U MOUVEMENT LITTÉRAIRE. SOCIÉTÉS, CONCOURS, RECUEILS PÉRIO
WQCEs. — On aurait quelque peine à se figurer aujourd'hui ce qu'était, avant 1830, la Belgique intellectuelle. Sauf certains efforts 'ouables, mais qui restaient circonscrits dans un cercle de relations Ppur ainsi dire acdicales, la situation était à peu près celle qu'avait *J finement décrite Voltaire, un siècle auparavant, dans ce passage ^^ne lettre adressée, en 1738, au prince royal de Prusse : « Les ^ts n'habitent pas plus à Bruxelles que les plaisirs. Une vie retirée ^ douce est ici le partage de presque tous les particuliers; mais ^Ite vie douce ressemble si fort à l'ennui qu'on s'y méprend très- Usément. »
Cependant, les dernières années du règne du roi Guillaume 1" ivaient été marquées par une effervescence d'opposition où se voyait in réveil de l'esprit public non moins que du sentiment national. lu même temps, une sorte de rapprochement et d'entente, résullot du but commun, donnait naissance à de véritables foyers liltélires. Le groupement se fit d'abord parmi les publicistes. Le ut. 30
Mathieu Laensberg est fondé à Liège, au mois d*avril 1824, fv MM. Paul Devaux, Joseph Lebeau, Charles et Firmia Rogier, Pfii Van Hulst et Henri Lignac; le Courriel* des Pays-Bas prend, àptttir du 1*^ juillet 1828, une allure plus vive sous la main d'une assocation formée entre MM. Van Meenen, Lesbroussart, Jottrand, Cho, Mascart,Ducpetiaux et Nothomb, tandis qu'à Gand, le CathoHqueki Pays-Bas avait pour principaux collaborateurs MM. A. Bartels, Fabbé \ Joseph Desmet, labbé De Haerne et Alex. Rodenbach. Ce n'étaiefll | pas seulement des centres d'activité qui se créaient ainsi : ces joB^ i naux révélaient un immense progrès dans l'art d'écrii'e. 11 suifi, pour s'en convaincre, de se rappeler les brochures politiques des vandernootistes et même des vonckistes.
Le gouvernement, appuyé par la régence de la ville de Rruielles, avait voulu favoriser un mouvement qu'il espérait peut-être alors faire tourner en sa faveur. Le Musée des sciences et des lettres k Bruxelles, qui fut ouvert en 1827, eut pour professeurs, dans le domaine des lettres, Dewez, Baron, Van de Vy^eyer, Lesbroussart, Qa^ telet, et devint une « école » dans le sens antique du mot. On deTak y trouver plus tard l'idée de l'université libre.
La révolution arrêta naturellement l'essor des études litléraires proprement dites; mais le congrès national, en offrant un douwm champ aux luttes des publicistes, permit à des talents i^emarquaUes de se produire dans tout leur éclat. Le développement de l'art ontoire signala, comme toujours, l'avènement d'un peuple libre.
Bientôt on comprit que l'affirmation de la nationalité politique devait avoir pour corollaire ce que l'on a appelé la nationalité delà 1 pensée. Il fallait pour cela une sorte de cohésion morale, un efl- | semble d'efforts, une activité soutenue, qui ne pouvaient s'obieoir que par les associations permanentes et par les œuvres colleclifes paraissant sous forme de recueils périodiques.
L'Académie royale des sciences et belles-lettres de Bruxelles, fidèle à la mission qui lui était réservée, avait repris ses séances dès le 30 octobre 1830, après une interruption qu'elle tintàmoti- - ver, non par les événements, mais par les vacances annuelles, et les Dewez, les de Reiffenberg, les Raoux, les Marchai, les Dumo^ lier se remirent immédiatement à l'œuvre avec un zèle infatigable. A Liège, la Société d'Émulation, qui avait été une pépinière féconde pour les hommes du mouvement, était momentanément réduite à l'inertie par le départ de ces mêmes hommes, désormais fixés à Bruxelles ; mais, à Gand, le Messager des sciefices et des arUt
1 1833 par De Bast, Cornelissen et Voisin, s*apprétait à une nouvelle et brillante carrière sous la direction de de ei^, Jaequemyns, Serrure, Van Lokeren, Voisin et Warn- 1 peine ce recueil avait-il fait sa réapparition par sa prerraison trimestrielle de 1833, qu'une société, à la tête de était Lesbroussart, alors administrateur général de Tinstruclique, commença la publication mensuelle, à Bruxelles, d'un mq/clopédique belge. La même année vit fonder, le 13 juin, la Société des sciences, des arts et des lettres du Hainaut, la fin de juillet, à Bruxelles, parut V Artiste, journal hebdo- , dirigé par M. Ch.-Al. Campan. L'Artiste fut le premier essai 3 exclusivement littéraire; il compta parmi ses rédacteurs 5 MM. Campan, Eugène Robin, André Van Hasselt, C. Lc- L. Jottrand, L. Alvin, Ph. Bourson, Adolphe Mathieu, iselle Eugénie Poulet, Ch. de Brouckere, J.-B. Vautier et
)rs, le mouvement était caractérisé et ne pouvait que sacde plus en plus. Le 1" mai 1834, Kersten publie à Liège le numéro de son Journal historique et littéraire destiné au icclésias tique. Un arrêté royal du 22 juillet 1834 institue la jiott royale d'histoire, chargée « de rechercher et de mettre les chroniques belges inédiles », commission dont font parorigine, MM. de Gerlache, de Ram, de Reiffenberg, Dewez, ,Warnkœnig etWillems. Le 10 novembre de la même année, illée officiellement à Anvers, selon le plan conçu par le doc- Rirckhoff, la Société des sciences, lettres et arts. Lannée îst pas moins féconde. Elle s ouvre par la publication de la 'Ige, que fonde, à Liège, TAssociation nationale pour l'encouit et le développement de la littérature en Belgique, et que , MM. Polain, Weustenraad, De Decker, Gh. Faider, Borgnct, mx. Le 4 avril, est créée à Mons, par l'initiative de MM. Del- , Chalon, la Société des bibliophiles belges; le 15 juillet, k Anvers, le premier numéro du Polygraphe, dû à la coUai de F. Bogaerts, de Reiffenberg et Schayes, et le 18 octobre, k Gaud la Société littéraire, qui se propose de propager, par rs et des leçons, l'enseignement de la littérature. G'est sans our donner satisfaction à ces tendances que le gouvernen s occupant celte même année de l'enseignement supérieur, itre, au nombre des matières exigées pour la candidature »sophie et lettres, « l'histoire de la littérature française ».
Trois nouveaux recueils périodiques apparaissent eacoreenl83ï: la Belgique littéraire et industrielle, rédigée par MM. Eugène Gmsoin, Van Hasselt, Théodore Juste, Ad. Mathieu, Baron, Vautier, Lesbroussart, madame de Félix delà Motte, MM. FirminLebruQ,UMii' Labarre, etc. ; les Nouvelles Archives historiques , philosophiqm d littéraires, publiées à Gand par J.-B. d'Hane, Huet, Lenz et Hokei et la Revue de Bruxelles, dirigée par MM. A. Dechamps et P. De Decker.
En 1839, Bruges a sa Société d'Émulation pour rhistoireelifi antiquités de la Flandre occidentale, et Ton compte parmi les findateurs labbé Carton, labbé Andries,' M. 0. Delepierre. D*aotre part, les universités rivales de Louvain et de Bruxelles voieotie former des sociétés d'étudiants dont les opinions tout opposées tt manifestent dans des séances littéraires et des annuaires. Les partis politiques se séparent définitivement. La Revue de Bruxelles, bid que dirigée dans un sens tout catholique, parlait encore de 11 c( science pour elle-même » : la Revue tmtiotiale, fondée en 1831 par M. Paul Devaux, est plus politique que littéraire; elle coûstitue un faisceau de forces libérales, et les écrivains y abdiquent presque leur personnalité en ne signant pas leurs articles.
Nous ne pouvons considérer les concours ouverts par l'Acadéfflis ou par d'autres sociétés littéraires, ou même par des revues et des journaux, comme ayant eu une véritable influence sur le développement littéraire. Nous convenons toutefois qu'ils ont été souveol, pour les jeunes écrivains, une occasion de se faire connaître, el c'est à ce dernier point de vue que nous mentionnons ici les concours institués par le gouvernement, à partir de 1840, entre les athénées et les collèges, et, à partir de l'année suivante, entre les universités. Presque tous les élèves de rhétorique quiontoblettu le prix d'honneur en langue française ont occupé depuis une pUce distinguée dans les lettres belges.
Voici, de 1840 à 1874, la liste des élèves qui ont obtenu le l** prix ou fiii iVkanneur en langue française au concours de renseignement moyen : Artiuir Ilennebert, de Talhénée de Tournai; Victor Cappellemans , de falhéûéc de Bruxelles ; Félix Coveliers, de Tatliénée de Tournai ; Charles Petit, deralliéoécdc Bruxelles ; Emile Debeil, de Talhénée de Gand ; Philippe Gilbert, du collège de Diuanl; Edmond Schoulen, de Taihénée de Bruxelles ; Alfred Giron, dcralhéoée de Bruxelles ; Albéric Allard, du collège de Mons ; Ernest Houdel, de fathéoée de Gand ; Guillaume Mucseier, de Tathénéc de Liège ; Charles Wocste, de faihénéc de Bruxelles ; Frédéric lienucberl, de Tathéuée de Tournai ; Florestan Van tri»*, de falhénée de Bruxelles ; Eugène llins, du collège de Saint-Trond ; Léon Domtnartin,
àeoll^ de Hervé; LéoD Vanderkindcrc, de Fathénéc de Bruxelles; Hector fkm, de TathéDée de Bruxelles; Jean Godart, de TatlK^née de Mons; Goswin laomTer, de Talhénée de Bruxelles ; Gustave Wiltamer, de Tathénée d'Arlon ; Adolphe Prins, de Pathénée de Bruxelles; Camille Laurent, de Tathénéc d'Arlon ; <iod<^id Kurth, de Tathénée d*Arlon ; Jules Van Heerswyngheis, de Tathc^née de BraK»; Jules De Rode, du collège de Louvain ; Charles De Poortere, de Pathénée de Bruges; Alfred Desmet, du collège d'Yprcs ; Jules Rossignol, du collège de Ciarieroi; Femand Wodon, de Tathénée de Liège.
lodëpendamment de la Commission royale dliistoire et h Texemple de la Société des bibliophiles de Mons ainsi que de la Société d*Émubtioa de Bruges, s'organisèrent une foule de sociétés locales ayant surtout pour objet les recherches d'érudition. Ce sont : TAcadémie (farchéologie de Belgique, établie à Anvers en 1842; la Société archéologique de Namur, qui date de la fin de 1845 ; la Société historique et littéraire de Tournai, du 13 février 1846; la Société pour la recherche et la conservation des monuments historiques et archéologiques, installée à Arlon le 16 août 1847; flnstitut archéologique liégeois, fondé le 4 avril 1830; la Société scientifique et littéraire du Limbourg, inaugurée à Tongres le 22 décembre 1851 ; le Cercle archéologique de Mons, créé le 28 septembre 1856 ; la Société historique et archéologique dTpres et de lancienne West-Flandre, i Ypres; le Cercle archéologique du pays de Waes, à Saint-Nicolas; la Société archéologique de Charleroi, la Société archéologique de Termonde, etc. Et toutes ces associations, qui existent encore, ont leurs annales ou leurs bulletins périodiques.
Dautre part, dans le genre de la Société d'Émulation de Liège et delà Société littéraire de Gand, se formèrent des « cercles », qui 8'intitulèrent « artistiques et littéraires », et dont l'activité dîins le domaine des lettres se manifesta surtout par des conférences. Ce fiit le Cercle artistique et littéraire de Bruxelles, fondé le 23 novem- ^ 1847, qui ouvrit la marche. Puis vinrent celui de Liège, le '* juillet 1849; celui de Bruges, le 5 avril 1850; celui d'Anvers, 'W 1852; celui d'Alost, le 29 septembre 1856; celui de Namur, en 860, et plusieurs autres.
Une association qui aurait pu avoir une influence plus pratique, ^ quelque sorte, sur le développement de la littérature belge, fut i Société des gens de lettres, fondée le 12 novembre 1847. Elle se ''oposait de publier des ouvrages d'auteurs belges, mais elle ne put ) soutenir longtemps. Deux éditeurs intelligents, MM. A. Jamar et h. Hen, avaient déjà rendu, dans ce genre, de grands services en
publiant les Belges illustres en 1842 et la Belgique manumeniak d pittoresque en 1843. Les meilleurs articles qui composaient ces oavrages étaient dus à MM. L. Alvin, A. Baron, Eug. Gens, Éd.Fétis, V. Joly, Moke, de Reiffenberg, Eug. Robin, Renard, Stappaerts, Van Hassell. M. Hen édita seul, en 1844, les Splendeurs de Fart ^ Y Album national; M. Jamar publia, en 1846, la Bibliothèque nationale (48 volumes in-18) et en 1849 YEncyclopédie populaire, vaste collection que dirigeaient MM. de Ram, L. Alvin, Ch. de Brouckere, Stas, Quetelet, etc. Malgré la concurrence que semblait faire alors la contrefaçon, les auteurs de tous ces ouvrages ou des articles qu'ils renfermaient étaient rétribués par les éditeurs. Aussi, lorsqu'il fut question d'abolir la contrefaçon ou, pour mieux dire, h faculté de réimprimer en Belgique les livres français, M. Hen eul-fl qualité pour défendre le droit des imprimeurs belges, et il left avec un véritable talent. La contrefaçon n'en fut pas moins interdite par la convention conclue, le 22 août 1832, entre la Belgique et la France; mais on peut convenir aujourd'hui que le bon marché des li\Tes français réimprimés avait eu une influence considérable et des plus heureuses sur les idées littéraires en Belgique.
Parmi les recueils périodiques qui eurent le plus d'action comDe véritables revues littéraires, nous avons encore à citer la Reweie Liège, de Félix Van Hulst, qui, à partir du 15 février 1844, contimn la Revue belge, et, en i 846, la Revue de Belgique, brillamment dirigéepar MM. Wacken, Alex. Wauquière, Dclmotte, Gauchez, Éd. de Linge et Th. Jouret. Nous ne devons pas oublier les Archives toumaisienm de Fréd. Henncbert et le Trésor national qui parurent en 1841 Vers 1830, se remarque un point d'arrêt : la Revue de Belgique eilk Revue de Bruxelles disparaissent presque en même temps, tandis que la Revue de Liège et la Reime nationale n'existaient plus depuis 1847. La Revue nouvelle, en 1831, n'a qu'une existence éphémère. Mais, en 1834, commence la Revue trimestrielle qui, en offrant une tribune libre h toutes les opinions, fournit une carrière non interrompue de quinze années, et ne fait ensuite que céder la place à la nouvelle Revue de Belgique, dont la publication « mensuelle «indique un mouvement désormais plus rapide. A côté de la Revue trimestrielle s'était publiée, de septembre 1833 à décembre 1860, hlAre Recherche, dirigée par M. Pascal Duprat et ouverte principalement aux écrivains étrangers. Le parti catholique, d'autre part, arrivail, par des transformations successives, de la Revue des revues (1832) à la Revue générale (1863), en passant par la Belgique (1856) et la
Revue belge et étrangère (1861), sans compter une scission qui fit naître, en 1857, le Spectateur belge de M. De Haerne. Citons encore 60 ce moment, quoique leur durée fût relativement courte, la Revue critique à Gand (1857), la Belgique contemporaine à Liège (1861) et la Revue d'histoire et d'archéologie à Bruxelles (1839 à 1864).
Une influence favorable peut être attribuée à la fondation des prix quinquennaux et triennaux : ce n'est plus là un concours, à proprement parler, mais une récompense et pour ainsi dire un acte de reconnaissance nationale. Le prix quinquennal d'histoire nationale a été décerné, depuis 1850, à M. Kervyn de Lettenhove, à MM. Wauters et Juste (et Nertens et Torfs, écrivains flamands), à M. Ad. Borgnet, à M. Van Praet; le prix quinquennal de littérature française, depuis 1832, à MM. Moke, Baron etWeustenraad, à M.Mathieu, à M. Potvin, à M. Éd. Fétis; le prix quinquennal de sciences morales et politiques, depuis 1855, h MM. Ducpetiaux, Brialmont et Thonissen, à M. de Haulleville, à M. Tielemans, et le prix triennal de littérature dramatique, depuis 1858, a été décerné trois fois îi M. Potvin.
L'institution récente, due à la munificence personnelle du roi, d'un prix annuel de 25,000 francs, qui doit être attribué en premier lieu à l'histoire nationale, suscitera sans doute de nouveaux efforts dont la littérature est appelée à profiter.
Malheureusement, à coté de ces encouragements officiels, nous avons à signaler quelques mesures tout à fait déplorables prises par le gouvernement. Dans l'enseignement supérieur, depuis 1837, rhistoire de la littérature française et presque toutes les branches historiques, même l'histoire nationale, ont été reléguées parmi les cours à certificat, et par conséquent rayées du programme d'études. L examen écrit, qui seul pouvait faire juger du style des récipiendaires, n'a plus été exigé pour aucun grade universitaire; enfin, les prix d'honneur pour la langue française, au concours de l'enseignement moyen, viennent d'être supprimés.
Terminons ce rapide aperçu du mouvement littéraire par une réflexion et un vœu.
Nous disions, en commençant, que l'esprit littéraire et la littérature même ne se forment que par le rapprochement, le groupement des écrivains. Ce sont les salons du temps de Louis XIII, c'est la petite société Conrard, d'où Richelieu a tiré l'Académie, qui ont fait la littérature du grand siècle. 11 importe que nos gens de lettres aient l'occasion de se réunir. L'Académie belge compte trois classes;
mais sa classe des lettres n*est, en réalité, qu'une classe des scieim morales et politiques, et devrait en conserver le nom ezclusivemm: il faudrait ajouter à TAcadémie une quatrième classe, propreneK littéraire, et divisée en deux sections, française et flamande. Uid> jonction d*une classe des beaux-arts en 1845 a été un premier pM vers cette réforme, qu'il est temps, qu'il est utile et Juste de oqbpléter aujourd'hui.
Orateurs. — Les proclamations et les décrets du gouvemeiDeot provisoire étaient animés d'un souffle puissant et tout nouveau; les débats du congrès, se ressentant de la même influence, s*élevèrait bientôt à une hauteur de vues qui rendit l'Europe entière attentif et sympathique. Bien des orateurs politiques se révélèrent alors tout d'un coup. La plupart avaient ce sens net, cet esprit pratique, ces qualités solides qui semblent caractéristiques chez les Belges; mais plusieurs ne manquaient pas non plus de ce qu'on appelle le côté artiste, et se distinguaient par le choix des mots, le tour pittoresque, le ton animé et variant selon le sujet.
Parmi les plus âgés étaient le baron Surlet de Chokier, causeur aimable, plein de bonhomie ; le baron de Stassart, dont la prédsioa éminemment littéraire n'était pas dépourvue de chaleur; Antoine Barthélémy, excellent administrateur, à l'élocution claire et facile; le baron Beyts, que l'on qualifiait de « bibliothèque vivante »; Féb'x de Mérode, à la verve caustique; Pierre-Guillaume Seron, vieux républicain de 93, respectable par sa franchise et ses convictions; Alexandre de Robaulx, dont la fougue démocratique causa bien de Tagitation lors du débat sur la forme du gouvernement. Puisvenaieot Alexandre Gendebien, à l'éloquence véhémente, même un peu rude; Joseph Jaminé, passionné, avec une certaine recherche de l'efiet; Sylvain Van de Weyer, fin, spirituel, habile, dont le rapport sur si mission à Londres avait été accueilli par une triple salve d'applaudissements; Charles Le Hon, qui eut le même succès pour son discours sur l'indépendance de la Belgique; Charles Destouvelles, pétillant d'esprit, et Eugène Defacqz, d'un sens net et droit. Joseph Lebeau était un véritable orateur, d'une élégance de bon goût, et son autorité fut bientôt reconnue au même titre que celle de M. Paol Devaux, dont la raison sévère et la logique semblaient irréfiitables, et que celle de M. Charles Rogier, dont les élans généreux s'alliaient à un esprit littéraire des plus délicats. M. Lucien Jottrand se faisait remarquer par une instruction variée et une vive originalité de
ipeoaée; M. Henri de Brouckere, pnr le charme de sa diction; M. Mathieu Leclercq, par une dialectique puissante, et M. Jeanhj^iste Nothomb, le plus jeune des membres du congrès, par une flocution vigoureuse et prudente, déjà digne de l'homme d'État.
Dans les assemblées législatives qui suivirent le congrès national apparurent Isidore Jullien, à la parole ingénieuse et piquante; Théodore Verhaegen, dont le bon sens pratique et populaire était saisissable à tous les esprits; M. Àdelson Castiau, hardi, sarcastique, littéraire et toujours loyal ; Auguste Delfosse, intelligence nette, allure bourgeoise, dont la phrase patriotique prononcée en 4848 est restée célèbre; M. Barthélémy Dumortier, chaleureux, mais inégal; M. Adolphe Dechamps, élégant et habile; M. Pierre De Decker, esprit conciliant, mais imagination vive, se signalant par des traits inattendus; M. François d'Elhoungne, à l'argumentation entraînante; M. Hubert Dolez, au ton d'une exquise convenance; M. Jules Malou, brillant, fin, souvent acerbe; M. Eudore Pirmez, dialecticien ingénieux; M. le vicomte Charles Vilain Xllll, dont le fameux jamais, prononcé en i856,a retenti dans tous les cœurs belges comme une protestation indignée contre les prétentions de Tempire français. Signalons encore, parmi les « causeurs » les plus originaux, M. Âlplonse Vandenpeereboom, dont le sens malicieux et narquois se cache sous une bonhomie flamande des plus sympathiques, et, parmi '^orateurs les plus dignes de ce nom, M. Frère-Orban, dont la Parole, à son gré ferme ou véhémente, mesurée ou agressive, exerce ''ne domination irrésistible.
Nous craindrions, pour les dernières années, de ne pas tenir la
*^lance assez égale entre les divers partis, mais, sans sortir de
'éloquence politique, il nous faut rappeler le discours prononcé par
'^ jeune roi Léopold II à son avènement au trône, et qui respirait
^^s sentiments si généreux exprimés dans un langage si élevé.
Les associations électorales et les meetings publics ont aussi *^umi aux orateurs de nombreuses occasions de se produire, et, ^out d'abord, nous avons à citer à ce propos le discours d'Eugène I^eftcqz prononcé à la séance que tint le congrès libéral le 44 juin 1846. Bien des hommes politiques se sont fait connaître dans ces ^saemblées quasi populaires et dans les discussions engagées de la sorte entre les divers partis. La plupart ont eu, dans ces circonstances, un caractère plus personnel et pour ainsi dire plus dégagé. Nous signalerons seulement Théodore Verhaegen à Bruxelles, Hip- P^'jte De Boe à Anvers; un peu plus tard, MM. Paul Janson,
Ad. Demeur, Gustave Jotirand, Optât Scailquin, F. Haeck au mtting libéral, puis M. Pierre Van Humbeek, président de l'associitioft libérale de Bruxelles; MM. Eug. Anspach, Ém. Demot, Louis Bjraans, Alex. Jamar parmi les libéraux doctrinaires ; M. Éd. Pedw à Anvers, M. Rolin Jaequemyns à Gand, et M. Jean Fontaine, Tonleur populaire des meetings liégeois.
L'art oratoire semble l'accessoire obligé de certaines positioDS. M. Jules Anspach, bourgmestre de Bruxelles, est doué à cetégari d'un talent bien réel et d'un tact parfait. M. d'Andrimont, élant bourgmestre de Liège, a montré des aptitudes analogues, particolièrement dans le discours qu'il a adressé aux riflemen comme cobh pliment de bienvenue. Il est bien des cas encore, plus particuliers, dont nous aurions à tenir compte. On se souvient des toasts humoristiques de Max. Veydt, et, à ce propos, nous ne pouvons omettre de citer le discours si vivant et si fin prononcé par M. Léon Bérardi, au nom de la presse belge, lors du banquet offert à M. Victor Hogo par les éditeurs des Misérables, le 46 septembre 1862.
Le barreau a compté, depuis 4830, parmi ses meilleurs représentants, à Bruxelles, les avocats Barbanson, Th. Verhaegen, Duvigneaud, Mascart, Gendebien; à Liège, Destriveaux, Max. Lesoiime, Forgeur, Robert, Zoude, Hennequin, qui reçurent presque tous rheureuse influence de Teste; à Gand, MM. Metdepenningen, Rolin père. Aujourd'hui, parmi les hommes qui comprennent le mieux le caractère et les ressources de Téloquence judiciaire, on peut citer en toute première ligne, à Bruxelles, MM. Vervoort, Orts, Beernaert, Louis Leclercq, de Becker, Jules Bai^, Paul Janson, Jules Le Jeune, Albert Picard, Charles Graux, Edmond Picard, Eugène Robert, Emile Féron, Victor Jacobs et plusieurs autres; à Li^, MM. Victor Fabri, Henri Clochereux, Auguste Bury, Victor Henaux, Eugène Dognée, Éd. Gerimont, Xav. Neujean, Jules Halbart;à Gand, M. d'Elhoungne, dont le talent supérieur semble laisser dans l'ombre celui de ses collègues. N'oublions pas les discours de rentrée des procureurs généraux, dont l'éloquence écrite a une valeur réelle lorsqu'elle se distingue à la fois par la forme et le fond, comme les discours de M. Ch. Faider à Bruxelles, de M. Raikemà Liège, de M. Ganser et de M. Wûrth à Gand.
L'éloquence de la chaire a eu pour représentant le plus renommé le P. Dechamps, aujourd'hui archevêque de Malines ; on cite de lui ses conférences prêchées à la cathédrale de Liège pendant favent de 4843, puis à Bruxelles, à Louvain, à Tournai; et il prononça
dios rëglise Saînte-Gudule, le 24 octobre 1830, Toraison funèbre delà reine Louise-Marie. Viennent ensuite le P. Barbieux, labbé Soulacroix, labbé Donnet, le P. Delcourt. Enfin le pasteur Ernest ?CDt, M. le pasteur Th. Bost et le grand rabbin, M. Astruc, sont à placer parmi les meilleurs orateurs moralistes.
Mais réioquence de la chaire a désormais une branche nouvelle, celle de la chaire profane, de l'enseignement. Nous voulons surtout [Kirler des « conférences », mot emprunté au genre religieux, mais |ui fut employé déjà par labbé Louis pour les Conférences littéraires [D'il fit, en 4835, à Tinstitution Saint- Servais à Liège. Quelques le- !ons publiques avaient été données à Bruxelles par Rastoul de Mon- ;eot, l'abbé deRobiano, Gustave Robert, Victor Considérant, Henequin, et le cours public de M. Altmeyer siir la philosophie de histoire, fait en i840 à l'université libre, avait eu le plus grand etenlissement, lorsque le Cercle de Bruxelles ouvrit, en 1848, une érie de soirées littéraires où Ton entendit Quetelet, Baron, Fétis, iC Hon, etc. Cependant la vogue des conférences est due particuiërement aux Français réfugiés en Belgique à la suite du coup rÉtat, et elle commencé avec la première leçon de ce genre donnée »ar M. Emile Deschanel, le 3 mars 1852, au Cercle de Bruxelles. Jors se forme cette brillante pléiade de « conférenciers » français, IM. .Pascal Duprat, Madier-Montjau, Lausscdat, Challemel-Lacour, tancel, Pelletan, Jules Simon, auxquels il faut joindre rilalien tair Ongaro; alors se fondèrent les divers cercles dont nous avons larlé plus haut, et peu à peu les orateurs belges se multiplièrent à sur tour. Il serait presque impossible de suivre ce mouvement lans toutes ses expressions, den énumérer les nombreux repréentants : bornons-nous à citer les auteurs belges des conférences lites au Cercle artistique et littéraire de Bruxelles pendant ces deux lemiers hivers; ce sont MM. Eugène Dognée, Henri Berge, Eugène tobert, Ijéon Vanderkindere, Xavier Olin, Ilippolyte Delecosse, idolphe Prins, Charles Buis et Goblet d'Alviella.
Plblicistes et pamphlétaires. — Le journal est anonyme en Belîque, et son véritable caractère, en effet, est de représenter des artis et des opinions. Cependant, beaucoup d'hommes politiques nt pris part personnellement, par des brochures, aux discussions îs plus importantes de la presse, et il y a là toute une littérature péciale, participant un peu de l'éloquence de la tribune.
Parmi les œuvres de ce genre qui concernent la politique gêné-
raie et qui eurent le plus de retentissement, citons .dabord \m opuscules de Sylvain Van deWeyer, expliquant avec netteté etJBSlifiant d'une façon ferme et digne la révolution belge de 4830 i.ldfre sur la révolution belge, son origine, ses causes et se^ conséquenm, traduit de l'anglais (sans nom d'auteur) (1831); In Belgique et k Hollande, lettre à lord Aberdeen, par « Victor de la Marre » (1832), et la Hollande et la Conférence (1833). Nous devons signaler ensuite: Épisodes de la révolution dans ks Flandres, par Constantin Rodeobach (1833), et les Flandres et la révolution belge, par Adolphe Bartels (1834). Sur le traité des XXIV articles et la cession du Luxembourg paraissent, en 1839, l'exposé de M. Dumortier, remarquable par des vues nouvelles sur le partage de la dette, et surtout l'éloquente et judicieuse protestation de M. F. Dubois, président du conseil provincial du Luxembourg (aujourd'hui gouverneur du Brabant). Puis viennent : en 1845, Quinze ans, de 1830 à 1845, par M. lie Decker; en 1847, Situation financière de la Belgique, par M. Jules Malou, et, en 1849, l'écrit très-remarque de M. Lucien Jottrand : te Églises d'État, dernière cause d'intolérance religieuse. L'année 1852 voit s'engager, de cette façon spéciale, une joute solennelle entre les partis : on a, de M. Paul Devaux, les Partie parlementaires et le pouvoir en Belgique de 1839 à 1846; de M. De Decker, l'Esprit deperti et V esprit national; de M. J. Lebeau, la Belgique depuis 1847; de M. de Gerlache, Essai sur le mouvement des partis en Belgique dej/m 1830, et de M. Frère-Orban, sous le pseudonyme de Jean Van Damme, Lettre à M, De Deckei\ En 1854 paraît la brochure, plus fameuse encore, de Jean Van Damme, la Mainmorte et In charité, et, en 1859, la Question de la charité, de M. Éd. Ducpetiaux. Citons encore, de M. Paul Devaux, de la Réorganisation de Taimie (1867), et du Suffrage universel et de rabaissement du cens électoral (1871). C'est surtout à propos de la grande lutte entre les libertés constitutionnelles et le clergé catholique, ou, à un point de vue plus élevé, entre l'esprit moderne et l'Église romaine, que lactivité des publicistes s'est donné carrière. Bornons- nous à énumérer les principales œuvres de ce genre, dont l'appréciation ne rentre pas précisément dans notre sujet : de r Inamovibilité des curés succuno' listes (iSiG) et du Droit de fondation (18^1), par M. J. De Bonne; l'Église et les libei^tés^belges (1857), par M. L. Uymans; Essai sur In rapports de l'État et des religions au point de vue constitutionnel (1859), par M. Jules Bara; les Catholiques et les libertés cotistitutionnelUs (1863), par M. P. de Haulleville; la Constitution belge et l'encycliqtu
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de Grégoire XVI, deux lettres de S. E. le cardinal-archevêque de Malioes (1864); de rincapacité civile des congrégations religieuses non wHmsées (i9ffï), par M. Aug. Orts; VÉtaî et l'Église (4872), par M. Ernest Àllard; le Parti clàical en Belgique (1874), par M. Emile deLaveleye, et des Droits de souveraineté de tÉtat sur l'Église en Belfifve (1874), par M. Adolphe Prins. Faisons une place à part et plus large à M. F. Laurent, dont les Études sur l'histoire de l'humanté offrent aux publicistes libéraux un arsenal complet d'arguments i de feits, et dont l'étude sur Van Espen (1860) est d'une vigueur leu commune dans son éloquente concision. Bien des questions plus spéciales, de politique intérieure ou extéieure, comme les tbitifications d'Anvers, l'expédition du Mexique, mnexion dont nous menaçait la France, ou des demandes de fformes, comme l'abolition des octrois, le libre échange, ont donné îu à des articles et à des brochures qui ont encore aujourd'hui un f intérêt historique. Rappelons seulement, à ce propos, les Cara- Hiers belges, de M. le général Renard, qui rencontrèrent si bien le Dtiment public en 1860, et, du même auteur, en 1855, la palriojue Répotise aux allégations anglaises sur la conduite des troupes Iges en 1815.
Parmi d'autres sujets de discussion, restés à Tordre du jour, il en t qui prêtaient au développement d'idées larges et même à une pression littéraire. Ainsi, la liberté de la presse a été l'objet de ombreux débats que l'on trouve résumés méthodiquement et paritement dans le Code de la presse de M. Henri Schuermans (1861). abolition de la peine de mort a provoqué les excellents plai- >yers de MM. Thonissen, Nypels, Aug. Visschers (1863 à 1866), »Qt l'influence est restée presque victorieuse, nonobstant la trop (neuse mercuriale dans laquelle M. le procureui* général de Bavay ivisa de faire, en 1862, l'apologie de la barbarie. La paix univer- Ue a fait écrire, à la suite du congrès tenu à Bruxelles en 1849, îux beaux mémoires, l'un de Louis Bara, l'autre d'Edouard MorlOge; il feut y joindre 1' « esquisse historique » ou plutôt le bleau animé que M. Potvin a intitulé le Génie de la paix en Belpie (1871), ainsi que la thèse hardie de M. Goblet d'Alviella, Désarrr ou déchoir, couronnée à Paris, en 1871, sur un rapport de M. Passy et Laboulaye, à un concours qui avait réuni (juarante ncurrents. La nécessité de développer Tinstruction publique, rticuliërement dans les classes inférieures, a donné lieu à d'cxcelits travaux parmi lesquels les plus complets ont été : les Essais
sur l'instruction publique des peuples libres (1836), de M. J.-F. Cûw^ taul; l'Enseignement primaire et professionnel en Angleterre et m Irlande (iSQi), de M. N. Reyntiens ; /'//i^/ruc/jon du peuple {19^, de M. P. Tempels, et l'Instruction du peuple 1872), de M. Emile de Laveleye. Dans ce même ordre d'idées, la question de rinstruclion obligatoire, qui fit son apparition en Belgique vers 1858, aélé discutée à fond par MM. Funck, Emile de Laveleye, Altmejer, Nestor Considérant, Tiberghien, Agathon De Potier. Enfin, n'ooblions pas la ce question du grec » qui, à la fin de 1868, provoqua une spirituelle polémique, dans le Journal de Gand et Y Écho du Paiement, entre Frédéric Hennebert et M. de Laveleye, et fiit portée* la tribune de la chambre dans deux remarquables discours, l'un de M. Pirmez, l'autre de M. Rogier.
Il y aurait une étude bien intéressante à faire sur- le mouvement des esprits, sur la formation de l'opinion publique, dans les jou^ naux, les revues et les livres, à mesure que surgissent les idées de progrès, les propositions de réforme, ou que se présentent des obstacles, des difficultés dans la marche de la civilisation. Ce serait ici, malheureusement, nous écarter trop de notre sujet. Gonstatoos seulement que beaucoup de ces discussions ont eu de l'écho à l'étranger; que plusieurs de nos publicistes, comme Ducpeiiaui, Aug. Visschers, M. Emile de Laveleye, ont un nom européen; qoe l'association pour le progrès des sciences sociales, si habilement oi*ganisée par M. Aug. Couvreur, a réuni, aux congrès de Bruxelles et de Gand, en 1862 et 1863, les publicistes de toutes les natioos civilisées; que la Ligue de l'enseignement, fondée le 26 décembre 1864, et dont M. Charles Buis a été l'âme, a fait naître des sociétés analogues en France, en Allemagne, en Italie et en Anglelerre.
Dans une sphère en quelque sorte plus scientifique, ou du moins plus théorique à certains égards, nous avons les importants iravauï d'économie politique de MM. Gustave de Molinari et Ch. le Hardy de Beaulieu, le Coup d'œil historique sur les institutions provinddes et communales en Belgique (1834) et les Études sur les comtitutiffns nationales (1842), de M. Ch. Faider; YOrganisation du crédit (iSSil)^ de M. F. Haeck ; Y Essai sur le droit communal de la Belgique (1862)» de M. A. Giron; la Commune belge (1862), de M. Henri Marichâl; YEssai sur Vhistoire politique et constitutionnelle de la Belgique (1838), de M. V.-A. Waille; le Répertoire d'administration de MM. Tielemans et De Brouckere; \q% Études sur le droit public (18S9), de M. Eugène Verhaegen ; de la Responsabilité des ministres dans k
ttùU public belge (1867), de M. Oswald de Kerchove de Denterghem; Paupérisme et association (1847), de M"* Zoé Gatti de Garaond ; k Socialisme depuis l'antiquité (iS^^), de M. Thonissen, et, du même tuteur, plus récemment, les Mélanges d'histoire, de droit et d'économe politique (1873); enfin, de M. Emile de Laveleye, YEssai sur les fimes de gouvernement dans les sociétés modernes (1872) et de la Propriété et de ses formes primitives (1874). Nous aurions encore à dler, dans un autre ordre d'idées, la Science du beau (1861), de M. P. Voiluron; les Commandements de l'humanité (1872) et Enseijument et Philosophie (1873), de M. G.Tiberghien... Force nous est de nous arrêter dans cette nomenclature, bien en deçà nécessaireméat de la limite indécise qui sépare la littérature de la science proprement dite.
Nous rentrons dans la polémique, et au plus fort même de la lutte, avec le livre de M. Félix Delhasse, Écrivains et hommes politiques (1857); mais ce n'est pas un pamphlet : l'auteur se met au-dessus des partis et traite du même air M. Frère-Orban et M. de Gerlache. Le vrai pamphlétaire, digne de ce nom, dans sa meilleure acception, est Joseph Boniface (M. Louis De Fré), qui avait débuté en 1850, sous le nom de Maurice Voituron, et qui montra bientôt après, dans une série de brochures. Hommes et doctrines du parti catho- Bf«f, un esprit d observation narquoise et d'ingénieuse malice allié i une franchise d'allure et à un bon sens qui font penser à ce mot de Pascal : a Quand on voit le style naturel, on est tout étonné et ravi, car on s'attendait à voir un auteur et on trouve un homme. » Les opuscules de M. Ferdinand Eenens, traitant de sujets politiques >u de conti'overse religieuse, sont vifs et alertes, et témoignent 'un zèle qui, de 1857 à 18G9, est resté infatigable. L'Église et la morale (1858-1859), de dom Jacobus (M. Ch. Potvin), sont, au ^ême point de vue, une charge à fond, soutenue par un magnifique Jenl d'écrivain, une vigueur de pensée et une science tout exceponnelles, que l'on retrouve au même degré dans le Faux Mirack ^ éd., 1874) du même auteur (sous le pseudonyme de dom Liber). ^lïs des régions en quelque sorte plus littéraires, nous avons sur- ^ut Simon Stévin et Af. Dumortier (1845), par J. du Fan (Van de »'eyer), un chef-d'œuvre comme argumentation, comme ton, comme crve et comme style.
Nous n'avons pas, à beaucoup près, épuisé la liste des publicistes ^Iges; nous aurions voulu, sans faire ici de distinction de partis, ^ndre hommage à ces écrivains qui, dans la presse, depuis 1830,
se sont distingués par leur courage, leur activité et leur talent. 11» jusqu'à quel point nous est-il permis de pénétrer ranonyme du jov nal, d'attribuer un caractère personnel à des travaux qui, parleor nature, en Belgique du moins, semblent collectifs? Quelques jow>nalistes pourtant se sont eux-mêmes mis en scène, comme M. Looii Labarre, en publiant ses Souvetiirs du drapeau (i855). Quelqaei pseudonymes aussi sont devenus le secret de tout le monde, etnou devons signaler ici la verve, Tesprit, la causticité, Yhumour de plisieurs de ces ântaisistes, éminemment remarquables dans lev genre, particulièrement de Bertram (M. Eugène Landoy), de G. V. (M. George Vautier), deNil(M. Léon de Thier), de Charles (M~ Poiç), de Victor de la Hesbaye (M. Victor Hallaux) et de la spiritôdk phalange qu*il a réunie à la Chronique; enfin de Petrus (M. Achille Renson) dont les parodies aristophanesques des séances de h chambre ont une originalité singulière et du meilleur aloi.
Critiques. — La critique littémire et même la critique d'art soit souvent du domaine du publiciste. De la cotruptUm lUtinm m France (1872), Tune des dernières œuvres deM. Potvin, est presque un pamphlet dans la grande manière de Proudhon, et l'Esprit pvisieti produit du régime impérial , de M. Emile Leclercq, qui a eusqK ou huit éditions coup sur coup, en 1871, est un tableau d'un réilisme saisissant, portant en lui-même les plus hautes leçons.
Nous n'avons cependant guère de critique proprement dite, 8^l^ tout en matière littéraire. Aucun recueil n'y est spécialement consh cré, comme chez nos voisins ; les revues ne sont accompagnées qw de quelques comptes rendus n'ayant point desprit d'ensemble, et les journaux, qui s'occupent avec étendue du moindre concert ou de b moindre représentation dramatique, annoncent à peine en quelques lignes, sauf de rares exceptions, lapparition d'un livre belge.
Les premières années qui suivirent 1830 furent plus fécondes à cet égard. Froment, Eugène Robin, Baron, Lesbroussart, deReiffioberg, Polain, Van Hulst et beaucoup d'autres faisaient de la critique. Depuis, le nombre s'est restreint. Nous avons pourtant à signaler Frédéric Hennebert, qui avait entrepris, dans le Journal de Gûrii une revue littéraire bientôt interrompue par la mort prématurée de l'auteur; M. Alphonse Le Roy, qui, depuis plus de vingt ans, suit avec une ardeur infatigable le mouvement de la Iittératui*e dans le Journal de Liège et depuis dix ans dans la Meuse; M. J. Stecher, qui a écrit également dans ces deux journaux et dans d'autres ; M. J. De-
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narteau, rédacteur de la Gazette de Liège; M. Emile Lion, qui a Mocédé à Kei*sten dans le Journal historique et littéraire; M. Ph. 60 ur- BOO, au Moniteur; M. Emile Banning, à YÊcho du Parlement, et M. Gustave Frederix, qui, dans Y Indépendance, consacre un talent mrémemeot distingué de ton et de style h lappréciation des écriviios de la France.
Les critiques dait sont plus nombreux. M. Louis Alvin a publié, en 1836, un Compte rendu de V exposition de Bruxelles qui donne une idée complète de lai-t à cette époque. Bien d autres revues de ce genre pourraient être citées; chaque salon en a fait naître plusieurs, soit dans des journaux, soit dans des brochures. Antoine VViertz, le grand peintre mais aussi lesprit le plus original qui se pût rencontrer, s'est amusé plusieurs fois à « démolir » ces comptes rendus les uns au moyen des autres en les plaçant en regard. H avait commencé, dès 1840, par mettre au concours la question : De rinihience pernicieuse du journalisme sur les arts et les lettres, en oiïVant pour priison Patrocle. Ce fut M, Louis Labarre qui remporta la palme. Wierlz n'en fut pas moins lui-même un excellent critique d'art. Son Ùogede Rubens, couronné à Anvers en 1840, et son mémoire sur ÎÊcole flamande, couronné par rAcadémic en 1863, ainsi que d'au- Ires opuscules {OEuvres littéraires, 1869), sont pleins d'idées neuves ei fortes. Rappelons à ce sujet le Catalogue raisonné du musée Wiertz (1861, 2* éd. 1865), par M. le D' L. Watteau, appréciation ardente <x)ajme les œuvres mêmes de l'artiste.
M. Félix Slappaerls, professeur à l'académie de Bruxelles, M. Jean Rousseau, professeur à lacadémie d'Anvers et M. Henri Hymans sc^ ^nt occupés d<»puis longtemps de critique d'art dans un grand «ombre de publications. M. Max. Sulzberger a écrit, dans YEtoile ^tge, des feuilletons très-remarques. M. Adolphe Van Soust, à pro- )0s des expositions de 1857 à Bruxelles et de 1858 à Anvers, a )ublié des Études qui ont soulevé des débats utiles à beaucouj) regards. M. Alphonse Van Camp, rédacteur en chef du Précurseur, 'est fait une place distinguée parmi les critiques de ce» genre, ainsi ue M. Eugène Ërèbe, rédacteur en chef du Journal de Bruxelles, [. Camille Lemonnier, directeur de Y Art universel, joint à un vrai îiis artiste un style des plus chauds et des plus pittoresques; son vre intitulé Nos Flamands (1869) louche à une foule de questions art avec une brillante originalité. M. Lagye ajoute de Tintérêl à sa idération artistique par des éludes sui* la lillérature. M. Arthur iîvens, dans sa lettre à M. Jean Uousseau sur la Modernité dans m. 31
474 BtLGlQLE MORALE ET INTELLECTUELLE.
rart (1868), a éveillé des discussions fécondes. M. Emile Leclercq, soit sous son nom, soit sous le pseudonyme de Jacques, montre M parfaite entente de Fart moderne : il suffit de citer sa belle étude 8V Charles De Groux (1871). M. Edouard Fétis enfin, coUaboratear de \ Indépendance depuis 1837, a écrit à lui seul plus que tous les autres, et nous avons de lui, en outre, les Artistes belges à rélra^tr (1857, 1865), œuvre h la fois de goût et de science, le Cotolofie descriptif et historique du musée royal de Bi'uxelles (1869), et dea études bien délicates : VArt dans la société et dans VÉtaty la Porté la nature dans les œuvres d'art, qui traitent avec un sens par&it certaines questions d*esthétique se rattachant au cours fait par rautev à l'académie de Bruxelles.
L'histoire de lart et les monogi^phies se rattachent nécessaire* ment à la critique. L'Histoire de l'architecture en Belgique^ de Sehajee (1852), est un défrichement laborieux et fait avec soin. Le Dîcfiwnaire historique des peintres de toutes les écoles^ de M. Adolphe Sirel (â*" éd. 1866), entreprise fort ingrate, renferme, dans desprop(w>tiens restreintes, les renseignements indispensables. Des traTaox intéressants et utiles ont été faits par J. Le Maistre d*Anstaing, sur la cathédrale de Tournai (1843), et, par M. X. Van den Sleen de Jehay, sur Tancienne cathédrale de Saint-Lambert à Liège (1846). On doit à M. Alex. Pinchart un livre de prodigieuse érudition, les Archives des arts, sciences et lettres (1860-1863). Enfin, YHistoireii la peinture llamande, de M. Alfred Michiels, qui a eu deux éditions en Belgique, sera bientôt une œuvre des plus complètes, non-seolement comme histoire proprement dite, mais comme exposé des principes de Tart. Nous ne pouvons passer sous silence ce qu*ofl appelle désormais Y « art industriel », qui compte de vaillants promoteurs et des défenseurs intelligents en MM. L. Alvin, H. Hendrickx. Éd. Romberg, Ch. Buis, Éd. Barlei et Eug. Dognée.
M. Éd. Fétis est aussi chargé, pour rindépendance, de la critique musicale. Il a publié, dans TEncyclopédie populaire, les Mu»de^ belges et, dans Fédition belge de la Revue de Paris, Un dend-^ièdt de V histoire de la musique. Son père, François-Joseph Fétis, aval fondé à Paris, en 1827, la Revue musicale, qui fut le premier jownal français uniquement consacré à la musique, et qu'il rédigei presque seul jusqu'au moment où, en 1832, il devint directeur de conservatoire de Bruxelles. Sa Biographie universelle des mtMteteiii, •qui a élé considérablement augmentée à une seconde édition, et soft Histoire de la musique, qu'il entreprit avec une audace admirable ï
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I ige déjà fort avancé, sont deux monuments de science profonde, 'érudition patiente et de grande sagacité. La critique musicale est encore dignement représentée par I. Théodore Jouret, le collaborateur intelligent et fin de rOfpce de fMdté; par M. Félix Coveliers, à VÉtoile belge; par M. Ad. Sa- Miel; par M. Pierre Benoît; par M. Edmond Vanderstraeten, à qui 'oa doit un livi'e plein de recherches sur la Musique aux Pays-Bas wmt te XIX* siècle {IS61)\ par M. Henri Colson, qui a longtemps ifdigé la chronique dramatique du Journal de Liège, où il a eu pour nceesseur M. Gustave Masset; par MM. Kirsch et Terry, également kliége. Enfin, M. A. Wagener est l'auteur d'un savant mémoire sur k Symphonie des anciens {i86l), et M. Fr.-Aug. Gevaert vient de [wblier, en ce moment même, sur la Musique de rantiquité, un livre Dk Ton reconnaît déjà un chef-d'œuvre de lumineuse investigation.
De même que la critique d'art se mêle inévitablement à Thistoire de l'art, la critique littéraire se confond avec l'histoire de la litlératore, et parfois avec les études philologiques.
L'année 1836 avait vu paraître deux ouvrages remarquables : les ttMda de littérature comparée, de Gobert-Alvin, et la Philosophie de kUttéraiure, de l'abbé comte de Robiano; ce dernier travail surtout révélait des vues neuves et fécondes. La Rhétorique de Baron (1849) tété une transformation intelligente, dans un sens vraiment littéraire et moderne, de l'ancienne pédagogie. Le Manuel de versificaftoR, de Boscaven (M. H. Schuermans), dans l'Encyclopédie populaire, est à la hauteur de la poétique nouvelle, ainsi que le D/c- ^Umaire des rimes, de M. Aug. Pujol (1858). Citons aussi, à cause particulièrement de la méthode, le Guide du jeune littérateur, de M. Joseph Broeckaert, de la Compagnie de Jésus (1865).
Félix-Victor Goelhals, un vétéran, a continué les savantes recher- -hes de Paquot dans le domaine de l'histoire littéraire belge. Ses lectures^ commencées en 1818 et publiées en 1837 (4 vol.), ainsi |ue son Histoire des lettres, des sciences et des arts en Belgique (4 vol. , 1840-1844), ont opéré en quelque sorte un premier déblayement. h Reiffenberg, dans son introduction h la chronique de Philippe (ouskes (1836), et Van Hasselt, dans son Essai sur Vhistoire de la oésie française en Belgique (mémoire couronné par l'Académie en 837), se livrèrent à des études semblables en y introduisant ordre chronologique et d'excellentes vues d'ensemble. Une multiide de travaux sur des points spéciaux de ce vaste sujet ont paru ans des revues ou en brochures : nous ne pourrions les énumércr
tous ; rappelons seulement le Froissart, de M. KeiTyn de Letteahots (1857), le Prince de Ligne, de N. Peetermans (1861), les SoMei bruxelloises, histoire littéraire de Tannée (1854), les Poéies belfait M. B. Van Hollebeke (1864), le mémoire sur Philippe deCommm, brillamment écrit par M. Camille Picqué et couronné par rAcadéiie en 1863, et de nombreuses notices de Quetelet, du baron de StasM. de Van Hulst, etc. Cest M. Ch. Potvin qui, dans des conférem» laites à Thôtel de ville de Bruxelles, de 1865 à 1868, et réunies so» le titre de : Nos premiers siècles littéraires^ a fouillé le plus profoodi» ment et le plus consciencieusement ce terrain si fécond et si ricke.
Les concours institués par le gouvernement entre lès universiléi (lu royaume ont fait écrire de bons mémoires sur d*importaatei questions littéraires, entre autres : de la Théorie du drame antique H moderne (1842), par M. Joseph Fuerison; Histoire de la langue et à la poésie provençales (1844), par M. Emile de Laveleye; des Perfatiomiements que reçut la langue française au xvn* siècle (1831), p» M. Ernest Bouvier ; Histoire de tinfluence de Shakespeare sur le tUétrt français (1855), par M. Albert Lacroix, et Histoire des traduetiom françaises d'auteurs grecs et latins pendant le xvi* et le xvii* mèda (1858), par Frédéric Hennebert.
Nous avons encore à signaler les Études sur Salluste (1847), pir de Gerlache; V Introduction à l'étude des littéiatures orientales {IsiSj, par M. Félix Nève; Tingénieuse et rapide Histoire de la littértilm française écrite par Moke pour l'Encyclopédie populaire; le sa\vA et judicieux ouvrage de Baron (1841-1843) sur le même sujet, mais ne dépassant pas le xyi*" siècle; l'aperçu très-net et trèsclairdc M. Joseph Fuerison sur la Littérature française au moyen âge (18S5); les Études critiques sur la littérature et surVart (1865), faites par M. Alex. Couvez dans un sens ingénieusement consei-vaieur; ta F» de Dante Alighieri dans ses rapports avec la Divine Comédie (185ï)i de M. Thil-Lorrain; les intéressantes études de M. L. Alvin sur Gruyer, Robin et Navez (1867 et 1870); Caton t Ancien (1872), de M. Godefroid Kurlh, et, en dernier lieu, la vaste histoire litlérairt de M. Ferdinand Loise, qui netait à l'origine qu'un mémoire, couronné par l'Académie, en 1858, en réponse à la question : De tvt fluence de la civilisation sur ta poésie.
Éridits et historiens. — C'est le propre d'un peuple qui renaît k la vie nationale de rechercher avec ardeur ses origines, ses antiquités, ses traditions, son passé tout eniier, où il voit sa raison detre;
ft, quand celte vie nationale, comme c'est le cas en Belgique, se WDpose de mille vies locales, quand elle constitue une véritable Idëration de communes, les recherches paraissent avoir plus d'atmh encore : le plaisir de la découverte s*allie à un certain esprit dedocher, dont il ne faut pas toujours médire. L'histoire est là, poor ainsi parler, à l'état moléculaire, et ces sources multiples et Modestes finiront par former un fleuve.
Nous avons énuméré les sociétés et les recueils qui, depuis 1830 leslement, ont pris pour principal objet les investigations de ce gwire. Il serait presque impossible de dresser la liste de tous les érudits qui ont feit partie de ces sociétés, qui ont écrit dans ces recueils, qui ont révélé, public, commenté, analysé l'un ou l'autre document historique. Il faut surtout rendre justice à leur exactitude Mil leur perspicacité, qui sont leurs qualités par excellence. Ceux feutre eux qui ont rendu le plus de services et qui ont fouillé avec kplus de zèle et le plus de soin nos archives nationales sont Martial, Schayes, de ReifTenberg, Liévin De Bast, Warnkœnig, Auguste Voisin, MM. Gachard, Alph. Wauters, Altmeyer, Piot, L. Galesloot, C. Van der Elst, Ch. Rahlenbeck, Alex. Henné, Ch. Ruelens, Ph. Vander Haeghen, Ch. Stallaert, Prudens Van Duyse, de Rohaalx de Soumoy, le général Guillaume. Pour la Flandre en particulier, nous avons MM. A. Van Lokeren, Jules Huyttens, Emile Varenbergh, le d' et P.-C. Van der Meersch, Kervyn de Volkaersbeke et Kervyn de Lettenhove; pour Gand même, Cornelissen, Jules de Sainl-Genois, Lentz et Serrure ; pour Bruges, l'abbé Carion et M. 0. Delepierre; pour Ypres, MM. Diegerick et Alph. Vandenpeereboom ; pour Anvers, M. P. Génard; pour Malines, M. Ghyseleers-Thys; pour Louvain, M. Edw. Van Even; pour Tongres, MM. Droixheet Fr. Driesen; pour Liège, Van Hulst, Polain, Ulysse ùpiiaine, M. Ferd. Henaux et M. d'Otreppe de Bouvette; pour Mon et le Luxembourg, MM. Geubel et Prat; pour Namur, Jules Borgnel et M. Eug. Del Marmol ; pour Charleroi, M. D. Van Baste- ^; pourMons, MM. Jules De Le Court, Léop. Devillers, Hip. et -h.Rousselle; pour Tournai, Hennebert père et M. Lecouvet. Parmi es philologues, nous devons citer au premier rang Ém. Cachet, ffl. Roulez, Bormans et Scheler ; dans l'histoire de l'art, MM. A. Pinhart, R. Chalon, E im. De Busscher, Léon de Burbure, Éd. Gréoir, Éd. Fétis, Helbiget Weale; puis M. Warzée, pour ses travaux ir les journaux anciens; M. le d' J. Van Raemdonck, pour ses cherches sur Mercalor ; M. Jeantin, pour ses prodigieuses investi-
galions sur les marches de TArdenne et les Woëpvres, et M. CL Divivier, pour son savant et intelligent ouvrage sur le Hainaut i
II ne s^agit encore que de purs travaux d^érudition : mais mi rhistoire même qui s'en dégage, et tout d'abord l'histoire locde, l'histoire des villes et des communes, faites de détails, de traits de mœurs et de caractère.
Mentionnons d'abord Y Histoire de lu ville d€ Bruxelles, de MM. AloL Henné et Alph. Wauters (3 vol. 1845), l'un des meilleurs oiivn|9 en ce genre, continué par M. Wauters seul dans son Histoire ia enviroTis de Bruxelles (3 vol. 1855). Ajoutons-y la vaste publiotioB entreprise en novembre 1859 par M. Jules Tarlier et M. Waotm sous le titre : la Belgique ancienne et moderne^ géographie et Uâm des communes belges, et que M. Wauters continue également avec le plus grand courage depuis la mort de son collaborateur : Yœwm comprend aujourd'hui toutes les communes de rarrondissaneiit de Nivelles, plus la ville de Tirlemont.
Après l'histoire de Bruxelles, il y a YHistoire d'Anvers, de M. k Poittevin de la Croix (1847) et une autre Histoire éT Anvers inielligemment écrite par M. Eugène Gens (1861), YHistoire de Toumnib M. Çhotin (1840), YHistoire de Louvain de M. Piot (1840) et Ffl»toire de Léau du même auteur, YHistoire de Leuze de M. Hanne (1838), YHistoire de Huy de Mélart continuée par M. Gorrisseo (1839), YHistoire de Dixmude de l'abbé F. Van de Putte (1842), ÏBttoire de Saint-Trond de l'abbé A. Courtejoie (1846), les ÊgUmit Gand de M. Kei-vyn de Volkaersbeke (1847), YHistoire de Termmk de Klemens Wytsman (1849), les histoires de Braine-le-Chiteitt (1849), de Virginal (1854), etc., de l'abbé Corneille Strootant, YHistoire du pays de Chimai de M. Hagemans, Louvain mommaài de M. Edw. Van Even (1854 à 1860), YHistoire de Boussu de Wittier (1858), YHistoire de Spa de M. Ferd. Henaux (1860), YHi^wi de Seraing de M. Kuborn (1861), les Promenades historiques dm Namur de J. Borgnet, YHistoire de Vabbaye d'Aine de M. Guill. Lebrocquy (1862), YHistoire de Diest de M. Ch. Stallaert (1865), et, récemment, une intéressante et complète Histoire tAri(ni de M. Prat, ainsi que YHistoire dVudenbourg de MM. Feys et Van de Casteele.
Le pays de Liège et la Flandre pouvaient et devaient avoir leur histoire distincte. MM. Van Praet, Le Glay et Warnkœnig s'occupèpèrent successivement de la Flandre, préparant le terrain à M. Kc^ vyn de Leltenhove, dont l'œuvre « réunit à la profondeur de l'éru-
ition et h la gravité du sujet le double mérite d*une grande tâche igoureusement remplie et d'une forme dont Télégance est souvent 'cmarquable ». Telles sont les paroles de M. Moke, sur le rapport luquel le prix quinquennal fut décerné à M. Kervyn {HUt. de Flan- *t, 2* édit., 1856). Le pays de Liège a eu pour historiens MM. Potam et Ferd. Henaux, et ce dernier, qui a complété son travail dans une édition récente, en a fait, au point de vue surtout des institutions, un monument de science historique. V Histoire populaire de^ yégeais, de M. Ed. Gerimont (1859) a son mérite aussi, dans un genre plus modeste, et YHistoire de Limbourg, par Ernst (1837 à 1847) est justement estimée pour sa critique savante, appuyée sur de précieux documents.
L'histoire considérée à un certain point de vue spécial nous a fourni YHistoire des relations commerciales et diplomatiques des Pays- Baq0ec le noid de l'Europe au xvi* siècle (1840) par M. Altmeyer, Ottwage entièrement neuf à celte époque, les savantes Recherches iktoriques sur le commerce des Belges aux Indes pendant le xvn* et le xmf siècle (1842), par Ad. LcN'ae, et YHistoire du commerce et de to tnarine en Belgique (1861-1864), par M. Van Bruyssel, aussi complète qu'on peut la désirer. Pour l'histoire militaire, nous possédons les nombreux et importants travaux de M. le général Guilliame, entre autres YHistoire de Vorganisation militaire sous les ducs ^Bourgogne (mémoire couronné par l'Académie en 1847), YHistoire inrigiînents nationaux pendant la guerre de Sept Ans (1854), pendant les guerres de la révolution française (1855), et YHistoire (les fsries wallones au service d'Espagne (1858), ainsi que YHistoire de fwrtillerie en Belgique de M. Henrard (1865), et YÉtude historique sur ki tribunaux militaires en Belgique de M. de Robaulx de Soumoy (1857). Pour l'histoire du droit et des institutions, nous avons cité les ouvrages de M. Ch. Faider : il faut y ajouter les savants mémoires de Britz, de M. Ed. Poullet, et particulièrement Y Ancien Droit Wgigu^d'Eug. Defacqz (1873), un chef-d'œuvre.
Les époques successives de l'histoire de la Belgique ont donné lieu à une série de travaux dont nous ne citerons que les plus complets et les plus remarquables en les plaçant dans l'ordre de ces époques mêmes.
les Pays-Bas avant et durant la domination romaine (1837), dont i>ne seconde édition plus développée parut en 1858, continuée par •ï- Piot, est l'œuvre la plus importante de A.-G.-B. Schayes, "*3is les progrès de l'érudition en ont ébranlé quelques bases.
480 HELGIOUE MORALE ET INTELLECTIELLE.
MM. P. -A. -F. Gérard et Warnkœnig ont écrit en collaboraliofl YHistoire des Carolingiens (186^), et M. Géi^ard a refait ce travail i un point de vue plus indépendant, plus personnel, sous le litrede: Histoire des Francs d*Austrasie (1864). V Histoire du règne de Ouiria- Quint en Belgique, de M. Alex. Henné (!« éd., 1858; 2« éd., 188&, (»st une œuvTe immense de coordination des recherches les pli» minutieuses faites par l'auteur même, une œuvre de science el de conscience. La Révolution des Pays-Bas au xvi** siècle (1851, 2" éd., 1861) a trouvé un excellent historien dans M. Nestor Considéram. M. Gachard a donné sur Philippe II et don Carlos (1863) la vraie solution d'un problème extrêmement compliqué. Une Succursale h tribunal de sang, par M. Altmejer (1853), a soulevé hardiment un coin du voile dont certains écrivains s'efforcent de couvrir le règne du duc d'Albe, et la Première Invasion de la Belgique par LouisXIY^in même auteur, est un bon essai d'histoire diplomatique. M. Ch. Polvin a rétabli la vérité sur le règne d'Albert et Isabdk (1861). M. Ernest Discailles a jugé h un point de vue nouveau, et avec une entière franchise, le règne de Marie-Thérèse (1872). M. Ad. Boi^ a fait, de ['Histoire des Belges à la fin du xvni" siècle (2* éd., 185li, ainsi que de YHistoire de la révolution liégeoise de 1789 (1865), un tableau animé, impartial, tracé de main de maître. La révolution brabançonne a été esquissée par M. Le Grand (1843), racontée par M. Juste (1846) et mise en pleine lumière par les précieux docuukmUs que renferme le Rapédins de Berg, de M. P.-A.-F. Gérard (1842). Un épisode de la domination française, la révolte des paysans, a fourni h M. Aug. Orts l'occasion de publier un livre d'un véritable enseignement patriotique (1863). Le règne de Guillaume I" on Belgique a élé traité à des points de vue tout opposés par M. de Gerlache et par M. L. Hymans, comme la révolution belge de 1830 a donné lieu récemment à une sorte de joute historique entre M. Juste et M. de Bavay. Le dernier mot sur ces événements n'est sans doule pas dit encore, nonobstant le lumineux Essai de M. Nolliomb et les nombreux renseignements publiés par M. Juste dans sa belle et utile galerie des Fondateurs de la monarchie belge. N'oublions pas, à ce propos, l'opuscule intitulé Révolution belge : 1830,de M. Mackintosh, qui reste encore le plus exact pour les ikils. La guerre de 1831 a été racontée par P. -A. Iluybrecht (1856) el par Alex. Gendebien (1869), avec talent, mais avec une passion qui met le lecteur en garde. Ici encore l'histoire n'est pas faite. Quant à l'époque toute récente, nous avons l'excellent traité du Gouverne-
LITTÉRATURE FRANÇAISE CONTEMPORAINE. 4«l
•leiil repriseniatif m Belgique, 1831-1848, de M. Ernest VandtMipeereboom (1856), si bien continué par M. Amédée Adnet dans son ^ixUnre du parlement belge, 1847-1858 (1862); puis Y Histoire populaire du règne de Léopoldf\ de M. Louis Hyraaas (1864), qui réunit daos un court espace tous les faits essentiels, présentés d'une façon nette et impartiale, et enfin la Belgique sous le règne de Léopold /'% deM. J.-J. Thonissen (1861), ouvrage parfaitement composé et qui contient, sur les premières années particulièrement, des aperçus (la plus haut intérêt.
L'histoire nationale a été traitée dans son ensemble, le plus souvent en vue de l'enseignement, par M>I. Dewez, De Smet, Du Mont, Coomans, Juste, Moke, Renard, Namèche, David et Hymans. Dewez dDeSmet ont le mérite d'avoir fr'ayé la voie; M. Renard a fait de rhisloire politique et militaire; M. David se distingue par sa méthode; M. Moke, par son style et par sa claire compréhension du passé; M. Juste a mis, plus que les autres, une parfaite harmonie dans l'ensemble, en ne négligeant pas les dernières époques et en menant son récit jusqu'aux temps les plus proches ; il a aussi enrichi son œuvre d'illustrations nombreuses qui en rendent la lecture trèsintéressante; M. Namèche ni exécuté un immense travail de compilation, très-exact et très-soigné; M. llymans a réussi, mieux que personne avant lui, à faire de l'histoire populaire. Toutefois, aucun ^Jeces auteu]*s n'a encore mis complètement à profit les ressources fournies en si grande abondance par nos érudits.
On conçoit que les Belges aient concentré jusqu'à présent leurs
Audes sur leur propre pays; mais Texislence de ce pays a été
''^élée à celle de tant d'autres, qu'ils sont dans les conditions les
pius favorables pour étendre le domaine de leurs travaux histo-
'''ques. Nous avons déjà cité l'œuvre immense de M. Laurent :
®"e a été précédée de l'Histoire du christiamsme (1836) de De Pot-
^'*, entreprise toute nouvelle alors par ses recherches hardies et
^ haute pensée philosophique, où se révèle le pamphlétaire pres-
*|tie autant que l'historien. Au point de vue catholique, l'histoire
^<^lésiastique a été traitée par MM. J.-J. De Smet. J.-B. Dufan,
Cli- Pollet, le comte de Robiano. L'Histoire du duc de Wellington
(i8B6-1857), par M. A. Brialmont, importante pour les faits militaires,
jouit d'une grande estime chez les Anglais. VHistoire des communes
^^mbardes, de M. P. de Haulleville (1857-1858), a remporté le prix
îtiiijquennal des sciences morales et politiques; YHistoire des colo-
'"^^ belges en Allemagne (1864), par M. Emile de Borchgrave, a été
couronnée, par FAcadémie; YÉtabli$s€imeiU dés Cobourg enPortu^il (1869) est une sérieuse étude écrite par M. E. Goblet d'Alvidla sous les yeux de son grand-père, ancien envoyé belge à Lisbonne. Citons encore Tilly ou la Guerre de Trente ans (1860), de M. deV8lermont, livre attachant surtout par sa forme éminemment littéraire, et venons aux deux volumes publiés par M. Jules Van Praet sous le titre d'Essais sur thistoire politique des derniers siècles (1867 et 1874). Ceci est de la véritable histoire philosophique, c'est-à-dire renseignement par les faits, dans un exposé lumineux et précis, sans banalités, sans longueurs, et le ton de « Thomme de bon lieB, élevé aux grandes affaires. » Grâce à M. Van Praet, la Belgique a son représentant dans la brillante pléiade contemporaine des Macaubf, des Grote, des Mommsen et des Prescott. Tout récemment, M. Paul Devaux s'est montré le digne ëmule de M. Van Praet par sesÊftnki politiques sur l'histoire ancienne et moderne (187S), travail coosciencieux, d'une logique puissante et d'une irréprochable clarté. .
Romanciers. FATfTAîsîSTEs. Auteurs de voyages; — - Le roman hislorique nous sert de transition pour passer de rhistoire aux oeuvres d'imagination. C'est aussi le genre qui fat tout d'abord cultivé avec le plus de zèle après 1830 : pour quelques érudits, c'était un moveo de rendre l'histoire populaire; pour d'autres écrivainSy c'était coosne un point de repère dans le champ trop vaste et trop libre de la fiction. L'influence de Walter Scott était d'ailleurs en ce -moment des plus puissantes, et l'on comprend que, pour une littérature qui se forme, l'imitation précède l'originalité.
Moke écrivit alors Philippine de Flandre (1832) et Hermanùuli Civilisation et la barbarie (1832), sujet qu'il reprit plus tard dans Thusvelda ou les Germains au temps d'Auguste (1862). Jules deSainl- Genois publia Hembi/se (1835), la Cour du duc Jean IV (1837), If Faux Baudouin (1840), le Château de Wildenborg ou les Mutinisài siège d'Ostende (1846), et il faut y ajouter deux recueils de nouvelles : Feuillets détachés (1852), Profils et portraits (1860). Lesbroussart fit paraître son Èverard TSerclaes (1837); M. Coomans, Richilde (1837), Beaudoin Bras-de-fer (1840), Jeanne Goetghibfur (1854), la Bourse et le Chapeau de Fortunatus (1858); Victor Joly, Jean de Weert (1842), une Tuerie au xvi* siècle (1857), ffWotrf* ténébreuses (1857); Félix Bogaerts, Lord Slraffbrd (1843), qui resU son meilleur ouvrage. Puis vinrent les romans historiques du Luxembourg, de Léon Wocquier, surtout la Dernière Marquise *
Pont éCOye (4849-1850), et les Maîtres communiers (1861), de M. Marceliin La Garde. La mise à exécution de la convention littéraire franco-belge étant venue donner une' sorte de stimulant à nos romanciers, M. A. Maurage se montra en ce moment le plus fécond de tons et publia, presque coup sur coup, Geneviève de Sickingen, Mûdame de Chateaubriant, la Duchesse dÉtampes, Diane de Poitiers, le$ Deux Compères, le Capitaine des Gueux, le Sanglier des Ardennes, le Ruwart, les Jeux du hasard et le Froc et ÎÈpée.
Quelques légendes locales ont été ingénieusement racontées par M. Marceliin La Garde dans le Val de VAmblève (1858), et quelques autres, avec un grand charme et un véritable talent, par M"*" Caroline Popp, sous le titre de Récits et Légendes des Flandres (1867). Nous citerons à ce propos les Études historiques sur les légendes Scandinaves du Luxembourg, de M. Thil-Lorrain (1856), ainsi que le recueil du même auteur ayant pour titre la Famille. Ce dernier ouvrage nous mène aux romans et aux nouvelles destinés à Téducation : nous avons surtout à citer en ce genre les nombreux opuscules de M. Victor Lefèvre, les Récits historiques de M. Ad. Siret, les Légendes nationales de M"* Clémence Michaeven (M. Clément Michaéls), Sous le manteau^ de la cheminée, légendes et contes de M. André Le Pas, les petits romans intimes de M™* Braquaval (Pauline l'Olivier) et d'autres de M™* Langlet et de M'"* de Crombrugghe. M- Emile Leclercq, dans ses Contes vraisemblables pour les enfants, a tenté de réagir contre le merveilleux donné comme première nourriture intellectuelle ; il est sorti franchement des routes banales et n'en a été que plus intéressant; mais il n'a pu réussir à faire condamner une littérature que les peuples comme les individus recherchent invinciblement à l'aurore de leur vie.
Les Légendes flamandes (1858, S'* éd. 1861) et les Contes brabançons (1861) de M. Ch. De Coster appartiennent au domaine de la Ëintaisie, mais renferment des traits de mœurs aussi réels que piquants. La Légende WUlenspiegel (1868) du même écrivain mérite une place t part et des plus distinguées : c'est une conception d'artiste, une œuvxe à la fois d'érudition et de verve, un régal pour les gourmets littéraires.
M"* Marie Joly nous a laissé un chef-d'œuvre de finesse dans les Contes et Histoires de Madelon (1844) et a écrit aussi d une façon fort agréable de fraîches paysanneries, comme Liatie, Rosine la fermière (1855), Blondim (1857), la Ferme des pommiers (1857). Plus récemment, M. Hermann Pergameni a traité des sujets analogues avec
48i BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE. '
))eaucoup de bonheur dans la Closière (1873) et dans le Vicme ie Noirval (1874). D'autre part, le roman d'intrigue et d aventures a été parfaitement réussi par M. Emile Greyson dans Fiamma Coloim (1857), ainsi que par M. George Vautier dans Ufie aveiUure du m de Navarre (1870) et les Dernières Amours (1871). Un autre roman d'intrigue, alerte et spirituel, est la Veille du déluge (1862) d'Érasme Delumone (M. Emmanuel Desoer), et l'on pourrait ranger dans cette catégorie la Bourse du lieutenant Alberty (1862), du colonel Aimé Alvin, roman à épisodes, écrit d'un style aisé, tout sympathique. Jacques Pierlot (1863), de Léon Éwerard (M. Evrard), est une émouvante histoire, semi-authentique, mise en scène avec un talent vigoureux, et qui nous retrace les mœurs liégeoises de 1785. Mombert (1851), de M. Henri Colson, présente aussi des détails fort attachants.
Le roman de mœurs proprement dit a eu pour interprète M. Louis Hymans dans Aiidré Bailly, la Famille Buvard (1858) et la Courte Échelle (1859). Une tendance plus critique, ou plutôt plus acerbe, se remarque dans Une Vocation littéraire (1863), de M. Guillaume Lebrocquy. Ce sont aussi des peintures de mœurs que Jmt d'épreuves (1873) de M. Ilermann Pergameni, Jacques Herzmn (1872), Julia Ferranti (1873) et la Destinée de Paul Harding (1874) de M. Adolphe Prins ; mais ici nous touchons à des régions plus élevées, nous entrons dans le roman intime, la véritable expression du roman moderne.
Il n'y a plus, en effet, «aujourd'hui que le roman intime, mè\é quelquefois, inévitablement, à des scènes de mœurs, et se rapprochant alors du tableau de genre, quelquefois encore à des détails de la vie publique, et par suite à l'un ou l'autre épisode de l'histoire contemporaine, mais empruntant toujours son principal intérêt au développement des sentiments et des caractères.
M'"*' Henriette Langlet, qui a débuté avec éclat, en 1858, parte Deux Maisom voisines, insérées en feuilleton dans l'Étoile belge, a continué par Viart-Bois (1860), la Vallée de Soref (1860), Une Année (1861), Odile Rouvère (1862) et les Deux Ménages (1864), une série de compositions charmantes où la connaissance du cœur se montre par mille traits délicats. M. E. de Puydt, dans Chevreux (1858), a uni l'art de la composition à un style ingénieux autant que pittoresque. Le Quatuor de Vianden (1866), de M. D. Keiffer, nous initie avec humour à la vie familière luxembourgeoise. Claire Stévarl { 1857) et Deux Anges tombés (1858), de M. Joseph Demoulin, pré-
LITTÊR.4TIKE FRANÇAISE CONTEMPORAINE. 48o
seuteul une intrigue tbrlemenl nouée, une allure di*auialique, avec une vivante analyse des passions. Quelques essais heureux méritent de oe pas être passés sous silence : Marc Bruno (1854), roman posthume de Félix Thyes, 3/»»* Vallantin (18G2), de Paul Reider (M. Eroest Scarron), et Yolaine de Chalans de M™*' Cécile Lebrun (M"**^ Morel, uée Payen).
M.Émile Greyson,dont Tinspiration spontanée et pleine de charme s'était révélée, en 1856, dans une simple bluette, Eccha la Can- Hienne, publiée par la Revue trimestrielle, a développé ses aptitudes naturelles dans les Récits d'un Flamand (1859) et Jacques le charron, petits romans vivement racontés sans prétention ni recherche. U Passeur de Targnon (1860) mêle à Tétude des sentiments un sens délicat des beautés du paysage ardennais. Dans l'Oncle Célestin(lS&à) serencontrent les meilleurs éléments d'une composition romanesque, des caractères bien tracés, des situations touchantes, de Tintérét et de la vérité. Tout dernièrement, M. Greyson a quitté le Brabant et le Luxembourg qui lui avaient offert des sites et des mœurs si favof^les à ses peintures : il a cherché en Hollande une sorte d originalité nouvelle : Ju/fer Daadje et Juff'er Doortje et Faas Schonck ( 1873, ^ éd. 1874) ont obtenu le plus franc succès, tant en Belgique qu au elà du Moerdyck.
M"* Caroline Gravière (M"'"* Charles Ruelens) s'est également lait )ooa!tre par une nouvelle insérée dans la Revue trimestrielle, en Î67 : Utie Expérience in anima vili. La boinie impression qu elle ait produite tout d'abord s'accentua de plus en plus à lapparition 5 Choses reçues, de GentHhommerie d'aujourd'hui, d'Un lendemain, de tnigme du docteur Burg, de la Servante et de Mi-la-sol, et, en 1873, . le bibliophile Jacob voulut se faire, à Paris, l'éditeur de ces œuvres. •* Caroline Gravière a par excellence le sens du ronmn moderne; le poui*suit l'analyse psychologique dans le mouvement des esprits des mœurs avec une rigueur d'observation, une sorte de ténacité li ne recule pas toujours devant des positions scabreuses, mais li n exclut ni l'expansion du cœur, ni la délicatesse des procédés. îux nouvelles encore ont paru d'elle, il y a peu de temps : Sur Jcéan et Un Mariage à Bruxelles,
Nous avons déjà parlé de M. Emile Leclercq à plusieurs reprises, ais c'est surtout comme romancier qu'il sest montré fécond et lillant, plein de vigueur et d'originalité. Le Caméléon (1857), bert Mauvais (1858) et l'Avocat Rtcliard (1858) étaient déjà des ;ges déUicIiées du livre de l'existence humaine; dans Constance
(1859), le sentiment est plus contenu et plus profond, et Sén/ià (1860) est un joli tableau de mœurs villageoises où afqparall d^h critique de certaines institutions. Diverses nouvelles publiées soss le titre collectif de Tableaux de getve et d'autres sous celui des Amours sincères parurent ensuite : on y remarque surtout Qmm Vamour vient aux loups et Sœur Virginie, Puis viennent la Dudem d'Alcamo (1861), YHistoire de deux Aimurières (1864), qui aiBrmeeD quelque sorte la manière propre à Fauteur en abordant franchement le roman réaliste, Gabrielle Hauzy (1866), les Petits-Fils de don Qtichotte (1867), autre recueil de nouvelles habilement esquissées, enfin YHistoire intime d*un homme (1869), un chef-d'œuvre de com^ position, de mise en scène, dobservation juste et précise jusque dans les anomalies apparentes du sujet. En dernier lieu, dansJfotim tranquille (1872) et dans Une Fille du peuple (1874), c'est le romaDà tendances qui l'emporte ; mais le plaidoyer contre les préjugés on contre l'organisation sociale s'appuie, selon toutes les exigences de l'art, sur des situations fortes, émouvantes et réelles.
M. Ch. De Coster, l'auteur de la Légende d'Ulenspiegel a prouvé, dans Un Voyage de noce (1872), qu'il savait plier sa riche imagination aux peintures de la vie contemporaine. Le Roman d'un géolo^ (1873), de M. Xavier de Reul, est écrit d'inspiration et de venre: c'est une œuvre pleine d'air, de lumière, de mouvement et de vie. L*Ècho du Parlement a publié en feuilleton, en 1873, les Rôdeurs ie la côte, de M. À. Bardin, très-remarquable comme conception et comme style, et, en 1874, le Dernier Serpent, où l'on a retrouvé It plume exercée, aimable et fine de M. Eugène Gens. Il nous sera permis sans doute de citer ici les traductions élégantes non moins que précises faites par M. Félix Coveliers des romans d'Henri Conscience, de Y Henriette Temple de Disraeli (1872) et des Kauvtlki villageoises d'Auerbaeh (1873). Nous ne devons pas oublier les nouvelles et les romans de Violette (M™* Deros), de M"* de Fléron (M"* Janson), de la vicomtesse de Lerchy (M*** Mathilde Da'ndelv) et de M"*" Élisa Vautier.
Il nous faut ranger sous la rubrique un peu arbitraire de « fenttisistes ))les écrivains qui, sans s'astreindre à un plan bien déterminé, ou du moins sans suivre un sujet unique développé d'une façon régulière, s'occupent de peindre les mœurs, d'observer la nature humaine, en soignant surtout la forme littéraire. Ce genre, si c'en est un, comporte naturellement lui-même autant de genres qu'il y» d'auteurs et même d'œuvres.
LITTÉRATIRË FRANÇAISE CONTEMPORAINE. 48Î
Les Voyages et Aventures de M. Alfred Nicolas au royaume de Belpfie (1835), par Justin *** (M. J. Grandgagnage), continués plus tard sous le titre du Congrès de Spa (1858 à 1872), sont un recueil de causeries spirituelles, piquantes et variées, où la bonhomie se mêle à la causticité et « la sagesse h la plaisanterie », le tout semé d'observations judicieuses, de fines critiques et d excellentes leçons. M. J. Grandgagnage est aussi le créateur de la Wallonade, dont le goikt de terroir ne fait que relever la saveur. Flamands et Wallom (1841), de H. Firmin Lebrun, montrent une originalité de bon aloi, Uot dans la pensée que dans lexpression, une heureuse et rare uoioo de malice gouailleuse et de naturel parfait. Le Diable à Bruettes (1853), de MM. Louis Hymans et Jean Rousseau*, est une rcroe des hommes et des choses, prestement écrite, avec entrain, arec esprit. Signalons ensuite une délicieuse boutade, de l'Amour ia femmes pour les sots, qui fit éclore à Liège, en 1859, toute une série de petits livres sur cette thèse téméraire et sur des sujets qui 8j rapportaient d'un peu plus loin. Le titre d'humoriste appartient tout spécialement à M. Coomans, dont Y Académie de fous, plusieurs fois réimprimée, est digne des maîtres du genre.
Il nous faudrait établir une catégorie spéciale pour les» nombreux l'îvaux de M. Octave Delepierre, où se voient à la fois le zèle du colôctionneur, la patience de Térudit et le sens parfait de l'homme de roût : tels sont ses Mélanges de littérature macaronique des différents ^ples de l'Europe (1852), sa Revue analytique des ouvrages écrits en ^tonSy son Essai sur la parodie, ses Supercheries littéraires (1872) • particulièrement son Histoire littéraire des fous (1860). Du véritable sel attique avec un bon sens tout gaulois, lamour de totiquité sans pédantisme et des progrès modernes sans inféodaoo à aucun parti caractérisent les articles de Max. Veydt dans la mie trimestrielle et la Revue de Belgique, réunis dans ses œuvres >sthumes (1873). Il faut se rappeler surtout T. Pomponius Atticus, Légende du rossignol et Maître Corbeau, C'est par l'obsei-vaiion 16, ia tournure desprit ingénieuse et une gaieté de bon goût que distingue M. Dominique Reiffer dans ses Scènes et portraits (1869) li foDt parfois penser aux caractères de la Bruyère. M. Octave Pirtt eat un moraliste plus sérieux, un peu mélancolique; il écrit ua style très-pur et très-élégant; ses Feuillées (1862) sont un tarmant recueil d'aphorismes, et c'est presque de la poésie intime i prose que ses Jours de solitude (1869) et ses Heures de philosophie 873). Telle n'est pas du tout la manière de M. Emile Leclereq dans
^Sft BELGlQlE MORALE ET INTELLECTUELLE.
ses Morsures féminines (4873) ; les sous-titres : « Misaothropie, Svcasmes, Vérités, Blasphèmes, » en disent assez, en disent ote irop, car ces réflexions, ou plutôt ces saillies, formulées avecbeucoup de sens, de netteté et de goût, ont plus de hardiesse et defraachise que de méchanceté.
Les auteurs de voyages sont i*ares en Belgique, du moins oau qui nous appreiuient quelque chose sur des contrées peu explorées. Notre collaborateur, M. Goblet d*Àlviella, Ta dit ici avant nous, mais lui-même fait exception par son livre plein d'aperçus intéressants ei de véritable science intitulé Sahara et Laponie (4873). On se souvient aussi du Voyage à Surinam (4835) de P.-J. Benoit, avec illustrations de M. Madou : ce sont des impressions de touriste pédestre dans des pays qu on ne visite guère de cette feçou. 11 faut y joindre SiJc Semaines dans l'Atlas (4872) de É. Thamner (M. É. HermaDl),oà se révèle, par des descriptions chaudement colorées, un vrai poêle, et, par le récit aimable, un homme de cœur. La Correspanimce (C Amérique de M. J.-C. Houzeau et l'histoire de son évasion du Tem (1862) sont des œuvres de penseur qui rappellent le savant parle style exact et ferme. Le Nord (4862), de M. Edouard Sève, est plutôt un excellent travail sur les relations internationales; il eu est de même de plusieurs ouvrages de M. Auguste Meulemans et de V Étude sur r Australie (4869) de M. Salvador Morhange.
De Bruxelles à Constantinople (4839), par un touriste flamaDd (René Spitaels), est une œuvre instructive et sincère, relevée par une critique indépendante, et qui n'a encore que peu perdu de sa valeur. Notre Frontière du nord-ouest (4843) et D'Anvers à Gènes (4854), de M. Lucien Jottrand, renferment bien des remarques justes et de non moins justes réflexions politiques. La RussU m 1856, de M. Nestor Considérant, et les Lettres moscovites,de}l. Louis Ilymans, nous parlent de la Russie à propos du couronnement de Tempereur. Une élude sur TAmérique, prise à un point de vue intime qui nous fait vivre en communion d'idées et de sentiments avec fauteur, a été écrite par M. M.-J. Dulieu sous le titre de#»sissipi et Indiana (4862). En Zélande, par M. Ch. De-Coster, illustre par M. Ad. Dillens, a mérité de paraître dans le Tour du mon*- Citons encore, parmi les esquisses de voyages les plus élégamment tracées. Autour de la. Sicile (1864) et Voyage en Orient (1863) <fe M. Léon Verhacghe, En Orient (4867) de M. Henri Romberg, l^ Promenade à Alger (1865) d'Érasme Delumone (M. Emmanuel Desoer), Trois Mois en Sicile (1852) de M. Ernest Van Bruyssel,
Smenirs de Vifyages dans k pays rhénan (1850) de Charles de Sainte- Hélène (M. Petit de Rosen)» Nouveaux Souvenirs d'Allemagne (iSiS) y pir de Reiifenberg, Souvenir d'Italie (1838), par un Catholique (N. le marquis de Beauffort), Voyage en Italie et en Orient (1856- 1857), par M. J.-B. Huysmans, et les Lettres sur l'Italie et ses musées (i874) de M. Lucien du Bois.
Faisons une place à part pour le Journal d'une infirmière pendant k juerre de 1870-1871 (1871), ou M"* de Crombrugghe, une femme de cœur et de talent, nous fait pénétrer dans les sombres coulisses de ce grand drame.
Nous revenons en quelque sorte à la fantaisie par Ruijies et Payufn et le Château d'Héverlé (1844) de M. Eug. Gens, qui nous parle de la Belgique elle-même avec infiniment de goût. Nous en dirons autant du joli opuscule En/reLt^j^ee/Ma^^/ncAf (1862), de M. L. Caumariin» et de lamusante pérégrination intitulée En Ardenne (1856), par Quatre Bohémiens (MM. Félix Delhasse, Théophile Thoré, Paul Dommartin et Henri Marcette). Il faut y ajouter le grand ouvrage de Victor Joly, les Ardennes (1854), illustré par M. Martinus Kuytenbrouwer.
(jroquis d'automme (1870) et Sedan (1871) sont d'un fantaisiste aussi, M. Camille Lemonnier, et Ion y sent surtout l'artiste. Mais où classer la Chasse au coq de bruyère (1860) de M. Léon de Thier, cette ravissante bluette infiniment plus littéraire que cynégétique?
Poètes. — Des nombreux poètes qui s'étaient rencontrés, depuis 1801, dans XAlmanach poétique de Bruxelles, beaucoup étaient morts avant 1830, mais quelques-uns de ceux qui survivaient con- ^nuèrent à écrire, tout en s occupant de réunir leurs œuvres éparses. I^ chansons et les satires de Froment, pétillantes de verve ciustiï^ie, furent publiées en 1838 sous le titre de Fleurs d'oianger; les t-oiitr* poétiques de Modave parurent en 1842 en même temps que ^traduction en vers de Silius Italiens; Raoul livra au public, en '840, un recueil d'épttres, de satires, d'épigrammes surtout, dont Plusieurs sont restées populaires, et fit en 1842 une édition complète de son excellente traduction en vers des trois satiriques latins; Baron traduisit également en vers élégants, en 1835, Callinus et ^grtée. Mais c*est surtout dans les fables que s exerça le talent de losieurs de cfis poètes. Rouillé continua à en écrire de charmantes, *UD esprit fin et distingué, dans la Revue de Liège ; Rouveroy était onémule; Van den Zande se décida à publier, sous le voile de lanom. 32
nyme, en 1845, les Fanfreluches et, en 1849, les Fables qui luivalttrent les sincères éloges d*un petit cercle d*amis ; de Reiffaiber{ aussi, en 1848, s*avisa d*écrire des fables où il réussit, comme a toutes choses, grâce à sa facilité spirituelle. Quant à de Stassart, dont les œuvres en ce genre furent constamment rééditées et augmentées jusqu'à sa mort, en 1854, il est non-seulement le premier de nos fabulistes, mais le premier des fabulistes en langue française après la Fontaine et Florian. Jamais plus de bonhomie nefot unie II plus de grâce ; la malice est douce et bienveillante, et dod à remporte-pièce, comme celle de Vienne!, le seul moderne qui pourrait lui disputer la palme.
Puisque nous parlons de la fable, citons aussi M. ParthondeVon (1843), très-remarquable, même après de Stassart, par un ton à h fois naturel et piquant; puis Bergeron, dont les moralités sont souvent politiques et dont les vers sont aisés, harmonieux dans les irrégularités de mesure propres au genre; son recueil est de 1844. Avant eux, quoique beaucoup plus jeune et destiné à une trop courte carrière, Gaucet (1842) avait mérité Tattention par le don de poétiser ses sujets sans que la réalité en souffrît; certaines de ses feblesont une teinte de mélancolie qui nest pas sans charme. M. Philibert Marschouw (1854) se montra plus philosophique; M. Clément £• chaëls (1866) songea surtout à l'instruction des enfants; M. Manque (1865) se préoccupa aussi de l'enseignement, et se distingua par la clarté, la brièveté, la vraisemblance et la naïveté : son livre a eu déjà huit éditions; Remacle Maréchal, enfin, qui termine cette série (1872), a donné à ses fables un fond sérieux, parfois un peu triste, relevé par de généreux sentiments et un naturel parfait.
Eugène Gaussoin, qui avait débuté en 1818 dans Y Annuaire poétique de la Société de littérature, publia en 1839, étant alors lieutenant d'artillerie, une œuvre d'esprit et de cœur intitulée : MitraUk. Son Remorqueur^ sujet traité trois ans plus tard par Weustenraai est un poëme plein d'inspiration et de grandeur. Trois autres « poètes militaires » se sont fait remarquer : M. Daufresne de la Chevalerie est connu par des chansons faciles dont les premiènes parurent eu 1855. M. Adolphe Muny a révélé dans deux recueils : Chants et Uwrmures (1867) et Mes derniers péchés (1871), les qualités qui caractérisent le vrai poète jointes à une louable préoccupation de la forme. Enfin, les Feuilles mortes, de M. Gustave Foissy, semblent relever de l'école de Lamartine par un sentiment mélancolique qui n'exclut pas la grâce.
Nous avons aussi une véritable pléiade de femmes poètes. Lapre-
mière en date et la mieux douée peut-être a .été M'"^ de Félix de la Moite; de fortes études lui avaient donné une sorte de virilité qui loi permit de mêler à ses rêveries de sérieuses pensées et parfois one sorte de hardiesse gauloise. C'est de la bonne poésie que ses îklettes (1836) ei Fictions et Réalités (1848). M"*^ Louisa Stappaerls (plus tard M"**' Ruelens) fit une véritable sensation en 1844 dans le monde littéraire belge par ses Pâquerettes : inspiration d'une douce fraîcheur, forme délicate, sentiment du rhythme, tels étaient les charmes de cette poésie, qui se retrouvèrent dans plusieurs autres recueils. M"* de Fontaine-Coppée a chanté les douceurs du foyer domestique dans ses Fleurs du Hainaut (1857), le patriotisme dans ses fmme* illustres du Hainaut (1859) et le sentiment religieux dans ces deux ouvi'ages ainsi que dans ses Chants de mai (1860). M* Amélie Picard (plus tard M'"** Struman) a débuté d'une façon très-heureuse par les Épanchenients d'urne jeune âme (1857), où se trahit, presque à son insu, un sentiment des plus profonds et des plus vrais. Il faudrait citer encore M*"" H. Lippens, dont le recueil intitulé Mes loisirs (1859) n'a été qu'un essai bientôt abandonné, puis M"' Françoise Le Roy, dont les différents morceaux publiés jusqu'ici dans des revues nous font bien augurer de son recueil {Senti- ««1/ et Devoir) actuellement sous presse; enfin M"*" Braquaval (M"" Pauline l'Olivier), dont le volume Sourires et Larmes (1869) a on souffle puissant, une forme soignée, un sens artiste.
Plusieurs poètes, mort^ prématurément, mais qui annonçaient la testinée la plus brillante, doivent être classés à part. Etienne Métaux (te Mal du pays, 1 8 42), franz Stevens ( Poésies nationales, 1 856) , •Ouis Fassart (Œuvres posthumes, 1863), Julien Chamard (Œuvres iverses, 1862) et Denis Sotiau {les Chercheurs d'or, 1856), Aspiraow, 1857, l'Humanité (1860) méritent à divers titres toutes nos empathies; leurs œuvres étaient pleines de promesses, mais on ïnt qu'ils n'avaient pas donné toute la mesure de leur talent. Tel n'est pas le cas pour Wcustenraad et Wacken, qui, bien que orts trop tôt, pouvaient être placés déjà parmi les écrivains les us remarquables. Théodore Weustenraad est un poëte essentielleîDl belge, par l'esprit, par le caractère, par le choix des sujets, r le bon sens et la raison réfléchie qui font la base de ses inspiions sans exclure la passion et les grands mouvements. Il lui fut ané de publier avant de mourir son recueil complet de Poésies iqiies (1848), y compris le poëme du Remorqueur, demeuré célèe. Edouard Wacken est aussi l'un de nos meilleurs poètes ; ses
Fleurs d'Allemagne (1850), ses Heures d'or (1860) témoigi^t qinl possédait toutes les qualités que réclament l'ode et Tél^e, misl inclinait surtout vers la forme dramatique : André Chénier etleSe^ ment de Wallace, représentés avec grand succès sur le théâtre de h Monnaie, lun en 1844, l'autre en 1846, et Hélène de Titninum, joDé en 1848 à Paris, aux Français, font pressentir qu*il f&t derena l'honneur du théâtre belge.
Les œuvres posthumes d'Eugène Dubois (1873) nous montreitt qu'il aurait peut-être mérité le premier rang s'il avait eu le counge de vivre et d'achever sa carrière. Il pressentait si bien sa destinée, le pauvre poète, qu'il a laissé, comme André Chénier, de nombreoi sujets de poèmes, simples ébauches en prose dont la lecture émeut autant que si le rhythme les animait. Son Livre de Mignonne est l'épanchement sincère et sans arrière-pensée, sans préoccupatioDde bien dire et sans souci de l'effet, d'un cœur qui aime et qui souffiv*
Parmi ceux qui survivent, les uns se sont tus de bonne heure, absorbés qu'ils étaient par les soins de la vie positive, par les entraînements de la politique. D'autres se bornent à publier çà et là, dus des recueils littéraires, quelques pièces qui prouvent que, s'ils abiBdonnent la Muse, la Muse, elle, ne les abandonne pas.
Quoi qu'il en soit, nous pouvons compter encore de grands, de vrais poètes, qui semblent avoir pris pour devise « Repos ailleurs! v L'un d'eux vient de mourir, mais à l'âge de soixante4iuit ans; c'est André Van Hasselt. Il avait débuté en 18^6, dans le dernier AI» nach belge qui ait été publié ; son premier recueil, les Primetèra (1834) tendait à imiter les romantiques -français, mais, pour le sentiment, il ne tarda pas à devenir en quelque sorte topt germanique; une foule d'autres œuvres suivirent jusqu'au poème social, les Qtu^ Incarnations du Christ (1872), qui fut l'une des dernières et celle où il s'est le plus élevé. La forme atteint chez Van Hasselt presque à h perfection ; les secrets les plus délicats du rhythme lui sont connus, et sa poésie est une musique. On se laisse bercer par l'harmonie de ses vers à tel point qu'on oublie parfois de se préoccuper du fond. Aussi a-t-il triomphé dans ses Études rhythmiques et dans ses lr^ ductions d'opéras, qui sont des chefs-d'œuvre de difficulté vaincue.
M. Adolphe Mathieu, qui, plus que Van Hasselt, s'était déjà fait un nom avant 1830, n'a pas cessé non plus de publier, et ses recueils sont très-nombreux. Depuis les Passe-temps poétiques (1830)f Olla Podrida (1839), Poésies de clocher (1846), Givres et Gelées ( Êpitres d'Horace (1856), Senilia (1856), jusqu'aux Souvenirs \
UTTÊRATURE FRANÇAISE CONTEMPORAINE,
I verve feeile, son imagina Uûij sûre d'elle-même et sa forme nette l de bon goût ne se sont jamais démenties. Son vers est en quelque orte classique autant que rûoderne, et sa lournure de pensée est isctiliellement beige. Cest d'ailleurs un homme despril, à la façon lorace qu'il semble reconnaître pour son maître. Il a le traita la ibrase vive, et excelle dans Tépigramme et la satire, ce qui ne Femlêche pas d*atteindre au sentiment dans beaucoup d'endroits et de Jussir dans le genre élégiaque.
.Charles Potvin, entré vingt ans plus tard dans la carrière, a plus de fécondité encore et de constance; homme aux fermes royances, champion inébranlable du progrès et de la liberté, il a éfeiidu ses convictions avec force, avec àpreté parfois. Et pourtant
note tendre lui est familière* 11 excelle dans les tableaux dlntéieur. Rien de plus ft^is, de plus touchant que ses inspirations, ^rsque le citoyen quitte le forum et se retrouve époux et père au lyer domestique. M. Potvin a tiiiité pour ainsi dire tous les genres
poésie. Ses Marhres antiques (1857), son Poëme du soieil (1855),
Belgique (1859), tAri tlamand (1867) et surtout En Famine 862*1872) sont autant d'œuvres de la plus haute valeur, oh Tinimion abonde, ingénieuse ou forte, douce ou passionnée. Ses fimm de Jatu^its ttArtevdd, des Guaix et celui de la Mère de Ru-
, encore inédit, témoignent à un plus haut degré encore de cette rsistance créatrice dans une voie semée des plus grandes difficultés. Van Hasselt» Mathieu et Potvin méritent incontestablement figurer en lête de nos poètes contemporains, non parce qu'ils
blent mieux doués que d'autres, mais parce que, comme nous Otts dit, ils nont pas cessé de produire, durant une carrière re- %'emerit assez longue, et que leur talent aussi ira pas cessé de se
lopper. 11 nous serait difficile d'établir, entre les poètes que nous lis à signaler encore, une classification quelconque tirée de leur rite ou de leur genre : force nous est d'avoir recours simplement Dfdre chronologique de leurs publications* \eUgiùn et Amour (1835), de M. Pierre De Decker, révèle de rares lilés poétiques; l'auteur a la grâce de la pensée et le sentiment la forme. Le hasard des dates nous donne ensuite les Satires et gies (1836) de M. Louis Labarre, qui annonçaient déjà factîf et rgique publiciste. On a aussi de M. Labarre plusieurs pièces de
trê, entre autres le Point (HiqHt^ur qui eut un grand succès en