ACTE DE NAISSANCE DU PREMIER JOURNAL EN BELGIQUE. Le
journal, pour ce qui nous concerne, fut publié dans la bonne d'Anvers, par un imprimeur du nom d'Abraham Verhoevwi. imprimeur, qui habitait au rempart des Lombards (Lomhanteiw^ renseigne du Soleil d*or {de gulden Sonne), — à ce que nousapj M. Genard, archiviste de la commune d'Anvers, dans une intëm*^ santé conférence sur l'imprimerie dans sa ville natale, — s'avisidt faire paraître un journal à publication régulière, sous letitieAl Nieuwe Tijdingen. C'était en 1605, du moins son privilège dii de cette année. Il y avait environ un an qu'Ostende avait capitiMi la guerre avec la Hollande continuait sur les bords de la Meuse 4 du Rhin, où Ambroise Spinola et Maurice de Nassau se tenaient ttMiv On avait soif de nouvelles qui n'arrivaient que par des corre^oiK dances et très-irrégulièrement. Ce fut alors que Verhoeven s'adnM aux gracieux princes Albert et Isabelle, pour obtenir un privilégi de publication. Cet acte fut rédigé en des termes dont voici la trado^n tion :
Alberl el Isabelle-Claire-Eugénie, archiducs d*Autriche, ducs de BourgofHi de Brabant el princes souverains des Pays-Bas, etc., etc., ont, par un pm9^ spécial, donné en Tan de Noire-Seigneur, seize cent et cinq, signé I. De BosadMlr octroyé et accordé à Abraham Verhoeven, imprimeur juré en la vittc d'AnTers,à pouvoir imprimer et graver sur planches de bois ou de cuivre el de vendre àai tous les pays soumis à leur obéissance, toutes les nouvelles, victoires, siégeiel prises de villes que lesdits princes feraient ou obtiendraient soit en Frise, soitfli environs du Rhin.
Les gracieux princes étaient-ils sûrs d'obtenir toujours des vifr toires ou de toujours prendre des villes en Frise ou sur les bords (h Rhin; ou bien, n'accordaient-ils ce privilège que sous condition i* ne parler des victoires ou des prises que si elles étaient à leur proft, avec injonction sous-entendue de taire les défaites ou les levée» ^ siège? Cette dernière opinion me paraît la plus probable; maisaiw une pareille stipulation, le public pouvait s'attendre à être singulièrement informé !
L'armistice de 1607 et la trêve de douze ans, en 1609, firert tomber le privilège et le journal. N'ayant plus de victoires et de prises de villes à annoncer, les Nieuwe Tijdingen disparurent. Où 3 n'y a rien, le roi perd ses droits.
Hais les trêves sont des trêves. Â l'expiration de celle de douze IQS, les hostilités allaient reprendre de plus belle. Cette fois, le Mitre de la guerre s'était étendu : Ferdinand II, élu empereur FAUemagiie en 1619, avait pour compétiteur Félecteur palatin élu m de Bohême. La guerre de Trente Ans était commencée. Spinola lipit l'ordre d'occuper les pays palatins; il prétait son concours à heqooy et Dampierre, les généraux de l'empereur. C'était du côté k rAllemagoe que se portait tout l'intérêt.
Il est probable que la première spéculation de Verhoeven, intermpue par les trêves, lui avait été profitable; celle que venaient m suggérer les nouveaux événements lui parut plus importante iwore. il avait du flair. Verheeven se mit en campagne pour solliâlsr la confirmation de son privilège à peu près avorté. Cette conirmation lui fut octroyée, et la concession eut plus d'étendue, car il M s'agit plus seulement d'imprimer et de vendre des victoires, mais Mcore de publier des nouvelles arrivées de Hollande et autres lieux. liUait de soi, du reste, que ces nouvelles devaient être favorables an idées et aux espérances des archiducs : les nouvelles qui auraient èé eoQtraires aux armes de Ferdinand II n'étaient sans doute pas comprises dans le privilège. L'acte est du 6 mars 4620; il précéda ie quatre mois le décès d'Albert.
M. Genard nous apprend que M. Henri Legrelle, d'Anvers, possède dans sa collection de livres les numéros des Nieuwe Tijdingen fcrannée 1621, et que 4a bibliothèque royale de Bruxelles conserve h collection presque complète de 1622 à 1631.
En 1637, les Tijdingen de Verhoeven passèrent à l'imprimeur Terdussen, qui leur donna le titre de Gazette extraordinaire, Positija^en; plus tard, celte publication prit le nom de Gazette van MUwerpen, qu'elle conserva jusqu'en 1827, époque à laquelle elle ■oorut d'inanition autant que de vieillesse.
Du temps de Verhoeven, les Nieuwe Tijdingen étaient du format petit in-quarto, paraissant par numéros de huit pages, imprimées en ciractères dits gothiques, et contenant des gravures sur bois qui représentaient des plans de villes, de batailles, des portraits, des spécimens de médailles, etc.; c'était, en un mot, un journal illustré. Tel est du moins ce qu'en dit M. André Warzée, auteur d'un Essai tooii^ sur les journaux belges, travail de longue persévérance «^contenant des documents nombreux, que la patience bénédictine <k M. Warzée a sauvés de l'oubli. Nous ne nous ferons aucun scrupule d'emprunter à un auteur aussi riche.