‹ Patria belgica; encyclopédie nationale ou exposé méthodique de toutes les connaissances relatives à la Belgique anicenne et moderne, physique, sociale et intellectuelleChapitre 10 sur 37 · AUTRES LANGUES · texte numérisé non relu

AUTRES LANGUES

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remarquera, par l'élude de ces chiffres, que la progression du lis, de 1846 à 1866, est bien minime en ce qui concerne les nnes pour lesquelles, dans les deux recensements, le français déclaré comme langue unique ; nous voyons le chiffre proporel se modifier de 421 à 423 pour cent. Le rapprochement de la que « flamand » du tableau de 1846 avec celle du tableau de fait constater une diminution de 72 pour cent, mais nous reons 65 pour cent de ce déficit dans les rubriques du tableau 166 concernant les personnes parlant le flamand concurremavec le français ou lallemand. Ces rubriques manquent dans (levés de 1846, et ce sont elles particulièrement qui pourraient îr une base quelque peu sûre pour mesurer les progrès réels iDçais.

ur nous résumer, nous pouvons, d'après les documents de , établir en chiffres ronds les proportions suivantes :

bitants parlant le flamand .... 50.0 pour cent. » » le français .... 42.5 »

}> )> les deux langues. . . 6.5 »

lOGRARHiE. — Jules Céssr, De Bello gallieo; Holzmann, Kelten und Germanen, Stutt- B55; Ferdinand Henaux, Êtude$ hittoriques et Httèraireê sur le wallon, Liège, 1843;

Charles Grandgagnage, De Vorigine des Wallons, Liège, iBS>% ; le même, Dictiomiairt <ty«tlogique de la langue wallonne (inacheyé), Liège, 4847-i8S0; le même. Vocabulaire ia wkâens noms de lieux de la' Belgique orientale, Liège, 1859; Bormana, Lettre à M. Ooriei Grandgagnage (Bulletin de Tlnstitut archéologique liégeois, II, 499); Raoux, Mémàn l'origine des langues flamande et wallonne (Mémoires couronnés de TAcadémie ro3rtle, \ 4826); Schayes, La Belgique pendant la domination romaine, 3 toI. in-8*, Bruxelles, 4891- 4859; Finnenich, Germanien's Vôlkerstimmen, 3 toI. gr. in-8«, Berlin, 18431854; Rton, Mémoire sur l'ancienne démarcation des pays flamands et wallons aux Pays-Bas (Koareiii mémoires de TAcadémie. IV, 48^25); Richard Bdckh, Der deutschen Volkszahl und SpracfcfcbiâLindeneuropûischen Staaten, in-8o, Berlin, 4870; Auguste Scheler, Dictionnaire iTÂfmologie française dtaprès Um rénUtau de la science moderne, nouvelle édition, gr. ia-9*, Bruxelles, Muquardt, 4873.

Par M. L. ROERSCH, ProfMMor i TuniTCTtité de l.iégr.

Quand le monde ancien, déjà miné par la décomposition, sécroula sous les coups des barbares, sa civilisation ne périt pas tout entière : Fempire d'Orient se maintint à Constantinople durant tout le moyen âge et conserva, dans sa langue et ses lettres, des parties notables de la civilisation grecque, tandis qu'en Occident, le christianisme, triomphant du culte païen avant la chute de Rome, mais adoptant le latin pour sa liturgie et la défense de ses doctrines, contribua à sauver dune ruine totale la civilisation romaine.

Le latin resta donc la langue de l'Église et aussi celle de la science alors intimement unie à la théologie. Pour l'écrire ou le parier avec tjuelque pureté, on ne pouvait négliger complètement Fétude des auteurs anciens, mais on les étudiait moins pour s'imprégner de leur esprit que pour y trouver des règles de style et de grammaire. Peu de personnes cependant réussirent à écrire le latin d*une manière correcte et élégante. Les Pères de l'Église avaient naturellement le pas sur les auteurs profanes, et, comme ils avaient vécu à une époque de décadence littéraire, ils n'étaient guère propres à servir de modèles. D'autre part, la philosophie scolastique, création du moyen âge, inventa pour ses discussions une terminologie toute nouvelle qui, plus que tout le reste, altéi*a la latinité.

Insensiblement s'établit dans la généralité des écrivains ecclésissii* ques un style latin nouveau, s*éIoignant de plus en plus de laacieoae langue ; les auteurs anciens, complètement négligés, auraient pe«^ être péri, si une réaction énergique ne s'était produite en ItaÛe m xiv*^ siècle pour gagner ensuite les autres pays de TEurope. Ce m» vement, connu sous le nom de renaissance, n'exerça son influco* chez nous qu à la fin du xv^ siècle. Alors seulement la civilisalioi antique devint l'objet d'études méthodiques suivies, et, au xvi^ siëdej nos provinces eurent enfin des philologues. Nous pourrions doMl commencer à cette époque l'histoire de la philologie dans ooM pays ; mais notre travail ne serait pas complet si nous ne le faisîM précéder d'un court résumé de l'état des études latines au mojei âge.

Moyen âge. — Avant la chute de l'empire d'Occident, il y aval, dans toute la Gaule, des écoles de grammaire et de rhétorique. Cède de Trêves jouissait même d'avantages particuliers et compta pani ses élèves l'empereur Julien ; mais tout changea de face à l'invasioi franque. Cependant, quand les rois francs eurent embrassé la fd du Christ, ils furent désireux de s'approprier les restes de la civili* sation romaine et étudièrent le latin ; Chilpéric 1" manifesta mena tant de zèle pour la grammaire, qu'il voulut introduire quatre lettres nouvelles dans l'alphabet et qu'il ordonna denseigner et d'écrire dorénavant d'après cette orthographe. Un noble franc de la Hesbeje nommé Chrodegang, élève du monastère de Saint-Trond, se distiagua par son éloquence à la cour de Charles Martel, où il exerça les fonctions de chancelier avant d'être évéque de Metz (742). Biais h masse des Francs restait ignorante, et, vers le commencement de vin* siècle, cette ignorance gagne même le clergé et les ordres oo* nastiques. On doit à Charlemàgne une sorte de restauratioQ des études. Non content d'appeler .à lui des hommes éclairés de l'Italie et de l'Angleterre, il s'appliqua à s'instruire lui-même et à répandre l'instruction, mais, avant la fin du ix** siècle, par suite de ladivisioa des princes, de la faiblesse de leur gouvernement et des dêvastatioos des Normands, les États francs furent replongés dans l'ignorance d'où ils n'étaient pas entièrement sortis.

En dehors de la théologie, tout enseignement se rapporta aux sept arts ; la lecture et l'explication des anciens auteurs, surtout de» poètes, faisaient partie de la grammaire; mais le peu de fruit qu'ofl en retirait est attesté par les poésies de l'époque, qui méritent*

eioe ce nom par la forme métrique. Le poète, disons plutôt le verittteur, car rinvçntion et Tenthousiasme lui manquent absolunt, se contente presque toujours de mettre en hexamètres ou en itiques lliistoire dun saint, d*une église ou d*un couvent; lex- «ssion de sa pensée est souvent emphatique et obscure, la quantité laie n est pas respectée ; mais la langue ne manque pas d*une cerne pureté, car le poète imite Virgile ou Stace. L'abbaye de Sainl- Mmd, près de Valenciennes, était surtout fertile en écrivains de ce iire.Milon(morten 872) y composa un poème en quatre livres de 18 de dix-huit cents hexamètres sur la vie du patron de son couvent ; Doine Jean mit en vers la vie de sainte Rictrude, première abbesse

Narchienne; Hucbald, neveu de Milon, combinant la métrique âne avec les allitérations germaniques, écrivit, en l'honneur de larles le Chauve, un poème d'environ cent cinquante vers élégiales, dont tous les mots commencent par un C. On y répète, comme iriin, à la fin de chaque chapitre : Carminn clarisona Calvis cantate Manier. Cet exemple trouve encore des imitateurs au xvi* siècle. teélien Pierius de Cologne célèbre de la même façon la passion du krist, et un dominicain de Maestricht, Joannes Placentius (Jean le Wsant), né à Saint-Trond, mort vers 1548, décrivit, sous le nom tHpui porcorum^ une querelle de chanoines dans un poème dont 10$ les mots commençaient par un P.

Le X* et le xi* siècle n'étaient pas des temps favorables aux lettres. hvi, raptus, quodcumque nefas daminatur in oi'be, dit un poète ontemporain : partout régnaient le pillage, le meurtre, les crimes B toute nature. L'église de Liège seule et quelques monastères forleoi encore des centres d'études. On surnommait l'église de Liège la nourrice des beaux-arts. » Chaque monastère avait sa bibliolèque; un couvent sans bibliothèque, selon une expression du «nps, était comme un château sans arsenal : claustrum sine armaojiMïw castrum sine armamentario. L'homme le plus remarquable ft eetle époque, par sa connaissance de l'antiquité , fut l'évêque -atherius, né dans le pays de Liège à la fin du ix*" siècle. Pour se onaoler des ennuis d'une captivité qui dura deux ans et demi, il wivit un ouvrage assez original intitulé Agonisticon. C'est un îcueil d'instructions pour les personnes de tout âge et de toute conition; on y trouve cités Varron, Térence, Cicéron, Horace, Sénèque •Surtout Perse, qui avait pour l'auteur un attrait particulier. Sorti 5 prison, Ratherius alla en Provence diriger l'instruction d'un lils s grand seigneur et écrivit pour lui une grammaire avec le titre m. 27

plaisant de S^rvador^tim, les règles garantissant des feuteseiptftant des coups de verge.

Cependant, vers la fin du xi* et pendant tout le xii' siècle, il j eut un grand progrès dans l'étude de la littérature classique. Dift^ rents monastères étaient même initiés aux éléments du grec et p» fois de rhébreu. On trouve en effet, dans plusieurs manuscrits p»^ venant des abbayes de Saint-Amand, de Saint-Laurent à Liège el Gembloux, des phrases et des pages entières écrites en grec. WiboH| .descendant d'une Emilie noble du pays de Liège, devenu abbé Stavelot en H30, fut envoyé deux fois, par Tempereur Frédéric comme ambassadeur à Constantinople, à cause de sa connaissaoa du grec. Un Brugeois nommé Raoul ou Rodulfe, animé d un zèle pour les mathématiques, alla en Espagne apprendre Farabe lire les livres d'algèbre, et traduisit en latin, à Toulouse, en 1U| le planisphère de Ptolémée sur la version arabe de Moslem.

Tout contribuait, du reste, à l'extension des études : l'emploi à|| papier de coton, moins cher que le parchemin, facilitait la multqit cation des manuscrits. L'éducation devient plus littéraire, mais k goût n'est pas encore formé. La poésie latine est cultivée grande ardeur : on s'exerce sur toute sorte de sujets. Un moiof flamand, connu sous le nom de « magister Nevardus », raconte 6| vers les prouesses de Renard et d'Isengrin, les héros populaires 4 nos bois. Son poëme, divisé en quatre livres et comprenant eaviroi seize cents distiques, a été lobjet d'un savant commentaire di M. Bormans. Il a tous les défauts de son époque, mais il montrt souvent de l'esprit et du naturel. Un antre Belge, originaire dl. Lille, Philippe Gaultier de Châtillon, chanoine de la cathédrale dfr Tournai, mort vers 1201, composa, d'après la matière fournie pir. Quinte Curce, un poëme héroïque sur Alexandre, sous le tiW d'Alexandreis sive gesta Akxandri Magni, Il obtint un tel succè$t qu'au siècle suivant il fut lu dans les écoles, de préférence aw auteurs anciens, et que, de nos jours encore, on en cite des vere devenus proverbes. 11 ne manque, en effet, ni de grâce ni d'élégance et il nous offre quelques descriptions bien réussies. Francon, abbé d'Afflighem, n'acquit pas moins d'estime pour son poëme surli gloire des Bienheureux; Thierry, abbé de Saint-Trond(moirtenH07)i se distingua dans des satires; Joseph Iscanus, né à Exeter (enhtis Isca) dans le comté de Devon, enseigna les lettres en Belgique ei écrivit, d'après Dictys de Crète, un poëme célèbre sujp la guerre de Troie ; un autre poëme sur le même sujet fut composé par Odon

HISTOIRE DE LA PBILOLOGIE. 4ii

rOrléans* dont les leçons données à la cathédrale de Tournai vrent un succès extraordinaire, et le même Odon, devançant Fidée bdu Bartâs, écrivit un long poëme sur les premiers versets de la icoèse ou Touvrage de six jours.

Le mf siècle fut remarquable par l'extension des études philo- ■phiques. La scolastique y brilla de tout son éclat, mais en exerwà une influence funeste sur les études classiques. La nouvelle ■minologie.flt dégénérer entièrement le latin de son antique petë. La poésie elle-même, ne cherchant plus ses modèles dans tîquité, se distingua de la prose par la rime. Toutefois, beaucoup mes ainsi composées ont une valeur incontestable par lenthoune religieux qui leur a donné naissance. Pour le reste, Aristote i est en honneur, et on l'explique dans une traduction latine, de MRrence dans celle de notre «compatriote Guillaume de Moerbekc, |ÉU fidte directement sur le grec, jouit encore de nos jours d*une tipstation méritée.

Vais, tandis qu en Belgique, comme en France, les lettres étaient ligligées pour la théologie et la philosophie, Tltalie s'enflammait Inthousiasme pour les charmes de la Muse antique et faisait de la MMiuration des 'lettres une œuvre nationale. Les princes italiens Missent, à grands frais, les trésors de l'antiquité et font fouiller pair leur compte tous les monastères de l'Europe. Les auteurs, mherchés jadis, quand on les lisait encore, comme modèles de vigies grammaticales, sont étudiés maintenant pour leur goût litté- «TO. Un style latin élégant et correct devient le signe d'une bonne éhcAÛon et le seul moyen qui puisse conduire aux honneurs. Bienm le latin ne suffit plus à cette ardeur d'érudition : la littérature Ipecque est appelée à lui fournir un nouvel aliment. La prise de mstaotinople augmenta le nombre des hellénisants, mais l'impul- •oa était déjà donnée, et Ton serait allé chercher les savants grecs, •"Bs D'avaient été forcés de venir s'établir en Italie.

Rbxaissanxe. Période des humanités (1480-1540). — Pendant tout W siècle, la renaissance des études de l'antiquité n'exerça aucune ttfcience marquée sur notre pays; mais les rapports avec le saint- ^égè étaient trop fréquents pour qu'un tel mouvement pût rester ÇDorë et sans effet. Les dignitaires des églises belges qui se ren- Hm à Rome, honteux de parler ou d'écrire un langage réputé Miiare, cherchaient des latinistes pour leur servir d'orateurs ou e secrétaires, et se faisaient accompagner de jeunes gens capables

4i2 BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.

de s'approprier les beautés du style classique. D'un autre cdté, h j cour brillante des ducs de Bourgogne favorisait, dans les te comme dans les arts, tout ce qui tendait h épurer le goût; etc la connaissance du latin était requise pour les relations dipto ques, elle avait en haute estime les hommes qui, h Yexempki Italiens, savaient donner une tournure élégante h Texpressioij leurs pensées. Non-seulement les copies des classiques se plièrent chez nous dès la première moitié du \\^ siècle, maisl écrits des humanistes italiens pénétrèrent aussi dans nos con Un simple chanoine de Saint-Paul, à Liège, Henri de Piro,J vers 1440, au chapitre de son église les principaux auteurs I et plusieurs ouvrages de Pétrarque. L'université de Louvaio, I en 1426, reçut l'organisation de celle de Paris et n'eut d'i aucun cours pour l'interprétation des auteurs; mais Ton y atti plus d'importance qu'ailleurs au cours de rhétorique et l'on i rageait les élèves à lire les anciens auteurs. Ces lectures bientôt facilitées par l'imprimerie.

On aspirait donc h s'abreuver aux sources nouvelles et Foû i cherchait partout les hommes capables d'en faciliter l'accès, eux se distinguait surtout Rudolphe Agricola (Roelof Huysman,! à Baflo, près de Groningue, en 1443). Ayant achevé h VzmA\ , Ferrare son éducation littéraire ébauchée à Louvain, il était i en Belgique avec une grande réputation de styliste et une codd sance de l'antiquité inconnue jusqu'alors. Maximilien voulut fil cher à sa cour; mais Agricola aimait avant tout son indépeod et se borna à répandre autour de lui, par sa parole et sesécrilij l'enthousiasme qu'il éprouvait lui-même pour les beautés des ( siques. Les hiéronymites répondirent au vœu du temps en io duisant dans leur programme l'explication de quelques auteMi anciens. A leur exemple, plusieurs collèges de la acuité des art» 1 1 Louvain enseignèrent le latin d'après des principes plus ratioDoeb' < Les lettres étaient cultivées avec soin au collège du Lys : elles iroi* i vèrent un solide appui dans le président de ce collège, Jean N»n0 i (de Neve) et dans Martin Dorpius (Van Dorp). Afin de stimuler le zèle des élèves pour le latin classique, on fit représenter, cosuM cela se pratiquait en Italie, des comédies de Plante. Dorpius cosposa, en 1508, un prologue fort original, dans le style de Plaotei pour la représentation de YAulularia, et compléta lui-même les polies perdues de la pièce. Ces efforts étaient secondés par Adrie« Barlandus (van Baerlandi).

]hiâ celui qui contribua le plus à la restauration des lettres classiau poiul de mériter le surnom de retmscentis elegantiœ pareils, MDesiderius Erasmus (Geert Geemerts, né à Rotterdam en 1467, hort à Bâle en 1536). Élève de Técole de Deventer, il s était épris Bu grand amour pour les lettres, et quand Tévéque de Cambrai, tvri de Bergues, chercha un latiniste pour l'accompagner à Rome, kliii désigna Érasme comme le plus capable de remplir cette mis- ^0L L'évéque fournit au jeune littérateur les moyens d'aller comses éludes à Paris. Depuis, Érasme résida tour à tour en rre, en Belgique, en Italie, en France et en Allemagne, mais, ir de 1502, il parut considérer Louvain comme sa patrie, et vivement à tout ce qui pouvait y faire prespérer la culdes lettres. Or, il n y existait encore aucun cours régulier pour •relation des auteurs; le grec était à peu près ignoré et pern*eùl été capable de comprendre une phrase dhébreu. Érasme Nuva un concours généreux dans un des membres ecclésiastiques h grand conseil de Maliues, Jérôme Busieiden (né à Arlon d'une IpoUe noble, vers 1470), qui légua par testament les fonds nécestaim pour l'érection d'un collège destiné à l'enseignement des trois pigiies savantes. En 1518, un an après le décès de Busieiden, le HBége fiil ouvert sous le nom de son fondateur, mais il rencontra Me si vive opposition dans le sein même de l'université, que, pente les vingt premières années, son existence fut plus d'une fois Moacée. Les professeurs, élevés d'après le système scolastique, «MUiail leur réputation entamée par l'introduction de la littérature lUIologique, base d'une science nouvelle. . Les théologiens et les Mitres es arts, les jurisconsultes et les médecins, tous s'indi-

Cent de voir leur langage traité de barbare et leurs disputes es d'ineptie. Ils croyaient savoir assez de latin, quand ils avaient %ris à décliner et à conjuguer. A quoi bon toutes ces élégances? « Plus on devient bon grammairien, disait Jean Dullard, professeur <k théologie, plus on devient mauvais dialecticien et mauvais théologien », et Bartholus s'écriait dédaigneusement dans son langage : fi^Hrbibus non curât juiiscomulttis. Pour beaucoup la langue scobstique était la science elle-même : une chose dite en bon latin àtit de la grammaire ; la même chose exprimée en latin de l'école teit de la philosophie. Les élèves s'en mêlaient de leur côté, et, sofome le collège de Busieiden était établi sur le marché aux poisiOOS,ils répétaient cette belle phrase : Nos non loquimur latinum de fro pi^ium, sed loquimur latinum matris jwstrœ Facultatis.

V.n autre motif d'apposition était fondé sur la crainte de ml nouveau système d*études ébranler la foi catholique. Jiisqaldl interprétation biblique avait été faite sur la Yulgate; or, qodlei rite aurait encore cette version s'il était permis d'invoquer elle le texte grec ou hébreu? Et la constitution même de YÈfjmi courait-elle aucun danger, si les Écritures étaient soumises à fi mon d'une science profane? La révolution religieuse de Lulheri blait donner raison à ces esprits timorés, et, s'il était diflSdle'J rejeter la faute sur les humanistes, il n'était pas moins vrai < beaucoup de points Luther avait profité de leur polémique, j plusieurs défenseurs de l'Église confondaient-ils les prou les humanistes dans une réprobation commune et s'élevaient < les études philologiques comme dangereuses pour la foi. Lesc et les dominicains surtout se laissaient emporter aux excès d'uBÏ désordonné : ils tonnaient du haut de la chaii*e contre l'étude d langues et appelaient le collège de Busleiden une pépinière < sies. Mais, grâce à l'appui de l'opinion publique, à la faveur^ princes et h la protection des papes eux-mêmes, la philologie i triomphante de la lutte, et le collège de Busleiden prospéra ( de toute attente. Érasme, du reste, ne cessa de veiller sori œuvre, guidant les professeurs de ses conseils, les stimulant | l'éloge ou le blâme.

Les premiers titulaires des cours furent, pour le latin. Ad Barlandus; pour le grec, Rutgerus Rescius (Rutger Ressen, nél Maeseyck); pour l'hébreu, un juif espagnol converti dunomdelM^I thijeus Âdrianus. Barlandus quitta sa charge l'année même deftl nomination, et eut pour successeur Conrard Goclenîus (Gockelei)»! Rescius enseigna le grec jusqu'en 1545, l'année de sa mort. D'aBO»| part, Adrien Amerot, originaire de Soissons, mais venu fortjei à Louvain, enseignait les éléments du grec au collège du Lys,*] publia, en 1520, un essai de simplification de la grammaire greoqM. Amerot fut surpassé par Nicolas Clenardus (Cleynaerts, de Diest), qui, sans être professeur en titre, enseigna à Louvain, même al collège des Trois-Langues, les éléments du grec et de l'hébreu, d'après une méthode toute pratique; il devint surtout célèbre para grammaire, ou Institutiones linguœ grœcœ, qui fut maintenue comme livre d'enseignement dans plusieurs pays de l'Europe jusqu'à la fift du siècle dernier. Ni Amerot, ni Clénard ne s'étaient occupés de h syntaxe : cette lacune fut comblée, quoique fort imparfaitement, par Jean Varennius (Van der Varen, de Malines), qui publia, en 15â2,

I syntaxe de la languç grecque, souvent réimprimée. Quant au

ioimaire, on accueillit avec faveur l'ouvrage de Jacob Ceratinus

. Teign, de Horn en Hollande), qui parut à Bâle, avec une préface

isme, en 1524.

Le Doctrinale d'Alexandre de Ville-Dieu, employé jusqu'alors pour eignement du latin, devait être remplacé par des livres plus opriés aux besoins de l'époque. Jean Custos de Brecht en Bra- Dt, successivement professeur à* Louvain, à Groningue et à An- I, mort en 1526, substitua des hexamètres sans rime aux vers as S Alexandre^ écarta un certain nombre de barbarismes et plus d'ordre dans les règles. Mais son plus grand mérite est voir préparé la voie à son élève Jean Despautère, qui fonda iir ainsi dire chez nous l'art grammatical et reçut le surnom de îi nontri Priscianus. Né à Ninove, vers 1480, Despautère enseii tour à tour à Louvain, à Bois-le-Duc, à Bergues-Saint-Winoc et kComines, où il mourut en 1520. Ses différents traités grammaticaux j^faent réunis plus tard, en 1537, sous le nom de Commentani fjgnmmadei. Ils comprennent les Rudiments, la Lexigraphie, la Dtaxe, la Prosodie et de petits traités sur les figures et sur l'art ^^pistolaire. Les Rudiments apprennent à distinguer les parties du Âscours et donnent les règles les plus générales, par demandes et ptr réponses. La Syntaxe est fort complète pour tout ce qui concerne l'accord des noms et des verbes et le régime des cas. L'auteur iqMiisé pour cette partie tout ce que la littérature latine alors pu- Uiée lui offrait de ressources; mais, chose étonnante, il n'y a, dans celte syntaxe de 174 pages in-folio, aucune règle sur l'emploi des ■odes et des temps. La lecture de Despautère devient surtout intélessante par sa polémique contre les grammairiens scolastiques, (pi fait de sa syntaxe un livre plein de chaleur et de vie. On appliquait, dans les écoles, tous les raisonnements de la dialectique la plus subtile aux questions grammaticales. Despautère a le mérite d'avoir signalé le ridicule de ces raisonnements en grammaire et d'avoir établi que dans cette science il n'y a d'autre raison ni d autre autorité que l'usage des bons auteurs. Ce dernier point, il le maintenait aussi* contre ceux qui combattaient ses règles par des citations de la Vulgate ou des hymnes de l'Église ; il leur répondait par des vers, qui passèrent en proverbes :

Grammalicœ leges plerumque EccUsia sprevit. Tu vivendo bonos, loquendo sequere periios.

Un pareil langage parut bien hardi et nuisit d abord au succès da livre, mais le bon sens tinit par lemponer, et, dans uu synode \m h Malines, la Grammaire de Despautère fut adoptée pour nnstrutlion de la jeunesse. Elle se maintint dans beaucoup de nosécoleSi du moins en abrégé, jusqu au commencement de ce 'siècle. Si France aussi elle fut longtemps employée : Sganarelle débile encon, dans le Médecin malgré lui, la première règle de la deuxième partii des Rudiments : Deus sanctus, etc.

A côté de la grammaire de Despautère, il y en .avait plusiemi autres, que nous croyons superflu d'énumérer. Lipse se plaigml plus tard d*avoir dû changer de grammaire à chaque changenial de maître. Sollicité en 1585 par Plantin de composer une nou?* grammaire latine, il s y refusa par la raison que rien ne nuisait phi à l'instruction de la jeunesse que la multiplicité de ces sortes d» livres.

Despautère était encouragé et soutenu dans ses travaux pir Georges de Hallewyn, seigneur de Comines, attaché à la cour de Charles V et ambassadeur près d'Henri VlU. Ce fut un des principaux promoteurs de la renaissance : non content de se &irek Mécène des littérateurs, il travailla lui-même au progrès des lettres par son remarquable ouvrage ayant pour titre De restauroHm linguœ latinœ libri VI et traitant de tous les points qui se rapjKM^ talent à Famélioration du style latin : renseignement grammatical, les lectures à faire, les auteurs à imiter.

La version des ouvrages grecs en latin formait, avec la publication des auteurs, une des principales occupations des philologuesde celte époque. Très peu de personnes pouvant lire les écrivains grecs dans le texte original, une traduction latine était le seul moyen de les faire connaître à un public un peu étendu.

Cependant, la préoccupation un peu exclusive de la forme devenait un danger pour la philologie. A quoi bon tant d'études, si Ton ne pouvait retirer d auti*e fruit de son travail que d'écrire le latin avec plus ou moins d'élégance? Les Italiens s'imposaient un labeur inouï pour approcher du style de Cicérou. Une nuit entière, à te entendre, n'était pas de trop pour composer une seule phrase, ^ encore fallait-il que cette phrase fûtensuite revue et retouchée. I^ Belgique vit naître un de ces cicéroniens dans la pei'sonne de Chfi^ lophe Longolius, né à Malines en 1489 et élevé à Paris dès ràged* neuf ans. Il s'attacha à l'étude de Pline l'Ancien, mais s'acquit su^ tout une grande réputation par ses lettres, dans lesquelles il seïD'

ail, à force d'imitation, i*eproduire à sy méprendre le style de fiérou. Rome le jugea digne du droit de cité, et, quand il mourut à irme, en i522, à Tàge de trente-trois ans, Tltalie entière pleura sa ste. 11 était nécessaire que les anciens devinssent lobjet d'études lus sérieuses et que le fond de leurs écrits attirât les esprits autant je la forme. Érasme comprit combien le système italien était prédiciable à la cause de la renaissance et le combattit dans deux de s écrits. Tandis que les Italiens attachaient aux mots une imporoce exagérée, Érasme enseigna qu*il ne suffît pas, pour bien rire, d*acquérir Tabondance des mots, qu'il faut encore TaboniDce des choses (de duplici copia verbomrn ac rerum). Dans le keronianusy dialogue plein d esprit et de bon sens, il tua sous le dicule le pédantisme des imitateurs serviles de la phrase cicéroienne et il montra, comme Horace et plus tard Boileau, qu avant 'éerire il faut apprendre à penser. En d autres ouvrages Érasme lit admii^r la sagesse des anciens dans les proverbes et dans les eotences ou paroles célèbres de leurs grands hommes. Le recueil ^Adages, contenant lexplication de 4,000 proverbes, est le fruit roue étude longue et laborieuse dans le vaste domaine de la littéi*ave ancienne ; de nos jours encore, c est un ouvrage de haute aleur que rien dans ce genre n'est venu surpasser. Les huit livres Afopkthegmes n*ont plus la même importance, mais, à Tépoque trasme,ils étaient d'autant plus utiles que l'on connaissait à peine I plupart des ouvrages auxquels l'auteur les avait empruntés. nme ne se distingua pas moins par la publication, dans des édi- ODS plus correctes, de nombreux auteurs, parmi lesquels Térence, s Ofices et les Tusculanes de Cicéron, Sénèque, Quinte-Curce, Jétone, les Scriptoies histonœ Augustœ. 11 tit pai^ître aussi la preière édition complète des œuvres d'Aristote et Yeditio princeps de olémée. En effet, la littérature grecque tentait aussi bien que la Wrature latine la grande activité d'Érasme. Pour propager l'étude grec, qu'il avait appris plutôt seul qu'avec le secours d'un maître, traduisit la gi-ammaire de Théodore Gaza, chercha à fixer une >aonciation de la langue plus mtionnelle et plus facile que celle i Grecs modernes, et traduisit en latin plusieurs opuscules de (^ien, de Plutarque, de Libanius, de Galenus, dlsocrate, de (ïophon et deux tragédies d'Euripide.

Tous ces ti-avaux étaient destinés à propager et à augmenter la bùce de l'antiquité profane. Mais là ne se bornait pas le rôle aasme : l'Ecriture et les Pères de l'Église furent di* sa part l'objet

d*une étude non moins étendue, et on lui doit, outre h preimère édition du texte grec du Nouveau Testament, la publication de plusieurs auteurs chrétiens, parmi lesquels saint Gyprien, saint Hihdre, saint Irénée, saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme, Lactanee et Origène.

On voit, par ce court aperçu des écrits philologiques dlËrasme, qu il assignait à la philologie un rôle bien plus vaste que cdm d'améliorer le style ou d'épurer le goût. Le mouvement intellectuel, auquel il travaillait avec tant d*ardeur ne tendait à rien moins qiA édifier, sur les ruines de la science du moyen âge, une scieoee nouvelle. La scolastique avait tout envahi : la théologie, comme II philosophie, était devenue un amas incohérent de subtiUtés; m interrogeait rarement l'Écriture, et les Pères étaient complétemesl négligés ; les autres sciences, si Ton daignait s en occuper, n'étaiefli qu une suite de raisonnements vains et confus, fondés sur une logique dépravée, pour laquelle la manière de discuter lemportaîl sur l'objet de la discussion. On comprit que la théologie devait étr établie sur l'autorité des Écritures et des Pères, étudiés dans le terl original. Créer, pour les sciences expérimentales, la méthode qu leur convenait était encore impossible : on était trop habitué &«: livres pour pouvoir s'en passer; mais, s'il Mait des livres, qi» progrès ne réalisait-on pas en remontant aux éléments des sdenoi tels que les Grecs les avaient posés? De là résulte la haute impo tance de la philologie au xvi* siècle. Elle est la régénératrice (L^ lettres, le fondement et la clef de toutes les sciences.

La renaissance était comprise dans le même sens par Jean-Loua Vives, né à Valence en 1492, mais appartenant plutôt à la Belgiq«i qu'à FEspagne, car il fit chez nous ses dernières études et pubJi en Belgique la plupart de ses écrits. Après avoir profité à Lowfm des conseils d'Éi*asme, il y enseigna de 1520 à 1523, puis il s^ journa cinq ans en Angleterre et se fixa finalement à Bruges, où mourut en 1540. Son ouvrage capital. Des causes de la dégénér^^ cèhce des sciences {De causis coiruptarum artium), expose les vices des anciennes méthodes et les moyens d y porter remède. Le liirrc abonde en idées justes et élevées, mais, en général. Vives est trop préoccupé de la forme et semble plus d'une fois n'avoir blâmé les scolastiques qu'à cause de la barbarie de leur latin.

Rien ne prouve mieux la gloire que s'étaient acquise nos philologues et la renommée dont jouissait déjà le collège de Busleiden, que l'appel tait aux Belges par François I". Bartholomaeus Latomus

(Barthélémy Massoo, né à Arlon, mort eu 1560) professa neuf ans à Paris, interprétant dé préférence les ouvrages deCicéron. Jodocus Badius, surnommé Ascensius du lieu de sa naissance qui était issche dans le Brabant (mort en 1535), enseigna les lettres à Lyon et y écrivit des explications simples et claires, eiiarratioiies fami- Hares, sur la plupart des auteurs latins. Son commentaire sur Horace est estimé encore de nos jours.

Si Ton examine les écrits latins de cette époque au point de vue du style, on y trouve de la facilité et de l'abondance, mais, si la toamure générale de la phrase est conforme à celle des bons auteurs htins, l'expression prise isolément est souvent fautive et même eoQtraire à la correction grammaticale.

La poésie latine, cultivée aux plus mauvais jours du moyen âge, bt encore plus en honneur pendant la renaissance. Il semblait qu'aueuû humaniste ne pût être étranger à l'art de faire des vers, et l'on comptait autant de poètes que de latinistes; mais beaucoup écriraient malgré Minerve, produisant des hexamètres et des penta- Dftètres qui ne se distinguent guère de la prose que par le rhythme. Encore pèchent-ils souvent non-seulement contre la propriété des termes, mais encore contre la prosodie.

Pierre Gilles, secrétaire de la ville d'Anvers (mort en 1533), flïérila l'éloge de Thomas Morus pour ses épigrammes et des élégies. Kemacle Arduenna (né à Florennes en 1480), secrétaire du conseil privé de Marguerite d'Autriche, auteur de trois livres d'épigrammes, ^élégies erotiques et de poésies religieuses, passait pour un des ''Meilleurs poètes de son temps ; mais sa renommée pâlit bientôt de- '^Ut celle de Jean Second. Nicolas Everts de Middelbourg, successivement conseiller à Malines, président du conseil de la Haye et ^^ celui de Malines, eut le bonheur d'avoir cinq fils que la nature ^v^it comblés de tous ses dons. Le plus jeune, Jean (avec le surnom *^ Secundus pour le distinguer d'un oncle paternel du même nom), '^^ à la Haye en 15H, composa dès son enfance des vers latins avec ^^e rare fecilité. Son talent d'écrivain lui valut la place de secré- ^ire près de deux prélats et enfin près de Charles-Quint, qui l'apï^laen Afrique en 1536; mais il mourut en route, ûgé seulement de ^Bgt-cinq ans et fut enterré à Tournai. 11 laissait un volume pré- ^i^ux, qui ne vit le jour qu'en 1541, ^ràce aux soins pieux d'un de ^^ frères. C'était un recueil de poésies, dans lesquelles brillaient spécialement une cinquantaine de pièces légères réunies sous le ^om de Baisers. Vénus, dit le poète, avait porté son fils Ascagne sur

le mout Cytbère et Tavait couché endormi dans un pré parsemé de roses. Tout à coup elle croit reconnaître, dans Timage de reofintt,!» traits d'Adonis ; elle veut lembrasser, mais, craignant de réveiller, elle porte ses lèvres divines sur les roses d alentour, qui, changées en baisers, répandent dès loi*s la joie dans le monde. Le poète lo chante dans des mètres divers, et, quoique la matière reste toujoon la même, il sait varier ses sujets et donner à chaque pièce un attrat nouveau. Frais et gracieux, simples et élégants à la fois, les Yen de Jean Second peuvent être mis en parallèle avec les meilleurs de l'antiquité. 11 fut moins heureux dans les poésies lyriques, quoique I ici encore sa veine poétique ait créé quelques odes splendides. Le quatrième des fils de Nicolas, né à Malines un jour consacré à k' Vierge et à saint Adrien, reçut le nom de Hadrianus Marius.Sei poésies ressemblent à celles de son frère pour la richesse de l'expression, la douceur du style et la fraîcheur des images, mais il bt beaucoup plus négligent dans remploi du mètre. Mai*ius mourut à Bruxelles en 1568. Enfin, le troisième des fils du président naquit à Louvain, dans le pays des Grudiens, ce qui lui valut le nom de Nicolaus Grudius. Il fut secrétaire des états du Brabant et de Tordre de la Toison d'or, conseiller de Charles Vet de Philippe II et mourut en ambassade à Venise en 1571. On lui doit deux recueils de poésies : des poésies religieuses, qu'il intitula Negotia, et des poésies profanes portant le titre dVtia. Il excella dans Télégie : tout en restant original, il s'appropria si bien le génie de TibuUe qu'en lisant plusieurs de ses poésies on les croirait écrites par le poéw romain. Parfois cependant il n a su résister au mauvais goût (le son temps et ses œuvres sont déparées par des jeux de mots, des chronor' grammes et autres bagatelles à la mode.

Période d'érudition (1540-1700). — Les humanistes, au commencement du xv!"" siècle, avaient accompli un double travail: ils avaient chassé des écoles ce qu ils appelaient la barbarie et inspiré le (Mill^ de l'antiquité. Vers le milieu du règne de Charles-Quint, les auteurs anciens étaient reconnus par tous comme des modèles parËdts de bon goût, et leur étude semblait indispensable à tout esprit cultiva- Cependant ces auteurs tant admirés étaient encore peu compris : il^ circulaient dans des textes souvent altérés et étaient rendus obscurs par des difficultés inhérentes à la langue, aux sujets traités ou pv allusions fréquentes à des coutumes et à des événements ignorés alors. Un grand travail d érudition devenait indispensable et noire

HISTOIRE DE LA PHILOLOGIE. 4Si

pays y prit une part très-grande : une foule d**auteurs anciens parurent dans des éditions soigneusement revues et commentées; on entreprit, en Belgique, de savantes recherches sur les antiquités et rhistoire^et ce furent encore des Belges qui rédigèrent les premiers recueils d'inscriptions et de médailles. Nos philologues se placèrent parmi les plus illustres de Fépoque; un d'entre eux, Juste Lipse, partagea la palme de Térudition avec Scaliger et Casaubon, et forma avec eux, selon une expression du temps, le « triumvirat littéraire. »

Vers le milieu du siècle (de 1540 à 1570), se produit en Belgique UQ mouvement intellectuel dont nous avons le droit d*étre tiers. Mais bientôt le sol belge est ensanglanté par les luttes contre rSspagne, Quelques-uns, comme G. Ganter, continuent, au milieu du bruit des armes, leurs paisibles études; d'autres, tels que Vulcaoius et Lipse, vont répandre la science dans la libre Hollande, d autres encore, comme Modius, errent à l'étranger pour chercher un abri. Meetkerke, Nansius, Gruquius, une foule d'autres, quittent te pays. En vain Lipse ramène-t-il plus tard à Louvain la gloire d'un grand nom : l'ère de la vraie philologie est passée; on n'étudie plus 'es auteurs anciens qu'au point de vue du style. Au xvn* siècle, la poésie latine devient la principale préoccupation littéraire. Les jésuites surtout, qui dirigent l'enseignement humanitaire à partir de 4584, excellent dans l'art de manier la plume et comptent plusieurs poètes remarquables.

Jetons maintenant un coup d'oeil rapide sur les travaux de nos philologues de 1540 à 1700 et voyons les progrès qu'ils ont réalisés : ^^ dans la critique et l'interprétation des auteurs ; 2** dans la gi^am- *^^îre, les antiquités, l'histoire et l'archéologie; 3** dans le style *^tîiî en vers et en prose.

I. — Critique et interprétation. — Il y avait deux moyens de cor- "^ection ou deux sortes de critiques : celle qui était fondée sur les '^îiBuscrits ou diplômes, la critique diplomatique, et celle qui prenait Ï^Ur guide la raison ou la science, la critiqua conjecturale. Nos phi- *^logues pratiquèrent l'une et l'autre.

Les abbayes des Dunes, de Blandenberg à Gand, de Gembloux, ^ Saint-Bertin et d'autres, le collège de Busleiden et plusieurs bibliothèques particulières contenaient des manuscrits de valeur, "ïais nos philologues, après avoir achevé leurs études, allaient se perfectionner à l'étranger, et les relations qu'ils s'établissaient ainsi ^vec les savants de tous les pays augmentaient leurs collections et

devenaient la source d*une amitié durable^ qui résistait aux susceptibilités nationales, à lardeur des luttes religieuses ou politiques. Lenr correspondance en renferme à chaque page la touchante expression.

Les variantes ainsi réunies ont souvent pour nous une importanee d autant plus grande qu un grand nombre de manuscrits d*où elles ont été tirées ont été perdus depuis. Malheureusement les philo* logues de cette époque ne mirent pas à la collation des manus(^ tout le soin désirable. Ils se contentaient de mentionner les nriantes qui leur semblaient offrir quelque intérêt, et ils indiquaieot le manuscrit consulté dune façon extrêmement vague, en disant: Vettis nùster, codex bonus, optimœ notœ, etc.

En dehors des commentaires complets, la littérature philologique de ce temps est riche en recueils d'observations diverses. La oo«* tume que Ion avait de réunir, pendant la lecture des auteurs, des notes destinées à éclaircir ou à corriger les textes, fit faire an philologues des cahiers de remarques qu ils intitulaient Adversarii, Ils devaient être d'autant plus portés à publier ces cahiers, que l'antiquité leur en offrait un exemple illustre dans les Nuits Attifun d'Aulu-Gelle. Dès le xv« siècle, ces sortes d'ouvrages devinrent de plus en plus fréquents dans le monde littéraire : presque tous les philologues de quelque renom en produisaient sous les titres divers de Variœ iectiones, Atitiquœ lectiones, VerisimiUa, Misctttam, Emendationes, etc. Gruter réunit les principaux de ces écrits, soos le nom de Lampas critictty en cinq gros volumes. Nos philologues en occupent une bonne partie.

La philologie grecque était encore dans l'enfance. On n'avait qu'une connaissance imparfaite de la langue, et les principaiff auteurs venaient à peine d'être publiés .dans des éditions défectueuses : dix auteurs seulement avaient été imprimés avant 1500; une trentaine d'autres virent le jour de 1500 à 1560. Un champ immense s ouvrait donc ici à l'activité de nos érudits.

Parmi nos hellénistes brille d'abord Paul Léopard (né à Isenberghc près deFurnes, mort en 1567 dans la petite ville de Bergues-Sdnt- Winoc); il corrigea, dans vingt livres d'observations mêlées(AfM«'lanea et emendationes)yde nombreux passages des prosateurs grecs récemment publiés. François Nansius, élève de Léopard (né aussi à Isenberghe), se fit connaître par une édition critique de la paraphrase poétique de l'évangile de saint Jean écrite par Nonnus, dans laquelle se trouvent de bonnes remarques sur plusieurs poètes grecs, entre autres sur Callimaque. L'ouvrage principal de Noddus

^itlepoëme des Dionysiaques ou aventures du dieu Bacchus, publie pour la première fois à Anvers en i569 par les soins de Gérard Falkenburg : Charles d*Uyttenhove (né à Gand, mort à Cologne en 1600), auteur de poésies grecques estimées, en avait fait une étude toute spéciale et Tavait traduit en grande partie sur des textes manuscrits. Adolphe Van Meetkerke (né à Bruges, mort à Londres en 159i) donna la première édition des poètes bucoliques Bion et Moschus (Bruges 1565). Il écrivit aussi une dissertation fort intéjnessante sur la prononciation grecque. Le même sujet occupa André Boyus de Bruges. Un autre Brugeois, Bonaventure Vulcanius (De ftnet), fut appelé en 1578 d'Anvers à la chaire de grec dans la nouvelle université de Leyde, et y enseigna pendant trente-deux ans. Il publia et traduisit pour la première fois les écrits de saint Cyrille, ainsi que quelques ouvrages byzantins, donna des éditions L remarquables d'Arrien et de Callimaque, et se distingua par des > travaux sur Apulée, sur Isidore de Séville et sur Jornandès. L*étude ' de ee dernier lamena à s occuper du gothique, dont il Ait le premier h signaler l'importance pour la connaissance des idiomes germaniques. André Schott, né à Anvers en 1552, devint professeur de grec à Tolède, en 1581, et à l'université de Saragosse, en 1584. 11 «itle bonheur de trouver des manuscrits inédits et de pouvoir publier des auteurs entièrement nouveaux, comme la Chrestomathie de Proclus, extraite de Photius, et le traité de I^amprias sur Plu- ^i^e. Pierre Pantin (né à Thielt, mort doyen de Sainte-Gudule en '^CH), ayant accompagné Schott en Espagne, lui succéda comme P*H)fesseur de grec à Tolède. André Papius (De Paep, né à Gand, ^oti à Liège en 1581), publia et traduisit en vers le poëme géo- Kï^phique de Denys le Périégète. Jean Livineus (Lievens, né à Ter- ''^OQde, mort à Anvers en 1599) publia, le premier, divers écrits de '*''égoire de Nysse et de saint Chi^sostome. Guillaume Ganter, ^^anl critique, né à Utrecht, mais qui vint se fixer à Louvain, pu- *^a la première édition de l'important recueil de Stobée qui contient ^^it de*fragments- des philosophes {Eclogœ physicœ et ethicœ, An- ^^ 1575), et donna pour la première fois un texte lisible des tra- ^^ues grecs en mettant quelque ordre dans les mètres.

La littérature latine fut cultivée avec plus de zèle encore et plus ^^ succès. Mais, si l'on excepte Horace et Properce, ce fut particulièrement sur les poètes postérieurs ou antérieurs aux temps classiques que s'exerça le talent de nos philologues. Le goût peu telairé du xvi* siècle les portait à admirer le faux clinquant des

auteurs de Tempire, et la passion de Térudition leur rendait che» les auteurs les plus anciens..

Horace fut Tobjet de trois éditions importantes, dues àCruquiv^; à Torrentius et à Poelman. Jacques Cruquius (né à Messine, profeiii seur à Bruges de 4544 à 1582) fit usage, pour la restitution texte, des précieux manuscrits de Tabbaye de Blandenb^, et donna de nombreuses variantes. Théodore Poelman (né à Cram» burg dans le pays de Clèves en 1510), correcteur chez Phati^ donna les variantes du manuscrit de Gembloux perdu aujounfhn Livinus Torrentius (Lieven Vander Beke, né à Gand en 1525, eh» noine de la cathédrale de Saint-Lambert à Liège de 1557 i 1 etévéque d'Anvers de 1585 à 1595) se servit, pour éditer Hi de plusieurs manuscrits, dont Tun est conservé* aujourdlus Bruxelles; mais son œuvre se distingue surtout par le commeDtiBWJ L'édition ne vit le jour qu'après sa mort, en 1607; il n'avait (Ni commenté l'Art poétique, mais on y suppléa par des notes de Namûi (Nanninck, né h Alkmaar), professeur à Louvain de 1539 à 1SS7^ Properce fut étudié avec zèle par Livineius et par Lucas Frul (né à Bruges, mort à Paris, en 1566), qui communiqua ses obiO^ vations à Ganter.

Valerius Flaccus fut édité en 1565 par Louis Carrion, d'après manuscrit qu'il semble avoir reçu de Gologne, mais qui, comme ton les autres, n'était qu'une copie d'un texte du Vatican. Silius ttalion fixa l'attention de Fr. Modius (né à Oudenbourg près de BnigeSi mort en 1597), de Garrion, de Daniel Heinsius (né à Gand en 1581| et de Glaudius Dausquius, chanoine de Tournai (né en 1566 à SùÊr Omer), dont le commentaire étendu parut en 1618. Jean BenMrt (né à Malines, mort en 1601) et Gaspar Gevaert (né à Anvers, mort en 1666) donnèrent leurs soins à la critique et à Tinterprétitioi de Stace. Le texte de Lucain et de Glaudien reçut d'importâottt améliorations dans les éditions de Poelman. Les tragédies de 8énèque eurent pour interprète Antoine Delrio, d'Anvers : son conmentaire est fort riche, surtout pour les détails de mythologie 6l l'indication des passages que le poète semble avoir imités. En ISWi Delrio ajouta à son Sénèque un second volume, dans lequel il réunit les fragments des anciens poètes tragiques, qu'il corrige souvent d'une façon très^eureuse.

Si des poètes nous passons aux prosateurs, nous voyons qu'ici encore on étudiait de préférence les auteurs des siècles postérieurs à la période classique. A part quelques bonnes coiyectures sur te

HlSTOniE DE U PHILOLOGIE-

mm de Cicéron, qu on rencûiitre dans les écrits de Lipse et lei ÊfccM de Philippe Rubeus (frère du peintre, iié à Cologne, .4Aiivet*sen itill)» norus ne pouvons citer qu*un seul travail fique sur les ueuvres de Hl lustre écrivain romain* C'est Fédilion jlé de Offmis^ par Car. Langius (de Langhe, né à Berquiny, tu 1373), Eli revanche, notre littérature est riche en travaux ries historiens* Tacite était inintelligible avant Juste Lipse. Son ^ serré et notirn^ labseiice de renseignements sur une quantité lt3qu*U l'apporte, rendent cet auteur particulièrement diflicile, i put donc dire avec raison : Commaitarium saipsi, non exscnpst, |toat y était nouveau, et ses notes resteront comme un monu- .de vaste et solide érudition. Il montra aussi sa supériorité ta reconstitution du texte de Vellejus Paterculus. Né à Isque iryssche)» en 1547, Justus Lipsius (Joost Lips) fit ses humanités et elie2 les jésuites de Cologne, dont le collège était dirigé an Belge et avait pour professeurs plusieurs de nos corapas, Ayaiu terminé h Louvain ses études philologiques, il dédia, i-neuf ans, ses Varia: lectioites m cardinal de Granvelle, qui Pjoignît Lipse comme secrétaire et Temmena en cette qualité à e. Après bien des pérégrinations, Lipse vint occuper à Louvain la (taire de langue latine et d'histoire ancienne jusqu en 1606, Tannée hissà mon. Pendant son professorat à Louvain, il sut, dans sdn ■toeataire sur Sérîèqm, éclaircir cet auteur souvent obscur, Lipse ftait beaucoup Sénèque, dont il protessait les doctrines philosomais, comme son modèle, il ne conforma malheureuse- > sa vie à ses doctrines, car, tout en ayant pour devise : Cmr, il montra une grande versatilité de caractère et d'opinions, imajiquait au commentaire sur Sénèque des notes sur le livre Quiêtiom naiurelles. Libert Froidmont, de Haccourt près de É, combla cette lacune. L. Carrion corrigea en plusieurs endroits ïte de Salluste; Jean de Horion, de Liège, donna ta première édi* i correcte du 33^ livre de Tite Live; le texte de Valère Maxime |€orrigë k chaque page, mais un peu arbitrairement, par Steph. hius; le commentaire de Torrentius sur Suétone explique un oômbœ de points obscurs et ses conjectures ont été adoptées \tm$ Jes éditeurs* Plusieurs des petits écrits réunis aujourd'hui ; le ïiom d*Aurelius Victor furent publiés pour la première fois 99T K. âcbotti qui attribua aussi à cet auteur le traité de Vitis ^jjÊUribus urbi^ Rom^ et en donna un texte meilleur; Schott a édité le géographe Pomponius Mêla et fait paraître une édition

4i6 BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.

très-importante du rhéteur Sénëque. Pierre Colvius pubUa dei ' notes sur Apulée, qui lui valurent une réputation bien mérilée; i Ant. Schoonhove se fit connaître par la première édition oomeb d*Eutrope et de la Notitia dignitatum; enfin, Técrit de Gelsesork médecine eut pour interprète Guillaume Pantin.

Les auteurs chrétiens n'étaient pas lus avec moins de zUeqpi ceux du paganisme. On en fit de nombreuses éditions, parmi lê|! quelles nous croyons devoir surtout citer celle de Prudence, p Victor Giselin ; de Prosper d'Aquitaine, par Jean Olivarius {QHiâk ger) ; de Minutius Félix, par le grand jurisconsulte Franc. Balai; nus; de Firmicus Maternus, par Jean Yande Wouwer; eofiOri faut mentionner encore le commentaire de Bemaert sur la GûMM lation de la philosophie par Boëce et les notes de Ludov. Lmi^ sur Orose. ^

II. — Grammaire j antiquités, histoire et archéologie. U semUttil qu'à une époque ou les langues anciennes étaient tant cultiiéH^ il eût dû se produire, en dehors des livres d'école, des études grm maticales ayant une portée scientifique. Nous ne pouvons cepeodN citer, sur cette matière, qu'un seul ouvrage de valeur, le traité de Glaud. Dausquius sur l'orthographe latine : Antigui Lali ortliographica^ qui parut à Tournai en 2 volumes in-folio.

•Nous sommes plus riches en traités sur les antiquités. Aojoi^ d'hui les antiquités et l'histoire constituent des sciences spéciÉl dont toutes les parties forment un ensemble parfaitement oràoÊà On ne peut exiger cette disposition scientifique des traités dai^ et du xvu** siècle : on n'étudiait pas Tes antiquités pour ellesHtoèM mais uniquement pour arriver à Tintelligence des auteurs. A égard, les moindres détails avaient leur importance : il était aaî utile de savoir comment les Romains fermaient leurs portes cachetaient leurs lettres, comment ils étaient assis à table on ri* glaient les occupations de la journée, que de connaître leurs isslt tutions politiques, les procédés suivis dans le vote des lois oui» délibérations du sénat.

Celui de nos philologues qui a contiibué le plus à Féclairei* ment des antiquités romaines est encore J. Lipse. Il avait pnyl' d'écrire un traité complet comprenant les institutions polilîqo»» i^ligieuses et militaires, ainsi que les usages de la vie privée. G^ traité, il voulait l'appeler Fax historica, le considérant comme 0 flambeau propre à éclairer le lecteur, et tenant lieu d'un ConuM»* taire perpétuel. Mais ce dessein ne fut pas accompli. Gependitt il

mi de$ ti-aités spéciaux sur les gladiateurs, sur l'amphithéàtie,

tes vestales, sur tes bibliothèques, sur lorganisation nuUtaire

la maoière d'assiéger les places fortes. Ces traités, qui eurent une

irtance capitale k Tépoque de leur publication » nous semblent

itetmt bien indigestes. Lipse, au déclin de sa carrière, écrivit

un ouvrage plus général sous le titre d'Admiranda ou de la

ideur des Romains, mais Ton n'y trouve plus Térudition si vaste

Tau leur*

Erjcius Puteanus (Henri De Put, de Venloo, protcsseur à Louvain !606 à 1646) était loin d'égaler Juste Lipse, dont il avait reilli la successiou; il cherchait plus à amuser quà instruii^e. On louer davantage les écrits d'Albert Rubens, le fils du peintre. dis qu on étudiait avec ardeur les antiquités romaines, on néxi les antiquités grecques* Signalons comme une exception ■bbnorable Pierre Castelanus, de Grammont, et son tmvail sur (êtes grecques,

H paniissait inutile au xvi* siècle de composer des traités d'his-

m ancienne; mais on pouvait contribuer h rimelligence des

ors par des détails complémentaires ou rectificatifs, et surtout en

t la cbronoiogie et la liste des magistrats. L'antiquité nous

é une œuvre de ce genre, connue sous le nom de Faëks

un de nos philologues entreprit de la compléter; ce fut

une Wynands, de Kamiien» qui, à cause de son oncle maternel,

Pighius, célèbre théologien de Louvain, sHntilula Siephanm

Pifjhiwi. Après avoir achevé ses éludes à Louvain, il partît

ur riuilie, demeum à Rome de 1S47 k 153S et revint eu Belgique

un recueil dHnscriptions, dont des copies sont conservées de

jours à Leyde et à Berlin. Les Faste.^ capHolins donnent le cata-

le des consuls, des censeurs et des dictateurs avec leui^ maîtres

cavalerie : Pighius y ajouta, année par année, les noms de tous

strats ordinaires de Rome et des provinces, avec Tindica-

leurs actes, lois, plébiscites, guerres» victoires, défaites et

Lorsque la chose est impossible, il y supplée par con-

lore, mais d'ordinaire il signale ce qui manque et excite ainsi à

de nouvelles recherches.

ï lèle de Pighius pour recueilUr les inscriptions latines était parpar un grand nombre de Belges, La célèbre inscription d'Ancontenant le testament dAuguste fut envoyée en Europe par Busbecq et publiée jîûur la première fois par A- Schotl» iMais Olliu k qui l on doit le premier recueil méthodique et que Ion peut

considérer comme le père de l'épigraphie, fut Martin Desmedlf de Westwinkel près de Bruges. De 1545 à 1551 il réunit en Italie 11 collection la plus vaste qu on eut vue jusqu'alors. MalheureosemeM l'ouvrage et son auteur eurent, en ce temps de guerres civiles, bi; plus tristes aventures. Desmedt, pris par des soMats espagnols pw un ministre protestant, fut pendu, et le recueil, retrouvé en Angb-i terre, fut enfin remis à Juste Lipse, qui le publia en 1588. M tard un autre Belge, Jean Gruterus (Gruytere, d'Anvers), compUi l'œuvre de Desmedt et fit le recueil d'inscriptions resté célèbre jBê^ qu'à nos jours. ,

Quant à la grande collection d'Hubert Goltz, éditée à Bruges Kj frais de Marc Laurin, elle n'inspire plus aucune confiance : EckMi^ prouvé qu'un grand nombre de médailles gravées par Goltz fausses et portaient des inscriptions altérées.

III. — Œuvres de style en prose et en vers. Tous les érudits dai#j et du XVII® siècles cherchaient à relever leurs écrits par les chanMl \ du style. D'abord on préféra le genre large de Cicéron et delh- Live, mais, quand les auteurs du temps de l'empire furent deven l'objet d'études presque exclusives, on imita peu à peu leur langafS et l'on introduisit dans la phrase à la fois plus de concision ^ phi de recherche. Lipse avait composé en style cicérouien le premier (b ses ouvrages; déjà dans l'écrit suivant il renonça aux périodes pov adopter une forme plus nette. Après avoir imité Tacite et Sénèip» et quelque peu Apulée, il se créa un style à lui, dans lequel il cl»cna surtout à dire beaucoup de choses en peu de mots. Cependâ* sa brièveté ne nuit pas à la clarté et il plaît par une grande riches» d'images et des traits d esprit. Ses lettres et le dialogue sur la C(fr stance n'auraient pas déparé la littérature romaine du temps (b Trajan. L'admiration qu excita le style de Lipse fut toutefois fimcsiï à ceux qui s'efforcèrent de s'en approprier les mérites : ils derifi* rent obscurs et affectés, à force de chercher la concision et Fflégance. A. Schott voulut ramener les latinistes à des idées plussain«» en proposant Cicéron pour modèle. Il écrivit à cet effet les Wlianœ qucBstiones de instauranda Ciceronis imitatione et Cieero à et' lumniis vindicatus^ mais ses efforts restèrent vains; le faux cliaquiût était tellement à la mode, que Schott lui-même, malgré ses phidoiries pour le style cicéronien, se conforma dans ses écrits a» goût de l'époque. Ces défauts sont surtout visibles dans Erycius Puteanus, auteur d'un nombre considérable d'ouvrages, la plupart sur des sujets de mince importance. Son histoire de l'invasion des

Ai9

Italie, le plus soigné de ses écrits, ne manque pas de * 01 de ligueur ; mais on se fatigue vite de rencontrer partout sa figure favorite. lI / Hîs de cette époque valent en général mieux que les proeurs. On remarque un progrès sensible dans Vart de la versifi- Nos poètes s'essayent dans tous les genres dont les Romains laissé des modèles; ils écrivent des tragédies, des coméies poésies narratives et didactiques, mais surtout des ëléi» des idylles, d^ odes et des épigrammes. Quelques-uns, tels le médecin Dericus Jamotius, de Béthune (vers 4580), compost des vers grecs.

[Les auteurs de poésies qui nous semblent s^être élevés le plus Dt : Franc. Haemus, professeur h Gourtrai; Dom. Lampson, de jçes; Jean Bocchius, de Bruxelles; Maxim, Vrient, Janus Lernu- |ts, de Bruges, auteur d'un charmant volume de poésies légères bliésous le nom à'OcelU et Bmîa, et Torrentius, dont le livre, De fîu Mrginu, était célèbre par la fraîcheur et la délicatesse des ïiliiiienis. Parmi les hommes distingués que la Belgique fournit à lïïûllaride, se firent remarquer Daniel Heinsius, de Gand; Jacques vecole de la même ville, et Gaspar Barlaeus, d'Anvers. Les vers ïBeinsius coulent de source, parfois avec trop d abondance, surfit dans son poëme philosophique sur le mépris de la mort. Zeveîa beajjcoup de facilité, mais il a souvent le tort de ne savoir finir, sljle de Barlaeus, formé sur celui de Claudien, est d'ordinaire fîfléei ampoulé.

Us jésuites comptèrent dans leur sein plusieurs poètes distins* Charles Malaperl, de Mons, composa un poëme sur les vents, 1 lequel on rencontre des descriptions fort brillantes; Bernard iiuhusius, tfAnvers, écrivit des épigrammes qui jouirent d'une célébrité ; Hermann Hugo, de Bruxelles, est Tauteur d'un int recueil d*élégies intitulées : Pia desideria; Antoine Des os, de Béthune, a beaucoup de grâce dans ses élégies religieuses, I la manière d'Ovide. Aucun auteur moderne n'a suipassé la limpipilé et ITiarmonie des vers de Sidronius Hosschius (Van Ossche, de lertkem); rien de plus suave, par exemple, que son élégie sur le oeil, Jacobus Wallius (Van de Walle, de Bruges) s'est assimilé lun haut degi*é la forme antique; Guillaume Becanus, dTpres, est brt gracieux dans ses idylles sacrées; enfin, Livinus Meyer,deGand. !l4t dignement la liste des poètes de la compagnie de Jésus, par ses *tnes didactiques sur la Colère ei sur rÉdue^tion du prince*

Période de sommeil (1700-1817) et période de réveil depuis 1811.- Le XVIII'' siècle est la période la plus stérile de notre histoire iofccilectuelle; dans le domaine de la philologie, cette stérilité est complète : le latin continue à régner en maître dans les écoles, maisn' n'y forme pas même des latinistes. Du grec on n'enseigne plusqneki éléments. Les professeurs chargés à Louvain de renseignement det langues anciennes ne semblent attacher aucune importance à ceqv faisait l'objet de leurs cours. Le plus instruit d'entre eux, G.-J.ét Kerckherdere, né à Hulsberg, dans le Limbourg hollandais, aa liei d'élucider les auteurs anciens, s'attacha à dissiper les obscurités dtl'Apocalypse. Cette apathie profonde, cette indifférence générale po» ce qui avait fait jadis la gloire de la Belgique ne cessa qu'en 1817, lors de l'érection de nouvelles universités par Guillaume I'', roi (kl* Pays-Bas. Ce prince non-seulement prit d'excellentes mesures pov relever Imstruction moyenne, mais appela à Louvain, à Gandeti Liège des savants allemands et hollandais, qui nous initièrent» méthodes scientifiques de leurs pays. Les fruits de ce nouvel enso- . gnement ne se firent pas attendre. Sous l'impulsion de Mahne I « Gand, de Fuss à Liège et surtout de Bekker et de Dumbeck à Loovain, plusieurs jeunes gens produisirent des mémoires et des disso^ tations, qui attestaient de grands progrès dans les études philologiques. On peut citer avec éloge l'explication du Cato Major de Cicéni par Vanderton, l'histoire du sénat romain parMolitor, l'histoire do archontes par Bernard, le travail de Xav. Lelièvre sur les sources de la loi des XII tables, la dissertation de Kayeman sur le tribunal des éphètes, le commentaire de Baguet sur le 8* discours de Dk» Chrysostome et les observations critiques de M. Roulez sur Thémistins. Cette dernière dissertation fut fort remarquée. Les philosophes grecs étaient l'objet d'études assidues, on s'attachait à rassembler les fragments des ouvrages perdus et à réunir tous les éléments qâ pussent faire apprécier leurs doctrines. Il parut dans ce genre plflsieurs travaux d'un grand intérêt : sur Antipater de Tarse ptf Wuillot, sur Phanias d'Érèse par Aug. Voisin, sur Cléarque de Soles par Verraert, sur Diogène de Babylone par Thiery, sur Hénclide de Pont par Deswert et Roulez, sur Carnéade par le même M. Roulez, et sur Chrysippe par M. Baguet. Les lettres anciennes florissaient donc de nouveau en Belgique : la muse latine elle-même y faisait entendre ses accents par la voix de Fuss, qui publia à Li^ de remarquables poésies latines, et M. Bormans fit ressortir, dans une dissertation très-élégante, les mérites des poètes néolatins.

La révolution de 4830 ne fut pas favorable aux progrès des lettres aodeimes. Le latin cessant d*étre la langue universitaire ne fut plus guère cultivé après les premières études, et il en résulta qu'en dehors des philologues de profession, l'antiquité n'inspira plus beaucoup d'intérêt. Cependant le feu sacré n'était pas éteint. M. Bormans se distingua par un commentaire sur deux élégies de Properce et par des observations critiques sur Lucilius Junior; M. Roulez édita, avec OD savant commentaire, ce qui nous reste de Ptolemaeus Héphestîon et fournit à l'Académie une quantité de notices et de mémoires L inportants sur l'état de la Belgique pendant la domination romaine l^gur des points spéciaux d'épigraphie, d'archéologie et d'antiquités. Od lui doit aussi la mise au concours de quelques questions enti^nt ' dans le domaine de la philologie classique ; nous citerons celle sur Démétrius de Phalère, résolue avec succès par MM. Legrand et T^chon et l'histoire de Septime Sévère, traitée avec talent par M.De Ceuleneer. M. Wagener envoya à l'Académie des mémoires d'un grand intérêt sur les résultats d'un voyage scientifique en Asie Koeore, sur les fables d'Ésope et sur la symphonie des anciens. M.P. Willems, auteur d'un excellent traité d'antiquités romaines, fit des notes critiques sur les satires d'Horace. M. Feys élucida l'Art poétique du même poëte. La Revue de l'instruction publique, publiée successivement à Mons, à Bruges et à Gand, a donné une longue série d'articles sur des questions philologiques. On ne néglige donc pas les lettres anciennes en Belgique; mais, il faut bien le dire, le piiblic s'intéresse peu à ces études, et les remarquables travaux de ÏI. Roulez sont mieux appréciés à l'étranger que dans le pays.

La cause de cette situation fôcheuse réside en grande partie dans ^état de notre enseignement. Nos universités, désorganisées en 1830 P^ le départ de plusieurs professeurs, ne furent reconstituées We*1838. La part, faite alors aux études philologiques, fut plus 'astreinte encore en 1849 pour les élèves qui ne se destinent pas aux '^res d'une façon spéciale. De grands progrès ont été réalisés dans * enseignement moyen depuis la loi de 1850. Les livres défectueux e^^ployés dans les classes ont été remplacés peu à peu par des ^^ivrages sérieux, tels que la grammaire latine de M. Gantrelle, qui ^^endu de grands services. De l'école normale des humanités, fondée en 1861 et dirigée par un philologue de talent, M. Prinz, sont Sortis beaucoup de jeunes professeurs bien préparés, ayant fait des études grecques et latines solides et complètes. Mais dans ces établissements mêmes on ne parvient à maintenir le niveau des études

classiques que par une lutte incessante. On conteste au greceUu latin la part qu ils occupent encore dans notre éducation publiqœ. Ce n'est pas ici le lieu de discuter cette question : qu*il nous de faire remarquer que toujours le réveil de l'esprit humain a précédé ou accompagné d'une restauration des études antii tandis que l'abandon de ces études a eu pour suite Faffaibli des intelligences et la décadence des sciences et des lettres

Bibliographie.— On ne possède aucune histoire complète de la philologie en Pour le moyen âge, on peut consulter VHUtoire lUtéraire de la France par les tins, etc.; Heeren, Geschichte der elass. Litterat. im Mittelalter, GOttingen, 49^, Si Fr. Cramer, Geschichte der Erziehung und des Unterrichis in den Niederlanden wâkr, ^ Mittelalter, Stra'sbnd, 4843; Hirsch, De Vità et Scrtptis Sigeberti GembL, Berlin, 48M;I prat, Verhandeling ot>er de Broedertchap wn G, Grote, 2 éd., Amhem, 4856.

L'histoire de rétablissement du collège des Trois Langues, ainsi que tout ce qui ( cette institution, se trouve exposée en détail dans le remarquable mémoire de M. Fél. (t. XXYIII des Mémoires couronnés de TAcadémie). L'Annuaire de runiTersitécatholiqoe deL vain et les bulletins de TAcadémie renferment des notices du même savant sur Dorpins, 1 landus, Busleiden, etc. On a un mémoire de M. Namèche sur Vives (Académie, t XV)« A.j Rottier sur Erasme (Académie, t. VI. coll. in-8<>], de Reiffenberg sur J. Lipie (A t. III), de Raguet sur A. Schott ^Académie, t. XXIII), des notices de Fél. Van BoM Mrl Langhius, Torrentius, Goltz, Gruter, etc., dans la Revue de Liège (t. l-VI), une ]iolitt#] 0. Jahn sur Pighius {Ber. der sachs-Gesel, der W, in Leipzig, 4869). Sur les po^lfi i latins. V. le mémoire de Peerlkamp, Rruxelles, 4822 et Harlem, 4835 Les principales soi pour tout le xvi« siècle sont, outre les écrits mêmes des savants, les lettres d^Ensat^^ Lipse, etc., V. Sylloge epistolarum éd. Burmann.

Voir aussi Reiffenberg, Mémoires sur les deux premiers siècles de l'universiiè de l (Académie, t. V, VII et X) ; Van Kampen, Geschiedenis der NederL letteren en i *S Gravenhage, 48S1, â vol. ; Hallam, Histoire de la littérature de l'Europe pendmH lmw^\ xwet xvii« siècles, Paris, 4839; les recueils de Valère André, Foppens, Paqaot, M. Ata [ Nicéron, Raillet, De Racker, Graesse, etc. ; Ch. Nisard, Le triumvirat liitèraire au XTPaM< ' Paris, 485i; Lucien MUller, Gesch. der klass. Philol. indenNiederl., Leipzig. 4869;Eekiiri^ | Nomenclator philologorum, Leipzig, 4874; Reichling, De MurmelUivitd et saiptis. 4870 ; Parmet, Rudolf von Langen., ib., 4869 ; Voigt, Die Wiederherstellung des klass, Àluré^ Berlin, 4859 ; Alph. Le Roy, Étude historique et critique sur renseignement èlémentairtàk grammaire latine, Rruges, 4864.

Par M. Ch. POTVIN.

Trois langues ont concouru dans notre pays au développement Idlectuel, et la langue française y a pris une aussi large part que litin et le flamand. On peut dire, à Tégard de notre littérature en ogae française, ce qui n*a jamais été mis en doute pour les arts et wr les sciences : que les Belges ont assez cultivé le domaine des ttres pour se maintenir au niveau des autres nations et qu ils s*y lOt souvent illustrés.

Traditions reculées. — Nos provinces ont été, avec celles du nord ) la France, le berceau de la langue d'oïl; on retrouve encore ms le Brabant wallon de nombreux vestiges de Tancien vocabuire et cette particule : oï, oïl, oie, qui a servi h distinguer la langue inord de la langue doc.

Les sujets du moyen âge ont été fournis aux trouvères naissants ir le latin et les langues germaniques et par des légendes antéîures. Nous avons à produire plus d une œuvre latine, comme le Viardus vulpes, et plus d une vieille légende, comme le Chevalier Cygne^ les Quatre fils Aymon, et les Sagas qui ont préparé les ^belungen, appelés encore, dans la version tudesque, les « héros J Pays-Bas. »

Les peuples nouveaux, épris de Rome dont ils renversaient leme, prétendaient se rattacher à ce passé illustre. De là des fables

qui donnent, pour fondateurs à la France, Franco, fils d*HecU)r;k la Grande-Bretagne, Bret, petit-fils d*Énée ; à la Belgique* îm,\ cousin germain de Priam, qui bâtit une ville au dieu Bel, (Bavai).

Ces fables, très-complètes pour nos provinces, n'ont rien < rique. Ce sont des monuments littéraires. Traduites en latin j XIV* siècle par Jacques de Guy se, le grand chercheur de légendoJ en français au xv* siècle, par le secrétaire de Philippe le Bon, i font remonter au moins à Lucius de Tongres, qui les mit, xHi*" siècle, « en grossier gaulois, » le patriotisme d*un peuple p] s'honorait déjà du nom de Belgeois, Belgiens, Belges.

Les terreurs de Tan mille et les luttes de la papauté avec IV ont donné aux légendes du Saint-Graal un caractère farouche, ( une série d'oeuvres latines dont nous avons conservé une braûde^J traduite en gaulois non moins grossier que celui de Lucius. ù j roman, commandé à un moine par l'évêque de Cambrai, pourttnj oifert à Jean de Nesie, châtelain de Bruges, sans doute afin dri l'exciter à la croisade où l'évêque et le seigneur se rendirent «f 1187, symbolise une des phases de l'histoire du christianisme, ceBM où il s'imposa à des peuples guerriers par la guerre. Percevil,| après avoir servi le patriotisme des Bretons contre Rome, et aval de devenir le héros des romans de la Table ronde, y personniie dans les lettres cette œuvre qu'Hildebrand représente dans notoire.

Le moyen AGE. — La grande époque de production littéraire, qii va de la fin du xn* siècle à la fin du xiv% crée surtout deux choses: un milieu littéraire et un milieu moral. Le milieu moral transfi»^ mera la vie brutale du templier ou du baron féodal en ce culte* la femme et de la gloire qu'on appelle la chevalerie. Le milieu littéraire fournira des sujets aux plus grands poètes, comme Dante, Shakespeare, Molière, et donnera le ton à la Fontaine pour la âble, à Froissart pour l'histoire.

La poésie. « C'est un fait digne de remarque, dit Auguis, que le Hainaut, l'Artois, le Cambrésis et la Flandre soient, de toutes te provinces de France en deçà de la Loire, celles qui, au xiii* siède, aient compté le plus grand nombre d'écrivains en vers, et que tous ces écrivains aient été regardés comme les meilleurs de leur temps. » Cela tient surtout à l'influence des cours de Hainaut, de Flandre et de Brabant, aux'quelles on ne peut négliger d'ajoutff

véché de Liège. Les traditions littéraires semblent s'être fixées m ces provinces : les princes ont à honneur de protéger la littétiire et de la cultiver; on se félicite d'avoir été instruit dans les lle&-lettres et Ton compte, parmi les plus beaux ornements des lais, une cour de trouvères. Aussi n'est-il pas un genre qui n'y h représenté, et quand le poète n'est pas né dans nos provinces, slionore de mériter le nom de poète de Flandre et de Champagne, mme Chrestien de Troyes, ou de dédier ses œuvres à un Damenre, comme Marie de France ou Gauthier de Belleperche. Pour le cycle de la Grèce et de Rome, c'est Aymond de Valennies (H88) et son roman de Philippe et Florjmond, Gui de vbrai et la Vengeance S Alexandre, Jehan le Nivellois et la Yen- WÊee d^ Alexandre, etc., etc.

Pûur les croisades, c'est Richard le Pèlerin, dont rien ne reste; est Graindor de Douai : la Chanson dAntioche, la Conquête de Jérudm, les Captifs; puis viennent, parmi les remanieurs et les emeDisseurs : Renaud de Saint-Trond : le Chevalier au Cygne et les ij^/imee» Godefroid (xni* siècle), et au xiv* siècle, le gi'and poème qui Bfcnd tout le cycle en plus de trente mille vers, publiés par FAcaéne de Belgique.

Le cycle des Chansons de geste est généralement anonyme. Nous

letrouvons nos traditions, nos paysages, nos souvenirs historines. Sont-ce les grands vassaux qu'elles mettent en scène, voici » Quatre fils Aymon dans les Ardennes, sur les bords de la fettse; voici les Lorrains^ ducs de Lorraine et de Brabant, défenlol le Brabant contre le roi de Cologne : Hervy entre à Nivelles, lit lever le siège de Louvain, marche sur Bruxelles et triomphe, te, la lutte s'élargit, il faut défendre la Gaule contre les Sarrasins, l,ninqueurs, se disputer les fiefs, et l'on entend dans tout le poème »cris de guerre : ici. Cambrai! Bourgogne! Hainaut! Brabant! ^ïrraine! là, Bordeaux! Boulogne! Amiens! Péronne! Flandre!

Plus tard, Adenès-le-Roi traitera un autre épisode de la lutte des Tands vassaux : le Siège de Barbastre.

Charlemagne est-il le héros du poème? David Aubert mettra plus ^ en prose, pour les ducs de Bourgogne, les Conquestes de Char- ^'ne; mais, sans oublier la Chanson des Saxons de Jehan Bodel, oas avons le chef-d'œuvre d' Adenès-le-Roi : Berthe aux grands pieds ^ni* siècle).

Ces chansons historiques peignent les mœurs de l'époque dans «te leur vérité. Elles le font sans y mêler, comme dans Tépopée

grecque, Tintervention divine, et avec un grand esprit dlndépendive | contre tous les pouvoirs : l'empereur et le clergé. Elles le fonte en prêtant aux héros de nobles sentiments dlionneur, d'aunitié,! vertu.

Vraie, laïque, libérale, généreuse, telle est cette poésie, où i quent la forme plastique et la maturité de la langue.

L'idéal de ce temps est surtout représenté par les romans it\ Table ronde et par les romans d'aventure. Ghrestien de Troyes ( ce cycle avec un talent rare et une délicatesse qui étonne pour II I du XII* siècle. Adenès-le-Roi s'est aussi essayé dans ce genre i épique, qui se sert du vers de huit syllabes et qui annonce TA Mais Cléomadès n'a pas la valeur de Berthe. Le véritable élèiej Ghrestien de Troyes est Jean de Gondé, trouvère du bon Guill comte de Hainaut (xiv* siècle). Son père Baudouin avait rimé de i breux apologues. Le fils, sans dédaigner ce genre à la mode, i négliger les poésies politiques, comme le panégyrique de soni tre, ni même les contes grivois, a réussi surtout trois contes eoi où éclatent la justesse de l'observation et la vérité du senti Ici, c'est un amant trahi par son amie, sauvé par son chien :t Lévrier; là, c'est un chevalier, inutile d'abord, dont une parole ( femme fait un héros, et comme cette femme est mari^ et tueuse et ne peut s'empêcher ni d'admirer son œuvre ni de honnête, l'intérêt est puissant et le sujet élevé : le Chevalier i I manche. Enfin, c'est un mari qui défend son honneur conjugal fi\ l'héroïsme des tournois et la noblesse des sentiments : le BIm Chevalier. Wairiquei de Gouvin suivra plutôt Baudouin que Jeanfc Gondé.

D'autres légendes nous conduisent en paradis ou en enfer. Di Voyage de saint Brendan est dédié, en il21, à la fille du duc il Brabant, Aléyde; Marie de France écrit son Purgatoire de saMft triée pour Guillaume de Dampierre, et Baudouin de Gondé rime, à h cour de Hainaut, une Voie de paradis. L'esprit satirique envahit WeiH | tôt ces légendes, qui ont produit le grand justicier dont le nome* Dante.

Ainsi les visions et les romans du Graal, les seuls cycles dont te fond du sujet soit religieux, deviennent des satires ou des contes d'amour, et le génie laïque de l'époque triomphe toujours.

La satire, la fable, les types populaires comportent d'innombnbles productions. Le Roman du Renard mérite les honneurs du premier rang. Ici, le chef-d'œuvre est flamand; mais, si nous devons

mSTÛIHE DE U LlTTÊlun'HK FHVNÇAISE.

énoncer à prendre une part dans les anonymes thinçais de la pieîère période j nous avons à citer, dans la seconde phase de créale Renard nouveau, de Jacques Giélée de Lille. Lancien esprit ircasme sV maintient au milieu des personnificaiions de latlé- ?; mais la satire du premier poëme contre lexcommunication tdramatisée dans le nouveau : Tâney excommunie Renard, et le ► l'ebelle se livre à des railleries qui ont du plus d'une fois serpolitique du pays quand les populations se débattaient sous intervention terrible du glaive spirituel en faveur du despoet de la conquête» La poésie était au poste le plus périlleux I résistance,

près Renard, Tartufe. De tous les types essayés à cette époque

flétrir rhypocrisie, il en est un qui semble préféré dans nos

inces, c est celui qui emprunte son nom à un vieux mol gaulois

aru, qui signifie tromperie : Bamt. On a, de Jean de Boves,

■rû/, Traverîy et Duhamet{xnf siècle)^ et d'un anonyme du xiv* siècle,

\DiûkH]ue de Barai t't du moine.

In autre type rappelle Robin Hood, Adenès-le-Roi nous a raconté i tes&rces de sorcier et les rébellions de ce « diable de moine sol- I dai i> : Eusiaelie le moine.

doublions pas lespiègle Tiel {Ulempiegel) qui flagelle, d'une ©ajjière plus caustique et moins réservée, les vices des hommes et [Sitrtoat des moines.

Otji pourrait ëuumërer tous les fabliaux du moyen âge? Les re* cueils de fables qui prennent le nom d'Esope, Ysopet, sont partout. [Celui de Marie de France estiait pour Guillaume de Dampierre; les [èia de Bourgogne en firent rédiger plusieurs nouveaux. Les fables cbées sont plus nombreuses encore. Faut-il citer Jean de Boves |ftiii3,entre autres fabliaux, celui que M* V* Hugo a imité sous le : Y Avarice et l*Envie^ et des contes comme ceux que la Fontaine elle le Berceau ei le VHaiu; Enguerrand d'Oisy, dont le fabliau ^udra le Quiproquo du Bonhomme; Jacques de Baisieux : la fittie du prêtre f satire contre favarice du clergé; Gauthier le Long, Jontla Veuve rappelle deux autres fables : la Veuve et la Fillet

U théâtre est surtout anonyme. Les mystères, les moralités, qui font jouer Dieu, la Vierge et les saints, qui mettent rhisloire en iniracles ou qui représenient des légendes modernes, ne nous ont pa.* manqué. Mais quand on voit d'une part ÏEsmorée flamand, de latilre kJeu de Saint- Nkolas, de Jean Bodel, et le Jeu de la feuillée, [fAdam de la Halte, tous deux d'Arras, mettre, dès le xnj* siècle, la

scène en dehors de Féglise et en pleine place publique, on doita|> poser que les œuvres de nos ancêtres, perdues ou encore ign< ont porté sur le théâtre renaissant le înéme esprit exact et

L'histoire. L'épanouissement de cette littérature en chefe-ffi n'a pas eu lieu, même en France. C'est au Dante,' au Tasse, à kespeare, qu'il faut recourir. La renaissance fit oublier à la cette mine de diamants qu'il lui eût suffi de tailler pour s'^ un écrin poétique d'une richesse incomparable. L'influence long travail ne fut qu'indirecte : la France lui doit la naïveté tfj et de la Fontaine, la hardiesse de Rabelais, et le récit que représente surtout Froissart.

Le latin dominait les chroniques et devait y régner loi encore. C'est dans nos provinces que l'on commence à se la langue vulgaire. Baudouin V, comte de Hainaut, avait offert la nique de Turpin à sa sœur, qui la fit mettre en langue romane, « que, dit le traducteur, tel se plaira au roman qui du latin n'ao Le fils de ce prince, Baudouin de Constantinople, avant de partir la croisade en 1202, ordonna de rédiger une chronique ntà en français. Les Grandes Chroniques de Saint-Denis n'étaient commencées alors. L'histoire de cette croisade sera racontée français par Villehardouin, dont Henri de Valenciennes sera le tinuateur. C'est à Valenciennes que naîtra Froissart.

Les d'Avesnes suivirent ces traditions, et un des petits-fib ii^ Baudouin de Constantinople écrira des chroniques célèbre^ qui piftent son nom : Baudouin d'Avesnes.

De Reiffenberg suppose qu'à Liège les chroniques rédigées « 1183, par Enguerrand de Bar, ou du moins celles plus réceoM d'Hugues de Pierrepont, étaient écrites en français. C'est de lièf que sortira le maître de Froissart, Jean le Bel.

L'histoire fut d'abord rimée. Elle continuait les chansons de geste- Avant Jean le Bel, nous avons Philippe Mouskes et sa longue chronique en vei's. L'auteur, né à Tournai, en devint évêque et y mour* en 1282. Sa chronique, qui commence aux origines troyeonesdeb France, et qui ne perd aucune légende, s'arrête en 1240. Les fitto contemporains y sont rimes, sans art, mais avec une notable vérit* historique. D'autres trouvères rimeront des épisodes de nos annales comme la bataille de Crécy, par Colin de Hainaut, comme l'épisode que Muisis intercala dans sa chronique latine, et qui fut rimé pour Jean de Baumont. Aucun n'a traité en vers une œuvre aussi considérable, sauf peut-être Jean Desprez d'Outremeuse, moins exact, qu*

. une double rédaction en prose et en vers de sa chronique liéwise (1338-1400).

Cest surtout Froissart qui règne ici. Mais Froissart eut un maître. Bmd Jean de Beaumont fit appel aux chevaliers pour aller défendre jeune roi d'Angleterre, Edouard III, le futur époux de Philippine ) Hainaut, il vint du pays de Liège un seigneur chanoine, messire •a le BeL Nourri de la lecture des romans de chevalerie, Jean le A dut trouver chez Jean de Beaumont les chroniques de Baudouin Avesnes; puis, après avoir été mêlé aux événements de son temps imt la scène s'élargit, il rentra à Liège comblé de biens, pour vivre dans le faste jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans. Cet homme, n marchait Tégal des princes, entra d'un pied sûr dans Fhistoire, Iflon génie créateur put s'y exercer à l'aise. Il avait une haute idée b son art : « Hystoire est noble, » dit-il; il eut ce style ferme de "komme maître de lui et supérieur aux passions des autres. Tout ce fiùa admire dans les premiers livres de Froissart est de lui, et {DiDd Villemain en cite des épisodes oix il le trouve supérieur à Tite Ine et digne d'Homère, ses éloges remontent à Jean le Bel.

La Grande Chronique de Jean le Bel s'arrête en 1361. Froissart la Mlinua jusqu'en 1400. Mais que d'événements en ces quarante Mées, et quel développement donné à ces premiers livres ! Frois- Wl y devient le génie de l'histoire.

D était fils d'un bourgeois de Vâlenciennes, et il dut conquérir lOD canpnicat de Beaumont par toute une vie de travaux. Cette vie, iprès une jeunesse vouée à la poésie, qu'il traita avec facilité, fut consacrée aux recherches et aux écrits historiques. Froissart est touloorsen voyage pour se faire raconter les événements, en visiter le Witre, en retrouver les traces, les détails, les discours. Ses chroniques, plusieurs fois écrites, souvent corrigées, se répandirent, et ruDprimerie les multiplia, tandis que l'œuvre de son maître, presque Mue, restait ignorée. Elle ne fut reti*ouvée qu'en 1861.

Waller Scott appelait Froissart son maître ; Walter Scott n'a nulle put ces grandes suites de scènes bien enchaînées qui sont de véri- •Wes drames, d une variété, d une vigueur et d'une vérité admirate. On a comparé Froissart à Homère et à Shakespeare ; il comprend * fidt revivre les hommes comme l'un et l'autre, et il possède cet ^ de mettre les faits en scène, qui caractérise le théâtre ; mais lûstoire permet au drame de se développer autant que les événe- •^ts, et Froissart n'est pas seulement romancier, poëte ou auteur ''"^matique, il est historien, il remonte aux causes, même économi-

ques, explique les faits et cherche les résultats. Il n'aime pas ki communes, mais il les fait agir comme aucun écrivain ne Ta bil,< nul ne les a glorifiées ainsi. Est-il rien de grand comme toutcecpT raconte de Jacques d'Artevelde, puis de la lutte qu'engage Jean Y( et qui se termine par la défaite de Philippe d'Artevelde à beke? 11 voulait faire de ce dernier tableau une chronique sépuét mais, quand il eut montré les communes de Belgique et de France le commerce du monde entier intéressés à la cause flamande, fl i*emit à sa place dans Fhistoire générale du xiv"" siècle. Est-il de charmant parfois comme les épisodes, les paysages, les scènes de mœurs, les conversations privées qu'il môle à ses et qui animent l'histoire en la plaçant dans la vérité des humaines? Jean le Bel lui donna le ton, le genre, le style y ajouta le géûie dramatique et fit un chef-d'œuvre.

Ici encore éclate l'esprit laïque de l'époque et de nos provinetk Les moines de Saint-Denis écrivaient alors des Gesta Dei, où M était rapporté à Dieu. Nos chroniqueurs rédigent des humaines.

Ainsi, de ce milieu littéraire où Jean Bodel oppose à Chail»' magne l'indépendance des Hérupois, où le renard siffle Fine (pkl l'excommunie, où les croisés sont représentés même dans to|| anthropophagie, où les types comiques parodient tout ce qui r^ne, où les poètes de Tidéal chantent le culte de la femnxe, pair de réposx* le respect des vaincus et les grandeurs de l'amitié ; ainsi, de M milieu littéraire vrai, laïque, indépendant et noble, sortit l'esprit exact, humain et profane de l'histoire moderne.

Le règne des ducs de Bourgogne. — L'époque diffère, mais Tacttvité littéraire redouble. Aux luttes des communes succède une tentative d'unité qui donne l'impulsion à tous les arts. Le siècle de Louis XIV n'a pas mis plus d'ardeur à s'emparer de l'ensemble du champ littéraire. Mais le goût est autre, et, pour retremper le luigage, on n'a pas encore la compréhension du génie antique. L* renaissance commença par le chaos. Mais quelle prodigalité d'idées et de formes! quelle recherche du beau et du grand! quelle abondance d'eflForts pour former deux choses : une vie nationale et un art littéraire ! Déjà les polygraphes abondent, et toutes les professions se doublent de l'art d'écrire. Les imprimeurs sont auteurs; les diplomates, les jurisconsultes, les musiciens font des vers. Des évoques sont poètes, comme Jean Bourgeois et Jean de Marvis. lesn

i h Fontaine, de Valenciennes, est médecin ; il rime des allégories ir la fontaine des sciences. Jean de Stavelot continue d*Outremeusc Uége; il rime aussi. Cbastelain, Olivier de la Marche et ww^i itres font de la poésie en prose et en vers. C'est l'époque des puys )riiéiorique; il y en a partout : à Valenciennes, à Mons, h Cam- ■ai, à Saint- Quentin, à Hesdin, h Tournai, etc., etc. On a quelqueis conservé la liste de leurs membres, avec le texte des pièces Nironnées. La renaissance rendra ce mouvement plus actif, et ces nvains forment une opinion publique : ils se mêlent à la vie du aps, à Thistoire du pays, aux pompes de la cour; ils ne laissent Mser aucun tait sans le juger, le débattre, le célébrer, le mettre en tkne ou le marquer dans Thistoire. Les satires ne manquent pas hsque les panégyriques, et les conseils aux souveiiiins non plus pelés éloges; mais ces actualités ne suffisent pas; en cherchant à iiflueneer le présent, on pense à éclairer Tavenir; on vise à la poslérilé, et lensemble de ces efforts constitue une société puissante, ffopre à fonder une nation.

Poètes, Ce règne de splendeur princière est salué avec enthouittMDe :

Si lu parles d*apt de peinlrie, D'historiens, d*enlum)neurs , En fut-il jamais de meilleurs ?

Martin Franc, qui écrit ces vers, dédie à Philippe le Bon deux poèmes; VEstrifde fortune et de vertu, et le Champion des dames. Ullégpric, la recherche des rhythmes y annoncent la déca^lencc, t'ûis fénergie de la forme et quelquefois de la pensée annonce avenir :

Mais vous. Français, de France nos.

Donc, pensez-vous qu*ainsi advient Oue (PAnglais êtes gouverni^s, El qu'esclave France devient î

l^ierœ Mi(îhault n'est pas autre. 11 fut secrétaire du comte de Chantais et composa la Dance des aveugles, le Miroir des dames, le mlhnir de France, la Confession de la belle fdie, etc. C'est lui qui, apprenant la mort de la comtesse de Charolais (1465), s écrie : Mauldicte Mort, mordant le genre humain !

Les jugements politiques ot les satires abondent dans la poésie, fin se sert des vers comme d*un instrument de lutte contre renierai, de défense pour soi-même et de propagande pour former ou

IIU 29

m BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE,

ramener l'esprit public. Le Prince de Chaslelain est une satire centre Louis XI, tandis que le Chevalier délibéré, d'Olivier de la Marche, (w^ de nobles allégories et de belles nnorales les terribles récits de vie et de la mort du Téméraire.

Les chambres de rhétorique suivaient le même goût rhythmes et refrains tournaisiens , dit Van Hasselt, présentent certain caractère de transition entre la poésie du moyen âge et poésie de la renaissance. » Elles représentent aussi \\ publique, et Motley n'a trouvé rien de mieux à leur comparer que presse moderne. C'est là qu'au milieu des jeux du rhythmeoudell scène, les événements trouvaient leur juge.

Le théâtre, qui servait d'amusement à ces sociétés et dorgaiel l'opinion, restait un moyen d'influence pour le clergé, amusant peuple, et participait aux pompes de la cour. En 1547, on tîïit encore à Valenciennes une Passion en 25 journées, qui pronl] plus de 30,000 vers. En 1587, un cordelier de Saint-Hubert w le mystère de Vlncarnation, mais ces spectacles codomençaienti passer. Le miracle du juifiqui insulte à la Vierge qui se venge élâj joué à l'abbaye de Cambron tous les ans depuis le règne do Guillaume. En 1467, on ne pouvait plus le représenter que tous trois ans; en 1500, la curiosité publique ne penoait de le j qu'après sept années de relâche. Les rhétoriciens avaient d'auurf succès : « Il y avoit, dit le sire de Noyelles, nombre de comédie»^ corrompus es mœurs et es religion que l'on appeloit rhétùiiàmt es quels le peuple prenoit plaisir, et toujours quelque pauvrçmote . ou moinette avoient part à la comédie. Il sembloit qu on ne ponroï se réjouir sans se moquer de Dieu ou de TÉglise. »

La cour avait ses pièces à grand spectacle. Quand Philippe le Bon réunit sa noblesse pour préparer une croisade nouvelle, après te pièces montées du festin, on joua le mystère de Jason et lé FflW* Faisan, Tout y est profane : l'histoire de Jason devient un rayslèi*» et c'est sur un oiseau de chasse, non sur la Bible, que les chevalin* jurent une croisade, où ils n'iront point. Enfin, après le fabliau, qo^ les rhétoriciens mettaiiint sur la scène, l'histoire et la satire poli* tique y prennent place à leur tour. Chastelain, notamment, alaisrf quatre mystères : Le Concile de liasle, la Mort de Charles TV/, toMfl^ de Philippe le Bon, la Paix de Péronne, pièces politiques où les roi? sont appelés â la barre de lopinion, où les conciles sont jugés avant que Gringore personnifiât, sur la scène de Paris, Sotte Eglise et Sotte Commune.

kns. Dans Thistoire comme dans la poésie, on vise au Ton y arrive rarement, mais on vise aussi à lopinion et on

s*imposer à elle. Le but avoué est l'impartialité, afin que luisse, dit Ghastelain, « garder sa portion selon ladvenir-et des cas. » C'est l'époque des chroniques; l'époque de et (1390- 1453), d'ATbymo (1393-1473), de Ghastelain t62), de Jacques Du Clercq (1420-1467), de Molinet, l'ami, lire de Ghastelain (14.. -1507). Jean Lemaire compare lun

aux deux poètes de Rome :

L'un pour Vii^iic et Taulre est pour Oviilc pris ;

landt (1440-1307), c'est Olivier de la Marche, Lefevre de mi, Gharolais, etc., etc.

de ces chroniques, celles de Ghastelain, par exemple, qu'on j d'avance des modèles devant durer des siècles. Et, chose ces écrivains si prétentieux deviennent plus simples quand ent à cette noble matière de l'histoire, lain est verbeux et pompeux, solennel, obscur souvent à llégories fines et de distinctions subtiles. Mais ce n'est pas il pense, il juge, il voit clair, il est impartial. A l'apprécier nents, choisis pour l'éloge ou pour le blâme, on trouverait eux hommes d'une dissemblance extrême, dont l'un serait îur et un écrivain. Son Advertissement au duc Gharles est >évère et beau, et il selève quelquefois à la philosophie de . « Gi'and et éloquen^historien, » dit Michelet. relet est de même : « Sa narration est diffuse, mais claire », r; puis l'écrivain français ajoute ce noble éloge : « L'hutait le fond de son caractère. »

îur Buchon juge deux autres de nos chroniqueurs qui nous jmis deux côtés différents de l'époque : « Olivier de la écrivain élégant, qui sait si bien nous représenter les fêtes i et les pompes de la cour de Philippe le Bon, et Jacques q qui nous représente le revers de la médaille, l'oppression jes bourgeoises, la misère du pays, les persécutions du 5, les terribles essais de Tinquisition d'Arras et tous les s qui arrivaient à la suite du laisser-aller de Philippe pour •is. »

\ ces chroniques comptent dans l'histoire; dles ont atteint

plus politique que littéraire, plus historique qu'artistique.

ilaient faire entendre la vérité, en dépit des vainqueurs et

au-dessus des luttes du temps, et elles essayaient de former de o» provinces une nation dont on pAt dire aussi que rhumanitéestie fond de son caractère.

•Ces nombreux efforts cependant n'ont pas produit un chef-d'œunii ni rendu au pays un Froissart. C'est à f étranger qu'il faut chmkflr fun et l'autre; le chef-d'œuvre, écrit par un transfuge* fut le îrà de la trahison. Le grand historien de l'époque quitta le drapeaa duc de Bourgogne et passa à Louis XL Le génie de Philippe è Comines s'est trempé ailleurs que dans le faste ou écrivait Chial»lain : l'historien vécut dans l'espèce de bagne dont TastocieB Louis XI faisait sa cour. Froissart avait créé le récit historiq«^ Comines créa l'histoire politique.

Comines a toutes les qualités et n'a pas les défauts des chroér queurs de Bourgogne. De Barante dit que ses mémoires n'oolp ce un caractère français ». Ce qui s'y trouve d'étranger à la FiMl d'alors nous appartient. Comines est de son pays par son esprit enel^ par son art à faire revivre les événements et par l'éloge des iusêt tions représentatives... en Angleterre. Pourquoi ne verrait-on |iMi dans l'œuvre du transfuge un rayonnement de notre milieu liuéf^ qu'il a pu quitter, mais dont il n'a pu dépouiller l'influence?

Moralistes et polémistes. Je me trompais, il ne faut -pas sortir di^ pays pour trouver un grand écrivain. L'avènement de Charles b Téméraire donna de grandes espérances : tout s'était réuni pwr faire de ce prince un grand roi. Philippe le Bon avait attribué r(# des divines provisions de son fils au plus expérimenté de ses dipfch mates. C'était un voyageur célèbre par ses aventures; Philippe h Bon, ainsi que les rois de France et d'Angleterre, lui avait cobK d'importantes missions. C'est lui et non Chastelain qui rédigea po* Charles les Instructions du jeune prince et les Notables enseignera d'un père. Le Voyage en Syrie, de Guilbert de Lannoy, est d'untif intérêt : ses deux autres ouvrages sont d'un maître. La netteté d* style, la vigueur des idées, le sentiment patriotique, la hardiesse des conseils, et ce culte, qu'on peut dire national, pour les états généraux, rien n'y manque. Quand ce livre sera connu, il placei* l'auteur au même rang que Comines. Nais de Lannoy remportera sur Comines, car il est resté fidèle à la patrie et au devoir. De Lannoy est un des hommes qui, par leurs conseils, réagirent contre ce revers de la médaille dont parle Buchon.

Celle époque n'est pas seulement marquée par des historiens. Sans parler des sciences qui s'affranchissent, les polémistes reli-

IX y ont une grande place; ils s*imposent à Tbistoire et préparent luttes du ivi* siècle.

bus avons déjà vu le rôle des chambres de rhétorique. Jacques Clercq, après avoir racouté les exécutions de malheureux accude crimes ridicules, comme d'avoir vu le diable, publie une "e qui fut répandue partout, dit-il, après que la raison publique mis un terme à ces essais dHnquisition. La muse du roman du ird continuait son œuvre.

D écrivain réunit les divers caractères littéraires de l'époque ; , Jean le Maire de Belges (1473-1546). Poète, c'est lui qui le la transition et ouvre la renaissance; on 1 appelle le maître de sard. Historiographe, il est plus cosmopolite et plus passionné nos chroniqueurs; mais ses Illustrations delà Gaule sont plus arquables par l'érudition et la refonte du langage que par l'idée )rique. C'est un lutteur : il prépare à la fois Ronsard et Luther. Promptuaire des conciles annonce Marnix. Ce que de Lannoy ande pour la politique dans les états généraux, il le veut pour digion dans les conciles; il flétrit les mœurs de l'Église, attaque éiibat des prêtres et, comme pour mieux caractériser son œuvre Ml époque, il prédit lavenir : « Cette dernière outrageuse ambi- I de l'Église romaine sei^ prochainement cause finale de la tere persécution, rabbat et humiliation, avec ré formation ». i le grand État que voulaient fonder les ducs de Bourgogne avait !, il ne manquerait rien à ce siècle littéraire. Il tomba, et ses ndns furent vaincus avec lui : Ronsard a éclipsé son maître ; ines est resté à la Fi-ance avec la victoire ; les chroniques de ^lain, annoncées avec tant d'éclat, n'ont été publiées qu'en >; les autres ont subi le même sort, et de Lannoy est inconnu fiédit. Ces écrivains, selon l'expression du premier éditeur de telain et de Monstrelet, « ont subi le sort des provinces con- »».

lis ces provinces n'étaient pus vaincues pour toujours. Les ts n'ont pas été stériles; ils aidaient une nation à se maintenir ble de lutter contre Philippe II et de se relever après la défaite.

; SEIZIÈME SIÈCLE. — Ce siècle est une mêlée, où toute classificaseperd. Est-ce la langue qui nous servirait de guide? un grand )re d'écrivains parlent les trois langues; est-ce le sujet? tous enres se confondent dans la lutte; sont-ce les partis? ils ont de nuances, et combien d'écrivains ont passé de Tune h l'autre,

dans les péripéties du combat; les œuvres? elles sont en partie détruites ou rares, et leur nombre ajoute à la difficulté. Le plus sir ^ moyen de ne pas distribuer trop injustement Thistoire estdepn-i céder par généralités et de grouper plutôt les idées que les Doo^ij

Les mystiques. Cette espèce de roman religieux, qui d abord t îi former les mœurs du peuple, comme les romans de cbev adoucissaient les mœurs des grands, après avoir mis la moi*ale( tbolique à la portée des masses barbares, dégénéra en inv qui, dans des temps plus éclairés, parurent niaises et devinreot ^ gereuses. Un évéque appelle ces récits merveilleux, qu*on prétt faire passer pour vrais, des « monstres de miracles ».

Ces livres représentent une des causes de la réforme; ils éuieitl bien faits pour révolter la raison et la conscience.

Après la défaite du pays, une série d'autres œuvres s'y ajouta; ( sont les codes de sorcellerie et les récits dexorcismes. OûdirÉl des cris d oiseaux de proie sur un charnier, ou des contes de i nants murmurés dans lombre d'un cimetière. Le latin gaitla kn^ | temps rhonneur du monopole de ces œuvres ; mais le fraacaii, , après le flamand, s'en empara, et le xvi** siècle est infesté deeei] productions malsaines.

Les pamphlets, Charles-Quint avait persécuté les chambres! rhétorique; Philippe II les supprima (1559). Les pamphlets prirtrtjj leur place, ils furent innombrables ; ils semblent la levée en i de la pensée publique, pour une guerre civile de religion. Les trob langues s'y heurtent avec fracas; on se porte des coups violents el l'on pousse des cris de guerre en frappant l'ennemi. Le domaine littéraire reste tout couvert de brochures, de traités, de gros livres; car les pamphlets en plusieurs volumes n'efFi-ayent pas ces lutteurs armés jusqu'aux dents. On dirait d'un champ de bataille alors qiis les voleurs y rôdent cherchant le butin. Alors, dans ce chaap de bataille de l'idée, un vaste système de destruction de livres sotganise ; tout ce qui attaquait l'Église romaine est recherché et brûlé, de sorte que bien des œuvres ont disparu, que d'autres sont seulement connues de nom, que d'autres enfin n'ont échappé qu'à peine.

Ici, il faudrait citer une longue liste de martyrs et de lutteurs. Glorifions l'homme qui résume l'époque : Marnix de Sainte-Aidegonde (1538-1598).

Marnix demande des armes aux trois langues : homme de guerre et homme d'Etat, il a, comme le roi, l'épée et, comme le pape, un glaive spirituel : la parole. Poète, théologien, orateur, poléoûsti,

HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE FRiiNÇAlSE. 447

pie, pamphlétaire* il lutte en homme politique, eu généralj Mr et en écrivain : « Repos ailleurs ! » Qu'il faille donner aux eur Marseillaise» ou discuter des ai*guties théologiques, ou k nu la politique de Tennemi, il est toujours prêt. Cest le littéraire de la révolution religieuse, (iuaud.il crut utile eu français le Tableau des différends de la religion, il ti*ouvu plume et dans son cœur la verve des plus grands écrivains { religion en rabelaiserie, comme dit De Thou : œuvre puiseuvre d*indignation et de raisonnement, de passion et de

de style et de pensée, de violence et de .justice, et suitout cience et de liberté. Après Rabelais, qu on lui compare dès ière vue, elle rappelle le grand ouvrage moderne de Proud-

Justice dans la révolution et dans [Église, et reste parmi les de combat qui, comme les Provinciales et la Satyre Ménip- . sapé h coup de génie les projets aotihumains de monarchie elle : « C'est le propre de Dieu seul j>, dit Marnix. wétes. Le règne de Marguerite d'Autriche comme gouvérr les Pays-Bas (1505- 1530) donne un dernier éclat h la muse

Jean Le Maire et Molinet sont attachés à la cour, et y Qtent la haute poésie; mais Marguerite elle-même donne le des petites pièces gracieuses et des chansons sentimentales, ims sont remplis de ces jeux d'esprit, où, sur le bord de qui se creuse, les dames révent d amour et chantent :

Eu puis-je mais si ne suis belle?

le époque plus qu'à la précédente, la culture des lettres se e, et dans toutes les professions on fait des vers. ^ même temps, Louis Desmasures (vers 1515-1574) tradui- : vers françois » ï Enéide de Virgile et le Jeu des échecs de mait de son crû une trilogie dramatique sur David, dautres lies saintes », des « bergeries spirituelles », sans compter latins ; il tenait son i*ang à côté de Marot, méritait les éloges ellay et vivait dans la familiarité de Ramus et de Rabelais. K)que entraînait les esprits : le poêle ne tarda pas in se faire eur; l'ami de Maroi et de Théodore de Bèze devint cal- \Iors,à la vie des cours succèdent les dangers de l'apostos privations de l'exil. La poésie est envahie par le coui-

Istoriens, L'histoire subit le même sort. Les publications de ivaient été suspendues comme les jeux de rhétorique ; msiis

les chroniqueurs continuaient leur œuvre et chaque ville avait soi patient chercheur de Thistoire. Bientôt il faut prendre parti, et r«i ne veut ni lutter sans éti*e compris par la postérité, ni mourir oai» nié. Alors la chronique fait place aux mémoires pei*sonnelà oi l rhistoire de la révolution. Aux D'Oultreman, aux TEspinoy, i Brustheim, aux Chapeauville, aux Vinchant succèdent les Ensiiias, Le Boucq, les Jean le Petit, les Pasquier de le Barre, les Van Meleim

Dans tous les partis, on compose des mémoires pour que la l se continue dans la postérité. Les uns, comme Viglius, qui nagaèn écrit qu'en latin, après avoir rédigé le code criminel du duc d*AIkl^ ont voulu éclairer les causes de la révolution : La source et com vement des troubles, etc. ; d autres, comme Emmanuel de Laiaii|^ exposent « les causes » qui les ont décidés à « se retirer de rioilt des états généraux »;-ou, comme Pontus Payen, représentenlb parti des makontents; ou, comme le sire Halewyn, semblent il venger de ce quils ont souffert de la révolution; un autre, corM Philippe de Wisenpierre, vrai royaliste, raconte un épisode siège de Tournai de 1581, et constate Théroisme des bourgeoii Ailleurs, fhistoire devient un martyrologe où les écrivains relèwÉ pieusement les victimes du bûcher : P.-J. Le Boucq, Histoire it^ troubles advenus à Valenciennes, de 1362 à 1597 ; et plus d*un deoei chroniqueurs de la révolution en fut martyr, comme le procur» jjénéral de Tournai, Pasquier de le Barre.

L'histoire générale est réservée h Van Meteren (1533-1612). U fut pendant trente ans consul des marchands flamands de Londres et éci'ivit son œuvre en exil, d abord en latin et en allemand, puis en un texte flamand, qu*il fit traduire en français. Chaque fois il eo^ rige et complète le récit; récit minutieux et vrai au point devuede la révolution, passionné contre TÉglise, vivant et animé : œuwe considérable qui doit encore éti'e étudiée par quiconque veut coûnaître cette époque.

N oublions pas ces Mémoires anonymes sur ks troubles des hf- Bas, 1363 à 1380, publiés pour la première fois par MM. Blaesel Henné, et qui sont peut-être les plus importants et les plus précieux de tous.

Ce siècle de lutte est un siècle d'étude. « Chaque ville, chaque bourgade, dit Nélis, a eu des gens très-estimables et très-savanisi la tête de ses écoles... » « Nous avons suivi avec soin, dit lemêflW écrivain. Tordre dans lequel ont été formées et complétées beaucoup de grandes ]»iblioih^»qiies aux Pays-Bas, Tons les bons li\Tes s'y

uvent jusqu'à la fin du xvi** siècle et même jusquen 1640, effet i soins et de la studiosité de ceux qui étaient nés et avaient été vés dans ce xvi* siècle. »

imitons encore Despautère, le grammairien, et Damhouder, le jurisisulte, qui traduit lui-même en français ses deux grands ouges; citons surtout Gui de Bi^is, qui tient sa place à côté de mîx et qui fut martyr.

L*histoire littéraire peut ici servir à juger l'histoire politique, aud on voit un peuple instruit et éclairé montrer une pensée »que unanime en faveur de ses institutions, et ne fléchir qu après 8uppi*ession de ses associations littéraires, Texécution de ses penjrset la défaite de toute une armée de pamphlets, vigoureux auxiires de l'armée des patriotes, on peut dire à coup sûr que ce des- Aisme n'était ni de celte époque ni de ce pays, et flétrir une ililique qui ne put triompher qu'en étouffant la pensée publique ea violentant les mœurs nationales.

Les xvn** kt xvin'' siècles. — La réforme, non plus que l'unité des IttUde Bourgogne, non plus que la fédération communale, na pu ekouer dans nos provinces sans y laisser des germes de vitalité potique et littéraire. Le nombre dos personnes qui, dans toutes les rofessious, ont cultivé les lettres doit évidemment entrer en compte; «■elles ont formé et servent à constater l'étendue du milieu littélire; si Ton s'en rapportait uniquement à la liste dressée par TAcainie pour la Biographie nationale, le xvn* siècle serait un des plus conds pour notre littérature. Mais on s'aperçoit bientôt que la upari de ces écrivains sont sans valeur réelle. 3ljisti(iues et poète.s. Cette sorte decrivains a beau jeu au milieu nue rcstauiiition religieuse. C'est Tépoque où le père de la Chause.de Mons, met en vers : la Pieuse Alouette avec son tirelire; où le '^Rj^ini, capucin des Pays-Bas, publie à Tournai son long poëme In Maydeleine ( 1GI7) ; où Denis Copée, le Dante d'Huy selon Valère 'dré, rime en tragédies des martyres et des miracles, et refait le Qcle de N.-D. de Cambron. Les poêles profanes sont à peine périeurs : .\lex. Laynez a traduit Pétrone, mais il chante en latin sries XII, en grec Homère, et s'il rime en français, musa pedestris, sont couplets, bouquets, portraits, madrigaux, dont.un du moins uvei-a grâce devant Voltaire. Jean d'Ennetières, prévôt de Tour- I consacre quatorze livres d'un poème à Jacques de Lalaing, is i! rime Les baisers que IWmc peut donner à son Dieu.

D*ua côté la muse des jésuites règne ; de Tautre, cette préteotMi à l'épopée qui va de la Franciade inachevée de Ronsard, par h Magdeleine, à Chapelain et à Desmarets.

Lé théâtre se transformait en France, depuis Jodelle ; nos éovains suivent très- modestement, comme Pierre De Bouvy, è. Tournai : Méléagre (1582), comme Gérard Du Vivier, de Gaad:l| Fidélité nuptiale et les Amours de Thésée, comédies en cinq actes a prose (Anvei-s, 1575; Paris, 1578), et plus tard Romagnesi, " Namur, qui écrit en vers et en prose, seul ou avec divers colbbih rateui*s, nombre de comédies et de tragédies, jouées à Paris et ei province' (1690-1742).

Polémique, pamphlets et chartes, La vie nationale nous appeb ailleurs. Gharles-(iuint et Philippe 11 avaient cru détruire à jaiiîl la liberté de conscience et les franchises communales; puis il avaient abdiqué, laissant le pays affligé de deux horribles plaies: la suppression du commerce et Tinvasion étrangère. Tout auissittt la vitalité nationale réagit, la lutte sentame sur ces quati-e poiati, dans le domaine des lettres comme dans la diplomatie ou dans la batailles. Elle durera jusqu à la révolution française.

Jansenius a Thonneur de représenter deux de ces mouvem^i la lutte de pamphlets contre la monarchie universelle des rois di; France par son Mars Gallicus, traduit aussitôt en français ; et certaine liberté de conscience, par YAugustinus, origine du grai parti qui porte son nom : le jansénisme.

Quand Richelieu fit saccager Tirlemont et échoua devant Louwii (1635), la ville universitaire effrayée résista par les armes et se vengea par des pamphlets en vers et en prose, en latin, en françiii et en flamand : Le Ballet des François, la Relation escrite et véritable des cruautez, etc., la Chanson nouvelle, la Complainte dufri»» d'Orange et la Leçon de Louvain aux Frajiçois, voilà pour la poésie française. Il y a toute une bibliographie pour cet épisode de niÂtt histoire.

L'exemple sera suivi pendant deux siècles. Louis XIV trouvera a» poste de la défense les Stockmans, les Loyens, les Lisola et de nombreux pamphlets anonymes, parmi lesquels on a souvent cité ceas qui vengent le bombardement de Bruxelles et qui flétrissent la captation appelée la succession d'Espagne.

Pins tard, quand Vattel semble écrire le droit des gens au profil de la conquête, un anonyme invoque la science de Grotius : RefMf' ques sur le droit des gens de M, De Vattel, Bruxelles, 1758. El W'

uand reparaîtront les projets si nombreux de partage ou ^e de nos provinces, lopinion publique sera satisfaite par de X pamphlets.

)ire du jansénisme en Belgique n est pas seulement Thistoire tntative de réforme morale, ni une page des luttes de la le conscience ; elle se mêle à la défense de notre territoire. , qui a produit Jansenius et Van Espen, peut se glorifier contribué au soulèvement du pays contre loccupation fran-

erre contre Ylwlex que les évéques et les jésuites s'eflTort faire adopter par les souverains est longue et glorieuse. Le de Brabant ainsi que nos pamphlétaires y parlent le laiir de la raison outragée.

Ispen est un grand homme; toute sa vie il résista à Tultrasme par la science du droit; il subit Texil dans un âge il resta ferme devant la persécution. CalQie, mais inflexible, inaît que les lumières de sa conscience. « Je ne crois pas uisse lui en comparer un seul (des jurisconsultes du droit dit le chancelier d'Aguesseau, pour la grandeur du génie, sûreté, j'ai presque dit Tinfaillibilité de son jugement, pour é et la fécondité de ses principes... » Ses œuvres sont en m apologie est en français. Là son style prend une verve e, et Ion voit toute la noblesse tranquille de son âme : a J*ai vertement et librement ; j*ai cru qu'il serait indigne de ma m de rougir dans ma vieillesse de m'être déclaré pour et de donner ainsi, à la fin de mes jours, un mauvais exemple fautres de n'oser parler ou écrire en faveur de l'innocence et 5rité, des lois de la patrie et des droits sacrés que Dieu a aux souverains... »

meture de l'Escaut épuisait le pays et le pays réagissait par gâtions illégales, par des compagnies publiques, par les 3 la pensée. Le premier écrivain à citer mérite le nom d'éco- ; c'est Guillaume Henrion : Moyem pour rétablir le cornle. (inédit, 1719). On y sent le génie qui a dicté à Grolius *e liberum. Dans le même temps, Mac Neny, le père du e Nény, défend la compagnie d'Ostende par de savants méinonymes et par un pamphlet d'un ton plus vif, et en 1720, }ïi emprunte à Grotius son titre de Mare liberum pour revenlOtre droit à la vie. La compagnie d'Ostende tombe, abanpar nos souvei*ains étrangers, et la guerre continue, la

Luyster van Brabant furent publiés; « Nous M ûres pour nos enfants, » avait dit un doyen ds | lits, en effet, furent publiés en de petits YoIuffiOi 1

guerre de pamphlets, même contre Mirabeau, jusqu'à ce que la révolution française déclare le fleuve libre.

Le mouvement en faveur de nos chartes commence par me grande scène historique. Lorsque, en 1538, Jacques Meyer pubb son histoire de Flandre, Charles-Quint ne fy autorisa qu'à la coodition ce qu'il obmettra l'insertion des privilèges d aucunes villes. » Les chartes du Brabant avaient été enfermées dans la tour des Orftvres ; quand l'armée de Louis XIV bombarda la ville de Bruiellei, la tour, en s effondrant, rendit au jour ces anciens privilèges, ^ta ne put empêcher, au milieu du désastre général, l'esprit commonl de renafître. Les Luyster van Brabant furent publiés; « Nous M ferons des abécédaires métiers; des extraits français et flamands, sorte de catéchismes populaires du droit cofr munal.

Nos chartes repamitront au moins dans l'histoire, si nos doyeis et nos martyrs ne peuvent les rendre à la vie politique. Après te Placards de Flandre et les Gloires du Brabant, voici : les CautuvMd loix du comté de Flandre, traduites en français (1719)* les jÉrftoi* règlements du pays de Liège, de Louvrex (1730), les Coutuma i ordonnances du comté de Namiir, de Gramme (1736), les Homta chartes du Ilainaut (1633 et 1735), les Placards, etc., du Haimd (1771), les Monuments anciens, de Saint-Génois (1782),' les Cmk tûmes et règlements du Limbourg et du Luxembourg, etc., etc. Puis Paquot relève nos morts littéraires. Le clergé donne ou suit l'exe»pie delà restauration historique; cest l'époque des bollandisles, el l'on étudiera bientôt l'esprit de nos institutions (le comte de Nény}- Voici rhistoire anonyme d'Albert et d'Isabelle, puis celle de l'archiduc par de Montpleinchamp. Le siège d'Ostende a ses historiens, te bombardement de Bruxelles a les siens. Voici les mémoires du comte de Mérode, les mémoires anonymes de Curtis. Christyn publie Y Histoire générale des Pays-Bas jusqu'en l'an 1720, que continuent Foppens, le père Griffet et Spanoghe jusqu'en 1786. Lade^ nière et huitième édition du Dictionnaire historique des dix-huit provinces belgiques de Christyn parut en 1793. Enfin l'Académie est fondée. N'oublions pas Rapedius de Berg qui tient une plume d'annaliste et de jurisconsulte.

, L'intérêt historique n'était pas le seul mobile de ces savants col- Inciionneurs. Les bollandistes sont gallicans; Arnaud et Quesnel avaient trouvé tMi Ci^lj^ique tout un parti. LTMcyclopédie y vti\oin\^^

HISTOIRE DE LA LlTTERATUnE FRANÇAISE. 453

mémo. Le gouvernement résiste en vain : l'esprit de liberté qui me la littérature française n'est pas repoussé comme les invans. Après le mauvais goût des Chapelain, nos provinces suivent .prit de Voltaire, de ïlousseau et de Montesquieu. L'n écrivain représente l'esprit français, léger, gracieux, varié , 5t le prince de Ligne. Il remplit les cours de son esprit comme Itaire avait rempli le monde. 11 se dit « fou d'héroïsme » ; il dére avoir six ou sept patries, et ne veut pas qu'on ait la « bêtise » croire qu'il ait des intentions politiques. Esprit bon et caustique, distingué et pétulant, sans consistance, m sans cœur, grand seigneur matérialiste et ami des arts, il rit en vers et en prose, de toute chose, en tout genre, lance dans littérature comme dans la convereation mille traits, dit des folies, .est admiré sans être envié. M"'' de Staël l'appelle « le seul étraner qui, dans le genre français, soit devenu modèle au lieu d'être ûilateur. » Il ne comprit pas la révolution française et vécut jusu'en 1814.

De 1789 à 1830. — Entre la révolution brabançonne et la révoiirtioode 1830, passe la révolution française avec la première phase ■pénale. La Belgique doit beaucoup de sa résurrection et de ses ikertés à ce grand mouvement émancipateur et aux intérêts généwx de l'Europe. Mais une nation ne se crée pas par l'action exté- 'We et les combinaisons diplomatiques ne lui donnent pas la '^'ité; tout notre passé a concouru à nous rendre libres et nos 'rivains peuvent réclamer leur part dans l'existence de la patrie. ^ chartes remises au jour, l'esprit public tenu en éveil par 'Hïessants pamphlets, le mouvement intellectuel de l'Europe suivi ^ soin, la lutte pour le droit, voilà les vrais fondateurs de notre dépendance.

Dès les révolutions de Brabant et de Liège, les arts de la pensée ^i en ligne. Les brochures se succèdent et luttent avec plus de îueur peut-être que les bataillons, diHlciles h discipliner. Tous les His écrivent : le parti autrichien a ses libelles; Vandernoot dirige sa plume le parti communal, et Vonck représente avec une cnerîfière l'idée radicale.

La révolution française trouva devant elle le même contrôle littére. On la discute, et ses meilleui'S partisans lui parlent en citoyens res. Le démagogue MaHnekenjris est mis en scène contre un Jean Nivelles du passé. Raoux publie son mémoire à la Convention, et

le pseudonyme Thomas Thorne ne veut pas qu'on endiatnei» Belges en les déclarant libres. *

Quand l'annexion fut consommée et que l'empire, voulant iAi chanté partout, releva les concours littéraires, l'esprit natiori;] reparut aussitôt.

La poésie. C'est dans un de ces concours que se produit éclat un jeune poète, Philippe Lesbroussart. Son poème couroi les Belges, parle de la patrie avec amour, met en scène la résii des Belges à César, fait encore l'éloge de Charles-Quint, mais Philippe II et ouvre dignement la poésie moderne en Bdgi^ C'était à Alost en 1810. L'auteur, né à Gand en 1781, avait dftijf dsiXis Y Almanach poétique de Bruxelles. Dès 1800, les élèves del classe des lettres de l'École centrale avaient fondé une société BBéraire; leur premier almanach est de 1801 ; il fut continué jusqo'ei 1826 sous divers titres. Là débutent de Reiffenberg, Quetelet, fc Stassart, De Hulstere, Raoul, Comhaire, Hubin, Delemer, L. Ahffl, Éd. Smits, ftp Hugo, Ch. Van Bemmel, etc. Lesbroussart y dow régulièrement des poésies légères et des traductions de l'anglais-ù 1814, il réfute le pamphlet de Chateaubriand : de Buonaparte et k Rourlwm; en 1815, il obtient un nouveau succès par une ode » Waterloo où il respectait le vaincu en célébrant la victoire; puisîl fonde, avec Quetelet, Raoul, de Reiffenbei;g et Arnaud, unereTBC, le Mercure belge, oh il rédige la revue politique. Son jugement ea prose sur Waterloo est une page remarquable. Mais il n'a pas ataodonné la littérature ni la poésie : il va tenir ses lecteurs au courail de la littérature européenne, et, en 1827, il réunit son œuvre co vers en un volume : Poèmes, épitres, etc. Les satires et les épitresj sont dignes du poënie des Belges, L'auteur y donne au vers ciassiq* la finesse du trait et la justesse du sentiment; il est libéral el ne ménage ni les jésuites, grâce à qui :

Les Français au bonheur marcheront en arrière, ni les rois : Abdala est

Le meilleur des rois... ainsi qu^ls le sont tous, ni les poètes titrés :

Les vers de qualité sont toujours excellents.

ni le régime qui envoie les écrivains

A ses perfections rêver aux Petits-Carmes.

Poèmes ou satires, Lesbroussart est un poète* La pléiade de cette époque est nombreuse* Nous en avons cil^

tlques-uns. De Potter en fait pailie : il rimait un poème comique es chansons, et Lesbroussart lui écrivait :

Tu l*es fait mettre aux Petits-Carmes Par haioe pour la liberté.

[. Adolphe Mathieu débute à Mons par ses Poésies de collège, sontre à Gand un proscrit "français, Ch. Froment, vrai poète de ûon et de forme, qui traduit l'Art poétique d'Horace et improvise satires pour le journalisme; il trouve à Mons le rival malheut de Lesbroussart, dans tous les concours, Le Mayeur : Poème Bdges, 1821, Waterloo 1815, etc., etc. ; puis il trouve h Louvain ieiffenberg et vingt autres, se fait exiler en chantant la mort d'un icide son parent, Lesage Senault, et la condamnation, qui le ?e du droit d'obtenir aucun diplôme universitaire, le livre à la bie, où il excellera surtout dans Tépttre et la satire, tte ReifTenberg, Lesbroussart, Raoul, Alvin père et surtout Clawu et Smits mettent à la scène des œuvres dramatiques; de issart et Rouveroy publient leurs fables; toute une série de Aictions paraissent pour tremper notre littérature aux meilleures iites et pour faire fraterniser les deux langues parlées dans le J8. Bergeron traduit Térence; Clavareau, Byron, puis Helmerset irtres poètes hollandais; Raoul, les satiriques latins et une chres- Mlhie batave. La poésie est rendue à la vie nationale et au triotisme.

Vhistmrey etc. L'histoire renaît de même. Lesbroussart père avait duit Oudegherst en 1789, et c'est dans un concours ouvert pour Sbrer une victoire de Napoléon que Cornélisscn essaye de relever rtevelde. Bientôt les Diericx, les De Bats, les Rapsaet, puis les Reiffenberg, etc., étudient les anciens documents, et les mères de l'Académie, reconstituée en 1816, s'enrichissent. Les ez et les De Smet écrivent l'histoire générale. De Stassart ana- Dewez, de Reiffenberg le résume. Enfin on prépare la publicaofficielle de nos chroniques.

'8 Gerlache, qui revient de Paris, liouve h Liège des salons lit- 3s, et la société d'Emulation, où il lit des pages historiques. De er revient d'un long séjour en Italie et publie un ensemble ivres pour « citer le christianisme à la barre du genre humain » : idératiom sur Vhistoive des conciles (1816), Esprit de TÊglise !l). Vie de Ricci (1825), Lettres de Pie V (1826). H n'avait pas u publier sous l'empire les six volumes sur les conciles, pour

ne pas « concourir indirectement au but d'un système dévastaleuri, Ainsi il commençait à représenter le parti du droit commun.

En même temps les revues se succèdent : citons seulement Ii.j Journal historique et littéraire de Feller qui n'a pas moins delOSn^' lûmes (1760-1779), et le Messager des sciences et des arts, qui panï j à Gand dès 1823 et qui existe encore. Là débutent bien des écrivains ignorés et presque tous les hommes qui ont marqué lent place dans Tœuvre de 1830 : journalistes, poêles, jurisconsultei On se passionne pour ou contre Jacotot, pour ou contre les classiques, et Ton veut donner au pays un esprit à la fois politique el littéraire. Sylvain Van de Weyer — qui a déjà publié plusieurs opuscules, entre autres ses Pensées diverses (1825) — en défadant De Potter devant la justice, en 1828, se faisait hoaowr d'être journaliste et disait : « En Belgique, les Van Meeneo. les Lesbroussart, les Plasschaert, les Barthélémy, les Rogier, lesV» Hulst, sont ou ont été journalistes. Et si un jour j'avais à rendre compte à mes concitoyens de l'emploi de mon temps et de mes facultés, dans l'intérêt de mon pays, je dirais avec orgueil : Mes premières pensées ont été consacrées à nos garanties sociales el je suis journaliste depuis tant d'années. Oui, messieurs, je liens à honneur detre journaliste depuis plusieurs années... »

L'esprit qui anime cette littérature est entièrement moderne; i est libéral et cosmopolite autant que national. « Que voulons-nonsî disait la revue Y Observateur, fondée en 1815 par D'Elhoungne, Vin ] Meenen et Doncker. La garantie de la liberté individuelle et poar cela un gouvernement représentatif... » « Dans aucun temps, disait Lesbroussart en 1817, dans le Mercure belge, la maxime ; !/«»!««* nihil à me alienum puto, n'a été d'une vérité plus générale. »

Vienne 1830, l'impulsion sera décisive; déjà, avec* ou sans les Hollandais, les Belges forment une nation qui veut penser avecs^û cerveau et sentir avec son cœur.

RiBLiOGRAPRiE. — J -N. Paquot, Mémoires pour serrir à l'hi^ioire littéraire detéx^ provincex"^ \^ fol. in-i2, Louvain, nôiH-1770; F.-V. Goethals, Histoire de» lettret, de» KtOf^ et dex nrtH en Belgique, 4 vol. in-8«, Bruxelles, 48i(>-i8-U; le même, IjedureM relÊiao* l'histoire des sciences, eic, 4 vol. in-8", Bruxelles, 181^7 18^^; De Keiffeoberg, lnirorfart»»* la chronique, de Philiiipe Mouskes. IKilî; Van Hasscit, Essai sur la poésie Jrançaim e» ti^ (jique[Mein. cour, de l'Acad., t. XIII., I8H8; Van Hulsl,i Vies de quelques Belges, Liéjie,<Sl<; llyssc Capitaine, yécrolnge liégeois, 18ol à i862; Oh. Polvin, Du théâtre eu Belgiqme» ^\^^ que ei sialislique [Revue trimestrielle, i. \XXIV, p. lo6} ; le même, Sos premiers necUtl»^ raires, 2 vol. iii-S", 4870; le mènjc, Le géme de la paijc en Belgique, 1872.

UTTÉRATURE FRANÇAISE CONTEMPORAINE,

Par MM. FERDINAND GRAVRAND, Ancien profaMeur a l'athénén royal de Bruges,

et EUGÈNE VAN BEMMBL, ProfesMeur k l'anivenilé de Bru&ellet.

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