‹ Patria belgica; encyclopédie nationale ou exposé méthodique de toutes les connaissances relatives à la Belgique anicenne et moderne, physique, sociale et intellectuelleChapitre 6 sur 37 · UM'U · texte numérisé non relu

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3iO BELGIQUE M0R.4LE ET INTELLECTUELLE,

Si maintenant on met en regard la carte représentam la deosilt des écoles primaires communales et adoptées pix>prement ditei, telle qu elle est reproduite ci-dessous :

Carie de la «teuâlté àe« écoles pHukaires oommojiale».

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Et la carte de la densité des écoles privées complètement indépendantes des exigences de la loi, carte que nous mettons également sous les yeux du lecteur, nous trouvons ([ue les provinces de Luxembourg et de Namur, où il y a une école pour moins de cent enfants (493 écoles ou 1 école pourGSenlants dans le Luxembourg, 536 écoles ou 1 école pour 88 enfants dans la province de Namur), il n'y a que 9.20 p. c. d'ignorance pour la première et 9.47 p. c. pour la seconde. Viennent le Limbourg, avec 19.05; Liège, avec 19.91 p. c. d'ignorance et respectivement une école pour 135 et pour 162 enfants; la Flandre occidentale, qui compte 23.33 p. c. d'ignorance et une école pour 221 enfants; le Brabant, qui a 25.08 p. c. d'ignorance et une école pour 235 enfants et la province de Flandre orientale,qui a 31.09 p. c. d'ignorance et une école pour 261 enfants.

ORGANISATlOiN DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE.

Carte de la densité des écoles primaires libres.

in Écoles libiM (FI. wxid.).

179 écolm libre»

(Haioaut].

196 École* iîhr<*« (Kl. oriwii.;

La corrélation n'existe pas pour la province d'Anvers dont le chiffre d'ignorance est 20.66 p. e. seulement, tandis quelle n'a qu'une école communale pour 255 enfants et pour la province de Hainaut, où le chiffi-e d'ignorance est de 32.44 p. c, bien qu'elle ait une école communale pour 160 enfants. Mais il faut tenir compte, pour cette dernière province, du grand nombre d'établissements industriels où les enfants vont trouver de l'emploi avant' d'avoir pu fréquenter les écoles primaires suffisamment longtemps pour en tirer quelque parti. D'autre part, la moyenne d'ignomnce consistée pour la Flandre orientale perd un peu de son importance si l'on œnsidère que dans toutes les autres provinces le chiffi^e des lûiliciens sachant lire seulement ne dépasse pas 6.18; il est en ïnoyenne de 10.39 dans la Flandre orientale.

Quoi qu'il en soit, on trouve, en comparant le troisième tableau avec les deux autres, que les deux provinces de Luxembourg et de Namur, qui tiennent le premier rang pour le nombre des écoles communales et le degré d'instruction, n'ont respectivement que H

et 34 écoles libres; le Limbourg vient encore en troisième ligne, avec 37 écoles libres seulement ; puis les provinces de Liège, tfAuvers, de Brabant, de Flandre orientale se suivent, avec 73, i!3, 160 et 177 écoles libres. Le Hainaut, qui en a 179, et la Flandre orientale qui en compte 196, sont en toute dernière ligne, aussi bien dans la première que dans la troisième carte ci-dessus.

La loi, en stimulant les communes à s'imposer des sacrifices, a beaucoup contribué à accroître l'instruction des masses, et la somme des dépenses est partout en raison directe des résultats obtenus.

Bibliographie. — Voir, comme sources et comme indications supplémentaires, po&rteuàgnement supérieur : la loi du "2^ septembre 1835; titre I^r modifié par la loi du i5 jailletlSi et par celle du 14 mars 186!^; le règlement organique des universités de l'Éiat, du9 déeeshn 1849; l'arrêté royal du 30 janvier 1864 qui règle l'ouverture des cours privés; larrété rojil di 28 février 1854 et les arrêtés ministériels du 31 janvierl838, du 30 août 187i, du ^ aoàttm et du 127 février 1874, qui règlent;notamment le.service des cliniques; la loi du 1« mai 189 et du 30 décembre 1871; les arrêtés royaux du 10 juin 1857 et du 7 février 1873, relatifs m jurys d*examen; l'arrêté royal du 13 octobre 1841, relatif au concours universitaire: — fm l'enseignement moyen : la loi du l«r juin 1850; notamment pour l'organisation desofAàéa, les arrêtés royaux du 7 juillet 1851, du 1:2 août 1851, du 7 septembre 185i, du âO aoàtltti, du 21 juillet 1868, le règlement organique du 18 juillet 1869 modifié par Tarrété royal daSia 1874, et Tarrêté ministériel du 9 mai 1874; notamment pour Torganisation des écoki moyennes, Tarrêté royal du 10 juin 185-2, modifié par l'arrêté royal du 27 juillet 1865etpsr celui du 27 août 1872; — pour l'enseignement primaire : la loi du 23 septembre 1842, titresl, U et III ; les arrêtés royaux du 26 mai 1843, du 15 août 1846 et du 10 janvier 1863; en ee qn concerne particulièrement l'inspection, les arrêtés royaux du 4 octobre 1842, du 7 féfrier,ii

12 avril, des 18, 25 et 26 septembre 1843, du 30 mars 1844, du 20 janvier 1845, du 20 jaiattMk du 15 octobre 1855,du 20 août 1856. du 9 mai 186:^, du 5 mai 1869 et du 16 rotrs 1873; pMTli commission centrale, le règlement organique du 3 décembre 1843, l'arrêté royal du 30 nofcih brel844 et l'arrêté ministériel du 15 décembre 1843; pour les concours, rarrété royale 26 avril 1852 ; pour les écoles d'adultes, le règlement du l«r septembre 1866, modifié par hi arrêtés royaux du 1 1 septembre 1868. du 29 juin 1871, du 17 février 1872 et du 20 février I9Mi

— pour les écoles normales moyennes : arrêté royal du le»" septembre 1852, modifié par IH arrêtés royaux du 26 juillet 1856, du 9 juin 1861, du 28 septembre 1865 et du 10 janvier iSU; arrêté royal du 20 août 1869; arrêté royal du 8 mai 1874; arrêtés royaux du 2 septembre M du 26 juillet 1856, du 9 juin 1S61, du 25 septembre 1865 et du 6 juin 1868; —pour/es Ml normales primaires : arrêtés royaux du 2 novembre 1848, du 30 août 1854 et du 25 novenkn 1861 ; règlement général du 28 juin 1854, modifié par l'arrêté royal du 15 décembre ISGOetpir l'arrêté ministériel du 10 octobre 1868, pour les écoles normales de TÉtat et les éeolet agréées; règlement général du 27 juillet 1861 ])our les sections normales; règlement général da Sifi* tobre 1861 pour les écoles normales d'institutrices; arrêté royal du i^' juin 1874 pour 1^ normale d'institutrices à Liège; les arrêtés royaux du 22 mars 1847, du 21 juin 180 «''

13 mai 1871 pour les conférences d'instituteurs; les mêmes et ceux du 30 mai 1871 fli^ 23 avril 1872 pour les conférences d'institutrices; — pour les diplômes de profeuaré l'enseignement moyen : arrêté royal du 16 avril 1851, modifié par les arrêtés royaux da 48» 1857, du 30 juin 1857, du 22 mai 1859, du 10 juin 1861, du 29 septembre 1865, do lOctdi 22 mai 1871, du 10 janvier et du 8 mai 1874; règlement du 30 mai 1868, modifié parlW* royal du 8 mai 1874; arrêté royal du 27 janvier 1863; — règlement de VInstitut snpérieMfé commerce d'Anvers, approuvé par arrêté ministériel du 28 août 1872 ; — lèglement de !*£(*' professionnelle de filles à Bruxelles, approuvé par arrêté ministériel du 15 septembre 1861

— arrêté royal du 15 février 1868 portant rîglrmcnl pour les écoles de navigation;— loi< 18 juillet 1860, relative à renseignement agricole, etc., etc.

'tôt «■

Par M. CH. RUBLBNS, Couscnrkteur à la Bibliolbt^iue royale.

Pendant de longs siècles, la parole a suffi à Thomme pour corn- ■imiquer ses idées et transmettre ses connaissances. Quand les ftoûiles humaines se sont multipliées, il a fallu se servir d*un moyen plos sûr et plus durable : à la tradition orale est venue se joindre récriture. Le progrès alors a pris une marche plus rapide. L^intellil^oce générale, profitant de toutes les conquêtes individuelles, soifoeusement conservées, toujours élargies, s'est élevée à une puisttnce qu'elle n'eût pas atteinte avec le secours seul de la parole.

Les peuples grandissent, les races se fusionnent, les bornes du ïwmde sont reculées. L'écriture, à son tour, ne parvient plus à suivre nuunaoité dans sa marche : l'imprimerie apparaît. On sait ce que lui 4>il le monde.

L'histoire des instruments au moyen desquels se manifestent et ^ propagent les volontés et les conceptions des hommes à travers les temps et les espaces, cette histoire forme donc une page imporluitedans les annales de la civilisation d'un peuple. C'est de ce point fc vue que nous essayerons de jeter un rapide coup d'oeil sur la genèse, le développement et l'action du livre écrit ou imprimé, dans les provinces formant l'ensemble de la Belgique actuelle.

IIL 21

Monuments primitifs de l'écriture en Belgique. — Les plus andeoMi traces que nous ayons de récriture chez nos ancêtres, ce sont qnet* ques lettres frappées sur des monnaies qui datent, à ce qu il panl, d une époque un peu antérieure à la conquête romaine. Ces lettni forment des noms assez douteux/ noms de chefs de tribus ou oon de localités. Les monnaies elles-mêmes sont des imitations gn)i> sières de monnaies grecques et romaines.

II existe de Tépoque romaine de nombreux monuments : autek, cippes funéraires, pierres votives, etc., portant des inscriptions. Celles-ci sont toutes en latin et prouvent que la civilisation dei conquérants avait pénétré dans le pays, au point d'y vulgariser kv langue et leurs lettres.

Dans ces villas, dont on retrouve tant de traces, il devait se tiomt plus d'un volumen en papyrus, plus d'une bibliothèque peut-ètre,et nous savons, d'ailleurs, qu au iv* siècle, sur nos frontières, à Trèvei, il y avait des écoles célèbres où l'on copiait des livres. Mais de eei monuments graphiques, rien n'est parvenu jusqu'à nous.

Les plus anciens manuscrits. — 11 faut avancer beaucoup dansBM annales pour arriver aux premiers écrits dont nous ayons des traooi. Dans le cours du vn" siècle, se fondent nos grands monastères : Saint-Amand, Lobbes, Saint-Martin à Tournai, Stavelot et Malmëdj, Saint-Pierre et Saint-Bavon à Gand, etc. Ces établissements sort, pendant une assez longue période, les seuls foyers littéraires di pays : des écoles y sont ouvertes ; les religieux s'occupent à transcrire des ouvrages que leur prêtaient les monastères de lltalieet des Gaules ; des bibliothèques s'y forment.

Avec quelques documents publics, chartes ou diplômes, ces Ut* vaux de nos premiers moines sont les plus anciens écrits dont il soîl fait mention. Mais, parmi les re.stes vénérables qui sont parvenus jusqu'à nous, il n'existe rien, à notre connaissance, que l'on puisse faire remonter plus haut que le vui® siècle et considérer en méas temps comme ayant été exécuté en Belgique. La Bibliothèque royila possède quelques vieux codices provenant de Stavelot, dont r»n même est palimpseste, c'est-à-dire offrant un texte écrit sur un texte antérieur effacé ou gratté (n° 8786). Le même établissement cofiserve aussi un recueil de canotiSy provenant de l'abbaye de Saiitt- Pierre, à Gand, et qui est du même âge (n** 10127).

Mais le plus important de nos manuscrits primitifs est l'évangéliaire de l'église de Maeseyck, œuvre des deux sœurs Herlinde et

HISTOIRE DE L'IMPRIMERIE Et DES LIVRES. 315

diode, fondatrices du monastère d*Alden Eyck, et qui vivaient au dlieu du viii^ siècle. D'après leur biographe, qui écrivait un siècle hstard, ces saintes filles exécutèrent un psautier, plusieurs livres e rÉcriture, et ce recueil des quatre évangélistes, qui est orné de urieuses décorations dans le style anglo-saxon. La perfection relaie de ce vénérable volume est étonnante pour son époque et pourut soulever quelques doutes sur son authenticité. Cependant cellei nous semble bien établie.

Gbarlemagne fit de louables efforts pour répandre Tinstruction irmi les peuples de son immense empire. On sait jusquà quels élails minutieux il entrait dans ses règlements dorganisation : iosi son capitulaire de Fan 789 formule des recommandations rfatives à la copie des livres catholiques et des livres destinés renseignement. On lui doit même la substitution d*une écriture oavelle, que l'on nomrtia depuis l'écriture Caroline, à celle qui wil été en usage jusque-là et qui était une dégénérescence de ancienne écriture capitale romaine. Et, sans doute, pour joindre exemple au précepte, il envoie en diverses localités de beaux ttnuscrits exécutés à ses frais : la tradition mentionne, entre mires, un évangéliaire donné par lui à labbaye de Stavelot et qui te vendu à Gand, en 1847, pour 4,000 francs, et un autre évangéiiire, orné d'or et de pierres précieuses, donné à l'abbaye de Saintiubert.

Depuis le ix* siècle, la transcription des livres se fit d'une manière ictive et continue : on la suit, dans la plupart des monastères, par bars chroniques ou par les monuments eux-mêmes. La réglé de Saint-Benoît prescrivait le travail et particulièrement celui de l'écritoe. Les autres ordres religieux qui surgirent plus tard se livrèrent k la même occupation, soit pour alimenter les bibliothèques de leurs ■aisons, soit même pour trouver leur subsistance, en copiant des ÏTres à prix d'argent. Les Pays-Bas ont donné naissance à une congrtgalion qui s'est distinguée à cet égard, celle des frères de la vie commune ou hiéronymites, fondée par Gérard Groote, et que l'on ■ommait quelquefois les frères de la plume, fratres de pennd. S'éUnt fusionnés avec les chanoines réguliers de Saint-Augustin, ils continuèrent le même genre de travail et fournirent d'excellents calligraphes ; nous n'en citerons qu'un seul : Thomas à Kempis, dont ^npeut voir, à Bruxelles, Ylmitation, écrite par lui en 1441. Mais le ibeur exécuté par ces religieux consiste presque uniquement en ^ pour les études et en traités de théologie ascétique.

Bibliothèques des monastères. — Grâce à ces travaux de tram lion, plusieurs de nos abbayes possédèrent de bonne heure ^ portantes collections de livres, qui s accrurent encore par les ad les donations et les échanges. Au xii* siècle, Stavelot avait viron cent cinquante ouvrages, parmi lesquels une belle BiU 2 volumes in-folio, terminée en 1097, et aujourd'hui au BriM seum, plusieurs Pères de rÉglise,les premières sources delliis ecclésiastique : Justin, Eusèbe, Josèphe, etc. ; des écrits àlm de Bède, de Xystus, de Priscien, etc. ; un grand nombre de th giens, d'interprètes de FÉcriture et des livres liturgiques. La grande partie des manuscrits amassés pendant des siècles dans abbaye fut vendue en 1847, à Gand, et dispersée. C'est une gr perte que le pays a faite.

L'abbaye de Saint-Martin, à Tournai, occupait, au xi« siècle, l'abbé Odon, douze religieux à copier de grands ouvrages : viei saints, écrits des Pères, encyclopédies ou Miroirs; comme on c alors. Les manuscrits de Saint-Martin, surtout depuis le xii* si se distinguent par la netteté des caractères et le style magistra lettres ornées. Un grand nombre de volumes en a passé dans mense collection de feu sir Thomas Phillipps, à Middlehill, qi avait acquis en 1814 et 1815, et emportés dans les fourgonî l'armée anglaise.

L'abbaye de Gembloux, fondée en 922, avait une bibliothèque dépassait peut-être toutes celles de Belgique en importance 1 raire. La transcription paraît y avoir commencé sous Otbert,le trième abbé, mort en 1048, et elle y continua jusqu'au milie XVI*» siècle. L'abbé Antoine Papin (1518-1541), éminent biblio] et artiste de mérite, y fit encore exécuter, sous son règne, de gnifiques antiphonaires, dont les miniatures peuvent compter p les meilleures de cette époque. Dans aucune autre bibliothèque nastique, on ne trouve un aussi grand nombre de livres d'hist» d'auteurs classiques et de documents intéressant nos annales. 1 citerons entre autres la chronique de l'abbé Guibert,et surtout du célèbre Sigebert, dont l'autographe même a été acquis p Bibliothèque royale, en 1840.

L'abbaye de Lobbes, qui date de 638, avait une bibliothi fondée par Folcuin, vers 966. Elle devait être fort riche, mais périt presque tout entière dans un incendie en 1576. Le même fut subi, en 1635 par le précieux fonds littéraire de Tabbaj Saint-Hubert. De ce qui en put être sauvé, une partie se trouve bibliothèque de Namur.

L'abbaye de Saiat-BavoD,àGand, fondée vers 631, compte, parmi les abbés, Eginhard, le secrétaire de Charlemagne; deux diplômesi flgoés de lui, ea 828 et 829, reposent aux archives de la Flandre orientale. De beaux restes du trésor paléographique de cette abbaye eosteai encore à la bibliothèque de Gand : entre autres le Liber jbrJA», une sorte dencyclopédie renfermant toute la science du tfsiècle, en cent quatre-vingt-douze traités, écrits vers Tan 1300 par Lambert, chanoine de Saint-Omer. Plus tard,rabbé Raphaël de Mereatellis, fils naturel de Philippe le Bon, et qui régna de 1478 à iS08, fit exécuter divers manuscrits qui comptent parmi' les plus ^pleodides de ce temps.

L*abbaye de Saint-Pierre au mont Blandin, à' Gand, fondée vers h même époque que Saint-Bavon, était, selon Mabillon, « un foyer de science ». Sa bibliothèque était la plus riche de la Flandre, mais elle fut presque entièrement détruite en 1566 et en 1578. Une huitaine de manuscrits existent encore à la bibliothèque de Gand.

Les deux abbayes bénédictines de Saint-Jacques et de Saint-Laureot, à Liège, rassemblèrent aussi de bonne heure des bibliothèques remarquables. Dans la seconde, le moine Jean de Stavelot s*est fait BQ nom par de nombreuses transcriptions.

Après ces monastères de Tordre de Saint-Benott, un grand nomiure d*autres : cisterciens, prémontrés, augustins, etc., ont possédé desbibliothèquesplusou moins riches. Nous citerons Villers, Âfflil^m, Saint-Michel à Anvers, Bonne-Espérance, Gambron, les Dunes à Bruges, Floreffe, Parc lez-Louvain, Tongerloo, Groenendael, Saint-Martin à Louvain, etc., etc. Dans chacune de ces maisons, on avait à signaler quelques manuscrits d'importance : un grand nombre d'entre eux, heureusement, subsistent encore aujourdlui dans les dépôts publics.

Transcription de livres et bibliothèques en dehors des monastères. — Les travaux de transcription exécutés par les maisons religieuses avaient pour but de recueillir les ouvrages indispensables à l'accomplissement des devoirs de la vie monastique. La Bible, les Évangiles, les Pères de l'Église, les exégètes, les théologiens, la liturgie, des corps de droit canon, les auteurs d'histoire ecclésiastique, quel- <pes traités des études, des chroniques ; tel est, à peu de chose près, le sommaire d'un catalogue de monastère, du moins dans notre pays.

Les ouvrages de l'antiquité classique y figurent en très-petit

nombre, plusieurs maisons même n*en possédaient point. Q iaà en être ainsi : ces ouvrages n'étaient d'aucune utilité pour le tA gleux; on les frappait de réprobation. C'est donc pailler en terM beaucoup trop absolus que de dire que pendant le moyen âge, M plutôt pendant les siècles du manuscrit, la science tout entière 8*M^ réfugiée dans les monastères, et que cest la main des moines qui. transci'it, pour nous les conserver, les œuvres immortelles du géai de la Grèce et de Rome.

En plusieurs pays, sans doute, et chez nous, par exemple, jnqu'au xn* siècle, les traces sont rares d'une culture intellectuelle « dehors des cloîtres, seuls asiles du petit nombre de ceux qui cha^ chaient le repos de l'esprit. Mais le flambeau de la science n'étik pas éteint partout. Au iv'^ et au v* siècle, la Gaule était encore petplée d'écoles, dans lesquelles on lisait les auteurs païens, etïj existait des bibliothèques citées par Sidoine Apollinaire. Au vn*âècle, ces écoles disparurent successivement pour fejre place in . écoles que les évéques érigeaient à côté des églises. Charlemag» vint ensuite, qui ordonna la création d'un enseignement génénl dans son immense empire.

Ce furent là de petits foyers de lumière, aux rayons desqoeb l'intelligence se développait plus librement que sous les voûtes du cloître. C'est de ces écoles que sortaient les clercs ou notaires, (pi tenaient la correspondance et la chancellerie dans les maisons fio dales, ainsi que les scribes qui transcrivaient des livres et don nous retrouvons la trace déjà au ix* siècle.

Peu à peu ces écoles grandirent, quelques-unes devinrent de universités. Leurs nombreux élèves cultivèrent les sciences el U lettres profanes et devaient avoir le désir de posséder ces grand écrivains classiques dont on leur avait nécessairement parlé. Ceî par eux que sont parvenues jusqu'à nous les copies d'Horace d'Ovide, de Virgile et de tant d'autres auteurs païens dont aucun règle monastique n'eût permis la transcription, même aux époques à plus grand relâchement. Nous rencontrons rarement des auteoi grecs et romains dans les anciens catalogues de nos monastères, < si, par hasard, il s en trouve çà et là, ils y sont arrivés du dehorî par accession, par donation ou même par imposition de conscience comme remise obligée d'un livre défendu.

En dehors du cloître, Tinstruction se répand en même temps qu se fondent et s'agrandissent les centres de population. Le mouve ment est lent d'abord ; mais, après les croisades, il s'accentue el,

la Dsissance des cominuDes, il marche avec rapidité. Au xii'' et au wt siède, Funiversité de Paris comptait de nombreux élèves de , aos proviDces ; ua doyen def Courtrai y enseignait la dialectique au grand Alighieri; Barthélémy de Bruges, Michel de Brabant, Godefcqr de Fontaines et Gérard de Liège, Bernier de Nivelles, Gilles de LessiDes, Guibert de Tournai, etc., professaient à la Sorbonne, où leurs écrits se conservent encore. Nous voyons apparaître en même temps les chansons de geste, les chroniques en langue vulgaire, des ^ tnités de médecine, et enfin les grands poèmes de Maerlant.

Or, cette culture intellectuelle, dont on commence seulement à tttrevoir retendue, présuppose l'existence de livres nombreux et ■éme de collections plus ou moins considérables. Ces auteurs, ces poètes font de fréquentes citations d'ouvrages classiques ou de sources d'histoire; en recueillant ces citations, on arrive à constater une lecture souvent assez vaste et Ion voit qu'ils ont eu à leur disposition de véritables bibliothèques. Si nous ne trouvons de celles-d, en dehors des monastères, que de faibles vestiges, c'est quelles ont été soumises à toutes les vicissitudes de ces époques malheureuses, quand les autres, pour s'agrandir sans cesse, jouissaient en quelque façon du privilège de pérennité de la mainmoi^e.

L'histoire nous a conservé néanmoins le souvenir de quelques princes aimant les hvres. Mirseus a publié le testament fait, en 873, parEverard, comte de Frioul, gendre de Louis le Débonnaire et fondateur de l'abbaye de Cisoing, près de Tournai. Ce testament contient une nomenclature assez remarquable de livres. Au siècle suivant, on mentionne la bibliothèque du célèbre archevêque de Cologne Brunon, archiduc de Lotharingie, mort en 963. Parmi nos souverains nationaux, on cite Philippe d'Alsace qui se délectait dans la lecture des romans de chevalerie et qui fut le Mécène de Chreslien de Troyes; Baudouin II, comte de Guines (en 1169), qui fit traduire de nombreux ouvrages du latin en langue romane ; Baudouin IX, comte de Flandre ; Guy de Dampierre, qu'Adenez li Bois nonunait le père des poètes ; Bobert de Béthune, dont la bibliothèque, inventoriée en 1322, se composait de treize ouvrages ; Jean I*', duc de Brabant, dont on connaît les chansons; Jean III, poète aussi, ^ protecteur de Jean de Decker, l'auteur des Brabantsche Yeesten, i^ LeekeorSpiegel et du Dietschen doctrinael; enfin Philippe le Hardi, fondateur de la bibliothèque de Bourgogne.

Pour comprendre la diffusion de la science ou la culture des lettres au moyen âge en dehors du cloître, il n'est pas nécessaire de

supposer lexistence de bibliothèques considérables. Une écritaie souvent très-compacte, un système assez compliqué d*abrémtioia permettaient de réunir en un seul volume d^immenses quantités de matière littéraire; un livre se conservait longtemps : la solidili du parchemin et le haut prix du travail opposaient un obstacle au effets d*un usage fréquent ou du défaut de soin. On cite une findi dexemples de la sollicitude dont on entourait, dans les fâmillei quelque manuscrit intéressant par le contenu ou précieux par a richesse artistique.

Les scribes ou copistes, nous lavons dit, ont existé de tout temps Auprès des universités, ils transcrivaient des traités scolastiquese de temps à autre quelque chef-dœuvre de l'antiquité; ppur les eu tels féodaux, ils exécutaient, souvent avec magnificence, des cbu sons de geste, des écrits de chroniqueurs, des recueils héraldiques pour les riches bourgeois des communes de Flandre et du Brabsot ils reproduisaient les poèmes de Maerlant, les Brabantsehe Yeeâm le Reynaert de Vos, toutes les grandes œuvi*es des lettres fli mandes, œuvres dont on ne trouve pas beaucoup de traces dansie monastères.

Nous connaissons les noms de plusieurs de ces copistes, clerc ou laïques. Ainsi le plus ancien manuscrit connu du Rymbybel d Maerlant a été copié en 1321, à Waterduinen, en Flandre, paru ecclésiastique nommé Jacques; le poème flamand Tlevenvan S.Amâ dus a été transcrit, en 1366, par Gilles de Wevel, à Bruges; ui Règle de Saint-Grégoire, du xi* siècle, provenant de Gembloux, i signée Augustus, indigntis presbyter.

Au xiv^* et au xv« siècle, Tindustrie de la Iranscription est florissante à Brogef Gand, à Bruxelles, dans toutes nos grandes villes. Les scribes étaient réunis métier des peintres, à Bruges, en 1454, à Gand, en 4463, etc. On leur doit des U vaux considérables : un petit calcul en donnera une idée.

Nous connaissons aujourd'hui une quarantaine de chansons de geste envi flamands. En comptant chacun de ces poèmes à ^nngt-cinq mille vers, on anr pour cette seule division littéraire, à un total d'un million de lignes. QuelquesHi de ces poCmessont parvenus jusqu'à nous au complet et en plusieurs copies; d* grand nombre on ne possède plus que des fragments. Mais il fourmille de < fragments faisant partie d'un même poème, et transcrits par diverses mains; qui suppose l'existence d'un grand nombre de manuscrits. Prenant pourehaq œuvre une moyenne de cinq transcriptions, voilà déjà deux cents volumes pool seule division des grande poèmes. La poésie chevaleresque de la France entiè en y comprenant les chansons de geste et les romans de la table ronde, n' compte pas plus de huit cents. . .

En opérant de la même manière sur les autres branches de la poésie flamande

HISTOIRE DE ^IMPRIMERIE ET DES LIVRES. 32i

|mI lotil n*amTerait-on pas ! Un seul de ces manuscrits provenant d'un bibliophile inanina du xnr* siècle, le fameux Hulthemsch Handschrift, véritable antholo- I» de la poésie flamande, renferme plus de cinquante mille vers, répartis en deux eeUdix pièces qui ont certainement été copiées plus d*unc fois.

OsToit, par ces quelques chififres, Timportance du mouvement littéraire dans In eommanes flamandes au moyen âge; c*est un mouvement dont ne se doutent peiateeuxqui en jugent parles bibliothèques monastiques. Et combien d'autres foinges de science laïque n'avons-nous pas à ajoutera ces témoins de l'activité inleUedoelle de nos ancêtres ! Si plusieurs ne nous sont connus que par le souvenir ei par des fragments, cela tient à des causes historiques : la prépondérance, au ■ojen Age, de la scolastique et de la théologie, plus tard de la renaissance clas- Âpie, sans compter les guerres continuelles et l'état instable des rapports politifNsde nos provinces toujours objets de convoitise, toujours disputées.

jiujoTHÉQUEs DES VILLES. — PlusieuFs comtnunes belges avaient dans leur hôtel de ville une librairie, dans laquelle on conservait itee soin, enchaînés à des pupitres, quelques ouvrages indispensables aux autorités ou destinés même à Tinstruction publique. Nous i*ivons, en général, que de faibles renseignements sur ces colléetioQS plus ou moins importantes. Ainsi, nous savons qu à Bruxelles, par exemple, l'historien a Thymo, ou Vander Heyden, fit à la ville, vers 1429, Tbommage de son livre, à condition qu'il fôt gardé dans la librairie des magistrats, attaché avec des chaînes, et nous avons «icore, à la bibliothèque de Bourgogne, le magnifique manuscrit des BrabatUsche Yeesten que la ville fit exécuter en i444 par le Kribe Henri Van den Damme, lequel, mécontent sans doute de son salaire, termine son livre par ce vers assez impertinent :

Pro tali precio nunquam plus scribere volo,

BiBuoTHÈQUEs DBS ÉGLISES. — Lcs écoIcs érigécs dès le VII* siècle pries évéques à côté des cathédrales ont possédé parfois des livres eo quantité suffisante pour que leur ensemble constituât une véritable bibliothèque. Au ix* siècle, Técole de Saint-Lambert à Liège ^l déjà célèbre et avait une collection de livres qui périrent dans finceodie de l'église, en 1185; mais un demi-siècle plus tard, la Mairie éiSiii renouvelée, et, en 1333, Pétrarque, attiré à Liège par le renom de ces richesses littéraires, y découvrait deux discours, jusqu'alors inconnus, de Cicéron.

La librairie de la collégiale de Saint-Paul, dans la même ville, est plus récente. Fondée en 1430 par le chanoine Henri de Piro, elle compta bientôt deux cents manuscrits, parmi lesquels des œuvres

d*Oviçle, de Térence, de Lucain, d*Horace, de Salluste, de Gteéroo, de Tite-Live, etc.

La plus importante, peut-être, des bibliothèques de cathédnlei en Belgique était celle de Tournai ; mais elle était aussi de fondatioD relativement moderne. On y trouvait des romans de chevalmeei français et en flamand, des chroniques, des documents d*histoire(ie tout genre, plusieurs écrivains classiques et très-peu dé théologie. Tous ces trésors sont dispersés.

On cite encore la librairie de la collégiale de Namur, formée, comufe les précédentes, par les dons des chanoines et d'autres ecclésiastiques. La petite ville de Léau avait dans son église unevnie bibliothèque, dont on peut voir encore les restes à Bruxelles, de lourds volumes manuscrits et imprimés, garnis de chaînes ou bj^ dés de cuivre.

• Bibliothèques de grandes familles. — Pendant l'époque du i scrit, plus d'un château, plus dun hôtel féodal comptait parmi ses joyaux quelques livres écrits sur beau parchemin et ornés de miniitures. C'étaient le plus souvent des recueils de généalogie, des romans chevaleresques, des œuvres poétiques, quelquefois aussi des documents d'histoire. Deux de ces collections aristocratiques peuvent être comptées au premier rang : celles du sire de laGruulhuse et celle de la maison de Croy-Aerschot. Mais elles appa^ tenaient toutes deux à une époque récente, au dernier âge du livre écrit.

Louis de Bruges, seigneur de la Gruuthuse, comte de Wincestre, etc., qui remplit les plus hautes fonctions sous Philippe le Bon, Charles le Téméraire et Maximilien, avait feit exécuter lui-même, par les écrivains et les enlumineurs les plus habiles de Gand etde Bruges, une admirable série de volumes copiés pour la plupart sur les manuscrits de la cour de Bourgogne. Après sa mort, elle passai son fils Jean de Bruges, qui était au service de Louis XI; ensuite elle entra, on ne sait de quelle façon, dans la collection des rois de France. Cent six volumes existent encore à la bibliothèque de Paris : ce sont, en général, des livres d'apparat plutôt que des œuvres de valeur littéraire. Quelques-uns ont été reproduits p*^ l'imprimeur brugeois Colard Mansion, dont Gruuthuse était le pr^' tecteur.

La collection des Croy était moins opulente, mais plus nombreuse et plus intéressante que celle de la Gruuthuse. Commencée par Jea^

de Croy, mort en 1473, continuée par- Charles de Groy, parrain de Charies-Quiut, mort en 1{>21, elle fut développée surtout par Charles, duc de Croy et d'Aerschot, mort en 1612, un des seigneurs les plus instruits de ce temps-là, un vrai curieux de toutes les belles choses. Quarante-trois manuscrits se trouvent aujourd'hui à la bibliothèque de Bruxelles, deux cent soixante-huit à celle de Valenciennes.

BiBuoTHÈQUE DES DUCS DE BOURGOGNE. — Issus dc la maisou de France, où régnait Tamour du faste et en même temps un goût réel pour tout ce qui tient au domaine du beau et de la curiosité, les ducs de Bourgogne, en devenant comtes de Flandre et en établissant ici leur séjour de prédilection, apportèrent avec eux quelques beaux manuscrits acquis par héritage ou autrement. Le troisième duc, Philippe le Bon, qui réunit toutes nos provinces sous son sceptre, accrut ce petit noyau de bibliothèque au point d'en faire Tune des plus belles collections de son temps. Il était, dit son secrétaire, David Aubert, « le prince sur tous autres garny de la plus riche et noble librairie du monde, si est-il moult enclin et désirant de chascun jour laccroistre comme il fait, pour quoi il a journellement et en diverses contrées grands clercs, orateurs, translateurs et escripveurs à ses propres gages occupez. »

En effet, il fit exécuter grand nombre de majestueux volumes, sur îélin, illustrés de précieuses miniatures, de lettres ornées, d'encadrements où l'or et les couleurs vives sont prodigués. L'art y compte devrais chefs-d'œuvre. La miniature initiale des Chroniques du Haiw»^ qui représente l'auteur offrant son livre au duc Philippe entouré de sa cour, est une page d'une étonnante perfection. Le Roman ie Charles Martel, en quatre volumes, les Gestes de Charlemagney en trois volumes, le roman d'Hélène et quelques autres renferment des compositions dues aux meilleurs artistes du temps et qui nous fournissent d'utiles renseignements sur les usages, le costume, la vie domestique. Ces livres splendides ont été éôrits, pour la plupart, par les scribes ordinaires du duc : David Aubert, Jean Miélot, Guyot d'Angers, etc.; mais le nom des illustrateurs est presque toujours inconnu. Quelquefois on trouve une indication jie lieu : Bruxelles, Lille, Bruges, etc.

A ces manuscrits de commande, il faut ajouter le fonds considérable de ceux qui échurent à Philippe le Bon par ses divers héritages.

Son successeur, Charles le Téméraire, tout en passant sa vie à

guerroyer, ne négligea point sa bibliothèque. Jl eut aussi ses écri vains en titre, tels que Vasque de Lucena, qui traduisit pour k Quinte-Gurce et la Cyropédie. On sait que ce dernier ouvrage étsill vade-mecum du terrible batailleur. Après la défaite de Charles, 1 manuscrit resta en Suisse, où il fut racheté en 1832 par la ran des Belges, Louise-Marie ; il est aujourd'hui au dépôt de Bnixellej

La troisième épouse du Téméraire, Marguerite d'York, aimait k beaux livres et augmenta la collection. Sous Marie de BourgogiH sous Philippe le Beau et même sous Charles-Quint, on ne cessa d'éorii et d'enluminer de superbes volumes, malgré l'extension que preoa l'imprimerie. On peut remarquer même, comme un fait curieuxiqn nos plus merveilleux manuscrits sont contemporains de la gnod invention ou même ont été exécutés assez longtemps après. Ainsi I missel dit des ducs de Brabant, et qui provient de Mathias Corvii le roi de Hongrie, cet admirable missel qu'on peut regarder comm le chef-d'œuvre de Tart italien, a été peint par Attavante degli AttJ vanti, de 1485 à 1487. Néanmoins, vers le milieu du xvi* siècle,! manuscrit céda tout à fait la place au livre.

La bibliothèque de Bourgogne, qui fait partie aujourd'hui de I deuxième section de la Bibliothèque royale, la section des mm scrits,se compose donc, à son origine, du fonds littéraire des prin« qui ont régné en Belgique depuis Philippe le Hardi jusques et compris Charles-Quint. Ce fonds resta toujours dans le pays jusqu la prise de Bruxelles, sous Louis XV, époque à laquelle il fut, < partie, transporté à Paris. Après la paix, en 1769, on récupéra moitié environ des manuscrits enlevés. Lors de la suppression i jésuites, on y réunit les manuscrits qui se trouvaient dans let diverses maisons et qui forment le contingent le plus précieux pc la science et les lettres. Plus tard, s'y joignirent en partie les fl nuscrits des couvents supprimés par Joseph II. En 1794, le rep sentant du peuple Laurent et d'autres agents de la république fa çaise firent transporter à Paris les joyaux de la bibliothèque Bourgogne : ceux-ci n'en revinrent qu'après 1815, non sans avoir si de nouvelles diminutions. Depuis lors, ces magnifiques débris, i ont échappé aux guerres, aux incendies, aux dilapidations, formi encore, avec leurs accroissements successifs, une des plus ricl collections du monde. Elle se compose aujourd'hui de huit à mille volumes, contenant plus de vingt-trois mille ouvrages, trait pièces, catalogués séparément ; et elle s'accroît sans cesse. Réce ment encore, elle a eu la chance heureuse d'acquérir, grâce à i

iQguste intervention, un petit livre d'heures, dont les miniatures peuvent compter parmi les merveilles du xv!"" siècle et luttent de perfection avec celles du fameux bréviaire Grimani, de Venise, qo*dles reproduisent en partie et qui passe pour le chef-d'œuvre de Fart flamand.

Age do uvre imprimé. — Au moment oii tombaient les derniers remparts de Tempire d*Orient et où commençaient à poindre les premiers rayons de cette lumière nouvelle à laquelle l'histoire a domié le nom de renaissance, un gentilhomme de Mayence, Jean Gutenberg, inventa la typographie, c'est-à-dire lart de multiplier à rmfioi et de mettre à la portée de tous les produits de la pensée humaine. La grande découverte se répandit rapidement, et, vers 1467, une chronique limbourgeoise signalait déjà la dispersion des livres imprimés, leur bon marché et les avantages qu'en retiraient les peuples.

Néamoins, ce fut seulement vingt ans après les premiers essais que Timprimerie débuta dans nos provinces d'une manière aussi obscure qu elle avait surgi en Allemagne. 11 existe un petit livre de théologie ascétique, intitulé : Spéculum conversionis peccatorum Dioqffti de Leeuwis, qui porte pour souscription finale : Impressum ihsli. In Flandria. Amo MXCCC.LXXIIL Des livres imprimés en Belgique, c'est celui qui porte la date la plus ancienne. Mais il ne nous révèle point le nom de l'imprimeur. Le 26 mai 1474, de la même officine sort un ouvrage ayant pour titre : Textus summularum ^iiarum a fratre Pétri Alfonsi hispano, et pour souscription : im- ^essus in Alosto...Per Johannem de Vuestphalia Paderbornensem cum focto suo Theodorico Martino. Enfin, le l""' octobre 1474, latelier losiois publie : Fratres Baptistœ Manluani de vita beata Libellus, vec cette finale énigmatique :

Eoc opus impressi Martins Theodricus Aîosti Qui Venetum scita Flandrensihus affero cuncta.

Ces diverses souscriptions ont été très-discutées. Thierry Martens >uissait en paix de la gloire d'avoir fondé l'atelier d'Alost, quand on ssaya récemment de prouver que cette gloire appartient à Jean de Vesiphalie, dont Martens n'aurait été que l'ouvrier.

Cette opinion nouvelle nous paraît insoutenable. On ne peut pas sidmettre qu'un Allemand fût venu s'établir à Alost, un coin perdu ^ Pays-Bas, s'il n y avait été appelé. Or, Martens est né à Alost et 'ly est mort ; il y avait le siège de sa fortune ; il y a imprimé, sous

son nom seul, pendant des années. 11 est plus rationnel d'interpréter la souscription susdite, du i""' octobre 1474, et de la combiner avec les autres, dans le sens le plus simple, en disant que Martens,citQ}eB d'Alost, est allé à Venise, qu'il s'y est initié aux secrets de l'art typographique, et que, voulant introduire dans sa patrie cet art noureaD, il a pris pour aide un élève de l'un ou de l'autre atelier de l'Allemigne, Jean de Paderborn.

Après avoir produit quatre ou cinq opuscules que l'on pourrait nommer les travaux d'essai, l'atelier d'Alost se dédouble en 1474, et l'un des associés, Jean de Westphalie, va s'établir à Louvain, la ville savante de ce temps-là, et il y fait paraître, dès le 9 décembre, un in-folio : Opus ruralium commodorum Pétri de Crescentns, Ce volume est imprimé avec les caractères de l'atelier d'Alost. Le typographe allemand se fait inscrire à l'université, afin de jouir des privilèges de cet établissement; puis il fait rouler ses presses avec une activité remarquable, pendant vingt-trois ans, éditant près de deux cents ouvragés et se servant des types de l'atelier d'Alost conmremment avec d'autres.

Après l'ouverture de l'officine de Louvain, Thierry Martens ne donne plus signe de vie pendant treize ans : il créait du matériel typographique et pouiToyait la maison de Louvain. En 1482,Mathias Van der Goes introduit l'imprimerie à Anvers et y travaille avec un certain succès ; mais, Tannée suivante, il y voit arriver un concurrent, Gérard Leeu, qui exerçait son art à Gouda depuis 1477. Rfi* nonçant à son matériel primitif, celui-ci annonce, 'dans son premi^ ouvrage, qu'il emploie le type vénitien, elementa v^n^/tca, absolume*^^ comme Martens. Or, ce type nouveau est d'une ressemblance par&v^ avec celui d'Alost, sauf la dimension, et l'on ne peut douter qu'il ^^ été créé par Martens. Celui-ci était intéressé dans l'entreprise ^^ G. Leeu, car, en 1493, après la mort accidentelle de ce dernier, ^ se rend à Anvers et y publie immédiatement, sous son nom deMa^ tens, deux ouvrages imprimés, en partie, avec les caractères d^ laissés par G. Leeu et portant la vignette de celui-ci, le château d'Anvers.

En 1497, Jean de Westphalie cesse d'imprimer à Louvain. Encore une fois, sans retard, nous voyons Martens reprendi*e le matériel de^ cet atelier et continuer les opérations jusqu'en 1502, date de la mort de Jean de Westphalie. Alors, pour un motif inconnu, Thierry ferme l'officine de Louvain et se transporte à Anvers, où il publie une vingtaine d'ouvrages de haut goût, de 1502 à 1512.

Enfin, en 4512, le célèbre typographe s*établit de nouveau à Lounio, et, cette fois, d*une manière permanente. Ses presses y prodmsent une foule de bons et beaux ouvrages. Il devient le fournisseur de livres classiques pour l'université ; il se fait l'éditeur des œuvres de cette pléiade de savants humanistes qui se groupent en Belgique lutour d'Érasme et de Vives; Pierre Gilles, Barlandus, Dorpius, Gekieûhauer, Grapheus, etc. C'est à lui que Thomas Morus confie la publication de son Utopie. Il imprime à Louvain jusqu'en 1529, puis il revient dans sa ville natale, se retire chez les Guillelmites, où il oeort le 28 mai 1534, à l'âge de 85 ans environ.

Thierry Martens apparaît à nos yeux comme un citoyen qui a bien mérité du pays. Non-seulement il a introduit l'imprimerie en Belgique, mais il y a fondé les plus importants ateliers du xv* siècle : cdui de J. de Westphalie, à Louvain, et celui de G. Leeu, à Anvers, ateliers qu'il fournit de caractères et qu'il continue à lui seul après le décès de leurs directeurs. Spéculateur intelligent, il dirige, de sa résidence d'Alost, ces deux entreprises considérables, ou du moins il s'y intéresse fortement; savant et lettré, lié d'amitié avec d'illustres écrivains de son temps, il a donné à ces ateliers une impulsion forte, une direction littéraire qui fait, à première vue, contraster leurs produits avec ceux des autres officines du pays. Sa vive affection pour Érasme, qui était son hôte quand il passait à Louvain, se démontre par la publication de plus de cinquante ouvrages de l'illustre polygraphe. De ce chef, il n'a pas peu contribué à 'la renaissance des lettres et à l'expansion des idées antiscolastiques. On lui a donné le nom glorieux à* Aide des Pays-Bas^ et ce nom lui revient en toute justice.

Après les ateliers d'Alost et de Louvain, d*autres ateliers s'ouvrirent en Belgique jiuqa*à la fin du siècle : plusieurs ont produit de beaux livres, mais aucun de leurs <lu^ecteurs ne se montre à nous avec Tauréoie de Martens. 11 suffira donc de jeter ^ coup d'œil «fpide sur leurs travaux.

levain. — Avant J. de V^Testphalie, un autre Allemand s'était fait inscrire sur 1^ registre de Tuniversité, le 30 juillet 1473. Mais il n'imprima qu'en 1476 et quitta ^^nen 1478. Après lui, vinrent Conrad Braem (de 1475 à 1481), qui imprima **Pt à huit ouvrages, Conrad de Westphalie (1476), Hermannus de Nassou et RodolphusLoeflfs-de Briel (1483-1484), Égide van der Heerstraetcn (1485-1488) et *^QisdeRavescot(1488).

Bruges, — Colard Mansion, d'abord calligraphe travaillant pour la maison de "^ïgogne, imprime à Bruges, vers 1475, le Jardin de dévotion, un livre en fran- ^ le premier probablement qui ait paru dans cette langue. Jusqu'en 1484, il a Produit environ vingt-deux ouvrages, tous très-curieux, très-recherchés, pour la pliipart produits littéraires du temps et qui se trouvaient en manuscrit chez le duc

de Bourgogne ou le sire de la Gruuthuse. Quelques livres de Colard MaïuioBWl de vrais chefs-d*œuvre d'art et de bon goût. Vers 1480, on signale encore à Brifti un pauvre petit imprimeur, nommé Johannes Brito, qui a été Tobjet de gmèn discussions.

Bruxelles. — Les frères de la vie commune, établis à Bruxelles depuis ilM, y fondèrent le premier atelier typographique, le seul que cette ville ait eu pendiBlli xv^* siècle. On connaît d'eux de vingt à vingt-cinq publications, toutes assez eo» dérables, appartenant, pour la plupart, à la théologie ascétique ou k la liUir|ie. Celle qui porte la date la plus reculée, le Spéculum conscientie quod OnotoM» dicilur, un gros traité de théologie morale et de droit canonique, par Arnold de Gheyloven, augustin de Groenendael, porte la date du 27 mai 1476. U est très-probable que plusieurs de leurs impressions sont plus anciennes. Nous en avooiii une qui porte, en écriture du xv« siècle, la date de 1473.

Audenarde. — Arnaud de Keysere y fonda une imprimerie dont le plus lOM produit connu porte la date de 1480. Après avoir exécuté trois ou quatre caYrifS en cette ville, de Keysere transporte son officine à Gand, en 1483.

Anvers. — Cette opulente cité n'eut un atelier typographique qu*en raniéi 1482. Mathieu van der Gocs publia, de 1482 à 1491, une bonne vingtaine delim presque tous de théologie ascétique. Après sa mort, son imprimerie passe k Go» vaertBackqui édite, jusqu'en 4511, une trentaine d'ouvrages, parmi lesquebn distingue quelques romans de chevalerie en flamand, qui comptent parmi kl hautes raretés de la bibliophilie.

Nous avons dit que Gérard Leeu s'établit à Anvers en 1483. De 1484 à 1493, ily publie environ cent sept ouvrages, dont soixante-douze en latin, trente-deux et flamand, deux en anglais, un en français ; ouvrages appartenant à plusieurs bruches des connaissances humaines. Après sa mort, avons-nous dit, sesaibini furent reprises par Th. Martens et son matériel fut cédé- en partie à Adrien i« Liesvell, qui apparaît en 1494 et imprime, jusqu'en 1500, une demi-doozaiBi d'ouvrages religieux.

On compte encore à Anvers, au xv" siècle, Henricus die Lettersnider, quipiblie, vers 1496, quatre ou cinq ouvrages, parmi lesquels le Wapene Matt^,^ Maerlant; Roland van don Dorpequi édite, en 1497, avec les types de l'atelier précédent, la vieille et curieuse Aider exceUenste Cronycke van Brabant; Eckert van Homberch, venu de Delfl à Anvers, vers 1498, e^ qui fournit une carrière as» brillante ; Nicolas Leeu qui a signé, en 1487 et 1488, trois ou quatre OQvrapi imprimés avec les types et la marque de Gérard Leeu.

Gand. — En 1483, Arnaud de Keysere vint d' Audenarde à Gand, où il imprin» jusqu'en 1487. On connaît de lui sept ou huit ouvrages presque tous d'une graode rareté.

Cet aperçu très-succinct de rétablissement et de la diffusion d< l'imprimerie dans nos provinces au xv* siècle se résume dans * bilan suivant : de 4473 à 4500, vingt-cinq typographes environ ot exercé leur industrie en sept localités de la Flandre et du BrabaJ et ont édité environ sept cents ouvrages. Ces incunables, comme c appelle les livres de Timprimerie au berceau, forment numérique

HISTOIRE DE L*IMt>Rl)IERlE ET DES LIVRES. 329

ment ooe belle quotité dans rensemble de la production de Tépoqiie; ils peuvent lutter souvent, comme art, avec les créations de la presse dans les autres pays, mais quant à Timportance littéraire, ils doivent céder tout naturellement la palme aux produits des ateliers dltalie, d'Allemagne et de France, qui puisaient h des sources plus ridies et qui avaient l'avantage de la priorité d'installation ainsi qo^on marché plus vaste.

Seizième siècle. — Au commencement du ,xvr siècle, Télan typographique se modéra dune manière très-sensible. Peu d'ateliers noaveaux s'ouvrirent et, parmi ceux qui existaient, celui de Thierrv Marteos seul continuait ses opérations avec une certaine ardeur. Pendant le premier quart du siècle, une douzaine d'imprimeries fonctionnaient en Belgit[ue et la plupart même ne brillaient pas d*un vif éclat.

Le même phénomène se produit ailleurs. La grande invention avait jeté dans le monde tous les chefs-d'œuvre de l'esprit humain, tous les trésors du génie de la Grèce et de Rome. Il fMui aux intelligences, peu préparées, uncertain temps pour se nourrir de ce splendide festin. Il y eut donc un moment de repos pendant lequel les éludes élevèrent le niveau du savoir, tant parmi les érudits clairsemés encore, que parmi les masses ignorantes soudainement appelées à la vie de la pensée. Avant de pouvoir tirer profit de ces éléments inattendus de progi'ès moral, avant de s'essayer à produire des œuvres qui ne fussent pas indignes de venir après ces choses Sublimes, la génération contemporaine du grand bienfait de Timprinaerie avait à se recueillir et à apprendre.

Elle le fit avec ardeur. Jamais l'esprit humain ne fut en travail

autant qu'à cette époque mémorable. L'avènement du livre avait été

Wmme un jet de lumière apparaissant tout à coup dans les ténèbres

du moyen âge et venant dégager l'horizon. Cet éblouissement subit

^péra, en même temps, chez Thomme, le réveil de ses facultés im-

niortelles : il sentit renaître en lui l'indépendance, la spontanéité

S^'opprimait un système social presque partout hostile au libre

développement de l'être intellectuel.

tn immense événement fut le résultat premier de cette renaissance : la réforme.

•fens les provinces flamandes des Pays-Bas, où de nombreux "ûmaiilstes, sortis des écoles des frères de la vie commune, bâtaient en brèche la vieille scolastique, et où le peuple se nourrissait iH. 22 .

de la lecture d'une foule de petits livres empreints de mystidsme,!» esprits étaient merveilleusement disposés à prendi:e part à une agitation religieuse. Les doctrines de Luther se sont introduites de bonne heure en nos contrées. Le 7 novembre 4519, on brûlait i Louvain des écrits du moine de Wittemberg. En 4520 paraissait! Anvers : Die thim geboden Gods ghepredickt ende bescreven door ém doctoer der heyligher scriftuei^en heie Martinus Luther. Le 25 janvier 4524, Eckert van Homberch éditait le Tessaradecas^ un recueil de quatorze instructions de Luther, livre qui fut vivement poursuivi pr l'autorité; le 43 mars, Claes de Grave lançait Den ouden Adam,em excellente j dévote, godlyke théologie, etc., door M. Luther, un ouviap du même genre que les ouvrages mystiques en vogue et qui appanÉ encore avec le privilège et l'approbation.

Mais ces publications et d'autres du même esprit attirèrent lei rigueurs du pouvoir. Le 43 juillet suivant, on en faisait un auteda-fé à Anvers, en vertu du fameux édit porté par Charles-QuiM contre Luther, le 8 mai 4524, édit qui condamne au feu lesoBvrages de l'hérésiarque et de ses adhérents et déclare coupables de lèse-majesté" tous ceux qui oseraient imprimer, lire ou colporter l'un ou l'autre de ces livres défendus.

Ce fut là le premier des grands édits sur la presse, celui qui inaugure les persécutions dirigées contre le livre sous les divers gouvernements qui-ont régi la Belgique.

Cet édit fut appliqué sévèrement. Le 45 février 4522, le magistrat d'Anvers y ajoute la confiscation des biens et des châtiments personnels : au mois de mai, on jette au feu tout ce que l'on peut saisir de livres entachés de la nouvelle hérésie. Ces rigueurs n'arrêtent point la propagande des idées. Le 24 septembre 4522, Luther publie ses traductions du Nouveau Testament : au mois d'avril de l'année suivante, Adrien van Bergen en imprime, à Anvers, uneve^ sion flamande, dont il est obligé de donner une édition nouvdle quelques mois après. D'autres éditions se succèdent rapidem^^ chez Hans van Roermond, Mathias Crom, Jan van Ghelen, Jac(* Van Liesvelt, Michel Hillenius, etc.

L'imprimerie entrait dans une phase nouvelle : elle devenait un instrument de combat; mais, en s'attaquant aux pouvoirs établis, elle dut subir toutes les conséquences de son action et s'attendre aux plus dures épreuves.

Le bras de l'empereur était le bras de l'Église., Après avoir, ^ l'édit de 4524, porté sans succès le premier coup aux nouvelle^

HISTOIRE DE L'IMPRIMERIE ET DES LIVRES. 33i

Mées religieuses répandues par le livre, il ne cessa plus de frapper. Le 14 février i524, Charles- Quint, dans un nouvel édit, fait défense aux imprimeurs, libraires, imagiers ou autres, de publier ou de vendre des livres qui ne soient pas approuvés par la faculté de théologie de l'université la plus proche. Ce fut là le point de départ delà censure ecclésiastique aux Pays-Bas.

Hais cette ordonnance n'arrêta rien et ne produisit que de nouirdles victimes : pour opposer une barrière à l'élan irrésistible de b pensée humaine, il fallut essayer bientôt de rigueurs de plus en jrfus fortes. Le dénombrement en devient difficile, tant les ordonnances s'accumulent. Le 24 septembre 1525, défense de vendre des livres imprimés à l'étranger ou non revêtus d'approbation ; le 24 mars 1827, rappel des ordonnances de 1522 et 1524; le 18 janvier 1528, nouveau rappel,* avec cette addition que tout livre devra porter le nom et la marque de celui qui le publie.

Malgré les terribles sanctions de ces édits, le bannissement, la confiscation, ou la mort, ils sont inefficaces, il faut renchérir. Alors on voit paraître le grand placard daté de Bruxelles, 14 octobre 1529, le type du genre. On le trouva même si parfait, que depuis on le renouvela en 1531 et ensuite tous les semestres.

Dans œ placard, l'empereur rappelle qu'il a requis « Nostre S. Père le Pape de

<^Hlter et commettre inquisiteurs en ce pays. » Ce qu'il fil. Nonobstant cela, les

^ttnplices et fauteurs de l'hérésie se multiplient journellement. Désirant y pouvoir

''CBédier et pourvoir, il est statué et ordonné : « que nul ne s'advance doresna-

^^ imprimer ou escrire, faire imprimer ou escrire, vendre, acheter, distribuer,

Kie, garder, tenir soubz soy ou recepvoir, prcscher, instruire, soutenir ou def-

"fi*lre, communiquer ou disputer publiquement ou secrètement, ou tenir con-

^«ûticules ou assemblées de livres, escriture ou doctrines, ou aultrcs d'icelles

^qW faictes ou faire pourroyent M. Luther, J. Wycleif, J. Huus, Marsilius de

^*Iua, Ecolampadius, Ûlr. Zwinglius, Phil. Melancthon, etc., ou aullres auc-

^^ws de leur secte, hérétiques, etc., ny aussi les Nouveaulx Testamens impri-

■^ par Adr. de Berghes, Christ, de Remonde et Joannes Zel, pleins des héré-

•*tt luthériennes ou aultres, et pour telz reprouvez par la faculté des théologiens

^ raniversilé de Louvain. »

l«es possesseurs de semblables livres sont obligés de les remettre « es mains ^0 chef-oflScier de la prochaine bonne ville, pour par iceulx officiers les faire con- •^meret brusler par le feu, à peine pour les contrevenants aux présentes ordonnées, à sçavoir, ceulx qui par ci-devant auroyent commis aulcunes erreurs, les *^yeût abjurées et seroyent recheuz d'estre exécutez par le feu, et les aultres, à *Ç*^oir, les hommes par l'espée et les femmes par la fosse, et la mise de leurs '^^ï pour exemple, en mémoire, sur une estache et oui ire ce, à peine de confis- ^tionde leurs biens. »

^ cette odieuse nomenclature de pénalités, un édit de rappel du 7 octobre 1531

ajoutait encore, pour les imprimeurs qui publieraient un livre entacbé dliMi sans Tapprobation de Tordinaire, qu*ils pourraient « estre eschaffauldesetoolto ce, ou d*estre flestriz d*ung fer chauld en forme de croix si vivement que Tob ■ le pourra effacer, ou d*avoir ung œyl cresvé, ou ung poing coppé, k la discrélîi du juge. »

Ces ordonnances, avons-nous dit, se renouvelèrent sans eesu avec ou sans modifications, jusqu à la fin du règne de Qiariei Quint. On compte celles du 10 juillet 1535, du 22 septembre iSM du 12 septembre 1543, du 18 septembre 1544, du 9 mai et di 30 juin 1546, du 29 avril et du 25 septembre 1550.

On comprend la situation de Timprimerie et de la librairie soa Tempire de ces édits « plus escriptz de sang que d*encre, » conun disait Jacques de Wesenbeke. Les livres étalent saisis efbrûléi ceux qui les publiaient couraient le risque de la vie, et Ton comial plus d un exemple de cette terrible justice. Hans van Bergen, déo pité à Délit, en 1542, et Jacob van Liesvelt, mis à mort en i5(S sont les plus connues de ces tristes victimes.

Néanmoins, telles étaient la richesse et la force vitale du pays qœ malgré toutes ces difficultés et tous ces dangers, il s'ouvrit en Bel gique, depuis 1525 jusqu à la fin du règne de Charles-Quint, plffi de cinquante ateUers, dont trente-cinq environ à Anvers.

Nous citerons, à Anvers: Guill. Vorsterman, qui apparaît vers 1500 et devitf Tun des plus féconds typographes de cette ville. 11 édita des chroniques, deslrrrs populaires, des nouvelles à la main, des Bibles en flamand, et, sans doute aoB plus d'un ouvrage prohibé ; — Michel, puis Jean Hillenius ou van Hoochstneia (de i506 à 1546). Cette officine, très-aclive, a édité plus de trois cents ooVrag0 et semble avoir eu des rapports avec Th. Martens. Ainsi, elle travaille pendu les années où celui-ci ne produit rien et elle ne prend son essor qu'après b cessation des affaires de Martens à Anvers, en 1512. Les Hillenius ont mis an jos plusieurs ouvrages d'Érasme et de ses adversaires, de Titelmans, de Gnapheas,<)i Macropedius et autres humanistes des Pays-Bas, quelques ouvrages en fraBÇii devenus de hautes raretés, etc. ; — Adr. van Berghen, Nie. Gravius, Jean vaD^ len, Jean Graphseus, qui publia plusieurs ouvrages de poésie latine, entre aulres,d son frère Corneille et de Musius, de Delfl ; — Martin Lempereur, qui exéeouei 1529-1530, la Sainte Bible, «i françoys, la première qui ait vu le jour enBelgiq'H et quelques ouvrages en français, qui sont recherchés. Jean Steels (1533 ii 4575 sa veuve et ses héritiers. Une officine très-importante de librairie est celle de Ja< ques van Liesvelt, qui édita des Bibles en flamand depuis 1526, et publia, en 15t^ la première édition du premier livre des poésies d'Anna Byns ; — Martin Nuyts€ Nulius, qui fonda, vers 1540, une maison célèbre parle nombre, rimportanceeli variété de ses publications. Cette maison fleurit pendant un siècle et ne le oie qu*à celle de Plantin ; — Gilles Coppens, de Diest (vers 1540), qui édita plusttf le Theatrum orhis ièrrarum d'Ortclius, le premier atlas géographique digne de I

MISTûm£ HE L HMPKISIEHIË ET DES LIVKES.

Sâ'é

l Uviiic] BomberK, Jean Verwithagcu au Wilhâgius, Tilrnan SusatQ, le 1 ■ IV mcit'û lie uos imprimeurs de musique, Pierre Beilems, Jeau van Loe, ddileur jl H-rbicr de tkïdoDée, Arnold Birknum, elc, etc.

Paifiinlloyl te régne de Charles-Quint, Bruxelles ne compta qu'un seul impH- ER^ur, V;ïii di*r Nûût, dont on ne connaît qu'un très-petit nombre de publications d4'veime« d*une excessive rareté. Il y avait, en outre, un libraire, Marc Martin,

\ (iiijd, !i*éublrcL'iït, sous ce rè^nc^ sept ou huh officines, dont une seule acquit df nmporyncc« edie que Tonda Camille Manilius en 1548, et qui continua pendialuD fièclc. Les autrt^s ne sont conmies que des bibliophiles»

k UuvàJi), la ville universitaire, le commerce des livres devait fleurir. Les éociÈi ïradttïons de Th. JMartens furent continuées pur son successeur Rutger Resfï:.nt.Vii-!r^t*>^ ami d'Érasme, professeur de grec au coïk^ge des Trois Langues fil jii iJi> hofumes les plus remarquables de Tancienne Atma jrtûUr, 11 publia de ibreui ouvrages classiques et s^associa avec Etarth. de Grave. Celuî-cî est connu Il Bîlile, revue par les théologiens de Louvain, qu*il imprima en latin, eu fran-

ii»pl en flamand, par ordre de Charles-Ùuînt, Après eux, il faut citer Toflicine letVi-lpius, qui subsista pendant un sîMe cl demi (1530-1680) à Louvain, £i t%% Bruxelles. Les autres typographes, Servais Sassenus, Jac. Batenius, Mar- DaRâlarius, etc., ne méritent qu'une mention»

hodttit cette môme période, it y eut un imprimeur â Haliues, P. Drâecx;^ l^f«», Jean l>estrt% ci îi Biuctie» G™* Cordier. U suftit de les citer.

UJKiane plantmknm. — En 1535, en celle anaée mémorable où Ibflt^-Quiiit transmit nos belles provitices aux mains du sombre flulippe H, s'ouvrit modeslemenl à Anvers un atelier iypogi*aphique la gloire devail égaler celle des ateliers les pltls fameux. En te année, uti Tourangeau, Christophe Planlin, offrit a le premier ktirgeon sortant du jardin de son imprimerie « Jt M* Gérard Graraijp receveur de la ville. C'est un petit livre en italien et en franis, intilulé : La imUtuimie di unu fanciutla nata nobUmejite linsliluliofi d*une fille de noble maison, w un petit livre qui ne it présager en rien la future grandeur de l'établissement d'où il sorti.

Fendant quelques années, Plantin sa borne à imprimer des clas- •iques, revus et annotés par Th. Pulmannus, Victor Giselinus et lUlra^ critiques, quelques volumes de médiocres poètes français, iktionnâires latins, français et flamands, des Bibles re visées docteurs de Louvaiu et des livres de liturgie. Ces derniers iorent pour lui une source de fortune, lorsqu'il obtint, en 1565 «lea 1568, le privilège d'en fournir TEspagne et les possessions f*î*ûutre-mer.

iJaiis la prospérité, il devient pour les auteurs un vrai Mécène ; il ^le des travaux d'érudition dont le placement se fait à la foire de

Francfort el qui se répandent en Europe. En 1566, au commence ment des troubles, rétablissement plantinien produisait, en on seule année, plus de cinquante ouvrages différents.

Ainsi que la plupart de ses confrères, il eut maille à partir ay( la- censure. En 4561, l'inquisiteur Josse Ravesteyn, dit Tiletanus, dénonçait à la gouvernante pour un livre hérétique imprimé dai ses ateliers et faisait fouiller sa maison. Son nom figure encore si une liste de suspects, dressée un peu plus tard. Mais l'homme éts habile : il se tira de ce mauvais pas comme de bien d'autres. Peu ( temps après, il était si bien rentré en grâce qu'il put, avec faide d gouvernement, commencer la vaste entreprise d une Bible polyglot en quatre langues : hébreu, chaldéen, grec et latin.

Cette polyglotte fut l'événement de la carrière de Plantin. Cepei dant, s'il en retira de la gloire, il faillit y trouver la ruine, le goi vernement ayant exigé la rentrée de ses avances d'argent avant qi l'ouvrage eût pu être mis en vente, par suite de lopposition 4 inquisiteurs d'Espagne. Cette Bible se compose de huit volumes ii folio : elle parut entre les années 1568 et 1573, et, si Ton tie compte du temps où elle vit le jour, on ne peut assez admirer l'énerj et la puissance de l'imprimeur. Avec la polyglotte dite de Ximen et celle de Wallon, elle comptait, jadis, parmi les merveilles du Ir vail humain : aujourd'hui, elle ne satisfait plus la science.

Nous ne pouvons donner ici une idée des productions de rofficii plantinienne et des services rendus aux lettres par son illustre fo dateur. Nous avons recueilli les titres de plus de treize cei ouvrages sortis de ses presses entre les années 1555 et 158! grands et [magnifiques livres de liturgie, Bibles, Pères de TÉgliJ classiques, historiens, poètes, etc. Cette vaste nomenclature co tient une part considérable du travail intellectuel des Pays-Bai cette époque.

Lors du siège d'Anvers par Farnèse, en 1584, Plantin se retin Leyde et y fonde une imprimerie qui fut continuée par Fr. Rapheli gius, son gendre, et qui fournit aussi une belle carrière. De ret< •à Anvers en 1585, Plantin meurt en 1589. Son établissement re^ à Jean Moerentorf ou Moretus, qui avait épousé Martine, la secoi fille de Plantin. Ses deux fils, Jean et Balthazar, lui succèdent : 1618, ce dernier reste seul propriétaire de l'officine. Élève de Jui Lipse, Balthazar était un homme lettré ; il dirigea activement Y primerieet en porta les forces productrices jusqu'au chiffre deq rante-huit presses, ce qui était énorme pour le temps. Il moi

célibataire en 1641, et rétablissement passa à son neveu, Baltha* flrfl.

Phiuppe il — L'imprimerie avait salué l'avènement de ce prince par deux beaux livres : La très-admirable, très-magnifique et triumphante mtie du prince PhUipes... en la ville d'Anvers, anno 4549, parCor- Bille Grapheus, avec gravures de Pierre Coeck, d*AJost, imprimé éei Gillis Van Diest, et El felicissimo viaje, etc., le très-heureux Tojage du prince Philippe, de ITlspagne aux Pays-Bas, par Christoval Ctlvete de Estrella, ouvrage précieux à cause des renseignements qu'il donne sur les arts, les mœurs, la richesse des vieilles communes belges. Il parut en espagnol, chez Martin Nutius, in-folio, en 1552.

Mais les vœux formulés dans les innombrables inscriptions, ehronogi^mmes ou panégyriques, dont on fut si prodigue dans ces joyeuses entrées, ces vœux ne se réalisèrent point. Les esprits pré- TOjanis n'acceptaient pas les espérances aflBrmées, car les mêmes officines qui publiaient les ouvrages les plus adulateurs lançaient dans le public, malgré l'extrême sévérité des édits, une foule de pièces anonymes contre l'Église et le pape, contre l'empereur dqyenu «duc, et contre son héritier, dont on avait pu apprécier déjà le cvactère tout à fait antipathique. Nous savons, par les placards et par d'autres documents officiels, l'action que ces pamphlets exerçaient sur les masses et la colère qu'ils faisaient éprouver au pouvoir; mais, supprimés avec rigueur, ils forment pour nous une littérature très-peu connue. De loin en loin seulement, l'une ou l'autre de ces expressions du sentiment public sort de quelque cachette séculaire et tombe entre les mains des bibliophiles.

Pour donner une idée de Taudace de ces pièces et de Tesprit qui souvent y est semé à pleines mains, nous voudrions analyser une brochure imprimée, croyons- WQs, chez Martin Nuyls, à Anvers, dans le dernier tiers du règne de Cliarles- Qoint et intitulée : Eene scoane ordinanlie, etc., c'est-à-dire : Une belle ordonnance ^ ffojtt d'une expédition commune à entreprendre contre le Turc, ordonnance fictive organisant une croisade avec une armée de 540,000 hommes, levés et payés au moyen d'une taxe sur les couvents et paroisses, taxe devant produire iî,535,07i florins, de sorte que, tous frais payés, « il resterait encore en caisse ^7^>000 florins et 4 sous. » Mais cette analyse sort de notre cadre.

L'étude de ces pièces nous donne la genèse logique de l'explosion ^e 1566. La réforme, exclusivement religieuse dans lorigine, se |r^Qsforma bientôt en révolution politique, partout oh le prince Mentifia sa cause avec celle de l'Église. La désaffection du trône devait suivre celle de Tau tel. Les premiers pamphlets s'attaquaient

uniquement aux dogmes et au pontife romain; après les premien édits contre la réforme, ils osèrent prendre à partie l'empereur lûmême, et quand celui-ci, lassé du sceptre, effrayé peut-être deFa»dace de cette puissance nouvelle que ses plus terribles édits ne jwvenaient point à vaincre, transmit l'Espagne et les Pays-Bas I Philippe II, on peut dire que la presse avait déjà fortement {Nréveoi lopinion publique contre le nouveau souverain.

La guerre par le livre devint de plus en plus vive. Les sessions di concile de Trente, ouvertes en 1545, arrêtées, puis reprises es 1551, donnèrent lieu à de nombreuses pièces officielles, à des défenses et des apologies auxquelles les réformés répondaient par des Confessions (CAugsbourg et des pasquilles contre Tinquisition. VifOment traqués, les imprimeurs n osaient guère prêter leurs pressa pour les livres défendus ; alors s'établirent, au delà des frontières, à Wesel, à Norwich, à Dillenbourg, etc., ou dans le pays même,CB quelque domaine écarté, de véritables ateliers de publications claûdestines. La correspondance de la duchesse de Parme avec Henri de Brederode, en 1566, donne de curieux détails sur l'imprimerie qoa ; celui-ci avait établie en son château de Vianen. 1

L'arrivée du duc d'Albe n'arrêta point cette guerre de la presse. La mort des comtes d'Egmont et de Bornes, les procès intentés à Jacques de Wesenbeke et au comte de Lalaing-Hoogstraten, la proscription du prince d'Orange, la tyrannie du terrible proconsul flreol naître de hardis manifestes, de vrais appels au peuple. Il fallut recourir à de nouvelles rigueurs.

Les édits de Charles-Quint de 1546 et de 1550 semblaient poitftant avoir épuisé l'arsenal des pénalités. Ces édits sont accompagnés de catalogues des livres défendus et de la liste des livres autorisés dans les écoles : nomenclatures devenues d'un haut intérêt pour l'histoire littéraire, mais en même temps documents de la plus étrange intolérance. Plus de quatre cents ouvrages y sont proscrits.

Philippe II s'était empressé, dès 1556, de confirmer les lois draconiennes de son père : il le fit de nouveau en 1560, en 1566 el en 1568. Enfin, en 1570, par un édit plus célèbre que les autres, il réglemente les professions d'imprimeur, de libraire et de maftre d'école; il institue un prototypographe, « pour avoir surintendance sur le faict d'imprimerie, » et nomme à ces fonctions Christophe Plantin. Les autres dispositions de Tédit règlent, pour la première fois, la concession du privilège ou congé d'imprimer un li>Te, l'examen et Tapprobalion des ouvrages par l'évêque ou son Aéléffi^

HISTOIRE D£ L'IMPRlMËKlIi: ET DES LIVRES. 337

c suivant ce qui a esté ordonaé par le S. concile de Trente. » Et pour couronnement de Fordonnance : « Nous voulons et ordonnons fue les maisons esquelles Ton aura presché ou enseigné fausses doctrines, rebaptisé, ou fait aultre quelconque exercice de sectes, ou esquelles on aura imprimé aucun livre contenant fausse et reprouvée doctrine soient abbattues et ruinées par terre, sans respit ou dissimulation, sans les pouvoir après réédifier, ne fust de nostre congé ei licence expresse. »

Tous les successeurs du duc tfAlbe firent paraître des ordonnances du même genre, confirmant les dispositions établies ou y ajoutant des dispositions nouvelles, telles que la délivrance dun ou de deux exemplaires, reliés en cuir, aux bibliothèques royales de Bruxelles et de l*Escurial. Il serait fastidieux de s'engager dans ce dédale législatif qui se complique encore des règlements particuliers imposés par les villes.

L'imprimerie dut souffrir de ces lois autant que des événements. On doit reconnaître, en effet, que pendant toute la période des troubles, il ne se produisit en Belgique qu'un petit nombre d'ouvrages ayant quelque valeur pour là science ou pour l'histoire. Les relations, les mémoires, les recueils de documents concernant cette époque mémorable ont presque tous parji hors du pays : c'est à l'étranger qu'écrivent et publient La Popelinière, Conestaggio, Mendoça, Comejo, Chapuys, Aitsinger, Campana, Petit, Strada, P. Bor, Van Meteren, Bentivoglio,etc.

Eo dehors de quelques produits de Tofficine plantiaiennc, on ne peut citer qu*un P^t nombre de grands ouvrages nés au milieu de Tagitation : la Description de ^^'^k Pays-Bas, de Guicciardini, qui parut simultanément en italien et en français, chez G. Silvius, k Anvers, en 4567 et plus tard, en 1582, chez Planlio, ou- ^^^^ très-précieux pour ses descriptions, ses cartes et ses plans; puis les œuvres ^épigraphie et de numismatique d'Hubcrl Goitzius, dont le premier volume, les portraits des empereurs romains, parut, en 1557, chez Gilles Coppens, deDiest, un 'ypographe-éditeur dont les services ne sont pas suffisamment appréciés et qui P'ïiJiia, comme nous Tavons dit, de 1570 à 1573, diverses éditions du Theatrum ^^terrarum d*Abr. Ortelius. Les quatre autres volumes de Tœuvre de Gollzius ^Qt sortis de Timprimerie que ce savant artiste établit à Bruges sous les auspices ^Gui et de Marc Lauwereins, seigneurs de Watervliet, de vrais Mécènes de la *^coceen ce temps-là. Mentionnons encore les Œuvres poétiques de Jehan van ^f^ooi et son Olympiade qui parurent à Anvers, chez Gilles van den Rade et ^el Vervliet, de 1579 à 1594.

Albert et Isabelle. — A la fin du xvi* siècle, le magnifique hérite de Philippe le Bon était divisé. Les sept provinces du Nord,

libérées da joug espagnol, formèrent bientôt cette étonnante réph blique des Provinces-Unies, dont la prospérité est une des grandes preuves historiques des bienfaits de Tindépendance et de la liberté. Là s'ouvrit luniversité de Leyde, le refuge de la science affiraiûihie; là s'éleva une puissante industrie typographique, qui s'enorgueiDil bientôt des noms d'Elzevier, de Blaeu et de tant d'autres.

Épuisées par la lutte, les provinces méridionales étaient retombéei à l'Espagne; car, au bout de quelque temps, les esprits perspicaeei avaient dû s'apercevoir que l'administration, en apparence indépeih dante, d'Albert et dlsabelle, n'était qu'un vasselage déguisé. Sous lear règne, un grand changement économique se produit.

La fermeture de l'Escaut anéantit le commerce d'Anvers; la guerre, en quelque sorte perpétuelle, arrête les relations avec les pays limitrophes et le développement de la richesse dans nos commonei laborieuses; les incursions ou les intrigues des Provinces-Uniei s'opposent à tout réveil d'activité. Sans débouchés, sans issues d'aucun côté, presque sans communication avec le dehors, la Belgique en fut réduite à vivre d'elle-même, des produits de son te^ ritoire. il n'y a donc plus d'autre fortune que celle de la propriété du sol, propriété soumise au privilège féodal et ecclésiastique. U population ouvrière, d'où sortait autrefois la forte bourgeoisie des communes, doit s'expatrier, ou végéter de l'industrie restreinte au marché local.

D'un autre côté, la pieuse condescendance des archiducs fit prendre à la mainmorte une extension considérable : les églises et les couvents possédèrent peu à peu presque tout ce qui n'appartemit pas au domaine du prince ou aux grandes familles. Ce changement dans la production et dans l'assiette de la richesse, joint à la législation sévère au moyen de laquelle la réaction politique arrêtait tonte expansion de la pensée, eut pour l'industrie typographique les conséquences les plus graves. Ne pouvant plus servir d'auxiUaireM progrès, elle devint l'esclave du pouvoir, qui en transmit au clergé h tutelle absolue.

Une ordonnance des archiducs, du H mars 1616, devint la loi qui pesa sur le livre pendant plus d'un siècle et demi. On ne pouvait devenir imprimeur ou libraire « sans advis de l'évêque et de ceux du magistrat de la ville. » On ne pouvait publier une seule page sans qu'elle eût été vue par les « visiteurs à ce commis ou à commettre par nous et par l'évêque du lieu... Les visiteurs devront tenir registre de tous les livres qu'ils auront inspectés, et de chacun d'enx

HISTOIRE DE L'IMPRIMERIE tT DES LIVRES. 339

retirer un exemplaire pour être mis et conservé en quelque lieu pu- Uie, à choisir par l'évéque... Les visiteurs pourront, en tous tems qoe bon leur semblera, visiter les boutiques, chambres et autres places des maisons des imprimeurs et libraires et de leurs sup- ]Kttts,etc. »

Les effets de cette ordonnance furent aussi désastreux pour le déTeloppement intellectuel que ceux de Tédit perpétuel de 1621 pour le développement de la richesse publique. Il n'y eut plus que des typographes publiant les pièces officielles ou vivant de la clientèle des couvents et de l'université. A Louvain et à Anvers, l'industrie eut encore quelque prospérité, mais, dans les autres villes, la stagnation fut complète. « A Gand, depuis 4585 jusqu^en 1612, dit M. Vander Haeghen dans son vaste travail sur la bibliographie de cette ville, Gauthier Manilius fut presque le seul typographe, et il y z lieu de s'étonner du petit nombre de productions sérieuses sorties de son ofBcine. »

Pendant le cours de la lutte avec l'Espagne, Timprimerie s'était introduite encore dans deux villes : à Mons, en 1580 et à Malines, «1581 ; mais, pendant tout le règne d'Isabelle, elle ne s'établit qu'à lanittr, en 1618, où l'on voit s'ouvrir un pauvre petit atelier à fosage des jésuites.

Les produits de la presse, sous le régime espagnol des archiducs tt de leurs successeurs, tranchent complètement avec ceux de r^poque précédente. Une littérature nouvelle domine. On voit apparttre en foule des livres à images ayant pour but de répandre dans tauesles classes les enseignements de la religion, et d'instituer ou f^tretenir des pratiques de piété. Ces livres, auxquels travaillaient touvent les illustres graveurs de cette école que Rubens animait de wn souffle, étaient des histoires bibliques, des vies de Jésus et des 82inl8, des catéchismes, etc. Nous y distinguons, par exemple, le Omstdyken Waerzeggher, du jésuite J. David (Anvers, 1602), un livre étrange, enseignant la foi et la vertu au moyen de cent trois jolies estampes énigmatiques, accompagnées d'un texte qui ne les clique pas; la ScAo/a Cordis, de Benoît Haeften (Anvers, 1629), *vec cinquante-deux figures ; Necessaiia ad salutem scientia, du i&uiie Josse Andries (Anvers, 1654), sorte de catéchisme avec ^tompes dessinées par A. Sallàert, E. Quellin, Ant. Van Dyck, etc.; Perpétua crux sive paèsio J. C. (Anvers, 1649), avec quatre-vingts "gures des mêmes, gravées par Chr. Jeghers. ^is, dans un ordre plus mystique, nous signalerons les Pia

Desideria, du jésuite Herman Hugo, avec gravures de Boetios i Bolswert. Ce livre jouit d'une vogue extraordinaire : depuis sot apparition à Anvers, chez H. Aertssens, en 1624, on en compiea moins vingt éditions en latin et autant en français, en flamand, m allemand, etc. Dans cette classe, on peut ranger encore : Dufflm en Willetnynkens Pelgrimagie, etc., connu en firançais sous le tin de Voyage de Columbelle et Volontairette, livre très-joliment illosbi par le même Bolswert, et surtout les ouvrages si populaires di poète flamand, le jésuite Adrien Poirters : Het masker van de weré afgetrokken, Anvers, 1645; Het Duyflen in de Steenrotse, Anven, 1657 ; Den Spieghel van Philagie, etc., ouvrages dont les éditions se comptent pas.

Nous avons ensuite les livres diEmblèmes. Pendant plus dk siècle, ce genre de livres fut en vogue partout; cependant, toutepth portion gardée, c est en Belgique qu il a prospéré le mieux. Planlil réimprimait déjà les Emblèmes d'Alciat, de Paradin, de Samboctti de Junius, etc., en diverses langues, mais cest depuis les archidod que la culture de l'emblème devint une sorte de passion. Peintra, graveurs et rimeurs s'associaient pour créer ces recueils, qui Msaient les délices des beaux-esprits du temps et que les bibliophile! d'aujourd'hui recherchent encore, mais dans lesquels on ne pert voir, en somme, que des gaspillages de talent et d'inutile ingéniosité. Ce sont des produits logiques de la compression intelle^ tuelle.

Les plus célèbres des ouvrages de ce genre sont ceux d'Otto Venius, le maître de Rubens, qui produisit Amorum embUmal^ Anvers, 1608; Amoris divini emblemata, Anvers, 1615; Emblemali à principibus... usurpanda, Bruxelles, H. Antoine, 1624; Q. HorM emblemata, Anvers, etc.

Après ces recueils, il faut citer ceux d'Ant. de Bourgogne, doj» de Saint-Donatien, à Bruges : Linguœ vitia et remédia, emblenu^ expressa, Anvers, 1631 et Mundi Inpis lydius, Anvers, 1636, a^ gravures d'André Pauwels. Citons encore : Typtis mundi^ Anvers, 1627, avec gravures de CoUaert et de Ch. Mallery, les Effets dken de l'amour divin et humain richement exprimez par petits emW^» Anvers, 1629, album qui eut plusieurs éditions, Sedighe sinnebeelii'^ op den aert dei' dieixn, par Vander Borcht, Bruxelles, 1642, etc.,^

Plusieurs de ces ouvrages sont remarquables par l'art typogrtphique et font supposer une certaine activité commerciale : on ea voit, en effet, qui sont publiés en diverses langues et dont on uti-

HISTOIRE DE LIMPRIMERIE ET DES LIVRES. 34i »

lise les plandies jusqu'à Tusure extrême. Les officines de Nutius, deMeursius, de Cuobbaerts, à Anvers, de Mommaerts et d'Antoons, à Bruxelles, se distinguèrent dans ce genre de publications.

A côté des Emblèmes, on peut placer, et comme expression du temps et comme produits industriels, toutes les variétés de Nugœ Êfàk$. Les bibliographes donnent ce nom à des recueils de sottes d^ultés littéraires : acrostiches, chronogrammes, anagrammes, vers monosyllabiques, rétrogrades, poèmes dont tous les mots cominencent par la même lettre, et même des pièces de vers formant des figures, car si ce genre douvrages imposait parfois d'énormes fiitiguesau cerveau des auteurs, il ne mettait pas moins à Tépreuve His^bileté des typographes. Que l'on se figure des odes, des dithyrambes, des poèmes dont l'ensemble forme une pyramide, une croix, des étoiles!

Les Jiugœ ont brillamment fleuri en Belgique, surtout dans les doitres. Récollets, capucins, dominicains, jésuites rivalisaient dans la création de ces choses prodigieuses. C'est le père Ant. van den Stock, S. J., qui publie à Ruremonde, en 1658, limitation de J,-C., Investie en chronogrammes, c'est-à-dire que chaque ligne donne, en lettres numérales, le chiffire 4658; c'est le R. P. F. André de Solre, dominicain à Bruxelles, qui met au jour, à Anvers, en 1686, un volume de 879 pages qui est, dit M. Chalon, le plus épouvantable casse-tête quait enfanté la patience monacale. Figurez-vous les lettres qui composent ces trois mots Salvator, genitrxx, Joseph, l'etournées de 1,670 manières et donnant toujours un sens, puis chacun de ces anagrammes accompagné d'un chronogramme présentant le chiffre des années depuis 1 jusqu'à 1670 et d'une explication 6n vers latins qui parfois forment eux-mêmes des acrostiches doubles, triples, quadruples; des labyrinthes, des tirades de cent vers dont tous les mots commencent par la même lettre ; c'est le Père Jean de Leenheer, augustin, qui lance en 1681, tempore belli, à Bruxelles, son livre Virgo Maria mystica sub solis imagine emblematiee expressa, un tissu de jeux de mots, d'acrostiches multiples, qu'il composa à la suite d'un vœu, dans l'espoir d'obtenir la guérison fune paralysie à la main, en quoi il réussit, dit-il ; c est le R. P. Fr. de Sevin, minime de Bruxelles qui, dans son Pindus charitatis (Anvers, vers 4675), insère un poème de cent cinquante vers dont chaque mot commence par un V, ou une pièce au milieu de laquelle redessine un calice formé de mots qui lus de droite, de gauche ou de haut en bas, composent des vers dans des vers.

On ferait une longue bibliographie de ces enfantillages fd n'étaient pas la spécialité des moines seuls. De graves personnages, des professeurs de Louvain en ont commis sans le moindre remords. Le prétentieux Erycius Puteanus, le successeur de Juste Lipse, ne craignit pas de publier, en 1643, à Bruxelles, un traité de ii» grammatismo, dans lequel il trace les règles de l'anagramme. El 1617 déjà, il avait édité chez Moretus, à Anvers, le fameux im prêtée du jésuite Bernard Bauhusius :

Toi libi^sunt dotes ^ Virgo, quoi sidéra coelo

en le retournant 1,022 fois.

Les presses d'Anvers, de Louvain, de Bruxelles, de Mons, di Namur ont produit tant de ces Jiugœ qu'il faut bien croire queb débit en était fructueux. Cependant, la plupart de ces livres sort devenus rares : le bon sens public en a fait justice. Éclos pendiflt le sommeil de plomb dans lequel le pays était plongé, ils ne nous apparaissent plus aujourd'hui que comme de tristes cauchemars. Ne pouvant se laisser aller à son expansion normale, à la rechercha libre de la vérité, l'intelligence se livrait à ces puérils exercices pour obéir, en apparence du moins, à ce besoin de travail qui est uneki de notre nature.

Tous ces livres dont nous venons de parler étaient la pâture des classes lettrées : à côté d'eux, la typographie jetait aux classes inftrieures ce que nous appelons les livres de la Bibliothèque bleue. B» eurent aussi leur tour d'oppression. En 1622, l'évêque d'Anvers, Jean Malderus, lance une Censure par laquelle il prohibe la lecture dans les écoles ou la vente dans les boutiques de quatorze de ces livres, parmi lesquels on trouve Parthenoples, Malegise, Robert fc Diable, Richard sam Peur, Ulenspieghel, Floris et Blnnchefleur, etc. Quinze autres : les Quatre fils Aimon, le Chevalier au Cygne, Mànr sine, etc., sont prohibés jusqu'à ce qu'ils aient été corrigés; «ce qui se fera sous peu pour les principaux, » dit le document.

Les considérants de la censure sont, en général, d'une séyérité qui provoque aujourd'hui le sourire. Ainsi, le Galien est réprouvé parce que « on ne cesse d'y faire des jurements, le plus souvent par Mahomet, » et YUlenspieghel parce qu' « il ne contient presque rien de bon et fourmille de saletés et d'inepties. »

Donc, tous ces petits livres, souvenirs naïfs de la poésie du moyen âge, furent « expurgés » et c'est dans cet état qu'ils forment encore aujourd'hui la principale lecture de certaines contrées du pays. On

îqae toujours par milliers d*exemplaires dans d'obscures d'Anvers et de Gand.

|Ufte autî-e littérature, tout à feit caractéristique et qui eut sou ouissement complet sous le règne des archiducs dont elle il les prédilections, c'est celle des histoires des vierges mieus^, de lieux de pèlerinages, de reliques» de patrons Bs, etc. Depuis la Dim Skhemiemis (N.-D- de Montaigu), par tte Lîpse (Anvers, 1605), il a paru de ces curieux petits livres ï suite teliemeiH considérable, qu'il faut bien voir dans leur suc- Uâ preuve d'un changeraeiiU radical dans l'esprit public» Avant en et Isabelle, ce genre d'ouvrages était à peu près inconnu. |Le calme plat qui régnait dans les esprits grice à ce système ne . point ; un orage se préparait. La lutte, un instant étouffée, se urne plus vive que jamais el précisément parmi ceux qui avaient \mmi secondé le gouvernement espagnol dans ses mesures réacs, parmi les théologiens de Louvain.

IFw de hk i>oHiKATio?j £SPAG[^oiE. — Jansêmsme. — Eq 1640, pârut jfemeux livre intitulé Augustinm, par Corneille Jansenius, d'abord

«, puis professeur à Louvain, et enfin évêque d'Ypres.

[Daiis toute Thisioire du mouvement de l'esprit humain, il n'est

i de livre, peut-être, qui ait fait autant de bruit, suscité de si

I controverses et exercé, indirectement du moins, une aussi

influence sociale-

tKotiâ ne pouvons donner ici un aperçu de cette longue querella

li commence déjà sourdement à Louvain au temps d'Ërasme et de

[polémique contre Luther, L'explication des rapports entre la grâce

iim et le libre arbitre de l'homme, telle qu'elle est donnée dans

I œuvres de saint Augustin, voilà le tlième premier de la discus-

i entre les théologiens. H engendre d'abord le baianisme, ou les

de Baius, professeur à Louvain, puis le jansénisme, qui en

l la continuation, la mise en œuvre- Mais à ce thème, si obscur

Mes plus habiles théologiens ne labordaiem qu*en hésitant, se

l^tiirent bientôt des éléments de discussion d'une tout autre

rivElités d*ordres religieux, dissidences entre évêques,

Qentâ des nonces du pape sur les droits de lautorité civile,

ace des légistes et des grands corps de TÉiat aux prétentions

}li cour de Rome, De tout cela sortit une guerre de livres el de

bres qui alimenta longtemps l'industrie typographique, I VAugmtinus fut publié après la mort de Jansenius, par Henri

Galeuus et Libert FroidmonU en 1B40, à Louvain, chez J»xpa Zegers. 11 se compose de trois tomes en un volume in-folio coolft* nant deux mille six cent trois colonnes de texte et trente^oitre feuillets de tables. Gomme exécution typographique, il est fiit ordinaire.

Ce livre était condamné avant d avoir vu le jour. Pendant finpression, un ouvrier, gagné par les jésuites, livrait à ceux-ci chaqM feuille, qu'ils envoyaient à Rome et dont ils extrayaient des propositions aussitôt qualifiées d'hérétiques. Mais, malgré leurs efibitt ^secondés par le nonce, ils ne parvinrent point à en arrêter la pqbit cation, car l'ouvrage était muni des approbations et privilëgw requis. Une deuxième édition se fait à Paris l'année suivante. Lf livre est lancé, le combat commence et il s'allume une guerre qaii à de certains égards, dure encore.

Durant toute cette longue et triste période qui va de la paixè Westphalie au règne de Marie-Thérèse, période dont un historieni pu dire qu'il voudrait en passer l'histoire sous silence, la fiûUe activité intellectuelle qui régnait encore dans le pays se concentn, en quelque sorte, dans ces querelles byzantines. Les idées, toujoon contenues par la sévérité de la législation, s'échappaient par ce» tangente : toutes les oppositions, toutes les suffisances, toutes les inimitiés s'enveloppaient de lune ou l'autre opinion pour se &ire jour, et l'on peut dire qu'il ne parut guère de livre qui ne fit ctoser l'auteur dans lun ou l'autre camp. Pendant ce temps, lès grandes puissances se disputaient nos provinces et nous passions avec ifidif* férence d'une domination à lautre. En la même année 1713, lapiix d'Utrecht nous donne à l'Autriche, et la bulle UnigenituSy quideviirl bientôt loi de l'État, abandonne plus complètement que jamais k livre et la science à la discrétion du pouvoir ecclésiastique.

Depuis la mort des archiducs et notre retour à l'Espagne, quet ques ouvrages de luxe ont été édités en Belgique, malgré le mzSM des temps. Le décès du souverain ou de son lieutenant, l'avénemert d'un gouverneur nouveau donnaient lieu à de pompeux éloges ou î des descriptions de solennités que la gravure illustrait de soi mieux. Ainsi, nous avons la Pompa funebris de l'archiduc Albert \ Apothéose chrétienne de Varchiduc Albert, par G"* de Rebrevi^tcs Bruxelles, 4622; la Pompa introitus, etc., ou l'entrée du cardinal infant Ferdinand à Anvers, en mai 1635, magnifique publication dessinée par Rubens, le Triumphalis introitus, etc., dumémeFerdi nand à Gand, dossin de G. de Crayer, etc. Ces deux ouvrages foo

loueur h rofïicine de J* Meursius, à Anvers. Mais, comme tous IX de ce genre, ils appartiennent plutôt à rhistoire de Tart. U en de même des représentations de fêtes célébrées à loccasioii (juatque jubilé, de Sainl-Macaire, de Gand, de Saint-Rombaut, à lioes» du Saint-Sacrement des Mimcles, h Bruxelles, eto. Peodant cette période, Timprimerie produisit très-peu de livres. ►marrés aux sciences* Ainsi, dans la botanique et Thislôire natule, depuis Dodonée et Clusius, on ne peut guère citer que le Imtrum fungorum^ Hei Umneel der CampermelUen (Anvers, 1675) là Cilrimlîura (Anvers, 1682), du curé Van Sterbeeck. Dans les eiences médicales, depuis Vésale, dont tous les ouvrages ont vu le ;rà l'étranger, la plupart des médecins dont la Belgique s honore trent obligés de faire comme leur maître. C'est ainsi que les Van Idmont» 1* Palfyn et Spiegelius éditèrent leurs principaux écrits France, en Hollande, en Allemagne, Les mathématiques peuvent ïler quelques traités de Grégoire de Saint- Vincent, du père Tacquet deSlusius, sortis des presses d'Anvers, de Gand, de Louvain et Liège. Simon Slevin édita presque tous ses ouvrages en Holinde. L astronomie, qui s enorgueillissait des noms de Copernic, de Wilée, de Neuion, de Kepler ^ na rien produit chez nous du xvi' ivnr siècle, La géographie, dont Tessor avait été si grand au t^r siècle, tomba dans une immobilité complète. Depuis 1624, où Uttiazar Moretus donnait encore une édition du Theatrum orbis ter- ^m dïlrtelius, nous ne connaissons aucun recueil de cartes pukm Belgique, jusqu'à la Carte des Pays-Bas de Fricx, éditée à hxellcs, en 1712* Les grands travaux cosmo-géographiques de irtaior, Hondius, Montanus, Ph, Lansberghe, Bertius furent paie dans les pnys où leurs auteurs s'étaient exilés* tons les bellei^Ieltres mêmes et dans la philologie, les producmsde quelque valeur deviennent de plus en plus rares. Depuis SeyiLierts, pas un travail îi citer sur l'étude du grec; depuis les aphes littéraires du xvi' siècle, pas une édition de classiques , encore moins un ouvrage traitant de la littérature des peumodernes.

Les dissertations de critique et d'archéologie de Juste Lipse, [fKrycius Puteanus , de Pb. Rubens, des Chifflet,etc. font naître encore quelques beaux volumes, presque tous dans Tofficine plaotiîiiennp, sous Balihazar l'^' Moretus, mort en 1641, et sous Baltha- ^^ II, son neveu* Le premier exécuta, en 1637, une magnifique Wiiiou des oeuvres de L Lipse, en 4 vol. in-folio. Ce fut à peu près m, sa

le chant du cygne de Tillustre maison de Plantin. Depuis Balthazar II, elle se borne à imprimer des ouvrages ecclésiastiques on de liturgie, ne livrant plus que de loin en loin un livre d'histoire, de littérature ou de généalogie. En 1674, la maison passe à Baltluh zar III, qui fut anobli par Charles II, d'Espagne, en 1692 et moumt en 1694. Ses successeurs se livrèrent exclusivement à la febricatioii de missels et bréviaires. Grâce aux privilèges dont elle jouissait, cette industrie fut longtemps prospère et lucrative.

Les troubles et la réaction espagnole avaient provoqué une expatriation considérable et, comme dit M. Quetelet, fait un vide immense. La science laïque paraît s'éteindre graduellement :iln) eut bientôt plus que des écrivains hommes d'église. Les riches abbayes, les chapitres, les maisons féodales patronnaient çàet& quelque grande publication : ce qui permettait à l'industrie typographique de se soutenir tant soit peu. Dans cette catégorie noos rangeons les ouvrages du savant et infatigable Miraeus (AubertLe Mire), Bibliotheca ecclesiastica, Anvers, 1639, et ses recueils de documents qui furent réunis en 1723 par l'archidiacre J.-F. FoppcDS, avec additions, sous le titre de A. Mirœi opéra diplomatica et histoiiOf Lovanii, 1723-1728, en 4 vol. in-fol. Cette importante publication fut faite par une société d'imprimeurs.

Acta sanctomm. Le premier volume de ce recueil colossal de vies des saints parut à Anvers, chez Jean Meursius, en 1643. On sait qu'il se continue toujours par quelques pères jésuites auxquels on donne vulgairement le nom de Bollandistes, du nom de Bollandus, promoteur de l'entreprise. Le 59^ volume in-f*» a paru en 1867.

Chorographia sacra Brata7irta?,d'Ant.Sanderus, en 2 vol.gr.in-W- Cette description des églises, des monastères, etc., du Brabantest formée de monographies imprimées chez divers typographes et réunies ensuite sous un titre général : Bruxelles, Ph. Vleugaerts, 1657. Le fonds du tome II périt presque en entier dans un incendie, aussi l'ouvrage est d'une rareté extrême : mais il en parut une deuxième édition à la Haye, 1726, en 3 vol. in-fol. LaiFlnndri» illustrata, du même auteur, fut publiée à l'étranger, en deux éditions, à Amsterdam, en 1641 et à la Haye, en 1735. Il n'y avait plus ici, à cette époque, de maison assez puissante pour en foire l'entreprise. Sigilla, genealogiay historia comitum Flundriœ, suite des beaux ouvrages d'Olivier de Vree, parut à Bruges, chez J.-B. Van Kerckhoven, de 1639 à 1650, en 7 vol. in-fol. > illustrés de bonnes* gravures.

On pourrait mentionner encore quelques gros volumes se rattachant i la législation et au droit, les recueils des placards de la Fbmdre et du Brabant, les œuvres de Stockmans, de Glerck, d*Anselme, de Gh. de Méan, etc., et surtout le Luyster van Brabant, Bnoelles (vers 1699), dont la publication causa un curieux incident de politique intérieure.

(Test au xvn^ siècle aussi qu'apparaissent, comme signes de Fépoque, m grand nombre d'ouvrages relatifs à l'histoire des familles, l'ère des généalogistes commence. De 1663 à 1689, J.-B. Christyn, dancelier de Brabant, achève sa Jurisprudentia heroica, Bruxelles, Ballh. Vivien, in-4® et in-fol., ouvrage qyi devint un code de droit héraldique. Auparavant déjà, en 1626, Christ. Butkens avait confié il Gnobbaert, à Anvers, la mise au jour des Annales généalogiques de b maison de Lynden, 1 vol. in-fol., orné de belles gravures, mais rempli de faits contestables, et en 1641, à Christ. Jeghers, d-Anvers, h première édition des Trophées de Brabant, travail de mérite que h mort ne lui permit pas d'achever. Une seconde édition, augmentée, linil à la Haye, 1724-1726, en 4 vol. in-fol. On peut citer encore ki Marques d'honneur de la maison de Tassis (par Flacchio), Anvers, iipr. Plantin, 1646, in-folio, volume de grand apparat, et le Miroir in Nobles de la Hesbaye, composé par Jacques de Hemricourt, Tan 1353, etc., publié chez Henri Fricx, à Bruxelles, en 1*673, inblio; enfin, quelques généalogies de familles patriciennes des villes, (Hide familles secondaires.

Dn-HUITIÈXE SIÈCLE. — RÉIMPRESSIONS. — IMPUISSANCE DE LA CEN-

«JEE. — Sous les règnes de Philippe H et des archiducs, les presses fAnvers et de Bruxelles avaient déjà reproduit une foule d'ouvrages espagnols pour l'usage des nombreux administrateurs et des mili- 'îûres que la métropole nous envoyait, et plus encore pour l'expor- Mon dans les pays d'oulre-mer. Ceinrantès s'en était plaint déjà. Hais les idées de cette époque sur la propriété littéraire n'étaient Nnt celles de nos jours.

Ces mêmes presses ne se faisaient pas faute de réimprimer aussi, te loin en loin, quelque poëte français en vogue, quelque livre fhisloire. Mais c'est au xviii* siècle que la reproduction d'ouvrages français prit une extension considérable. La Belgique suivit en cela ^exemple de la Hollande et de la Suisse.

Grâce aux progrès des sciences et de la philosophie, les idées teMérance se répandirent dans l'esprit des gouvernements et des

peuples. Les lois continuaient leur système de menaces, on esst] même de temps à autre d y ajouter quelque chose, mais elles i s imposaient plus sans de vives résistances. Nos annales peuvent ( citer un grand et noble exemple.

En 1735, la Belgique était 'gouvernée par Marie-Élisabeth, sœi de Charles VI. Cette princesse .est plus connue des bibliophiles qi des historiens à cause du très-joli et très-curieux album, intitol( Recueil des dévotions et divertissements de S. A. S. Marie-Elisatet dans sa résidence à Bi^xelles ; mais ce règne manqua d'être fatal \ livre bien plus que tous les règnes précédents. La gouvernante m reçu de son confesseur, le P. Amiot, jésuite, un projet d ordonna» sur rimprimerie et la librairie, accompagné d*un catalogue do vrages défendus ou à prohiber. Le projet avait été élaboré p Tarchiprêtre Hoynck, d'après les ordres du cardinal-archev^e, le catalogue comprenait environ 2,500 ouvrages ou auteurs coi damnés. L'archiduchesse soumit le projet au conseil de Brabant, 24 septembre 1735. Le conseil envoya en réponse, le 12 janvi 1736, une consulte rédigée par le baron de Steenhault et qui esti modèle de bon sens, d'énergie et de patriotisme. Le conseil priv également saisi du projet, Tétudia point par point et discuta catalogue ouvrage par ouvrage. Sa consulte n'est ni moins digne moins nette que celle du conseil de Brabant. Les deux documen démontrent que le projet n'est qu'un piège pour arriver à la su| pression du placet royal, et que le catalogue «*a pour objet de fl trir et d'abolir la mémoire .de tous les auteurs qui ont écrit pour h droits, hauteurs et juridictions de S. M., pour les droits, lois coutumes, libertés et franchises de ses peuples et pays. »

Ce catalogue, en effet, est une œuvre de la plus singulière inU lérance. Après avoir lu les noms des 2,500 ouvrages proscrit on se demande quels sont ceux que l'on eût permis de lire. Mais but secret, indiqué par les consultes, était trop réel, trop visibh pour que le projet eût chance d'être adopté.. Après quelques tent tives, on le retira. Cependant, le 12 février 1739, l'emperei Charles VI, circonvenu de nouveau, publia un édit qui commina la peine de mort contre les auteurs ou vendeurs de libelles ou écri diffamatoires ; mais cet édit ne fut guère appliqué : on le remplac par quelques proscriptions d'ouvrages attaquant directement I politique de la maison d'Autriche.

D'ailleurs, il n'était déjà plus possible d'empêcher les livres el fc idées de pénétrer de toutes parts. Une foule de privilégiés recevaici

sans difficulté ce que la presse étrangère produisait de curieux; les produits des presses de Hollande foisonnaient, importés surtout par lesgamisons que les Pays-Bas avaient droit de tenir en plusieurs de nos villes et, enfin, une force nouvelle, qui avait reçu son premier 'souffle en Belgique, le journal, commençait à exercer une action sur le mouvement des esprits.

Ne pouvant opposer des barrières à Tenvahissement clandestin des livres venant du dehors, l'administration fut réduite, en quelque sorte, à fermer les yeux quand nos typographes se mirent, à leur tour, à imprimer en secret certains ouvrages. Elle ne montrait de langueur que pour les brochures hostiles au gouvernement. C'est il Bruxelles surtout, que les Foppens, père, fils et petit-fils, se livrèrent à cette industrie. A Tinstar des Elzeviers, dont ils imitaient la manière, ils publiaient des réimpressions françaises plus ou moins prohibées, sans y mettre leur nom, en se cachant sous des firmes imaginaires : Ratisbonne, Londres, Gharleville, Cologne, etc.

Makie-Thêrèse. — Joseph II. — Révolution brabançonne. — Régime nu.'içAis. — L'empereur Charles VI meurt en 1740, sa fille Marie- Tfcérèse lui succède. Pendant les premières années de son règne, h Belgique est deux fois envahie par les armées de la France et, comme souvenir de cette conquête éphémère, notre typographie doit enregistrer, dans ses annales, plus d'un livre célébrant les louanges du vainqueur. L'histoire des anciens empires de VAsie, de H. Plumyoen, chanoine et doyen d'Ypres (Ypres, 1745), un bon livre d'ailleurs, porte une dédicace à Louis XV dans laquelle on lit des phrases comme celles-ci : « Que dirai-je de ces vertus, vrailûent dignes du trône, qu'on voit reluire dans la personne royale de Votre Majesté? La générosité, la clémence, la bonté... Mais ce qui louche de plus près les ministres des autels, quels éloges pourront égaler cet amour ferme et sincère pour la religion et pour la cause de l'Église, qui a fait rentrer les novateurs de nos jours dans les ténèbres, d'où vainement ils s'efforçoient de sortir? »

Le traité de paix d'Aix-la-Chapelle du 10 octobre 1748 ouvre une ^nouvelle à l'activité de la nation. Le prince Charles de Lorraine est nommé gouverneur général : son administration, vraiment éclai- •^1 rendit à l'impriûierie la place qu'elle doit occuper comme instrument de civilisation. Pour la relever de sa décadence, on '^urut à divers moyens : diminution des droits de douane, éta- Wissemenl d'une fonderie de caractères, création d*une typogi'aphie

royale, et surtout, modification profonde du droit de censure at bué depuis si longtemps au clergé. Précisément alors seprodoi un véritable acharnement contre les écrits du célèbre canon van Espen : toutes les fois qu'un de ses ouvrages apparaissait vente à Gand, le curé et censeur Bruynsteen le rayait du cataloi et le confisquait. Mais, le 8 février 1755, le gouvernement déd que ces livres n'étaient pas défendus et en autorisa la vente.

En 1761, le prince Charles annula sévèrement une liste livres censurés à laquelle le procureur général du grand conseil Malines avait donné son approbation, et un décret de Timpératri du 4 août 1764, statua qu'à Favenir les catalogues des livres k poser en vente sellaient examinés par le conseiller avocat de S. après l'avoir été par l'autorité ecclésiastique. Cette censure m beaucoup moins sévère que celle du clergé, laquelle voyait jansénisme partout, donna quelque liberté aux imprimeurs et libraires, toujours soumis néanmoins à ne pouvoir exercer leur i qu'avec l'autorisation de l'évéque et du magistrat, selon la loi 25 juin 1729.

On prit bientôt plus d'intérêt aux progrès de l'intelligence librairie, débarrassée d'une foule d'entraves, put sans crainte troduire les produits de la science étrangère; les ouvrages écrivains et des philosophes français se 'répandirent partout. ! grands seigneurs belges se faisaient un honneur de souscrii l'Encyclopédie, à Voltaire, à Bufibn, à La Fontaine, à tous lesch d œuvre de la typographie française de la dernière moitié xvni® siècle. Il y avait à Bruxelles des imprimeurs et des librai actifs et instruits, tels que Ermens, Léonard, Flon, etc., chez! quels on trouvait de beaux assortiments de livres ; l'inspection listes qu'ils publiaient nous prouve l'immense réaction qui s'é opérée.

L'institution de l'imprimerie modèle compléta les réformej exerça une influence considérable. Cet établissement fiit confi la direction de J.-L. de Boubers, né à Lille, en 1737 , un hom de grand mérite. En 1774, il ne craignit pas d'ehtreprendn publication des œuvres de J.-J. Rousseau, en deux éditions : Ti de luxe, illustrée par Moreau ; l'autre, in-12, édition populaire, fut un événement, et, quoiqu'il eût l'appui d'u prince, de Boul n'osa pas, néanmoins, mettre au titre le véritable lieu d'impressi au lieu de Bruxelles, il y inscrivit Londres, 1774. De Boubers ; primait aussi les Mémoires de l'Académie et en partie les liv

HISTOIR£ DE LIHPRIHERIE ET DES LIVRES. 351

dassiques préparés pour les collèges et écoles fondés par Marie- Thérèse. On peut citer encore parmi les bons produits de ses presses, YMnq/clopédie de jurisprudence y 1777-1780, en 7 vol. in-4**.

A Bruxelles, sous ce régime intelligent, l'industrie typographique •le réveilla. Il n'en fut pas de même en province. En parcourant les bibliographies de Gand, de Mons, de Namur, on est stupéfait de rinsigaiiiance des ouvrages que les presses y livraient au public. De 1740 à 1780, on ne voit apparaître à Gand que des almanachs, des placards ou des livres de piété; à Mons, il en est à peu près de même jusque vers 1778. En cette année, l'imprimeur H. Hoyois y publiait le Dictionmire historique de la médecine, p.ar Eloy, en 4 vol. iD4% qui avait eu déjà une première édition, sortie des presses de Bassompierre, à Liège, en 1775. A Namur, depuis 1628, date de la {Mremiëre impression faite en cette ville, jusqu'à la fin du xvni'' siècle, il na paru que des livres de dévotion, des édits du magistrat ou des almanachs.

Anvers suit ces exemples. Pendant tout le xviu* siècle, l'ancienne cité des Plantin, des Nuyts, des Steels n'a guère produit de livre remaquable, sinon celui de J.-C. Diercxsens : Antverpia Christo mcenset crescens, J.-H. van Soest, 1773, en 7 vol. in-8^. La maison plaotinienne, dirigée en 1730 par Jean-Jacques Moretus, n'imprimait plus que des livides d'église. Moretus, ayant, malgré la défense de l'empereur, publié des Offices du pape Grégoire VII, offices qui contenaient des offenses pour les souverains, fut poursuivi par l'autorité. Il ne voulut pas obéir à l'arrêt de suppression; mais, en 1750, sous Marie-Thérèse, on renouvela les poursuites avec plus de rigueur, et cette fois, il dut céder.

A Louvain, pendant la même époque, l'imprimerie était réduite aux livres scolaires, aux thèses de l'université, à quelques ouvrages de diîscussion religieuse, reste du jansénisme. Cette maigre ressource fut encore, en grande partie, enlevée au commerce établi quand, sur les conseils de Corneille de Nelis, professeur et biblio- ^lïécaire, plus tard évêque d'Anvers, on créa une imprimerie acadénûque d'où sortirent quelques publications assez considérables, ^s d une exécution médiocre, telles que : Monumentorum ad his- ^m, etc., ou Recueil de documents pour servir à l'histoire du con- ^ de Trente, par- Josse Le Plat, en 7 vol. in-4^, et surtout les Mémoires pour servir à l'histoire littéraire des Pays-Bas, par Paquot, ^763-1770, 3 vol. in-folio ou 18 vol. in-8^. A la suppression de ^université, le fonds, resté à peu près intact, des produits de cette

typographie iîit vendu au poids et vint remplir les greniers di libraire Verbeyst à Bruxelles et des bouquinistes de Louvain.

Si le règne de Marie-Thérèse fut marqué par d*importaates iBsA^ tutions, cette heureuse renaissance ne dura guère. Joseph n, di reste, n*avait pas les qualités de sa mère, et ses innovations, ea général excellentes et acceptées aujourd'hui, ne pouvaient siotroduire par les moyens dont il usait. L'imprimerie, sous son règne, eut fort à faire. Jamais on ne noircit autant de papier, jamais il n'y avait eu chez nous un pareil débordement d'idées. Parfois saturoili .grotesque, parfois lutte pleine de grandeur, l'histoire de cette époque troublée,, nous apparaît dans les milliers d'écrits hétérogènes qui surgirent alors, comme un vaste chaos dans lequel oi monde nouveau est en formation.

La révolution brabançonne produisitdes avalanches de pamphlets, de libelles, de protestations, de feuilles volantes de tout genre, oa immense labeur typographique dont il existe de curieuses colléetiens, mais que les historiens, même les plus consciencieux, eat gnent d'aborder. En effet, en parcourant la plupart des documeots de cette révolution, on ne se douterait point que 1789 a sGOoé d que l'ère moderne commence.

Après ce bouleversement sans résultats, la Belgique fut engouffrée dans la république française, puis elle suivit la destinée de l'empire. L'imprimerie n'eut pas l'occasion de fleurir sous ces régimes, du moins en province, car Bruxelles n'était plus que le chef-lieu du département de la Dyle et nos grandes villes étaient les humbles satellites de Paris.

Dans cette période, cependant, Finstruction fit de notables progrès. Des bibliothèques furent établies et le goût de la science se propagea. La presse n'était pas libre, il est vrai, en ce qui concerne la politique, mais elle jouissait de la liberté philosophique. L'amour de la lecture devint général. C'est l'époque aussi des premiers bibliophiles dignes de ce nom : La Serna Santander, la comtesse d'Yve, Nuewens, van Bavière, Le Candèle, Lammens, Van Hultbem. La magnifique collection formée par ce dernier constitue, comme on sait, le noyau de notre premier dépôt littéraire national, la Bibliothèque royale de Belgique, à Bruxelles.

Nous n'avons point parlé jusqu'ici de Fimprimerie dans la principauté de Liège, qui partage le sort de la Belgique depuis la conquête française.

L'imprimerie débute à Liège en 1556 par un pauvre petit aima-

ch dont le seul exemplaire connu se trouve à la Bibliothèque yale. C'est l'œuvre d'un typographe nomade : le premier atelier edela ville épiscopale est celui de Gautier Morberius, qui débute 1S62 et reste seul pendant près de vingt ans. Dans cette principauté dont le gouvernement était un mélange de éocnitie et de liberté populaire, l'imprimerie fut active et florisflte. La cour épiscopale, les chapitres, les grandes abbayes renrmaient un personnel ecclésiastique nombreux et riche qui forut une forte clientèle pour les ouvrages de théologie, de piété, ) littérature dévote. Le pays de Liège était aussi la terre priviléée des hommes de loi. Les Ghokier de Surlet, les de Méan, les ennan de Malte, les G. de Louvrex condensaient en de gros hfolio la législation et la jurisprudence civile et canonique du Btit coin de terre dont ils étaient les citoyens. Les sciences histoqaes y furent honorablement cultivées, et le pays peut citer avec rgœil des publications telles que le recueil dit de Chapeaville : M gesta pantifieum Tongrensium, etc. Liège, 1612, 3 vol. in-4"; btfifiato/ttm et annalium Trevirensium, libri XXV, 1670, 2 vol. tfclio; Histoire de la ville et pays de Liège, par le P. Th. Bouille, 1725,3 vol. in-folio; Historia Leodiensis du P. Foullon, 1735, liol. in-folio; les Délices du pays de Liège, 1738-1744, 5 vol. i-iblio.

U bibliographie liégeoise a une saveur toute particulière qui se "évèle, d'un côté, dans une foule de petits livres à titres singuliers, wérils même, fruits des loisirs dun corps nombreux d'hommes r^se, et d'un autre côté, dans les satires et les pièces de circontace que créait l'esprit vif et frondeur d'un peuple toujours en lutte ^ec SCO gouvernement.

RoTACME DES Pays-Bas. — RoYAUME DE BELGIQUE. — La liberté de la «•ttse était inscrite dans la loi fondamentale de 1815. Pour la •femière fois depuis la découverte de Gutenberg, la pensée fut Anise à se servir, sans, crainte et sans compression, de ce puisant moyen d'enseignement et de progrès.

L'imprimerie profita immédiatement de cette précieuse liberté si hèrement acquise : elle suivit le puissant essor du travail intellecûd. Le gouvernement la protégea d'une manière spéciale : le sou- ^n s'intéressa personnellement dans diverses entreprises for- ^ pour la publication ou la propagation d'ouvrages utiles aux levants ou destinés à l'instruction.

3iS4 BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.

Dès le commencement du règne de Guillaume I"^ et avec Fappûde ce roi, s'élèvent à Bruxelles les établissements d'Adolphe Wahki, dont les produits rivalisent bientôt avec ce que l'on iai^t de mieiK à l'étranger ; de De Wasme et de Jobard qui vulgarisent l'inventîpr nouvelle de la lithographie. Il serait trop long de citer id les pw cipaux ouvrages sortis de ces ateliers et de quelques autres qmv leur cédaient guère en importance, les maisons De Mat, Ode | Wodon, etc.

En 1825, fut fondé l'établissement géographique de Ph. Vandff* Maelen, d'où sont sortis des atlas considérables et plusieurs cheftd'œuvre de cartographie.

En province même, l'imprimerie fut florissante. A Gand, Gd* laume de Busscher reproduisit un assez grand nombre d*ouvn|i pour servir à l'éducation, et Andi'é Steven publiait le Choix da i numents, édifices et maisons les plus remarquables des Pays-Bas^ pé P.-J. Goetghebuer, 1827, 1 vol. in-folio, bel ouvrage dont « exemplaire colorié coûtait 500 francs.

La statistique nous donne, en 1829, pour Bruxelles, 40 imprimeries avec 84 presses.

Mais ce même gouvernement, qui avait d'abord montré tant è sollicitude pour la libre expression de la pensée, fut pris un jo»^ de vertige et persécuta livre et journal. On sait ce quienarrift. Une révolution désunit encore une fois les vieux Pays-Bas de Charles-Quint reconstitués depuis quinze ans. La Belgique devint indépendante et, instruite par l'expérience, se donna une constilutioi dans laquelle la liberté de la presse s'aflTirme de nouveau et avec plus de force que jamais.

Bibliothèques publiques. — Dès les premiers temps de l'âge du livre, • signale des bibliothèques plus ou moins nombreuses, mais non des bibiiothèqott publiques proprement dites, constituées comme elles le sont aujourd'hai. Des institutions de ce genre ne peuvent, comme tant d'autres, se fonder que dtti un état social reconnaissant la liberté de la conscience et de la pensée. Aussi, ne datent-elles chez nous que de la fin du siècle dernier. Elles doivent letf existence aux créations de la convention française. Le décret du 3 brumaire an IT (29 octobre 1795) organisa dans chaque département une école centrale, à laqudte devaient être annexés une bibliothèque publique, un jardin et un cabinet (Tbistoire naturelle, etc.

Ces bibliothèques reçurent, pour premier noyau, les dépouilles littéraires des couvents et des institutions supprimées.

A Bruxelles, il existait toujours de précieux débris de l'ancien fonds des ducs de Bourgogne et de leurs successeurs : on les joignit à la bibliothèque publique tf 4827. La riche collection de Van Hulthem fut acquise en 1836, et ces deux fonds

lOMtîtueDt aujourd'hui la Bibliothèque royale de Belgique, la plus imporlante in pays.

Grâce ^ de nombreux accroissements, ce dépôt scientifique compte parmi les pkn riches de TEurope. 11 s'est annexé les collections spéciales du célèbre profes- MV Jean MuUer, de Berlin, de Fr. Fétis, le savant directeur du Conservatoire ; les ■anscrits de M. Le Candèle de Gysehem et du philologue J.-F. Willems, le eibioet d'estampes de Van Pâr)'s, lemédaillier de M. Geelhand, etc., etc. Formé pr les La Serna Santander, les Van Hulthem, les de Reififcnberg, continué d'après Ici traditions de ces hommes éminents, notre dépôt national possède pour l'étude êà iMSSé et surtout de celui de la patrie, des trésors d'informations et, pour le couvaatde la science, il recueille les principaux travaux des deux mondes. Le chiffre dM publications périodiques qu'il reçoit est de 550 environ, et donne l'idée des neours qu'il offre aux travailleurs; et ce chiffre, que peu de bibliothèques attei- , sera un jour bien dépassé. La création d'une commission d'échanges artis- ( et littéraires (arrêté royal du 17 mai 1871) fait entrevoir la réalisation d'un Mte desideratum : celui de recueillir, par voie d'échanges internationaux, l'en- Koibledes travaux des sociétés savantes et les principales publications périodiques ceasacrées aux sciences, aux arts et aux lettres. Déjà l'État vient de mettre à oécotion une partie de ce programme : depuis le commencement de l'année 1875, firalt la Bibliographie de la Belgique, journal qui fait connaître au pays et à rétnnger les produits de notre typographie et de notre activité intellectuelle, de^ la même époque aussi, la Bibliothèque royale reçoit un exemplaire des iïïes, estampes, cartes, plans, etc., publiés en Belgique. Ce dépôt littéraire qui, àai d'autres pays, est obligatoire en vertu de la loi, se fait ici à titre onéreux, pvvoie de fourniture entreprise. Le dépôt forcé répugne à nos mœurs et ne prodait que des résultats incomplets; le système adopté donne les meilleures espénoces.

Les bibliothèques des universités de Gand et de Liège peuvent passer également poir des établissements de premier ordre. La première a eu, comme celle de Bmielles, la chance heureuse de s'enrichir de quelques collections d'inappréciable wJeor, entre autres de celles de Lammcns, du docteur Snellaert et surtout de celle doot M. Ferd. Van der Haeghen, son bibliothécaire actuel, vient de lui faire la donation généreuse.

Celle de Liège compte aussi quelques accessions précieuses : un legs tout récent rimiseen possession de la bibliothèque de M. Ulysse Capitaine, très-importante pour l'histoire de l'ancienne principauté.

LabibUoth^uc de l'antique Aima Mater, concédée à l'université catholique, le <iispale en richesse aux deux précédentes.

Parmi les autres bibliothèques publiques des villes, il faut citer celles d'Anvers, de Tournai, de Mons, de Bruges, de Courtrai (collection donnée par M. Goclhals- Vereruysse), d'Ypres et de Namur. Toutes possèdent des ouvrages remarquables et des manuscrits de valeur. Des bibliothèques d'un ordre inférieur existent dans lovilles suivantes : Ath, Audenarde, Malincs, Fumes, Arlon, Hasselt, Verviers, Chimay, Termonde, Tirlemont, etc. Dans un grand nombre de villes et de localités, ilya, en outre, des bibliothèques populaires fondées par les administrations ou Perdes comités particuliers. Nous ne citons que pour mémoire les bibliothèques, friches et très-importantes cependant, de la chambre des représentants, de ^Jcadémie royale des sciences, de l'Observatoire, etc.

Nous ne donnons pas non plus de chiffres. Depuis le recensement général k \ 4860, il n'a pas été fait de relevé officiel delà force numérique des colleeti«i | littéraires du pays. Nous n'attachons, du reste, aucune importance à ceschifiti^j qui n*ont aucun rapport avec la valeur intrinsèque. 11 nous suffira de < ici le relevé approximatif de ce qui compose la Bibliothèque royale : impd;J mes, 320,000 volumes; manuscrits, 9,000 codices; estampes, cartes et ph 70,000 pièces ; monnaies et médailles, 20,000.

BiBUOGRAPHiE. — Les ouvrages concernant rhistoire des nianuscrits, de nmprimerie, livres et des bibliothèques en Belgique sont extrêmement nombreux. Un traité spécial il tulé : Bibliographie paléographico-diplomatico-bibliologique générale, par P. Namor, 4838, 2 vol. in-é», en donne une nomenclature assez complète jusqu*à Tépoque oii il pmt] Depuis lors, le nombre s*en est beaucoup augmenté. Nous ne citons ici que les prii travaux sur cette vaste matière.

Bibliophile belge, Bruxelles, 4845-4874, 30 vol. in-8o ; Annuaire de la Bibliothèque publié parle baron de Reiffenberg, Bruxelles, 4840-4854, 42 vol. in-48; J. Barrois, thèque protypographique, Paris, 4830, in-8<*; J. Marchai, Catalogue des nuinuseritt de tê cienne bibliothèque des ducs de Bourgogne, Bruxelles. 4839-4842, 3 vol. in-folio ; À. rus, Bibliotheca Belgica manuscripta, Insulis, 4644, in-4o; J. de Saint-Génois, Ca/a%Mi»j manuscrits de la bibliothèque de Gand, Gand, 4849, in-8» ; Van Praet, Becherches sur de Bruges^ seigneur de la Gruthuyse, Paris, 4834, 1 vol. in-8»; A. Bernard, De Vorigimû] des débuts de l'imprimerie en Europe, Paris, 4853, 2 vol. in-8»; P. Lambinet,^ Origîwèj l'imprimerie.,., suivi des établissements de cet art dans ta Belgique, Paris, 4810, 2 vol. u J.-B. Vincent, Essai sur l'histoire de l'imprimerie en Belgique, Bruxelles, 4867, 4 vol. il J.-W. Hollrop, Monuments typographiques des Pays-Bas au xv> siècle, La Haye, 485T, i»| folio ; M. F.-A.-G. Campbell, Annales de la typographie néerlandaise au xv« siècle, La Hiyi^ 1874, in-8« ; A.-F. Van Iseghem, Biographie de Thierry Marten% d'Alost, Malines, 48Si, v^ plément, 4866; J.-W. Holtrop, Thierry Martens, d'Alost, La Haye, 4867, iii-8*; VanPrMl, !S'otice\ur Colard Mansion, Paris, 4829, 4 vol. in-8»; F. Vander Haegheo, Bibliographie ft»toise, Gand, 4858-4869, 7 vol. in-8» ; H. Rousselle, Bibliographie montoise. Mena, 488B, 4 vd in-8» ; X. de Theux, Bibliographie liégeoise, Bruxelles, 4867. 2 vol. in-8«; G. Roeioié A. De Backer, Annales plantiniemies, Bruxelles, 4865, 4 vol. iQ-8<>; Aug. Voisin, DocmÊOH pour servir à l'histoire des bibliothèques en Belgique, Gand, 4840, 4 vol. iii-8*; P. Ksi^ Histoire des bibliothèques publiques de la Belgique, Bruxelles, 4844, 3 vol. in-8>; Catalogpi des bibliothèques de Van Hulthem (noyau de la Bibliothèque royale de Bruxelles), de M de Liège, de Tournai, de Mons, d'Anvers, etc.

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Par M. PH. BOUHSON.

b presse» dont il s'agit ici, nest autre que le journal. Comme iMte chose en ce monde, le journal ne peut éclore à la lumière, vivre elle développer que dans un milieu approprié et sous certaines conditions de population, d'espace et de liberté au moins relative. Qui se serait avisé d'écrire un journal dans un de ces petits États helléniques, cantonnés chacun chez soi, pour raconter des faits dont tout individu pouvait être témoin et que, dans une étroite circonscription, Ton se transmettait aisément de la bouche à l'oreille? Il en fut autre- Btent de Rome, après la troisième guerre punique, lorsque l'expan- Mon romaine devint partout la domination. En effet, si c'était ici le Kcu, je croirais pouvoir démontrer qu'il y eut un journal à Rome, tons les derniers siècles de la république et les premiers siècles de rempire, parce que les conditions que j'ai signalées se trouvaient féunies.

En tout cas, s'il y eut un journal à Rome, il ne faut pas moins hnàûv tout le moyen âge pour trouver quelque chose que l'on îoisse qualifier ainsi. Comment le journal aurait-il pu naître sous c régime féodal, où les populations étaient parquées dans les do- Mines seigneuriaux, isolées les unes des autres ; où l'intérêt des

habitants des villes s'arrêtait aux confins de leurs banlieues ;ob,|Hr la faiblesse organique du pouvoir central, le nom donné à une Dâfin n'était et ne pouvait être encore qu'une expression géographique!

Mais, au xv* siècle, de grands changements se préparaient l'Europe. Dégagés des liens de la féodalité, les États peu à pea constituent. Louis XI, Ferdinand d'Aragon et Isabelle de CastiOt Henri VII d'Angleterre, Maximilien d'Autriche et jusqu'au terrilli Iwan de Russie font presque simultanément des efibrts plus moins heureux pour réduire le pouvoir des grands feudataires unifier leurs royaumes. Ils semblent s'être donné tous le mot. M ils n'étaient que les agents presque inconscients de la force influa table des choses. Les relations se sont multipliées, des besoii nouveaux ont été créés, la richesse des peuples ' s'est accrue; n'existe plus de hautes barrières entre les diverses provinces mises à la même couronne; on commence à comprendre l'idée dek nation par celle de la royauté; on s'intéresse à des événements ^ se passent au loin, mais qui, par suite de la cohésion des popolitions jusque-là tenues séparées et morcelées, réagissent sur touM à la fois.

Puis, vient la grande lutte du xvi*^ siècle, dont les tumultes et hi sanglantes péripéties sur toute la surfece de l'Europe tiennent» éveil les esprits. Qu'a-t-on appris aujourd'hui? que fait-on? de (jail I côté a été la victoire dans telle bataille annoncée? quels résultiii J sont imminents? qu'y a-t-il à craindre? qu'y a-t-il à espérer! .■ Le journal n'est pas encore là, niais les événements et le grani | intérêt qu'on y prend en préparent la venue. Le terrain est apprflé; le germe y est déposé; avec le temps, la fécondation.

On ne sait où naquit Homère. Sept villes se disputèrent l'honne» ' de son berceau. Le lieu de naissance du premier journal moderfle est entouré d'une même incertitude. On nous dit qu'au temps des guerres avec les Turcs, le gouvernement de Venise faisait lire, sor la piazza et au sommet du Rialto, un résumé des nouvelles qu'il anit reçues. La spéculation se serait emparée de ce moyen d'information. Dans la ville où fleurirent les Manuce, s'étaient établies beaucoup d'imprimeries qui, toutes, n'avaient pas une égale activité. Quelque imprimeur, peut-être Nicolas Manassi, en quête de copie, aura inis ses presses en mouvement pour publier, avec la permission de la Seî* • gneurie, des nouvelles impatiemment attendues. La petite feuille se vendait au prix d'une gazzetta, monnaie de bas aloi en cours à Venise. Le nom de la monnaie serait devenu celui de la

hnires disent que l'imprimeur avait décoré l'en-téte de son carré de •|»er de Timage d une pie (gazza), cet oiseau qui bavarde à tort et travers. Le respect que je professe pour le journal m'engagerait . me prononcer pour la première version, l'autre étant irrévérenieuse au premier chef à l'endroit du journalisme; mais si l'histoire èiitienne est vraie, elle n'est pas applicable dans l'espèce. Les wszeîîe n'étaient au fond que des bulletins de batailles. La Sérénisnue Seigneurie n'eût pas permis qu'on parlât d'autre chose, et More fallait-il que les batailles eussent tourné au profit de Sainthrc.

L'Allemagne, de son côté, revendique en faveur d'Augsbourg la ■issance du premier journal. Cette ville la devrait aux Fugger, qui M forent pas moins célèbres par leurs grandes richesses acquises hm le commerce avec les pays les plus lointains, où ils avaient cors comptoirs, que par le goût littéraire, leur amour des livres et ks beaux-arts. Ils faisaient, dit-on, dépouiller leur immense correspondance de chaque jour et publiaient les nouvelles que leurs eommis y mêlaient au cours des denrées. La maison Fugger aurait bit paraître presque tous les jours une feuille sous le titre : Ordinari vitungen, et même des suppléments : Extraordinari zeitungeii, yibliant les nouvelles les plus fraîches, ce qui équivalait alors au klletin télégraphique d'aujourd'hui. On donne le prix de la feuille : 4kreutzers, 25 florins pour toute l'année des Ordinari et 44 pour les Extraordinari. Outre les nouvelles envoyées par les agents répandus ans toutes les parties du monde, on y trouvait, à ce qu'on prétend, tenouvelles littéraires, les annonces des livres curieux et jusqu'à des comptes rendus de comédies ! On dit qu'une collection de ces jour- Uux d'Augsbourg, de 4568 à 4604, est conservée à la bibliothèque fc Vienne. Si le fait est exact, je le rapporte sans contrôle préalable, les Ordinari zeitungen seraient le plus ancien journal moderne. Bs appartiendraient au même temps que The English Mercurie, dont le cinquantième numéro, portant la date du 25 juillet 4588, se trouve »D Musée Britannique. C'était l'année dans laquelle YArmada de Hiilippe II menaçait les côtes de l'Angleterre. Burleigh aurait, ït-on, demandé à Elisabeth de faire connaître au peuple anglais le ^irilable état des choses pour stimuler le patriotisme, et le English Uereurie aurait paru. — Il n'y a qu'une petite difficulté qui met l'Angletore hors de cause en ce point, c'est que ce cinquantième numéro ît les autres ont été imprimés sur un papier portant dans son tissu, în filigrane, les lettres G. R. (Georgius Rex), ce qui constitue un

anachronisme frauduleux d*au moins 126 ans! Bien de gmte érudits s'y sont laissé prendre.

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