‹ Patria belgica; encyclopédie nationale ou exposé méthodique de toutes les connaissances relatives à la Belgique anicenne et moderne, physique, sociale et intellectuelleChapitre 8 sur 37 · UL · texte numérisé non relu

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Premier journal français a Bruxelles. — Le premier jooml rédigé en langue française à Bruxelles, et certainement dans le pqi» , parut en 1649. Il avait pour titre : Le Courrier véritable des P$fh Bas ou relations fidèles extraites de divei'ses lettres. G*étaitan in-qonit^ publié par Jean Mommaerts, imprimeur des états du Brabant.

Il parait qu'à cette époque les gazettes avaient acquis une asaflt mauvaise r^utation; car, non-seulement Mommaerts ne veut p» affubler son journal de cette qualification, mais il place en t^di son premier numéro (27 août 1649) un avertissement au lectar, ainsi conçu :

Dans les relations de ce Courrier, vous ne trouverez rien de contraire à il qualité qu*il se donne de véritable. Les choses y sont récitées brièvement et mite' ment, sans affectation ni déguisement. Vous n*y rencontrerez point des deserip' tions inutiles, ni ces dénombrements superflus qui ne servent qu*à multi|iliff les feuillets, moins encore des exagérations des petites choses ni ce rabaisseMrt des plus grandes dont on abuse par une complaisance servile et une corieM malignité. En un mot, ce ne seront point des gazettes dont lenometleproeM sont généralement décriés.

Ainsi s'exprimait lavocat, docteur en droit, Pierre HugorMïf qu'un octroi avait « commis et establi de grâce spéciale à Testât il charge de gazetier. » L'on dirait aujourd'hui de rédacteur en ctat

Pierre Hugonet tint-il ses belles promesses? La lecture des» Courrier, dont on trouve un exemplaire à la Bibliothèque rojA, prouve le contraire. Des nouvelles du dehors un faible contiogcÉi dans la mesure de l'exiguïté du format; des nouvelles de l'intérieif en très-petit nombre, le plus souvent celles de la cour. Quelquete ce{)endani le rédacteur entrait en guerre contre Renaudot, qfl appelait dédaigneusement le gazetier de Paris. C'était la seule polé' mique qu'il se permît ou, sans doute, quon lui permît. Mais 1] perdait ses peines et son encre, car le gazetier de Paris, plus dédai gneux encore, ne lui répondait pas.

Nous donnerons en passant un échantillon de cette polémiqiN Il s'agissait d une petite aventure d'avant -poste où le sergent < bataille (chef d'état-major) De Brouckere avait obtenu un avants] que la gazette contestait. Voici comment s'exprimait Hugonet :

« S'il est vrai , comme l'on dit, qu'il fait bon battre un glorieux, sans éo^ qu'il y a aussi de la satisfaction à contredire un menteur. Le gazetier Paris, qui possède ces deux qualités par éminence, n'a pas eu cette fois FesC assez fertile pour controuver un sujet d exaggéralion sur les exploits de ses git riers. H s'est contenté du rabbaissemcnt de quelques advantages que doosit^

M sar eux au récit qu*il fait de la prise du colonel Fabry et de ses gens. Dans inoitéànier une perte et dans ses mensonges à la déguiser, les gens de bien l la satisfaction de blâmer ceux qui autorisent ces lachetez. Ce n'est pas la s en cette rencontre par le sergent de bataille Brouc (de Brouckcre) et le î de camp Drouhot, dudit colonel Fabry, de 8 capitaines, 8 lieutenants coloaeb, 8 cornettes, 8 lieutenants et 500 maistres avec les étandarts, les bagages, i|Mlqoes carrosses et 600 cbevaux de conte fait, nous soions d*humeur à dresser éa trofées, ainsi que le gazetier le dit en conclusion de la relation. Mais nous ae tommes pas obligez de croire que quelqu'un de tous ces officiers et soldais Mit [m se trouver à Guyse, au Catelet et à Saint Quanlin, comme il veut le fcnoader, en même temps qu'on les a vus à Valenciennes. Ces fumées sont gros- ■ires et quelque bon marchand qu'il soit de telles denrées, il n'en aura jamais 4é\\é que parmi les idiots et les plus ignorants delà lie du peuple. » (20 octobre 1&49.)

Et ailleurs :

11 faut encore que ce gazetier regimbe comme es vieilles rosses contre les «Bps d'éperons qu'on lui donne pour lui apprendre son devoir; mais ses crimes mtlrop publics et trop obstinés pour les dissimuler désormais.

M.Pierre Hugonet, comme on le voit, n'y allait pas de main morte ni par quatre chemins; mais il ne faut pas croire qu'il n*a pas laissé de successeurs. On retrouve encore de nos jours des spécimens de ce ton de polémique, déguisé, il est vrai, sur une forme moins vulgaire.

Plus tard, le Courrier véritable, tout en continuant son petit comaerce de nouvelles étrangères, devint d'une insignifiance absolue quant à celles de l'intérieur. On n'y trouve, sous celte rubrique, que des relations de cérémonies ou la description de bons dîners que de grands personnages se donnaient en mainte occasion.

La vie de ce journal fut très-accidentée dans le cours de ses cent quarante-deux ans de durée.

Plusieurs fois il fit peau neuve et essaya de se rajeunir en divers aTatars, sans que ces transformations lui profitassent beaucoup. En 1652, il prit le titre de Relations véritables. En 1741, un sieur François Claudinot, imprimeur, en devint propriétaire et lui donna fenom de Gazette de Bruxelles; en 1759, le journal cessa de paraître pendant quelques jours, mais il revient à la lumière sous le titre de ^tte française des Pays-Bas, et supprime, après douze numéros, le ^^françoise. La Gçizette des Pays-Bas vécut ainsi jusqu'en 1794, et disparut du monde sans faire le moindre bruit.

AiTREs JOURNAUX. — D autrcs journaux, rédigés en flamand, l'avaient précédée; on gai'de quelque part deux numéros de 1637 des Meuwe

Tijdingen uyt verscheyde gewesten, publication hebdomadaire, gnol in-octavo de deux pages h deux colonnes, imprimées en caradèni gothiques à Bruges; j'ai fait mention du journal de VerhoeveD,qH fut suivi de la Gazette van Antwerpen. On en aurait beaucoup d;] très à ajouter à la liste, mais le journal le plus ancien, encore tant, est la Gazette van Gent, autrefois le Gentsche Post Tijiù dont on fait remonter la naissance h Tan 1667. La Gazette van a célébré en 1867 son anniversaire bi-séculaire, en distribuant! abonnés un fac-similé de son premier numéro. Voilà certes un exemple de longévité, que prime d'ailleurs celui de la Gazette France.

Parmi les journaux encore existant aujourd'hui et dont Fâgc respectable, il faut compter le Journal de la province de Liège, q& fut fondé le 16 avril 1764, et qui est toujours en pleine floraii malgré ses cent dix ans bien comptés. Le Journal d'Anvers, q4| remonte moins haut, a déjà une durée de soixante-trois ans (1" j»*^ vier 1811). Il en est d'autres, moins en vue, qui se distinguent leur longévité.

Revenons à d'autres journaux qui parurent vers le milieu du nier siècle et qui présentent un certain intérêt.

Le Gazetin fut publié à Bruxelles en 1760. Son fondateur étail • sieur Maubert, soi-disant chevalier de Couvert (en ce temps-là, toil individu quelque peu industriel se disait chevalier), espèce d» Panurge doublé de Figaro ; il avait déjà pris part à la rédaction de II Gazette de Bruxelles, à laquelle il donna plus tard le titre ûeGtudlt des Pays-Bas. Le sieur Maubert voulut marcher tout seul et fit pi* raître \eGazetin, qui fut le premier journal publié in-folio. Un nomné • Chevrier succéda au sieur Maubert. L'un et l'autre avaient del'espril, du trait et du tact ; ce qui n'empêcha pas le Gazetin de mourir zyfA d'avoir atteint sa deuxième année.

Le premier journal quotidien de la Belgique parut à Liège, b 1" février 1777, sous le nom bizarre de la Feuille sans titre. \^ Journal de Paris, depuis un mois seulement, avait osé tenter une pareille entreprise; il était quotidien depuis le 1" janvier.

Une singularité! il existait à Paris un Journal de Bruxelles, jxii^ en 1774, par Panckoucke, le futur propriétaire du Moniteur tmi«rsel. Ce journal avait pour rédacteur principal l'avocat Linguet qui» en 1776, fut remplacé par La Harpe. Je ne me suis pas enquisdH motif qui avait fait donner ce titre à un journal publié à Paris.

Nous n'avons pas parlé des journaux périodiques. Quelques-uns

HISTOIRE DE LA PRESSE. SUn

Cttréot un grand succès. D*abord, le Journal encyclopédique publié

àlM^, en 4756, par Rousseau, de Toulouse, avec approbation et

fMégd du prince-évêque Jean-Théodore de Bavière; c'était le

forte-voix, à l'étranger, des philosophes de Paris. Marie-Thérèse en

. éHeadit Tentréedans les Pays-Bas autrichiens. Rousseau, obligé de

* futter Li^e en 1759, se réfugia à Bruxelles, sous la protection

1 Ai prince Charles de Lorraine. Cependant il ne put y publier son

[ jooroal, qu il eut la chance de transporter à Bouillon dont le duc,

aux idées nouvelles, lui accorda un privilège de trente ans.

[Ce journal se fondit, en 1793, dans Y Esprit des journaux, que con-

\fmL plus tard Weissénbruch.

Le Journal historique et littéraire de Tabbé De Feller, imprimé à embourg, puis à Liège et à Maestricht, était une autre publica- ItiOQ périodique que son rédacteur écrivit presque lui seul pendant [ftasde vingt ans. Ce journal parut du mois d'août 1773 jusqu'en l jnllet 1794. De Feller était un écrivain infatigable, un homme trèslérudit et d'un rare mérite, mais sa fougue l'emportait trop soufwL C'était un journaliste unguibus et rostro.

Mais autant ces écrits périodiques avaient de l'influence, autant I la journaux courants étaient insignifiants, sauf à Liège où depuis frique temps la presse faisait parler d'elle. Partout ailleurs, elle teitsans le moindœ intérêt.

Légisution de la presse au xyu!"" siècle. — On a dit que le journal •tt le signe et le besoin de la vie commune, de cette vie entretenue •alimentée par l'esprit public. Or, il n'y a pas d'esprit public dans •n pays qui ne s'appartient pas, qui subit la pression d'une domi- Wion étrangère. Le nôtre, après avoir été une annexe dépendante fc l'Espagne devint une annexe dépendante de TAutriche, et s'il était *ûU8irait momentanément à la puissance de l'une ou de Tautre, ^te pour obéir à un vainqueur dont la lourde et rude main l'écrasait encore davantage. Comment un esprit public, c'est-à-dire 'Wional, se serait-il formé là où manquait la nation?

Hais un autre sérieux obstacle au développement du journal se lïOttvaitdans les institutions. L'imprhnerie, presque dès sa nais- ^ce, avait été l'objet des inquiétudes des gouvernants. Les peines ^ plus sévères, jusqu'à la mort par l'épée pour les hommes et par la fosse pour les femmes, étaient comminées contre certains délits ^impression, le fouet et le bannissement contre certains autres, "dédits qui se succédèrent dans le cours des xvi* et xvu* siècles et

au commencement du xviii% n'avaient généralement pour objet ^ les livres et surtout les feuilles volantes, nommées libella (liMK, petits livres; en Angleterre, pamphlet, du nom d'un imprimeur qn en imprimait beaucoup). Le journal n'était pas visé dans la légisittion, comme on dit dans le jargon d'aujourd'hui ; d'abord, il n'exisUit pas à l'époque des nombreux premiers édits, et quand il vint a^ monde on prit à son égard certaines précautions particulières, l'assimilant aux autres écrits imprimés, pour les peines, si les précautioai se trouvaient illusoires.

Or, le conseiller Rapédius de Berg, consulté par le conseil pri?é en 1793 sur l'état de la législation relative à l'imprimerie, Siissil observer que ce les lois concernant les auteurs et distributeurs de libelles séditieux et antres, antérieures à l'année 1787 et émanées de divers souverains, ont été constamment jugées suffisantes kYîSk de réprimer les libellistes et écrivains perturbateurs du rqwi public, dans les temps où les lois et les tribunaux et officiers de justice étaient respectés. Ces lois comminaient la peifie de mort (4 autres peines afflictives proportionnées à la nature et aux circoa- ^ stances du crime ou délit. » Certes, h suffisance de pareilles loi» devait sembler peu contestable, mais la législation patemeUe de ces époques avait pour maxime qu'il vaut mieux prévenir que réprimer; en conséquence, les journaux avaient été soumis à un ocirœ ou privilège concédé à beaux deniers comptants au profit du fisc, privilège qui pouvait être retiré sans restitution de la somme, ce qui était une façon de censure, laquelle n'empêchait pas la censure effective.

Aussi Rapédius de Berg dit- il naïvement dans sa consulte ; « Par l'édit du 25 juin 1729, de Charles VI, le gouvernement s'est assuré le moyen de gêner dans tous les temps la liberté de la presse et le commerce des livres, autant que la chose est possible et que les circonstances des temps peuvent l'exiger. »

On avait donc le droit légal de gêner les journaux de l'inlérieur et l'on ne s'en faisait pas faute ; mais, en outre, si quelques feuilles de l'étranger s'avisaient de déplaire en haut lieu, on les jewwï aussi en leur défendant l'entrée du pays.

Ainsi, décret du marquis de Prié (1723) prohibant la vente et la distribution du Mercure historique et politique, imprimé à La Haye» sous peine de 300 florins d'amende ; édit de Charles VI (1734) interdisant l'entrée des Pays-Bas autrichiens à la Gazette d'VtrecM; édit du même (1740) interdisant l'entrée de la Gazette de florto»»

édit de Marie-Thérèse (1778) interdisant l'entrée du Counier du SffSUii et du Courrier politique et littéraire^ sous peine d'ailleurs, ntm finir le lecteur, d'une amende de 300 florins à première inifaction, de 600 florins pour la deuxième et du bannissement perfitul à la troisième.

On comprend que de pareilles mesures n'étaient pas de nature à proYoquer les journaux à prendre certaines libertés, mais la menace oéme de ces mesures, trop souvent renouvelée, indiquait que le temps où ces libertés pourraient être prises n!était pas éloigné:

RtVOLlITlON BRABANÇONNE. — RÉUNION A LA FRANCE. — DcS réformes

mal connues, précipitées, ayant un caractère despotique, avaient excité depuis quelques années le mécontentement dans nos provinces. La vieille constitution du Brabant, 'dont le dernier article rappelait la &meuse clause finale de la constitution aragonaise; les privilèges de la Flandre fondés sur le traité conclu avec le duc de Ihrlborough en 1706 et ratifié par le traité de la Barrière ; ceux du Hainaut, de Namur, du Luxembourg, exprimés dans les anciennes fi^ulesdes serments que prétait le prince à son inauguration, forent ibolés aux pieds par le souverain, impatient de toute opposition au sjstème de réformes qu'il avait conçu. Il manqua, dans les moyens qu'il employa, de prudence, de mesure et même de justice. L^émeute, ee premier cri des révolutions, ne donna aucun enseignement. Un soulèvement généi*al éclata et les Etats Belgiques proclamèrent leur indépendance. En même temps, Liège, que d autres causes avaient nûse en mouvement, chassait son prince-évéque.

La presse, débarrassée de ses entraves, joua alors le grand jeu contre lennemi vaincu, mais elle se retourna bientôt contre elleni*nie, le parti vainqueur se divisa en deux camps qui s assaillirent . par des bataillons de brochures et des batteries de journaux.

On n'en finirait pas s'il fallait dénombrer tous ces enfants perdus d'une polémique ai*dentc et passionnée, dont la plupart restaient sur le carreau après quelques jours de lutte.

Après la rentrée des Autrichiens et la réintégration du prince- ^vêque à Liège, si les journaux durent imposer une sourdine à leur ^oix, les pamphlets circulant sous le manteau firent entendre de ^ves représentations. Le comte de Metternich, ministre plénipotentiaire d'Autriche, s'en alarma, mais ce n'était pas là qu'était le d^r. Le danger venait de la guerre déclarée le 20 avril 1792 I®r la France au roi de Bohême et de Hongrie.

3G8 6ELGmU£ MORALE ET INTELLECTUELLE.

Après des fortunes diverses, les troupes françaises s^étaUircit dans le pays en 1794. Les journaux recouvrèrent une appareneede liberté, mais en réalité, les seuls journaux favorables aux vaiaqueurs en usèrent largement ; les autres se tinrent sur la réserve. La Gazette des Pays-Bas, alias Gazette de Bt^uxelles, fit nâeux : elle donna définitivement sa démission en passant de vie à trépas.

Le 6 octobre 1795, cinq jours après lacté de réunion, on pubiâ en Belgique la constitution de la république du 5 fructidor au m, portant les dispositions suivantes : « Nui ne peut être empêché de dire, écrire, imprimer et publier sa pensée. Les écrits ne peuveol être soumis à aucune censure préalable. Nul ne peut être respoftsable de ce qu'il a écrit ou publié que dans les cas prévus pèr la loi. »

Ceci était le principe constitutionnel ; en voici le commentaire organique : le 17 avril 1796, loi contenant des mesures très-répr»» sives des délits qui peuvent être commis par la voie de la presse; le 5 septembre 1797, nouvelle loi' de salut public restreignant peu* dant un an Texercice de la liberté de la presse et TassujettissaïUk la surveillance salutaire et paternelle de la police; lois du 30 septembre et du 4 octobre 1797, condamnant les journaux à venir en aide à la pénurie du trésor par Timposition d*un droit de timbre; le 13 novembre 1797, arrêté du Directoire déterminant les mesures de police à prendre à Tégard des journaux (elles ne brillaient pis par la modération); le 26 août 1798, prorogation de la loi du 5 septembre 1797.

Le 18 brumaire survient et, peu de temps après, la constitution de Fan vni. Cette constitution est muette sur la question de li presse. Bonaparte jugeait à propos de n'en pas parler et de bénéficier des lois qui avaient été accordées au Directoire.

Le 17 janvier 1800, arrêté des consuls restreignant à treize le nombre des journaux de Paris qui pouvaient être distribués pendant la guerre et autorisant la suppression de ceux qui inséreraient certains articles ; une partie des droits qu exerçait le ministre de la police sur les journaux de Paris était attribuée aux préfets dans les départements.

C'est sous l'empire de ces lois et de ces arrêtés que plusieurs feuilles furent créées dans les départements réunis. On doit se douter de la grande circonspection que s'imposaient les éditeurs qui, pour la plupart, étaient en même temps leurs propres rédacteurs. Ces ménagements ne les garantirent pas toujours. Brackenier,

leur de YImpartial bruxellois, fut poursuivi en 1796, sous prèle qu il avait exagéré les pertes de Tarméç de Sambre-et-Meuse. tain fit-il observer que son article était emprunté à un journal Paris qui, publié sous les yeux du pouvoir, n avait été lobjet icune mesure répressive. Brackenier fut envoyé à File de Rhé ; il sortit trois mois après, pour aller habiter Douai sous la sui^eilce de la police; il ne revint à Bruxelles qu en 1800. La liste est longue des journaux de Bruxelles et d*autres villes I départements réunis qui succombèrent sous les mesures arbitres du Directoire et sous les lois qu'il fit rendre : le Courrier du ire, publié à Bruxelles, interdit; le Belge français, interdit; le fporteur, interdit; YImpartial européen, interdit, etc., etc., sans npter les suspendus.

IOkaclb. — Un des journaux les plus en crédit à Bruxelles au Bunencement de ce siècle était YOracle, singulier nom pour un mal qui se serait bien gardé d'émettre une opinion. Il avait Bimencé sa publication dans les derniers jours de Tannée 1799, mois et demi après le 18 brumaire.

lOraele se bornait à réproduire sans commentaires les nouvelles Paris et de Tétranger, . les pièces officielles, des extraits des mees du Tribunat et du Corps législatif. Quant aux nouvelles lies, elles étaient rares et se composaient particulièrement des cours et des agissements du préfet de la Dyle. Quelquefois ccpentt YOracle s'émancipait. Il écri\'ait, le 5 germinal an vni :

Plusieurs habitants de Bruxelles nous ont envoyé des réflexions et des aies sur la manière dont on traite noire superbe promenade du Parc ; on se Bttortout de la dégradation de ces belles allées plantées en quinconce qu*une D ennemie el de mauvais goûl dégrade de la manière la plus barbare. II est |M d'arrêter les changements qui se font au Parc el ceux qu'on y projette )re, sans quoi notre promenade, Tadmiralion des étrangers, sera bientôt onnaissable. »

Tétait un acte de quasi-indépendance de la part de YOracle qui, r le faire, avait profité d'un moment d'interrègne administratif. Iministration municipale allait être dissoute, le préfet venait à « d'arriver. VOracle glissa sa réclamation dans cet intervalle {que anarchique. Aurait-il osé la présenter plus tard? Il aurait dans ce cas, éprouver le sort de la Lorgnette de Bruxelles. Ce nal avait écrit, dans son numéro du 25 décembre 1802, un article que sur l'enlèvement dès boues dans les rues de la ville. Cet

article déplut au fermier des boues, qui se plaignit au préf(^,leqQd fit comparaître devant lui le citoyen rédacteur Daudet, le r^ manda vertement et l'invita à s'abstenir dorénavant, sous peine tfinterdiction de son journal, de toutes mauvaises plaisanteries sur ce qui concernait l'administration . Mais, en outre de la réprimande, on lui ordonna de s'assujettir à ne plus insérer aucun article de politique, d'administration ou de police que préalablement il ne Fell soumis à M. le préfet. — Seize ans s'étaient écoulés depuis que h grande pièce de Beaumarchais avait fait son éclatante apparition sur le Théâtre- Français; M. Doulcet-Pontécoulant avait pu .assister I cette première représentation et rire comme les autres à la célèhe définition, donnée par Figaro, de la liberté de la presse. Mais autre temps, autres mœurs. Les réprimandes pleuvaient alors sur les jotf^ naux; c'était V avertissement de l'époque. On s'estimait même boa prince quand on n'allait pas plus loin.

Pour revenir à YOracle^ il étail assez bien en cour. On daignait lui adfOKi des communications semi-ofiicielles. Dans le numéro du 12 germinal, il publie la note suivante :

« Le conseil de préfecture n'est point encore nommé ; on met une sage Icnteu dans le choix des hommes qui doivent le composer. On assure que la place di maire a été offerte à deux hommes très-connus de la ci-devant noblesse etqn tous deux ont cru devoir refuser. Il paraît certain que la pi:ace de préfet «h police est destinée au citoyen Rouppe, dernier commissaire du pouvoir aoprè de l'administration centrale (du département). »

Les habitants de Bruxelles en 1800 aimaient à rire. Voici une anecdote locik que raconte V Oracle dans une de ces rares occasions où il parle de ce qui * passait dans la ville.

u Le i^^ avril a donné lieu en cette commune à une plaisanterie très-gaie. ^ des sociétés dramatiques d'amateurs qui jouent à la saUe du Parc avait annofie^ pour ce jour-là une représentation de Pyginalion et de Marguerite, En coBsé" quence, un grand nombre de billets répandus par les sociétaires et avidemesl reçus par nos élégantes, annonçait une foule considérable au spectacle; en eftli le salle était pleine à ne «pouvoir se remuer. Cependant l'heure s'écoulail et k rideau restait fermé; l'orchestre bûillait en attendant l'ordre déjouer. A 7 henrcsel demie, l'impatience se manifeste et l'on demande la pièce à grands cris. Api^ un tumulte prolongé, l'éternel rideau se lève enfm, mais c'est pour laisser voir «A écritcau portant ces mots : Poisson (Vavril, Cette farce, à laquelle personne a< s'attendait, occasionna un étonnement général qui finit par des éclats de nrt prolongés. » •

Il y avait dans V Oracle une partie littéraire sous la forme de Fari^rA. On y trouvait de petits vers, quelques comptes rendus d'ouvrages nouveaux. Voici deee* dernière catégorie un échantillon qui a son prix. Nous venons de donner la aoU joviale ; nous donnons ici la note niaisement prétentieuse :

ce On vient de publier k Berlin un livre abominable en 13 gros volumes in-foW»

^ Fauteur s*est efforcé dlnspirer le plus grand mépris du mariage et des femmes oll ravale presque au-dessous de la brute ; ce qui console un peu de sa vilaine amear, c'est qu'il n'épargne pas plus les femmes de l'antiquité que celles de nos ion. Le roi de Prusse a montré son indignation contre cet ouvrage. »

EtaussitùtrOnui^ termine sa Fari^/^ de quinze lignes par le madrigal que voici :

c Sexe charmant, sans qui il n'est pas de vrais plaisirs ici-bas ; vous qui êtes eplos bel ouvrage qui soit sorti des mains de l'Être suprême ; vous qui avez été us sar la terre pour adoucir les maux des mortels, pardonnez les outrages de cet utrar barbare. Si j'en avais la puissance, je le condamnerais à être privé pour lOQJoors de voire aimable présence ; croyez que, malgré ses indécents sophismes, ce serait la punition la plus cruelle que l'on pût faire éprouver à cet infâme calomniateur (14 germinal, an viii). »

ÛQ D'écrit plus comme cela et c'est dommage !

ie cueille dans un autre numéro au hasard la fleur littéraire suivante... 11 y en aorait bien d'autres h ramasser :

« Od annonce que M"** Desaix, mère du général sur Vume duquel elle pleure earvr^ a obtenu une pension de 3,000 fr. et la radiation (de la liste des émigrés) de deux de ses fils, frères de ïillustre expiré. »

Malgré la prudence et les gages qu'il donnait à la préfecture, V Oracle lui- ■éme fut suspendu au mois' de juillet 1803 pour un article atroce, disait l'arrêté de suspension, contre la conduite des militaires français en Hanovre. Mais il roura bientôt en grùce.

Sous 1 empii'e, rien à signaler. Sans sortir des limites d'une honnête médiocrité, V Oracle néanmoins s'était amélioré au point de vue du format et du papier et même de la rédaction; mais, en politique, il ne Êdlait pas lui demander autre chose que les nouvelles étrangères autorisées et les décrets impériaux.

L'horizon, plus tard, s'assombrit; on n'en eût su à peu près rien, si 1*011 n'eût dû l'apprendre que de la bouche de X Oracle. Des extraits te nouvelles étrangères pouvaient seuls le faire pressentir. La veille de l'entrée des alliés à Bruxelles, \' Oracle ne sonnait mot.

Lorsque les troupes fi-ariçaises eurent évacué Bruxelles, XOracle 5e mit un peu plus à l'aise, d'abord timidement, puis avec moins lliésiution. En avril 1814, l'intendant du département de la Dyle ïyant demandé des renseignements sur l'état de la presse à Bruxelles, le maire lui répondit que de tous les journaux publiés fans la \ille, le seul qui lui parût rédigé avec soin était XOracle. Test aussi, disait-il, le plus répandu. Les autres, en effet, comptaient à peine. On remai'quait seulement la feuille que M. Rampeliïerg avait publié le jour de l'entrée des alliés, et qui devint le 'ottmoi de la Belgique.

Pendant la guerre, jusqu'à la chute de l'empire, les journaux des ^ens déparlements réunis prêtèrent aux alliés leur concours,

.répondant ainsi aux vœux du pays, heureux de sa délivrance. Ds accueillirent avec joie ces paroles de la proclamation du géoénl Bulow : « Qu elle renaisse cette Belgique jadis si florissante, mtis qu elle renaisse sous Tégide de la paix et du repos. L*indépendaiioe rien est plus douteuse... » Mais chacun avait donné à ces parolesb sens conforme à ses désirs.

Royaume des Pays-Bas. — L'histoire du Directoire et de rempire est le martyrologe de la presse; celle du royaume des Pays-Bas ne Test pas moins.

A peine le prince souverain des Provinces-unies avait-il monté les marches du nouveau trône, que, par la fatalité des circonstances, k journalisme se vit menacé. Napoléon, débarqué le i""' mars au golfe Jouan, entrait aux Tuileries le 20. Cette course merveilleuse du golfe Jouan à Paris frappait les imaginations populaires, si promptes à se laisser entraîner par le succès et à adorer le lendemain ce qtfon avait brûlé la veille. Une partie* de Tarmée avait à peine quitté le drapeau qu'elle allait peut-être bientôt revoir flotter sur le diamp de bataille. Dans ces moAients d'incertitude et d'inquiétude, des paroles véhémentes et séditieuses, des écrits insidieux pouvaient faire naître une excitation dont les conséquences seraient dangereuse».

On dut recourir à de rigoureuses mesures.

Un arrêté du 20 avril 1815 commina des peines telles que Tel position, la dégradation, l'emprisonnement d'un an à dix ans ou u* amende de 100 fr. à 10,000 fr. contre ceux qui débiteraient d^ bruits ou annonces tendant à alarmer ou à troubler le repos publ ou se signaleraient comme étant partisans du gouvernement d'uJ puissance étrangère,... soit par quelques faits ou écrits. Si les crim^ désignés avaient troublé le repos public ou causé une sédition, y allait, outre lamende, des travaux forcés à temps et de la marqui sans préjudice, disait l'arrêté, de la peine de mort, le cas échéan Une cour spéciale extraordinaire était instituée pour la répressia de ces crimes ou délits. Point d'information préalable du juge d'ic struction, point de recours en appel ou en poui'voi; les arrêts élaiei exécutoires dans les vingt-quatre heures.

La situation était exceptionnelle; les mesures qu'elle appel» devaient l'être également. Un journal récemment créé et dont lop: nion était alors d'un grand poids, YObseiDateur politique, le reoor naissait. A la guerre comme à la guerre : c'était un moyeu de de fense que les événements rendaient nécessaire en le justifiant. Mai

le nouveau roi ne se doutait pas, en apposant son nom au bas de cet arrêté, qu*il signait la révolution de 1830.

Waterloo avait décidé la grande question. Le royaume des Pays- Bas était constitué. Le 24 août 1815, la loi fondamentale porta, dans sOD']article 227 : « La presse étant le moyen le plus propre à répandre les lumières, chacun peut s'en servir pour communiquer ses jjensées, sans avoir besoin d'une permission préalable. Néanmoins tout auteur, imprimeur, éditeur ou distributeur est responsable des écrits qui blesseraient les droits soit de la société, soit d un individu. » Rien à redire dans cette déclaration de principes, sinon quelle établissait la responsabilité cumulative.

La loi française d'amnistie de 1816 avait jeté dans le royaume des Pays-Bas un assez grand nombre de proscrits. Quelques-uns d'entre eux publièrent un journal, le Nain jaune réfugié; il prit pour point de mire de ses sarcastiques articles le gouvernement de la l'estauration, qui se plaignit et obtint du roi des Pays-Bas la présentation d'un projet de .loi ayant pour objet d atteindre les écrits dans lesquels seraient outragées les puissances étrangères. L'exposé des 'Dotifs constatait, en termes généraux, que la législation actuelle D'ofrait pas de moyens suffisants pour réprimer l'abus qu'on pondit faire de la liberté de la presse. C'était avouer que l'arrêté du 20 avril 1815 n'avait été qu'une mesure transitoire, comme les cir- ^nstances qui avaient obligé d'y recourir. Le projet fut adopté.

Mais le gouvernement se ravisa. Inquiet de certaines manifesta-

^^ns et des allures prises par une partie de la presse, il demanda

P^'otection.à l'arrêté du 20 avril 1815 qui, émané du seul pouvoir

®^uverain de l'époque, avait à ses yeux le caractère de loi. C'est ce

9^*on appelait un arrêté-loi.

t>es poursuites contre des écrivains et des journalistes furent in- ^^ïïtées. On renvoya les accusés devant la cour extraordinaire spéciale ^^i, dans ses arrêts, invoquait les termes de l'arrêté de 1815. Ces ^ndamnations successives, et la plupart très-rigoureuses, firent ^^ndale dans l'opinion publique, mais le gouvernement n'en tint ^nipte et la cour continuait d'officier et de condamner en vertu du ^^lencontreux arrêté.

lies choses allèrent si loin que le gouvernement crut devoir faire

^^ concessions ; mais il ne céda que sur deux points : la juridiction

extraordinaire et les formes de procédure ; il garda soigneusement

l^ moelle de l'arrêté, c'est-à-dire la désignation des crimes et des

délits et les pénalités. Un projet de loi présenté dans ce sens fut

adopté par les chambres dans la séance du 22 février 1818.

Ce fut, à vrai dire, un tour de maître Gonin parlementaire. Opposition dans la chambre, opposition dans la presse, opposition dans l'opinion s'y laissèrent d'abord prendre, tant on était naïf. On o'j vit clair qu'après TafiFaire faite. Cette journée fut appelée « la jwffnée des dupes. » Les poursuites et les condamnations eontinuèrenl

Un député à la seconde chambre, M. Charles de Brouckere, fit II motion, dans la session de 1828, d'abroger l'arrêté de 1815 et la loi de 1818. Cette motion fut rejetée.

Néanmoins le gouvernement crut devoir présenter un projet de loi sur la presse, qu'il dut encore modifier. La loi du 16 mai ISS était tolérable, mais, le il décembre suivant, un message du roi accompagnait un nouveau projet qui exhalait l'odeur de farrêlé de 1815 tout en déclarant abroger cet arrêté et la loi de 1818.

Un pétitionnement général aux chambres s'ensuivit. Il fallut reienir sur bien des dispositions contenues dans le projet de loi primitif. Des débats naquit la loi du l*'' juin 1830 dont ropinion, de nouveau surexcitée, réclamait l'abolition. Moins de trois mois après, éclatait la révolution.

Les dernières années du royaume des Pays-Bas furent une période brillante pour la presse belge ; je dis la presse bel^e, car, jusqu'alors, cette presse n'avait pas été sérieusement constituée. L'esprit public lui avait manqué dans les premiers temps; vainement an journal périodique, rédigé avec talent et conçu dans des vues d'un sage patriotisme, avait cherché à le créer; il s'était éteint devant l'indifférence ; vainement un petit nombre d'autres journaux essayaient d'appeler l'attention sur quelques questions intérieures, 6t avaient même subi des condamnations, non sans un certain retentissement, l'opinion était détournée parla plupart des organes de h publicité qui, fondés, en général, par les bannis de 1815, ne pe^ taient l'intérêt de leurs lecteurs que sur les faits et gestes de b France ou sur les événements dont les pays étrangers étaient alors le théâtre. Nos journaux étaient la copie ou, si l'on veut, la contrefaçon des journaux de Paris. Les révolutions de Naples, duPi^ mont, de l'Espagne les tenaient plus en. haleine que nos propres affaires. Si des critiques dirigées contre un nouveau système de finances amenèrent la condamnation de Vander Straeten et de soï journal; si des observations malignes couchées dans un «fondd< valise » attirèrent des poursuites au Courrier des Pays-Boi, ces exceptions ne faisaient que confirmer la règle.

Le Courrier des Pays-Bas, qui avait succédé au Vrai libéral en IS2i, ne contredisait pas encore à cette tendance de la presse. Plus littéraire même que politique entre les mains des écrivains iiabiles qui le dirigèrent d*abord, il était de Topposition, mais d une dpposition accommodante ou réduite à une faible action.

De la création du Mathieu Laetisberg à Liège, en 1824, date 1 éveil de la presse belge. Ce journal chercha quelque temps la voie que l'accumulation des griefs ne tarda pas à lui indiquer. Il entrevit que la presse était sans influence parce quune direction nationale lui fiiûait défaut, mais il entrevit en même temps que cette direction devait venir d un esprit public qui déjà se formait. Des articles de haute raison, remarquables aussi par la clarté et Télégance simple du style, attestèrent par intervalles la nouvelle tendance du journal.

De son côté, le Courrier des Pays-Bas, dont la rédaction s'était modifiée, prenait une allure plus ferme et appelait avec résolution, sur le pays, sur ses intérêts et ses besoins, Fattention publique trop longtemps égarée sur d'autres questions. Un peu plus tard, une association d'hommes, jeunes pour la plupart, mais sérieux, intelligents, nourris de fortes études, dévoués au pays, habiles à manier la plume, chacun selon son tempérament et son originalité, se forma pour donner au Courrier des Pays-Bas plus de développement et lui assigner un grand rôle dans la lutte qui était ouverte.

Tel de ses rédacteurs, toujours à l'avant-garde, allait droit aux questions qu'il attaquait avec une brusque franchise; tel autre ^chait de solides arguments sous l'enveloppe légère d'une spiri- ^élle causticité; un troisième employait son esprit judicieux et ses ^nnaissances acquises par de patientes études à l'examen d'objets P'us généraux; un autre se distinguait par un sarcasme froid, mais Pénétrant, par une phrase subtile, souvent aiguisée du bout; un ^^tre encore, déjà rompu aux luttes de la presse, apportait le tribut ^® sa science juridique et des méditations que la politique emprun- ^H à la philosophie; un autre enfin mettait une plume souple, gercée et doucement malicieuse au service d'idées généreuses et Sincères. A ces rédacteurs ordinaires qui portaient le poids du jour, 'tenaient se joindre quelques auxiliaires de bonne volonté.

A Liège, un homme de grand talent, d'un noble caractère, d'un ^prit calme et profond, dirigeait le Courrier de la Meuse. A Gand, le rédacteur du Catholique ne s'épargnait pas à donner de vigoureux ^ups de boutoir à ses adversaires.

Ces journaux et d autres, tels' que le Beige, le Vadeilatuler, etc., se

pavoisèrent du drapeau de lunion et mirent en commua les grieft des divers partis pour en obtenir le redressement par une acte combinée. Dans ces articles souvent pleins de verve et animés |ir la conviction, on élaborait, sans le savoir, la constitution de 1^ Des poursuites et des condamnations sensuivirent : inutile Sm reproduire le détail.

On crut faire un coup de parti en opposant la presse à la pressa. Le Journal de Gand, dans la personne d'un écrivain gagé quels hasard avait conduit en Belgique, prit fait et cause contre Tumoa; le million de Tindustrie servit à créer un journal, le Nationd^k triste mémoire, dont la direction fut donnée à un homme plosienn fois flétri par la justice et flétri par lopinion. Les antécédents deett homme étaient sans doute ignorés de ses commanditaires, maisb journal n'en subsista pas moins après qu'ils eurent été dévoilés.

L'un des écrivains qui s'était le plus distingué dans la lotte, M. De Potter, déjà condamné pour délit de presse, fut condaiDBé une seconde fois avant d'avoir subi toute sa peine. II fut frappé de bannissement, conjointement avec MM. Tielemans , Bartels el De Nève, par arrêt du 30 avril 1830.

Révolution de septembre. — Le 27 juillet, révolution à Paris. Le 25 août, troubles à Bruxelles, et peu de jours après la Belgiipe entière travaillait à assurer son indépendance.

L'un des premiers actes du gouvernement provisoire fbt de « 6ife disparaître les entraves par lesquelles le pouvoir avait jusqu'alors enchaîné la presse dans son expression et son développement. » L'article 2 d'un arrêté du 16 octobre 1830 portait : « Toute loi ou disposition qui gène la libre manifestation des opinions et la propagation des doctrines par la voie de la parole, de la presse ou de l'enseignement est abolie. »

La constitution du 7 février 1830 déclara, article 18 : « La presse est libre; la censure ne pourra jamais être rétablie; il ne peutétie exigé de cautionnement des écrivains, éditeurs ou imprimeurs. Lorsque l'auteur est connu et domicilié en Belgique, l'éditeur, l'imprimeur ou le distributeur ne peut être poursuivi. » Et aux articles 96 et 98 : « En matière de presse, le huis clos ne peut être prononcé qu'à l'unanimité. Le jury est établi en toutes matières criminelles et pour délits politiques et de presse. »

Au moment de clore sa laborieuse existence, le congrès nation^ (20 juillet 1831) rendit un décret sur la presse conforme à l'espri

slk la lettre de la constitution : ce décret, qui abrogeait les lois du 16 mai 1829 et du I*' juin 1830, devait être soumis h la législature, élablie par la constitution, avant la fin de sa prochaine session. Une loi du 19 juillet 1832 prorogea ce décret jusqu'au l"' mai 1833. De cette époque jusqu'au 6 juillet, il n^y eut pas de législation sur la . presse. Le décret fut remis en^ vigueur et prolongé indéfiniment par h loi du 6 juillet 1833.

La plupart des journaux qui figurèrent dans cette longue lutte ODt disparu. Le Politique, transformation du Mathieu Laensberg, termina son existence en 1841; le Courrier des Pays-Bas, devenu Cmnier belge, succomba en 1839; le Belge avait cessé d'exister; le Cwnvr de la Meuse, transféré dans la capitale en 1841, prit le litre kJmmal de Bruxelles.

iïaulres journaux furent créés au commencement de la révolution : lÊmneipation (21 octobre 1830), l'Indêpemlant (7 février 1831, le joor de Tadoption de. la constitution), le Mémorial belge (16 décembre 1831). Je ne parle que des principaux et, en particulier, de ceux de Bruxelles.

UÉmancipation fournit pendant quelques années une assez belle carrière. Llndépendant vécut jusqu'au 6 décembre 1832. Il avait i»Tenté les post-scriptum, qui étaient alors h peu près ce qu'est wjourd'hui le bulletin télégraphique. Malheureusement les informaliooè qu'il recueillait de toutes mains étaient souvent hasardées, ce qui en amena le discrédit. Le 6 décembre 1832, il se fondit dans •e Mémorial belge, qui abdiqua ce titre pour prendre le nom de flndépendant. Plus tard, à la suite d'une petite révolution intérieure, findépendant devint flndêpeudance belge. Sous cette dernière firme, ce journal effectua deux innovations qui furent adoptées par un grand nombre de journaux et se sont depuis maintenues. La prenùère est celle de la revue ou bulletin politique placé en vedette, 8orle de résumé raisonné, qui permet au lecteur d'embrasser dans Dû court espace les faits les plus importants développés dans le numéro du jour. La seconde innovation est due à la révolution de fivrier.A cette époque de trouble profond des esprits, de passions violemment surexcitées, çle commotions incessantes, on était inquiet de savoir ce qui sortirait de cette fournaise où étaient jetés pêle- Dïêle tant d'idées et tant d'intéréls. Les journaux de Paris n'accu- *^cnt pas suffisamment la physionomie de cette capitale : ceux ^ parti vaincu se tenaient sur la réserve ; ceux du parti vainqueur se livraient îi d'ardentes discussions théoriques sur les prom. 25

blêmes sociaux. La politique semblait dépendre alors des événeaieDti journaliers de la rue ou des luttes engagées dans des réuoiou bruyantes. On démêlait mal à distance, et par le seul intermédiûrt des journaux, les causes et les effets de ces mouvements. Un anda rédacteur de l'Indépendance, habitant alors Paris, envoya à ce journal quelques lettres demi-sérieuses demi-humoristiques, sur ea faits que la presse ne rapportait et ne représentait qu'imparfaitement. Ces lettres eurent du succès, si bien que l'Indépendance a fît une institution. La correspondance, rare et occasionnelle précédemment, devint partie intégrante et ordinaire du journal. Deprocb en proche on imita cet exemple, et aujourd'hui, tout journal bdp qui se respecte a ses correspondants attitrés partout où suf^ quelque événement digne dattention.

Un essai de journal officiel fut fait le 19 octobre 1830, sous II titre l'Union belge, qui cessa de paraître le 3 mars 1831. Le Jfomtor belge fut créé le 10 juin 1831.

Dans la période qui s étend de la révolution de septembre jusqu'au temps présent, bien des journaux ont été établis, beaucoup ont disparu ; d'autres, après avoir perdu le crédit qui s'était attaché à eux, se sont réduits, soit en conservant leur titre, soit en y renonçant, au rôle de satellites de rivaux nouveaux et heureux ; quelquesuns continuent d'accomplir une brillante carrière.

N'oublions pas de mentionner un fait très-important pour la presse belge. Le 25 mai 1848, une loi abolit l'impôt du timbre sur les journaux et écrits périodiques. Cet impôt variait de 24 à 32 pour cent dji produit brut des abonnements. L'abolition du timbre permil aux journaux d'agi*andir leur format ou de réduire leur prix. Cette mesure eut naturellement une grande influence sur le dévelojçement et la propagation des journaux.

La liberté de la presse a cause gagnée en Belgique, constitutionnellement, légalement et pratiquement ; sur ce dernier point, il y* eu depuis longtemps identité de vues entre les cabinets qui se sont succédé, quelle qu'ait été la différence de leur couleur politique.

Que cette liberté ait parfois des inconvénients, je n'entends pas le nier. La Fontaine l'a tait remarquer avec sa bonhomie narquoise:

Tout faiseur de journaux doit tribut au Malin.

Mais on s'accorde aujourd'hui sur ce point que les inconvénients sont dépassés, dans une mesure considérable, par les avantages que •4a libei*té peut produire et qu'elle produit.

Appelons deux penseurs éminents, dans deux camps différents, à en témoigner. L*un a dit : « Tous nos gouvernements ont cru rem- -porter une grande victoire en introduisant un système de restrictions ou de servitude; toutefois, si Ton jugeait d'après l'événement, il serait difficile de découvrir ce qu'ils y ont gagné. » (Benjamin Constant.) L'autre s'est exprimé en ces termes : « L'État peut être troublé par ce que peuvent dire les journaux, mais il peut périr par ce qulls ne disent pas. Il existe un remède efficace contre leurs exagérations, il n'y en a pas contre leur silence. » (De Donald.)

La presse belge ne reverra pas les temps mauvais que nous avons décrits. Ce n'est pas que les passions politiques aient disparu ; les partis sont toujours aux prises; qui veut d'une façon, qui d'une autre. Il en sera ainsi jusqu'à la consommation des siècles ; car les partis sont immortels sous les formes changeantes qu'ils revêtent dans le cours des âges, et il faut que cela soit : la Parole ayant déclaré quelle avait livré le monde aux disputes des hommes.

ïais notre nationalité est assise sur le roc où toutes les volontés remplacée et la maintiendront résolument; mais la constitution, qui garantit les droits de tous et de chacun, est respectée, et son osprit a passé dans notre sang; mais la sage jurisprudence politique fondée par le preioaier roi restera la règle de famille de ses successeurs; mais enfin, la dynastie se confond de plus en plus *i^ le pays, par un sentiment de mutuelle affection et par le gage ^es intérêts réciproques.

U polémique ne met pas toujours ses paroles sur le plateau

^'ï«ie balance; cependant si les journaux s'escriment sans relâche les

^s contre les autres et s'envoient de fiers défis, la loi n'a point

* s'en inquiéter. Elle peut, comme autrefois le héraut d'armes en

^^vrant la lice, prononcer la vieille formule : Laissez aller!

^ statistique des journaux belges à la fin de 1840 signalait 71 journaux, dont

^ quotidiens : Moniteur belge, Émancipation^ Observateur, Indépendant, Cour-

\^ belge ou Fanal, Belge, Journal de la Belgique, Commerce belge. Lynx,

^riote belge, à Bruxelles, Journal des Flandres, Organe des Flandres, Mes^

*?9er de Gond, à Gand , Journal de Liëge^, Politique, Espoir , Courrier de la

'^^use. Gazette de Liège, à Liège, Précurseur, Jmimal d'Anvers, Journal du

^^^^mercc, à Anvers, Nouvelliste, Journal de Bruges, à Bruges, É clair eur , Ami

^ l'ordre, à Namur, Franchimontois, Nouvelliste, à Verviers, Gazette de Mons,

•Moos; — 19 paraissant trois fois par semaine: Presse libre, à Bruxelles,

^^iàirlander. Gazette van Gend, Gentsche Mercurius, Vlaming, à Gand, Ant-

^'^^^npsck Nietùusblad, Antwerpenaer, Postryder , à Anvers, Annonce de Bruges ^

^^oif^rt, Gazette der provinde, à Bruges, Kempetiaer Aenkondigingsblad, à

Turnhoul, Courrier de V Escaut, Écho, à Touraai, Journal de Cktaiem,\ Charleroi, Ami du peuple et des lois, à Namur, Écho du Luaxmbourg, \ Aiioi, Journal du Limbourg belge, à Hasscll; 14 paraissant deux fois par semaiie: Journal des étrangers, Méphistophdès, Gazette des théâtres. Annonce, Éà»à commerce. Courrier des théâtres, à Bruxelles, Contrôleur^ à Anvers, AhâBi, à Turnhout, Advertentieblad, à Lierre, Chronique de Courtrai, Petites ûgidm, à Courlrai, Propagateur, à Ypres, Gazette van Veume, à Fumes, Jound k Louvain, à Louvain; 10 hebdomadaires : Magnétophile, Moniteur du commem, • à Bruxelles, Hebdomadaire, à Anvers, Gazette van Audenarde, AnnoncenUâil à Audenarde, Publicité, à Ypres, Feuille d*annonces, à Ostende, AnnoncmM^ à Louvain, Aenkondigingsblad, à Alost, Onpartydige, à Temrionde.

Cette statistique est curieuse lorsqu'on la rapproche de la liste suivante :

LISTE DES JOURNAUX BELGES AU 3i DÉCEMBRE 1874.

Province d*Anvers. — 10 quotidiens : Escaut, Journal d* Anvers, Opmm^ Précurseur, Lloyd anversois, Handelsblad, Koophandel; Scheldegalm, CoUieh bourse d* Anvers, Kleine Gazet, à Anvers ; — 99 hebdomadaires : BelgisàuIHutratie. Fédération artistique. Courrier de la semaine, Duiven lAefliebber, Meetiʧw Recht door Zee, Revue commerciale. Revue sur Vhuile de pétrole, Werker, Wakr mansregt. Lange Wapper, Vooruit, A /fiches générales, à Anvers ; Burgery, DfU Lierenaer, Mechelschberigt, Mecfielsche courant, MecheUch Nieuws en Am^ kondigingsblad, Ware VolksvHend , Kempeti , à Malines, AenkondiginçsUtin Kempenaer, Kempen, à Turnhout, Advertentieblad, Gazet van Lier, Kerkèf» wegtvyzer van Lier, à Lierre, Advertentieblad van Gheel, Nieuuisblad,ï&»A Kempenland, Nieuws en Advertentieblad van ^er^nZ/iai^, à Herenlhals, iViewwblad, Nieuws en Annoficenblad, à Pu ers ; — 1 bi-hebdomadaire : Huisvrind, à Anvers; — total : 44.

Province de Brabant. — ^1 quotidiens : Indépendance belge^ ÉchoduPatiiment. Étoile belge. Journal de Bruxelles, Moniteur belge. Nord, Émandpatis^* Écho de Bruxelles, Belgique, Presse belge, Chronique, Gazette, Nouvelles dMJeftr, Courrier de Bruxelles, Faits divers. Cote libre. Cotes de Bruxelles, Cours om^ thique de la bourse de Bruxelles, Gazette de la bourse, Figaro, Petit jourtidt^ Bruxelles; — 7^ hebdomadaires : Office de publicité. Paix, Goche, Courtiff^ Bruxelles, Finance, Épervier, Franc-Tireur, Journal des étudiants. Guide »»»" cal. Houille, Illtlstration européenne. Jeudi, Jounml des haras et Gazette des (^ seurs. Justice, Kerels, Loisirs du foyer. Messager du dimanche. Guide d» if^* Impartial, Commerce, Ami de l'ouvrier ^ Moniteur des travaux publics, Brus^' théâtre. Économie financière, Naehllichtje, Moniteur des chemins de fer, Mcml^ des intérêts matériels. Moniteur du notariat. Presse médicale^ Progrà (jonm» de l'éducation). Propriété, Semaine catholique, Tyd, Union financière, Zm^ blad, Zweep, Belgique militaire. Concorde, Ère chrétienne. Gaz belge, J^rd de la société agricole. Bulletin de la librairie de VOffice de publicité^ ImUH^ Ouvrier, Pays financier, Rénotmtion universelle. Revue des vins et des spirUi0i* Sancho belge. Train belge. Revue de la mode. Revue industrielle, Belgian Afl»» Belgian Times, k Bruxelles, Commune, à Saint-Josse-ten-Noode, Courrier it Nivelles, Gazette de Nivelles, à Nivelles, Gazette de Louvain, Libéral, MoniUfff

9 nouUres, Réveil, Vaderland, Journal des petites affiches. Étudiant catholique, UaTaio, Gazette de VUvorde, Messager du canton de Vilvorde, à Vilvorde, ftsedf van Diest, à Diesl, Petites affiches. Revue, à Jodoigne, Arend, Bramitche Leeuw, à Aerschot, Publicateur, Propagateur, à Wavre ; — 3 bi-hebkHiiadaires : Belgique judiciaire. Affiches de Belgique, à Bruxelles, Dyle en JkKierhode, à Diest; — t trois fois par semaine : Passe-Temps, Feuille générale ïuà et d'annonces, à Bruxelles ; — total : 9S.

Flandre occidentale. — 4 quotidiens : Journal de Bruges, Impartial, Patrie, iào il la plage, à Bruges; — 30 hebdomadaires : Burger welzyn. Gazette van Tkoëwut, Katliolyke zondag, Landman, Meetjesland, 'Rond den Heerd, Stad Bng^e Thouroutsblad, Recht, Tjaar 70, Ware Volkstem, Réfortne, Indicateur, Frwc de Bruges, à Bruges, Burgervriend, à Iseghem, Catholieke gazette, Thourwinaer, Woensdagbode, à Thourout, Gazette van Waereghem, à Waereghem, lnëealeur. Journal d'annonces. Journal de Courtrai, Vryheid, à Courtrai, Latidkuwer, à Roulers, Nieuwsblad, Tpekomst, à Ypres, Stemder vlaamsche laïuibouwr<,à Thiell, Weekblad, Gazette van Dixmude, Boterkooper, à Dixmude, Advertntieblad, à Fumes ; — 5 bi-hebdomadaires : Écho d'Ostende, Feuille d'Ostcnde, iOslende, Gazette van Thielt, à Thielt, Journal d* Ypres, Progrès, à Ypres; — '4 irois fois par semaine : Burgerwelzyn, Gazette van Brugge, Standaert van Vlaenderen, Westvlaming, à Bruges ; — total : 43.

ViMDKEOKiEKTALE.-- 9 quoiidïens: Bieji public, Journal de Gand; Nouvelliste, PoÊÙenblad, Gazette vaji Gent, Gentsche Mercurius, Stad Gent, Volksblad, Fkndre libérale, à Gand ; — 44 hebdomadaires : Cercle progressiste, Gazette •tt Vlaenderen, Journal d'annonces, Vlaemsche Leeuw^ Volksbelang, Waerheid, imkgsblad, Zondagsbode, Akkerbouw, Duiventeelt, à Gaud, Gazette van Aelst, Âilstenaar, Aankondiger, Denderbode , Land va7i Aalst, Verbond, Werkman, à Alon, Amumcenblad, Scheldegalm, 'T ware Vosken, à Audenarde, AnnoTicen- M«l, Klok, Land van Waes^ Vrye drukperse, à Saint-Nicolas , Annoncenblad •w Eedoo, Eecloonaar, Gazette van Eecloo, à Eecloo, Durrnbode, Gazette van l^uren, Vrede, à Lokercn, Écho de Renaix, Feuille d'annonces, Renaisienne, k Renaix, Gazette van Geeraerdsbergen, à Grammont, Gazette van Hamme, à B«nme, Gazette van Temsche, à Tamise, Katholyke Belg, Onpartydige, Travail, Vrede, k Termonde, Scheldegalm , Weekblad van het kanton Wetteren, à Wet- *<wn, Veldbloem, à Cruyshautem , Veldhloem, à Sotteghem ; — ^ bi-hebdoma- ^^K$ : Zondagsblad, à Gand, Onpartydige, à Grammont; — total : 55.

PioviMCE DE Hainaut. — 9 quotidiens : Gazette de Mons, Hainaut, Organe ^ Mons, à Mons, Économie, Vérité, Courrier de l'Escaut, à Tournai, Journal ^ Charleroi, Progrès de Charleroi, Union de CharUroi, à Charleroi ; — 10 hebfhnadaires : Houilleur, Journal du centre. Inflexible, à Mons, Revue indus- ^fidle, à Charleroi, Écho de la Dendre, à Ath, Impartial, à Soignies, Conscience, iniÊttcipaleur, à Lodelinsart, Journal de Péruwelz, à Péruvvclz , Postillon , à !4ssioes. Producteur, Journal de Leuze, à Leuze, Progrès, à Binche, Ouvrier «(^,à Farciennes, Écho de la frontière. Courrier, à Chimay, Indicateur^ à Dour, ^rrier du Borinage, à Boussu, Publicité, à Écaussines; —2 bi-hebdomadaires : "eînturier pratique, à Tournai, Indicateur, à Péruwelz; — 4 trois fois parselaine : Journal de Mons et dti Hainaut, à Mons, Belge, Feuille de Tournai, à >uniai. Courrier de la Dendre, à Ath ; — total : 34.

Province de Liège. — 10 quotidiens : Journal de Liège, Menu, Gaxttuit Liège, Courrier de Liège, Courrier de Seraing, Nouvelle, Nouvelles du j(m,ï Liège, Progrès, Nouvelliste, Union libérale, à Verviers ; — <5 hebdomadaires : Ami du peuple, Éclio du pays de Hervé, Éclair, Franklin^ Liégeois, Orgoneè Slavdot, Union fraicrnelle. Réveil, Scalpel, Journal de la Société royale de rm de la Belgique, à Liège, Courrier de la Vesdre, Courrier de VAmMêve, Faàlk du dimanche, Mirabeau, Organe de Verviers, à Verviers, Courrier de Ev^, Organe de Huy, à Huy, Annonce, à Stavelol, Écho de Spa, Mémorial, à Spi, John Cockerill, à Seraing, Nouvelles, à Dolhain, Vesdre, à Ensival, Fliegaii Taube, Aubeler Journal, à Aubel ; — 3 bi-hebdomadaires : Foyer, à Liège, Feuille d'annonces, à Verviers, Gazette de Huy, à Huy ; — ît trois fois par s^ maine : Avenir, à Liège, Jounml de Huy, à Huy; — total : 40.

Province de Limbourg. — 9 hebdomadaires : Aankondigingsblad, Ou/i/utionnel, à Hasselt, Courrier du Limbourg, Vedette du Limbourg, Gazette eau»ligue du Limbourg, à Tongres, Gazette van S, Truiden, à iSainl-Trond, Mm, Maeseyker weekblad, à Maeseyck, Eendragt, à tanklaer ; — 4 bi-hebdomadaires: Onafhankélyke, Onafhankelyke (avec Constitutionnel pour prime), à Hasselt, Limburger, à Tongres, Regt, à Sainl-Trond ; — ^ trois fois par semaine : Unburger, Postryder, à Tongres ; — total : 15.

Province de Luxembourg. — ^ quotidiens : Écho du Luxembourg, Voix à Luxembourg, à Arlon; — 5 hebdomadaires ; Abeille luxembourgeoise, ^ kc\(ni, Agriculteur^ Courrier des Ardennes, à Marche, Ardennais, à Neufchâteau, &«• tinelle, à Virton ; — 1 trois fois par semaine : Indépendant du Luxembourg, ï Arlon ; — total : 8.

Province de Namur. — 3 quotidiens: Ami de Vordre, Écho de Namur, Organe de Namur, à Namur: — 7 hebdomadaires : Agronome, à Namur, CourrWt Union, à Dinant, Revue d*Andenne, Journal d'annonces, à Andenne,'/(wniûlà canton de dney, à Ciney, Journal de WalcouYt, à Walcourt; — total : 16.

Total général : 6§ quotidiens, 944 hebdomadaires, ttO bi-hebdomadaires, 15 trois fois par semaine, en tout 347.

La liste des publications périodiques, mensuelles, bi-mensuelles , trime»trielles, etc., est publiée en ce moment même par la Bibliographie de Bel^qu^

Bibliographie. — André Warzée, Essai historique sur les journaux belges, Gand, in-^» 4845 (inséré dans le Messager des sciences historiques, années 1844 et 4845); Ulysse Cipi' laine. Recherches historiques et bibliographiques sur les journaux et écrits périodiques Wj* Liège, in-i!2, 1850; Notice sur Henri Delhoye, troubadour liégeois, Liège, 1849 ; Aoace tttliitique sur les journaux belges, 1830-1842 (lettres à sir Francis J. à Londres, par Jules Uii^ membre de la commission centrale de statistique), Bruxelles, in-4« (inséré au tome I" ^ ' Bulletin de la commission centrale de statistique); Ch. Ruelens, Histoire du jovma/, eoo^ rences données au Cercle artistique et littéraire de Bruxelles et publiées par VObservattff, 1859 et 1860; Verslag einer conferentie gegeven door M. P. Cenard.

La Gazette van Gend du l»»" janvier 1867 contient une notice historique et bibliographiq** sur ce journal fondé en 4667; l'éditeur a publié, à loccasion du jubilé deux fois séculaire^ celte feuille, une photographie du plus ancien numéro connu (n© 69 du 8 septembre 4667).!^ du centième anniversaire de la fondation du Journal de Liège, on a publié à Liège, en 4864, ai* petite notice sur ce journal. Le Bulletin du bibliophile contient aussi quelques notes sarlt> journaux belges. M. Havet a publié, en 8 volumes VHistoire de la presse en France.

Pour la législation qui concerne la presse en Belgique, Voir le Code de la presse, ftf M. H. Schuermans, Bruxelles, in-8», 4864.

xm

Pai- M. AUGUSTE SCHELER , «tkécaif* du Roi tt du eomle de Flandre, membre-usocié de la clatte det lettre* de l'Acadéaiie.

ICES PARLÉES EN BELGIQUE A L*ÉPOQUE DE JuLES CÉSAR. — QuellCS

, au début de l'histoire de Belgique, c'est-à-dire à l'époque de on romaine, la langue ou les langues parlées dans les prodont se compose actuellement ce royaume? Cette question ni encore reçu de solution décisive. Pour l'ensemble du terriant il s'agit, aussi bien que pour ses subdivisions, les preuves s, soit monuments littéraires, soit assertions contemporaines s, manquent absolument ; tout est à l'état de problème. Le t acquis à l'histoire est que les habitants de la Gallia Belgica ent des Gaulois-Celtes et des Aquitains autant par la langue r les institutions et les lois : Hi omnes linguâ, institutù, inter se differunt ; tel est le témoignage irrécusable et catéî de César.

différence affirmée par l'auteur des Commentaires était-elle î, affectant le fond et la forme, ou ne s'agit-il que de simples ns de dialecte à dialecte? De plus, peut-on induire de la citée que, dans la division gauloise comprise sous la qualide Belgica, et qui s'étendait de la Marne et la Seine jusqu'au 1 régnât une langue unique ou tout au plus des variétés d'un

384 UEU;iUl*E MORALE ET INTELLECTUELLE.

seul et même idiome? Ces questions subsidiaires restent tout ma obscures que la principale.

Le problème des langues, dira-t-on, est subordonné à celui des races, et, s il est démontré que les peuples qui occupaient le pays à répoque indiquée appartenaient à la souche germanique, il faudn bien en conclure que le langage dominant était celui des Germains. Mais cette conclusion^ quelque fondée qu*elle paraisse, viendri se heurter contre une objection difficile à écarter. Les Germains peuvent s'être constitués les maîtres sur le territoire des Celtes, sans pour cela avoir cherché à extirper le parler des populations quilsj ont dépossédées ; pas plus que les Francs n'ont visé à substiuicr leur langage à celui des Gallo-Romains subjugués. Les nuages qi planent sur tous ces points ne seront jamais entièrement dissipés; la discussion aboutira plutôt h la réfutation d'assertions hasardées qu'à une thèse assurée et déliant toute critique.

Nous avons à déclarer d'abord que, dans la controverse embrouillée qu'a soulevée depuis des siècles, depuis Strabon, si Ton veut, la question de Tidentité de race entre les Germains et les Gaulois, el qui naturellement se croise avec le problème qui nous occupe, nous prenons parti pour lopinion la mieux accréditée, à savoir cçlle qd voit dans ces deux noms deux branches distinctes de la grande souche indo-européenne. Nous n'aborderons donc pas la polémique interminable que, dans les temps récents, a provoquée le livre de M. Holzmann en faveur de l'identité, et nous n'invoquerons les textes anciens qu'en ce qui touche la nationalité de ceux des Belges avec lesquels César s'est trouvé en communication.

Le récit des Rèmes, Belges eux-mêmes, rapporté par César au 3* paragraphe de son second livre, établit deux faits importants. D'abord il affirme que « la plupart » des Belges (pkrique) sont issus des Germains d'outre-Rhin. Ensuite il mentionne, parmi les peuples alliés pour la guerre, et en quelque sorte comme un groupe séparé, <c les Germains qui habitent de ce côté du Rhin », et sous lesquels il faut entendre, comme l'indique explicitement la fin du récit, les Condruses, les Éburons, les Cérèses et les Pémanieus, ^î utw nomine Germani appelluntur, plus les Sègnes, cités plus loin (liv. IV, 32).

Nous ne connaissons pas la raison qui a donné lieu à cette distinction faite, dans les limites de la GalUa Belgica, entre Belges et Germains; elle réside peut-être dans une différence d'idiome ou d'organisation politique, ou peut-être aussi se rapporte-t-elle à une

HISTOIRE DES LANGUES. 38n

ersité concernant Tépoque de l'immigration ou le mélange des »ulations ; mais, à moins de supposer avec quelques auteurs que' •ar se soit laissé ti*omper par les députés rémois, il est hors de lie que les peuples qui, vers 58 avant J.-C, habitaient nos procès, étaient en majeure partie d extraction teutonique et en avaient )ore la conscience.

fiéanmoins des contestations ont été élevées. On a prétendu que HMnî, dans le texte cité et dans Tesprit de César, n avait pas sa nitication traditionnelle et que le mot s'appliquait à une autre ion que les Germains-Teutons. Mais le général romain, qui a été contact avec les Germains d'outre-Rhin et qui connaissait si bien r caractère et leurs mœurs, aurait-il pu commettre ici une confu- D de nom? Le terme dont il se sert à Tégard des habitants de la alebelgique aurait-il une valeur autre que lorsqu'il le place dans bouche d'Arioviste, au moment oii celui-ci le délie d'attaquer les fidi Germant (I, 36), ou lorsque, selon lui, des Sicambres et des tiens se qualifiaient eux-mêmes de « Germains »? Sur quel fonde- »t voudrait- on que dans les Commentaires le mot « Germain » tuoe double signification suivant qu'il se trouve associé aux mots \Rkenum ou aux mots trans Rhenum? Pour Diefenbach, Germant )o-seulement est un nom d*origine gauloise, mais il s'appliquait en «nier lieu à un peuple ou à une agglomération de peuples gauis, dont il aurait subsisté un reste considérable, du temps de fear, sous le nom de Geimani cisrhenani; c'est de ces derniers que, iQS la suite, le terme Germani se serait transféré aux populations lemandes de la rive droite du Rhin. La même thèse, plus ou moins iriée, est soutenue par les érudits, allemands ou belges, qui admet- QtuQe identité de sens entre les termes « Gaulois » et « Germains » igéuéral, et dans le passage de César relatif à l'origine des Belges, 1 particulier. Mais, nous l'avons dit, cette manière de voir n'a point révalu dans la science.

Tacite, d'ailleurs, lexplorateur par excellence des antiquités geftniques, confirme en tous points le dire de l'auteur des Commenlirei en ce qui concerne l'extraction de^Belges établis dans le pays esÉburans, des Condruses, etc., nos provinces orientales. Il congne la tradition d'après laquelle ceux qui les premiers passèrent Rhin et chassèrent les Gaulois, et qui de son temps (nvnc) porient le nom de « Tongres », s'appelaient alors (tune) Germani; siprës laquelle, en outre, ces Geimani de la rive gauche ont fait i'ec le temps refluer leur nom de simple natio sur toute la i*ace

* (gens). A la vérité, Tacite ne certifie pas le bien fondé de cette tn-

'dition» il ne fait que la reproduire; mais d'autres passages mettot

en évidence suffisante que cet écrivain était loin d*admeUre, pov

aucune époque, une fusion de race ou de nom entre « Celtes » (oi

a Gaulois ») et « Germains ».

Appuyé sur ce fait que les Belges établis au temps de César dm les limites comprenant le royaume actuel étaient d'extraction nique, et partiellement même désignés sous le nom spécial de« 66^ mains », encourrait-on le reproche de témérité en leur supposa: aussi lusage didiomes appartenant à la vaste famille germanique! 11 ny aurait, ce nous semble, présomption en faveur dune opiniot contraire, que s'il était avéré que les envahisseurs d'outre-Rhin eo^ sent rencontré, sur les rives de la Meuse et de l'Escaut, une dwfr sation supérieure à la leur, un état social auquel ils auraient pemii d'absorber leurs coutumes, leurs institutions et leur langue. Ifaii la démonstration de cette supériorité gauloise est loin d'être &ite», et l'assertion de César que la Belgica différait de la Celtica au tripla point de vue des institutions, des lois ef, de la langue, nest pas|Hicisément de nature à la favoriser.

On a particulièrement argué contre la germanicité des Belges de ce que les noms propres des personnes que nous a transmis lev histoire avaient le son, non allemand, mais celtique. Cet argument ne résiste pas à un examen impartial. D'abord, nous voyons des noms de physionomie celtique se mêler aux annales d'autres mbus, dont l'origine et le caractère germaniques ne font nullement question. Ensuite, un grand nombre de ces noms historiques peuvent aussi aisément et aussi correctement être revendiqués par l'élément tcatonique que par l'élément celtique ; lexistence simultanée de quelques-uns d'entre eux chez les Gaulois proprement dits ne prouve que la mutualité dés rapports, mais non pas la communauté d'origine ou de langue. Il en est de même des noms ethnographiques et géographiques. Fût-il même impossible de rapporter à des racines allemandes les noms des cinq peuplades belges comprises sous h dénomination générique de Germani, il n'en résulterait pas que cenx à qui ils ont été appliqués fussent des Celtes, pas plus que le noffl incontestablement gaulois des Némètes, des Marsignes et autres ne saurait être invoqué, et n'est invoqué par personne, contre la ge^ manicité de ces peuples. D'ailleurs, les celtomanes eux-mêmes accordent que les Germains ont fréquemment adopté des noms de villes et de peuples qu'ils ont rencontrés dans les territoires soumis

eur puissance. Les noms d origine celtique foisonnent en Belgie, mais il ne s*ensuit pas que les Belges de César aient été plutôt Ites que Germains. Les peuples s'effacent et les noms survivent. 8 Allemands défendent avec acharnement leur Rhin germanique, lis ils ne s'échauffent nullement en faveur du teutonisme de ce m; ils ne cherchent pas follement à nier la préexistence des Celtes r les rives de ce fleuve.

Ken qu'à notre point de vue, et selon les considérations ci-dessus, sage d'idiomes allemands parmi les Belges soit dans le domaine de vraisemblance, le défaut de preuves directes nous engage à ne pas poser en fait. La conclusion de l'origine à la langue n est pas à bri d'objections. On sait, et nous l'avons déjà fait entendre, que les rmains, dans leurs conquêtes, tout en s'attachant à continuer les stitutions de leur patrie primitive, se pliaient facilement aux mœurs aux habitudes de la nationalité opprimée. L'état social des peuples 6 la migration transrhénane a mis en contact sur le sol de la Gallia ifica est trop peu éclairci pourque l'on ose parler d'une civilisation Itique plus avancée qui, par son ascendant naturel, aurait subjulëles vainqueurs. Mais, sans tirer de cet état social aucune prémption pour ou contre les dispositioqs des envahisseurs à s'assiikâr aux vaincus, le fait d'une certaine transformation des Germains I Gaulois est attesté par quelques circonstances tenant à la vie iblique comme à la vie privée. Nous ne dirons pas que la civilisa- )n gauloise ait pris le dessus et anéanti les caractères natifs des ^Dquërants germains, mais il n'en subsiste pas moins la possibilité le, les deux nationalités se pénétrant de plus en plus, l'opposition liles divisait à l'origine se soit à la longue eflàcée. La prépondéince numérique des populations soumises par les immigrants ouUe-Rhin (car le mot expulisse employé dans le passage cité de ésar n'emporte pas rigoureusement l'extermination des Gaulois, ais seulement leur dépossession) peut avoir déterminé, sinon l'ab- Drpiion du parler germanique par celui des indigènes, du moins es modifications sensibles et de l'un et de l'autre. La fusion des ationalités, le mélange des races a pu être accompagné d'une pénéfaiion mutuelle des deux éléments linguistiques, assez forte pour ^h langue belgique fût considérée comme distincte de la langue es habitants de la Gallia Celtica. *

Réduite à de simples conjectures, privée de toutes donpées posives fournissant les éléments d'une critique sûre, la science est ODc arrêtée devant le problème qui nous occupe ; mais, selon notre

seiiliment, les Germains, qui, à diverses époques et aniérieureiDait à César, sont venus occuper les territoires de la Gaule sqiteotrior nale ou belgique ont, non pas sacrifié leUr idiome national à M des préoccupants celtiques soumis à leur domination, mais \mh siblement créé un langage mixte, que nous appellerions germai»^ celte ou celto-germain.

Origine du wallon. Ses limites territoriales. — L'administntioi des conquérants latins eut-elle pour effet d'exterminer la race manique au sein de nos populations?

Non, bien au contraire. En admettant même qu*il faille praidiii à la lettre ce qui est rapporté de la dépopulation de rÉburonie, voyons-nolis pas, sur les ruines mêmes de cet État et dans les du territoire occupé par les anciens Germani cis-Rhetiani, surgir i groupe politique nouveau, celui des Tongres, dont Textractioû le nom germaniques ne font lobjet d'aucun doute? Et les Sicamlm et les Francs et d'autres immigrations dont l'histoire fait meotioi, n'attestent-elles pas un repeuplement par des tribus aussi teutoaiqooi que celles dont parle César? Et cependant, dans nos provinces éi sud-est, ni le tudesque, ni le celtique, ni quelque mélange des deo langues, n'ont prévalu.

C'est que là, comme dans les autres parties de la Gaule, le choc d'une civilisation supérieure contre un organisme social moins dé»* loppé, l'autorité du pouvoir fort et la prépondérance morale et térielle du dominateur ont amené une fusion complète des éléments indigènes avec ceux que la conquête y avait implantés. Le contiflt prolongé des gouvernants romains et des légions qui les appuyaW avec les populations germaniques ou celto-germaniques asservies fit naître insensiblement un langage, dont le latin constitua la base et dont les influences phonétiques du parler local déterminèrent les ; formes lexiques et la physionomie particulière. Quels que fusse»! les dialectes parlés par les Nerviens, les Aduatiques, les Éborofis, ils ne résistèrent pas et furent absorbés par un idiome ucuveau qu'avaient importé les vainqueurs et auquel ces populations ne firent que communiquer quelques traits spécifiques. La dominaliofl romaine, en un mot, donna naissance au « wallon ».

Nous compromettrions la dignité de la science si, suspectant ses assertions,sufrisamment établies, nous venions longuement démontrer ici que le wallon n'est autre chose qu'un dégagement du latin» qu'une lingua romanay façonnée et modifiée par des influences lo-

», absolument comme le français de TIIe-de-France ou celui de Kcardie sont dus à une évolution de la même langue, adaptée : prédispositions, au génie des anciens habitants de ces contrées. ) dialectes populaires de nos provinces du sud-est, compris sous ipellation générique de « wallon », sont, de l'avis unanime des cistes sérieux, des rameaux de la grande famille romane ; leurs gines et leurs premiers développements sent obscurs, comme ceux tous les idiomes issus de l'absorption d un élément indigène par ; langue exotique et imposée; mais leur classement dans la lille néo-latine ne peut plus faire question aujourd'hui. On a prétendu cependant que le latin qui transforma le langage mitif des Éburons ne fut pas celui de Rome guerrière, mais celui Rome chrétienne et morte. On a dit aussi que le wallon, loin ire du latin altéré et localisé, était de Téburon latinisé. Nous ne Qtestons pas que laltération subie par le latin dans la bouche des Iges soumis à la puissance des Romains, se soit opérée en conrmité du génie spécifique des parlers supplantés par le nouvel iome; no.us estimons que les particularités que ce mode d'altéram a produites constituent précisément le caractère dislinctif, dividuel du wallon, comparé aux autres branches françaises, et ni peut donc y avoir, au fond du parler liégeois, un reste de ciliBation éburonne. Mais, en admettant une certaine continuité du Dgage usité en Belgique lors de l'invasion romaine, nous fausseons bien plutôt le sens historique, si nous voulions établir, pour s contrées de la Meuse, une application exceptionnelle du procédé «nanisateur auquel tous les territoires envahis et administrés par 9 Romains ont successivement été soumis. M. Ferdinand Henaux, que nous combattons ici, a trouvé du »te en M. Charles Grandgagnage un contradicteur dont l'autorité is plus que le patriotisme ne peuvent être suspectés. Les travaux Urepris sous la féconde impulsion de la Société liégeoise de littétture wallonne ont, h leur tour, contribué à faire justice de ce vieux réjugé populaire, que le wallon est en substance le parler des ttciens Belges de Cé^ar.

CoQstatons cependant que U wallon contient un contingent plus )rt d'élément germanique que les autres rameaux de la branche ODiane-française. Ce fait peut tenir au parler primordial, anté-ro- Min, des contrées dont il s'agit, ou simplement, selon l'opinion de f. Grandgagnage, au long séjour des Francs austrasiens dans les égioiis mosaines.

Le nom de « wallon » n*appara!t dans les livres qu'à une époqjie fort éloignée des temps où il a pris naissance, et lliistoire de a formation se confond avec celle des divers dialectes français et général. La première mention qui en soit &ite, à notre coimûi-, sance, appartient au xu'' siècle; elle constate en même temps conscience que l'on avait, à cette époque, de son origine roi L'abbé de Saint-Trond, Rodolphe, écrivait en 1136 ce qui suit a Adelard, nommé abbé de ce lieu, l'an du Seigneur 999, n'ai pas pour langue maternelle la teutonne, mais celle qu'on appdie, par corruption, romaine (romanam), et en teuton, wallonne (tUI^ nicam). »

Pas plus que les Germains ne se sont donné eux-mêmes cetH! appellation nationale, les habitants des contrées romanisées deb BjBlgique ne se sont attribué le nom qu'ils portent dans l'histoire. D leur est venu du dehors, c est-à-dire de leurs voisins de l'^etdi nord. « Walah, qui signifiait d'abord en tudesque Gaulois, Gallos, désigne déjà dans la glose malbergique le Romain ; signe, comme le remarque J. Grimm, que les Allemands ne connaissaient plus dès lors le véritable Gaulois-Celte. Ce nom était donc tout à fait générique ; si, par la suite, il a été restreint aux habitants de l'ejrtrémité septentrionale de la Gaule romane, la cause en est soit à Tabsenee d'un autre nom général pour les Belges romans, soit plutôt, à ca qu'étant voisins des Flamands et des Allemands, nouç avons coati- ' nué à être appelés de ce nom, tandis qu'il tomJaait ailleurs dans l'oubli » (Grandgagnage).

C est la même opposition entre « allemand » et walah (anglosaxon vealh, ancien nordique vali, plus tard wdisch, tt^afacA), quia déterminé le nom du churwaelsch des Romans du canton des Crisons et du walaque des Romans ou Roumains du bas Danube. Quart à la forme spéciale du mot walon^ on ne peut y voir qu'une forme dérivative du thème germanique wal, analogue à celle qui a &il passer de nombreux substantifs allemands de la déclinaison feiWe dans le lexique français avec la terminaison en ou, tels que hwWf éperon, esturgeon, gazon, etc. Ce suffixe on (en latin du moyen âge 0, onis) a particulièrement été affecté à la production des noms de peuples; de là Brito, Burgundio, Friso, Brabantio, en français : Breton, Bourguignon, Frisqn, Brabançon; de là aussi Walo, WalonUt français : Waloii ou Wallon.

La même obscurité qui règne encore sur les origines du romanwallon et sur les influences diverses qui ont déterminé la com-

sition de son vocabulaire et la façon de ses mots et de ses formes, ifdoppe également la délimitation successive de son domaine. Nitefois les investigations portées sur ce sujet permettent d'établir le le groupe wallon des provinces belges a peu sensiblement mo- Bë ses limites depuis la période carlovingienne. Antérieurement à Ue période, ces limites ont dû mettre du temps à se fixer et quelles indices démonti*ent que certains districts n ont donné accès au Dan que postérieurement à la chute de Tempire. On s*est prévalu de quelques noms de lieux situés dans la partie kUonoe du pays pour supposer que, sous les Mérovingiens, la marcation des deux éléments avait éprouvé de notables changeaits, et que le tudesque, dès cette époque, s'avançait beaucoup is au sud de la ligne actuelle; mais les conclusions tirées, dans sens, du son germanique de certains noms géographiques sont ronées. D*abord un établissement peut avoir été créé sur terre mane par des Francs et en avoir reçu son appellation, sans que la ipulation avoisinante appartint à une race non romanisée. C est là, ntt-il, le cas de la ville de Liège.

Ludic, liMdic, qui forme la base du nom de Liège, est tudesque et signifie « puk>;Liéj;e était à Foriginè un «vicus publicus. » Ce radical explique seul les iriâés diverses sous lesquelles le nom se présente dans les idiomes divers : latin rnUau, Leodicum, Leodium; flamand Leudik, et par syncope, Luik; allemand êtkh, Lûttich ; wallon lÀge (prononcez Lid*ge) ; français Liège. Ces transforma- Btt sont toutes conformes aux procédés usuels constatés par la science. Il faudra MK bien se résigner à voir dans Liège un nom tout aussi tudesque que celui de ^àittal, et rejeter Tétymologie de fantaisie tirée du nom imaginaire d*un ruisseau.

Bautre part, la germanicité d*un nom peut tenir à un élément Dire dans le fonds roman à une époque très-reculée, et qui est la ûorce immédiate de la forme wallonne. Ainsi Houffalise, nom préédé tf une forme Hauffalise, se décompose par haute falise et équiinikHauteroche (un document de 1147 porte Alla Falisia). Le mot ^, falaise est assurément identique h l'ancien allemand felisa aujourd'hui fels); cependant il est devenu français, non pas sur le ol wallon proprement dit, mais sur le sol gallo-romain en général.

I. Grandgagnage, à Tappui du fait que la limite des langues a peu varié dans le ^Sfs de Liège du nord au sud, signale les noms de deux villages rapprochés, appc- ^^ïïaHeurc-U-Romain (le rom^n)^ Tautre Heur e-le-Ticxlie (le ilnois). Lcprelicr, situé dans la province de Liège, est wallon, comme son surnom l'indique; le icond, situé dans la province de Limbourg, était resté flamand jusque vers la fin I tiède dernier, a Les surnoms de ces villages attestent déjà rancienneté de la

limite, mais leur nom est plus significatif encore. » En effet, le savant tii nous apprend que le nom A* Heure a été précédé des formes Hore, Oin^fA Ora, et qu*il y a donc tout lieu de croire que Ton a à faire ici au motandcD m; qui signifiait « limite, bord », et qui reproduit le latin ora^ a extrtoilé.*Oi voit également le dérivé Oreye désigner une localité du canton de TTiif^ située à peu de distance des deux Heure, vers Touest et aussi sur la limite.

Cause historique du dualisme des langues en Belgique. — NoM avons vu que la domination romaine avait provoqué dans notre pijl la naissance d un idiome roman particulier, connu sous le nom Ai « wallon ». Par suite de la prédominance accordée à une'aatti branche française dans la littérature et dans la vie sociale, ce waOoi s'est vu descendre, comme les autres idiomes congénères nés soÉJj les mêmes influences, au rang de patois, et il subsiste encore, iitt de nombreuses variétés, dans ce que l'on appelle la Belgique m* mane, c'est-à-dire dans les provinces de Liège, de Namur, de ftfr naut, dans la plus grande partie du Luxembourg et dans l'arrondii'i sèment de Nivelles en Brabant. • i

Le Limbourg, la plus grande partie du Brabant, la proviiioi d'Anvers et les deux Flandres ont conservé l'usage de dialectes t»toniques compris sous le nom générique de « flamand ». Par causes ces contrées, qui ont subi la puissance romaine è'uoe nière aussi effective que les autres parties de la Gaule BelgiqWi ont-elles échappé à la romanisation à l'égard de la langue? Sarfi d'insignifiants mouvements sur la ligne de démarcation, rien n'i-ii teste que nos provinces flamandes aient jamais, dans tout le cotfl] de leur histoire jusqu'à la première révolution française, abandooié | leur parler primordial sous l'influence de quelque envahisseme* ! roman; aucune preuve non plus n'existe dune lutte engagée à cel, égard entre les populalations et leurs gouvernants. Comment doic s'explique le fait de l'adoption d'une langue latine par une \^^ de la Belgique et la persistance d'un idiome germanique dans nae autre?

On est généralement d'accord pour attribuer celte exclusion di latin dans une partie du territoire' belge, non pas à des causes morales dépendantes du caractère propre ou de l'état de civilisJtioB des habitants, mais à la nature du sol et à la situation géogn* phique, grâce à laquelle les populations plus isolées des terres basses de la Belgique septentrionale éprouvèrent moins dired^ ment l'action du régime romain. M. Ch. Grandgagnage est, sur ce point, de l'avis de Raoux et de Schayes.

U persistance des idiomes tudesques qui doivent avoir été en Mge chez les populations du nord et de Touest de la Belgique à ipoque de César, serait ainsi due aux difficultés matérielles qui opposèrent, dans ces régions incultes et d une population claireôiée, à Timplantation de Télément romain qui avait absorbé les iiomes indigènes à Test et au midi. Elle fut naturellement aidée ir l'arrivée des Francs qui, tout en s assimilant promptement le tfier latin dans les contrées où la culture romaine avait jeté de rofondes racines, n'avaient aucun intérêt à gêner l'expansion du idesque dans celles que la romanisation n'avait point atteintes.

Un effet non moins puissant fut exercé en faveur du développent du tudesque par les milliers de Saxons transplantés, sous Char- BBagoe, dails les Flandres et qui défrichèrent les marais de cette outrée, a De ceste gent», dit la Chronique de Saint-Denis, « sont lé et extrait, si comme l'en dit, li Brabançon et li Flamenc, et ont score ceste mesme langue. »

On a prétendu que ce dernier renforcement de la population ger- Baoique a été cause que la langue française n'a pas envahi aussi bien les Flandres que les quartiers de Lille et de Tournai ; mais sitte prétention n'est fondée sur aucun argument sérieux et ne méfait quelque attention que si, dès avant l'établissement des cololies saxonnes, quelque indice nous montrait l'élément roman en roîe de s'étendre vers le nord. On peut accorder, comme nous 'troDS fait, que \d tudesque des Ménapiens, des Aduatiques et des Icnriens septentrionaux fut mêlé de celtique, mais les mouvements ^ques qui se sont opérés au sein de ces peuples sous le règne les Francs, les diverses invasions dont le littoral a été le théâtre iès avant la retraite des Romains et qui ont déterminé la dénominaioQ significative de Littus saxonicum et d'autres circonstances ïDcore ne permettent point de douter que le pays en question Suit habité par des populations de langue essentiellement teuto- Dique.

Ce qui a élevé une digue à l'extension du roman ou wallon vers «nord et l'ouest, cest donc le caractère du sol et l'isolement qu'il uaeoait pour les habitants placés entra la mer et la Meuse. Mais une lifficulté surgit, et avec elle une objection contre cette thèse. En "Wilé, les limites du wallon, dans les provinces de Liège et de iifflbourg, ne sont pas marquées par la nature et se trouvent bien îû deçà des bruyères et des marais que nous supposons avoir arrêté œuvre de la romanisation. Tongres était bien un des points capiin •^6

taux de ladministration romaine, et cependant il est demeuré en dehors du territoire wallon.

M. Grandgagnage se rend compte de cette singularité en iinoquant des faits postérieurs à Tépoque où les contrées de l*Esteiiral définitivement reçu l'empreinte romane. « 11 faut admettre, qu un ou plusieurs peuples allemands sont venus s'établir sur sol romanisé de la Belgique, à une époque quelconque à partir moment où la puissance romaine fut trop affaiblie pour ou subjuguer ces intrus. » *

Ce raisonnement est certainement fondé; il fait comprendre fi^ les particularités du sol nont pas exclusivement contribué à cr ' conscrire le groupe wallon ; mais, au fond, il s'applique à touia Néerlande, les Flandres comprises, et laisse sans réponse si la question de savoir pourquoi une partie du territoire des Toi subissant la destinée commune des Gaulois, est entrée dans rayonnement roman, tandis que l'autre, placée dans les mêmes tHÊhi ditions politiques et physiques, y a échappé. Il ne sera pas Uk d'éclaircir ce fait, pas plus que d'expliquer pourquoi la romanitt* tion de la langue n'a pas eu de prise sur les Ubiens» les alliés dH Romains, pourquoi l'on ne parle pas aussi bien le français oo \val- Ion à Cologne et à Bonn qu'à Namur et à Liège.

Le flamand, ses origines, ses éléments et son histoire. — Le fllmand n'est pas un reste obscur d'un idiome éteint, tel que le bretoi ou le basque : c'est un rameau plein de sève et de vitalité d'une ta deux grandes branches de la souche germanique. Aussi bien que Ifli divers dialectes parlés dans les provinces dont se compose i6 royaume actuel des Pays-Bas et littérairement subordonnés à ca * qui s'appelle communément la langue hollandaise, le flamand tt partie du groupe d'idiomes teutoniques compris sous rappellatk* de bas-allemand (ail. nieder- ou platt-deutsch)^ ce qui veut dire l'allemand parlé dans les basses terres du littoral, par opposilioi au haut-allemand (ail. hoch-deutsch), qui est l'allemand des région» centrales et méridionales.

Cette division fondamentale de l'allemand peut se comparer ï celle qui a existé pendant longtemps dans l'ensemble des idioines franpo-romans ou français sous les noms de langue d'oïl ^ i^ langue d'oc. Dans les limites actuelles de lempire d'Allemagne, b distinction radicale entre haut et bas allemand n'affecte plus queb langue parlée. Depuis longtemps, sous l'influence surtout de h

éforme, le haut allemand, ayant acquis la prééminence littéraire et ieodu son domaine bien au delà de sa circonscription primitive, a lis des entraves à l'expansion du niedd-deutsch. Ce dernier, dont B8 dialectes se parlaient dans toute retendue de cette vaste région le la basse Allemagne comprenant le Bas-Rhin, la Westphalie, les tuts de Hanovre, d'Oldenbourg et de Brunswick, les villes hanséa- Npes, le Holstein, la Saxe prussienne, le Brandebourg, le Meck- BBbourg et la Poméranie, a cessé d'exister à l'état de langue littélire et officielle et a subi le même sort que la langue des nobadours qui, sous les envahissements de la langue d oïl, s'est le déchoir du rang élevé qu'elle occupait jadis. Supplanté par le hoch-deuisch, comme organe de la vie publique, Kîale et scientifique, le nieder-deutsch n'a plus cours dans les pays e la basse Allemagne qu'au foyer domestique et dans les rapports Mlîers du peuple, à la ville comme à la campagne. Mais, au delà e TAllemagne, il a conservé son rang de langue nationale chez nos aâns du Nord et soutient vaillamment ses droits séculaires dans

I grande moitié de la Belgique indépendante et même dans un coin

II Dord-ouest de la France.

La véritable appellation sous laquelle la branche allemande dont lotre flamand fait partie a traversé les époques du moyen âge et nri,dans certaines contrées, est encore consacrée par l'usage populire, est celle de dietsch. C'est aussi la forme qu'avait revêtue dans iHéerlande le nom propre de la langue allemande en général. Ce itme nom sonne deutsch dans le haut allemand, duitsch dans le ioilandais actuel, tysk ou iydsk dans les idiomes Scandinaves. Toutes *8 formes découlent de la plus ancienne qui est diutisc, adjectif lérivé du substantif diul (gothique thiuda)^ plus tard diei, qui Âgnifie peuple; donc proprement sermo vulgaris. La latinité du BWyen âge avait traduit le mot par theotiscusy theodiscus, d'où sont iawes très-régulièrement les anciennes formes françaises tiès, thiois, te formes wallonnes tiexhe, tixhe. Constamment les trouvères oppoaaient le thiois au ivman, comme les anciens poètes néerlandais le *rtwA au waelsch. Tudesque est un vocable récent, créé par les •innls, et qui n'a jamais été populaire. Les Italiens, plus correcte- >^t, disent tedesco.

Nous ne saurions préciser quand et dans quelles circonstances a Wpgi la dénomination de flamand, en tant que désignant non pas spécialement la langue parlée dans les Flandres, mais la langue tkioiae des Pays-Bas en général; on la dit postérieure au xvi^ siècle.

Quoi qu il en soit, elle ne s'appliquait, à Torigine, qu*au parler dn Flamands, cest-à-dire des habitants du comté de Flandre. UiMI flamand n*est, à vrai dire, qu'un substantif reproduisant le nom dl peuple néerlandais vlaeminc. On en a fait, par abus, un adjecli( comme cela est arrivé aux noms ethniques alUmand et nonimL' L'orthographe primitive et normale était flamenc; cest par ïz\\k^ tion de la finale gutturale que s est produite celle de flamant on fb^ mand. A ce mot correspond, en flamand même, l'adjectif vlofmieifli racine vlaem unie au suffixe isch). La gutturale finale primitive sW conservée dans l'espagnol flamenco et dans l'italien fiammingo, ai que dans l'adjectif verbal français flamingant.

La distinction entre flamand et hollandais est purement géogn^ phique : le terme ce langue hollandaise » (terme d'ailleurs toutàftl moderne) ne dit pas autre chose que langue néerlandaise • thioise, telle qu'elle s'est développée et fixée dans les andeaMi Provinces-Unies des Pays-Bas; « langue flamande », d'autre puti désigne la même langue néerlandaise telle qu'elle s'est formée, grkB à d autres influences sociales, sur le sol belge, telle que la maniMi \ et cultivent les écrivains de nqtre pays, en respectant à la fois hi ; bonnes traditions du passé et l'autorité des classiques hollandais^ En effet, il faut aujourd'hui une fine connaissance de la langue poir découvrir à première vue qu'un livre néerlandais émane d'un auteor belge plutôt que d'un auteur habitant au delà du Moerdyck. Les dissemblances purement orthographiques, qui jusque dans ces derniers temps avaient subsisté par l'effet de l'habitude et d'une longue séparation politique, ont disparu à la suite de mesures prises à cel effet par le gouvernement belge.

De ce qui précède il résulte que les termes « flamand » et « hollandais », en tant qu'ils s'appliquent à la langue écrite, n'ont plu* de raison d'être : ils devraient s effacer dans l'usage populaire, d€ même qu'ils ont disparu du monde scientifique, pour feire place * leur dénominateur commun de néeilandais. Un mot français tomb^ en désuétude traduisait exactement cette expression : c'était l'adjeotif ava/ow.On disait lespay^ d'aval pour les Pays-Bas.

L'absence de documents écrits avant le milieu du xii* siècle pr^ sente au philologue d'insurmontables difficultés pour traiter 1^ question des éléments constitutifs du flamand et des influences qui ont concouru à son développement. Encore moins faut-il songer i démêler les éléments qui pourraient être attribués aux idiomes parlés à l'époque romaine. Nous considérons comme un jeu d'esprit

tfcêse de Moke, d'après laquelle les différents dialectes flamands

^rrespondraient aux langages des Ménapiens, des Nerviens, des

iroDs et des Toxandres* Cependant le lien étroit qui unit les

Bs l'ariëtés du néerlandais ou flamand aux idiomes bas-aile-

fait présumer une communauté de sources, et l'on ne s'écarte

de la vérité en confondant les origines des dialectes néerlan-

Ijàvec celles du dialecte gernianique appelé le « saxon »>. Ici, h

logie a du moins: une base fort ancienne dans un poc^me sur

listoire du Sauveur (Heliand), écrit en vers allitératifs par un

^ul^r anonyme et îi la demande, dit-on, de Louis le Débonnaire,

Si Ton peut faire découler le néerlandais, en substance, du lan-

|e des Saxons établis duns les Pays-Bas, il est bien plus avéré

sridiome des anciens Frisons a laissé de nombreuses traces dans

ilois pariés sur le littoral nord. Quant h la langue des Francs »

qui en a été découvert, concerna ni lorganisme grammatical

[« h structure des mots, prouve qu elle n*a pas été sans influence

I non plus sur la langue des populations de même race, au milieu

tesqtielles les Francs ont séjourné* L'examen auquel le professeur

hm a en deruier lieu soumis les gloses malbergiques, avec une

figicité et une persévérance admirables, ont sur plusieurs points

nii celle influence en lumière.

En traitant desélémenls constitutifs de la langue néerlandaise en gfeéral el du flamand en particulier, nous avons à mentionner aussi aûe couche romane. Il ne tant pas lire longtemps dans un texte fla- ©audou hollandais pour y rencontrer un terme qui se trabil aussitôt mcnme appartenant à cette couche; mais, à cet égard, il faut être circotispect et ne point exagérer f influence française, en attribuant i cette langue proprement dite tes termes exotiques romans qui foî- ^Sûfttîejjt dans le dictionnaire flamand. Il y a la des sources tlirectes entas* Dabord le latin de rÊglise a déposé dans le bas-alle- 'HBd, comme dans le haut-allemand, un grand nombre de ses ^iprassions courantes, et nous ne nous ti^omperons guère en placent dans cette catégorie des mots tels que martelaer (martyr), hschop <episcopus), leek (laïcus), monik (monachus), klooster (claustJ'iiiiM» kruis (crux) et une foule d*autres vocables du domaine eccléi^asiique ou religieux, La part apportée par la langue latine, en •âûi qu'organe de la science, est encore plus considérable et aifecte branches du savoir humain. Le flamand n'a pas plus k rinfluence savante que rallemand, bien que par leur P*nie les idiomes germaniques soient infiniment plus aptes que le

français à se servir, pour les besoins de la terminolo^e scieotibitt ou technologique, de leurs propres ressources. La vie sociale, Bttéraire et politique française, enfin, a laissé de nombreuses tracei dans le parler des pays du Nord, comme la société française cSftmême a fait un accueil facile aux termes en vogue parmi les classeï supérieures à Londres, à Madrid, à Florence, etc.

On peut signaler, parmi les emprunts faits au français, beauooa| d abus ; le caprice et la mode y ont joué leur rôle, et les écrivttHi scrupuleux luttent contre les intrusions inutiles. Celles-ci, d'sSJ leurs, remontent au début de la littérature néerlandaise. N(Ni avons, à ce sujet, compulsé quatre compositions poétiques du mojv âge, le Parthonopeus de Blois, Flore et Blancheflor^ le Dietsche D» trinael et la Vie de sainte Chiistine ; or, voici une moisson (Ûbi incomplète) des mots français germanisés dont les auteurs de eé traductions ont parsemé leur texte. Nous joignons en parenthèi les mots originaux, en distinguant par un astérisque ceux qi appartiennent à Tancienne langue d oïl.

Abijt (habit).

Ababijs (abaubi *) Achemeren (acesmer *, orner).

Aelnwnier (aumônier).

Amijs (ami).

Aquileren (acquitter).

Arriveren (arriver).

Acort (accord).

Affoliren (affoler % blesser).

Aventure (aventure).

Balsemier (balsamier).

Blimtt (bliaut *, vêtement).

Boiielghier (bouteillier).

Bozine (buisine *, trompette).

Blasfemiren (blasphémer).

Castien (caslier *, enseigner), Conincstavel (conneslable ').

Conquireren (conquérir).

Convoyeren (convoyer).

Consile (conseil).

Covertoer (couvertoir *).

Columne (colonne).

Cure (cure, soin).

Conduul (conduite d'eau).

Coorde (corde).

Crijten (crier).

Chierheit (chierté % cherté; radical r

man joint à un suffixe tudesque).

Clei-gie (clergie *, science).

Confuse (confusion).

Caneel {C2inne\\e).

Castanghier (châtaignier).

Cfli/t;7 (chaitif*, chétif).

Clareit (claret).

Culct (lat. culcita, anc. fr. coulte).

Discoert (descort *, discorde).

Delijt (délit \ plaisir).

Deviseeren (deviser).

Even (avoine).

Eglenlier (églantier).

Famé (famé).

Fel (fel % méchant, cruel).

Fier (fier).

Fijn (fin, conclusion).

Fijnen (finir).

Fysicijn (fisicien % médecin).

Fonder en (fonder).

Fomeyse (fournaise).

Flu)ne (flum % fleuve).

Gheroffel (girofle).

Ghisarme (guisarme).

Greffie (greffe *, stylet).

HaUirm (huiler).

KmtnÊde (ba»-latîn eaminala, chambre

I cheminée), /lott (geste % érénement).

/«(joie).

Ziane (luxure).

Màsnûde (maisnie % ensemble des nembres d*un ménage).

.JTirie (merle).

] Minude (émeraude).

I Maned (morsel % morceau), [jfiaiftrr (manière).

\M0mrie (maistrie % art).

fJUien (nuisir % nuire).

jÙcauoeH, ocsoen (occasion, cause).

fPâiuel (panneau).

' PaUis (palais).

Pérlement (parlement, assemblée).

Pilaar (pilier).

Plcai (ploi % pli).

Poenu{u)(^pomi), Pra§€d (praël *, préau).

Prise (pris % louange).

Proevtn (prouver, éprouver).

Pânsen (penser).

Prendtn (prendre).

Prasenl (présent, don).

Pute {puie \ mauvaise femme).

Pauwelùme (pavillon).

Quite (quitte).

i?o/^ (roc, roche).

Rote (route * = troupe).

Scrijn (écrin).

Serjant (sergeant).

Sconfieren, scoffiren (desconfire *; le mot scoffiren est revenu en français sous la forme eacoffier).

SUentie (silence).

Souter (sautier \ psautier).

Slruweren (destruire *).

Sictnoer (sycomoffe).

Sorrier (sommier, bête de somme).

Tormenlen (tourmenter).

Tennt (terme).

Trahinen (trahiner *, écarleier, supplicier, tourmenter).

Travelgieren (travailler).

Truwant (truand).

Ver-noyen (du fr. en-nuyer).

Visiren (viser, considérer).

Vunle (fonts baptismaux).

Usage (usage).

Yvoren (d'ivoire).

Beaucoup de ces vocables empruntés ont reçu droit de cité dans la langue.

Si nous passons à Texamen du contingent que les dialectes néerlandais à leur tour ont fourni à ce que Ton appelle le fonds germanique du français, nous trouvons qu'après avoir défalqué de ce fonds ce qui revient aux divers peuples de i*ace teutonique qui ont occupé les Gaules et qui ont laissé Tempreinte de leur parler dans la langue française, le contingent spécifique du flamand se réduit à peif de chose. H s agrandirait considérablement si Ton était autorisé à y comprendre tous les mots que la science attribue à Timportalion fi*anque; mais, pour être admis à le taire, il faudrait être fixé sur le point de savoir si la langue des Fmncs peut réellement être considérée comme une des bases essentielles du néerlandais ou flamand.

On a prétendu que la grande partie des termes de marine français étaient de provenance flamande. C'est là, selon toute apparence, une erreur; une analyse exacte de ces termes n'en lais.se

subsister qu'un bien petit nombre qui, par leur physionomie ei hur histoire, accusent indifféremment une provenance normaDoiiiM, anglo-saxonne ou anglaise. #

Voici un certain nombre de termes français de toutes catégoriel logiques, dont fétymologie directe paraît, sans concurrence, app» tenir au domaine néerlandais. Pour plus de détails, nous renvoyoïi à notre Dictionnaire détymologie fratiçaise.

Affaler (afhalen).

Agret\ agrei, auj. plur. agrès (gercide, gerei).

Amarrer (marren)

Arquebuse (haakbus).

Avarie (haverij).

i?flc(bak).

Benne (brème *, bord, lisière).

Blouse y trou de billard (bluts *, cavité).

Brodequin (broseken).

Cabillaud (kabeljaauw).

Cahute (kajuil).

Cambuse (kabuys).

Capr^ (kaper).

Caquer des harengs (kaakcn).

Chaloupe (sloop).

Drogue (droog = sec).

Échasse (schaals).

Écofrai (schapraai).

Étai (staede *, slaye ').

Flèche (fïits).

Framboise (brambezie).

Frelater (verlateo = iraosvascr).

Oréer un navire (voy. agrès).

Guenille {(\mquq\ vêlement de laine?).

Hâle (hael *, sec).

Hamac (hangmat).

Haubans (hoôfdbanl *;.

Hêtre (heesler).

Hie (hei).

Hocher (hotsen, hulsen).

Houille (schol, allem. schoile).

Kermesse (kerk-misse).

L<?/*(loef;.

Mannequin (mannektn *;•

Maquereau j entremetteur (maker

courtier).

Maquignon (du verbe maken, néf^odeqi j Moue (mouwe = renflement, |n«J

lèvre). \

Moufette (de muf, moisi). i

Mousse, émousser (motsen). |

Mulot (de mul, poussière).

Nope (nop)..

Orse, ourse, terme de marine (hirti '

gauche; suppression de rmûak^

prise pour Tarticle;.

Plaque (plak).

Pot (pot).

Quinte p. quinque (kink-hoest).

Raban (ra-band).

Radoter (doten, duUen = réverj.

Ralingue (raa -|- leik).

Rate (rate = rayon de miel).

Rouir (roten).

Semaque (smak).

Senau (snauw).

Seran (schrans).

Tamis (teems ?).

Trac et traquer (trekken)* Tricoises (trek-ijsers ?). «

Tricoter (strik, strikken).

Vacarme {àt Tanc. înteijection nftà

arme, littér. = hé-las).

Vilebrequin (wiel-boorken).

La langue néerlandaise belge, ou le flamand, dans son expression littéraire, tend de plus en plus à se modeler sur les œuvres classiques des écrivains du Nord; tout en se retœmpant aux sources

parler popuiatre et en i^habilitaQt certaines règles de e et de syntaxe, abandonnées ou négligées par les mo-

fie^, elle vil au tond de la vie qui respire dans les produetions lîilderdyek, des Tollens et des Van Lennep. Mais, autour de la jlgïie irrite et disciplinée, se groupent, dans les diverses contrées, imiïub reuses variétés parlées, se distinguant entre elles par des ttêrne^ pbonologiques, des habitudes grammaticales, des expresm et des tenues particuliers. Le célèbre recueil intitulé Geima- 1* ViMersîifnmtsn (les Voix des divers peuples germaniques) renme un appendice consacré îiux dialectes flamands : on y trouve te échantillons du langage particulier en usage parmi le peuple des fcs belges suivantes : Tongres, Saint-Trond, Hasselt, Hougaerde, ■Mûnt, Diest, Louvain, Bruxelles, Hal, Engbien, Grammont/ pBende, Merchlem, Mali nés, Anvers, Turnhoul et Bruges.

ikUMlTlTIÛN TERRIT0R1ALB lïES DEUX LANGUES; LEUR BAPPORT NlîMfe-

taïK. — Après avoir sommairement hh connaître sous quelles ifluences les deux langues populaires parlées en Belgique s y sont f&duites et développées, nous faillirions à une partie de notre tikhe I nous laissions en dehors de cet exposé rindicaiiou des limites M séparent actuellement leurs domaines. Deux sources d'inforraaftae présenlaient à ce sujet : dabord un travail de Raoux dans I )lémoii*es de rAeadëinie royale de Belgique; puis le livre de ; Richard Bôckh, intitulé : Det^ Deulsch^n VolkHzaht und Sprachgettmdrn niropaischen Simien, Nous résumerons les résultats de fers investigations, en commençant par le mémoire de Baonx qui

Êduît le lecteur de louesl à lest, tandis que M, Bôckh suit la Nîtion opposée.

La démarcation entre ta langue flamande (on allemande) et la Içue wallonne» si Ton ne s allaelie qu aux villes et aux localités • plus cousidérablest s*ëtablit ainsi qu'il suit en partant de la mer iSord.

jles localités extrêmes de l'élément germanique (situé au nord ou Foup;si de l'élément roman) sont : Gravelines, Bour bourg, Bergues, Nsel, liasebronck, Bailleul (ces six prcmiei's noms apparliennent teoreau temloire français). Messines. Menin, Courtrai, Benaix, Nuiont, Enghien, Hal, Bruxelles, Louvain, Tirlemont, Saint* fend. Tongres, MarHtiicht (Pays-Bas), Aix-la-Chapelle (Prusse), ^»«ri (Prusse), Sainl-Vitb, Beuland, Vianden(ici nous eiitronsdans ' gnitid-duclié de Luxembourg), Diekirch, Arlon, Luxembourg,

409 BELGIQUE MORALE ET INTE^^LECTUELLE.

Les localités principales extrêmes de rélément roman sont.Gilais, Ardres, Saint-Omer, Armentières, Lille, Tournai, Lessines, Ath, Braine-Ie-Comte, Nivelles, Genappe, Wavre, Jodoigne, Haonot, Liège, Verviers, Limbourg, Malmedy, HoufFalize, Bastogne, Étalk, Virton et Longwy.

La bande de terrain intermédiaire entre ces deux lignes ne r» ferme que des communes où Ton parle soit flamand, soit walki, suivant qu elles se trouvent plus rapprochées de lune ou de l'antm

Les investigations historiques qui font l'objet du Mémoire de Raoux constatent que la démarcation établie ci-dessus n'a passessiblement varié dans tout le cours des siècles, même depuis la période franque. Lusage du français, comme langue officielle, soit pendant la domination française, soit depuis la création du royau» de Belgique, peut avoir influé sur le nombre de personnes qoi, dans une même localité, ont abandonné leur langue maternelle limande en faveur du français, mais la topographie des langues, proprement dite, n'en a point été atteinte.

La question qui nous occupe est traitée avec plus de détail par M. Bôckh. Quittant le département français de la Moselle, l'auteiir allemand nous fait franchir la frontière belge par la commune de Halanzy (canton d'Arlon, à sept kilomètres sud-ouest de Messancy), appartenant en majeure partie à l'élément germanique. A partir de là, vers le nord, la ligne de démarcation, qui jusqu'à Ûmbourj laisse l'élément germanique (allemand) sur notre droite, se confood d'abord avec la limite occidentale de l'arrondissement d'Arlon,à l'exception des localités de Rachecourt et de Meix-le-Tige qui fo^ ment des enclaves wallonnes de cet arrondissement. Depuis Marielange, elle court, entre Fauvillers et Tintange, le long de la froatière qui sépare le territoire belge du grand-duché de Luxembourgt puis, k l'exception de la commune belge de Behault ou Beho (ail. Bochholz), où l'on parle allemand, et jusqu'à l'Amblève, le long de la frontière prussienne. A Recht (Prusse), remontant un peu le cours de l'Amblève, elle se dirige, sur l'ancien territoire de l'abbave de Stavelot, entre Bel vaux et Malmedy (à gauche) et Bùttgenbach (à droite), vers Limbourg. De cette ville wallonne, elle atteint Henri- Chapelle, et de là, dans la direction ouest. Visé sur la Meuse; cependant, au delà de cette ligne, les communes belges de Baetoi Aubel et Mouland parlent en grande partie le wallon.

Depuis Mouland, en aval de Visé, jusque vers Maestricht, la limite se confond avec le cours de la Meuse, De là, tournant au sud-ouest

ïi laissant au domaiae wallon les communes limboui*geoises de Lalaye, Eben, Wonck et Boulange, elle franchit le Geer entre Sluse et ^ren,de sorte que Heur-le-Tiexhe reste du côté flamand etOtrange u côté wallon. Jusqti*à Gorswarem (wallon), elle coïncide avec la "ontière sud de la province de Limbourg, traverse Rosoux-Grenâck et tranche le coin extrême nord-ouest de la province de Liège renfermant Houtain-rÉvéque, Wamont et Oberwinden) au profit de I partie germanique.

Dans le Brabant, la séparation des langues est marquée par la imite qui sépare les arrondissements de Louvain^t de Bruxelles de idai de Nivelles. Les seules déviations à noter sont, comme parlant irdlon, pour Tarrondissement de Louvain, les communes de Neer et Dp-Heylissem, de l*Écluse et une partie de Zetrud-Lumay (sur la grande Geete); et pour celui de Bruxelles, à Touest de la Senne, les eommunes de Saintes et Bierghes (entre Hal et Ënghien).

Passant, au sud de Bierghes, sur le territoire du Hainaut, nous trouvons dans c^tte province, du côté flamand, la ville d'Enghien (llam. Edingen), une paitie de Marcq, puis Saint-Pierre, Biévène, Boe partie des Deux-Acren à Tembouchure de la Marcq dans la Dendre. A partir de là, la séparation des provinces de Flandre orientale et de Hainaut forme en même temps celle des langues, si « tfest que, dans la dernière, Everbecq appartient encore au do- BMdne flamand, et en Flandre, à l'ouest de Renaix, les trois commîmes de Russeignies, Amougies et Orroir sont du domaine wallon. Après Orroir, la limite remonte, sur une étendue de quelques kilo- "^es, le cours de TEscaut; puis, laissant du côté wallon les cinq communes les plus méridionales de l'arrondissement de Courtrai Wandre occidentale), Espierres, Dottignies, Ilerseaux, Luingne et Jlouscron, elle se dirige vers Wervicq (flamand), d'où, passant sur l^rive gauche de la Lys (les localités situées en amont sur celle 'ivière, Comines et Warneton, sont wallonnes), elle franchit, au ^fd-ouest de Neuve-Église, la frontière française.

Pour le nord de la France (arrondissements de Dunkerque et dïazebrouck), un travail sur la délimitation du flamand et du fran- Wis, publié en 1857 par M. E.* de Coussemaeker, nous apprend que ^ limite de la partie où le flamand est, ou parlé exclusivement, ou prépondérant, court à partir d'Armentières, au sud et à l'ouest des localités suivantes : Bailleul, Vieux-Berquin, Steenbecque, Stercus, ï^yade, Eblinghem, Bavinckove, Noordpeene, Lederzeele, Wulverhe, Millam, Capelle-Brouck, Brouckerque, Spycker, Petite-

Synthe. Dans les environs de Dunkerque» le français a prévalu; il en est de même dans Bourbourg; il a tout à fait détrôné le flamand I Gravelines et à Saint-George.

Après avoir tracé les lignes qui circonscrivent lerritorialemenlla;' domaine des deux langues nationales, il nous importe encore dJ faire connaître h force numérique de chacune d'elles dans les diversfli^ provinces. A cet effet nous avons, sur les données du dernier iM censément officiel, celui de 1866, recherché les chiffres proportim nels (un sur mille) dans lesquels se répartit le total des habitants li l'égard des langues, et dressé le tableau suivant : '

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