paix soit avec vous» »
Dans f Église grecque et d'autres sectes de rOrienl, on administre ce sacrement immédiatement après le baptême. En Belgique, on ne le donne pas avant lïigc de sept ans. L'évêque peut déléguer un prèïre pour le repplacer*
Il est à propos d'être à jeun pour recevoir ce sacrement, mais ce nest plus un précepte de f Église. 11 ne faut qu'un parrain pour les garçons, une mai-raine pour les fdles, et ils ne peuvent être les mêmes que pour le baptême. Enfin la confirmation nest pas indispensable, mais elle est de précepte ecclésiastique et usitée presque partout»
Du mariage, — Le mariage, considéré comme un sacrement depuis le concile de Trente, était également reconnu comme tel en Belgique, tout en formant un contrat civiL Celait la bénédiction
Duptiale, en présence de TÉglise et par le ministère du prêtre, qui constituait le sacrement.
Le mariage était indissoluble. Néanmoins, le concile de Trente admet trois causes de dissolution : 1** pour adultère ; 2® pour sévices et mauvais traitements; 3"" pour hérésie d*un des époux.
Dautres tempéraments ont encore été apportés à cette indissolubilité. Ainsi, la séparation était permise si, de deux conjoints non baptisés, l'un embrassait le christianisme et que l'autre refusât de cohabiter avec le nouveau converti. Le concile de Trente posa en outre le principe que Ta séparation est légitime dans un grand nombre de cas.
Les poursuites en séparation étaient de la compétence du juge spirituel. C*était un axiome en droit canonique qu'une sentence de séparation ne passait jamais en force de chose jugée, c'est-à-dire qu elle était toujours prononcée sous espoir de réconciliation et avec feculté de réunion. Cette réunion n'était assujettie à aucune formalité. Mais l'absence d'un acte public pouvait avoir des inconvénients • à l'égard des tiers ; l'édit de 1784 y remédia, un peu tard, en obligeant les conjoints qui se réconciliaient à en donner avis au jttge.
Un véritable acte de divorce pouvait aussi avoir lieu, non pas en cassant ou en rompant le mariage, mais en le déclarant non valablement contracté, nul et non avenu , pour cause d'empêchements dirimants. Il en fut ainsi du mariage de Napoléon I" et de Joséphine.
Pour éviter la nullité des mariages clandestins , le concile de Trente ordonna la publication par le curé, au prône, trois dimanches consécutifs. Avec la permission de l'évéque, on peut n'en faire qu'une ou même pas du tout. Ces bans sont publiés dans la paroisse de chacun des contractants. Le concile n'a pas indiqué combien de temps il faut avoir demeuré dans une paroisse pour y être domicilié i l'effet de pouvoir y contracter mariage. En Italie, il suffisait de quatre mois ; en France, on exigeait six mois, et même un an lorsqu'on avait changé de diocèse. En Belgique, un synode de Malines, ^8 préciser non plus le temps, prescrivait de faire Jes publications dans le dernier domicile ou dans celui qu'on avait occupé le plus longtemps. Pour les militaires, s'ils n'ont pas de biens, c'est celui de leur résidence où leur service les appelle. Pour les voyageurs, les étrangers, les vagabonds, dont le domicile est incertain ou inconnu, le curé du lieu où ils se trouvaient était compétent pour m. 6
procéder au mariage, mais il devait faire une enquête, en référer k\ Tévêque et obtenir sa permission.
Les fiançailles, avant le niariage, sont parfois d usage, et, d après le pastoral de Mali nés, étaient jadis de rigueur. Le mariage devait s'ensuivre dans les six semaines. Les fiançailles a entraînaient pa§| d obligation ronlractuelle, mais la simple volonté des fiancés ne suffisait pas cependant poui' les annuler : la cause était soumise à' l*évéque, et examinée par rofficialité qui décidait s il y avait lieu de relever de la promesse faite. S11 y avait condamnation à des dommages-iiUéréls, il fallait intenter laction devant les juges laïques, La cour de Flandre jugea, le 18 juin 1690, que Tofficial de Cambraî avait pu condamner à épouser ou à rfofer,mais que les juges d'Église a*onl pas qualité pour arbitrer ni liquider la dot. m
La cérémonie des fiançailles, comme celle du mariage, devait êlreï faite publiquement, par le curé de la paroisse d'un des contractants, ordinairement de la femme, ou tout autre prêtre, au besoin, mais , alors avec permission, et faite dans une église, une chapelle consacrée ou tout autre lieu honnête, même un cimetière, non dans une auberge ou un cabaret. Les militaires en activité de service pouvaient contracter mariage devant laumùnier de leur régiment* ■
Le mariage doit être célébré endéans les deux mois qui suivent 1 la dernière publication, en présence de deux ou trois témoins, hommes ou femmes, mineurs ou majeurs, parents, voisins ou étrangers, demandés ou non demandés. Le curé doit s'assurer de Tassistance des parents des deux conjoints ou de leurs représentants. Il | n est pas permis de célébrer un mariage pendant Tavent et le carême.
Le mariage est paifait par le consentement légal des contractants, lequel peut être exprimé, non-seulement par paroles, mais aussi par écrit et par signes. Si le consentement des parents faisait défaut, le concile n'approuvait pas le mariage, mais ne le déclarait pas nul, de sorte qull était valable*
La question des empêchements au mariage et du droit d'accorder les dispenses a donné lieu, pendant longtemps, à bien des contestations et des couflits entre le pouvoir civil et FÉglise.
Dans divers Etats on sépara le saci'ement du contrat, Fuu appartenant à rEglise, l'autre au pouvoir civiL Mais la grande diflîculté résultait de ce que laulhenticité de l'acte était laissée h TÉglise, puisque c'étaient des ministres qui y procédaient* Depuis, des lois plus logiques ont établi que, le fond étant civil, la forme devait être civile aussi, et les mariages ont été dévolus à rautorité civile.
DRQIT CANONIQUE. 83
Les empêchements au mariage étaient dirimants ou prohibitifs. Us premiers rendaient le mariage nul ; ils étaient au nombre de douze, et le concile de Trente en ajouta deux. Les empêchements prohibitifs, également au nombre de douze, mettaient obstacle à la célébration du mariage ; mais, si Ton avait passé outre, par ignorance, connivence ou autrement, le mariage était maintenu.
Le pouvoir d'accorder des dispenses avait été accaparé par l'Église. L'autorité civile, ayant revendiqué le droit d'établir les empédiements, prétendit avoir celui de donner des dispenses. Les débats qui eurent lieu à ce sujet au concile de Trente n aboutirent à rien; les conflits subsistèrent et continuèrent à être discutés par les cinonistes.
Aujourd'hui il y a encore deux espèces d'empêchements, les civils et les canoniques, ceux-ci dépendant de FÉglise, ceux-là du pou- TOir civil. Les dispenses pour les cas prévus dans les articles 167 et 168 du code civil sont données par l'autorité civile. Pour le ffiariage religieux, les fidèles doivent demander leurs dispenses à Févëque : les deux actes sont séparés et indépendants Fun de l'autre. Daprès la bulle de Grégoire XVI, du 27 mai 1832, les mariages mixtes sont permis avec dispense de la cour de Rome.
La révolution française, sans abroger les Iqis canoniques, sépara l'acte civil de l'acte religieux : la constitution de 1791, tit. 2, art. 7, le déclare, sans défendre encore de célébrer d'abord le mariage religieux. La loi du 28 pluviôse an viii attribua aux maires et aux adjoints les fonctions d'officiers de l'état civil. La première défense fcte de donner la bénédiction nuptiale avant l'acte civil se trouve à l'article 54 de la loi du 18 germinal an x, mais sans prononcer de pénalité. Ce n'est qu'en 1810 que le code pénal, aux articles 199 et 200, prononça des peines à ce sujet.
En Belgique, l'article 17 de la constitution ordonne de procéder, avant tout, à l'acte civil. Mais, aujourd'hui même, un mariage religieux célébré avant le mariage civil ne serait pas nul pour cela et lautorité ne pourrait refuser de procéder au mariage civil. Seulement le ministre du culte pourra être puni.
Par arrêté du 1*' prairial an x, la défense de procéder d'abord au mariage religieux a été rendue commune aux juifs et appliquée aux rabbins. Elle ne fut étendue aux protestants que par le code pénal de 1810. Elle ne peut concerner un autre culte puisque, ce culte n'étant pas reconnu, le caractère de ministre du culte n'existerait pas. Ici encore nous rencontrons la nécessité pour l'État de s'en-
quérir de la validité des nominations pour les ministres des cultes-
Des futiérailles et de la sépulture. — Ce sujet a donné lieu à bien des controverses, dont aujourd'hui, moins que jamais, il est permis de prévoir la fin.
Le respect des morts se rencontre chez tous les peuples même les moins civilisés; tous témoignent leur douleur et leurs regrets par certaines cérémonies. Ces cérémonies, c'est-à-dire la forme donnée aux funérailles, constituaient la manifestation. Le lieu où l'on déposait le cadavre n'était pas lui-même l'objet d'une consécration préalable; aussi les premiers chrétiens furent-ils ensevelis à côté des païens sans opposition d'aucune part.
Les persécutions modifièrent cet état de choses. Les enterrements furent secrets et cachés. Puis, le culte devenu libre, on bâtit des églises et Ton y déposa le corps d'un donateur ou d'un bienfaiteur; les fidèles se firent alors inhumer soit dans l'église soit autour d'elle, pour participer aux mérites et aux récompenses de l'homme vénéré dont les cendres y reposaient. Ce n'est qu'à partir de cette époque que le champ voisin de l'église fut considéré comme sanctifié.
L'origine de la bénédiction des églises et des cimetières est inconnue. Innocent III a établi indirectement cet usage, en déclarant qu'un cimetière avait été souillé par l'inhumation d'un excommunié, et qu'il devait être béni en signe de réconciliation.
L'organisation des paroisses fut une affaire de temps; elle parait remonter au iv® siècle : peu à peu les maisons et les rues voisines de l'église avaient formé une sorte de ressort. Chaque habitant devait être inhumé dans sa paroisse ; les étrangers et les voyageurs étaient inhumés dans la paroisse où ils décédaient; mais on pouvait choisir aussi le lieu de sa sépulture. Quelquefois des conflits s'élevaient. En 1075, deux paroisses voisines, dépendant du monastère de Saint- Aubin d'Angers, sur la rive gauche de la Loire, se disputèrent le cadavre d'un fidèle, et il y eut un jugement, dans lequel figurent deux évêques, qui ordonna l'exhumation et condamna à l'amende.
Il était défendu de donner un repas à l'occasion d'un enterrement, sauf aux frères et sœurs du défunt et aux proches venus de l'étranger, et le repas en ce cas devait être médiocre et modeste.
Un ancien rituel deMalines ordonne que les funérailles, les prières et l'inhumation aient lieu avant midi. Un décret du synode de Cambrai, de 1567, admis par le diocèse de Malines, prescrit que le service funèbre se fasse dans les six semaines après le décès.
Anciennement en Belgique la sépulture était donnée par le clergé,
rmOlT CANONIQUE.
qiu pouvait là refuser. Un curé pouvait ainsi empêcher la cônstalaîion d'un décès et troubler la tranquillité des familles.
En gëuéral, la sépulture était refusée aux criminels condamnés etôïéeuléâ. La justice humaine, s associant parfois aux rigueurs de Itglise, fkisaitt pour cause de duel, un procès au cadavre et à la mémoire du défunt, contre un curateur spécial nommé à cette fin. Lâiépullum ecclésiastique lui était refusée, ainsi cpiaux schismatiqyes, aux hérétiques, aux juifs, aux païens, aux excommuniés, à quiconque n'était pas mort en vrai catholique et n avait pas satisfait âu précepte pascal* Il en était de même pour les enfents morts avant I le baptême.
■ Ces reliis de sépulture empêchaient de constater le décès : un édit h||B avril 1778, rappelant un autre édit du 6 mars 1754, ordonna, I^SK peine d*amende, de tenir un registre des baptêmes, des ma- , mgm et des décès,
H La dé^iignation de lendroit de la sépulture appartenait autrefois à
F h fabrique de féglise. Remarquons bien que TÉglise pouvait refuser [a
sépulture dans un lieu consacré et avec rit ecclésiastique, mais
qu'elle ne pouvait refuser finbumation : aucun canon, aucune loi de
k Itglise ne défend finhumation dun cadavre.
■ U clergé en était arrivé à faire une obligation indispensable de B baiser un legs à TÉglise, et pour forcer les mourants h la remplir,
il refusait aux récalcitrants l'absolution, le viatique et la sépulture. S'ilny avait pas de testament, les évèques commettaient des ecclé-
^siastiques pour en faire un à leur fantaisie, et, pour peu que les itiera se montrassent difficiles, le défunt restait sans sépulture. Le
' eoïîrile de Trente déclara, dans la session 22, canon 8, que les évèques étaient de droit délégués du saint-siége, à défaut d*exécuteur nommé par le testateur. Le pouvoir civil prît, dès le xvj* siècle, des ŒWures sévères pour remédier à ces abus.
I l'excommunication majeure est la cause principale, et pour ainsi ih la seule légale canoniquement, qui autorise le relus de sépulture. Or, si Ton veut se rappeler qu en 4244, Innocent IV défendit la publication de toute sentence d*excommuDication sans Tordre du pape, il faut convenir que presque toujours le refus de sépulture, même ecclésiastique, iVest pas fondé canoniquement et ne peut se pwiuire sans autorisation du pape.
On n excommunie pas un mort, et c'est en vain quon rinterpellefait pour lui reprocher de u avoir pas rempli ses devoirs religieux. Les lois modernes qui nous régissent ne sont pas moins posi-
tives. D'une part, en acceptant un traitement, les ministres de chaque culte contractent l'engagement, tacite mais réel, d'accomplir tous les actes de leur ministère pour lesquels ils seront requis ; d'autre part, en consacrant une partie des impôts au payement du clergé, le gouvernement se trouve dans lobligation de veiller à ce que ces fonctions soient remplies, et, s'il se voit dans l'impuissance de destituer ou même de censurer les ministres des cultes, il peut du moins les priver de leur traitement. Il y aurait évidemment abus à rétribuer des fonctions qui ne seraient pas remplies, et cela aux dépens do trésor public, c'est-à-dire de l'universalité des citoyens.
Nous n'avons pu traiter ici que les points saillants de notre sujet; mais ce que nous en avons dit suffit pour justifier la nécessité d'une étude aujourd'hui trop négligée. Nous pensons que l'enseignement du droit canonique devrait faire partie, comme celui du droit civil, du programme de nos universités, et qu'il faudrait l'avoir suivi pour obtenir les diplômes de capacité aux fonctions judiciaires de la magistrature.
Toutefois il nous vient un doute. En présence du dogme nouveau de l'infaillibilité, peut-il y avoir encore un droit canonique?
BiiUJOGRAPHiE. — Les limites dans lesquelles nous nous sommes renfermé ne nous ont pai permis de donner certaines explications et certains développements que nos lecteurs peuvent juger utiles. La notice des auteurs que nous avons consultés guidera dans les recherches complémentaires que Ton voudra entreprendre et qui justifieront nos opinions.
Corpus juris canonid Gregorii XIll, ex Bibl. Le Pelelier, etc.. Parisiis, 1687, 2 vol. infolio; Lanceloti, InstUutiones juris canonid, etc., Parisiis, i68o, 2 vol. in-lâ; Bouchet, Ll bibliothèque canonique, etc., Paris, i689, 2 vol. in-folio ; Tabbé Flcury, Institutions au droi ecclésiastique, Paris, 4767, 2 vol. in-1'2; lemême,:Yo«i;eaMj;opi«cMte4,Pa|is,'18l8,4 vol. in-13: Guy du Rousseaud de Lacombe, Recueit de jurisprudence canonique, Paris, iTIÎ^, in-folio Durand de Maillane, Dictionnaire du droit canonique, etc., Paris, 1776, 5 vol. in-4*; Guyot Répertoire universel et raisonné de jurisprudence civile, criminelle, canonique et bénéf., etc. Paris, 4784, i7 vol. in4o; Richard et Giraud, Bibliothèque sacrée, Paris, 4822, 26 vol in-8»; Merlin, Répertoire de jurisprudence, Bruxelles, 4825, 36 vol. in-8»; le même. Questions de droit, Bruxelles, 48^, 46 vol. in-8«; Hermens, Handbuch der gesammten StoaUfesetsgebung ûber den christlichen Kultus, etc., Aachen und Leipzig, 4833,4 vol. in-8«; Walter, Manuel du droit ecclésiastique, traduction de Tallemand, etc., Paris, 4840, in-S»; Carie Code du droit canonique d'après les aphorismes de Corvin, Paris, 4841, in-12; Bergier, ùietionnùire de théologie, Lille, 4844, 4 vol. in-8« ; Champeaux, Le droit d vil ecclésiastique aiMÔa et moderne, ViviSf s. d., :2 vol. in-S» ; Philips, Le droit ecclésiastique dans ses principe, généraux, trad., par Crouzet, Paris. 4850, 3 vol. in-8o; le même, Du droit ecclésiastique dam ses sources, Paris, 4852, in-8<* ; Prompsault, Dictionnaire raisonné de droit et de jurisprudence en matière civile ecclésiastique, Paris, 48-tô, 3 vol. m-4°; l'abbé André, Cours alphabé' tique, théorique et pratique de législation dvile ecclésiastique, Paris, 4847, 3 vol. in-8*; l même. Cours alphabétique et méthodique du droit canonique, Paris, 485i, 5 vol. iu-8*.
Richarii, De ecclesiastica et politica potestate, Colonis, 470 1« 2 vol. iu-4o; De finibu. utriusque potestatis ecclesiaslicœ et laicœ, Ratisbonœ, 4781, in-4»; De la Borde, oratorien Prindpes sur Vessence, la distinction et les limites des deux puissances, etc., s. !.. 4753 in- 12; Lemerre, avocat. De l'étendue de la puissance ecclésiastique et de la temporelle^ s. 1 ni date; Uurter, Tableau des institutions et des mœurs de l'Église au moyen âge, etc., trad
DROIT CANONrQUE.
piU^fii, Fath, IMf, 3 t^il. in-S"; Sarpi (Fra Paûlci^ tir* lir^ïi;* det ^ùuveraau de/endut
mti tfi êscommmnication» H ten itiierdm des papts, La HiYe« IT^t, S voL tn-iâ; (J'iibbé
1^^ AuittiÉrt ifr Id réception dtt cûuctîe de Trente, Amiterdum, 175ti, 3 vol. in-l^; Tïio-
. «Nil, ^«ÈiPBiir *t tioureik dUciptint de VEgiiie, Paris, I7i5, -i voU in-fûlio; Confi.rencet
«KiMPitiffia rf<i flïocffff djHf/i^i^î, tic. ParU, 178T et ecti., 3/^ ii 126 vol in-l^^i J'abb^ Ou-
èottl, Or^Mutalion iifi/iâfr«- if^ /rf dixtipline htérardtique, cûnùnique^ liturgique en France
for n^ttaffioi rt U tamt*»if'ge, Parii, ISSl, in-13; Kono flbisci), De pote Haie ttc les iûêttcà ef
/trr «refMiatfteu, io-io ^ fa^bbi^ €er&ti, iMt ugurpathm mçerdotaieji, Pai ir, I83&, iD,8^ ; Fe-
»lA, rrji^l# il> faÂcii rf du t-rni mu jet des appeUatiant^ elc,» Lausanne, 1718, 3 voL in-fdliûj
^Igpj TraiM i|ifsa|vprl/a/ioiJi mmiiH* i/afFUj;s. L HtiB, 3 voL in-li; Duptn,îraiJé «te l'ait-
^^^■MMAilAfu^ ^f de ta pai^mnct temporeite, Paria, 1768, 3 voL iu-i^î; D'Héricourt, !«««
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tiqtffniit^\tù, i, L, i \ù\, \n-^ \ Dagaumcr, liecueiide pièces pour leri'ir ài'hittoire eechaitu-
Bfif, Pin*^ 1829, lU-S"; Cuilîemiîi, Hemùrandum det libertés et 4€rvttudes de l'B^tise gatti-
«nr, l^oHi 1^. d,, 113*8^ ; Originei, progrès tt Umites de ta pmâtawe des papes ^ Parii,
ttll/lb^j Grippa. Troii mémoires reimifs à l'htttoire eccimmiiquê des premiers siédes^
fifii, l»W, it^^i PiCDl, Mémoirm pour servir à Vhktoire eccUiimiique, Pari», îêSâ et aulir.,
I. ÙuiùMrtt rapports et travaux iaiditt sur le mncordai cir 4ï^t, Paria, 1345» in-â«i eof)£Or<idUi «l# lëOI, i$U ei mi7, Hrii][elJe&, I^T, in ^2; HlancheL, Commentaire Iff Itepacoriiel et 1801 ^f rfe /rt hi ûrgmique, elc, Paris, 1S4I, iti-S" ; (Jauffret\ £xawCTi te«rfi«{cioff«iii^iif«, elc.i Puria, 1^17^ ia-8^'; Dal Po^^zo, Le caihoHcisme en Autriche, <9tc., lnw4l«,i»J9, in iii Prailit^, Ld ^wwftûw religieuse en 16gi, 1790, 4802 et 18^ Paria, ISil ID^ ; Bu llefin c/ei hit vtritrs eedesimtUiue^^ Journal encyclopédique du droit eî de k jwq^êéente en m^tliére religieuse et du contcnlieux des cultes. Parla, I84i^ et at-q., **#*4Tal.î Diifrutf, Traite de ta police deicultei, Paris, iS4î, in-S" ; Yuilléfroy, rmï^rf de tiÉÊimutrêti^m dtt culte cath^tiqnc, Paris, iSH, in-H"; Gaudrj, Fraifif de la législation des cdHi^tfe., Paria, 1*51, S toi Jû-S^^ l'abl>è André, Lcf Joia il* l'Eglise sur ta nomination et k mtuùon des curés^ Vtdeïtjic, tW^, in-8*.
i^artiï, r%lar #£ rfjfoc, Britï^llea, i85g,.S vol. in- 8» ; rbtockmans]^ Jui Belgarum cirea fcBiriw iwNfi^fiartfm rec^jï/iôïiem^ i. I. eî annù; li3 même, Defensto Belgarum contra mtftkmti a pereçrma judma, ■* L et aiina ^ Aiiscluio, Trihonianus Belgitas, Aiitvt^rptœ, iiWl ia-tali<iî le mème^ Codex Selgicm Antierp,, 1861, in-foîioi Jo tni^mu. ConKi^tafioiie* >m tmktionstet adtfUamenifi âiuma, AJttv<srp,f {671^ ia- folio j Wilmct, QuestiQiis de droit i««tc, ^tmtif. iHîii, in^lS; C^ J^fiua enlfie cfe 5. H, Philippe V ct^mme duc de llruuiiirs, 171}:*, pet in-i«; Colomi [eoroto dcj, Arrif*^ du grand ojnseit et ceux repar lie llùn^^ îfltîinesp 1781 » 3 ¥oL iîi-l*»; Van Ea^iéii, Tractatujt de reeunu ad prin- %■ «r de htifui recurm* ejfectu, Lovanii, lîiâ, iD-4t>; le m^me, Jus ecctcsiasticum iirir- ••^H*. Utaaii, IliCi, 5 loi m^foUo; Ip mÉme, îw* ^rc/esjii.T^icufii m fjjifopiïe redactum, lîfll S niL io-§*ï toe Facqz^ Ancien dmit bctgique, Kfusclles, lâW, ia-tl^ï Da Chuwiet, 'wiU'atiioMi ^u fifoil belqique^ Wr^xeMm^'i tôI. in-li, a, d. tl7ÏS8 ou tTJ$ti}i Verloo, Codex i^flkiMifjtt^ etc.» Hrtitdijs, 1781, tu-rolio; 0u Laury, Jurisprudence des Butfs-Bas âutti~ ^kent^âUr, Brttxelka, 1761, i vol. iîi-8"; Sobci» /iMrifuf^ (fe droit canonique civil, Jéodal et etm»dia Pa^s de Ltége, Llsjémèosirtj^ Au mur, etc., i\amiir et Bauillotj, 117Û, i77*i, iU'4«; ^^«j, MemtHrt» hi$î0riques et politiques de» Faut- Bas autrichiens, Paris, 178Ï, â roi. *#;Vfrki>nciJ. Mèmotre ktMtortquêt politique et critique $ur tes constitutions, la religion ff in éroUi de la nation (ieltfiqae. Litige, 1790, tD-B<> ; Otaervattons sur le^ liifenés de ^^kfMpque^ Bru!içl1ç«. IHfT, in-â"; (Wynide Raucourt, t;oasuillcr à la cour supérieure), Jhfiiçr AT im libertés de VÈ^h^e tM^tgique, HruieUcs, tSlSj io-iî ; Consultation canonique ^mttt ft^ dr» pretrts du diocfxe de Matines an clergé et aH£ eononisteê de ta Belgique, *te:i . fch. inS\
tâit tiotiternement des paroimes, Rciiiie», 18WJo-8»; àffVe, Traiiê de Vadmi-
*«l^' !le des paroiste*, Parii, i8i&, ifl*8* i ûeleou^. Traité de t' administration
^U tr, loutiin, 1846, in -8* i Cbaœpeaux^ Code de» fabriques et des paroitseSt
^^'K (iSÉsi, i . in^'î Tbeiticf, £.* cardinal arehettique de Matine^t «le,, irad, par de ^■t^ lirîa, ir. d. ... v; Wi Intel, &e l'Etat actuel deseurHei des dcsscrvanu, Mamur, IS^il, ^"lù. ia4ï*; G(lï«fi, Lmnuttatiatn tanoniquei sur (es sactrinents, Paria, 1750 ei auiv. , i'i vol.
in-iS ; Collet, Traité des dispenses en général et en particulier, LouTain, 1760, 3 yo Oberhaoser, Systema historico^critieum ditnsarum potestatum in legibus matrimc impedimentorum dirimentium, etc., Francf. ad Men, 4774, in-8<»; D^Outrepont, Des e menu dirimant le contrat de mariage, s. 1., 4787, in-8>; De Marca, Traité sur les e ments dirimants du mariage, petit in-folio, Mss. non imp. Tient de la biblioth Tabbé Sepher ; Agier, Du mariage dans ses rapports avec la religion, Paris, an ix, 3 to (Boyer), Examen du pouvoir législatif de l'Église sur le mariage, etc., Paris, 4841 Tabaraud, Principes sur la distinction du contrat et du sacrement de mariage. Par in-8«; Tabbé Craisson, De la sépulture ecclésiastique. Valence, 4868, in-43; Laurent sur la question des cimetières, Paris, 4864,2 vol. in-l!2; De Bonne, De VinamovUnliti i succursalistes, iu-8o, Bruxelles, 4846; le même, Discours prononcé à la chambre de. sentants, les 43 et 46 janvier 4847; le même. Du droit de fondation, in-8«, Bruxelles, même. Du droit de sépulture (Revue trimestrielle, janvier 4865j.
Par M. ALPHONSE RIVIER,
HrofnMiir k ruoivenâté de Rritxflli*s, M<ffubre SMOi-ié de la ctaue dv* leUn*» de l'Aiiidt'niir.
L'histoire de la science est Fhistoire des tâtonnements de lesprit humain, de ses efforts,, de ses expériences souvent malheureuses mais en somme fécondes, de ses chutes, de ses relèvements, et, en dernière analyse, de ses progrès.
La science du droit mérite, à ce point de vue aussi, une place d'honneur parmi les grandes disciplines : c est la plus universelle ; elle a pour tributaires la plupart des autres. De là, Fimportance majeure des études générales pour celui qui se voue au droit, et la différence reconnue, en tout temps et en tout pays, mais plus ou moins accentuée extérieurement, entre les deux espèces d'hommes de loi, les jurisconsultes et les praticiens subalternes, les gens de science et les gens de métier. De là aussi l'intérêt général que présente L'histoire de la science juridique et qu'augmente la liaison intime et constante du droit avec l'économie sociale, la politique, la religion.
La science au moyen âge. — Jean Boltillier. — S'il tant en croire les
légendes, le droit fut en honneur en Belgique dès les temps les plus
reculés. Des personnages illustres, des saints sont vantés comme
en avant cultivé l'étude sous les carolinmeiis ou même sous les
mérovingiens. On ne peut guère attacher de prix à ces traditions vagues et vaines, inutiles à la gloire soit de la Belgique, soit de la jurisprudence, qui toutes les deux sont en mesure de se passer de titres suspects.
Ce qui est certain, c'est qu'on voit dès le xiv** siècle, aux deux extrémités du pays, des hommes de pratique prendre la plume et faire en langue vulgaire des livres de droit, très-dissemblables en tout point, mais dont le moins important par retendue, le sujet, la valeur intrinsèque, l'influence et la renommée, n'est pourtant pas sans offrir un réel intérêt. Le Patron de lu temporalité (1399-1403) n'est qu'un exposé de droit public et constitutionnel local, mais les constitutions impériales, le Miroir de Souabe, et même la Politique d'Aristote y sont mis à profit dune manière judicieuse. L'auteur, plus connu comme généalogiste et chroniqueur que comme juriste, est le chevalier Jacques de Hemricourt, secrétaire, puis maître de la cité de Liège, laquelle est d'ancienneté « pays de Loi et de Raison ».
L'autre livre est cité partout comme fune des trois ou quatre œuvres capitales de l'ancienne jurisprudence française et nous pouvons la revendiquer pour la Belgique, puisque fauteur était un bourgeois tournaisien, l'honorable et sage Jean Boutiliier (Bouteillier. Le Bouteillier), licencié es droits canonique et civil, lieutenant du bailli de Vermandois pour le Tournaisis, puis conseiller pensionnaire de Tournai, enfm lieutenant du grand bailli et conseiller du roi, toujours résidant à Tournai, où lentement et à loisir il a rédigé son livre, le retouchant et y ajoutant sans cesse, mentionnant à chaque page sa pratique locale, sa justice de Tournai et du Tournaisis, et parlant le plus souvent d'expérience personnelle. 11 a choisi le titre de Somme rurale, parce qu'il est « homme rui-al, enclin toutefois à la noble pratique et patrocination de style de cour laie, et qu'il a ruralement mis et sommé selon son petit sentiment ce qu'il a pu retenir des sages clercs en droit civil et canon, de plusieurs coutumiers, et en plusieurs lieux et cours, tant en parlement comme dehors ». Je ne puis analyser ici la Somme rurale. A la fois traité de théorie et répertoire de pratique, embrassant l'ensemble du droit laïque du moyen âge, elle acquit vite un grand renom dans toute la France et dans les Flandres. Dès 1479, Colard Mansion, de Bruges, en tait l'édition princeps, et, jusqu'au xvn^ siècle, nombre d'éditions flamandes et françaises l'ont répandue partout. Peu d'ouvrages ont exercé plus d'influence sur le développement général du droit.
Boutillier est ua de ces légistes dont le rôle fut si grand de Philippe le Bel à Louis XI. Il accorde au droit romain une suprématie exagérée. Cest pour lui le vrai droit, le droit unique. Le droit coulumier, s'il s y conforme, est tolérable, mais, s'il y déroge, il est droit haineux. Cette conviction, qui domine d'un bout à l'autre de la Somme, ne provient point de l'ignorance des coutumes; au contraire, Boulillier les connaît à fond, notamment celle de Vermandois, du Touroaisis, du Hainaut et de la Flandre. Mais il est serviteur du roi et bourgeois. C'est par là qu'il diffère essentiellement du noble seigneur Philippe de Beaumanoir, tandis qu'il l'emporte sur Pierre de Fontaines par la culture philosophique et la maturité de l'esprit. Boutillier paraît avoir été non- seulement un savant homme, malgré sa ruralitéy mais encore un homme de bien, un juge intègre. « Droit, dit-il, est faire justice aussi bien au petit qu'au grand, et à l'étranger qu'au connu, et doit avoir le juge en tout jugement Dieu devant ses yeux, afin que plus craigne Dieu que l'homme. »
L'UNIVERSITÉ DE LoUVAIX. DrOIT ROMAIN ET SCIENCE NATIONALE.
Durant tout le moyen âge, et au delà, c'est des écoles de France et plus encore de celles d'Italie que rayonnait la lumière des hautes études. C'est là que se rendaient les enfants du Nord pour y acquérir la science ; ad mercaturam optimat-um artium, comme disait Christophe de Molin. Du xn* au xv** siècle, en particulier, on voit à Bologne, à Orléans, à Paris nombre de jeunes Belges de toute condition et même de très-haute naissance ; ils reviennent dans leur pays avec le bonnet de docteur, pour fonctionner comme présidents ou conseillers des cours, ou comme pensionnaires des villes.
Dès le milieu du xiv* siècle cependant, des écoles générales étaient fondées en pays allemand, à Prague, Vienne, Heidelberg, Cologne, Erfurt, Leipzig, Rostock. Jean de Brabant en voulut aussi donner uue à son duché, à l'instar de Paris, pour conserver la pureté de la religion et pour épargner aux Brabançons la grosse dépense d'études à l'étranger. L'université fut ouverte en 1426 à Louvain, les magistrats de Bruxelles n'en ayant pas voulu chez eux.
On sait que le xv* siècle était plus canoniste que civiliste ; les principaux jurisconsultes de cette époque étant des ecclésiastiques, la procédure était entre les mains de l'Église, la littérature était consacrée surtout au droit eanon. Ce droit prédominait dans la plupart des universités ; parfois même, comme à Paris, il excluait le droit civil. Louvaiu cependant fut d'emblée pourvu d'un enseignement
effectif et régulier de droit romain, et, dès les premiers temps, quelques civilistes distingués y ont coopéré ou en sont sortis. Je citerai Henri de Piro ou von dem Birnbaum, de Cologne, professeur à Louvain dès 1428, dont la Lecture sur les Institutes fut réimprimée encore au xvn® siècle; Jean Noyens, de Turnhout, auteur de Casus brèves longtemps estimés; Nicaise Vervoort ou Van Voerden (1492), de Heyst-op-den-Berg, professeur à Cologne, dont les Expositiones sive declarationes juris ont été rééditées maintes fois. En fait de canonistes, on peut nommer Guillaume Bout, Raoul de Beringhen, Robert Van de Poel ou De Lacu; enfin le célèbre Normand Thomas Bazin. Tous ont beaucoup contribué par leurs leçons et par leurs écrits à la prospérité du premier siècle de l'université brabançonne. A la même époque, Jean de Paderborn imprimait les Institutes (1473-1475), et les presses de Gilles Van der Heerstraeten repi-oduisaient deux ouvrages fameux de science populaire : le Modus legendi abbreviaturas et le Modus studeiidi (1487-1488). D^autres ouvrages dus à des Belges du xv* siècle n'ont pas été imprimés. Ainsi un Directorium juris de 1451, de Nicolas Kissien, alias De Palude; ainsi encore le Remissorium utriusque juris, d'Arnold Gheiloven, de Rotterdam, frère de la vie commune. Ce dernier ouvrage, composé del427àl429, et son auteur, morten 1442, méritent une mention spéciale. Frère Arnold avait étudié à Bologne, Padoue et Vienne; il était docteur es décrets lorsqu'il vint avec une riche bibliothèque s'enfermer à Groenendael. Son livre est un dictionnaire de mots et de choses, un répertoire, une encyclopédie de droit civil et de droit canon. Frère Arnold y fait preuve d'une vaste lecture et c'est la science italienne qui lui fournit ses matériaux, avec quelques canonistes français du siècle précédent. Les couvents d'alors recelaient des légistes, sinon expérimentés, du moins érudits, et des ressources bibliographiques considérables; leurs catalogues, postérieurs de deux siècles, que Sanders a recueillis, sont assez riches en livres de droit, la plupart de l'école italienne.
On dit souvent que Louvain fit naître une science nationale. 11 ne faut point exagérer ce caractère, qui est cependant réel. Il se manifeste dans la composition du corps enseignant. Sans doute, on appela quelques tillramontains dans le premier siècle; le célèbre Jason refusa, trouvant les offres trop modiques. Pourtant, dès le début, les professeurs de droit furent presque toujours des Flamands, des Hollandais, des bas Allemands ou des Liégeois. Louvain fut bientôt un centre scienlilique plus important que Cologne pour tout Tocci-
dent de la basse Allemagne. Mais ce n'est qu'au \\f siècle qu'on peut parler avec une juste fierté d'une école belge, dont Louvain était alors le berceau.
Droit national. — Philippe Wielant (1439-1519). — Boutillier écrivait en français pour le nord de la France et l'on a vu que son œuvre est fortement imprégnée de romanisme. Philippe Wielant, en revanche, est le Père du droit national flamand.
Diplomate, historien, conseiller au parlement de Malines sous Charles le Téméraire, président du conseil de Flandre, puis derechef et jusqu'à sa mort membre du grand conseil et maître des requêtes au conseil privé, il a fondé la procédure civile de Flandre par sa Practycke civile de 1519 qui fut imprimée en 1554, et la procédure criminelle par sa Practycke criminele (1515-1516). En 1491, il avait composé, le premier en Belgique, un traité général du droit féodal de Flandre. Je dis : le premier en Belgique, parce que, des deux ouvrages qui ont précédé le Tractaet van den Leenrechten, l'un, qui est anonyme, n a pour sujet que les coutumes féodales de la chàtellenie de Gand, tandis que l'autre, en latin, de Nicolas Kissien déjà nommé, n'est qu'un petit commentaire banal du livre des fiefs. Le Tractaet de Wielant est un exposé systématique de droit féodal national, écrit, comme les deux Pratiques, en langue nationale.
Tout ce qu'a fait Wielant est reconnaissable à un certain souffle généreux et humain. En tout, il fait date. Hautement considéré, il fut employé à des négociations diplomatiques et chargé de rédiger, avec Jean Roussel, un projet de code pour la ville de Haarlem. Après sa mort, on l'a commenté, annoté et surtout pillé.
On peut mentionner, à côté de Wielant, le Louvaniste Grégoire Bertolf, avocat à Bruxelles, président du grand conseil de Frise, auteur d'un Style de procédure et d'un recueil ou traité des statuts de Frise, en flamand.
Le président Everardi. — L'histoire de la science est, en grande partie, l'histoire des hommes qui l'ont faite et qui en sont, par conséquent, les personnifications naturelles. Parfois, le nom d'un homme résume une époque scientifique. Il se peut aussi, mais c'est plus rare, qu'une tendance, une méthode, une branche de la science ne soit représentée que par un seul homme, qui n'a ni devanciers ni successeurs. Tel est le cas de Nicolas Evertszoon, Everaerts ou Evors, plus connu sous le nom latinisé à'Everardi,
iU BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.
Il est, au propre et au figuré, peu de physionomies plus remarquables que celle de ce président du grand conseil, aux traits d'une redoutable énergie, homme (selon Érasme) « né pour le gouvernement de l'État », qui « régnait à Malines comme un prince », et duquel on disait que, dans sa longue pratique, il n avait jamais rien fait ni pour le gain, ni pour la gloire, ni pour l'amitié même des plus grands, et qu'il n'avait jamais cité de livi'e qu'il n'eût étudié h fond. Ses consultations, ConsiUayResponsa, rappellent les plus belles consultations des Italiens; elles constituent une source de première importance pour la connaissance de l'ancien droit belge tant public que privé;, l'autorité en a longtemps été quasi souveraine. C'est à lui qu'appartient l'honneur d'avoir inauguré cette littérature en Belgique.
Mais ce n'est pas à titre de comiliateur qu'Everardi a droit k une place à part. Ce qui lui donne ce droit, c'est sa Topique, traité des lieux légaux, dont la première édition parut en 1516, et qu'il retoucha et améliora jusqu'à sa mort. Le but de cet excellent livre est didactique. Everardi veut enseigner aux jeunes gens d'où ils peuvent tirer les arguments nécessaires pour prouver et pour réfuter. « Car, dit-il, comme le grammairien dispute sur la latinité du discours et le dialecticien sur le faux et le vrai, ainsi s'informe le jurisconsulte du juste et de Tinjuste. D'où vient que toujours il demande : Quid juris? c'est- Ji-dire, qu'est-ce qui est de droit équitable, de droit bon, dedroit juste? Mais ce qu'on affirme être de droit, il le faut prouver... » — Everardi puise toujours ses arguments dans le fond même du droit. II relate souvent des faits de son expérience personnelle et donne une foule de directions pratiques dont un homme mûr peut faire son profit, aujourd'hui comme alors.
Pour l'appareil scientifique, il est encore en plein moyen âge, mais, comme le dit Savigny, de la masse poudreuse des commentateurs on voit surgir 1' « humanisme », et la Topique est un essai complètement original de rompre par le raisonnement libre les barrières traditionnelles. C'est par là surtout qu'Everardi est en avant de ses contemporains et qu'il peut être classé parmi les précurseurs et les initiateurs. S'il avait trouvé des disciples, s'il était devenu chef d'école, la science belge aurait pu prendre un développement tout à fait original. Malheureusement, il est resté seul.
La Topique a été rééditée plusieurs fois de 1552 à 1625. Everardi était né à Grypskerke près de Middelbourg. Il fut officiai de l'archevêque de Cambrai à Bruxelles, doyen d'Anderlecht, président du
conseil de Hollande, Zélande et Frise, et devint président du grand conseil en 1528. Il a eu dans la présidence de Malines un successeur digne de lui en la personne du savant Dunkerquois Lambert de Briaerde, auteur de Consilia qui n'ont pas été imprimés et d'une procédure selon le droit écrit qui a été publiée en 1562, cinq ans avant celle de Damhouder.
Les HCMASisTEs. — C'est en France que la rénovation du droit a produit le plus de fruits et les meilleure. Durant plus de cent ans, de François I^ à Louis XIII, le niveau de la jurisprudence française a été renaarquablement élevé, grice à une élite nombreuse d'hommes de génie, de science, de goût, nourris de littérature ancienne, habitués à puiser aux sources mêmes, tous animés du souffle libéral delà renaissance. Mais si l'école française est au premier rang par l'éclat et par le nombre, l'honneur du début appartient tout autant, si ce n'est davantage, à l'Allemagne et aux Pays-Bas. Digne émule deBudé comme « humaniste », mais plus universel, plus philosophe et plus écrivain, Erasme avait, dès les premières années du xvr siècle, inspiré et groupé autour de lui plusieurs esprits de choix sur les rives du Rhin, de la Dyle et de l'Escaut. C'est de là que sont sortis les jurisconsultes belges de celte époque et de cette tendance. Leur éducation scientifique s'est faite indépendamment des réformateurs français ; c'est à Louvain, sous les Dorp, les De Coster, les Vives, qu'ils ont fait la connaissance intime des trésors de l'antiquité. Et s'ils ont fréquenté, en outre, les universités de Padoue, d'Orléans, de Paris, ils y ont trouvé, dominant encore, la vieille méthode scolastique et le bartolisme. On est donc fondé à déclarer non empruntés à la France, mais nationaux et originaux, les progrès faits alors en Belgique dans la voie de l'émancipation.
La connaissance et la divulgation des sources devaient être une tâche primordiale de l'école nouvelle. Un premier pas, modeste mais significatif, fut fait par un disciple aimé, un aide fidèle d'Érasme. Pierre Gillis ou JEgidius, d'Anvers, celui-là même qui a publié ÏUtopie, avait déjà pris soin de diverses éditions faites par Thierry Martens d'œuvres philologiques et littéraires, lorsqu'il fit paraître un monument du droit des premiers siècles du moyen Age, YEpitome mmmœ legum, abrégé du code romain des Visigoths ou Bréviaire d'Alaric. C'est un bien petit livre; l'opuscule méridional exhumé par ^idius est grossier et médiocre ; iEgidius le donne sans commentaire, sans notes, tel quel ; mais, je l'ai dit, c'est un premier pas dans
ih;
BBlOiyOE MOHALE ET INTEU.FXTIÎELIE.
Ti^lude des sources anléjusliiiiaîiéeitties. On élail en 1517; en 1523, Amayry Bouchard publiait les abrégés visîgothiques de G ni us et de Paul; en 1528, Sichard éditail le Bréviaire. Le modesle greffier belge a devancé de onze ans le professeur allemand, et de huit le \ chancelier français.
Voici mieux. Eu Fan 1524, un jeune gentilhomme frison vint û^ Lnuvuiu, Oij un sien oncle, ami d*Érasme, avait naguère enseigné, 11 y entendit les leçons substanlielles, mais peu élégantes, de| Nicolas Ileenis, de Bruxelles, auteur d'un assez estimable petit compeiidium des Inslilules (1513), Sous ce digne maître, Viglius Vau Ajtra de Zuyehein comuieuça de s*appliquer sérieusement àj la jurisprudence» lout en sadonnant abssi, avec plus d^ardeur peutélre, aux belles-leltres enseignées alors par Martin Van Dorp, aussi 1 ami de cœur d*Ërasme et, quoique non juriscoiisulle, eutliousiaste admirateur des PrndentH de Rome, Dès lors, le droit et les letti^sj captivèrent le jeune Viglius; il nen sépara plus les cultes : toute sa vie, il lésa menés de froni. A Padoue, ou il s était rendu en traversant la France et rAllemagne et en visilant partout sur son passage les écoles et les professeurs, il se fit recevoir doclcuF cl débuta dans renseignement en taisant sur les Inslitutes trois cours simul* tanés, dont Fun, sommaire et ijitroductoire, ce qui était alors une ' grande innovation, tious a été conservé; cest encore aujourd'hui un modèle eitcellent.
Or, il advint qu en ce séjour d'Italie, Viglius reçut de Ilembo un manuscrit que des Grecs fugitifs avaient l'apporté d*Onent, Cétait le cours dinstitules du professeur Théophile qui avait été lun des trois rédacteui^sdu manuel impérial. Viglius, bon gréciste, le publia dès 1534. Aussitôt le conseiller de Malines François Graneveld et Jacques De Corte ou Curtius, de Bruges, se mettent à le traduire, llulger Rescius, de Maeseyck, et Nanning, d'Alkmaer, le commentent. Les éditions se succèdent rapidement, Leflèt, dans le monde sa va fit, fut immense : le cours de Théophile est un auxiliaire de premier ordre pour Finierprélalion du droit de Justinien.
Dès lors, la réputation de Viglius est établie, Alciat déclai^e qu'il lui lient lieu de tout ou de tous : Umis rnihi Viylius imtar omnium^ Bientôt Cujas affirmera que chacune des lignes de Viglius a la valeur d'un lénjoignage : SiufiuU versm sintjuh testhnimia, Api*6s avoir professé quelque temps h Ingolsiadt, Viglius fut rappelé en Belgique, où il finit ses jours. On cotniaît sa brilknile carrière. Magistral, législateur, prélat, il a toujours été au premier rang. Sa clair-
voyance, rélévation de ses vues, riiiléret qu'il portait à 1 avancemeiU delà science et de la législation, sont attestés entre autres par une éloquente épltre à l'empereur mise en tête du Théophile. Il y donne de sages conseils pour la régénération de l'enseignement et conjure Charles-Quint de faire un code, de rédiger le droit in oïdinem, in conœrdiamy in brevitatem.
Jacques De Goile a aussi composé une épitre dédicatoire qui renferme sa profession de foi scientifique. Opposant Théophile aux maîtres de son temps, il vante la mesure et la réserve de Tantécesseur byzantin et critique vertement les cours longs et diffus où Ton parle de tout à propos de tout, si bien que, ses éludes terminées, le bon adolescent quitte l'école ahuri, désorienté, ignorant ce qui lui est le plus nécessaire, incapable de se guider et obligé, s'il lui fout émettre un avis, de fouiller les volumes énormes de Conseils, de Répétitions et de Lectures, pour y chercher la décision qu'a pu donner du cas dont il s'agit tel ou tel docteur du moyen âge. Puis, passant de la critique à l'affirmation et de la théorie à la pratique, Curtius donne quelques conseils qui sont tout un programme de réforme. II faut savoir le grec. 11 faut que le maître prenne des exemples simples, naturels, tirés de la vie. Il faut puiser les solutions dans les principes mêmes du droit et non dans les élucubraûons des commentateurs.
Lannée même où Curtius lançait ce manifeste, Mudée ouvrait son cours. La Méthode élégante faisait ainsi son apparition officielle. Une ère nouvelle allait commencer.
Mudée (1501-1561). — L'école élégante et ses ramifications. — J'ai nommé Mudée. Ses livres sont oubliés, mais ses leçons restent célèbres. C'est surtout durant son professorat que Louvain a brillé et rivalisé avec Bourges.
Mudée, dont le vrai nom est Gabriel Van der Muyden, est par excellence le professeur de la jurisprudence réformée; il enseignait selon la méthode d'Alciat, sans suivre servilement Tordre légal, et en éclairant toujours le droit par l'histoire, les lettres et la philosophie, qu'il puisait dans Aristote.
Mieux inspiré que Viglius, il s'est constamment opposé aux mesures de rigueur prises par Charles-Quint contre les protestants.
Les hommes les plus illustres de l'époque ont été ses disciples ou ses collègues. Ainsi Jacques Reyvaert, Rœvardus, de Lisseweghe, d'abord échevin de Bruges, puis l'un des premiers professeurs de
la faculté de Douai , nouveau centre de vie scientifique fondé en 1559. Reyvaert osa faire opposition à Cujas. On le considère souvent comme un précurseur de Técole hollandaise. On lui reproche déjà une propension trop marquée vers Tarchéologie. Ainsi encore plusieurs autres professeurs de Louvain et de Douai, tels que fillustre François Bauduin, Jérôme Elen, Jean de Vendeville, Pierre Van der Aa, Jean Wamès, « le plus orateur des juristes et le plus juriste des orateurs, » Pierre Peckius, Baudouin Van der PieU Boetius Epo, Jean Tack, dit Ramus, et quelques hauts fonctionnaires et hommes d'État comme Joachim Hoppers et Philibert van Bruyssel ou de Bruxelles, Brnsselius, qui mérite d'être nommé ici pour son traité des Conditions,
Le successeur de Mudée dans la chaire primaire de droit civil fui Engelbert De Leeuw, Léonin, savant très-universel, aussi criminàliste et canoniste, critique un peu téméraire, dont la carrière mêlée et militante est d'un bout à l'autre empreinte d'indépendance et d'amour du progrès. C'est surtout comme interprète que De Leeuw jouit, chez les romanistes, d'une honorable notoriété, qui est partagée par Henri Zoes, d'Amersfort.
Joachim Hoppers est plus connu comme ami de Viglius et comme homme public que comme professeur. II a écrit, entre autres, un livre, longtemps fameux, sur la méthode des éludes juridiques, sujet (pour des motifs faciles à comprendre) fort à la mode au xvi* siècle, et* qu'ont traité aussi Jérôme Elen et Wesenbeeck.
Aucun disciple de Mudée n'a eu plus de renom que Mathieu Van Wesenbeeck, et aucun ne s'est plus éloigné de son maître. Issu d'une famille distinguée d'Anvers, il embrassa le protestantisme et quitta son pays pour l'Allemagne, où il eut bientôt une belle réputation soit comme professeur, soit comme auteur. Ses divers écrits ont longtemps été très-répandus et souvent réédités. Comme Mudée, il unissait dans son enseignement les humanités au droit et il s'affranchissait de l'abus des citations. On remarquait à léna, comme une grande nouveauté, qu'il donnait les Inslitutes rapidement, m transcursu, au lieu de les allonger par la glose et par la glose de la glose. Il avait été séduit, durant un séjour à Paris, par le logicien Pierre Ramus, grand philosophe français, sur lequel la Belgique a quelques droits. Wesenbeeck appliqua avec succès la méthode de Ramus à la jurisprudence; l'Allemagne a suivi, jusque bien avant dans le siècle passé, cette méthode qui procède rigoureusement et mathématiquement, par classifications et analyses, axiomes, lemmes.
ihéorèmes et coroll«niros, et dont la démonétisation, due en grande
partie à Heinecciiis, a été un bienfait. Wesenbeeck a vécu à lena et à Wittcmberg ; son frère, son neveu
ont Clément professé en Allemagne. Durant cette période, les savants belges sont partout. Douai était belge, et Dôle, où brilla Jean Tack, nétait pas non plus l'étranger. Mais François Maulde (Modius), d'Oudenbourg, a passé la plus grande partie de sa maturité en Allemagne ; Vi\'ien a été professeur à Cologne ; Jérôme de France àFribourg; Gilkens à Wûrzbourg; Van Giffen (Giphanius) à Marbourg, Altdorf, Ingolstadl; Simon Labricque et Nicolas Bourgoingne aussi dans cette dernière université, où avait jadis enseigné Viglius. A Bourges, Ton comptait parmi les meilleurs maîtres Éloi De Backer (Bacherius) de Poperinghe, Guillaume Haneton de Tournai et Louis Carrion de Bruges.
Pierre Goudelin, d'Ath, avocat h Malines, et durant trente-sept ans professeur à Louvain, mort presque septuagénaire en 1619, a, lui aussi, frayé uns voie nouvelle. Il est le premier, en effet, qui ait exposé systématiquement le droit romain le plus récent, le droit des iYorrf/e^, séparé de ce qui la précédé et joint a ce qui l'a suivi. Dans les six livres De jure novissimo, les lois modernes, les dispositions statutaires, les coutumes, la jurisprudence, non-seulement de Belgique et de France, mais souvent aussi d'Allemagne, d'Espagne, dltalie, sont constamment indiquées à la suite des prescriptions de Juslinien, de telle sorte que cet intéressant ouvrage de droit romain, de droit coutumier, de législation et de jurisprudence comparées offre des traits de ressemblance h la fois avec le Traité des lois abrogées de Bugnyon, que Goudelin cite fréquemment, avec la Pratique et YEnchiridium d'Imbert, avec le Justinien de Bauduin et avec YKxpositio Noveliarum de Conrad Rittershaus. Cette multiplicité suffirait h donner à Goudelin une valeur originale. La forme du Jus novissimnm est claire et pure. L'autorité en a longtemps été considérable, les Hollandais et les Allemands l'ont réédité. Goudelin, très-versé dans toutes les branches du droit et dans les bonnes lettres, a écrit sur les règles de droit, sur les testaments, sur les fiefs, sur la paix; aucune de ses productions n'est médiocre, mais c'est dans le Jus novissimum qu'il montreune originalité réelle, et c'est parla qu'il est resté célèbre.
La tradition de Mudée s'est maintenue à Louvain durant le XVII* siècle. Je citerai, en fait de professeurs distingués de cette période qui se rattachent à l'école élégante, Gérard de Courselle [Corselius), Etienne Weyms, Nicolas Bourgoingne déjîi nommé, Guil-
iOO BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.
laume Maes, Diodore Van Tulden, esprit philosophique et réformateur, Walter Driessens, plus connu sous le nom de Valère Ânéri comme biographe et historieh littéraire, enfin Antoine Ferez (Perezius)y venu d'Espagne enfant, et professeur durant un demi-siècle, célèbre surtout par ses leçons sur le code de Justinien.
Ferez est mort en 1672. Après lui, Louvain n'a plus eu de grand romaniste. Tandis qu'en France le droit romain comptait encore plusieurs adeptes respectables, tandis qu'en Allemagne la tendance élégante et philosophique commençait à revenir en honneur à côté des tendances pratique,et mathématique, tandis qu'en Hollande, malgré quelque déviation vers l'érudition pure et les minuties archéologiques, la jurisprudence était cultivée admirablement par les Noodi, les Voet, les Schulting, les Bynkershoeck et par tant d'autres auteurs de premier ordre, elle se traînait péniblement, auxFays-Bas espagnols et autrichiens, dans les productions médiocres de quelques professeurs ou praticiens qui ne valent pas même la peine d'être nommés.
Cependant, la Belgique possédait des jurisconsultes d'un vrai mérite, mais ils consacraient de préférence leurs veilles au droit national. La Belgique est terre coutumière.
JossE Damhouder (1507-d58d). Droit national. Droit criminel. — Ce n'est ni à l'enseignement réformé ni à l'école élégante qu'appartient celui des légistes belges dont l'influence a duré le plus longtemps et s'est étendue le plus loin, mais, au contraire, à la vieille jurisprudence et à la pratique, et encore à la pratique administrative plus qu'à celle des tribunaux ou du barreau.
Conseiller pensionnaire de Bruges, sa ville natale, nommé ensuite malgré lui conseiller des finances et domaines, Damhouder est resté de longues années dans ces fonctions arides et ardues, regrettant le service de la justice et se consolant de n'y plus être par une activité littéraire incessante. Son nom n'est prononcé qu'avec respect; on le cite comme un type de probité, d'austérité; on dit que chez lui le caractère va de pair avec la science ; on le montre à la fois altéré de justice et pénétré d'humanité, tout en étant bien de son époque pour la rigueur pénale et certaines superstitions. 11 paraît cependant que le probe, l'austère Damhouder n'était guère scrupuleux au poiilt de vue de la propriété littéraire. Il est atteint et convaincu d'avoir plagié Wielant assez effrontément dans ses deux ouvrages les plus célèbres. Le fait est patent. J'en conclus qu'en cette matière aussi Damhouder
HISTOIRE DE U SCIENCE DU DROIT. iOt
était de son épdque. Nous ne devons pas juger les hommes d autrefois selon les principes d'aujourd*hui. Le xvi'' siècle était moins délicat que le xix*. Où Ton trouvait son bien, on le prenait. Ainsi taisaient déjà les grands jurisconsultes de Rome, ainsi a iàit aussi maint fameux légiste français. Descousu a plagié Chasseneuz, qui a plagié Mathieu de Afflictis. Le spéculateur Guillaume Durant, évéque de Meude, a plagié tous ses prédécesseurs. On appelait cela pécher. Damhouder a donc péché beaucoup dans Wielant, et ne Fa pas cité. Mais il a mis aussi du sien, et il a le mérite incontestable d^avoir vulgarisé et popularisé son modèle, et cela en latin, en flamand et en français, car ses Pratiques ont été écrites et publiées par lui dans ces trois langues qull maniait indifféremment. Dans toutes les trois, il est clair et nerveux. Son latin n'est pas celui des cicéroniens ; il hérisse à plaisir son style des termes techniques les plus barbares, ce dont il s'explique ei s'excuse par le but positif qu'il poursuit. « Si je voulais, dit-il, orner mon discours des fleurettes que Budé a mises à la mode, quels rires dans les cours et dans les greffes ! La plupart des praticiens ne me comprendraient pas ; or, c'est pour eux que j'écris. »
La vaste érudition de Damhouder portait bien au delà du droit. Les Pères de TÉglise, les théologiens lui étaient aussi familiers que les glossateurs et les commentateurs, et malgré son latin de « marmiteux )>, il connaissait à fond ses classiques.
Patriote ardent, il s'échauffe soit pour la« noble cité de Bruges, » soit pour « r^iniverselle république de la patrie Belgique. » Il ne parie qu'avec sévérité du Français « notre ennemi perpétuel, onseîi gheistadigen vyandt, » tout en étant parfaitement au courant de la législation, des coutumes et de la littérature de la France.
Damhouder a propagé et avancé la connaissance de la procédure civile, du droit criminel et du droit civil national. Ses traités sur des points spéciaux, sur la protection des pupilles, sur les subhastalions, soutiennent la comparaison avec les meilleurs travaux des civilistes français. Sa Pratique es causes civiles a régné dans les tribunaux belges jusqu'au siècle passé. Son œuvre capitale est la Pratique es causes criminelles, que, dans sa dédicace au prince d'Orange (1564), il appelle modestement « ce mien petit fruit abortif, » et qui a eu, dès 1551, beaucoup d'éditions retouchées et modifiées en Belgique, en France, en Allemagne, en Italie. C'est le premier système généi'al de droit criminel qui ait été publié hors d'Italie : il a dominé la pratique allemande jusqu'à Benédict Carpzow ; c'est
iOi BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.
par lui que la procédure inquisitoriale a prévalu sur laccusaiioa consacrée encore en règle par la Caroline ; c'est de lui enfin qu est sortie la procédure de 1620 qui a régi la Prusse pendant un siècle. — On peut dire que Damhouder a uniformisé la procédure en Belgique. Nombre des dispositions des Édits de 1570 lui sont empruntées, mais il n a pas été appelé à y collaborer directement.
Les criminalistes belges ne sont pas nombreux. On peut citer, encore au xvi* siècle, Modius, Arnold Baert, et le jésuite Delrio qui s'occupa spécialement, avec beaucoup de succès, du crime de sorcellerie. Au siècle dernier, Wynants a composé sous le titre De publicis judiciis un bon traité sur le droit en vigueur. .Tout à la fin de l'ancien régime, en 1789, Thielen, échevin de la haute cour du Limbourg, a publié une Forme et manière de procéder en crimhieL
Van den Zype, De Ghewiet, Sohet ont traité du droit pénal dans les livres d'ensemble dont il sera question plus loin.
Droit national. Dhorr commercial et maritime. — J'ai nommé Peckius parmi les adeptes de l'école élégante. J'y étais autorisé par sa qualité d'élève de Mudée et par plusieurs de ses écrits sur les Institutes, sur les legs, etc. Il en est d'autres qui traitent de matières spéciales de droit national et assignent à Peckius une place honorable à côté de Damhouder. Ainsi le traité, de l'amortisation et celui des arrêts, qui a méiité d'éti^e réédité et annoté par Simon Van Leeuwen.
Ce qui constitue le titre principal de Peckius à notre souvenir, c'est que, le premier aux Pays-Bas et l'un des premiers partout dans les temps modernes, il s'est occupé ex professo du droit maritime. Ses Commentaires sur les titres qui ont trait à la chose nautique ne sont guère volumineux, mais leur apparition fait date (1556). Ils sont dédiés au conseil de la ville natale de l'auteur, de la « florissante cité de Zierickzee, » dont le sable avait déjà bouché le port, mais qui faisait encore des trafics importants. Comme l'indique le titi'e qu'il a choisi, Peckius commente les lois Rhodiennes et le droit de l'empire romain, mais il y rattache et y compare les us et les lois de la Zélande ; c'est dans son pays qu'il prend ses exemples, il feit de fréquentes allusions à des faits récents, à des besoins et à des intérêts locaux, et il manifeste clairement le désir d'être utile à ses concitoyens. Aussi cet ouvrage a-t-il joui tout de suite d'une grande réputation, et cette réputation s'est maintenue, car, encore en 1647 Arnold Vinnius l'a jugé digne d'être annoté et réédité.
Pierre Peck dit Peckius a professé à Louvain pendant plus de trente ans. 1! a aussi fait partie du conseil privé. Né en 1529, il est mort en 1589. Le célèbre chancelier Peckius était son fils.
Droit NAnoNAL. Commentateurs de coutumes et d'édits, arrétistes, FECDisTEs. — La plupart des juristes qui sont nés dans le dernier tiei"s du XVI* siècle ou après se sont voués avec prédilection au droit coulumier et édictal, à la jurisprudence des grandes cours judiciaires, au droit des fiefs, en un mot au droit national. On assigne à ce Eut des causes diverses : la séparation des provinces septentrionales, radministration espagnole, qui localisait la vie politique, isolait les Belges, interdisait la fréquentation des écoles étrangères. Une cause principale est bien le caitictère même des Belges, plus porté, ce semble, vers ce qui est dune utilité visible et tangible que vers les recherches abstraites; plusieurs d'entre les jurisconsultes de l'école élégante ont comparé le droit romain au droit moderne; on a vu Goudelin faire une large place au di'oit national. Les circonstances de l'existence extérieure des principaux auteurs juridiques de cette époque ne doivent pas être restées sans influence sur leurs préoccupations scientifiques. De hauts fonctionnaires, des magistrats appelés au maniement des affaires publiques ont naturellement moins de loisir et moins de goût pour les études théoriques que les modestes professeurs dune ville universitaire. Or, en Belgique, l'étude du droit national était pratique avant tout; l'histoire en a été peu cultfvée. 11 est vrai que, dès le milieu du xvn* siècle, Wendelen dépensait de l'érudition et 'de la sagacité pour établir que la Campine était le sol natal de la loi salique. Mais il n'y eut pas de suite à ce beau commencement. On sait quel essor a pris au §iècle dernier en Allemagne l'étude historique du droit national. La Belgique est restée en dehors de ce mouvement. Pas plus que l'espagnole, la politique autrichienne ne croyait avoir intérêt à laisser les Pays-Bas profiter de la vie scientifique de l'Empire. Nous subissons encore aujourd'hui les conséquences des fautes commises alors.
Il n'est guère de coutume un peu importante qui n ait eu son ou ses commentateurs. Plusieurs sont des jurisconsultes d'un réel mérite. Ainsi Paul Van Christynen (Christineus), mort en 1631, conseiller pensionnaire de Malines, dont le commentaire sur la coutume de sa ville (1625) a été augmenté par son fils et successeur Sébastien (1671). Voilà donc deux vies de pratique et d'étude consacrées au même travail local. Les Méan, Pierre, mort en 1638, et Charles,
mort en 1674, ont fait de même pour Liège; Knobbaert et Vandcn Hane pour Gand; Vanden Hane aussi pour Bruges; Nicolas Bourgoingne et Le Grand pour la Flandre; le laborieux échevin Antoine Anselmo pour Anvers; l'avocat Jean-Baptiste Christyn, mort en 1707, et l'illustre Goswyn-Arnould Wynants (1661-1732) pour Bruxelles ; le président Boulé et l'avocat Raparlier pour le Hainaut, etc. Des matières spéciales ont été traitées par beaucoup de juristes que je ne puis énumérer ici ; je me borne à nommer Huygens et les Cuypers.
Le droit édictal du Brabant et des Flandres a été colligé et commenté par Anselmo, que l'avocat Christyn et l'avocat Wouters ont continué. Un index raisonné et analytique, le Codex brabantinus^ est dû à Verlooy. Les placards de Flandre ont fait l'objet des travaux de Jean de Blois, de Gilles et Jacques Stalins, Jean-Baptiste Steenberghe, Dewulf, Serruys, Varenbergh, etc. Un recueil général d'édits récents (de 1769 à 1794) est dû au conseiller Charlier, mort en 1809.
La place d'honneur parmi les anétistes appartient à Pierre Stockmans, professeur à la fois de droit et de grec, membre du conseil de Brabant, puis du conseil privé, garde des Chartres du Brabant, maître des requêtes, né à Anvers en 1608, mort en 1671 à Bruxelles. Ses Decisiones cnriœ Brabantiœ (1670) contiennent, avant tout, du droit brabançon, mais éclairé par le droit romain, le droit canonique, le droit féodal. C'est une œuvre magistrale, écrite en un latin superbe : il n'y a rien de mieux en ce genre en aucun pays. Le comte Wynants déjà cité l'a continuée (1744). Le plus célèbre arrétiste du Brabant était, avant Stockmans, l'avocat Jean de Deckher. On peut placer près de Stockmans Paul Van Christynen, qui l'a précédé, pour ses Demiones dont la tendance romanisante mérite d'être signalée. D'autres ^rrêtistes d'inégale valeur sont Nicolas du Fief, Guillaume de Grysperre, Cuvelier, Humyn, Du Laury, édité par Saint- Vaast, le courte de Coloma, Hony. Heeswyck doit être cité pour le droit des arrêts de Liège. La procédure, notamment celle du Brabant, a été traitée par Wynants, Loovens, Verduyn, Bosschaert.
Dans le genre des Consultations, Everardi et Briaerde ont eu de dignes successeurs. Je citerai Léonin et le grand Wamès, puis l'infatigable Anselmo et les deux Van Kinschot : Henri, avocat près le conseil de Brabant, et François-Henri, chancelier de Brabant.
Le Droit féodal, déjà exposé par Wielant qu'a commenté l'avocat Jean-Baptiste de Clerck, a fait l'objet de travaux importants, dont
les uoç se rattachent aux livres des liefs et dont les autres ont un caractère national, de la part de Guillaume Haneton, Mathieu Van Wesenbeeck, Baert, Van Giffen, Van Christynen, Zoes, Valère André, Van den Hane et de plusieurs autres.
Le Droit spécial des nobles et la Jurisprudence héroïque ont trouvé des investigateurs d'une autorité considérable dans le Liégeois De Malte et dans le chancelier de Brabant Jean-Baptiste Christyn (1639-1690).
A la même époque, un autre membre de la même famille, le vicechancelier Libert-François Christyn, rééditait le traité de Philibert Bugnyon : Des Lois abivgées et inusitées, en tenant compte de la Belgique, de l'Espagne, de l'Allemagne et de l'Italie (1666). Plusieurs auteurs exposaient l'usage moderne des Institutes ou des Pandectes en Belgique. C'est ce qu'a fait entre autres, dans un petit volume sans valeur intrinsèque, le professeur Noël Chamart.
De ces divers travaux, dont je n'ai pu mentionner que les principaux, il allait tirer une synthèse représentant le droit national de Belgique. Un premier essai, qui est de 1635, est dû à François Van den Zype, Zypœus, né en 1580, mort en 1664, dont la Notitia jms belgici fait date. Cent ans plus tard, un vieil avocat gantois, établi successivement à Tournai, à Douai et à Lille, Georges de Ghewiet, donnait, plus qu'octogénaire, des Institutes du droit Belgifue(M3&), utiles malgré leurs imperfections et suivies d'une trèsp^ile méthode en cinquante articles pour étudier la profession d'avocat.
On peut nommer encore ici, comme dernier représentant d'un régime passé, l'avocat Sohet, mayeur de Chooz (1728-1811), dont les InstitiUes (1770-1781) ont la prétention d'exposer, dans une généralisation peu réussie, le droit en vigueur dans les pays de Liège, Luxembourg et Namur.
Droit public national et général. — Droit international. — Droit MILITAIRE. — Je ne pense pas qu'il y ait dans la science du droit public de nom plus grand que celui de Stockmans. L'arrêtiste excellent, dont j'ai parlé plus haut, était un patriote loyal et un publiciste courageux. 11 a combattu les convoitises françaises ; il a lutté contre Louis XIV, qui était alors à l'apogée de sa puissance et trouvait des avocats jusque dans l'université de Louvain. Il a soutenu la cause de l'indépendance de TÉtat vis-à-vis de la curie romaine et des jésuites. Comme son Traité sur le Droit de dévolution (1666-1068) et
sa brochure, Deduetio^ sur le même sujet (1665-1666), le Traité dn droit des Belges touchant la réception des bulles papales et la Défen des Belges contre tes évocutions et les juridicHom étrangères attestent le talent de Thomme de plume, non moins que raulorité de rhomnie de loi. Ces derniers écrits, dont rattribution à Stockmans est» à vérité^ contestée, pourraient être lus avec fruit aujourd'hui méme^ deux siècles après sa mort. Ce qui se passe dans plusieurs paj d'Europe leur rend une actualité qu'ils semblent avoir perdue en Belgique,
Le droit public a été cultivé durant tout le dix-septième siècle,' mais particulièrement dans la première moitié, par un assez grand nombre d'hommes de mérite qui ont suivi des directions diverses! et que je n'ai point rintention de nommer tous. Je rappellerai seu-^ lement qu'à Tépoque indiquée Nicolas de Bourgoingne devenait Tun des créateurs de la science du droit international privé par se Controverses aux coutumes de Flandre (1621) et méritait que son noml fut placé à côté et en avant des noms de Froland, de Rodenburg^l de BouUenois; que Laurent BartoUet, de Liège, donnait son C<?rw*-] liumjuris resùlutum contre les empiétements du prince-évéque, qu*ual autre Liégeois, lavocat Érasme de Chokier, publiait ses traités des exemptions (1624-1629) et des avoueries féodales (1624); Diodora Tulden, son Régime civil, et Van den Zype, sous le titre de Judex^ matfistrator^ senator, son remarquable traité de droit public intemey^ externe et politique (1633). En 1642, Gaspard Gevaerts, philologue et historien, commentait la Joyeuse Entrée du Brabant.Le Jus publicum de Ferez est de 16a9,
La tradition pobtico-religieuse de Stockmans fut reprise par Amand Bauwens (1674-1724), professeur de philosophie, de droit ecclésiastique et de droit public* 11 n'occupa qu'un an cette chaire créée, peut-être pour lui, en 1723 et qui n'a pas pu se constituer d'une manière complète et définilive. Le droit public n'a jamais été sérieusement enseigné dans lancienne université de Louvaîn; les efforts réitérés du gouvernement ont toujours échoué contre des obstacles divers; le professorat de Christophe Bobert (1755) n a pas été moins éphémère que celui de Bauwens. « L'on s'explique ainsi comment nos anciennes constitutions étaient restées dans un oubli complet et comment elles n'ont fait le sujet d'aucun ouvrage digne d'être cité..* Les corps constitués invoquaient, lorsque 1 occasion de réclamer se présentait, les droits fondamentaux de nos provinces, mais l'exacte notion de ces droits, leui^s limites vraies et leur sens
historique et pratique n'étaient ni définis ni tracés d*une manière précise; et c'est peut-être à l'ignorance où Ton était à cet égard qu'il faut attribuer les graves conflits qui surgissaient sans cesse dans notre pays. » (M. Faider, Bulletin de ï Académie, XVI, i, 84-98.)
On peut cependant citer des écrits assez nombreux sur des matières de droit public publiés dans le cours du xvui* siècle. Mais lexamen de cette littérature, où brillent surtout les noms de Neny et de Patyn, nous ferait sortir du droit et entrer dans l'histoire et dans la politique.
Je ne sais si la Belgique est aussi fière qu'elle a le droit de Tôtre, d'avoir donné le jour à un précurseur de Grotius. Les étrangens sont plus justes que la Biographie nationale envers Baltbasar Ayala, d'Anvers. Grand prévôt, puis maître des requêtes au grand conseil, lettré de la bonne école, il était encore assez jeune et déjà trèsérudit lorsqu'il publia, en 4582, son livre Du droit et des offices belliques et de la discipline militaire. Grotius a reconnu ce qu'il doit à Bahhasar Ayala. Hallam dit que, sans avoir approfondi la matière de la justice ou de l'injustice de la guerre, et quoiqu'il n'eût pas restreint le droit d'hostilité autant que Grotius, il a cependant le mérite d'avoir posé le principe général sans subtilité ni équivoque. M. Maine partage entre lui et Grotius l'honneur d'avoir fait prévaloir l'idée romaine : « que le jus gentium est un système de règles pour les affaires internationales. »
Le droit militaire proprement dit a été traité au dix-huitième siècle par l'auditeur général Pierre de Clérin, dans un livre intitulé Code militaire (1704-1721), qui fut critiqué sévèrement, saisi et supprimé.
Dboit ecclésiastique. — Les diverses disciplines dont l'ensemble forme la science du droit n'étaient pas aussi distinctes et tranchées jadis qu'aujourd'hui. Plusieurs des romanistes que j'ai nommés plus haut étaient aussi canonistes : ainsi Peckius, Wamès, Vendeville, Elen, Zoes dont le commentaire sur les décrétales a été classique, Etienne Weyms, cité pour avoir l'un des premiers exposé le droit postérieur au concile de Trente. Il en est de même des jurisconsultes coutumiers et des publicistes. On doit de bonnes consultations ecclésiastiques à Anselmo, des décisions et des observations de droit canon à Charles de Méan ; l'auteur de la Notitia juris Belgici, François Van den Zype, protonotaire apostolique, chanoine officiai, archidiacre d'Anvers, était tout autant, si ce n'est plus, canoniste que coutumier ; son Exposé atialytique du droit pontifical nouveau a
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BELClyllE MORALE ET INTELLECTUELLE.
eu longtemps uue grande répulatioii. Chez Stockmaiis, chez wens, le droit public et le droit ecclësiaslique se confondent.
On sait, d'ailleurs, qu'au dix-septième siècle, et plus encoi'e au dix-huitième, le terrain du droit ecclésiastique était essendellement politique. Deux tendances, deux écoles étaient en présence ; d'un côté, celles de la curie romaine et des jésuites; de lautre, celledH de TÉtat national, entachée plus ou moins de jansénisme, offrant quelque ressemblance avec ce quêtait en France le gallicanisme, ^
A la première tendance ont appartenu quelques décrétalisles de Lou<^ vain : André Delvaux, Ffl//en*i>,el Jean-François Herthals^tous deux savants, étroits, absolus» apologistes zélés de la suprématie papale et de tout ce qui s*y rattache; Pierre Govaerts, conseiller-clerc au grand conseil, vicaire général à Boisrle-Duc, polémiste habile infatigable, adversaire pricipal de Van Espen. Govaerts était le plus' militant du parti. La toute-puissance de la curie lui importait plua^ que la science du droit; ses efforts ont été couronnés de succès. ^
Zeger-Bernard Van Espen est la plus grande figure de la faculté de droit de Louvain durant le dernier siècle de son existence. Son désinléressemenl égalait sa science. Célèbre dès longtemps en France et en Allemagne, il occupait la très-modeste chaire dite des six semaines, laissant à de moins dignes les honneurs et les profits. Vaincu par i>es adversaires, il sexila k Tage de quatre-vingt-deux ans pour la sauvegarde de sa conscience. Lorsqu'il fut condamné pour sa Hépome épktolaire^ la faculté de médecine piit seule son parti, déclarant que Van Espen était la gloire de funiversilé. Il serait superflu, après tes savants articles qui précèdent celui-ci, d'insister j sur le camctère de sa science et sur ses doctrines* Ses nombreuxfl ouvrages, notamment le Droit eccïégimtique universel, ont eu tout de ■ suite une autorité considérable et des oppositions acharnées. Camus recommande à ceux qui veulent apprendre le droit ecclésiastique de suivre sa marche pied à pied, et ne croit pas « qu j1 soit possible de voir les matières mieux distribuées m Né à Louvain en 1646, Vaiij Espen est mort efi 1728, en Hollande. Quatre ans après, il lui naissait dans Jôsse Le Plat un admirateur et un continuateur.
Le Plat avait commencé par le droit romain. La publication du cinquième volume de Van Espen le jeta dans le droit canonique et dès 1776 il professa les Décrélales* Joséphiste ardent, ii dut quitter Louvain pour la Hollande et rAllemagne* 11 a publié beaucoup, en divers genres : les Leçons d*Dlric Huber» les œuvres de Stockmans, le Droit ecclésiastique de Van Espen, sept volumes sur rhistoire du
HISTaiRE DE U SCIENCE 00 DROIT.
lût
concite de Treote» enfin nombre d'écrits de cii eonsiance» où il se iDontre ûofi moins érudil que polémiste habile et serré. Il est mort m 1810 il Coblence, oii Napoléon lui avait confié la direction de Técûle (le droit*
les idées de Van Espen ont eu encore un partisan à Louvaiii daos le professeur De Lambrechts, qui fut ministre de la justice j^ousle Dire*ioire, et qu on peut appeler le dernier canoniste belge- Aujotfrd1iui« après Marie-Thérèse et Joseph H, après la révolution traflçaise et fempire, après le royaume des Pays-Bas, Go vaerts et Mnux triomphent de Van Espen et de Stockmans.
h^ DELAKCIEX RÉGIME. — FwANCE BT PaYS-BaS. — DeHNIERS TEMPS.
— Leusei^nt^menl était lombé dans un véritable marasme lorsque l«sFra(H:ais Jèrmèreiit brulalemeut la vieille école aux mœurs suran- Dtedont Nélis et Joseph avaient entrepris en vain la réforme* Après utimiervalle de quelques années, durant lesquelles le code Napoléon avait été promulgué, une école spéciale de droit fut ouverte i Brttïellês (1806) avec lapparat un peu théâtral qui était de mode alors. On lit dans le procès-verbal de la séance d'ouverture que • les Belges savent apprécier les avantages du bienfait que Sa Majesté a daigné leur accorder w,... « qu*ils révèrent, qu ils chérissttïlle code immortel de Napoléon ?> et que « les interprètes des lois' ^roiitici écoutés fiivorablement >k Dans son discours d'installation, l'iûspecieur général Beyts insiste sur les conséquences funestes de h suppression momentanée des études juridiques : « Nous avons vu, ditHÛ le barreau envahi par des hommes sans mission, sans taleats, sans expérience; une vaine déclamation a remplacé la mâle ebqtieiice des Cochin! Plus de Van Espen, pljis de Jean Voet, plus deàaguesseau, plus de Montesquieu!... n L'école de Bruxelles fut œ qu'étaient les autres écoles napoléoniennes. On y enseignait peu decbae, dans l'esprit que voulait le maître. Cependant elle a pos- *édé de bons professeurs, parmi lesquels je citerai Xavier Tarte, t|ui était chargé du code civil et du droit public. Plusieurs hommes gués en sont sortis.
?état de la science du droit durant la période Joséphine et la période û-ani^aise était bien loin d'être brillant. L'Académie impériale et royale fit quelques effbris pour amener un réveil. C est ainsi qu'elle mit au concours la question de rautorité du droit romain im les Pays-Bas; le prix fut remporté par rammaii de Bruxelles, Penlirmnd^PierrB Bapedius de Berg, qui soutenait avec une labo*
rieuse érudiliou des thèses radicalement fausses (1782). Deux ans auparavant, le Liégeois Jupilie avait publié un très-mauvais opuscule, qui a eu l'honneur d'attirer l'attention de Savigny. Plus tard^ Maurissens, d'abord agrégé à Louvain, puis suppléante Bruxelles, exerçait une assez grande influence par de plates et prolixes compilations. La science était plus dignement représentée, sous l'empire et après, par quelques magistrats et avocats qui appartenaieot également à l'ancien régime par leur éducation juridique. Raepsaei publiait ses savants mémoires historiques ; Raoux recherchait soigneusement les traces du droit romain dans sa province; Olivier Le Clercq, conseiller d'appel, puis procureur général à Liège, ensuite conseiller d'État et membre des états généraux, entreprenait, quatre ans après la promulgation du coJe, un travail considérable sur le droit romain dans ses rapports avec le droit français et sur les principes de ces deux législations.
On ne nie plus aujourd'hui les bonnes intentions du gouvernement hollandais ni les services réels qu'il a rendus en matière d'instruction publique. Il y avait beaucoup à faire pour renouer la tradition scientifique, pour relier le présent au passé, pour réparer ce que le régime français avait achevé de détruire, pour mettre enfin les provinces méridionales .du royaume des Pays-Bas au niveau, très-élevé précisément en ce qui touche notre discipline, des provinces du nord. Le roi Guillaume ne perdit pas de temps. Afin de pourvoir dignement les trois universités qu'il créait à la place de l'école impériale, il fit appel à la Hollande et à l'étranger, et l'on vit alors la Belgique devenir, comme l'a dit un homme d'esprit, une station de missions allemandes. Tandis que Blondeau, de Namur, occupait avec honneigr une chaire à Paris, plusieurs Allemands, la plupart jeunes, venaient initier les élèves de Liège, de Gand, de Louvain aux progrès que la science germanique était en train de faire sous la double impulsion des Thibaut et des Savigny. On doit de la reconnaissance à ces missionnaires et au prince qui les attirait. « Sans eux, dit M. Le Roy, les fortes méthodes de l'Allemagne ne se seraient pas introduites dans notre pays ; or, ce sont ces méthodes qui nous ont décidément affranchis de la routine... » où, malheureusement, nous sommes quelque peu retombés depuis lors.
Un des jeunes savants de 1817 est aujourd'hui le doyen vénéré du professorat belge; sa belle vieillesse, infatigable comme sa jeunesse et son âge mûr, continue d'enrichir sa patrie adoptive par une active participation à de grands travaux législatifs et par des œuvres
littéraires qui font hooneur à la science belge aux yeux du monde
eotier. Tai nommé M. Jean-Joseph Haus, professeur à G.and dès la fondation de cette université. Un autre missionnaire, Léopold-Auguste Wamkœnig, successivement et pendant dix-huit années professeur à Liège, à Louvain et à Gand, a marqué son séjour par une activité considérable et qu'on peut qualifier d'internationale. Entretenant des relations constantes avec* l'Allemagne d'une part et la France de l'autre, il a beaucoup contribué à faire connaître et estimer la petite Belgique de ses deux grands voisins et à lui faire jouer entre eux le rôle d'un intermédiaire utile et honorable.' Il a été vaillanunent secondé par Blondeau et par le Hollandais Holtius, jurisconsulte consommé, lettré accompli, professeur à Louvain durant trop peu de temps.
Wamkœnig a feit plus encore pour le pays qui l'accueillait : il l'a doté d'un monument national de premier ordre, en écrivant YHistoire des institutions et du droit de la Flandre au moyen âge. Il n'a paru depuis lors, en fait d'histoire juridique belge, qu'un seul livre de pareille importance : c'est Y Ancien droit belgique du président Defacqz, œuvre remarquable, inférieure à celle de Wamkœnig au point de vue historique, mais supérieure au point de vue juridique comme an point de vue de la composition, justement qualifiée par un juge bien compétent (M. Faider) de « chef-d'œuvre de science, de classification et de clarté. » Le conseiller Cannaert a consacré ses études plus spécialement à l'ancien droit criminel ; il l'a traité non sans érudition, mais d'une façon plus épisodique et anecdotique que scientifique.
Si la Belgique a profité largement de la science allemande, la communauté de législation devait la faire en même temps participer aux trésors de la science et de la pi*atique françaises. Plusieurs légistes français ont trouvé asile sur cette terre hospitalière ; leur présence y a laissé des traces profondes et de bons souvenirs.
Plusieurs travaux importants, faits dès la première moitié de notre siècle, appartiennent plus à la pratique du droit qu'à la science proprement dite, et se ressentent de l'influence française, sans toutefois être infidèles aux anciennes traditions du pays. Joseph Taite a continué l'œuvre des arrêtistes brabançons. Sanfourche-Laporte a publié, avec l'aide de divers collaborateurs, des recueils estimés. Lavocat général Spruyt, le procureur général Plaisant, l'avocat général Delebecque, le conseiller Théodore Van Mons ont suivi des voies analogues. Le nombre des bons livres publiés sur des points
plus OU moins spéciaux par des jurisconsultes belges est considérable; il est clair qu'une éiiumération ne peut eiilrar dans le cadre qui m'est tracé. Dans ce moment même, deux ouvrages de premier ordre sur Teiisemblc du code civil sont en voie de publication : ils valent ce qull y a de mieux dans la littérature juridique de Finance-
Le gouvernement provisoire a congédié la plupart des professeurs étrangers. Mais Timpulsion qu'ils ont donnée n a point été éphémère; ils ont jeté la bonne semence en un sol fécond. Grâce h eux, grâce à leurs collaborateurs et successeurs dont les uns, comme les deuxMolitor, étaient leurs disciples, dont d autres, tels que les Ernst» étaient sortis de lancienne école de Bruxelles, ou comme Destriveaux de celle de Paris, gi^ce encore à des hommes de générations plus jeunes, parmi lesquels je ne citemi qu*Albéric Allard, grâce enfin aux universités libres de Louvain et de Bruxelles, ou peut dire sans chauvinisme et sans exagération que la Belgique occupe en ce moment dans la science du droit une position, non pas, il est vrai, brillante comme autrefois, mais du moins digne et considéréeXelte position serait meilleure encore sans quelques lacunes et quelques vices qui déparent l'enseignement et qu'une funeste coalition d'intérêts empêche de faire disparaître.
Le rôle scienlitique de la Belgique est tracé par ses conditions ethnographiques et linguistiques et par sa position géographique eittre plusieurs civilisations dont chacune a son caractère et ses avantages propres. C'est ce rôle d'intermédiaire quelle a rempli déjà sous le gouvernement hollandais. La science belge doit servir de pont entre rAllemagne, la Hollande, la France, rAngleterre. En accomplissant cette mission, elle contribuera puissammeit à la généralisation des conceptions justes, à 1 élargissement des idées, à la destruction des préjugés, à rapaisement des haines^ à la diflusion de la lumière et de la vérité, elle senrichira elle-même de lexpàîence des autres et méritera bien de rhumanité entière.
BiiLtMiiJVAPiUE. — L'Iîi&toire d<î la science doit être puiiée ivanL tuuL daui les cuuvt'^ji è Bii^&uL», Il li*«ïifl(e p&k euutîfa U'bisLmre du lu s^ri^Du^: du diolL en llËfgicjUf. L'hisiLuiiÊ det jufiiiCunKulk^ H df^s éeoiés n\ ^h& litc faUe uoii i^iif^^ da nii^iuâ cutume^ clk devinii éiro fditu. Lka maLériuux 4?ii »uiiL épftrpiltéb ûiUi& Jes iiuuipiluUujitî de valeur li t^ -iuég&Jv dû Vukn: Aiidrii, deFuppen*, d«? Pj^quot^ de GooilniiU*de Vuu der Att, eic ,tlaii*lii iîio^raphte uamnaU; dam divers recueil pmodiquevaudêuft et aouveuui, bd^i:» tl étiaiigitiii, et dtiiis uue «lUaitlUè de rdùiiùgTupUieâ. L'éuui'uie mémoim couiouDts de M. HriU {Jthtnuires cuurùttHi:* ûv VX^m m\ti, luuii» XX) vuntitiiit beBUC^jUji de remici^U(.nn{^ni!< (|ul m ]»citit pua tuojuurii liur».
P«r M. FRANÇOIS VAN MBBNBN.
L*histoire de la philosophie se confond, à l'origine, avec Thistoire de la religion. Les Celtes ont primitivement rendu hommage aux grands phénomènes naturels, et ont abouti à une sorte de polythéisme combiné avec Tintuition plus ou moins vague d'un dieu suprême et avec l'idée de la continuité de l'existence ; le druidisme s'est même constitué un fond de philosophie religieuse très-remarquable, réservé en partie aux initiés. Avec les Germains, nous retrouvons un polythéisme plus primitif, moins associé à des doctrines philosophiques, sauf ce qui semble appartenir en propre à la mythologie Scandinave. Si la conquête romaine s'établit sans propagande rÉgieuse, bientôt une autre influence plus puissante agit sur nos «icëtres pour les faire entrer dans le grand courant de la civilisalion: le christianisme apportait l'idée de l'unité de Dieu, empruntée au sémitisme judaïque, mais considérablement élargie, et empreinte du cachet de la philosophie grecque ou gréco-orientale.
Écoles épiscopales et monastiques. — Rathéke. — Odon. — C'est aux évéchés et aux monastères que se rattachent les premiers foyers d'instruction. La plus forte impulsion dans ce genre fut donnée par
Charlemagne. On cite surtout, en rattribuant à riiifluence d*AIcuîû« le remarquable capitulaire de 787 adressé à Bangulf, abbé de Fulde* et prescrivant rétablissement d'écoles épiscopales et monastiques ou leur restauration, Cesi du sein de ces écoles que devait sortir la philosophie du moyen âge, et c'est là que lesprit humain devait peu à peu apprendre à s*émanciper.
La théologie servait naturellement de but à tout renseignement, d ailleurs fort restreiul. Le travail de la pensée était an service de la foi, ainsi que Ta dit Cousin. Mais Tesprit humain» si enchaîné quil soit, conserve toujours quelque liberté. La philosophie, fondée sur la raison, quoique vue avec défaveur, devait revivre sous le manteau de la dialectique, ïm\ des « sept arts libéraux »» D'abord subordonnée k la théologie, du jx** siècle au commeocement du xnf^ elle ne fut plus que son alliée au xtn* siècle, et enfin elle s en sépara graduellement du xiv*' siècle jusqu'à la fin du xV, pour conquérir son indépendauce dans les temps modernes.
La Belgique (ou plutôt la partie de FAustrasie qui la comprenail et qui devint la Basse Lotharingie, plus la partie de la Neustrie' qui comprenait la Flandre) ne semble pas avoir montré beaucoup d'empressement h céder au mouvement iutellectuel que Chariemagne avait contribué à propager ; elle se laissa devancer par la France etTAUemagne* Les abbayes de Saint-Martin de Tours, de Fulde, de Saint-Gall et Téglise d'Utrecht avaient acquis déjà de la célébrité par leur enseignement, avant qu'on vît poindre chez nous quelque chose d analogue. C'est dans le diocèse de Liège que nous avons à signaler Tévêque Fi^ancon (855-903), abbé de Lobbes, comme s'élant distingué le premier par sa sollicitude pour rinstruclion. Son successeur, Etienne, marcha sur ses traces et laissa à son tour des disciples, formés soit à Lié^e, soit à Lobbes, et parmi eux Ogure Rathère (ou Rather).
Ralhère (né à Liège à la iiu du ix' siècle, moit àNamur en 974) est un des personnages les plus curieux à étudier du x" siècle. Luimême a retracé sa biographie dans ses écrits. Tantôt menant la vie de moine à Lobbes, à Aine, à Hautmont ou à Saint-Amand, tantôt lancé dans les luttes du temps comme évêque de Vérone ou de Liège, il se fait remarquer par son aptitude et sa science, par son 2èle à réfûi-mer les mœurs du clergé, par ses idées de suprématie du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel ; tantôt en disgrâce et errant de pays eu pays ou jeté en prison, tantôt en faveur et reraontanl sur son siège épiscopaU il acquiert la réputation de premier
des pliilosophes de lëcole palatine d^Otbon le Grand et ne perd pas de vue la culture des lettres; il y pousse par son propre exenjple, par ses leçons, par ses instructions. Auteur de plusieurs écrits de polémique, il y déploie une verve et un esprit satirique remarquables. Dans sa prison de Pavie, il compose une sorte de traité de morale, qui tient à la fois du pamphlétaire et du philosophe, et où il montre que plusieui*s écrivains romains ne lui étaient pas moins Èmiliersque la Bible et quelques Pères de TÉglise. Cet ouvrage est intitulé : Méditations du coeur dans Vexil, mais est plus connu sous son autre titre : Agonisticum (la lutte). Notre moine-évéque y passe en revue les diverses positions sociales, et à chacun il prescrit ses obligations de chrétien; il s'occupe spécialement, en outre, des devoirs de Thomme et de la femme et des devoirs de famille, des devoirs des rois et des devoirs des évêques; enfin il place en Dieu le mobile du devoir, le principe et le but de la moi*ale.
Après Rathère, on cite, parmi les évêques de Liège portés pour les sciences et les études, Éracle, disciple présumé de Rathère, et le fameux Nolger, à qui Ion attribue une traduction latine du Traité de interprétation d'Aristote. A l'école de Notger se rattachent les évêques Durand, Wason et le chanoine Hubald, qui alla professer à Sainte-Geneviève à Paris, puis à Prague. Adelman, successeur de Wason, comme écolàtre de la catbédi-ale, s'acquit le renom de philosophe érudit et de fameux dialecticien ; des disputes théologiques à propos de la présence réelle, et se greffant sur la lutte des réalistes et des nominaux, portèrent le trouble et la scission dans le clergé de Liège, et Adelman, forcé de se retirer en Allemagne, devint évéque de Bresse en Lombardie.
A côté de l'école cathédrale, le diocèse de Liège comptait plusieurs écoles monastiques qui parfois se firent remarquer. Citons celle de Stavelot, qui brilla dès le commencement du ix* siècle, celle de Lobbes, dont le renom subsista jusqu'au xn*' siècle, celles de Saint-Hubert et de Gerabloux, puis le monastère de Saint- Laurent, à Liège, qui date de 974, et où nous rencontrons, en 1096, le moine Rupert. Le clergé de Liège reprochait à Rupert d'écrire des choses inutiles, puisque les écrits des saints étaient plus que suffisants. Après la mort de son protecteur, labbé Bérenger, Rupert se retira à l'abbaye de Siegberg, en Allemagne, et y rencontra la même opposition. Ibentama également, dans un traité sur la volonté deDifeu,une lutte très-vive contre deux réalistes célèbres, Guillaume de Champeaux et Anselme de Laon. Il composa 'alors dans le
BELGIQUE MORALE ET INTELLECTLlELLE,
même esprit un nouveau tfâité sur k toute-puissance de Dieu et
se rendit môme en France pour discuter avec ses adversaires. Cej précurseur d'Abélard mourut à Deutz en 1 135. Son coatemporaiit' et son compatriote, Alger, Adelger ou Adelher, écolâtre de la ! collégiale de Saial-Barihélemy à Liège» fut attaché pendant une vingtaine d'années à révêque Otbert, cet évêque qui ne craignit pas^ daccueillir i empereuj' Henri IV excommunié. Alger, comme Adelman, soutint la présence réelle dans reucharistie et s'occupa en outre de la question du libre arbitre, en chercham k concilier la| prescience divine avec la liberté humaine* 11 mérita lestime d'Érasme.
L'école de ta cathédrale de Tournai n'eut un certain éclat que vers] la tin du xf siècle. Elle en fut redevable ù Odon ou Oudard, né ^| Orléans, qui embrassa tout» lettres, sciences, mathématiques, théc logie et philosophie et se consacra à l'enseignement. Tournai denai iine petite Athènes; tout le monde se préoccupait de philosophie- La dialectique était le tort d'Odon> qui avait embrassé les opinions ^ des réalistes, pendant quà Lille existait une école de nominaux ou nominalistes, dirigée par Raimbert, On sait que la lutte des réalisteal et des nominaux: a caractérisé en grande partie la philosophie du' moyen âge; les premiers soutenaient que les notions générales de la raison, les idées ou les universaux, comme on disait alors, oui M une existence réelle, soit comme substances, soit comme types immuahles des choses, soit comme lois éternelles de la vie et du développement des êtres ; les seconds, que c'étaient là de pures abstractions, n'ayant qu'une existence purement subjective et logique dans rinteliigcnce humaine* Les uns se rattachaient à Platon, les autres h Aristûte. A côté de ces deux opinions tranchées vinrent ensuite se ranger les conceplualistes qui, avec leur maître Abélard, considéraienl les universaux non comme de simples mots abstraits (/fafii# , vods)^ mais comme des formes de l'esprit, des conceptions supérieures et antérieures aux notions sensibles et individuelles* Après un enseignement qui dura cinq années, Odon rompit avec la philosophie et avec les anciens, pour se vouer exclusivement aux études et aux pratiques religieuses. Il fonda ou rétablit (1092) la monastère de Saint-Martin de Tournai, dont il devint abbé, occupa ensuite, non sans difficultés, le siège épiscopal de Cambrai, et mourut à Anehin en 1113, après avoir abdiqué,
A côté de Tournai, nous n'avons guère k mentionner sommairement que les monastères de Saint-Pierre et de Saint-Bavon à Gaad,
celui de Thourout et Fabbaye d*Affligbem, enfin l*écoIe chapitrale deSainte-Pharaîlde à Gand.
Les u?îiversités. — Hugues de Saint-Victor. — Henri de Gand. — Les écoles catbédrales et monastiques relevaient uniquement du pouToir spirituel : avec les universités,- le pouvoir temporel intervient dans le haut enseignement et la science commence peu à peu il saffranchir. Nous voyons à Paris l'école de la cathédrale quitter b Cité pour la montagne Sainte-Geneviève, les étudiants se former eo corporation et finalement (1200) Philippe-Auguste octroyer à celle-ci des privilèges qui la constituent en université. A l'université et aux écoles de Paris sont attirés plusieurs de nos compatriotes, soit comme maîtres, soit comme écoliers. Le premier nom qui s'offre à nous est celui d un des hommes les plus remarquables du temps, Hugues de Saint- Victor.
Né très-probablement à Ypresouaux environs, vers 1400(1096?), il quitta ou fut obligé de quitter le lieu de sa naissance de trèsboone heure, et il se rendit en Allemagne, chez les chanoines (THammersleben ; de là il passa à l'âbbaye de Saint-Victor de Marseille, puis à celle de Paris, qui venait de naître et qui avait acquis déjà quelque renommée. Hugues y professa la théologie avec éclat et en devint prieur en 1133. Guillaume de Champeaux, le chef du réalisme (mort en 1120), s'y était retiré et y avait enseigné sa philosophie. L'école de Saint-Victor se ressentit de cette influence ; elle n'aimait pas Aristote; elle montra une espèce d'aversion pour le nominalisme et tomba même dans un extrême opposé, le mysticisme. Aussi retrouve-t-on ces caractères dans les opinions philosophiques de Hugues, qui peuvent se résumer dans quelques données principales. L'homme créé à l'image de Dieu peut par cela même savoir que Dieu est et arriver à ses propriétés fondamentales ; pourtant l'essence divine est impénétrable à notre science relative. Dieu est la source de toute science et de tout amour et la^science humaine est absorbée dans la science divine. La raison humaine, quelle que soit sa valeur, est insuffisante pour découvrir la vérité et elle est subordonnée à la foi ; elle aide à comprendre les vérités que la foi révèle. La foi, l'amour et la contemplation, voilà le dernier mot du théologien philosophe. Dans son Didascalicon, sorte de traité des études, et dans ÏEpitome in philosophiatriy qui en est comme la préâce,.il assigne h la philosophie une triple tache : la connaissance de soi-même, les investigations sur le créateur de l'homme, la mé-
ditation des œuvres de Dieu. Le but final, c*est la connaissance du souverain bien. On rencontre dans le Didascalican d'excellents conseils sur la lecture et la méditation, et une critique judicieuse des écoliers et des professeurs de Tépoque.
Après Hugues, Guillaume de Saint-Thierry, né à Liège (mort en 4450), se signale comme 'l'adversaire d'Abélard et Tami de saint Bernard; Gauthier de Mortagne en Flandre (mort en 4474) enseigne la philosophie à Paris, sur la montagne Sainte-Geneviève, et intervient dans la lutte entre les réalistes et les conceptualistes, en proposant de concilier Platon et Aristote ; David de Dinant (mort au commencement du xm"" siècle), sans doute de Dinant sur la Meuse et non de Dinan en Bretagne, disciple d'Amaury de Chartres, professe une sorte de panthéisme matérialiste, et ses livres sont brûlés comme hérétiques; Simon de Tournai, bien qu'ayant enseigné la théologie à Paris (au commencement du xwf siècle), réfuté l'épicuréisme et le manichéisme et démontré l'existence de Dieu et l'immortalité de Tàme, semble également avoir été plus ou moins suspect; Thomas de Cantimpré, originaire de Leeuw-Saint-Pierre (mort vers 4275), chanoine régulier, disciple d'Albert le Grand avec saint Thomas d'Aquin, traduit les livres d'Aristote en usage dans les écoles et compose un traité sur la nature et les causes des choses ; Guillaume de Moerbeke, près de Grammont, un dominicain, disciple d'Albert le Grand (vers 4242), est envoyé en Grèce, et, versé dans la connaissance du grec et de l'arabe, il contribue aux progrès de la philosophie par ses traductions de Simplicius, d'Aristote, de Proclus.
Alain de Lille en Flandre (souvent confondu avec Alain, évêque d'Auxerre) enseigna à Paris, fut surnommé le docteur universel à cause de sa grande érudition, entra à l'abbaye de Cîteaux et y mourut en 4294. Alain est un esprit assez original et assez bizarre; dans quelques-uns des ouvrages qu'on cite de lui, il recommande la contemplation comme le moyen de parvenir à la plus haute sagesse et à la lumière la plus pure; d'autre part, il semble considérer la théologie comme susceptible d'une démonstration rationnelle et il entreprend de prouver tous les dogmes du christianisme par la méthode géométrique. Ce qui a surtout fait sa réputation, ce sont ses deux poèmes allégoriques, où il expose des théories philosophiques ayant une certaine aflniité avec le néoplatonisme : le De planctu naturœ (du gémissement de la nature) et Vanti-claudianu^^ qui est en quelque sorte la suite du premier. Alain est un réaliste. Ainsi il fait tenir trois miroirs a la raison. Dans le premier, la raison
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observe attentivement la série des causes, lalliance conjugale du snjet et de la forme et leur produit, c'est-à-dire l'incessante transfonnatioD des choses ; dans le deuxième, elle contemple les sujets dépouillés de leurs formes et rentrant dans l'antique chaos, tandis que la forme se repose et se réjouit dans son essence; enfîn dans le troisième, elle contemple la source des choses, l'idée de l'univers, l'exemplaire, d'où procède tout ce qui est individuellement.
Un autre Flamand, qui, plus encore peut-être que Hugues de Saint-Victor, occupe un des premiers rangs dans la philosophie du moyen âge et qu'on a placé à côté d'Albert le Grand, de Thomas dAquin et de Duns Scot, est Henri de Gand. Henri Goethals (Bonicollius), né dans les environs de Gand, probablement en 4217, à Mode, dont il fut même le seigneur, suit, jeune encore, les leçons d'Albert le Grand, à Cologne, puis va professer publiquement à Gand la philosophie et la théologie. Il se rend à l'université de Paris ^ ne tarde pas à acquérir de la réputation. En 1247, Innocent IV le nomme protonotaire apostolique avec des pouvoirs qui s'étendent non-seulement sur Paris et sur tous les diocèses de France, mais encore sur celui de Tournai. La bulle du pape nous apprend qu'Henri T^ait de recevoir dans sa promotion de docteur en théologie, et à cause de sa science éminente, le glorieux surnom de docteur solennel. Il passe trente ans au moins à l'université de Paris ou à la Sorbonne, et son enseignement exerce une grande influence. Dans plus d'une circonstance, on le voit résister aux envahissements des ordres religieux et combattre pour l'indépendance de la pensée. En 1275, il devient archidiacre de Tournai, où il passe les dernières années de sa vie dans la retraite et où il meurt en 1293. Ses œuvres les plus intéressantes pour l'histoire de la philosophie sont sa Somme de théologie et ses Quodlibeta vulgb aurea, achevés en
« Henri de Gand, dit Huet, est platonicien, autant qu*on peut Tétre en parlant la langue d*Anstote ; » et on pourrait ajouter, autant qu'on peut Tétre quand on est ^logien. Le docteur solennel met la théologie, ou la science qui a pour objet Tétre infini, la cause des causes, au-dessus de toutes les autres sciences qui ne s'occupent que des causes secondes. Il existe un accord .complet entre la vérité oaiorelle ou philosophique et la vérité révélée ou théologique ; la première conduite la deuxième. S'il y a contradiction, c'est le produit de l'erreur; caria vérité «t une, c'est Dieu. La raison peut s'appliquer aux vérités nécessaires, comme l'existence de Dieu; ces vérités peuvent être saisies par la raison, sans le secours de la foi, et ne sont pas, à proprement parler, des articles de foi. Quant aux vérités nécessaires que la raison altérée ne peut atteindre, comme le dogme de la Trinité,
ce sont des articles de foi, auxquels rinlelligence peut s'appliquer pour affermir ' et éclairer la foi, et quant aux vérités en quelque sorte contingentes, non absolument nécessaires dans le sens philosophique, comme les dogmes relatifs aox sacrements, à Tincamation, ce sont de vrais articles de foi, qui échappent à toote démonstration.
Dans les questions relatives à la connaissance et à la certitude, Henri de Gaad admet, comme beaucoup de philosophes du moyen âge, la théorie des espèces sensibles, c'est-à-dire la nécessité des impressions des sens pour arriver aux nniversaux ou idées générales ; c'est là une condition pour Thomme dans son état actuel, condition dont il sera délivré dans la vie future, et dont il peut être afiraschi actuellement par une grâce particulière de Dieu. Henri xombat la réminiscence de Platon et repousse toute connaissance innée. Cependant il reconnaît dans l'esprit une activité intime et substantielle qui n'est pas duc aux sens. L'objet propre de l'entendement, c'est l'idée générale, l'universel ; l'objet propre des sens, c'est le particulier, l'individuel. L'universel existe en puissance, caché sous l'espèce sensible, recueillie par l'imagination ; c'est à l'intellect actif à la dégager de tout élément sensible. Les objets individuels n'échappent pas néanmoins à l'entendement : car celui-ci, en se tournant vers l'imagination, peut redescendre de degrés en degrés jusqu'à l'individu. Comment cela s'effectue, c'est ce qui noni échappe encore. Les sens peuvent se rectifier mutuellement ou être redressés pai les puissances supérieures de l'âme. La certitude absolue ne s'obtient qu*en s'élevant jusqu'à l'intelligence incréée, source de toute connaissance comme de tontf existence. Les uoivcrsaux ont une existence réelle et substantielle dans l'esprit, et de plus, ils existent dans la nature comme essences réalisées, en Dieu comme dans leur source première.
Les deux puissances les plus générales de l'âme, l'entendement et la volonté, ont pour objet, la première, le vrai ; la seconde, le bon ou la vérité pratique. Malgré le nombre et la diversité de ses opérations, l'âme est une et indivisible ; elle est l'acte parfait et la forme du corps ; elle préside à la vie physiologique, à la production ou au moins à la détermination des organes ; eHe est tout entière dam le corps et dans chaque partie du corps ; elle n'est pas moins faite pour le corps que le corps pour elle. L'homme consiste ainsi dans l'union substantielle de deus natures, qui conservent cependant une subsistance propre.
L'existence de Dieu est une vérité première, qui n'a pas besoin de démonstra* tion ; mais elle peut être l'objet de la science. Rechercher si Dieu est, c'est déjà en avoir une idée préalable, plus ou moins claire. Dieu est étemel et immuable ; tou changement est une espèce de mort et s'opère dans le temps. Dieu est tout-puis* sant ; une chose n'est impossible que quand elle est contraire à la nature divine La volonté de Dieu est libre ; ce libre arbitre exclut toute délibération, c'est-à-dire toute condition de temps ; il est coexistant avec une nécessité supérieure, la loi de la perfection.
La fin du xiii* siècle et le xiv*^ nous fournissent encore quelques noms, moins grands sans doute, mais dignes d une mention : Gilles ou Égide de Lessines (mort après 1304), de Tordre des frères prêcheurs, fervent disciple de saint Thomas d'Aquin, et réaliste comme son maître et Henri de Gand; Gautier de Bruges (mort en 1306),
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de Tordre des frères mineurs, nommé évéque de Poitou en 1278, par Nicolas III, et dépossédé de ce siège par Clément V (Berti^and deGot), son ennemi; Jean de Jandun, suivant les uns, ou de Gand, suivant d'autres, qui enseigne la philosophie à Paris, vers 1320, parait avoir propagé les doctrines péripatéticiennes, combat Averrhoës et ne se montre guère partisan de la suprématie du pape ; Jacques de Bruges, de l'ordre des carmes (vei^ 1310) ; Jean Prichesius, deToogre, en Hainaut,qui enseigne à l'université de Paris, et passe des Prémontrés chez les frères mineurs (en 1311); Jean de Leeuwis, appelé aussi Léon, originaire d'Âfflighem (mort en 1377), le primus cms des chanoines réguliers de Groenendael, surnommé le bonus coau à cause de l'abondance de sa piété, et connu comme écrivain my&iique.
- Jeau oe Rutsbroeck. — L abbaye de Groenendael rappelle le souvenir d'un mystique bien plus célèbre, Jean de Ruysbroeck (Rusbirochius), né en 1293, à Ruysbroeck (mort en 1381). D'abord prêtre et vicaire à Sainte-Gudule, à Bruxelles, il veut lutter contre l'influence exercée sur le peuple de cette ville par une illuminée nommée Bloemardine, et aussi par les beggards, les lollards et les béguines, ce qui lui attire l'animadversion populaire. Plus tard, il se retire à Groenendael, y fonde un couvent de chanoines réguliers (vers 1343) et remplit humblement ses devoirs de religieux, tout en s'occupant de ses travaux de théologien et de moraliste ; il se montre ardent partisan d'une réforme des mœurs du clergé et entretient des relations avec plusieurs personnages distingués de son temps, parmi lesquels Gérard de Groot de Deventer, le fondateur des hiéronymiles ou frèrçs de la vie commune, qui établirent plus tard des écoles en Belgique.. 11 a laissé un assez gi^and nombre d'ouvrages à tendances mystiques, écrits originairement en flamand et auxquels on accorde une grande valeur littéraire; un de ses amis ou de ses disciples, Guillaume Jordaens, en a traduit plusieurs en latin.
Le mysticisme n'avait pas empêché Hugues de Saint-Victor, cet autre Flamand, d'émettre, dès le xn* siècle, des vues philosophiques très-larges. On retrouve la mê&ie tendance plus accentuée chez Jean de Ruysbroeck à la fin du moyen âge, comme si les longues luttes du réalisme et du nominalisme ne devaient aboutir, dans certains esprits, qu'à une sorte de découragement, à une réaction contre les subtilités de la logique et de la dialectique. Ruysbroeck (doctor exsta- ^tott) n'était pas un savant comme Hugues ; c'était un simple d es-
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prit, qui rroynit olx^ir h ritiHpiration vnnuo d*nn hnut et ao sentiU posm^df^ (l(^ rnmour do Dinu. Copotidant, roiiitno lo inyAticiAme a Mi dngn^H ot Acm inconm^quotu^OH, il Itilto ctoniro llloomnrdino, contre loH lollardH nt Ioh boggardA ot h son tour il roticoutro uu adversaire dans un autrn mysti(|u<) illustro, Joan (inrson. Lo mysticismo, en ofTnt, Aund)lo almorbnr la p(M*sonnalit(^ huniaino dans la Diviiiitii et on m^nio tonips il I oxalto, il raflVanrhit dos lois do la raison ot mAme do la tnoralo, il la mot on rapport diroot avoo Diou, il supprime let intornu^diairos, il on^^Midro Torguoil do rhumilittt. Co n'ost pas à diro (pio toutos cos const^quoncos so roncontront dans rilluminé de (iroonondaol ; son niysticisnio no Tavougio pas h oo point oxtrdme. Mais il n on protosso pas moins quo o.oux qui vivont dans lo pur amour divin ot on union intimo avoo Dion sont morts aux choses oxtririouros, n*ont plus consoionoo dVux-mAmos, sont absorbas par rosson(*.o divino, pordonton ((uol(|uo sorto lour porsonnalit(i, ronân-, cont h lour propro volontt^ ((ui so confond avoo oollo do Diou, se reposont uni(pjomont on Diou ot non pas on sosdons,rommo la grAce, los vortus ot los t)onnos <ouvros, so plongont dans uno ivrosso spirituollo ot poussont la n^si^^nation si loin,(iu*ils pri^lffroront l'onfor au ciol, si oola pont sorvir h la gloiro du Soi((nour.
Nous n'avons plus h montionnor, pour oloro ootto pi^riodn, que deux poi*sotniaK<)A portant lo m^^mo nom : Joan do Sohoonbovnn, priour dos oarmos, h Malinos, (|ui so tait romar(|uor do 1890 k HOi, ot Joan do Sohooidiovon, oJianoiiM^ ri^gulior do (iroonondael, qui prond la diffonso do Huysbroook r.ontro liorson ot meurt onUai.
Nous avons vu, apr^s rinq)ulsion donm^o par Charlonuigno, Liège ot Tournai so signalor par l(Mirs <^ool(«s oathi^dralos ot monasti(|uos, puis la vio so rotin^r dcî oos |)romiors foyors pour so oonoentrcîr en grando partio h Paris. Nous avons vu alors la plupart do nos oompatriotos los plus do(*t(*s aimndonnor lour pays natal pour TcHrangor, pour la Franoo prinoipalomonl, ot y ar(|u<^rir du ronom. Prosqun soûl, Huysbroook rosto altarJu^ au sol do sos pon«s,d(*mouro flamand ot (V.rit on flaunnid. Avor^ lo xv*" si^ol(^ un lait im|)ortant so produit dans notro pays : o'ost la onHition ttirdivo (fun grand (*.ontro d*iiistruotion supi^riouro, la fondation do funivorsiu^ do Louvain, pnr lo duo Joan IV dollrabant, on I4!2M.
l/iiNivKaHrr^ iik Louvain. La nouv(*llo univrrsitci, dot(W« do nombreux privih^gos, no tarda |)as h |)ros|M^ror ot i\ voir so grou|)or
histoire: de u philosophie:. ii)
$00$ son patronage une quantité énorme de colléjres, de fondations H ifautres institutions desiint^s à favoriser lensei^i^nement. Klle $e divisait en cinq facultés : la tliéoloj^ie, le droit canon, le droit dril, la médecine et les arts. I«a faculté des arts embrassait aussi bien les sciences que la philosophie. « La vénérable faculté des 1115, rapporte Molanus, professe toutes les sciences litléraiivs OQ humanitaires, quoiqu elle préf^lv abandonner aux autres écoles Il grammaire et les sciences grammaticales. Klle professe principakfflem la dialectique ou la logique et la physique. ^^
Ucr^tion de l'université eut ce double avantage, de permettre aux jeunes gens de nos provinces de poursuivre leurs études supérieures sans sortir du pays, et, d autiv jKirt, d'attirer les étrangers chei nous. Aussi le nombre d étudiants s éleva bientôt fort haut ; mais, bien que le x\^ siècle fût une époque de ronaissance et de réuovaiion, l'université ne lit que suivre les traditions du moyen Age, et renseignement y subissait bien des entraves, l ne profession de fci orthodoxe est exigée. On ne peut traiter aucune question ihéologique dans la faculté des arts; s'il arrive qu'on y aborde une question touchant à la philosophie et ;\ la foi, on doit le faire conformément à la foi et réfuter les arguments contraires. On doit soutenir h doctrine d'Aristole,à moins qu'il ne s'agisse de cas en contradiction avec la foi. On ne peut ivpousser comme hérétique l'opinion d'.\ristote défendue par des catholiques, h moins que d'aboiM la bculté de théologie ne Tait déclarée telle. On ne peut traiter Aristote de nominaliste, sans encourir le blî\me. On ne peut professer la doctrine des nominalistes, ni notamment les doctrines de Buridan, de Marsilius, d'Occam et de leurs adhérents. En revanche, Duns Si'Ot, le docteur subtil, est en honneur, ainsi qu'Albert le Grand, saint Thomas d'Aipiin, Alexandre de Haies. Bonavenlure, Durand, Henri de Gand, etc., tous réalistes. Kn somme, il serait difficile de soutenir que l'établissement de funiversilé ait été in\sàvorable au progrès des études philOv^ophiques.
Heymeric. de Campo, de Zon ou Son près île Bois-le-Duc (mon « 1460), est le premier philosophe un peu marquant qui figure Ji Tuniversité de Louvain. Puis viennent Henri Loen on De liOe(l40(>- 1481), natif de Louvain, et Jean de Hasselt.
En dehors de Louvain, nous rencontrons quelques mystiques qui se rattachent à ceux de la fm du xiv siècle, ou quehjues Belges (pii vont à l'étranger. Denys de I^ewis (mort en 1471), natif de Ryckel, en Hesbaye, étudie à Cologne, entre dans l'ordre des chartreux ei
reçoit, comme Ruysbroeck, le surnom de doctor exstaticus; Henri Harphius (mort en 1478), natif d*Herph, en Campine, est un cordelier et un mystique; Henri Van den Bogaerde ou Pomerio (mort en 1469), né à Louvain, et élève de Tuniversité, se retire à Groenendael, puis à Sept-Fontaines , comme chanoine régulier, compose plusieurs traités mystiques et une vie de Ruysbroeck; Dominique de Flandre (né avant le milieu du xV' siècle) quitte son pays natal pour ritalie, se fait dominicain et commente la métaphysique d*Aristote; Georges de Bruxelles, Jean DuUaert de Gand et Pierre Crockaert de Bruxelles ont cela de commun, qu'ils étudièrent la philosophie à Paris et ly enseignèrent.
BoYENS, Érasme, Dokpics et Vives. — Nous ne pouvons nous abstenir, à propos de Tuniversité de Louvain, de signaler Tinfluenoe exercée par quelques étrangers, tels que les Hollandais Doyens, Érasme, Dorpius et l'Espagnol Vives.
Adrien Doyens ou Floriszoon, natif d'Utrecht, est un élève d€ Louvain et y mérite même une chaire de philosophie en 1488; entré dans les ordres et ayant abandonné la philosophie pour la théologie, il parvient aux plus grands honneurs et finit par occupai le saint-siége sous le nom d'Adrien VI ; mais, sans qu on puisse soutenir qu il ait rompu avec la scolastique, il faut reconnaître chez lui certaines tendances plus larges, plus tolérantes, moins hostiles au progrès. On peut en trouver une preuve dans son amitié constante pour Érasme.
Didier Érasme, né à Rotterdam, forcé par l'avidité de ses tuteurs et par la misère h se faire moine, arraché au couvent grâce à sa réputation d'humaniste et à la protection d'un évéque de Cambrai, errant tantôt en France, tantôt en Angleterre, et rencontrant parfois dans ces deux pays des amis ou des protecteurs, poursuivant ses études tantôt à Paris, tantôt à Orléans, se rend, en 1502, à l'université de Louvain. Là il conquiert l'amitié du futur pape Adrien VI, qui lui fait reprendre l'étude de la théologie, et il commence son œuvre de rénovation, soit par ses enseignements littéraires, soit par son application à remonter aux sources du christianisme pour fonder laj)bilosopliie chrétienne, ce qui soulève naturellement contre lui les méfiances et les inimitiés de tous les ultra-conservateurs de l'époque. En 1506, il reprend sa vie errante et on le retrouve en Italie, en Angleterre, puis de nouveau dans nos provinces (vers 1517), où il refuse une chaire de piofesseur, mais où il contribue avec Busleiden
à la fondation du collège des Trois Langues. Finalement, il se retire à Bâle, puis à Fribourg en Brisgau, et revient à Bâle pour y mourir.
Érasme, à proprement parler, n'est pas un philosophe ; ce qui domine en lui, c est le théologien et le philologue ou Thomme de lellres. La plus philosophique de ses œuvres, son Traité du libre arbitre, est, avant tout, une œuvre de polémique religieuse, dirigée contre Luther, partisan du sombre dogme de la prédestination et des idées de saint Paul et de saint Augustin sur ce sujet. On peut sans doute assigner à Érasme un rang honorable parmi les' moralistes ; ses Adages, ce recueil des proverbes de la sagesse antique commentés et expliqués par Fesprit moderne, certains de ses Colloques, quelques-uns de ses ouvrages d'éducation, YÉIoge de la folie même, sont des litres plus que suffisants. Mais le mérite principal du philosophe de Rotterdam, c'est d'avoir été un des plus puissants antagonistes de la philosophie et de la théologie scolastiques, c'est d'avoir préparé le terrain de la réforme et de la philosophie moderne, cestdavoir proclamé et pratiqué la philosophie du Christ, la charité et la tolérance, à une époque où elles n'existaient ni chez les orthodoxes, ni chez les réformateurs, ni même dans la république des lettres.
Martin Van Dorp (Dorpius), natif de Naeldwyck, en Hollande, fait ses éludes à Louvain et y devient professeur d'éloquence et de dialectique au collège du Lis; mais ensuite il entre dans la faculté de théologie. 11 entrelient des rapports d'amitié avec Érasme et, comme lui, se déclare l'adversaire de la scolastique; mais, lorsque parut ytloge de la folie, Dorpius fut en quelque sorte forcé par les théologiens de Louvain de prendre la plume pour réfuter ce dangereux pamphlet et il se brouilla avec son ami, pour se réconcilier cependant à la fin avec lui.
Si Érasme et Dorpius ont participé plus ou moins à la rénovation des lettres, de la philosophie et de la théologie, en revanche Jacques de Hoogstraeten (1454-1527) s'en montra l'adversaire acharné. Élève de Louvain, puis dominicain, il. mérite l'honneur d'être désigné comme inquisiteur en Allemagne; il combat Luther, Érasme et Reuchlin, les réformateurs et les humanistes. Jean Driedo ou Dridoens, de Tumhout (m, 1535), compte également parmi les adversaires fervents de Luther.. 11 s'adonne d'abord spécialement aux ^udes philosophiques et mathématiques, puis, sur les conseils d'Adrien Boyens, il embrasse la théologie et compose des traités rur
le libre arbitre, la grâce et la prédestination, dirigés contre h réforme. Jean l'Étainier (Stannifex), né à Gosselies (vers 1494, m 1536), occupe une chaire de philosophie au collège du Porc et commente Aristote.
Après Érasme, Vives occupe un rang distingué dans le mouvement de la renaissance. Jean-Louis Vives, né à Valence en Espague, en 1492, étudie la philosophie à Paris sous Jean Dullaert de Gaud, vient à Louvain en 1512, y entre en relations avec Erasme, donm en 1520 un cours public, où il explique plusieurs auteurs anciens et commente la Cité de Dieu de saint Augustin, ce qui lui vaut h protection du roi d'Angleterre Henri VllI. Après divers incidents qu signalent son séjour en Angleterre, Vives se retire à Bruges et ; finit ses jours en 1540. Ses ouvrages sont très-nombreux; nous noui bornerons à mentionner surtout, comme se rapportant à notre sujet son Traité des causes de la corruption des arts, qui est un véritabl réquisitoire contre la scolastique. L'auteur, qui s'était familiarisé i Paris avec toutes les subtilités de l'école et s'en était d'abord déclar le champion, en était devenu le plus implacable adversaire, gi4c en partie à l'influence d'Érasme. Vives n'a pas, il est vrai, réform la philosophie; il ne l'a pas réédifiée sur de nouvelles bases; mais i a fait sentir la nécessité de réaliser cette entreprise; il a mis loi son zèle, toute sa persévérance, toute sa méthode à ébranler la fauss philosophie de son temps et à déraciner les abus qu'elle avait intro duits dans toutes les régions de la science; en un mot, c'est un pré curseur de Bacon et de Descartes.
, Après les noms d'Érasme et de Vives, dont la réputation est euro péenne, viennent les noms plus obscurs de Beverus, d'Hyperius d'Hunnaeus, de Valerius, de Fabrice et de Baius. Jean Serjacobs oi Sirjacobs(néversl515,m. I563),de Beveren (Beverus), dans le pay de Waes, ou de Bièvres ou Bever aux environs d'Enghien, profess la philosophie pendant vingt-trois ans au collège du Porc, à Louvain et passe pour un philosophe et un savant de premier ordre. Andr Gheeraerdts (1511-1564), d'Ypres (Hyperius), étudie d'abord à Pari plusieurs sciences et notamment la dialectique qu'il y enseigne visite ensuite les universités de France, d'Italie, d'Angleterre, d'Al lemagne et prend goût pour les doctrines nouvelles. Finalement s'établit à Marbourg et y obtient une chaire. Les protestants for grand cas de lui et disent qu'il fut pour la Hesse ce que Mélanchtho fut pourlaSaxe. AugustinHucns(HunnaenvS) de Mnlines (1522-1577] prolesse la philosophie à Louvain, au collège du Chàleau, puis I
théologie; très-versé dans la scolastique, il la dégage, para!t-il, de son enveloppe barbare. Corneille Wouters (Valerius, pour Gualtherius ou Wallherius), d'Oudewater en Hollande (1512-1578), professeur au collège des Trois Langues à Louvain, compte Juste -Lipse parmi ses élèves, compose un traité de philosophie naturelle (physique), le meilleur de l'époque, selon Paquot. André Fabrice, de Hodeige en Hesbaye (m. 1581), professe la philosophie au collège de Sainte-Gertrude à Louvain et acquiert une certaine réputation comme philosophe. Quant à Michel De ou Du Bay (Baius), de Melin près d'Ath (1513-1589), son nom se rattache au jansénisme, qui lui-même n'est pas étranger à l'histoire du mouvement philosophique. Baius enseigne la philosophie à Louvain, au collège du Porc, pendant six ans, puis,^omme beaucoup de professeurs de la faculté des arts, il abandonne le philosophie pour la théologie. C'est alors que,s'éloignantdes procédés scolastiques et s appuyant sur les Pèresde TÉglise, il ressuscite la doctrine de la grâce et de la prédestinatioû de saint Augustin. En mourant, il laisse un élève, Jacques Janson (Jansonius) d'Amsterdam (1547-1625), qui, h son tour, fut le maître de Jansenius, de ce Jansenius appelé à faire revivre le baïanisme sous uD autre nom.
JisTE-LiPSE ET LA DÉCADENCE. — La rcnomméc de Juste-Lipse est plus grande que celle de Baius et elle égale presque celle d'Érasme, bien qu'il n'ait été supérieur, ni au premier par le caractère, ni au secoad par le talent. Juste-Lipse d'0vei7ssche (1547-1606) reçoit ses premières notions de philosophie chez les jésuites de Cologne, puis à l'université de Louvain. On le voit ensuite suivre Granvelle à Rome, revenir à Louvain, séjourner quelque temps à Liège, visiter successivement Dôle, Vienne, léna, où venait de se fonder une université. Là, il obtient une chaire et embrasse le luthéranisme. Il quitte léna, rentre à Louvain et y donne des leçons ; mais la crainte le talonne et il se sauve à Anvers d'abord, et peu après à Leyde, où venait également d'être fondée une université. Il y obtient une chaire et professe le calvinisme. Pendant douze ans, il s'y livre à des travaux philologiques, historiques et philosophiques. Malheureusement, dans un de ses écrits, il prêche l'intolérance, va jusqu'à dire qu'un <îtef d'État ne doit souffrir qu'une seule religion, et lui donne le conseil de brûler et de couper le membre malade. Celte figure de rhétorique, ainsi que la qualifie Juste-Lipse, soulève contre lui des attaques violentes, mais non imméritées, et il quitte Leyde pour
rentrer, chez les jésuites de Mayence, dans le giron de TÉglise catholique; après quoi, il obtient une chaire à Louvain et y finit ses jours.
Ses œuvres sont nombreuses. En fait de philosophie, son érudition s'est appliquée à faire connaître la philosophie des stoïciens, en particulier celle de Sénèque et il s'est montré l'adversaire de la scolastique, où l'on consume sa vie dans les avenues de la philosophie, sans atteindre jusqu'à son sanctuaire. En somme, Juste-Lipse est plutôt un érudit qu'un philosophe. Son Traité de la constance, écrit sous forme de dialogue, mérite une mention honorable comme traité de morale.
Avec Juste-Lipse nous arrivons à une époque d'épuisemeat et de léthargie de nos provinces, qui se prolonge presque pendant deux siècles et qui fait contraste avec la vitalité de nos voisins du sud et de nos frères du nord. Le gouvernement de Charles-Quint et de Philippe II produisait ses fruits pour nous comme pour l'Espagne, et le sommeil intellectuel ne trouvait tout au plus de compensation que dans la culture des beaux-arts. Nous avons déjà pu constater quelles entraves avaient été apportées à l'enseignement philosophique dès la création de l'université de Louvain. Ces entraves n'étaient rien k côté de celles que l'esprit de réaction contre la réforme devait imaginer plus tard. Elles n'avaient pas du moins empêché l'université de prospérer, ni de manifester même un certain esprit de tolérance, ni de participer, dans une certaine mesure, au mouvement de la renaissance. Mais avec Charles-Quint commence toute une série de mesures de compression, qui trouvent dans son successeur un fidèle continuateur. C'est dans le sein de l'université de Louvain qu'on va chercher des inquisiteurs ; c'est l'université qui dresse un formulaire de doctrine orthodoxe ; c'est elle qui rédige le premier catalogue de livres réprouvés ; c'est encore elle qui exige de tous ceux qui lui appartiennent un serment de haine aux hérétiques et de soumission au souverain pontife : et n'oublions pas qu'elle avait le monopole de l'enseignement philosophique.
Le concile de Trente (1545-1563) précise le dogme et renforce le pouvoir papal ; l'institution de la compagnie de Jésus (1540) vient prêter son appui à ces doctrines et exercer sur l'enseignement une influence considérable; tout en paraissant favoriser le développement individuel, elle le maîtrise par la soumission passive et la surveillance mutuelle; tout en défendant h liberté humaine contre Luther, Calvin et Jansenius, elle la subordonne à l'infaillibilité et à la suprématie papales ; tout en voulant s'occuper de philosophie, elle
HISTOIRE DE LA PlIlLOSOPHrE.
a soin d'axiger que cdle-ci reste dans une dépendance entière du
dûpne : Arisloiê et saitit Thomas continueni à servir d oracles pour
b philosophie ei la théologie. Dès 1542, les jésuites font leur appa-
nim à Louvain et, malgré les obst^icles qu'ils rencontrent, malgré
Mirage quilâ cousent h Tunivej'sité, si soigneuse de défendre ses
pririléges, ils parviennent à y consolider leur position et à s'étendre
sur tous les Pays-Bas espagnols et sur la principauté de Liège» si
ikien qu'k la fin du siècle ils y possèdent 21 maisons professes et
[ïSîcollé^es. Aussi Tuniversilé de Leyde (1575) en profite-t-elle pour
m peu de temps une célébrité qui efface celle de Louvain.
îit des émigrés belges qui y contribuent pour une bonne
^|art*En i58f*,runiversité de Franeker est fondée, et ce sont encore
émigrés belges qui lui fournissent plusieurs professeurs; te
îfait se reproduit, à un moindre degré peut-être, à l'université
dllirecht (IC36), à celle de Harderwyk (1647), b Vacadémie de Gro-
j mffitiiéii), aux écoleiî illustres de Dordreoht» de Middelbourg,
de Rotterdam, etc.
» Continuons ^pendant à récolter des noms; mais on comprend qoe la moisson sera peu abondante* Guillaume Mennens d'Anvers (1525*1608), adversaire passionné dVVristote et de la scolastique, se 6it adfpie de la Cabale et place au-dessus de tout la chimie et la I recherche de la pierre philosophale. Henri de Sommai < Sommait) de Dinant (né vers 1534, m, 1619) est un jésuite qui enseigne la métaphysique à Cologne et fonde à Dinant un collège de jésuites, Philippe IVjelaer (Poelarîus) de Bruges (m. 1620) paraît avoir fait revivriî la philosophie des nombres de Pythagore, Corneille Martini iMartiiiius) d'Atïvers (1567-1621), un luthérien, enseigne la logique i llelinstadl pendant trente ans, se montre ladversaire de Ramus et I le défenseur de la scolaslique,
U vie de Pierre Berts (Bertius) de Beveren, dans le pays de Waes
^ (156S-i629), présente plus d^intérèt. H suit d*abord ses parents,
I tlemus calviuistes, en Angleterre, puis ^ Rotterdam. A Leyde, il
[cûmptH Juste-Lipse parmi ses professeurs; lui-même donne des
leçons en Hollande; il accompagne plus tard Juste-Lipse en Aile-
«î^e, revient à Leyde et y enseigne la philosophie morale. Mais,
[en hutte aux attaques des gomaristes, parce qu'il est du parti d'Ar-
I lïiirîius ou des remontrants, il finit par se réliigier eu France et par
iûrerle calvinisme. Il est attaché h ruaiversiié de Paris, occupe
Ithaire au collège de Boucou ri, obtient la protection de Louis XIII
^fiûil ses jours h Paiis. On a de lui une Logique péripatéticienne,
UQ traité De definitione et causis et une édition de la Consolation Boèce.
Puis se présentent Barthélemi Peeters d'Oplinter (1547-1630), enseigna la philosophie à Louvain, et fut un zélé thomiste, fidèle adhérent à la scolastique ; Thomas Fyens (Fienus) d'An^ (1567-1631), qui occupa une chaire de médecine à Louvain, et éci un traité sur l'imagination {De viribus imaginationis) ; Antoine C sart des environs de Liège, qui professa la philosophie avec suc à Lyon; Philippe Berlaimont (Berlaimontius) de Huy (1576-16Î jésuite, et Laurent Ghiffene de Renaix (né vers 1594, m. 16Î professeur de philosophie au collège du Lis à Louvain, qui éci sur la logique et la métaphysique d'Arislote.
Le nom de Jansenius a fait assez de bruit pendant le xvii* sU et même pendant une partie du xvni* pour que nous ne le négligi pas ici, bien que ce fût celui d'un théologien hollandais plutôt < d'un philosophe belge. 11 est vrai de dire aussi que ce HoUandai passé la plus grande partie de sa vie dans nos provinces et qu( jansénisme a des attaches avec la philosophie. Corneille Jan d'Acquoy, en Hollande (1585-1638), étudie la philosophie el théologie à Louvain, et y devient professeur; vers la fin de sa ) il est nommé évéque d'Ypres. Son œuvre capitale, qui lui a at des partisans et des adversaires, c'est YAugustinus (publié en 1( et mis à Yindex en 1642) dans lequel, en s'appuyant sur saint i gustin, il immole la liberté humaine à la grâce divine. Nous n'av< pas à retracer ici l'histoire du jansénisme, nous nous borneroD taire remarquer que si les jansénistes passaient pour hérétic chez les catholiques, en revanche les gomaristes, qui professa une doctrine analogue, passaient pour les représentants de Fort doxie chez les protestants hollandais et n'étaient guère plus t rants que les catholiques orthodoxes. Antoine de Wale (Wala de Gand (1573-1639), émigré belge en Hollande, était un gomari mais plus calme et plus modéré que son compatriote Goma enseigna la philosophie à Middelbourg et rédigea un compend de la morale d'Arislote, ramenée aux dogmes chrétiens.
Une des figures les plus curieuses et les plus originales de la mière moitié du xvii° siècle est celle de Jean-Baptiste Van Helr (Helmontius), seigneur de Mérode, etc., natif de Bruxelles (1! 1644). 11 doit principalement sa célébrité à la chimie et à la m cine. Sincèrement catholique, ayant étudié la philosophie à l'uni site de Louvain el ayant aussi été élève des jésuites, il n'en a
moins subi, pendant une quinzaine d*années, une véritable persécution de ia part de ses coreligionnaires. Il est vrai qu'après avoir parcouru tout le cercle des connaissances humaines , il en était arrivé à douter de la validité de sa science acquise et qu'avec une certaine indépendance d'esprit il avait voulu chercher la vérité par ses propres "efforts. Contemporain de Descartes (1596-1650), dont il na peut-être pas même connu les écrits, il a été, comme lui, un adversaire résolu de la scolastique d'Aristote ; mais il diffère complètement de lui à d'autres égards, et notamment quant à la conception de la vie, purement mécanique chez le philosophe français, spiritualiste chez le philosophe brabançon. Ébranlé dans sa confiance en la certitude des connaissances humaines, ayant constaté le vide de la science scolastique, fondée sur les abstractions de la logique, l'intuition lui paraît un moyen plus sûr d'atteindre la vérité. Pour lui, la connaissance que nous obtenons par la démonstration préexiste déjà en nous-mêmes; le raisonnement ne fait que la rendre plus distincte. Si cette connaissance préexiste en nous, c'est que Tesprii, image de la Divinité, ne pense rien principalement, ne connaît rien intimement, ne contemple vraiment rien que Dieu ou l'unité première, à laquelle tout le reste se rapporte; la vérité de l'essence et la vérité de l'entendement se pénètrent en unité et en identité. Pour arriver à l'intuition, il faut se détacher de tout et s'abandonner à une sorte d'inertie et de passivité qui permette à la lumière d'en haut de se réfléchir sur l'esprit plongé dans l'adoration et l'amour. On pourrait rapprocher Van Helmont plutôt de Leibnitz que de Descartes.
Les CONTINUATEURS DU PASSÉ, — Après ce novateur, nous retombons sur de pâles continuateurs du passé, d'humbles esclaves de la routine,presque tous jésuites ou professeurs de philosophie à Louvain. François-Hyacinthe Choquet de Lille (né vers 1580, mort en i64o) •^mmente la Logique d'Aristote; Philippe du Trieu d'Havre (1583- 1645) rédige une dialectique ou introduction h la logique et son livi'e sert de manuel pendant plus d*un siècle dans presque tous les 'allèges des Pays-Pas autrichiens; Erycius Puteanus de Venloo (1374-1646) remplace Juste-Lipse à Louvain et écrit un manuel de '^ morale d'Aristote, ainsi qu'une dissertation intitulée : Utius et ^^nis, vis et prophetas unius; Jean Deckher de Walhorn de Fau- ^uemont (1583-1646) est un jurisconsulte et un membre du conseil de Brabant, dont on mentionne le livre : Philosophus borne mentis;
i3S BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.
Gaspard Van Baerle (Barlaeus) d'Anvers (1584-1648) professe la logique à Leyde et laisse un discours De Ente rationis ; mais, ayanl embrassé les principes des remontrants, il est condamné par le synode de Dordrecht et exclu de luniversité de Leyde.
Libert Froidmont (Fromondus) d'Haccourt (1587-1653) enseigne pendant quatorze ans la philosophie à la Pédagogie «du Faucon i Louvain, puis Tabandonne pour la théologie. L'évéque Jansenius U désigne pour un de ses exécuteurs testamentaires et le charge d< publier YAugustinus. Esprit très-cultivé et versé dans les sciences i^ n*en a pas moins combattu le système de Copernic. U a écrit ui traité sur le libre arbitre, un parallèle entre l'Augustin de Janseniu et TAugustin d'Hippone, et un traité sur Tâme, où il passe rapide ment en revue les systèmes de philosophie ancienne et moderne.
Daniel Heins (Heinsius) de Gand (1582-1655) est encore, comnK Bertius, Barlaeus, Walaeus et bien dautres, une épave de la révo lution du xvi^ siècle jetée en Hollande. Calviniste, il fait toutes se études dans ce pays, y enseigne et s y fait une grande réputation surtout littéraire.
Pierre Halloix de Liège (1572-1656) entreprend la réhabilitatioi d'Origène, lun des Pères de FÉglise les plus remarquables par soi esprit philosophique; Ignace Derkennis d'Anvers (1598-1666 publie un traité sur Dieu et attaque Tun des premiers le jansénisme Alexandre Sébille d'Anvers (né vers 1612, mort en 1657) est égale ment un adversaire du jansénisme, comme Jacques Speecq, sei gneur de Horst, natif d'Anvers (mort en 1662); Ignace Huart, de environs de Tirlemont (mort en 1661), semble favorable à Jansenius mais Antoine Dave, seigneur de Neuville, natif de Ciney (1597-1664] rencontre également l'opposition des jansénistes. Norbert Van Coi werven d'Anvers (fin du xvi*' siècle- 1661) commente Aristotc Alphonse Antoine de Sarasa de Nieuport (1618-1667), mais dori gine espagnole, est un jésuite qui s'est occupé de morale et a mérit les éloges de Leibnitz et de WolfF pour son Ars semper gaudend\ Quant à Guillaume Philippi de Halles, en Hainaut (vers 1600-1665] qui enseigne la philosophie au collège du Lis à Louvain, puis en brasse la médecine, une circonstance assez singulière signale s vie : s'étant marié sans en faire part à ses confrères du Lis, ceux-( le poursuivirent devant le conseil de Brabant, son mariage étar incompatible avec une chaire de philosophie. Philippe eut gain d cause; mais depuis lors on observa comme règle que les profes seurs de cette catégorie qui se marieraient perdraient leur chaii'C
Pbilippi, du reste, ne s'était pas affranchi de la scoiastique; ses Moelles (MeduUa) de logique, de métaphysique et de physique en fournissent la preuve.
Le cartésianisme. — Avec Arnold Geulinckx d'Anvers (vers 1525- 1669), nous sortons pour un moment de cette série de continuateurs dupasse, l'influence de Descartes commence à se faire sentir; malheureusement, c'est surtout en Hollande que Geulinckx va importer le cartésianisme. Il enseigne d'abord la philosophie au collège du Usa Louvain, mais, au bout de six ans, s étant, au dire de Paquot, attiré l'animadvei-sion de ses collègues et ayant contracté des dettes qui le mettaient à la merci de ses créanciers, il se réfugie à Leyde, y abjure le catholicisme et y donne des leçons particulières. Grâce i la protection du cartésien Abraham Heidanus, il obtient une chaire à luniversité de Leyde et plus tard il embrasse la médecine. Son œuvre capitale est son Éthiqtie, publiée après sa mort.
Geolinckx n*a pas élé un simple propagateur de la doctrine de Descartes ; il a voulu la compléter et, notamment par sa morale, il a voulu en combler une lacune importante. Partant de la pensée comme essence de Tâme, de retendue comme essence du corps ou de la matière, ne reconnaissant de cause efficiente qu*en Diea,ilnic toute action réciproque de Tâme sur le corps et, pour établir Tharmonie entre eux, il a recours U rinlervention divine. U se rapproche ainsi de Tharmonie préétablie de Leibnitz. D*autre part, il se rapproche de Spinosa et de Maiebranche, dont il a été le précurseur : du philosophe hollandais, parce qu*il ne voit dans les corps particuliers que des modes du corps en soi et dans les esprits • particuliers que des modes de Tesprit universel, de sorte qu*il n*existe au fond qu'une seule substance. Dieu, avec les attributs infinis d*étendue et de pensée ; du philosophe français, parce que Dieu est le véritable auteur des mouvements de Tàmeeldu corps, qui u'en sont donc que les causes occasionnelles, et que si nous voyous le monde, c*esl par Faction de Dieu, c'est-à-dire qu*cn réalité nous voyons le monde en Dieu. A la différence de Malebranche pourtant, Geulinckx admet le pouvoir pour Tâmed^agir sur elle-même. Eu morale, il part de Tamour de la droite ^son, ainsi que Malebranche de Tamour de Tordre, comme du grand principe duquel dérivent toutes les vertus particulières. Les vertus cardinales ou propriétés c&^tielles de la vertu sont la diligence ou Tattention à écouter la voix de la raison, Tobéissance ou la docilité k la servir, la justice ou Téqualion de nos actes avec la raison, enfin l'humilité ou Fabandon et le mépris de soi-même en vue de la raison. Il ne faut pas oublier toutefois que la vertu est une, indivisible et absolue, î^ fin, s*il s'agit;de la fin de Fœuvre (finis operis\ est le bonheur ; s*il s'agit de l'ouvrier (jînw operanlU)^ de l'homme vertueux, c'est le bien, qui en lui-même est l^ieu ou la fin suprême de toutes les créatures. La récompense de la vertu doit en ^e la conséquence.
Nonobstant les motifs que donne Paquot du départ de Geulinckx
pour Leyde, il est à remarquer que Tannée de ce départ coïncide avec celle de thèses soutenues par lui à Louvain et eo outre avec les tentatives du professeur de médecine Plempius pour faire proscrire par ses collègues, au nom de la paix et de la santé publique compromise, le cartésianisme, que, vers 4650, le médecin Gochlenius avait déjà cherché à, introduire à Louvain. Quoi qu'il en soit, trois professeurs de la faculté de théologie de Louvain, répondant à rappel de Plempius (de cet éternel disputeur, comme on Tavait surnommé, de cet adversaire des nouveautés, comme de te découverte de la circulation du sang) , censurent la doctrine de Descartes, qui néanmoins gagne du terrain, au point d*alarmer enfin le nonce apostolique lui-même, Jérôme Vecchio. Sur les instaocei réitérées de Vecchio (1662), l'université de Louvain, devançant souî ce rapport les autres universités catholiques et la congi'égation é Yhulex, condamna les principes cartésiens. Mais cette condamnatioi n'empêcha pas qu'on ne continuât à les enseigner à Louvain, sinoi ouvertement, du moins avec réserve. On cite même ce fait qu'ei 1697, des moines franciscains soutinrent solennellement à luniver site des thèses cartésiennes et que ces thèses étaient dédiées Jérôme Vecchio. 11 est, du reste, à noter que le jansénisme et 1 cartésianisme, tous deux en butte aux attaques des jésuites, vivaien en assez bonne intelligence et que l'université de Louvain a XVII* siècle était infectée de jansénisme.
Après Geulinckx, nous avons à citer Gautier Pauli (PauUus) d Huy (1587-1672), qui entreprend une Jesu-logia ou bases de tout la théologie et de toute la philosophie, et Chrétien De Wuif (Lupoj d'Ypres (1612-1681), qui se signale par son opposition au jaii sénisme et au cartésianisme ; Lupus, bien qu'ayant été un des troi professeurs qui avaient condamné le cartésianisme sur l'appel d Plempius, pai-aît s'être rétracté dans la suite. Jean Caramuel y Loi kowitz, dont le père était un gentilhomme du Luxembourg et 1 mère une Allemande, et qui était né à Madrid en 1606, a enseigc la théologie à l'abbaye des Dunes et, docteur de l'université d Louvain, a combattu le jansénisme et le cartésianisme. Très-vers dans beaucoup de branches des connaissances humaines, il mar quaitde jugement et était dévoré de vanité. Il voulait tout réforme en métaphysique, en logique, en morale.
François Mercure Van Helmont de Vilvorde (1618-1699), fils c Jean-Baptiste, médecin, chimiste, et même alchimiste, parcou l'Europe avec une bande de Bohémiens, est jeté dans les cachots c
rinqoisition à Rome et parvient à en sortir, pour aller finir ses joars dans un faubourg de Berlin, après s'être fait quaker. Ses. opuscules philosophiques le montrent l'adversaire de la philosophie scolastique, comme son père. Le père se donnait le titre de philolopke par le feu, disant ainsi allusion à ses travaux chimiques ; le fils prend celui de philosophe par l'un dans lequel est tout {phihsophmper unum in que omnia)^ parce qu'il professait l'unité des créatores finies avec l'être infini;, il admettait également la transmigration des âmes.
Martin Steyaert de Somergem (1647-1701) a joué un rôle assez considérable dans les débats théologico-philosophiques de son temps, d'abord combattant la morale relâchée des jésuites, puis attaquant le jansénisme, le cartésianisme, et devenant le champion de Tultramontanisme. Jean-François Foppens de Bruxelles (1609- 1701), professeur de philosophie à Louvain, est plus connu par sa Miotheca belgica. Gommare Huyghens de Lierre (1631-1702), aoH d'Araauld et de Quesnel, paraît avoir aussi été partisan de la philolophie cartésienne. Quant à Claude Lacroix de Saint-André, près de Hervé (1652-1714), c'est un jésuite désavoué en 1757 par les jésuites de Paris et de Toulouse. Guillaume-Marcel Claes de Gheel (1658- 1710) a donné une Éthique, qui a le mérite de ne pas prêcher le probabilisme. Léger-Charles De Decker de Mons (1645-1723) s'est signalé conune un adversaire du jansénisme et du cartésianisme et a cherché à faire revivre le péripatétisme.
Réveil. — De Nêlis et Mann. — A mesure que nous avançons, les noms deviennent plus saillants, et désormais ce n'est plus l'université de Louvain qui nous les fournit. François Noël du Hainaut (1631-1729), jésuite missionnaire aux Indes et en Chine, fait connaître la philosophie chinoise et entre autres Confucius et Mencius; Barthélémy Des Bosses de Hervé (1688-1738), jésuite, enseigne la philosophie et la morale à Cologne et entretient des relations avec Leibnitz, Wolff, Clarke ; Jacques Lefebure du Hainaut (1694- '7o5), jésuite, professe la philosophie à Douai, critique les œuvres de Bayle, s'attaque aussi à Malebranche, et combat les idées innées ; Olivier Légipont de Soiron (1698-1758), bénédictin, professe la philosophie à Cologne, et embrasse en outre tout le cercle des connaissances humaines; Robert Hyckman de Bruxelles (1720-1787), Biais originaire de Bohême, entre chez les bénédictins de Saint- Hubert et remporte plusieurs prix à FAcadémie royale de Bruxelles.
Ce dernier s'occupe surtout d*électricité et se forme, à ce sujet» u\ système d'après lequel il existerait une analogie harmonique enlr»^'^ la manière d'agir des êtres purement spirituels et celle des être: ^3 animés d*un principe actif : deux mémoires, où il s'applique à éla ^ blir son mécanisme électrique universel, ont été couronnés pat * rAcadémie de Munich* Henri -François Pyrard de Verviers (1737-^ 1800), connu sous le nom d'abbé du Val Pyrau, est un carme qu protésse la philosophie a Paris, pendant six ou sept ans, dans h collège de son ordre : son Caiéchmne de ffwmme social est mis sur»J là même ligne que les Eni reliais de Phocioihàe Mably. Enfin Domi— ^ nique Bauduin de l.iége (1742-1809) est un oratorien qui a écrite un traité sur fimmortalité de l'homme ou essai sur l'excellence de^ sa nature.
Il nous reste à parler de deux hommes qui ont marqué la fin du siècle dernier dans nos provinces, Tévéque De Nélis et labbé Mann. L'université de Louvaiu était en décadence; la faculté des arts cou* tinuait à rester plongée dans la vieille routine scolastique; la discipline était retâchée; beaucoup de jeunes gens allaient achever leurs études i l'étranger, uonûbstajit les défenses expresses du gouver* nement* Plusieurs mesures furent enfin prises pour améliorer reû**B seigiiemenl. En 17G6, on réfoi-ma les humanités, qui faisaient partie de la faculté des arts. Antérieurement les leçons de philosophie consistaient dans des dictées d'une scolastique subtile et ennuyeuse^ tirée d'Aristote, de Porphyre et autres : en 1773, renseignement se rapproche des méthodes adoptées dans les autres universités. Cette même année 1773 est signalée par la suppression des jésuites.
La fondation de TAcadémie royale des sciences et belles-lettres date de 1772. Corneille-François De Nélis de Mali nés (1736-1798) y a beaucoup contribué. Élève et primus de [université de Louvaiu, il cultive la philosophie avec ai^eur, étudie et commente Platon, Amtota, Plutarque, Cicéron, devient plus tard (178o) évoque d*Anvers, et quitte le pays lors de Tinvasion des Français en 1794* pour aller mourir chez les camaldules près de Florence. Son livre tAveutjte de ia Monlagne, entretiens philosophiques, occupe un rang honorable, et par l'clévalion des idées, et par sa forme littéraire. Il devait se composer de trente entretiens; mais on nen possède que neuf et cinq seulement sont incontestablement de De Nélis* Us roulent sur la nature créée et sur Dieu. L univers est pour lui une grande lorce qui, différemment combinée, différemment agissante ^ur les différentes monades ou esprits, et diflëremment reçu
HtSTOlHE DE LA PHILOSOPHIE,
Lm, produit partout différentes sensations. Et il insiste sur cette id^ fondameolale*
Tbéodone-Augustin Mann, connu sous le nom de Tabbé Mann, du côtntédTork en Angleterre (1735-1809), embrasse le catholicisrae û fient à là chartreuse de Nieuport ; en 1 774, il est nommé membre k la noavclle académie ; il se fait séculariser et s*établit à Bruxelles. I soccupe de travaux de tous genres, de u^vaux scientifiques nomimenl* L'invasion des Français lui fait abandonner notre pays et il vu mourir à Prague, Ses Principes vietapkydques des êtres ei des msmsmeeê^ qui datent de 1767 à 1774, reposent sur l'idée qu'il diste uue certaine harmonie entre les principes moraux et les altrib0tâ souverainement partaits de rÊlre par excellence, idée que hmuT étend à tous tes êtres d'une manière analogue au degré , daiâterice de chacun d'eux.
Un troisième académicien, la commandeur de Nieu port {1749- 1827), a laissé un Essai sur la tfiéorie du raisonnement et quelques esds philosophiques dans son liwe : Un peu de ioui ou Amusements d'ifl $emgénmr€. Bien qu'on puisse rattacher fauteur à l'école sensaalisle, il accorde un plus haut degré de spirilualilé à f homme fie CondjUac et il pénètre plus profondément que le philosophe français dans la nature et les opérations des facultés iijtetleclodles.
Il peut paraître étrange de voir le musicien Grétry de Liège (1741-
\Wi\ figurer parmi les philosophes belges. Cependant il a écrit
un livre intitulé : La vérité, ce que mus fûmes, ce que nous sommes^
ûf fpie nous devriotis être, en trois volumes, oh Tinfluence de Con-
. Mac se fait sentir ainsi que celle de J,-J. Rousse^au*
Avec la fin du xvni'' siècle, l'université de Louvain dispai'aît sous
letîûupde la tempête révolutionnaire, sans laisser de regrets, car
I ^lle UXM plus que f ombre d'elle-même ; son dernier professeur
Je (èibsophie, Liebaert, rentre dans la vie privée, sans avoir marqué
tbnïi renseignement philosophique.
ÛHCAÎflSATtOîr DES ÉTUDES l'IllLOSOPlUQUEi*. — UoCCUpatiûU Uc là
qye par les Français (1794-1815) fut peu favorable à l'ensei-
piêcnêai philosophique. On supprima funiversité de Louvain en
IÎ9Î et par là on rompit avec la tradition, qui plaçait la philosophie
[feûusla dépendance de la théologie* On institua des écoles centi-ales
[où devaieot s'enseigner la logique et Tanalyse des idées, et Ton
quelques jeunes gens à l'école normale de Paris, où Garât
professait le sensualisme de mode à cette époque. On sait du reste que le grand Napoléon n'aimait pas les idéologues.
Le roi Guillaume, qui a constamment fait preuve de zèle pour h propagation de l'instruction publique à tous ses degrés, créa (1816 et 1817) trois universités, à Louvain, à Liège et à Gand. Chaque université comprenait entre autres une faculté de philosophie el lettres, dans laquelle figuraient parmi les cours la logique, la métaphysique, l'histoire de la philosophie et la philosophie morale. Seulement ces cours devaient se donner en latin. Plus tard (1828), . eut lieu momentanément l'institution du collège philosophique, i destiné aux jeunes gens qui voulaient embrasser l'état ecclésiastique ] et comprenant également parmi les matières d'enseignement les ., mêmes branches philosophiques que les universités. Plus tard ; encore (1827), le gouvernement créa à Bruxelles les cours gratuits et publics du Musée scientifique et littéraire, et parmi ces cours j figurait celui de l'histoire de la philosophie.
Grâce à cette réorganisation, la philosophie allemande commença à pénétrer un peu dans notre pays, à la place de celle de Condillac et de Laromiguière, et à côté de l'espèce de cartésianisme enseigné dans les séminaires épiscopaux. A Liège, Bernard-Ignace Denzinger, de Dettelbach en Franconie, fit connaître la philosophie de Kant. Un autre kantien, Jean Kinker, des environs d'Amsterdam, fut également professeur à Liège de 1817 à 1830. Au collège philosophique à Louvain, un disciple de Schelling, Seber (mort en 1827), enseigna quelque temps la philosophie, et fut remplacé par un ecclésiastique belge, Jean-Herman Janssens, qui connaissait la philosophie allemande. Quant à la nouvelle université de Louvain, l'ancien professeur Liebaert y occupa peu de temps la chaire de philosophie et fut remplacé par Frédéric de ReifFenberg, de Mons (1795-1850), à partir de 1822 jusqu'en 1830. De Reiffenberg, plutôt littérateur que philosophe, se rallia à lléclectisme de Victor Cousin. Un autre professeur de l'université de Louvain, le philologue Bekker, donna, de son côté, une salutaire impulsion à l'étude de l'histoire de la philosophie ; c'est ainsi qu'un de ses meilleurs élèves, François Baguet» de Nivelles (1801-1867), écrivit une dissertation sur le philosophe stoïcien Chrysippe (1822) qui fut couronnée, et plus tard devint professeur de littérature grecque et latine à l'université catholique. Nommons, en outre, Louis- Joseph Dehaut,de Chièvres (1805-1841), qui a fait un excellent travail sur la vie et la doctrine d'Ammonius Saccas. Ce mémoire, couronné par l'Académie en 1830, et dédié à
HISTOIRE D£ LA PUILOSOPUIE. 139
fan Meeœn et Van de Weyer, est précédé d'une introduction très-
intéressme sur rhistoîre de Técole d'Alexandrie : il dénote chez
f^f 5011 auteur non-seulement de fortes études philologiques, mais un
esprit philosophique remarquable. Antérieurement (1829), Dehaut
rmi traité la question de l'existence objective de Tàme, et il s'était
iftaché à prouver non-seulement l'existence de l'âme, mais encore
soù immatérialité et sou immortalité.
A Louvain, à côté de l'université, il y avait un homme, un simple avocat qui, dans le silence du cabinet, s'adonnait aux études philo- ' sophiques, et qui ne fut pas sans exercer une certaine influence sur b jeanesse universitaire. Pierre-François Van Meenen, d'Espierres (1772-1838), avait été l'élève, à l'ancienne univei-sité de Louvain, du digne professeur Liebaert; il s'était nourri, en outre, no^^-seulement de la philosophie du xvui'' siècle, mais encore de la lecture de Bacon, de Descartes, de Leibnitz, de Spinosa, etc. Aussi le sensualisme et le matérialisme, prédominants au commencement de ce siècle, n'eurent guère de prise sur lui. Dès 1818, nous le Toyons, dans sa lettre à Haumont sur la philosophie, en faire une réfotation solide. La même année, il donne, dans le même esprit, un morceau de grammaire philosophique sur la construction française, pour combattre certains paradoxes de Jacotot. Plus tard, de 1835 à 1841, il enseigna la philosophie morale à l'université libre de Bruxdles. Au nom de Van Meenen viennent se rattacher ceux de Haomont et de Van de Weyer. Joseph Haumont, de Hougaerde (1783-1848), était aussi un penseur solitaire, mais imbu des idées deCoodillac; il se laissa plus tard dominer par une sorte de mysticisme et devint fouriériste en 1842. Quant à Sylvain Van de Weyer, de Louvain (1802-1874), c'est sous l'influence de Van Meenen que, dans la première période de sa vie, il se consacra en partie aux études philosophiques. 11 débuta, en 1822 et 1823, par critiquer spirituellement la méthode en vogue de Jacotot; en 1823, il lit une thèse sui' la réalité, la connaissance et la pratique du devoir, où il combattit la doctrine utilitaire de Bentham; en 1825, il donna une édition des œuvres du philosophe hollandais Hemsterhuis et l'accompagna d'une bonne étude d'ensemble sur cet écrivain remarquable. En 1827, Van de Weyer fut chargé du cours public d'histoire de la philosophie au Musée de Bruxelles et son discours d'ouverture, sous une forme littéraire à laquelle on n'était pas trop habitué, se ressent des idées de son maître et de celles de Victor Cousin. Nous ne devons pas négliger de mentionner encore ici un philosophe iiiJé-
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pendant et solitaire qui, pendant de longues années, s*e8t oo(!B|| modestement et laborieusement de travaux plus ou moins relëgril dans l'oubli : Louis Gruyer, de Bruxelles, mais d'origine lomâi (1778-1866). On serait assez disposé à ranger Gruyer parmi hj sensualistes mitigés de l'école de Locke, ou de Laromiguiëre,onAi Destutt-Tracy.
Temps contemporains. — En 1830 et pendant près de quatre àciif ans, les universités furent presque désorganisées et beaucoup A professeurs distingués quittèrent notre pays. Dans cet intervalle, h doctrine philosophico-ultramontaine de Lamennais et le sodiIisÉ| philosophique de Saint-Simon se firent quelque jour cba L'abbé G. Moens entreprit en 1832 une réfutation de Saiot-I Le comte Hknri de Mérode et le marquis de Beaufort, dans un ( intitulé : De l'esprit de vie et de Vesprit de mort (1833), profe les doctrines de l'école théologique et combattirent le rationalisme-I terrain se préparait peu à peu pour la fondation d'une institution ^ devait exercer une grande influence en faveur du maintien du pMft Les années 1834 et 1835 furent signalées enfin par la réorgani» tion de deux universités de l'État, l'une à Gand, l'autre à Li^ d par la fondation de deux autres universités indépendantes de TÉM^ l'université libre de Bruxelles et l'université catholique de MabM d'abord, puis de Louvain, ainsi que par la création du jury centnl d'examen. Le programme des facultés de philosophie s'âaifi et l'on y vit figurer : l'anthropologie, la logique, la philosopUl morale, la métaphysique, l'esthétique, l'histoire de la philosopMl ancienne et moderne. Malheureusement, plus tard (1857), l'introduction des jurys combinés et celle des cours à certificat furent oft pas en arrière, et les études philosophiques obligatoires fuMt restreintes à la psychologie pour la majeure partie de la jeunesie belge.
A l'université de Gand réorganisée, ce fut François Huet, un Français, qui occupa pendant quinze ans la chaire de philosophie. Élè{V6 de Bordas-Demoulin, qui professait une sorte de néo-cartésianisnie en même temps que de néo-christianisme, Huet forma plusieurs élèves distingués; il est mort en 1869, après avoir abandonné se premières idées et s'être tourné décidément vers le rationalisme Gustave Callier, disciple de Huet et son successeur dans sa chaire i Gand, penseur sérieux et orateur remarquable, est mort à la tâcb avant son maître, mais en rationaliste comme lui. Citons encore
pour l'université de Gand, M. Paul Voituron, Léon Wocquier, M. J. Delbœuf et M. Oscar Merten.
A Liège, nous rencontrons, comme à Gand, pour premier professeur de philosophie un Français, nourri du spiritualisme de Técole ëcleclique uni à des convictions catholiques, Hippolyte Gibon, de Uigle, qui ne donna qu'une ou deux leçons (1836). Emile Tandel, de Loiembourg (1804-1850), remplaça Gibon et occupa la chaire de philosophie pendant une quinzaine d'années. A Tandel succéda
, 1. Ch. Loomans, de Lanaeken, élève de l'université catholique, qui I bit des études philosophiques sérieuses. M. Alphonse Le Roy, de
'• Liège, ancien élève de l'université de Liège, partage avec M. Loo- ■ans, depuis 1850, l'enseignement de plusieurs branches de la philosophie. M. Nicolas Schwartz, de Scherpenzeel en Prusse, mais litoralisé belge, a enseigné surtout l'histoire de la philosophie, à liége, à partir de 1837. En dehors de luniversité, Pierre Kersten, léffacteur en chef pendant de longues années de la plus importante mue catholique belge, le Jaurml historique et littéraire, y a publié ée nombreux articles philosophiques, où il a combattu le rationalisme ■o&me, ainsi que les idées de de Bonald sur lorigine du langage. Luniversité catholique continue la tradition de l'ancienne univerâtéde Louvain,oùla philosophie était au service delà théologie, avec ttlte difTérence que, par son organisation affranchie complètement de toute intervention du pouvoir civil, elle est encore plus dévouée IBX doctrines ultramontaines. Quoi qu'il en soit, plusieurs profestturs se sont distingués, sinon par l'originalité de leurs doctrines, m moins par leur habileté d'exposition et de coordination. Le chaloioe Casimir Ubaghs nous en offre un exemple. A côté de lui, ffieolas-Joseph De Cock, de Tubize, a enseigné la philosophie morale JBsqu'en 1848. François-Xavier De Ram, de Louvain( 1804-1 865), le premier recteur de l'université, a publié en latin un Manuel d'his- Im de la philosophie ancienne, bien qu'il n'ait pas enseigné cette kniDche, confiée dans les premiers temps avec la métaphysique à MNorwégien converti, Nicolas Moeller. Arnold-Pierre Tits, d'Aelst prèsdeSaint-Trond (1807-1851), professeur dans la faculté de théologie, a eu pour élève l'un des professeurs les plus distingués de la fccuhé de philosophie, Nicolas- Joseph Laforêt, de Graide (1823- 1872). On peut encore rattacher aux études philosophiques les travaux remarquables de M. Félix Nève, ainsi que ceux de V. Thoûissen.
L'enseignement catholico-philosophique se donne non-seulement
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à Louvain, mais en outre et, sans parler des séminaires, à Tinstîti Saint-Louis de Bruxelles et dans les collèges des jésuites. La philc Sophie rationaliste, au contraire, fille du libre examen, ne compi guère qu un centre important, l'université libre de Bruxelles. Ces là que, de 1834 à 1848, Henri Ahrens, de Salzgitter dans leHanovi (1808-1874), a enseigné une philosophie qui, prenant son pointa départ dans le moi, remonte à Dieu comme au principe de la scienci et qui, combinant la méthode analytique avec la méthode syntW tique, tient compte des données fournies par l'observation et l'expo rience, sans exclure l'infini et l'absolu. A côté d'Ahrens, M., Théo dore Schliephake, du Hanovre, également disciple de Krause, enseigné quelque temps l'histoire de la philosophie. Depuis 184{ c'est M. Guillaume Tiberghien, de Bruxelles, qui a remplacé Ahrens son maître, et c'est lui qui aujourd'hui enseigne toutes les branche philosophiques.
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