Patria belgica
L'Ethnologie est une des branches de l'anthropologie; celle-ci a été définie par M. Broca : l'étude du groupe humain considéré dans son ensemble, dans ses détails et dans ses rapports avec le reste de la nature. Dans ce vaste champ d'exploration, l'ethnologie ne revendique qu'une part assez restreinte : son objet spécial est la détermination des caractères distinctifs des races humaines.
On entend par races les modifications persistantes de l'espèce, sans que l'on veuille, par ce terme, alRrmer ou nier la parenté primitive ou la diversité d'origine des formes que l'on constate. Les hommes sont-ils provenus d'une souche unique, qui s'est ensuite scindée en plusieurs variétés, comme le pensent les Monogénistes? constituentils, au contraire, des espèces proprement dites, qui ont fait leur apparition sur le globe indépendamment l'une de l'autre, suivant l'opinion des Polygénistes? ou bien encore sont-ils, ainsi que le veut n. 1
Darwin, des anneaux de cette grande chaîiie par laquelle se relient tous les êtres, et les différences qui les séparent des animaux, aussi bien que celles qui les distinguent entre eux, sont-elles dues tout entières à la sélection, c'est-à-dire au jeu combiné des forces qui constituent la nature? Ce sont là trois hypothèses qui sont du ressort de l'anthropologie générale, mais qu'on ne résout point, qu on laisse intactes, lorsqu'on emploie le mot races.
Ainsi l'ethnologie se borne à étudier les ressemblances et les dissemblances des groupes humains donnés; mais pour être complète, elle ne doit pas se préoccuper seulement des caractères physiques, elle doit tenir compte aussi des caractères sociaux et intellectuels ; elle ne peut se renfermer exclusivement dans le présent, elle doit remonter vers le passé et suivre aussi haut que possible chacune des races qui font l'objet de ses recherches; elle doit, en réalité, reconstituer leur histoire. C'est à ce titre qu'il faut la distinguer de l'ethnographie, science plus modeste, et dont la mission consiste simplement à décrire les peuples, leur aspect, leurs mœurs et leurs usages.
L'ethnologie d'un pays déterminé, comme la Belgique par exemple, comprend donc à la fois la description des habitants successifs de ce pays et la recherche de leyrs affinités dans le présent et de leurs origines probables.
Cette énonciation même indique la variété des méthodes auxquelles elle doit recourir. Elle s'applique en effet à l'homme, c'està-dire à un être complexe, qui se manifeste à la fois par des phénomènes spirituels et par des phénomènes matéi-iels. Ses procédés d'investigation seront donc multiples :
1** Elle empruntera à l'histoire des renseignements sur les noms, les ma»urs, les caractères des peuples qui les uns après les autres ont occupé un territoire, elle recueillera et discutera les témoignages des écrivains de toutes les époques, elle consultera les souvenirs, les croyances, les légendes populaires, elle s'appuiera sur les découvertes archéologiques, elle notera enfin tous les faits actuels, usages, penchants, aptitudes, etc., qui sont de nature à éclairer le problème obscur des origines d'une nation;
2*" Elle invoquera lappui de la linguistique, qui, par la parenté des idiomes, lui indiquera souvent celle des tribus qui les parlent; elle dépouillera les vocabulaires des dialectes et patois, et cherchera, au moyen de finterprélation méthodique des iioms de lieux, à retrouver l'empreinte laissée sur le sol par ses occupants successifs;
ETHNOLOGIK. 3
3" 4ÎIle étudiera l'homme comme être physique, elle déterminera les tonnes corporelles et spécialement la taille, la couleur de la peau, des yeux, des cheveux, les traits du visage, la conformation ostéologique, et surtout celle du crâne qui, aux yeux de tous les anthropologistes, fournit des caractères de premier ordre.
Il no sera pas hors de propos de donner ici Ipxplication de (jiielqiios termes techniques dont rinteUigence est indispensable pour la suite de cette étude. On appelle prognathe, (de ^vàOo;, mâchoire, et rpô, en avant) le crâne dans lequel la mâchoire supérieure, prenant une direction oblique [)ar rapport au plan de la face, fait une forte saillie en avant. L'absence de prognathisme est indiquée par le mot d'orlhognaihisme (de 6pôà;, droit, et ^vàocç, mâchoire).
A un autre point de vue, on divise les crânes en dolichocéphales et hrachycéphale-s (de ^cXixô;, long, P?axù;, court, etxr^aXr., tête). Pour déterminer les uns et les autres, on mesure le diamètre transversal et le diamètre antéro-posléricur du crâne, c'est-à-dire sa plus grande largeur et sa plus grande longueur, et Ton calcule ensuite le rapport de la première de ces dimensions h la seconde : ce rapport est ce que Ton appelle Vimlice céphnlique; quand on dit que Tindice céphaliquc d'un crâne est de 80, cela signifie (jue si le diamètre d'avant en arrière était égal à iOO, le diamètre transversal serait égal à 80.
Or, suivant l'élévation plus ou moins grande de cet indice, on a établi la classification suivante :
Dolichocéphales (ou crânes longs), au-dessous et jusqu'à 77.77 ''/o.
Mésaticéphales (ou crânes intermédiaires), de 77.78 à 80 %.
Brachycéphales (ou crânes courts), au delà de 80 %.
J'adopte ici les chifl'res proposés par M. Broca (Revue (V Anthropologie ^ I, p. 398), et que je crois pouvoir préférer à ceux de Welcker, Thurnam et Huxley, à cause de leur caractère simple et rationnel.
On peut donc affirmer que la méthode ethnologique est triple : historique, linguistique, zoologique. Ces trois procédés se prêtent mutuellement secours, mais il serait inexact de croire que tous trois aient la même valeur.
Les renseignements historiques relatifs à Torigine des peuples sont souvent vagues, quelquefois conti*adictoires ; ils ne remontent jamais bien haut ; rarement ils présentent des garanties scientifiques sérieuses. Les légendes, les souvenirs sont plus incertains encore. Quant aux mœurs et aux usages, on sait qu ils se transforment et que les emprunts dune nation à l'autre sont fréquents dans ce domaine.
On peut en dire autant du langage : la conquête, les immigrations, les influences étrangères ont amené plus d'une population à adopter une langue nouvelle. En règle générale, toutes les fois que deux langues se trouvent en présence, c est la plus complète, c est-
à-dire celle qui est le mieux appropriée aux besoins variés d une civilisation supérieure, qui l'emportera sur lautre : ainsi le latin a remplacé la plupart des idiomes des peuples moins cultivés que les Romains avaient soumis; sur un théâtre plus vaste encore, les langues ai7ennes que les conquérants asiatiques apportaient à l'Europe ont fait disparaître devant elles les langues compliquées et difficilement maniables des habitants primitifs de notre continent. La langue nest donc pas un critérium infaillible en ethnologie; auxiliaire précieux dans la recherche des origines, elle doit céder le pas aux caractères anthropologiques, dès que ceux-ci sont eu opposition avec elle : le type est plus permanent que le langage.
Telles sont, en résumé rapide, les lois qui doivent présider aux investigations ethnologiques. Or, si Ton se demande comment elles ont été appliquées jusqu'ici à letude de la population belge, on constatera que Ion s est borné presque exclusivement à la face historique du problème : on a discuté à perte de vue sur les textes passablement embarrassants que César, Tacite, Strabon, Pline, etc., consacrent à notre pays ; on n'est point parvenu à se mettre d accord; aujourd'hui on discute encore, on reproduit sans cesse les mêmes arguments, et Ion ne semble pas près de s'entendre : tant il est vrai qu'une méthode défectueuse ne peut fournir que des résultats insuffisants.
Le point de vue linguistique a fourni son contingent de faits aux partisans des principaux systèmes qui se trouvent en présence; l'étude attentive des dialectes flamands et wallons, et celle des noms de lieux sont destinées sans doute à fournir beaucoup de révélations : malheureusement, ici plus qu'ailleurs, la méthode laisse souvent à désirer, et, sauf quelques exceptions très-honorables, les travaux qui ont été consacrés à ces investigations délicates sont dépourvus des conditions premières de la science; il y a donc encore dans cette direction bien des recherches à opérer.
Reste l'observation anthropologique proprement dite ; celle-ci est à peine entamée. La plupart de nos ethnologues n'ont ti'availlé que sur des livres, sur des documents morts; c'est sur le vif, au contraire, qu'il fallait porter son attention : la détermination précise des types actuels tranche, en effet, toutes les controverses et réduit au silence les affirmations contradictoires, fussent-elles appuyées de Tacite et de César. Devant le fait, les opinions individuelles s'efthcent.
Mais, avant d'en arriver à cette certitude, beaucoup de lacunes
dans nos connaissances devront encore être combkîes. Aujourd'hui, l'a science ethnologique n est qu'à l'état fragmentaire. L'auteur de cet article essayera de réunir ces fragments avec le plus d'impartia- \ité possible; mais il se verra contraint plus d'une fois à exposer, faute de mieux, ses opinions personnelles.
Ethnologie de la Belgique. — La Belgique n a pas d'unité physique; au point de vue géologique et orologique, elle n'est que la continuation des pays voisins, dont aucune barrière naturelle ne la sépare : ses fleuves lui apportent des eaux étrangères; sa faune et sa flore lui sont communes avec TAHlemagne, la Hollande et la France, et les hommes, eux aussi, qui successivement sont venus l'habiter ne peuvent revendiquer une place à part dans l'échelle des races humaines.
Ici, comme dans presque tout le reste de l'Europe, il s'est fait, à une époque trop reculée pour qu'on puisse l'indiquer par des chiffres, une invasion de peuples guerriers, venus probablement du centre de l'Asie, et qui apportaient avec eux les germes d'où naîtraient un jour les grandes civilisations modernes : une langue riche, mais souple, l'organisation morale de la famille, le sentiment du devoir, une intelligence éminemment perfectible, enfin une bravoure sans égale, à laquelle la connaissance des métaux prêtait des forces nouvelles. Ces peuples sont ceux que l'on a nommés les Indo- Germains, en accolant les appellations de leurs deux représentants extrêmes, dans la longue chaîne qu'ils forment depuis l'Inde jusqu'à la Grande-Bretagne, ou encore les Aryens, d'après une épithète qu'ils se donnaient à eux-mêmes dans les Védas, leui'S livres religieux les plus anciens, et qui semble avoir signifié primitivement les agriculteurs, par opposition aux Mongols nomades des contrées voisines; plus tard, ce mot a pris le sens de noble, pour désigner la race pure et la distinguer des peuples soumis ^e race inférieure. Ils se sont distribués en huit groupes principaux sous le nom d'Indous dans la péninsule du Gange, d'Iraniens en Perse et dans l'Asie Mineure, de Celtes dans l'Europe centrale et occidentale, de Grecs, d'Italiens et de Thraco-IUyriens au sud, de Letto-Slaves au nord-est, de Germains au nord et au nord-ouest de ce même continent. Toutes les langues européennes modernes, à l'exception du basque, du hongrois, du turc, du finnois et de quelques autres idiomes moins importants, sont leur création. Quant à leur type physique, les indices actuels joints aux témoignages do l'antiquité permettent de croire
qu'ils (Hai(Mil de laille élevée, avec la peau Irès-blanclie, les cheveux pAles et les yeux bleus : les Scandinaves, la i>lupart des Germains el des Slaves, un certain nombre de Grecs, les Ossèles du Caucase, les Siahposh et les Rohillas du nord de Tlnde onl conservé jusqu'à nos jours ces caractères, dont la rareté relative, dans d autres contrées qui furent également leurs conquêtes, s'explique par la prédominance qu y reprirent les races établies antérieurement.
I. Races préhistoriques. — En effet, avant cette ère de grande invasion, TEurope avait depuis longtemps ses habitants; les plus anciens nous ont été révélés par les nombreuses découvertes d'ossements que l'on a faites récemment dans les grottes de presque tous nos pays occidentaux. La Belgique aussi, du moins dans certaines de ses parties, avait été foulée par le pied de l'homme à lepoque reculée où vivaient les grands animaux éteints ou disparus aujourd'hui de notre zone. Mais il est encore impossible de rapporter, d'une manière précise, à une race quelconque les débris qui ont été ramenés à la lumière; il semble, en effet, que, dès cette période antique, différents types se mêlaient sur notre territoire : certaines fouilles ont fourni des crânes étroits et allongés comme ceux des Australiens et des nègres ; d'autres, des crânes extrêmement larges, analogues sous certains rapports à ceux des peuples mongoliques; il y a aussi des formes intermédiaires ; puis on rencontre des têtes orthognathes et des têtes prognathes.
Ces faits se classeront sans doute, lorsqu'on aura pu réunir des collections d'ossements plus considérables : dans l'état actuel de la science, tout essai de solution serait aventuré. Cependant cette question présente une grande importance; car il ne paraît pas douteux que le sang de ces populations primitives se soit mêlé dans une certaine mesure à celui des nouveaux occupants; dans aucune invasion, on n'a procédé, en effet, à une destruction méthodique et complète de la race indigène, et à cet âge reculé une extirpation des anciens habitants était impossible : les bois touffus offraient des retraites faciles, et l'écart de civilisation entre les peuples était bien moins grand qu'il ne Test aujourd'hui entre les Européens éclairés par la science et les misérables sauvages en face desquels ils se trouvent en Australie ou en Amérique, par exemple. Cette vérité n'est plus mise en doute. Les faits scmt là, d'ailleurs, pour en fournir la preuve. Nous savons que, dans l'Inde, où se sont réalisées également plusieurs conquêtes successives, il existe encore en ce
moment des tribus nombreuses d'aborigènes très-inierieurs; en Angleterre, en France, on retrouve les éléments de toutes les races qui ont occupé le pays. En Belgique aussi, 1 étude attentive des types permet de conclure qu il s est conservé dans la population actuelle certains caractères qu'elle a dû emprunter aux populations primitives : ainsi le prognathisme n est pas excessivement rare ; or, aucune des races historiques qui se sont établies sur notre sol ne présentait d'une manière accentuée cette disposition des mâchoires. M. Virchow, le savant professeur de Berlin, a signalé de même l'existence de crânes extrêmement volumineux et larges (macro-brachycéphales) analogues à un exemplaire trouvé dans un tumulus à Eysden (Castert), et que l'on ne peut rapporter encore à une race déterminée. Enfin la petite taille de certains individus, signalés notamment dans la vallée de la Meuse et dans certaines parties du Hainaut, fait songer aux troglodytes de Furfooz, qui ne dépassaient guère l'",40.
Il y a là, on le voit, une foule de problèmes dont la solution reste en suspens, et que l'on doit se borner h signaler rapidement Ici.
Lapons et Finnois. — Quand on a cherché dans le reste de l'Europe quelles étaient les populations qui, aux temps préhistoriques, avaient pu s'avancer jusque dans nos régions occidentales, on a indiqué plus d'une fois les Finnois et les Lapons. Les premiers habitent aujourd'hui l'Esthonie, la Livonie, la Finlande et le centi*e de la péninsule Scandinave ; les seconds sont confinés vers l'extrême nord, dans la région qui s'étend entre les îles Loffoden et la mer Blanche. Mais il feut que l'on se garde tout d'abord d'identifier ces deux peuples; ils ont, à la vérité, un trait commun : c'est qu'ils se servent de dialectes de la même langue ouralo-altaïque. Mais de cette unité linguistique il n'est pas permis de conclure à leur unité ethnique : il y a entre eux des différences physiques bien marquées, et il paraît évident que, là comme ailleurs, les uns ont emprunté la langue des autres. Il est probable que les Lapons, d'origine plus ancienne, ont été soumis par les Finnois, en partie assimilés par eux, en partie refoulés vers le nord, où ils continuent à mener, dans la nuit du pôle, leur triste existence.
En réalité, la question des Lapons et des Finnois est extrêmement vague encore, et quand on examine le point de savoir s'il y a, dans la population belge actuelle, des restes de l'une ou de l'autre de ces deux races, on ne peut invoquer tout au plus, en faveur d'une réponse affirmative, que quelques arguments très-indirects. On a signalé, par exemple, l'existence d'un grand nombre de traditions
K nEIXIQlIE POLITIQUE ET SOCIALE.
populaires qui semblent empruntées à la nwtliologie de ces peuples du Nord, très-accessibles, on le sait, aux craintes superstitieuses et chez lesquels aujourd'hui même les sorciers jouent un rôle considérable; puis, les récits relatifs aux nains, Nutons ou Sotais dans les provinces wallonnes, Kaboutermannekeiis, Halvennannekeus, Lapplandeh dans les provinces flamandes : il est à noter que plusieurs de ces légeirdes renferment des particularités encore applicables de nos joui-s aux mœurs des Lapons. Mais en dernière analyse, dans l'état actuel de nos connaissances, le doute est la seule réponse scientifique que Ton puisse faire à la théorie finnoise.
II. Race mélanochroïque ou brune. — La question de nos origines ethniques s'éclaircil un peu, quand on tourne les yeux vers une autre race, venue non plus du Nord, mais du Midi, et qui se distingue immédiatement par des yeux et des cheveux noirs alliés à ^in teint clair.
On n'a pas toujours été bien d'accord sur le nom qu'il faut donner à cette i*ace et sur la place qui doit lui être assignée dans la classification ethnologique. M. d'Omalius d'Halloy la range dans le rameau araméen, en même temps que les Sémites, lès Libyens et les Perses. C'est là un rapprochement d'une valeur fort problématique, et qui est loin d'être définitif. On préfère généralement aujoui*d'hui former une classe à part des populations blanches qui ne sont ni aryennes, ni sémitiques, et les appeler Allophyles (de a//o;, autre, et cfuÂy;, race); sous cette dénomination assez élastique, on comprend à la fois les Finnois, les Caucasiens et les Basques des Pyrénées : c'est ce que fait M. de Quatrefages. Mais il y a évidemment quelque chose d'ailificiel dans ce groupement, qui place pêlemêle ^t des blonds et des noirs.
Nous aimons mieux la classification de Huxley, fondée uniquement sur les caractères physiques et qui évite, par conséquent, toutes les équivoques auxquelles donne lieu l'emploi de nom^ désignant des unités géographiques, politiques ou linguistiques, qui ne coïncident point avec les unités ethniques. Le savant naturaliste anglais propose, en effet, les deux termes de Melanochroi et de Xanthochroi (de ixilaç, noir, ;orv6à;, blond, et yU^, carnation). Les Xanthochroi seront donc les blancs à chevelure blonde, c'est-à-dire la i*ace asiatique que nous avons montrée tout à Theure envahissant l'Europe et la soumettant à ses lois; les Melmwvltroi seront les blancs à chevelure noire qui se retrouvent aujourd'hui disséminés
« un peu partout au milieu des précédents, mais cependant dune
façon inégale.
Nous n avons pas à rechercher ici jusquoù setend leur aire de dispension dans les autres parties du monde; en Europe, c*est autour de la Méditerranée que leur groupement est le plus dense : ils constituent le noyau de la population de TEspagne, de Tltalie et du midi de la France, car dans toutes ces régions ils ont fini par absorber les éléments adventices. En revanche, cest la langue des conquérants qui a prévalu sur celle des habitants anciens; ceux-ci, en effet, parlaient probablement des idiomes très-distincts des langues aryennes, et dont le basque seul a de nos jours conservé le type primitif.
Cette race vive, gaie, à fintelligence très-prompte, sobre, adroite, mais sensuelle, et relativement moins bien douée pour la science et pour la politique, était désignée dans l'antiquité sous le nom d'Ibères dans la péninsule hispanique, d'Aquitains dans le sudouest de la Gaule, de Ligures dans le sud-est de ce dernier pays et dans le nord de l'Italie. Peut-être est-il permis d'y ranger également les anciens Pélasges de la Grèce et de l'Italie, comme l'a proposé M. Nicolucci. Les travaux de ce dernier savant ainsi que ceux de M. Calori ont montré dans quelle forte proportion la population actuelle de la Péninsule présente le type ligure. Il en est de même en France, dans toute la région qui s'étend de la Méditerranée à la Loire. Il est impossible, en effet, de donner raison aux ethnologues français qui prétendent diviser les Celtes de la Gaule en deux catégories, Gaëls au sud et Kimrys au nord, les uns noirs, les autres blonds : il est contraire à toute analogie d'admettre qu'une seule race se manifesté soustleux types si différents. C'est ce que M. Roget de Belloguet a parfaitement démontré dans son bel ouvrage sur YEthnogénie gauloise. S'il y a donc eu quelque part des Celtes noirs, ce sont, suivant l'expression de Huxley, des Celtes secondaires, des Celtes transformés par le croisement avec la population foncée aborigène.
En dehorâ du bassin de la Méditerranée, l'Angleterre, elle aussi, a un notable mélange de sang mélanochroïque. Tacite avait remarqué déjà que les Silures du pays de Galles- ressemblaient beaucoup aux Ibères espagnols. En Irlande également, le nombre des noirs est considérable. Aussi les ethnologues anglais sont-ils généralement d'accord pour considérer comme dCvScendants de cette race préai-yenne tous les individus i\ cheveux sombres.
Dans le sud de rAllemagne, MM. von Hôlder et Fi^aas ont reconnu le même élément mélanochroïque qu-ils ont qualifié de ligure, tout en faisant des rései^ves sur l'exactitude de cette appellation. En Hollande, M. Lubach signale des bruns surtout dans le Limbourg, et il attribue leur présence aux anciens établissements romains, mais sans preuves suffisantes, à mon sens. En effet, si cette race méditerranéenne est arrivée jusqu'en Allemagne et jusqu'en Irlande, rien n'a dû l'empêcher de suivre la vallée de la Meuse, qui, nous le savons, avait été habitée à une période bien antérieure, et de s'avancer jusque dans le Limbourg hollandais.
Tout semble donc annoncer que nos provinces belges ont nourri, comme les contrées voisines, des tribus de la grande famille mélanochroïque. Moke avait déjà signalé ce fait, et fobservation directe constate sans peine un nombre considérable d'individus aux cheveux et aux yeux noirs.
Un anthropologiste anglais distingué, M. Beddoe, a noté à cet égard les chiffres suivants :
Yeux foncés. Cheveux foncéfi.
Liège (ville) 340 474 sur i, 000
Liège (campagne) 409 499 »
Narwur. 470 575
Dinant 383 566 >>
Huv 436 568 »
Tournai 361 457 »
Bruges 376 354 »
Anvers (ville) 320 283 »
Anvers (campagne) 255 202 »
Malines 240 230 »
Ostende 256 176 »
Quelques-uns de ces chiffres ont été publiés dans le Report of the Bniish
Agsodation for the advancement of sciences, 1857. Nous devons les autres à la
bienveillance de M. Beddoe.
11 résulte de cette statistique que la proportion des noirs est moins forte dans les villes flamandes que dans les villes wallonnes : c'est dans la province de Liège surtout qu'ils sont le plus abondants, et que leur type s'est conservé le plus pur. Nulle part ailleui*s en Belgique, l'infusion du sang mélanochroïque na été aussi intense. Ainsi s'explique probablement aussi l'originalité bien tranchée du caractère liégeois, un tour d'esprit presque méridional, une loquacité intarissable, le goût des gauloiseries les plus épicées : jamais
KTHNOLOr.lE. 1 1
une paysanne flamande ne se permettrait les plaisanleiies scabreuses qui sont un jeu pour la botresse, jamais non plus elle n aurait cette promptitude de repartie et cet enti^ain endiabU'.
Cependant le type foncé ne fait pas défaut dans les provinces flamandes; loin de là. Dans le Limbourg, dans les deux Flandres, il est passablemeïit fréquent, mais il s'y présente sous une forme moins accentuée que dans le Hainaut et la vallée de la Meuse; la nuance y est, mais on sent qu elle a été diluée par un fort mélange : les tmits sont moins durs, Tœil moins vif; le plus souvent, les cheveux ne prennent leur teinte noire qu'à ladolescence, et la plupart des enfants sont blonds. Tout cela indique que lelément allophyle n'existait là que dtns des proportions plus taibles; il a été constaté fréquemment que le croisement des blonds et des noirs tend à faire prédominer chez leurs descendants cette dernière couleur ; mais les autres caractères, les traits du visage, etc., ne semblent pas obéir à la même loi. Et voilà comment en Flandre il y a tant d'individus k chevelure foncée qui, par leur physionomie générale, sont cependant de purs Flamands.
Pris dans toute sa pureté, le type mélanochroïque peut être décrit de la manière suivante : taille moyenne, trapue ; tête généralement arrondie, bombée ao sommet^ sourcils épais, yeux noirs, ovales et brillants; nez droit, de forme régulière et de longueur moyenne, arrondi à l'extrémité, à ailes développées ; menton peu proéminent, cheveux quelquefois frisés, mais plus souvent seulement ondulés, noirs ou brun foncé.
On a cru quelquefois pouvoir faire remonter la paternité de toute cette population brune aux Espagnols, dont les armées ont séjourné dans nos provinces. C'est là évidemment une erreur : une race ne se transforme pas aussi aisément, et les croisements, à moins d'être nombreux et persistants, passent presque inaperçus.
On possède, d'ailleurs, des documents qui prouvent à toute évidence l'existence de noirs en Flandre dès le moyen âge. Nous avons signalé dans ce sens la légende de sainte Godelive qui remonte au XI' siècle : c'est l'histoire d'une jeune femme fort belle d'ailleurs, mais que sa belle-mère refuse d'accueillir, parce qu'elle a les yeux et les cheveux noirs {quia erat uigris capillis et nigris stiperciliis). c( Pourquoi, dit-elle à son fils, es-tu allé chercher celte corneille à l'étranger? Ne pouvais-tu en trouver ass^z de semblables dans tes propres domaines? » Et elle lui reproche amèrement de souiller par cette mésalliance son antique race germanique. Ce récit monire
qu'à celte époque on avait encore conscience en Flandre de lopposition de deux races : laristocrâtie conquérante était blonde, et elle tenait à honneur de ne pas mêler son sang à celui de la classe inférieure, qui, dans certaines régions au moins, était noire.
Nous sommes porté à rapporter à cette population préaryenne, en tenant compte, bien entendu, de tous les mélanges qui se sont opérés depuis des siècles, les habitants de certains districts boisés de la Flandre, qui depuis longtemps oui attiré Fattenlion des obsenateurs. M. Jules de Saint-Génois a signalé les communes de Woumen, de Clercken et de Staden, au sud de Dixmude, dans la Flandre occidentale : on y vit dans des huttes et des tanières creusées en tçrre, et la seule industrie est la fabrication des balais. Pour la Flandre orientale, M. Huyltens, qui a écrit un livre extrêmement curieux sur les mœurs et les superstitions de cette province, nous fournit des renseignements beaucoup plus complets sur ces étranges Boschkerlen. On les trouve à Test crEecloo, à Lcnibeke, à Oost-Eecloo, et à l'ouest de Gand, entre Knesselaere et Maldeghem, et à Somergem, Oostwinkel, Ursel, etc. ; c*cst surtout dans les hameaux hef Ryver, à Somergem, Beesefold, entre Aeltre et Wynghene, et he/ A ellre-Hoeliskeii et de Cieyf,k Maldeghem, que cette singulière population s*esl conservée le plus pun»; elle ne s*allie que lrés-rarem(»nt avec les habitiuits des plaines ; son type, d'après M. Huyttens, est très-distinct : la taille moins élevée, les cheveux généralement noirs et les yeux bruns. Quant au caractère, Thomme des bois est adroit, industrieux, toujours gai ; il n'aime guère le travail, mais quand il s'y met, c'est avec une énergie rart? ; du reste, esclave de ses passions, il est bien inférieur en moralité au Flamand agriculteur.
111. Races xanthochroïques ou blondes. — Nous arrivons enfin aux Xauthochroi, aux races blondes, qui forment incontestablement le fond de notre population belge. Ici le terrain devient beaucoup plus ferme. Nous savons, en effet, d une manière certaine que les deux seuls rameaux de cette race qui s avancèrent jusqu'à lextrême Occident furent les Celtes d abord et les Germains ensuite : les Celtes, venus probablement par la vallée du Danube et la vallée du Rhin, eurent leur centre principal dans la Gaule, d'où ils passèrent dans les Iles Britanniques, en Espagne et en Italie; les Germains s établirent dans la Scandinavie et dans tout le nord du continent. Mais quelle était entre eux la ligne de démarcation ?
Quand César fut amené par ses conquêtes à reconnaître le premier l'état des choses en Gaule, il constata que ce pays était divisé en trois parties : l'Aquitaine, la Celtique et la Belgique. I/Aqui(aine au sud de la Garonne, la Celtique entre la Garonne et la Seine, la Belgique entre la Seine et le Rhin. Ce dernier fleuve était donc considéré comme la limite de la Germanie. Si Ion cherche atijourdluii
à se rendre compte de cette division triple, à l'aide des téinoigiuiges anciens et en s'appuyant sur les travaux des philologues les plus compétents, on sera autorisé à dire que l'Aquitaine était peuplée par des Ibères de l'ace mélanochroïque, la Celtique par des Celtes fortement mélangés dlbères, la Belgique par des Celtes à peu près purs. Entre ces deux dernières régions, la différence du langage était beaucoup moins tranchée quentre elles et TAquitaine. Il ny a donc pas lieu de s arrêter ici aux théories paradoxales, qui ont trouvé quelquefois des défenseurs, et d'après lesquelles les Celtes, ou tout au moins les Belges, devraient être assimilés aux Germains. On peut affirmer que cette opinion est mise en dehors de la science : les Celtes de la Gaule, Belges ou Gaulois proprement dits, parlaient la langue qui a donné naissance aux idiomes de la Bretagne française et du pays de Galles, et que Zeuss a si savemment étudiés dans une œuvre magistrale, la Grammatica celtica; de l'ancienne langue des Germains, au contraire, sont dérivés tous les dialectes que l'on appelle encore aujourd'hui germaniques. Rien de plus nettement tranché que cette distinction.
Mais où le doute commence, c'est sur la question de savoir si, dès l'époque de la conquête romaine, notre territoire était occupé par des Celtes ou par des Germains. Il est bien vrai que géographiquement il était encore compris dans la Gaule, puisque le Rhin formait la grande limite des deux contrées. Mais cette limite n'était pas une barrière : on avait vu d'abord des Gaulois passer le fleuve et s'établir au milieu des Germains; plus tard, ce fut au tour de ceux-ci à prendre l'offensive, et, longtemps même avant l'arrivée de César, plusieurs de leurs tribus s'étaient précipitées, les armes à la main, sur les cantons belges les plus voisins. Dans quelle proportion s'était faite cette invasion germanique? Tel est le problème, et il a reçu les solutions les plus diverses : Celtes et Germains ont chacun leurs partisans acharnés, et entre les deux extrêmes sont venues se placer des opinions intermédiaires, qui admettent le mélange de deux peuples, mais en accordant à l'un ou à l'autre une position prépondérante.
Cette incertitude est due tout entière au vague que les écrivains anciens laissent planer sur cette question, et ce vague même s'explique parfaitement par la difficulté qu'il y avait à voir clair dans cet enchevêtrement de races. César n'expose ses vues que d'une façon incidente; il répète ce que lui ont dit les Rémois (habitants de la Champagne), à savoir que la plupart des Belges sont issus des
Germains. Mais il est évident que cette proposition est beaucoup trop absolue pour qu'on puisse y ajouter foi un seul instant. Par Belges, il faut entendre, en effet, non-seulement les habitants de la Belgique actuelle, mais encore les Motini, les Atrebates, les Veroinandui, les Ambiant, les Suessioues, \esRemi eux-mêmes, etc., en un mot, toutes les populations du nord de la Seine et de la Marne, dont le caractère celtique est surabondamment prouvé.
Que reste-t-il à faire alors, si ce n est à chercher des textes plus précis? Or, César lui-même, Tacite, Strabon nous fournissent des témoignages qui restreignent singulif^rement la portée de cette première déclaration si générale. Les tribus qui habitaient notre territoii*e étaient les suivantes: h l'ouest, les Ménapiens et peut-être les Morins; au centre, les Nerviens avec leurs clients, les Centrons, les Grudiens, les Gordunes, les Pleumosiniens et les Lévaques; au nord, les Éburons et (dans la Campine probablement) les Ambivarites; dans la Hesbaie, les Aduatuques; au sud-est, les Trévires et leurs clients, les Condruses, Sègnes, Pœmanes, Cœrœses. Je me borne à dessein à ces indications générales, afin de ne pas empiéter sur le domaine de la Géographie ancienne de la Belgique qui fait lobjet dun article spécial.
Si nous passons en revue ces tribus lune après l'autre, nous constaterons qu'aucun écrivain ancien ne cite comme Germains ni les Morins, ni les Ménapiens, ni les Centi'ons, ni les Lévaques, ni les Ambivarites, ni les Gordunes, ni les Pleumosiniens, ni les Grudiens.
La question des Aduatuques est toujours très-problématique. D'après César, ils descendaient des Cimbres : ceux-ci, lors de leur fameuse expédition dans le Midi, les avaient laissés comme arrièregarde pour protéger les bagages; après la défaite de leurs compagnons, les Aduatuques avaient fini par s'assurer un établissement au milieu des populations belges, et ils avaient même contraint les Éburons à leur payer tribut. Cette ti*adition est-elle bien exacte? 11 serait difïicile de le décider aujourd'hui. Si on l'admet comme authentique, il reste encore à déterminer à quelle nationalité appartenaient les Cimbres. Étaient-ils Celtes ou Germains? Le problème a été vivement débattu. Toutefois les derniers résultats de la science s'accordent généralement à en faire des Germains. Concluons donc * que les Aduatuques étaient Germains, bien que leur nom ait un aspect singulièrement celtique. Mais que sont-ils devenus dans la suite? Ici encore, l'histoire est muette. En effet, après les expéditions de César qui leur portèrent des coups terribles, ils disparaissent sans
laisser de traces ; sans doute, ils n'ont pas été anéantis, mais ils se seront probablement fondus dans les peuplades voisines.
Quant à celles-ci, c'est-à-dire les Nerviens, les Éburons et les Trévires avec leurs clients, ce sont elles qui donnent lieu aux plus ardentes controverses.
César dit expressément que les Éburons, les Condruses, les Sègnes, les Pœmanes et les Cœrœses portaient le nom de Germani ; Tacite rapporte que les NeiTiens et les Trévires étaient fiers de leur origine germanique; Strabon aussi cite les Nerviens comme « peuple germanique. » Tels sont les principaux arguments sur lesquels des savants belges, et entre autres Raepsaet, Schayes, Gérard, se sont fondés pour soutenir que tous nos ancêtres appartenaient à la race germanique.
Toutefois cette manière de voir est loin d'avoir prévalu partout, et la science allemande est presque unanime à la rejeter. I^s textes cités sont loin d'être concluants; en effet, le mot gennanus n'était pas encore, à l'époque de César, une désignation ethnographique; quant au passage de Tacite, si on le lit attentivement^ on verra que Thistorien n'ajoute pas foi lui-même à la prétention des Nerviens et des Trévires : s'ils avaient parlé un dialecte teutonique, ne les aurait-il pas rattachés nettement au groupe des peuples d'outre-Rhin ? On ne peut songer à entrer ici dans le détail de cette laborieuse controverse, dont on a, d'ailleurs, exagéré singulièrement l'importance. En effet, les Celtes, aussi bien que les Germains, appartenaient à la femille ai^enne; il y avait certes entre eux des différences, mais ces différences, si on les oppose à celles qui distinguaient les Allophyles, étaient d'un ordre tout secondaire : c'est là un point qu'il ne faut pas perdre de vue. Quant à la conclusion, voici celle qui semble s'accorder le mieux et avec les textes et avec l'ensemble des faits.
Il est incontestable que des tribus germaniques avaient passé le Rhin et qu'elles avaient réussi par la force des armes à soumettre une partie des anciens habitants, et c'est ce qui nous explique pourquoi certains peuples, tels que les Nerviens et les Trévires, avaient des tribus clientes : les Celtes n'avaient donc été ni exterminés, ni expulsés du territoire. C'est la conséquence à laquelle nous conduisent, d'ailleurs, toutes les analogies historiques, et notamment les conquêtes germaniques des premiers siècles de notre ère. Partout nous voyons les envahisseurs constituer une sorte d'aristocratie militaire; pendant ce temps, les vaincus, surpris d'abord par la violence de Tattaque, reprennent peu à peu leur assiette, et comme ils
i<» HEM.iyi K POLITiyi E ET SOCIALE.
sont les plus nombreux, ils exereent aisëment leur puissance d'assiniiJation : celle-ci, dans le cas qui nous occupe, se basait à la fois sur lancienneté de leur séjour et sur le développement plus grand de leur civilisation. L'alliance entre les deux nations se fit donc assez promptement, et il est probable que nous en retrouvons l'un des indices dans la coutume qu'avaient les Éburons et les Trévii-es de nommer toujours deux rois. Nous sommes même autorisés à croire (juc les maîurs et la langue celtiques avaient complètement repris h; dessus, et c'est pourquoi César comprend tous les Belges sous le nom générique de Gaulois et, dans un grand nombre de passages, les ojipose nettement aux Germains. En outre, la plupart des noms d'hommes et de peuples qui nous ont été transmis, tels que ceux de Cingetorix, Ambiorix, Boduognat et ceux de Trévires, Centrons, Ambivarites, Nerviens, etc., ont, d'après les philologues les plus autorisés, une physionomie complètement gauloise.
Si c(îs conclusions sont exactes, la race, à l'époque des expéditions romaines, était, pour la plus grande partie^ celtique ; mais alors déjà, indépendamment des éléments allophyles dont il a été question plus haut, il s'y mêlait une certaine dose de sang germanique.
Les désastres de la conquête et les mouvements précurseurs de la grande migration germanique devaient nécessairement modifier la situation. Dès le commencement du premier siècle, on voit apparaître des noms nouveaux, les Tongres, qui semblent en partie avoir remplacé les Éburons; puis les Toxandres, dans la Campine actuelle : toutefois il est fort difficile de décider si c'étaient là des immigrants venus du dehors, ou simplement d'anciennes tribus qui s'étaient reconstituées.
C(?pendant les empereurs romains ne cessent de transplanter des colonies germaniques sur notre territoire : ce sont des Sicambres, des Chamaves, des Frisons, des Francs, et le moment arrive où, la pression des envahisseurs devenant toujours plus irrésistible, les garnisons romaines sont forcées de leur abandonner le terrain. Vers la lin du iv** siècle, Tongres, Tournai, Boulogne et Dunkerque sont les points extrêmes où elles résident encore. Nous voyons ainsi se dessiner peu à peu la ligue de démarcation qui fera de notre pays une terre mixte, demi-wallonne, demi-flamande. Cette limite n'est pas entièrement due.au hasard, elle s'explique en partie par la nature différente des terrains. La région méridionale, en effet, d'une constitution géologique plus ancienne, fut habitée sans aucun doute, défrichée et cultivée longtemps avant la région du nord; la popula-
KTlLNOLOlilE. M
tion y était iiicoutestnbleineiil plus dense, e est ce que nous apprennent les chiffres statistiques qui nous sont fournis par (lësar; les moyens de résistance étaient, par conséquent, beaucoup plus énergiques. Le nord, au contraire, était presque entièrement couvert de forêts, de marais ou de sables; aussi les Romains, qui parcoururrent souvent ce pays, n'y fondèrent-ils aucune ville importante, et tandis que leurs établissements dans le sud transformaient les anciens Belges en Wallons, cest-à-dire en Celto-Latins, la civilisation italienne ne put jamais jeter de racines profondes dans la région du nord.
Les bandes germaniques trouvèrent donc Ih une terre toute prête h les recevoir; elles ny rencontrèrent pas la résistance d'une civilisation déjà bien assise, et, grAce à leur nombre ainsi quît leur énergie, elles lui imprimèrent le caractère germanique, qu elle devait conserver jusqu'à nos jours. Le midi, h la vérité, tomba également en leur pouvoir; mais à mesure que leur domination gagna en étendue, elle perdit de son intçnsité, et, dans les provinces wallonnes comme dans tout le nord de la Gaule, le royaume des Francs était destiné à devenir au bout de peu de temps le royaume des Français. En résumé, la zone flamande est due à la conquête ; la zone wallonne est fondée sur la résistance : l'élément celto-latin y a absorbé l'élément germanique, qui, dans la première, a réussi à maintenir son indépendance.
Ces résultats trouvent leur confirmation à la fois dans l'étude de la langue, dans celle des noms de lieux, et dans l'obseiTation du type actuel.
Les dialectes wallons se rattachent par des transitions toutes naturelles aux dialectes voisins de la Picardie, de l'Ardenne française et de la Champagne : les uns et les autres ne sont autre chose que la langue latine, telle que la modulèrent des populations celtiques. Il paraît incontestable que des Germains purs lui auraient imprimé un caractère différent, et on en a la preuve dans le dialecte liégeois, plus fortement imprégné que les autres d'éléments germaniques, et où les sons aspirés occupent une si large place.
L'étude comparée des noms de lieux du pays flamand et du pays wallon révèle au premier coup d'œil la distance qui sépare les deux populations. La plupart des noms de lieux flamands sont purement germaniques; dans les provinces wallonnes, il y en a un certain nombre qui dérivent de la même source : tels sont, par exemple, ceux qui se terminent en anf/e ([lour hffjeu)^ baix (pour hceli), fjnies (pour n. . 2
imjheu); mais la grande majorité ne peuvent être rapportés ni à des racines germaniques, ni. à des racines latines, et leur origine celtique est indéniable; je citerai ici les noms en acum {Tornacum, Tournai; Ledenxacum, Lierneux, etc.), et ceux de Dinant, Ghiin et Glons, Dour, etc., etc.
Je dois me borner ici a ces indications rapides. On peut consulter sur ce sujel, pour les formes {germaniques : Fœrstemann, AUdetilsclies Nnmefilmch, 2* édition, Nordhausen, 1871; et, pour les formes celtiques : Zeuss-Ebcl, Grammatica ceitica, 2' édition, Berlin, i87i. ïl est fort intéressant de comparer les noms de lieux de la Belgique à ceux de l'Irlande et de TAngleterre, où-Ies éléments celtiques sont jdus aisément reconnaissahles. Cf. Joyce, Irish Names of places, 2« édition, Dublin, 1870; Mmwmh^ Names of places, London, i%Q9. — Le seul bon travail auquel aient donné lieu les noms de la Belgique est celui de M. Grandgagnagc : Mémoire sur les noms de lieux de la Belgique oriefitale.
Quant au type wallon, il est si différent du type flamand qu'un observateur un peu attentif ne les confondra jamais. On peut le décrire de la manière suivante :
Stature élevée, souvent très-élevée ; membres forts, corps et visage osseux, anguleux; cheveux blonds, yeux clairs, figure allongée, n^ saillant, fréquemment muni sur le dos d'une forte éminence; menton saillant, crâne allongé.
l'n trait persistant est celui de lossalure massive, que des observateurs étrangers, MM. Beddoe, Charnock et Carter Blake sont d'accord pour signaler comme très-caractéiMsque. M. Beddoe nomme même le type wallon : tlie hatched-faced wallon type, c'est-à-dire dont la figure est taillée à la hache.
FI va de soi, d ailleurs, que ce portrait ne peut s'appliquer à tous les individus qui parlent un dialecte wallon. En effet, indépendamment des (iermains qui, à toutes les époques, se sont glissés dans ce fonds celtique, il ne faut pas oublier les nombreux descendants de la race mélanochroïque dont il a été question plus haut. Si l'on songe aux croisements qui ont dîi se fîure entre ces trois facteurs principaux, on se dira que la tache de l'ethnologue n'est pas aisée, et cependant, malgré tous ces éléments de confusion, le type^ wallon celtique se dégage avec une gitmde pureté. « Peu de frontières ethnologiques dans FKurope occidentale sont mieux tranchées, » dit M. Beddoe, qui a consacré Ji cette question une attention particulière. « Ce type wallon est fondamentalement le même que celui cpii règne dans le nord de la France, de Reims h Dieppe. »
Des recherches ultérieures préciseront sans doute davantage en-
KTILNOLOGIE. 19
coreces analogies et ces dittëreiices. Il sera nécessaire tout d'abord de déterminer exactement la conformation du cnme ; des à présent, je crois pouvoir affirmer que la dolichocéphalie prédomine d une manière notable. Quant à la taille, je donnerai plus loin les chiffres qui permettent la comparaison des deux* groupes flamand- et wallon.
Occupons-nous enfin des Flamands. Nous n'avons que des renseignements très-insuflilsants sur les diverses tribus germaniques qui ont envahi notre territoire, et cette absence de documents pi'écis sexplique aisément : une révolution aussi profonde détruit toutes les conditions de lobseiTation historique; c'est une sorte d ouragan qui passe au milieu des ténèbres : quand le jour se lève, le sol est bouleversé. Il est donc possible que, dans cette agitation universelle, toutes les nuances de la famille germanique se soient trouvées confondues sur notre sol. Les historiens et les chroniqueurs font mention de Frisons, de Saxons, de Francs, de Sicambres, de Bétases, de Chamaves et même de Suèves, sans compter les Leti.
Il est fort douteux que des Suèves se soient jamais avancés jusque chez nous, et on a supposé avec assez de vraisemblance que ce nom n est que la latinisation de celui des Zeeuwen ou Zélandais. Quant aux Leti, était-ce un peuple, était-ce une simple catégorie sociale ? Peut-être faut-il répondre affirmativement aux deux questions. Un fait positif, c est que, dès l'époque romaine, et ensuite sous l'empire de la loi salique comme pendant tout le moyen ûge, cette désignation îT été appliquée à une classe de serfs qui possédaient la liberté personnelle, mais non la pleine propriété des terres qu'ils cultivaient. On a proposé d'y voir des Lettons, c'est-a-dire un peuple étroitement allié aux Slaves. Mais d'où ces Lettons seraient-ils venus? A quelle époque se seraient-ils établis dans toutes les parties de TAllemagne, où se retrouve la même classe demi-servile? Tout c€ci est encore extrêmement vague.
Pour le reste, la question est beaucoup plus claire, et l'on peut affirmer à coup sûr que, malgré la diversité des noms, c'est toujours l'élément bas-allemand qui a largement prédominé dans nos provinces flamandes.
A une époque qu'il est difficile de préciser, que les uns font remonter très-haut, que d'autres tendent à ramener aussi bas que le V** ou le vi*" siècle de notre ère, la langue germanique s'est divisée en deux branches : le haut et le bas-allemand. Le bas-allemand, restant plus en dehors du mouvement, a conservé les formes an-
-iU BELGIOllE POLITIQUE ET SOCIALE.
ciennes du langage et 1 échelle des sons qui caractérisait déjà le gothique : c'est dans cette classe que se rangent le frison, l'anglo- Sîixon devenu l'anglais, le plattdeutsch du nord de rAIIemagne et le néerlandais. Le haut-allemand, au contraire, faisant un pas de plus dans la voie des transformations, a fait subir à toutes ses consonnes un glissement, qu'il serait trop long d'expliquer ici et qu'il vaut mieux indiquer par un seul exemple : l'ancien t germanique est devenu s en haut-allemand, et c'est en s'appuyant sur cette particularité qu'on a proposé de désigner les deux grands dialectes germaniques par les noms de Dat Sprache et de Das Sprache (la langue de (lat et la langue de das).
On admet généralement aujourd'hui que lancienne langue fi-anque avait le caractère bas-allemand : si les Francs de l'Allemagne proprement dite ont passé depuis lors au haut-allemand, c'est là un phénomène qui résulte de leurs rapports avec les provinces voisines dont ils partageaient la civilisation.
La grande masse dfe la population flamande de la Belgique parait donc issue de cette confédération de peuples bas-allemands qui s'unirent au v" siècle sous le nom de Francs et qui, s'aifranchissant complètement de la domination romaine, colonisèrent à peu près à nouveau nos provinces septentrionales. On peut reconnaîti'e leurs nombreux établissements dans tous les noms de lieux en lieim ou hem, qui indiquent chacun rétablissement d'un chef au milieu de ses gens. Leur langue s'est perpétuée avec les modifications qu'apportent les siècles dans le diefsch ou thiois du moyen âge, devenu notre flamand typique moderne : sous le nom de teutonicum, on l'opposait autrefois au saxonivum qui se parlait en Flandre.
On a (T(i pendant loni^tenips (pril (Hait impossible d'assimiler le flamand à la langue francpie, parce (pie le r//, (pie Ton disait pn'dominer dans celle dernière, manque entièn^ment au n('*er]andais. Mais le ch nVxistait pas davantage chez les Francs, et si Gn-goire de Tours écrit toujours C/iilpericus, Oiildericus, etc., c'est rpie la langue latine ne lui fournissait aucun autre caractère pour marquer l'aspiration germanique du h. Cf. Kern, Germnnnsehe woordm,eiîz. {Verslagefi der K. A kndemie (1er Welensch,, 2* reeks, deel II, p. o.)
En effet, les Vlandri proprement dits, les habitants du pmjus flandrensis, dont le nom a fini par devenir celui de tous les Belges germaniques, offraient quelques caractères distiiiiMs, et se rapprochaient davantage du groupe saxon qui s'établit en Angleteri^e. Il est probable que les mêmes expéditions qui portèrent ces conquérants
britanniques en amenèrent des essaims sur notre côte; ils s'élablil'ent dans le pays a moitié dépeuplé des Ménapiens, laissant çh et là, notamment dans les régions boisées, des groupes danciens habitants. Dès le IV" siècle, les Romains donnaient à cette région de la Flandre occidentale le nom de littus saxonicum. Ce sont ces vaillants et indomptables kerels saxons qui ont transformé cette terre, jadis dédaignée, en une splendide contrée agricole; ce sont eux qui ont fondé la grandeur de la civilisation flamande. Aujourd'hui encore toute la région qui est limitée h lest par une ligne partant de Sluys et traversant Lapscheure,Ruysselede, Caneghem,Aerseele, Marckeghem, Vive-St-Baafs, Harelbeke, Courtrai, Menin, Wervicq, et qui,ii l'ouest embrassant les anciermes chalellenies de Berghen-St-Winnox, Broucburg, Cassel et Bailleul, s étend jusqu'au petit fleuv^e TAa (Debo, Westvlaamsch Idiotikon, Brugge, 1873), a conservé un dialecte particulier, qui se sépare nettement du flamand du centre, et se rapproche par certains points de langlais. On peut citer les formes : mude, Ion et liam, comme terminaisons caractéristiques des noms de lieux dans cette région.
Dans le Nord, c'est-à-dire dans la Campine occidentale, il faut encore signaler un groupe un peu distinct : c'est celui desancienr Toxandres, qui habitaient aussi le Brabant septentrional jusqu'à la Meuse. Les habitants de cette région, qui ont aussi un dialecte à part, se font remarquer, en outre, jusqu a nos jours par certaines particularités du costume : tel est le grand bonnet blanc à ailes pendantes, si connu chez les paysannes d'Anvers. Anciennement leur vêtement était beaucoup plus bizarre encore, comme le montrent, pai* exemple, les planches du Recueil d'Abraham de Bruyn, qui date du xvr* siècle. A cette même époque, les femmes du Brabant portaient une tout autre coiffure, que l'on retrouvait alors à Aix-la-Chapelle, à Cologne, à Devenier, à Clèves, c'est-à-dire dans le pays que nous considérons comme pui*ement franc.
Enfin, le dernier groupe germanique que nous ayons à considérer est celui du Luxembourg, qui est remonté probablement dans la province de Liège et dans le sud du Limbourg, et dans lequel il faut voir, ce semble, des Francs ripuaires.
Au point de vue du type, la majorité de la population flamande a conservé tous les caractères germaniques : chevelure blonde ou châtaine, yeux clairs, peau blanche, fine et rosée. Mais ici, comme en Hollande, on peut y signaler, avec Lubach, deux formes principales.
BELGIQIE POLlTIQrE ET SOCIALE,
Ka preniièiv se distingue par la mille élevée, le visage allongé, avec les pommelles peu saillanies; le nez grand, droit, quelquefois courbé, aviY la pointe dépassant les ailes; la mâchoire inférieure haute, mais peu s;ullante ; le menton bien dessiné, la carrure médiocre. J'incline à croii-e que dans ce type la dolichocéphalie domine notablement, comme c'est le cas chez les Anglo-Saxons, les Frisons et les Scandinaves.
La seconde, au contraii'e, présente une taille moyenne, le visage arrondi, avec saillie notable des pommettes; le nez gi'os, sans éminence, à pointe ne dépîissîuit pas les ailes; les traits généralement vagues et arrondis, les épaules larges. J'ai constaté, par des mensuralions qui seront publiées ailleui*s, que leur crâne ovale, arlondi, légèrement voûté au sommet, est fi;équemment brachycéphale.
A ce dernier type appartient aujouiHi'hui la majorité de la population flamande. C/est ce que démontrent, en dehors des observations pei-sonnelles, les chitïres fournis par la statistique de la taille des miliciens.
Voici les résultats que nous donnent les relevés officiels pour toute la Belgique, pendant la jHMMode 1842 h 1860 :
Sur iO,t)Ot) fonsorils do chatiiio provinn», il y on a :
IK* 1".560 et •u-4l«v*oiift.
Flandre orientale i,790
Flandre occidentale i,645
ijmbourg i,475
i-iége i,445
Brabanl i,U5
Hainaut i,4i5 .
Anvers i,!260
Luxembourg .1,093
Namur 920
(^e tableau est intéressant au point de vue non-seulement des provinces flamandes, mais de la Belgique entière. On y voit immédiatement que la province la moins germanique, Namur, est celle qui compte le moins de petits hommes, tandis que les deux Flandres en possèdent le plus. Le Luxembourg se rapproche de la pi'ovince de Namur. Liège et le Hainaut, où le mélange de sang gei-manique et mélanochroïque est plus considérable, occupent un rang moins élevé. Dans les provinces flamandes, Anvers et le Limbourg doivent sans doute la supériorité qu'ils ont sur les Flandres à l'élément toxandre signalé plus haut. Quant au Brabant, qui tient
une position intermédiaire, voici corflment les chiffres se répartissent par arrondissements :
Période de i86l à 1870. Sur 10,000 conscrits, il y en a :
Df l",560 et au-dMHoiii.
Arrondissement de Nivelles 999
» de Louvain 1,047
» de Bruxelles 931
Ces chiffres sont parfaitement d'accord avec les précédents : Nivelles (wallon) a moins de petits hommes que Louvain (flamand). Bruxelles, à la vérité, est mieux partagé encore; mais il est évident que la capitale apporte un contingent considérable d'éléments venus de toutes les parties du pays.
Les résultats fournis par les deux Flandres réclament encore un moment d'attention ; il paraît étrange qu'une population célèbre au moyen âge par sa taille élevée, et pour laquelle on a créé en France l'épithète de Grand Flandrin, soit devenue la plus petite de la Belgique. La misère a-t-elle pu amener cette diminution? Tous les anthropologistes sont d'accord pour le nier. Mais il faut se rappeler qu'anciennement, comme aujourd'hui, la race présentait des difféi^ences notables. « La taille des Flamands varie, dit l'annaliste Meyer qui écrivait au xvi*^ siècle : les uns sont élancés, les autres petits, d'autres enfin de proportion moyenne {dispari statura,partim procera, partim brevi, partira quadrata). »
Aujourd'hui le même tait se présente : les habitants des côtes appartiennent généi*alement au type élevé, que l'on peut identifier avec le type fi^son de Lubach; à l'intérieur, c'est le type moyen qui prédomine, mais peut-être n a-t-il acquis cette prédominance que dans les temps modernes. Dans ce cas, je suis porté à croire que les événements dont la Flandre a été le théâtre rendent compte en partie de cette transformation. Une remarque curieuse, en effet, c'est que les Germains du Nord, Saxons, Anglo-Saxons, Scandinaves, c'est-à-dire précisément ceux qui se distinguent par leur dolichocéphalie et leur taille élevée, ont embrassé avec le plus d'ardeur le protestantisme et y sont restés le plus fidèles; ce sont eux aussi qui se montrent le plus disposés à fémigration et qui ont le plus d'aptitude à fonder des colonies solides. Ce phénomène s'explique parfaitement par leurs tendances individualistes : ces ùmes sérieuses trouvent en elles-mêmes toutes les conditions de la, vie; la religion ici est affaire, non de formes, mais de conscien(îO, et ce trésor inté-
ii BELGIOIE rOLITlUlE ET SOCIALE.
rieur, on le transporte avec î?oi par delà les mers et on le retrouve intact dans la patrie nouvelle.
Or, la Flandre est le pays de TEurope qui, au moyen âge, a eiivoyé^ dans toutes les directions le plus grand nombre de colonies, et c'est elle aussi qui, au xvr siècle, a eu le plus à souffrir pour la cause de la réformation. Tous les esprits indépendants qui refusaient alors de se courber sous la contrainte de Tancienne doctrine sont allés chercher un refuge sur les terres que Tinquisition n'atteignait point. Cest de la sorte qu'il s'est opéré probablement une véritable sélection naturelle, et que la i*ace s'est trouvée appauvrie de ses meilleurs éléments.
Depuis cette triste époque, la population belge n'a plus subi de modifications essentielles : la domination espagnole a introduit, il est vrai, une certaine dose de sang ibérique ; mais nous avons vu déjà qu'il serait dangereux d'en exagérer l'influence.
Aujourd'hui la facilité des communications favorise extraordinairement la fusion des races ; nos grandes villes possèdent chacune des colonies anglaises, allemandes et françaises, sans compter les juifs, de race sémitique, i^épandus ici comme dans le reste de TEurope.Mais, en dépit de tous les croisements, les types locaux et provinciaux se maintiennent encore avec une pureté remarquable, et il est très-désirable que les recherches ethnologiques se dirigent de plus en plus vers ce champ d'exploration, qui a été si longtemps négligé. Des mensurations exactes deviennent surtout très-nécessaires.
En résumé, si l'on fait abstraction des races eneore innomées qui ont laissé la trace vivante de leur séjour dans notre pays, ou peut aftirmer qu'il y a en Belgique trois éléments ethniques principaux :
D'abord, la race brune ou mélanochroique, disséminée un peu partout, mais en groupes de densité inégale;
Ensuite, deux rameaux de la grande race blonde ou lanthochroïque : l'un celtique, auquel appartiennent la plupart des Wallons ; le second //é^-i/mw/ryw^, représenté par les Flamands. Cependant, il faut le i*épéter une dernière fois pour éviter toute interprétation erronée, ces deux i-ameaux se sont entrelacés et greffés 1 un sur l'autre, et, dans plus d'un canton, on ne trouve aujourd'hui qu'un produit hybride, qui participe à la fois de tous deux.
Mais, en thèse générale, la distinction des deux fractions de la
population belge ost frappante, et ce qui, en dehors des arguments fournis plus haut, le prouve avec évidence, c'est la différence de leurs mœurs, de leurs aspirations, de leur manière de penser et d'agir, en un mot, de tout leur caractère. On sortirait des limites li'acées à cette étude, si l'on essayait ici une description intellectuelle et morale du peuple flamand et du peuple wallon : ce tableau seul exigerait un ailicle étendu; mais il n'est personne qui ne reconnaisse aujourd'hui même, et malgré l'action si longtemps dominante de la civilisation française, l'opposition radicale de leurs deux natures. Le Wallon se rapproche visiblement du Français du nord; le Flamand au contraire, par ses qualités comme par ses défauts, est essentiellement germanique ; chaque race, en effet, a son organisation cérébrale particulière, qui se trahit dans toutes les manifestations de la \'ie.
La Belgique moderne continue donc à participer des deux grandes nations voisines. Ce dualisme est à la fois une force et une faiblesse : c'est une faiblesse, si l'un des éléments constituants est sacrifié à l'autre; c'est une force, si on les laisse chacun se développer pleinement et en toute liberté. En favorisant ce développement, la Belgique doublera sa richesse : on verra alors se i^évéler, plus nettement que jamais, l'originalité native et irréductible des deux groupes ethniques, qui font revivre, à travers les siècles, les anciens Gaulois de César et les anciens Germains de Tacite.
Bibliographie. — Nous ne (>ouvons citer ici ni les ouvrages d'ethnologie générale, d'Omalius d'Halloy, Latham, Perty, Fr. Millier, etc., ni les travaux historiques et philologiques qui forment la base nécessaire de nos recherches Nous laisserons de côté également les livres tr6|) anciens, devenus plus curieux qu'utiles.
Ethnologie préhistorique. Aux travaux cités par M. Dupont, nous ajouterons : De Quatrefage^ et Haniy, Crania ethtiica, Paris, 1873(1»* livr.); Virchow, L'eber dif. i'rbevolkerung Behjiens f<Jans les Verhaudiutigen der Berliner CesetlHchaft fur Authropt)ioyie, 14 décembre 4872).
Origines celtiques et germaniques. Dans le sens germanique : Raepsact, }lémoire xur l'origine des Belges et Analyse historique et critique de l'origine et de» progrès des droits civils, politiqueset religieujc des Belges et desGaulois (OEuvrescompl., Brux., 18^18); Schayes, Les Pays-Bas avant et pendant la domination romaine, Brux., 4837-18^18 ; le même, Origines belges et gauloises ' (Bull, de l'Acad , 4" série, t. XVUI, XiX, XX, XXIIi ; 12» série, t. III); Gérard, Histoire des races humaines d'Europe depuis leur formation jusqu'à leur rencontre dans la Gaule, Brux., lHi9 ; le même. De Germaansche Herkomst der Belgen (dans le Toekomst, i^i) ; le même, Pourquoi les Wallons ne parlent pas flamand (Revue de Belgique, 1873) ; Van der Elst. ?ioiice ethnographique (Messager des sciences historiques, 4861); Grandgagnage, De l'origine des Wallons Bull, du Cercle archéol. liégeois, t. 1).
Dans le sens celtique : Zeuss, Die Deutschen und die ?iachbarstœmme, Munchen, 1837; H. MUller, Die 3larken den Yaterlands, Bonn, 1837; Duncker, Origines germanicœ. Halle, 1839 ; Diefenbach, Celtica, Stuttgart, 4839-1840; le Oiême, Origines Europeœ, Francfurt, 1861 ; Brandes, Dos elhnographische Verhœttniss der Kdten und Germanen. Leipzig, 1857 ; Contzen, Die Wanderungen der AWfeii, Leipzig, 1861; Htioux^ Mémoire sur l'origine des langues flamande et wallonne (Mém. cour, de TAcad., t. V.,18i4); Roulez, De l'origine de la langue et de laciri-
!âO BELGIQUE POLITIQUE ET SOCIALE.
lisationites peuples qui habitaient la lielyitiue ncluelle à l'arrivée de César (Bull, de l'Acaii., I"^ série, t. XVli et XIX) ; Roget de Belloguet. Kthuotjénie tjauloise, Paris, i8b8; Leroy, Lettres éburonnes (Revue irim., t. VU!, IX, XI et Xill).
Dans le sens de l'identité des deux races : Renard, Histoire de la Belgique, Brux., 1847; le même, Lettres sur l'identité de race des Gaulois et des Germains (Bull.de TAcad., i«^ série, t. XXIIl ; -2e série, 1. 111, IV et VI), avec les rapports de MM. Arendt et Schayes (ibid , t. XXIII; ; Holtzmann, Kelten und Germnnen, Stuttgart, 1835; Kunnsberg, Wanderung in das germanische Alterthum ; Moke, La Belgique ancienne et ses origines, Gand, 1855.
Opinions intermédiaires : Imbert des Mottelettes, Ethnographie du royaume de Belgique (Bull, de PAcad., 1" série, t. XVII), avec les rapports de MM. David et Schayes ; M. Crets, Origines celtiques et germaniques (Revue trim., avril 1868); Wattericli, i)er deutsche Same Germanen; Van Thielen, Lettre sur les Scythes; Meyer, Dissertation sur l'origine de la dijjcrence relative à l'usage de la langue flamande ou wallonne (Nouv. Mém. de PAcad., 1. 111).
Sur des i)oints de détail : Piot, La 3lénapie durant la domination romaine (Ann. de la Soc. d'Émulation, dfi série, t. IV, 1809) ; Fclsenhart, Le Luxembourg belge et son ethnographie sous la domination romaine (Messager des sciences historiques, 1870, 1871, 187i, 1873); Jules de Saint-Génois, Sur les antiquités de la Flandre occidentale (Bull, de l'Acad., lr« série, t. V); Huyttens, Etudes sur les mwurs, les superstitions et le langage de nos ancêtres (les Ménapicns), Gand, 1861.
Sur les populations actuelles de la Belgique : Rcddoe, On the physical characters of the uncient and modem Germans (Report of the British Association, 1857); Gharnock et Cartel Blake, On the physical, mental and philological characters of the Wallons (Journal of the Anthro})ological Institute, avril 187:2); Beddoe, yotes on the Wallons (ibidem).
Sur l'ethnologie générale de la Belgique : L. Vanderkindere, Hecherches sur Cethnologie de la Belgique, Brux., 187*2.
Par M. CH. PIOT,
Arrhiviitlf adjoint au\ archir**» du royaiini*'.
Un fait important au point de vue des études géographiques de lantiquilé et du haut moyen âge a été reconnu dès le dix-septième siècle : c'est l'assimilation des circonscriptions ecclésiastiques aux divisions de la géographie civile.
Cette assimilation est incontestable. Néanmoins il serait téméraire de l'aftirmei' en tous points et d'en tirer des conclusions trop rigoureuses. A notre avis, il est impossible de soutenir d'une manière absolue, comme l'ont fait plusieurs écrivains, que l'Église n'ait pas permis de changements dans la géographie ecclésiastique. Si des nécessités politiques, si des convenances internationales l'ont entraînée à admettre, dès les premiers temps de son existence, les divisions de Tordre civil, elles lont parfois forcée à suivre des modifications subséquentes. Le concile deChalcédoine,tenuen451, prescrit l'obligation de se conformer, en cette matière, aux circonscriptions nouvelles introduites par les autorités civiles.
Des différences, parfois notables, entre la géographie civile et la géographie ecclésiastique se manifestent surtout en Belgique, où les émigrations des peuplades, leurs déplacements et les invasions
â^ RELCIQUE POLITIOIE ET SOCIALE.
il'iiMO foulo lie iHImis germaniquos étaient li'ès-fi-t^quents dans les irnips aiioiiMis. Nrannioins la géographie adoptée par riîglise sera ronstain<noni ii«»liv guide, à moins de preuves conli-aires.
Kn tiailani do la géographie historique de nos pi-oviiices, nous trions on sono do non pas dépasser les limites actuelles, et, afin il ovitor touio oontusion, nous conseiTorons à notre pays sa dénoininaliiMi do Ikitjitiue, tandis que nous désignerons par Gallia Belgica h oonîréo ainsi nomnuv par los écrivains de lanliquité.
I.\ Hfi.iîioi K Al' MOMEXT UE ùxvASiox ROMAINE. — Dès Ics premiers lonips historiques, nos pnninces faisaient partie d'un pays immense, appolé la (laulo, auquel l'imagination si féconde des historiens et ilos géographes givi*s avait donné une extension démesurée : ils on rtvulaiont los limites jusqu'au pôle noitl.
f.onuno la dénomination le tait comprendre, ce pays était habité par dos iriluis gauloises. Les noms de celles qui étaient établies eu Holgiquo soni rostés inconnus : on les appelait collectivement Belgœ. CouN-oi habilaionl la Gallia Belgica, placée entre le Rhin, la Seine 01 la Marno.
(lésar ost I oorivain le plus ancien qui donne quelques renseignemonis ci>ncoriiant los Rehiœ. Selon la relation du conquérant romain, uno grande pariio dos peuplades gauloises de ce nom fut o\|uilséo par dos (lormains. Non contents d'avoir chassé les Gaulois dos boiils du lUiin,losonvahisseui*s se jetèrent sur la Belgique et le nord do la Franco. Partout les vainqueurs repoussèrent les Gaulois; partout ils sVmparoreni do leurs jms, en vertu de la loi éternelle qui substiluo los peuples les plus forts aux plus faibles. Cet événement se passa, selon toute proUtbilité, plus d'un siècle et demi ax-ant l'ère vulgîure.
Loi*squo César entra dans notre pays (08 ans avant J.-C), il y trouva établis :
I" Les Tréviriensot leurs clients, ou conféilérés(.vori7 et clientes);
2" Les Nerviens et leurs clients ;
3" Les Atuatiques ;
4" Les Éburons ;
f>" Les Ambivarites;
Et G" les Ménapiens.
Toutes ces peuplades, sauf les Ménapiens, étaient d'origine germanique, comme elles s'en vantaient elles-mêmes. Quant aux Ménapiens, ils étaient Gaulois, ainsi que le démontrent leur nom, la nntiona-
GEOGIIAPHIK IIISTORIUIE. 2î)
lité de leur colonie établie en Irlande et le texte de Strabon, lorsque cet écrivain tait 1 enumération des peuplades germanlcjnes établies dans notre pays. Grâce aux trois fleuves qui entouraient leur territoire, grâce surtout h leurs marécages, les Ménapiens échappèrent aux attaques des Germains et résistèrent même avec avantage aux Romains.
Malgré lorigine germanique de la plus grande partie de ces peuplades, elles reçurent collectivement, dans leur nouvelle patrie, le nom gaulois de Bel(jœ, à titre d'habitants d'une partie de la Gallia Belgica. On les désignait aussi sous le nom de Gaulois, parce que leur pays était compris dans les Gaules, comme on donne aujourd'hui la qualification de Français aux Flamands du département du Nord.
Nous allons décrire la position géographique de ces différentes peuplades, en faisant observer que sur ta carte ci-jointe, ces frontières sont indiquées d'une manière approximative(carten**l). César dit que chaque peuple avait l'habitude de laisser un grand désert entre son pays et celui de ses voisins, afin de mettre les agresseurs à découvert pendant les attaques.
Les Trévhieus s'étaient avancés de l'Orient jusqu'au Rhin. Vers le nord, ils touchaient aux Éburons, dont ils étaient séparés, dans notre pays, par la Vesdre ; au midi, leurs frontières s'étendaient jusqu'aux Médiomatrices, établis dans la Lorraine actuelle; à l'ouest, la Meuse les séparait des Atuatiques, des Nerviens et des Rémois.
Ils avaient dans notre pays quatre peuples clients, lesquels habitaient la plus grande partie du territoire trévirien, comprise dans les frontières actuelles de la Belgique. L'autre partie, occupée par les Tréviriens à proprement parler, se réduisait à un petit fragment de la province actuelle de Liège, dans les environs de Stavelot, et à la partie de la province de Luxembourg sise à la droite d'une Mgne tracée de Stavelot vers Saint-Hubert.
Les quatre peuples clients étaient :
a) Les Sègnes, établis entre la Vesdre, l'Amblève et l'Ourthe, à partir de l'embouchure de la seconde de ces rivières, d'un côté, et, de l'autre côté, entre les frontières actuelles de la Belgique, à partir d'Eupen jusqu'à l'endroit oii passe l'Amblève.
h) Les Condruses, qui occupaient le Condroz. Ce- pays était compris entre les frontières méridionales des Sègnes et la Meuse jusqu'à Furfooz. Au midi, les limites du Condroz suivaient les confins méridionaux de Gendron, Custinnc, Chevetogne, Pessoux, Nettine,
GÉOGRAPHIE HISTUKIULE. M
BaiTaux-Condroz,Baillonville, Hotton,Hamplcau, où elles côtoyaient la rive gauche d'un affluent de FOurthe, puis la lûve gauche de cette rivière jusqu'au delà de la Roche. A l'occident, elles suivaient les rives de la Lienne et les confins orientaux de Chêne-al'-Pierns Chavanne, Grand-Manil, Dochamps, Samréeet Berismenil.
f) Les P^ma«€s, établis dans la Famenne. Cette contrée était bornée au nord par le Condroz, à l'ouest par la Meuse, au sud par la Semois et par les limites septentrionales des communes actuelles d'Auby, Cugnon, Bertrix, Hauteur-des-Corettes ; à l'est, par les limites orientales des communes de Ilodister, Halleux, Nassogne, Grupont et par la rive gauche de l'Homme.
d) Les Cérésiens, dont les demeures étaient fixées entre la Chicrs, la Semois et la Meuse, touchaient les limites des communes Sainte- Cécile, Muno, Salchy, Osnes, Tétaigne, Guilly et Van.
Les Nervkm avaient pour limites : au nord, la Dyle, le Rupel et l'Escaut; à lest, la Dyle jusqu'à Court-Saint-Étienne et différents cours d'eau dans les environs de Chastre, Gembloux, Saint-Denis etNamur.A partir de cette villejusqu'àFumay, ces limites suivaient le cours de la Meuse. Au sud, elles touchaient au pays des Rémois jusqu'au Cateau; à l'ouest, au pays des Mériapiens, en suivant le cours de l'Escaut.
Cinq peuples clients dépendaient des Nerviens et occupaient la partie la plus agreste et la moins fertile du pays. C'étaient :
a) Les Pleumosieris, qui habitaient les bords de la Sambre, à partir de Marcinelle jusqu'à Namur. Ensuite les limites de leur pays touchaient à la Nervie, à partir de Namur jusqu'à Court-Saint-Étienne; à l'occident, aux rives de la Thy jusqu'à Loupingne, aux limites occidentales de Thines, Buzet, Obaix, Pont-à-Celles, Luttre, Thiméon, Gosselies, Roux et Monceau-sur-Sambre.
b) LesLevaques\ qui occupaient le pays marqué par les limites occidentales de Marcinelle, Loverval, Joncret, Gerpinnes, Villers-Potterie, Biesme, Oret, Stave, Morialmé, par les rives de l'Eau-d'Heure depuis Walcourt jusqu'à Cerfontaine, par les limites d'Aublain, Robechies, Saint-Remy, Chimay, Roulers, Gonrieux, et la rivière dite l'Eau-Noire jusqu'à Fumay.
c) Les Gordunes, dont les frontières suivaient la Sambre à partir de Marcinelle, jusqu'à Solre-sur-Sambre, puis les rives de l'Hante jusqu'à Levai, les limites occidentales de Solre-Saint-Géry, Renlies, Froidchapelle et Rance. A l'orient, elles touchaient aux Levaques.
d) Les Centrons, ayant pour limites la Sambre, à partir de Lan-
drecies jusqu'à Merbes-le-Chàteau, les frontières occidentales des Gordunes et les confins occidentaux de Robechies, Chimay et Bour- 1ers. Au midi, elles suivaient les frontières des Nerviens, à partir de Landrecies jusqu'à Chimay.
e) Les Grudiàis, qui habitaient une partie de la rive gauche de la Sambre, dans les environs de Griiignard, appelé anciennement Gruniacum ou Gruduracus. Pendant la grande bataille, livrée près de cette rivière par César, toute larmée des Nerviens et de leurs confédérés, forte de 60,000 hommes, périt, à Fexception de 500 combattants. Dès ce moment, ces cinq peuples clients disparaissent complètement de l'histoire. Aucun écrivain ni géographe n'en fait plus mention.
Les Atuatiques arrivèrent en Belgique, selon le témoignage de César, après la défaite des Cimbres par Marius(ran 101 avant J.-C.). Us descendaient d'un détachement de 6,000 Cimbres que la grande armée laissa à la garde du gros bagage pendant qu'elle envahissait les Gaules. A la suite de la défaite du corps principal, les Atuatiques, campés sur la rive gauche du Rhin, furent harcelés par les peuples voisins. Après une lutte de plusieurs années, ils pamnrent à imposer un tribut aux Éburons, et les contraignirent à leur abandonner une partie considérable de territoire. Le pays qui leur fut cédé était situé entre la Meuse, à partir de Namur jusqu'à Vivcgnis, la Dyle, h partir de Louvain jusqu'à Court-Saint-Étienne, les frontières de la Nervie, à partir de Namur jusqu'à Court-Saint-Étienne, et le Demer. Dans ce territoire était situé Yoppidum Atuaticorùm, aujourd'hui probablement Tongi^es.
Pendant l'invasion de César, les Atuatiques abandonnèrent leurs villages et lieux fortifiés pour se réfugier, au nombre de 57,000 personnes, dans Yoppidum ou forteresse à'Atnatuca. Quatre mille de leurs combattants périrent dans une sortie, et les* 53,000 individus survivants hjrent vendus à l'encan par le vainqueur. Les Atuatiques disparurent ainsi complètement du sol belge.
Les Éburons habitaient, selon César, en majeure partie, entre le Rhin et la Meuse ; mais ils occupaient aussi une petite portion du territoire belge sise sur la rive gauche du second de ces fleuves. Leurs frontières étaient formées à peu près par les limites occidentales de Lille-Saint-Hubert, Caulille, Bocholt, Reppel, Ellicum, Meeuwen, Gestel, Op-Glabbeek, Sutendael, Gellick, Mopertingen, Vlytingen, Mlicer, Milieu, Roclénge, Glons et Fexhe. Au midi, ils touchaient aux Tréviricns, dont ils étaient séparés par la Vesdre.
GEOGRAPHIE HlSTOlU^liE. .33
C'était, on le voit, la pai*tie la moins fertile que les Atuatlques leur avaient laissée.
Comme ceux-ci, les Éburons furent extermiiiés par les armées de César. Le vainqueur mit tout leur pays en feu et en flamme et fit massacrer tous les habitants; il déclare froidement que s il y en eut qui échappèrent au fer de ses soldats, ils durent périr de faim dans leurs forêts. Ainsi disparut pour toujours la race des Éburons.
Les Ambivarites, peuplade de peu d'importance, occupaient une partie des déserts de la Campine brabançonne et touchaient, selon César, à la Meuse. A l'ouest, leur pays était borné par l'Escaut, à partir des bouches du Rupel ; au midi, par la Dyle, qui formait les limites des Nei-viens et des Atuatiques; à lest, par le pays des Éburons. César mentionne une seule fois les Ambivarites, qui se fondirent sans doute dans les nouvelles populations germaniques arrivées plus tard dans la Tongrie.
Les Ménapiens avaient, dans les Gaules, une position au sujet de laquelle il y a eu des controverses bien longues. Us habitaient, dans le nord, les deux bords du Rhin, près de TÉburonie, ainsi que tout le territoire entre le Wahal et la Meuse, fleuve dont le lit passait, avant la grande inondation de 1421, par Batenburg, Heusden, Waalwijk et Gertruidenberg, et suivait le tracé d'un .cours d eau dit Oude- Maasje, dans la province du Brabant septentrional. Ils occupaient, près d'un golfe immense nommé Hélium, les îles zélandaises. L'Escaut qui, à cette époque, déchargeait ses eaux dans la Meuse, comme César le constate formellement, les séparait des Ambivarites et des Nerviens. Près de Maulde, les limites de la Ménapie quittaient les rives de l'Escaut pour suivre celles de la Scarpe jusqu'à Aire, d'où elles se dirigeaient pai* des vallons marécageux sur Merville; puis elles longeaient les bords de rAa,qui formait dans les temps anciens un fleuve ou golfe que Sti*abon nomme Tjtco>Ja.
La population des Ménapiens fut singulièrement réduite par les invasions' des Tenchtres et des L'sipètes et par les ravages des armées romaines. Obligés de quitter la partie de leur pays située entre le Rhin et la Meuse et les îles près du Hélium, les Ménapi(?ns n'occupèrent plus que le territoire entre l'Aa, TEscaùt et le Hont. Le reste du pays devint un véritable désert, que des populations germaniques envahirent plus tard. Les Sicambres entre autres s'y établirent.
Les positions que nous assignons aux différents peuples anciens de la Belgique difièrent essentiellement en plusieurs points
34 IJELGiaUE POLITIQUE ET SOCIALE.
de celles indiquées par les auteurs modernes. Mais elles concordent avec les indications données par les Commentaires de César et par d'autres écrivains de l'antiquité. Elles font disparaître complètement les prétendues contradictions de leurs écrits et permettent de suivre dans notre pays toutes les campagnes des Romains.
Description du pays. — Uu pays habité par des populations k peu près à Tétat sauvage ne doit pas présenter un aspect fort attrayant.
Dans les parties basses, c^étaigut des eaux croupissantes, des lacs, des marais; dans les parties élevées, des bois, des forêts sombres. L'immense forêt des Ardennes, à laquelle César a donné une longueur de 500 milles, et la forêt Charbonnière, non moins considérable, s'étendaient pour ainsi dire sur toute la surface du pays situé entre le Rhin, la Meuse et FEscaut. Elles ser\'aient d'asile à Tours, à Taurochs, au bison, à l'élan, au loup et à d'autres animaux sauvages.
Nulle part les fleuves et les rivières n'étaient contenus dans leurs lits. Par suite des pluies et des neiges, si abondantes dans les contrées boisées, les eaux envahissaient souvent les plaines. Dans le pays des Nerviens, il y avait des n^rais où leurs femmes et leurs enfants allèrent chercher un refuge lors de l'attaque des Romains. La Ménapie n'était pour ainsi dire qu'un vaste marécage inondé par les eaux de la mer à chaque marée montante. C'était, comme le dit Eumène, un pays composé d'îles et d'flots ; un pays, selon Strabon, qui recevait à peine les rayons du soleil pendant trois ou quatre heures au milieu de la journée. Les brouillards, les exhalaisons des marais et les pluies permettaient rarement au soleil d'y réchauffer la terre. La Campine actuelle n'était pour ainsi dire qu'un vaste marécage, selon l'auteur de la Vie de saint Lambert.
Les fleuves et rivières mentionnés dans notre pays, k l'époque de l'invasion des Romains, sont : laMeuse (Mosa)^ l'Escaut (Scaldis), la Sambre (Sabis)^ dénominations d'origine gauloise.
La population était dispersée et établissait ses habitations près d'un bois, k proximité de prairies arrosées par un ruisseau. En cas d'attaque, elle se réunissait sur les sommets de collines escarpées, dans des oppida, espèce de forteresses formées de palissades et de branches d'arbres. César mentionne Voppidum des Atuatiques, aujourd'hui Tongres. Des reclierches archéologiques ont constaté l'existence ù'oppida k Chession, Resteigne, Poilvachc, Soleilmont, Thy-le-Château, Cortenbergh, Quaed-Mechelen.
Population, — César fournit implicitement une statistique en énumérant les hommes capables de porter les armes en Relgique.
Les Nerviens et leurs confédérés pouvaient mettre sur pied 50,000 hommes.
Les Ménapiens 9,000 »
Les Atuatiques 19,000 »
Les Éburons, les Condruses, les Pémanes et les Cérésiens ensemble 40,000 »
Total. . . ii8,000 hommes.
Les Atuatiques comptaient en tout 57,000 ûmes, y compris les 4,000 guerriers tués pendant une sortie qu'ils tirent de leur oppidum. Cette tribu seule pouvait mettre
GEOGRAPHIE HlSTOKiaiE. 35
sur pied i9,000 hommes, c*esl-à-dire un peu plus du quart de la population entière. Si Ton admet la même proportion pour les autres peuples, il y aurait eu eu Belgique une population de 472,000 et quelques centaines d'individus. De ce chiffre, il faudrait défalquer les Nerviens (jui habitaient le nord de la France, et les Ménapiens établis dans le déparlement du Nord, entre le Rhin et la Meuse, et dans les îles zélandaises ; il faudrait aussi en soustraire la plus grande partie des Ëburons ciimpés entre la Meuse et le Rhin. Par contre, dans ce chiffre devraient figurer les Tréviriens, qui habitaient une partie de la province de Luxembourg. De sorte que le total de 472,000 unies semble encore très-exagéré et pourrait se réduire au plus k celui de 470,000, avant la destruction des Atuatiques, des Ëburons et la dépopulation des autres pays.
Périodk ftoM.\iNE. — Nous avoiis vu combien la conquête de la Belgique par les Romains fut fatale à la population de ce pays. A peu près réduites i l'état de désert, nos provinces furent repeuplées sous les empereurs.
Auguste y transporta un grand nombre de prisonniers de guerre, dont Drusus et Tibère s'étaient emparés pendant leurs expéditions contre les Germains.
Les iJbiens obtinrent d'Agrippa lautorisation de s'établir entre la Meuse et le Rhin, à titre de peuple libre et allié des Romains.
Après avoir remporté des avantages sur le^ Suèves et les Sicambres, Tibère en transporta 40,000 sur la gauche du Rhin : une partie de ces barbares fut placée dans les pays abandonnés par les Ménapiens, une autre dans l'Éburonie.
Cent ans après la conquête, les pays occupés par les Éburons, les Sègnes, les Condruses, les Cérésiens, les Pémanes, les Ambivarites et les Atuatiques étaient envahis par des Tongrois, des Toxandres, composés de plusieurs tribus, portant des noms différents, par des Suniques et des Béthasiens, tous peuples d'origine germanique, et qui appartenaient spécialement à la race saxonne.
En l'an 291, Maximien assigna à une colonie de Francs des terres incultes situées dans les pays des Tréviriens et des Nerviens. C'est ainsi que le Luxembourg allemand et la Nervie septentrionale furent repeuplés par des Germains appartenant à la race saxonne. Dans la partie méridionale de la Nervie, la population primitive, affaiblie par les guerres, fut mélangée de Romains, d'individus appartenant à des troupes auxiliaires, et de vétérans.
Profitant de la décadence de l'empire et des guerres civiles, des essaims de Germains se précipitèrent dans la Belgique. Julieu trouva, pendant le iv** siècle, les Francs saliens établis dans la Toxandrie.
GÉOGRAPHIE HISTORIQI'E. 37
Tous ces peuples vivaient à peu près dans les mêmes conditions. Ils conservèrent leurs usages et leurs chefs; mais vis-à-vis de Rome, leurs titres différaient. Les Ncrviens étaient qualifiés de peuple libre et d'alliés des Romains. Aux Tréviriens furent donnés les mêmes titres, dont ils furent privés plus tard, comme Pline le constate. Procope qualifie les Tongrois de peuple autonome. Les Francs, dans la Toxandrie, vivaient pour ainsi dire indépendants.
Toutes ces prétendues libertés, toutes ces qualifications pompeuses se réduisaient à une oppression intolérable. Selon Civilis, chef des Bataves, amis et alliés des Romains, les peuples étaient livrés à des préfets et à des centurions vivant des dépouilles et du sang de leurs subordonnés. Lorsque ces satrapes des empereurs étaient gorgés de butin, ils cédaient la place à d'autres tyrans, plus avides et plus cruels encore. •
Divisions administratives. — Sous le règne d^Aiiguste (vers ran 27 av. J.-G.), les Romains divisèrent la Gaule en provinces, celles-ci en ciu'*s (civitates) ou États, embrassant généralement retendue entière du pays habité par un peuple ou des peuplades qui en dépendaient. Chaque cité était partagée en pagi ou cantons, dans lesquels étaient comprises bien souvent les peuplades d*un ordre secondaire. Les noms des pagi situés en Belgique n*ont jamais été mentionnés par les écrivains de rantiquité. Néanmoins, il y a lieu de supposer que leurs circonscriptions étaient à peu près les mômes que celles des pagi du moyen Age, dont nous parlerons plus loin.
La Belgique, dans ses limites actuelles, appartenait à trois provinces différentes, savoir : à la première Belgique (provincia belgica pnma)^ à la seconde Belgique {provincia belgica secunda) et à la seconde Germanie (prwinWrtgf^rmflwiVa secunda).
Chacune de ces provinces renfermait les cités ou pays suivants, situés en partie en Belgique : dans la Belgica prima, la cité des Tréviriens (civitas Trevirorutn); dans la Belgica seamda^ la cité des Rémois (civitas Remorum), la cité des Cambraisiens (civilas Cameracensium) et la cité des Tournaisiens (civitas Tumacensium); dans la seconde Germanie, la cité des Tongrois (civitas Tungrorum).
A la cité de Trêves appartenait une portion de la province de Luxembourg. Cette partie était bornée au nord par les limites des communes de Vlessart, Ebly, Massai, Tronquoi et Bertrix; vers Toccidenl, par les limites occidentales de Bertrix, Auby, Mortehan, Sainte-Cécile, Muno, Fontenoille ; au midi et à l'orient, par les frontières de la Belgique dans ces parages.
Dans la cité des Rémois figuraient seulement les communes belges de Le Brûly, Cul-des-Sarts, Petite-Chapelle et les Rièzes.
La cité des Cambraisiens comprenait, outre une bonne partie du département du Nord, tout le territoire nervien, dont nous avons parlé plus haut, sauf le pagus de Lomme, qui appartenait à la cité des Tongrois.
La cité des Tournaisiens, appelée aussi la cité des Ménapicns, comme le constate une inscription romaine reproduite par Gruter, comprenait toute la Ménnpie jusqu'au Hont.
Le icrriloire de la cilé des Tongrois embrassait la plus grande partie de la Belgique. A Touest, ses limites suivaient le cours ancien de TEscaut, à partir de Fendroit où il se décharge dans la Meuse jusqu*au Rupel; puis, les rives droites de cette rivière et de la Dyle, et passaient à Torient de la cité des Cambraisiens. Au nord, la cilé des Tongrois touchait au cours ancien de la Meuse; à Test, à la cité des Colonâis ; au midi, à la cité des Rémois et à celle des Tréviriens.
Populalioii et aspect du pays, — Chacune de ces cités était habitée par les peuplades dont nous venons de parler au commencement de ce chapitre. Elles appartenaient, pour la plupart, ^ la race saxonne. Quant aux anciennes peuplades, telles que celles des Ménapiens, des Nerviens et une partie des Tréviriens, elles restèrent dans le midi de la Belgique.
Par suite de ce repeuplement et de la propagation de la civilisation romaine, la population augmenta considérablement, surtout dans le plat pays. On trouve aujourd'hui des antiquités romaines dans presque toutes les localités de la Belgique. Ces débris, véritables archives exhumées de la terre,^ attestent Tinfluence exercée sur nos populations par les maîtres du monde. Nous comptons jusqu'à 130 localités belges dans lesquelles on a trouvé des substructions de villas romaines. Au nombre de celles-ci, il y en a où ces substructions occupent une étendue considérable, par exemple : les villas d'Anthée, de Fauvillers, de Nassogne, de Bastogne, de Champion, de Fouron-le-Comte, etc. Dans les ruines de ces grands établissements, détruits pendant les invasions des peuples barbares, on trouve des vestiges du polythéisme romain bien caractérisé. Cette circonstance fait supposer à juste titre qu'un certain nombre de Romains sont venus s'établir dans nos contrées, où, attirés par la fertilité du sol, ils introduisirent tous les raffinements de la civilisation du Midi.
Quant au chiffre de la population, aucun monument connu, aucun écrit ne nous permet de le fixer, fût-ce môme d'une manière approximative.
Malgré le grand nombre d'établissements ruraux, il n'y eut en Belgique que deux \illes, Tournai (Tomacum) et Tongres, désigné à titre de ville dès le premier siècle de l'ère vulgaire, sous le nom à'Atuatica T'wngron/m. L'itinéraire d'Antonin, la célèbre carte dite de Peutinger et la Noticia Dignitatum mentionnent dans notre pays des stations romaines : Viroviaaim (Wervicq), Vodgoriaaim (Waudrez), Gemmiacum (Gembloux)^ Vicus Orolanum {^T\oTi), Perviciacum (station sur la route de Tongres), représentée aujourd'hui par Perwez près de Gembloux ; néanmoins, sous la période romaine, cette dernière devait être située plus au nord. Souvent, à la suite de la destruction d'une localité, les habitants se transportèrent dans le voisinage eu conservant le nom de leurs habitations premières.
Deux autres localités sont connues par les corps militaires qu'elles livrèrent à l'empire. Ce sont Cortoriacum (Courirdii) et Lagium (Lowaige, près de Tongres). A Nassonacum (Nassogne, province de Luxembourg), lieu de plaisance des empereurs pendant leur séjour à Trêves, furent publiés plusieurs décrets, en 372 ; Ammien MarccIIin mentionne (en 358), à propos de l'expédition de Julien, le Toxandria loais, que l'on regarde généralement comme devant désigner Tessenderloo dans la province de Limbourg.
Par ordre d'Auguste, son gendre Agrippa fit exécuter dans les Gaules un grand nombre de routes militaires vers l'an 12 avant J.-C. Toutes les grandes voies romaines construites dans notre pays convergèrent vers Bavai (Bagacum). Elles
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sont indiquées sur la carte n" 2 en gros traits, tandis que les viœ vicinales et les diîferticula, ou clicmins vicinaux et routes secondaires, le sont par un trait plus léger. Nous y faisons figurer les noms de quelques villes modernes, afin de servir de points de repère, sans vouloir les faire remonter à Tépoque romaine.
Pour garantir les Gaules des invasions entreprises par les populations germaniques, Drusus (Heva sur la Meuse différents forts servant de barrière contre les envahisseurs. C*est probablement à ces établissements que doivent leur origine Dinant, Bouvignes^Namur, Huy, Herstal, Jupille,Visé. Près d'Assche, on a retrouvé des vestiges considérables d*un camp romain.
Dès le >'^ siècle, les Francs saliens établis dans la Toxandrie s'emparèrent de la Belgique. En 439 ou 442, Clodion sortit de ses forêts avec ses compagnons d'armes, conquit le midi de notre pays, s'empara de Tournai et de Cambrai. Il mit ainsi fin en Belgique à la domination des Romains, qui y avaient régné en maîtres pendant plus de quatre siècles et demi.
Période mérovingienne. — Loin de s'opposer aux invasions des Francs, les habitants de la Belgique les accueillirent avec une faveur marquée. On le comprend facilement : les deux peuples appartenaient à la même race et avaient les mêmes tendances.
A la mort deClovis, chef des Francs, ses États furent divisés entre ses fils, comme une véritable propriété mobilière, la seule connue des conquérants avant leur entrée dans l'empire : Thierri eut le royaume de Metz, comprenant toute la partie de la Belgique sise à la droite de l'Escaut ; Clotaire obtint le royaume de Soissons, dans lequel figurait la partie de la Belgique située à gauche de ce fleuve. Cette division ne subsista pas longtemps. Clovis n'ayant plus ni firères ni neveux, réunit les deux parties de l'empire franc, qui fut de nouveau partagé à la mort du roi : Sigebert obtint alors le royaume de Metz et, par conséquent, la partie de la Belgique sise à la droite de l'Escaut; Chilpéric eut le royaume de Soissons,'qui comprenait la partie belge sise à gauche de ce fleuve.
Sous Clotaire, fils de Chilpéric, les deux parties de la Belgique furent de nouveau réunies à la grande monarchie franque.
Au moment du partage de Tan 566, l'empire franc fut divisé en deux parties : l'Austrasie et la Neustrie, dont les limites furent seulement fixées en 638. A l'Austrasie appartinrent les provinces belges sises à la droite de l'Escaut. Toute la partie située à la gauche de ce fleuve passa à la Neustrie.
En arrivant dans les Gaules, les Francs n'avaient nullement le désir de détruire ce qui existait. Ils voulaient seulement prendre
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Ithco rlaiis la civilisation méridionale, el jouir des merveillos rar•0!Jtéi^N par leurs émissaires. I^s principes conservateurs des Francs leur firent respecter les divisions géographiques établies par les em[>ereurs, lorsqu'elles ne conti-ariaient point les exigences politiques de Tépoque. En renversant le pouvoir centralisateur des Roniaiiisjes nouveaux hôtes de Tempire ne pouvaient laisser subsister des divisions et sulxliNisions unitaires, qui aboutissaient à unepar- Êite concentration de gouvernement et d administration. La décentralisation du pouvoir souverain et la contusion des difiërentes branches de Tadministration devaient nécessairement amener un mouvement semblable dans la division territoriale.
Pagi. — Sous la période fi-anque, le mot pagus prend généralement la signification de cité (civitas) ou d'une partie de cité. Par conséquent, ces pagi ou cantons furent des circonscriptions administratives complètement indépendantes des divisions dynastiques. Elles avaient chacune leur juridiction spéciale, leur administration financière, civile et de police, leur organisation militaire, sans aucune distinction particulière de ces différentes branches. Placés sous le commandement d'un comte, graf ou gaugraf, les habitants libres du pagus se réunissaient dans des assemblées générales, qui se tenaient d'abord trois fois, et plus tard deux fois seulement par an.
Les pagi avaient des subdi\'isions appelées aussi pagi, sans autre qualification. On les a divisés en gininds, en moyens ou petits, selon leur importance. Rarement il est fait mention du pagellus, dont nous n'avons mi qu'une seule mention dans un document se rapportant à la Relgique. Dans les écrits du moyen âge, le pagus fîit-il moyen ou petit, s'il avait la même dénomination que le grand /mi^m^, il en portait le nom, sans aucune distinction.
Le pagus était divisé en cenlenies et vicairies, petits cantons placés sous la juridiction de juges inférieurs, nommés vicarii et centcnarii, comme Dagobert l'établit dans la loi des Allemands, et comme le capitulaire de 810 le définit très-bien.
La centenie était une agrégation de cent pei*sonnes ou chefs de famille, qui, en temps de guerre, foimaient une compagnie de cent hommes, commandés par un centurion. En temps de paix, ils constituaient une agglomération ou association présidée par un comte ou un lieutenant, ou par le centenier. Primitivement mobile et variable, la centenie devint une véritable division du pa</us, lorsque les Francs adoptèœnt le principe de la propriété immobilière.
GÉOGRAPHIE mSTORIQUE. 41
La vicairie élait également une division du pagvs ou du comte'», comme on l'appelait parfois; elle était administrée par un officier dépendant du comte et exerçant sa juridiction sur plusieui*s villages, vici en latin, vies en finançais et wijken en flamand. En Belgique ces vicairies étaient parfois appelées districts, dénomination qui semble indiquer une simple circonscription judiciaire. Dans notre pays, les vicairies sont souvent confondues avec les pagi, et rarement mention en est faite dans les documents.
. Ces explications sont. nécessaires pour faire comprendre les divisions des pagi, dont nous allons nous occuper. Inutile d'en décrire les "limites, qui sont indiquées dans la carte ci-jointe (carte n" 3).
Le grand pa^M^ de la Ménapie correspondait exactement à la cité des Tournaisiens ou Ménapiens, dont nous avons parlé plus haut. Il comprenait : 1" le pagus moyen de Flandre, lequel était subdivisé en petits pagi de l'Yser, de la Flandre, de Rodenbourg ou Ardenbourg et de la Ménapie; 2** le pagus moyen de Tournai, comprenant les petits pagi de Courtrai, de Tournai, ou vicairie du même nom, de Gand, de Waes, du Carebant, du Melantois et de la Pevèle.
Le grand pagus de la Toxandrie comprenait le pagus moyen de Ryen ou comté d'Anvers, le pagus moyen de Stryen dans le Brabant septentrional, et le pagus moyen de la Toxandrie.
Le grand pagus du Brabant était subdivisé en quatre comtés du même nom, et dont il ne nous a pas été possible de déterminer les limites.
Le grand pagus de la Hesbaye avait dans sa circonscription le pagus moyen de la Meuse, avec le comté de Huste ; le pagus moyen de Liège, comprenant le petit pagus ou district d'Aix-la-Chapelle, et le district de Theux.
Le grand pagus des Ardennes avait en sous-ordre le pagus moyen du Condroz et le pagus moyen de la Famenne.
Le grand pagus de Woivre avait dans notre pays comme subdivision les pagi moyens d'Arlon, du Mittelgau, subdivisé en petit pagus de l'Alzette, pagus moyen d'Ivoix et petits pagi d'Osning, du Nogentensis et d'Ivoix.
Le grand pagus de Reims comprenait divers pagi moyens, entre autres celui de Castrices, auquel appartenaient quelques communes belges. '
Le grand pagus de Lomme avait sous sa juridiction les pagi moyens de Darnau, delà Sambre et de Lomme.
Le grand pagus du Hainaut était divisé : 1" en pagus moyen de
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Famars, lequel était subdivist» en petit parjus Templutensis ; 2" en pagus moyen du Hainaut, comprenant le petit pagus ou la vicairie de Bavai.
Quant aux prétendus pagi de Thourout, d'Andennes et des Mansuaires, ils n'ont jamais existé. Les deux premiers sont d'invention moderne, le troisième est le résultat de la mauvaise lecture d un document ancien.
Le pagus lœticus ou des hôtes et colons n'était pas, à proprement parler, une division administrative. Cette dénomination indiquait seulement un canton habité par des laten ou colons, comme on désigne aujourd'hui par Campine une partie des provinces d'Anvers et de Limbourg, et par Hageland une partie de la province de Brabanl, sans attacher à ces noms aucun caractère officiel. Le pagtis lœticus s'étendait sur une partie de la Ménapie et du pagus de Thérouanne.
Palais. — Sous les Mérovin{»icns, il y avait en Belgique différentes localités servant de résidence aux grands : Herstal, nommé en 111 Herùiallium, villa publica; Liège, nommé en 6i6 Leodiocum, vicum ptiblicum; Chièvremont, nommé en 6i3 Novum Casldlum^ et en 70i Novum Caslrum ; Mons, nommé Castrilocus, en 642 ; Landen, séjour des Pépin ; Namur, nommé Namuchum en 692, et sur des monnaies mérovingiennes iViamw^/w VicusoM Caslrum, Huy devait avoir aussi, à cette époque, une certaine importance, comme le constatent diverses monnaies mérovingiennes portant Choium ou Hoitnn. Il en était de même de Dinant, Gand, Nivelles et Thuin.
Période carlovingiennr. — L'Austrasie, dont nous avons parlé dans le chapitre précédent, était gouvernée par les maires du palais, à partir de l'an 613. Pépin de Landen, investi de ce gouvernement, résida souvent en Belgique, où il possédait des propriétés considérables.
A la suite de la décadence complète de la race mérovingienne, celle-ci fut supplantée par la famille desCarlovingiens, issue de l'ancien maire du palais. Pépin le Bref et Charlemagne réunirent en un vaste empire les différents pays conquis par les Francs. La Belgique s'y trouvait comprise.
A la mort de Louis le Débonnaire, fils de Charlemagne, ses États furent partagés entre ses trois fils, en vertu de l'acte passé à Verdun en 843. L'Austrasie échut à Lothaire, qui au titre d'empereur joignit celui de roi d'Italie.
La mort de Lothaire entraîna, en 858, un nouveau partage. Son fils Lothaire II eut l'Austrasie, laquelle fut appelée Lotharingie et par
contraction Lorraine, du nom de son souverain. Le territoire belge situé sur la rive droite de l'Escaut était compris dans le nouveau royaume. Enfin, après avoir subi le partage de 870 entre Louis le Germanique et Charles le Chauve, la Lotharingie passa, en 900, à Louis. A dater de cette époque, elle resta étroitement unie à l'Allemagne.
Renier, comte de Hainaut, reçut, en 915,1e titre de ducde Lotharingie : dignité nouvelle, dont turent investis successivement différents seigneurs chargés d'exercer le gouvernement sous l'autorité du roi. Brunon, archevêque de Cologne, nommé, en 953, ducde Lotharingie, partagea ce pays en deux provinces : la première, appelée haute Lorraine ou Mosellane, se trouvait dans les environs de la Moselle ; la seconde, nommée basse Lorraine ou Lothier, comprenait la partie de la Belgique sise à la droite de l'Escaut. Ce duché neut pas une longue existence. Devenu fief héréditaire mouvant de l'empire d'Allemagne, il disparut insensiblement. Tous les grands feudataires de ce duché s'étant rendus pour ainsi dire indépendants, h sa place surgirent dans notre pays les duchés de Brabant et de Limbourg, les comtés de Hainaut, de Chiny, de Luxembourg, de Namur, de Looz, la principauté de Liège, etc., etc.
Quant h la partie du territoire belge située entre la mer du Nord et TEscaut, elle appartint aux rois de France, qui la donnèrent, à titre de fief héréditaire, à des comtes particuliers.
Description du pays ; population. — Sous les Mc^rovingiens et les Carlovingiens, les invasions des barbares portèrent les coups les plus funestes à la population. Nos provinces, dont les premiers missionnaires chrétiens donnent la peinture la plus affreuse, retournèrent pour ainsi dire à leur étal primitif. Les villas si splendides de Tépoque romaine disparurent pour faire place à des ruines ; au lieu de champs cultivés, il n'y eut plus que des déserts arides, des forêts impénétrables. Nos deux villes, Tongres et Tournai, furent détruites en tout ou en partie. La première resta longtemps à Tétat de ruines, après la destruction commise par les Huns. Dans certaines parties de la Belgique, on n'entendit plus, selon le témoignage des contemporains, les aboiements d'un chien : la Flandre était dépeuplée à tel point, que Charlemagne y fit transporter dix mille Saxons.
L'introduction du christianisme et la fondation de plusieurs monastères relevèrent bientôt le pays de ses désastres, en exerçant sur l'agriculture et sur la formation des villes et villages une influence salutaire. C'est aux moines ou plutôt aux frères convers que sont dus les premiers défrichements des bois, les premières cultures des bruyères, les premiers assèchements des polders.
Les invasions des Normands forcèrent les habitants à se réunir et à construire des enceintes fortifiées qui devinrent les berceaux de plusieurs villes. Au nombre des cités belges qui doivent leur origine à des constructions semblables, nous
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citerous Bruges, Ypres, Luuvain,AIost, Harlcbeke,FurueselTljourout, etc. Uu édit (le Charles le Chauve, de 864, ordoDue aux personnes incapables de perler les armes contre les barbares, de travailler aux villes nouvelles, aux ponts et aux ))assages des marais.
Palais. — Les capitulaires et diplômes de cette époque font mention de plusieurs villas ou palais appartenant à La famille royale : Herstal, qualifié en 752 de palatùnn publirum; Longlier en 758, Jupille en 759, Liège en 770, Theux, qualifié eu 8!27 de palatium publicum ; Fouron-le-Comte, les Estinnes, et Peteghem en Flandre.
IV. Période féodale. — Nous venons de dire un mot des liefs hëi-édilaires, à propos des comtes chargés de ladministration du pays situé entre la mer et l'Escaut.
C'est sous le règne des Carlovingiens que le principe de la féodalité se développa spécialement. A dater du x*" siècle et jusque pendant la seconde moitié du siècle suivant, les bénéfices civils ou emplois qui, en Belgique, dépendaient de lempire d'Allemagne devini-eut héréditaires. La constitution de Conradll, de 1037, sanctionna ce régime nouveau et le rendit général à tout l'empire. Le long travail de la féodalité exerça une influence marquée sur la société entière. LcLpouvoir souverain, décentralisé, tomba en partie entre les mains des feudataires. Les pays furent morcelés : il y eut autant de nationalités que de fiefs, autant de patries que de seigneuries. Les conquêtes, les violences, l'achat des territoires, le droit de propriéié, les échanges de fiefs furent autant d'éléments qui pi*ésidèrent à la formation des nouvelles souverainetés, créées par les feudataires. De là, ces frontières bizarres qui semblent jetées au hasard sur les caries géographiques. De là, les terres enclavées dans d autres souverainetés. De là, l'origine des terres de débats, neutres, franches et contestées. Les frontières n'étaient plus, comme autrefois, des barrières tracées par la nature. Des éléments nouveaux servirent à fixer des limites nouvelles, qui n avaient rien de commun avec les anciennes, si ce n'est par exception.
A dater de cette époque, les seigneurs accolent généralement à leurs qualifications les noms topographiques de leur résidence. En général, ils prirent le titre de comte, qui, se rapportant aux fonctions exercées par eux ou leurs ancêtres durant la période bénéficiaire, leur semblait acquis par droit d'hérédité, comme le bénéfice luimême.
Par suite de rinti'oduction du système féodal, les grandes propriétés foncières furent morcelées, au grand avantage de l'agiicul-
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ture. Ce changement et les croisades, qui forcèrent les grands seigneurs à se défaire de leurs propriétés, donnèrent lieu à la création des communes, dont la formation exerça une influence immense sur la société et changea complètement la géogi^aphie de lancienne Belgique.
Toutes ces métamorphoses nous obligent à parler de chacune de nos provinces en particulier et à faire connaître leur formation.
Comté de f'iandre. — Le pays des Flamands, ainsi nommés à cause de leur origine étrangère (en saxon, Flaeming signifie étranger), correspondait exactement à la Ménapie. ou cité des Tournaisiens.
A' partir du x* siècle, il fut exposé à des empiétements continuels. Au nord, et, en partie, à l'ouest, son territoire subit une dépression sensible, cause d'inondations fréquentes. L'île de Schoonveld, qui n'est plus aujourd'hui qu'un banc de sable, était naguère populeuse. Le pays de Cadsand et de Wulpen, à l'ouest du Zwart-Gat, se liait au continent de la Flandre : le bras d'une baie le limitait au nord, et plus tard le Zwyn le transforma en île. De 1003 à 1570, les eaux envahirent plus de trente-cinq fois ces côtes et engloutirent nombre de villages. D'un autre côté, des atterrissements anéantirent le port de Damme, naguère si spacieux. Le soulèvement du continent, à partir de Blarikenberghe vers Dunkerque, éloigna de la mer plusieurs localités et fit disparaître un grand nombre de marécages.
Il n'y eut pas que les eaux de la mer qui enlevèrent à la Flandre une partie de son territoire : la Hollande lui prit la Flandre zélandaise, cédée définitivement par le traité de Westphalie en 1648; la France s'empara des chàtellenies de Lille, Douai, Orchies, Bergues et Cassel, et les réunit par droit de conquête à son territoire. Elle en fut mise définitivement en possession par le traité des Pyrénées, en 1659.
Couvert de wasthuBy terrains gazonnés, de marécages et de forêts nommées Rumetra, Dikkebusch, Thoralt, Schaldeholt, etc., ce pays fut transformé insensiblement en un champ fertile, objet de l'admiration de l'étranger. Cette heureuse métamorphose est due en grande partie aux défrichements entrepris par les abbayes.
La première mention connue de la Flandre se trouve dans la Vie de saint Éloi, écrite en 678. A cette époque, le pays était habité à la fois par des Ménapiens, des Suèves et des Flamands. Dans le Nord,
AH BELGIQIE POLITlUlE ET SOCIALE.
rélémeut gaulois et roman dispai*ut coinplétement : le germain y domina exclusivement.
Dès Tan 863, la Flandre avait des comtes héréditaires. Préposés d'aboi-d pai* les rois de France à la garde des frontières, ils extt-cèrent les fonctions de marquis et en revurenl le titre. Ils tàchèreot plus tard de se rendre indépendants de leurs suzerains et furent soutenus, dans cette lutte, par le peuple flamand, qui fit parfois malgré eux la guerre u leurs suzerains.
Baudouin V, comte de Flandre, ayant pris une .part active à la guerre contre l'empereur Henri 111, obtint, en 1057, à titre de fief, le. château de Gand, les îles de Zélande et une pailie de la Flandre impériale, sise à la droite de TEscaut. Une autre partie lui échut par suite d'un échange avec le comte de Hainaut. Les pays d'Alost et de Waes, qui avaient des seigneurs particuliers, et les îles zélandaises, tenues par les comtes de Hollande, deWnrent des arrière-fiefs mouvant des comtes de Flandre. En 1 166, le pays d'Alost rentra dans la possession de Philippe d'Alsace. Tous ces pays relevaient de l'Empire.
Les comtes de Flandre annexèrent successivement à leur pays les seigneuries de Termonde et de Bornhem, les villes de Gràmmont et de Ninove.
Le pays de Tennoiuie avait ses seigneurs particuliers, dont l'origine remonte à une époque assez reculée. La Flandi'e en obtint la possession définitive seulement à partir de 1355. Ce pays était enclavé entièrement dans le comté de Flandre, sauf à l'est, où il touchait au Bi*abant. La seigneurie de Bornhem appartint aux châtelains de Gand; Grammont, patrimoine d'un seigneur nommé Gérai*d, fut acquis en 1068 par Baudouin VI, qui y éleva une cité. La ville de Ninove fut construite après la conclusion de la paix avec le duc de Brabant en 1194.
Divisions administratives. — L<i quartier de la Flandre occidentale comprenait les cbâtelleDies d'Ypres, Fumes et VVarueton, les huit paroisses et branches de la West-Flandre et la verge de Menin. La Flandre orientale embrassait les châtellenies du Franc de Bruges, du Vieux-bourg de Gand, de Courtrai, d*Audcnarde, les pays d'Alost, de Waes, de Termonde, de Ninove, de Bornhem et le métier d*Assenede. Ce quartier était subdivisé en outre en Flandre impériale, laquelle comprenait le pays d*Alost et de Ninove.
Ou nomm^ Pays rétrocédé ioui le territoire de la Flandre conquis par Louis XIV, et que les Pays-Bas avaient été contraints de lui céder par les traités d'Aix-la- Chapelle et de Nimègue (1668 et 1678). 11 restitua, parle traité d'Ulrechl (1713;, la partie comprenant les villes et châtelleuies d'Ypres, de Furnes et de Warneton ;
GÊOGKAPHIE HISTORIQUE. 49
la généralité ou administration des huit paroisses, les villes de Popcringhe, Loo, Dixmude, Wervicq, Menin et Roulers^ Cette partie fut appelc^e Pays rétrocédé.
Chaque quartier était divisé en châtellenies, à la tête desquelles se trouvaient des châtelains. Nommés primitivement pour défendre les forteresses contre les invasions des ennemis, ils avaient sous leur dépendance, outre le bourg dont ils portaient le nom, une contrée assez étendue. Ce pays devint une circonscription administrative, dirigée plus tard par des magistrats.
Outre ces chdtellenies, il y avait encore des circonscriptions administratives, appelées métiers (en flamand, ambachten ou offices). Elles étaient dirigées par un officier (en flamand, ^m/)/^ ou amptman) . \^q là, la dénomination de métiers, donnée à ces circonscriptions. Les verges étaient une autre circonscription territoriale, soumise à des baillis, espèce de procureurs de leurs seigneurs et exerçant une juridiction déléguée. Le signe distinctif de leur office était la verge blanche de la justice. Le nom de verge fut donné au territoire soumis à leur juridiction. Ces circonscriptions devinrent dans la suite également administratives. Nous citerons principalement :
ChâleUenies : i® la châtellenie de Gand, dite du Vieux-bourg, dont Lambert de Gand fut le premier châtelain héréditaire, en 1007; ^^ la châtellenie dite le Franc de Bruges, dont le premier châtelain connu est nommé en 1046; 3** la châtellenie de Courtrai, ayant pour châtelain Elbodon, en 989 ; A^ la châtellenie d*Audenarde, qui avait primitivement des seigneurs particuliers, devenus plus tard vassaux des comtes de Flandre ; 5*^ la châtellenie de Fumes, qui avait un châtelain dès 964; 6° la châtellenie d'Ypres, devenue en iiOO un apanage de Philippe, second fils de Robert le Frison ; 7<* la châtellenie de Wameton.
Métiers : Il y avait quatre métiers, dont une partie de ceux de Bouchante et dWssenede se trouve encore comprise dans notre pays ; Tautre partie a passé aux Pavs-Bas.
Verges : Verges de Thieit, de Harlebeke, de Deynze, des Treize villages et de Menin.
Pays : Pays de Waes, de Termonde et d*Alost, comprenant la seigneurie de * Termonde, le comté d*Alost, les villes de Grammont et de Ninove.
Renaix et ses environs avaient une juridiction particulière, nommée juridiction de Renaix. Dans les environs de Poperinghe, ville appartenant â Tabbaye de Saint-Bertin, et près d'Ypres, il y avait une administration particulière nommée généralité des huit paroisses. Près de Bomhcm se trouvait le pays de Bornhem, comprenant Hingene, Bornhem, Saint-Amand et OfMlorp.
Duché de Brabant. — Les membres de la maison de Louvain, chargés dès le x* siècle de l'administration d'un petit comté, parvinrent insensiblement h acquérir une certaine importance politique. Henri III, dans des actes de 1086, s'intitulait : Brachbantensis patriœ cornes et advocatus, titnes qui expliquent déjà, de sa part, des idées de suprématie sur ses voisins. Entreprenants et ambitieux surtout, les comtes de Louvain se firent nommer, par l'empereur, dès le commencement du xn* siècle (vers 1106), ducs héréditaires de la basse Lorraine ou du Lothier,dont nous avons dit un mot plus haut. Cette hérédité, n. 4
tant convoitée, devint un instrument dont ils surent Ëiii*e usage eu temps opportun. Néanmoins, par suite de l'hérédité des fiefs, tous les seigneurs du Lothier s'émancipèrent à leur tour, s'emparèrent de possessions considérables et finirent par agir chez eux en qualité de souverains. Tous finirent par prendre une importance telle, que le titre de duc du Lothier devint un leurre et le duché un mythe. Celui-ci disparut de fait et continua de subsister de nom, à tel point que Charles-Quint se demandait, pour justifier son titre de duc du Lothier, où le duché était situé.
L'autorité du duc héréditaire fut donc circonscrite au territoire sur lequel il pouvait exercer son pouvoir, c'est-à-dire sur les parties des pagi du Brabant, de la Hesbaye et de la Toxandrie où il avait de grandes possessions. Il se créa ainsi, pendant le grand mouvement de la féodalité héréditaire, une souveraineté étendue, bien souvent aussi aux dépens de ses voisins les plus faibles, comme les seigneui's de Grimberghen, par exemple, les abbés de Gembloux, les abbesses de Nivelles, etc. En sa qualité de duc héréditaire du Lothier, titre devenu tout à fait illusoire, il finit par prendre celui de duc du pays dans lequel il résidait, c'est-à-dire du Brabant. C'est ainsi que Godefroid III dit le Courageux (1140 à 1190) prit le premier le titre de duc de Brabant comme accessoire. Son fils Henri I" (1190 à 1235) l'adopta définitivement, de manière que l'accessoire devint le principal pour ses successeurs.
Le duché de Brabant ainsi formé par la maison de Louvaîn touchait du nord à la Meuse, de l'ouest à une partie de l'Escaut et au comté de Flandre, de Test aux comtés puis duchés de Gueldre et de Limbourg, et au pays de Liège, du midi au pays de Liège et au comté de Hainaut. Ces pays contenaient aussi plusieurs enclaves appartenant au duché de Brabant.
Les ducs de Brabant étaient parvenus à se mettre en possession du comté de Brwiengemz, dit vulgairement de Brugeron, donné en 995 par le roi Othon à l'église de Liège. De longues controverses ont existé au sujet du territoire occupé par le comté de Brunengeruz. Mais on peut tenir pour certain qu'il comprenait la partie de la Hesbaye qui s étend d une part entre la Dyle depuis Louvain jusqu'à l'embouchure du Train et, d'autre part, la Petite-Geete, aux deux villages d'Op-Heylissem et Bas-Heylissem, de manière à comprendre la ville de Tirlemont au nord, et le village de Chaumont vei*s le sud* Les comtes de Louvain s emparèrent aussi d'une partie du comté de Haspinga, situé dans les environs d'Over-Hespen et de Neer-Hespen.
Dans le duché de Brabaut était compris le marquisat à^Anveis. Primitivement il se bornait, paraît-il, 2i\xpagusde Ryen (voy.plus haut p. 41), nommé aussi comté d'Anvers. Ce comté était administré par Gothelon le Grand, qui devint, en 1023, duc de la basse Lorraine ou du Lothier. A dater de cette époque, le comté de Ryen paraît avoir été considéré comme un accessoire delà dignité de duc du Lothier, lequel exerçait dans le comté les fonctions de marquis ou préposé à la garde des frontières. C'est ainsi que les ducs de Brabant portèrent, comme accessoire de leur titre de ducs du Lothier, celui de marquis d'Anvers, ainsi que le constate l'inscription du tombeau d'Henri ^^
Quant au pays de Malines ou d'Arkel, compris dans le marquisat, nous en parlerons à propos de la seigneurie de Malines.
Divisions administratives. — Le territoire du duché de Brabant compris dans les limites de la Belgique était divisé en trois quartiers, savoir : Louvain, Bruxelles et Anvers, appelés ainsi des trois chefs-villes du même nom. Chaque quartier était subdivisé en chefs-mairies, composées chacune d'un certain nombre de localités. Le quartier de Louvain comprenait, d'après les registres aux dénombrements des terres faits en 4686 par ordre des états de Brabant : les mairies de Héverlé, de Herent, de Lubbeek, le quartier d'Aerschot, la baronnie de Wesemael, le pays de Rotselaer, le pays de Rhode-Sainle-Agathe, la ville et le pays de Diest, Meerhout, Vorst et Holede, le pays de Sichem, les mairies de Tirlemont, de Léau, de Haelen, de Gheten et de Cumptich. La partie du roman pays ou du Brabant wallon ressortissant au quartier de Louvain comprenait : Jodoigne, le marquisat de Melun, les offices de Jauche, de Saint-Jean-Geest, d'incourl, de Jandrain, d'Orp-le-Grand, la mairie de Hannut et la ville de Gembloux. Le quartier de Bruxelles comprenait les mairies de Vilvorde, Merchtem, Campenhout, Assche, Grimberghen, Cappelle-op-den-Bosch, Rhode-Saint-Genôse et Gaesbeek. La partie du roman paya ressortissant au quartier de Bruxelles embrassait les mairies de Nivelles, de Genappe, de la Hulpe, de Mont-Saint-Guibert et de Grez, et la terre de Gembloux. Sous le quartier d'Anvers étaient Lierre et ses alentours dits Byvang, les quartiers de Herenthals, de Gheel, d'Arkel, de Ryen, de Santhoven, deHoogstraeten et de Tumhout.
Toute la partie septentrionale du duché de Brabant nous fut enlevée par les Provinces-Unies, qui en obtinrent définitivement la possession légale en vertu du traité de Westphalie en 4648. Elle forme aujourd'hui la province du Brabant septentrional dans le royaume des Pays-Bas.
Seigneurie de Malines et pays de Malines, — Malines, dont une première mention est faite dans la Vie de Baint Rombaut, puis dans 1 acte de partage de 870, fut donné par Charles le Simple, en 915, à l'évêché de Liège. En 1008, Henri II ajouta à cette libéralité une autre, en donnant à l'évéque et au coirte Baldéric le ban ou la juridiction sur la chasse de leurs forêts dites Waverwald, situées entre les deux Nèthes et la Dyle dans le comté d'Anvers. De ces forêts,
Ji'i BELGIQUE POLITIQUE ET SOCIALE.
est-il dit dans Tacte, dépendaient Heyst, fîa//rirfe (aujourd'hui Ballel) et Malines. Telles étaient les preynières possessions de l'église de Liège h Malines. Celles-ci passèrent successivement à la famille de Berthout, dont les membres étaient avoués héréditaires des évéques de Liège à Malines. Par des usurpations lentes, ils se substituèrent à ces prélats et devinrent seigneurs de Malines. Cette seigneurie se composait de Hever, Muysen et sa dépendance Hofstade, Hombeek, Heffen, Leest, Malines avec ses dépendances Nieuwland, Neckerspoel, Hanswyk, Geerdeghem, Adeghem ou Auweghem et Winkette. Toutes ces localités, appartenant au territoire de Malines, formaient, avec Heyst, un bois nommé Heysten, Ghestel et sa dépendance Ramegem, la seigneurie de Malines.
Après qu'elle eut été cédée aux comtes de Flandre en 1333, Jean 111, duc de Brabant, s'empara de la seigneurie qui fut de nouveau restituée à la maison de Flandre en 1336. C'est ainsi qu'elle arriva à Philippe le Bon. Ce prince la sépai-a de ses autres possessions pour en faire, une des dix-sept provinces.
La seigneurie était divisée en deux parties appelées le district et le ressort. Le premier comprenait la ville de Malines avec les villages et hameaux dont nous venons de donner la nomenclature. Le ressort comptait seulement deux villages, Heyst-op-den-Berg et Ghestel.
Bien souvent la seigneurie de Malines a été confondue avec le pays deMalines, composé des villages de Berlaer, Putte, Itegem,Rymenam, Keerbergen, Contich, Beersel, Bonheyde, Schriek, Groote-Loo, Aertselaer, Schelle, Nylen, Waerloos, et dune partie de Duffel. Plus tard on y ajouta Nordenvyk, le pays de Duflel, composé des pai'oisses de Wavre-Sainte-Catherine et de Waelhem, la partie de Duffel sise à l'est et au sud de la Nèthe, Droogcnbosch, Eeckeren et Sint- Jacobs-Cappelle,lepays et la franchise deGheel, comprenant Zammel et Bell, Eynthout, Veerle, Oevel, Zoerle, Echelpoel ou Neckerspoel et Milleghem, Ouwen ou Ouden. Ce territoire fut nommé pays de Malines à cause de la possession qu'en eurent les Berthout, seigneurs de cette ville. Par suite du mariage de Marguerite deGueIdre, une des descendantes des Berthout, avec Jean I*% comte de Clèves, mort en 1368, ce canton fut nommé Pays de Clèves. Jeanne, fille de Guillaume VI, duc de Juliers, hérita de cette terre et la porta en dot à Jean, seigneur d'Arkel. De là lui vint le nom de Pays ou Quailier d'Arkel, qu'il continua de porter jusqu'à la fin du siècle dernier dans les subdivisions du quartier d'Anvers. Par plusieurs subterfiiges, Philippe le Bon s'en empara, le réunit à ses autres domaines
GÉOGRAPHIE HISTORIOIE. 53
et le fit remettre (1464) à son fils le comte deCharoIais, connu plus tard sous le nom de Charles le Téméraire.
Duché de Limbourg et comté de Daelhem. — Les seigneurs du pays de Limbourg s'étant émancipés pendant la période de la féodalité héréditaire, portèrent primitivement le titre de comtes. Deux membres de cette famille furent appelés à remplir les fonctions de duc du Lothier. Définitivement supplantés dans cette dignité par les princes de la maison de Louvain, les comtes de Limbourg appliquèrent le titre de duc à leur comté, qui devint ainsi le duché de Limbourg. Ce duché était borné au nord par la seigneurie de Rolduc; au midi, par le pays de Liège, la principauté de Stavelot et le duché de Luxembourg ; à Test, par le comté ensuite duché de Juliers, le territoire d'Aix-la-Chapelle et de Cornélis Munster, et à l'ouest, par le comté de Daelhem et le pays de Liège.
Il comprenait les villes de Limbourg et de Hei^ve, les pays dTlupen et d'Hodimont et quarante-trois villages, divisés en cinq quartiers et en neuf seigneuries, plus une terre franche nommée Boland.
Divisions administratives. Ces cinq quartiers étaient le ban ou la juridiction de Baelen, les bans de Walhorn, de Monzen et de Hervé, et le quartier wallon. Les sept seigneuries étaient celles de Sprimont, qui portait aussi le nom de ban, d*Esneux, de Baugnée, de la Rimière, de la Chapelle, de Tavier et de Villers-aux- Tours.
A côté du duché de Limbourg se trouvait le comté de Daelhem. Au nord et à louest, il était borné par le comté de Fauquemont; au midi et à lest, par le duché de Limbourg. En 1661, une partie de ce comté passa aux Provinces-Unies. Par le traité de Vienne du 9 juin 1815, Éupen ou Néau et ses environs furent incorporés à la Prusse.
Divisions administratives. Dans la partie belge de ce comté se trouvaient les bans de Cheratte et d*Aubel.
Quant au comté de Fauquemont et à la seigneurie de Rolduc, aucune partie de leur territoire n'appartient plus à la Belgique.
Par la conquête que Jean 1*', duc de Brabant, fit de ces pays, ceux-ci étaient passés à la maison de Brabant.
Pays de Liège. — Liège étant devenu un centre important par la translation en cette ville du siège épiscopal de Tongres, son église prit également un développement extraordinaire, grâce à la naissance du principe de l'hérédité des fiefs, et à l'influence exercée par l'évéque Notger sur les empereurs d'Allemagne.
ni BELGIQUE POLITIQUE ET SOCIALE.
Dès Tau née 884, les évéques de Liège obtinrent, par des dons successifs, des acquisitions ou des échanges, diverses localités ei des territoires, au moyen desquels ils formèrent insensiblement leur souveraineté.
Sainte Ode, Charlemagne, Amont, bénéficièrent les évéques.
Charles le Gros leur donna, en 884, le domaine de Madières et des serfs à Tongres. Charles le Simple leur restitua, en 874, différents biens usurpés. Zwentibold, en 898, leur fit don de la ville de TIkîux. Louiii de Germanie, en 908, y ajouta Lobbes, Fosses et une partie de Maestricht. En 910, Téglise de Liège obtint Hastière et Malines; en 915, une forêt dépendant de la ville de Theux; en 944, l'abbaye de Maeseyck.En 980, l'évêque Notger s'empara par la ruse de Chièvremont et réunit ce château au domaine de son église. Celle-ci obtint, h titre de don, en 1006, la ratification de la possession des abbayes et églises de Lobbes, Saint-Hubert, Brogne, Gembloux, Fosses, Malonne, Namur, Dinant, Maeseyck, Malines, Tongi'es, Huy et Maestricht. Par un diplôme de 995,1e roi Othon lui confirma la possession du comté de Brunengeruz. Dès Tannée 101 2, elle commenta par jeter les yeux sur Florennes, qu'elle absorba complètement. En 1024,1a terre de Herwarden lui est restituée. En 1040,1e comté de la Hesbaye lui est donné; en 1027, le château de JSouillon et Couvin; le comté de Moha en 1204, le comté de Looz en 1336, le comté de Bornes en 1568. Par suite d'un échange fait avec l'église de Metz, en 1227, celle de Liège parvint à se mettre en possession d'une partie de la ville de Saint-Trond.
On voit ainsi se former insensiblement un État ayant un certain développement, et borné au nord par le duché de Gueldre et le Brabant septentrional, au midi par le comté de Namur, le duché de Luxembourg, à lest par les duchés de Gueldre, de Limbourg et de Luxembourg, à l'ouest par le duché de Brabant, les comtés de Namur et de Hainaut et par la France.
En énumérant les différentes possessions acquises par les évéques de Liège, nous avons parlé du comté de Brunengeruz, connu plus spécialement sous le nom de Brugeron, des comtés de Huy, Looz, Moha et Bornes. Le comté de Brunengeruz ayant passé aux ducs de Brabant, nous n'avons pas à nous en occuper ici, ni du comté de Bornes, dont le territoire appartient aujourd'hui aux Pays-Bas.
Le comté de Huy, dont les limites ne peuvent être fixées d'une manière précise, avait sans doute son siège principal à Buy. Nous pouvons seulement constater qu'il s'étendait vers les deux rives de la
Meuse, dans la Hesbaye et dans le Condroz. Il comprenait, d'après les documents, les villages de Seraing-le-Chàteau , de Tourinne-la- Chaussée, de Grand-Rosière, de Jeneffe, d'Auche, Faulx et Ohey, de Mozet, d'Ocquier, le bois d'Arche sous Haltinnes, les villages de Ville ou Vyle près de Modave, Leignon, etc.
Le comté de Haspinga ou de la Hesbaye était situé dans les envi* rons d'Over-Hespen et Neer-Hespen.
Le comté de Moha ou de Mushal touchait probablement, vers le nord et l'est, au comté de Huy.
Le comté de Looz, apanage d'une famille alliée, paralt-il, aux comtes de Hainaut, était borné au nord par le Brabant septentiûonal, le comté de Hornes et le duché de Gueldre; au midi, par le pays de Liège; à lest, par la Meuse, les possessions hollandaises et le comté de Reckheim; à l'ouest, par le duché de Brabant et le pays.de Liège. Devenus possesseurs de biens considérables \evs la fin du x*" siècle, les comtes de Looz se fixèrent dans le château de Looz, dont l'histoire parle pour la première fois en 1015 seulement. Gislebert essaye d ajouter timidement, pendant la première moitié du xi* siècle, à son titre de comte celui du lieu de sa résidence. Ses successeurs l'adoptèrent définitivement par suite de l'hérédité de leur comté. En 1336, comme nous lavons dit plus haut, le comté passa à l'église de Liège.
Divisions administratives. Le pays de Liège était divisé en quartiers : i<* de la Hesbaye, 2*» de Montenackcn, 3° de Moha, 4° du Condroz, 5® d'Amont, 6° d*Entre- Sambre-el-Meuse, 7® de Franchimont, 8° de Looz, 9® de Stockhem, iO® de Hornes. Trois villages formaient une division spéciale nommée le patrimoine de Saint- Lambert. Dans les pays voisins, Liège possédait des enclaves.
Seigneuries de Reckheim et de Kessenich. — Près de la Meuse et spécialement dans le pays dit d'Outre-Meuse, dans le Limbourg et le pays de Liège, existaient quelques petits dynastes qui prétendaient relever directement leurs possessions de l'Empire. Tels sont dans notre pays les seigneurs qui possédaient Reckheim et Kessenich.
Malgré lapparition de Reckheim dans Thistoire dès le ix* siècle, cette localité est seulement citée à titre de seigneurie pendant le xni* siècle. Placée plus tard au rang de libre baronnie de l'Empire et aussi au rang de comté, cette terre appartint successivement aux Bronckhorst, aux Fauquemont, Diepenbeek, Sombreffe, Piermont, La Marck, Hennin-Liétard, Vlodorp, Quaedt et Aspremont-Lynden. Elle comprenait le château et la petite ville de Reckheim, la seigneurie de
Borsseni, Coltem, Hal et Huft, la seigneurie de Weset, Terw-yen, Udiclioven et une soixantaine de petits fiefs.
Kessenich avait la même prétention à Tindépendance, malgré les actes de relief que les seigneurs de cette terre en avaient Êiits devant la cour féodale deBrabant en 1618, 1639 et 1655. Le seigneur le plus anciennement connu de Kessenich date de 1155. Des Kessenich cette teri'e passa aux d'Argenteau et aux de Bornes.
Duché de Bouillon. — Le territoire du duché de Bouillon faisait partie de celui de la basse Lorraine ou du Lothier. Godefroid de Bouillon, qui lavait hérité de son oncle Godefroid le Bossu, le vendit en 1095 à l'église de Liège.
Durant le xv* siècle, les évoques de Liège en conservèrent encore la possession, jusquà ce que les sires de La Marck, de la branche d'Arenberg, seigneurs de Sedan, qui en étaient les gouverneurs, se rendirent indépendants. Leur usurpation ne fut pas de longue durée. Charles-Quint reprit le duché (1521) et le rendit aux évoques. Néanmoins les seigneurs de Sedan en retinrent quelques fiefs et continuèrent, à ce titre, de se qualifier ducs de Bouillon.
La partie du duché conservée par les de La Marck passa, en 1594, à Henri de La Tour d*Auvergne, par héritage de sa femme, Charlotte de La Marck d'Arenberg, qui la lui légua. Un acte d'échange la réunit définitivement à la France(20mars 1651), en même temps que les seigneuries de Sedan et de Raucourt. En faisant cet abandon, le duc Frédéric-Maurice de La Tour d'Auvergne déclara réserver ses prétentions sur le château de Bouillon et sur les parties détenues par l'église de Liège. Dans l'acte il stipula aussi que le roi de France pouvait placer garnison dans le château.
C'était, comme on le voit, une clause dictée par la plus insigne mauvaise foi, et dont la France fit immédiatement usage. En dépit des' traités et malgré la neutralité du pays de Liège, Louis XIV fit occuper le château militairement : un arrêt du conseil d'État (1" mai 1678) mit Godefi'oid-Maurice de La Tour d'Auvergne en possession du duché. L'article 28 du traité de Nimègue, du 5 février 1679, le maintint dans cette possession, malgré la protestation de l'évêque de Liège, qui, pendant les négociations de la paix de Ryswick, renouvela en vain ses plaintes. A partir de cette époque, le duché cessa d'appartenir au pays de Liège, et fut réuni à la France en 1795.
Le premier traité de Paris du 30 mai 1814 avait cédé une partie du duché îi la France. Le congrès de Vienne (30 juin 1815) réunit
au grand-duché de Luxembourg la partie non cédée à la France. Par le deuxième traité de Paris (20 novembre 1815), le duché de Bouillon en entier fut enlevé à la France. Aujourd'hui il fait partie du Luxembourg belge.
Principauté de Stavelot. — Son origine remonte au vn" siècle. Par des donations et des privilèges, ce pays prit un développement tel, qu'il devint un fief de l'Empire, et appartint au cercle de Westphalie. Jusque vers la fin du siècle dernier, la principauté est restée indépendante.
Elle était bornée au nord par le duché de Limbourg, au midi et à Test par le Luxembourg, au nord-ouest par le marquisat de Franchimont et le Condroz.
Stavelot, qui doit son origine à un monastère, était le lieu principal de la principauté.
Divisions administratives. La principauté se compo^it des poslcllcries de Stavelot, de Malmédy et du comlé de Lerine. Malmédy passa à la Prusse en vertu du traité de Vienne de 4815.
Comté de Namur. — Déranger, beau-frère de Gislebert et de Régnier, comte de Hainaut, était préposé, en qualité de comte, au gouvernement du pagus de Lomme. Selon un passage inséré dans la Vie de saint Gérard, Déranger était de la maison des comtes de Namur de la première race.
Pendant la grande révolution causée par l'hérédité des fiefs et bénéfices civils, cette famille habitait le château de Namucum (Namur). Le pays soumis à leur souveraineté, et auquel ils donnèrent le nom de comté de Namur, du lieu de leur résidence, était borné au nord par celui de Liège et le duché de Drabant, à l'est par le pays de Liège, à l'ouest par le Hainaut.
Comme on le voit, le comté de Namur était composé de fragments des pagi de la Hesbaye, de Lomme et de la Famenne, réunis par des acquisitions successives. Le château de Poilvache avec ses dépendances appartenait primitivement aux comtes de Luxembourg. Marie d'Artois, comtesse de Namur, en fit l'acquisition en 1342. A la mort de cette princesse, la seigneurie passa définitivement au comté de Namur.
L'important, domaine de Walcourt, ayant ses seigneurs particuliers, fut acquis par Guillaume I" en 1363. Charles V acheta ou échangea un terrain appartenant à l'abbaye de Floreffe^et y bâtit, en 1542, MaiMombourg, qui reçut ce nom en l'honneur de la reine
t^H BELGIQUE POLITIQUE ET SOCIALE.
Marie, sœur de lempereur. Cette ville fut conquise par les Français et leur fut cédée en 1659. Ils en restèrent maîtres jusqu'en 1815.
Philippeville^est une autre cité bâtie par ordi'e de Charles V, en 1555, en Thonneur de son fils, connu plus tard sous le nom de Philippe II. Cet endroit nommé Corbigny, et dont lempereur fit Taoquisition, était situé daAs le pays de Liège.
Charleroi était primitivement un village appelé Chamoi, situé sur le territoire liégeois, et dont Charles II fit Facquisitioû en 1666.
Toutes ces villes furent comprises dans le comté de Namur et en agrandirent successivement le territoire.
Les comtes de Namur possédaient aussi différents châteaux , dans lesquels ils résidaient ou qui leur ser\irent de défense en cas de guerre. Nous citerons à ce titre : le château de Beaufort, dont Guillaume V fit Taequisition ; le château de Montaigle, acquis par le comte Gui en 1289; le château de Golzinne appartenant aux comtes dès Tannée 1100; le château de Samson, cité comme propriété de la famille comtale en 1253; le château de Vieuville, servant de lieu de résidence aux comtes comme celui de Namur ; le château Thierri, ayant ses seigneurs particuliers , et celui de Haibe , propriété des comtes.
Divisions administratives. — Le comté de Namur était divisé en six bailliages, en deux mairies et en une prévôté, savoir : la mairie de Namur ayant 39 villages ; les bailliages de Wasseige ayant 36 villages, de Samson 45 villages, de Bouvignes 364 villages, de Montaigle 6 villages, de Fleurus 37 villages, de Vieuville il villages ; la mairie de Feix, composée de 16 villages, et la prévôté de Poilvacbe, de 23 villages.
En vertu du traité de Paris du 30 mai 1844, les cantons de Walcourt, de Florennes, de Beauraing et de Gedinne devaient rester à la France. Après les événements de 1815, elle fut obligée de restituer ces territoires, ainsi que Philippeville et Mariembourg.
Comté de Hainaut. — Ce comté doit son origine au pagus du Hainaut, sans que ses possesseurs en aient gardé intégralement les frontières. Parvenus, pendant le mouvement de la féodalité, à se rendre pour ainsi dire indépendants, les comtes de Hainaut s'emparèrent de tout le pagus, sauf de la vicairie de Valenciennes, qui devint un comté à part, dont Baudouin IV, comte de Flandre, s'empara par la force en 1006. Régnier IV, comte de Hainaut, réunit à ses possessions une partie du territoire occidental du pagus de Brabant par un mariage avec la fille d'Herman d'Eename. En 1050, il fit un échange de territoire avec Baudouin IV, comte de Flandre : celui-ci lui céda la ville de Valenciennes. Do son côté, le comte de
Hainaul lui donna toute la partie flamande des terres lui appartenant du chef de la fille d'Herman d'Eename, et se réserva la partie wallonne. ' ^
La ville d*Ath fut réunie au coraté du Hainaut en 1136, par achat fait à Gilles de Ti^azegnies. Braine-le-Cointe, appelée Braine-la- Willotte', fut également réunie au comté en 1158, par la vente qu'en (it le chapitre de Sainte- Waudru. La chùtellenie de Valenciennes fut acquise en 1160.
G est ainsi que se forma le comté de Hainaut, borné au nord par la Flandre et le Bi*abant, au midi par la Finance, à Test par le Brabant et le comté de Namur, à l'ouest par la Flandre et la France.
Les rois de France enlevèrent par la conquête une grande partie du comté de Hainaut. Ils lui prirent toute la cliatellenie.de Bouchain, les prévôtés de Valenciennes, de Quesnoi, d'Avesnes et de Maubeuge. De manière qu'au siècle dernier ce comté se composait seulement des divisions suivantes :
Divisions administratives. — Les prévôtés de Mons, Chimay, Binchc et Beaumont; les bailliages de Lessines, Enghien et du Rœulx ; les châlellenies d*Ath et de Braine-le-Comte.
Selon le traité de Paris du 30 mai 4814, les cantons de Dour, Merbes-le-Chûteau, Beaumont et Cliimay restèrent à la France. Par celui de 4815, ces cantons nous furent restitués.
Seigneurie de Tournai et Toumaim. — Cette seigneurie appartenait depuis longtemps à la France. A Tournai, l'évéque jouissait de quelques droits régaliens; la ville elle-même formait une commune, dont les prérogatives touchaient presque à celles d'une ville libre.
Pendant la guerre entre François I" et Gharles V, celui-ci conquit Tournai et le Tournaisis en 1521, et força le roi de France à les céder définitivement par le traité de Gambrai (1529). Le pays conquis fut érigé en province. Gelle-ci était bornée au nord par les comtés de Flandre et de Hainaut, au midi par la France, à lest par le Hainaut, à l'ouest par la France. Pendant l'occupation française de ce pays, Louis XIV y annexa dix-sept villages appartenant à la chàtellenie d'Ath.
Duché de Luxembourg et comté de Chiny. — Gomme tous les pagi, celui des Ardennes avait des préposés à son administration, qualifiés de comtes. Sigefroid, fils de Walderic, comte des Ardennes, acquit en 1011, par échange de l'abbaye de Saini-Maximin à Trêves, un
ancien château nommé Luxembourg, sis au milieu de Fimmense patrimoine de son père. Ce seigneur, qualifié simplemeht de comte, sans autre dénomination, sy établit et finit par dominer sur une grande étendue de territoire. Du lieu de leur résidence, les successeui'S de Sigefroid prirent le titre de comtes de Luxembourg. En 1354, le comté fut érigé en duch'é, et celui-ci en grand-duché par le congi*ès de Vienne en 1815.
Anciennement le duché de Luxembourg avait une étendue trèsgrande. 11 comprenait, outre les territoires dits wallon et allemand : Thionville, Marville,Ghavancy, Montmédi, Ivoix, aujourd'hui Cai'ignan, et Damvilliers avec leurs territoires. Toute cette partie fut enlevée par la France et définitivement incorporée dans ce royaume par le traité des Pyrénées en 1659. A dater de cette époque, le duché de Luxembourg était borné au nord par les pays de Liège et de Stavelot, au midi par la France, à Test par TEifel et l'électoral de Trêves, h louest par le pays de Liège, le duché de Bouillon et la France.
Ces limites ne furent pas conservées intactes. Lors de la démarcation des frontièi^es entre la Prusse et lè royaume des Pays- Bas, en 1815, tout le territoire luxembourgeois compris dans le canton de Saint-Vith passa h la première de ces puissances. Le traité de Paris lui donna un accroissement par l'incorporation du duché de Bouillon ; mais celui de 1839 enleva à la Belgique, à peu d'exceptions près, toute la partie allemande.
Ce ne sont pas les seules mutilations que subit cette province. Pendant l'occupation du territoire par les armées de Louis XIV, le pays fut rançonné et mis à sac, des villages entiers disparurent et ne se relevèrent plus. Parmi les villes, Arlon, qui, en 1495, comptait deux cents maisons, en avait seulement quarante-cinq en 1692; Ciney, qui, en 1561, avait quarante-trois maisons, n'en avait plus que deux en 1692. Toutes les autres localités luxembourgeoises, si elles n'étaient détruites, furent dépeuplées en proportion par les soldats du grand roi.
Le territoire du duché de Luxembourg comprenait plusieurs comtés. Celui de Chiny était très-important et correspondait à peu près au quartier de ce nom. Arnoul de Warc, ayant eu, à titre de dot de sa femme, une terre considérable, avait obtenu, selon les historiens, la permission de l'ériger en comté. En 945, il construisit le château de Chiny et entoura la localité de murs en 950. De la famille de Chiny le comté passa aux Looz, qui le vendirent, en 1364, ainsi
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(jue Montmédy, à Wenceslas de Bohême, duc de Luxembourg.
Le comté d'Agimont, comprenant, sur le territoire belge, Bourseigne-la-Neuve, Bourseigne-la-Vieille, Dion-le-Mont, Dion-Ie-Val, Felenne, Ferage, Feschaux, Finnevaux, Javignes, Mahoux, Menil- Saint-Blaise, Sevry, Vonêche et Winenne, appartenait aux Bochefort, puis à une branche des Looz et à Guillaume de La Marck. Finalement Charles-Quint Tunit au duché en looo, par achat; mais, pendant le xYu*" siècle, une bonne partie du comté resta à la France.
Le comté de La Tour se composait du château de ce nom et des villages de Chenois, Grand-Court et Buette-la-Petite. Devenu fief de Liï\embourg en 1526, le comté avait été définitivement acquis par Charles V en 1517.
Le comté de Rochefort, composé de la localité de ce nom, de la justice de Thisse, de la haute cour d'On et de Forrières, avait des seigneurs particuliers connus dès le douzième siècle.
Les comtés de La Roche et de Durbuy avaient des seigneurs dont le plus anciennement connu était Henri, fils d'Albert, comte de Namur, par suite de son mariage avec l'héritière de ces terres. En 1088, mention en est faite dans les document?. A la mort de Baudouin V, comte de Hainaut, en 1195, et d'Henri l'Aveugle, comte de Namur, en 1196, une guerre s'éleva entre Thibaut de Bar et de Luxembourg et Philippe, comte de Namur. Cette guerre fut terminée par un traité conclu en 1199, qui adjugea au Luxembourg le territoire du comté de Namur sis à la droite de la Meuse, tandis que la j)artie sise à la gauche du fleuve devait rester au comté de Namur. La Boche et Durbuy furent ainsi annexés au territoire luxembourgeois. Henri V les retint à titre de fiefs, et Durbuy fut définitivement vendu.au comte de Luxembourg en 1354.
Le comté de Salm avait des seigneurs descendant des comtes de Luxembourg. Leur comté, composé de trente-sept villages, relevait de celui de Luxembourg, comme le déclare Henri II dans un acte de relief de 1246.
Les comtes et ducs de Luxembourg acquirent encore différentes autres terres, au moyen desquellesils agrandirent leur domaine. Henri, comte de Grandpré, engagea à Thibaut sa terre d'Andenm en 1203. Bastogne fut vendu, en 1332, au duc par le chapitre de Notre-Dame à Aix-la-Chapelle. Mirvvart, château fortifié en 1033, et acheté par l'évêque de Liège en 1082, fut longtemps en la possession de l'église de Liège; puis il passa au comte de Hainaut, qui le vendit au comte de Luxembourg en 1334. Quelques années plus tard (1343),
kn BELGIQUE POLITIQUE ET SOCIALE.
le nouveau propiiélaire le vendit à Marie d'Artois. Finalement Wenceslas, duc de Luxembourg, le prit à titre de fief.
DivisUms administratives. — Le pays était divisé : 1° en quatre comtés: Agimont, La Tour, Rochefort et Salm; 2° on neuf prévôtés : Arlon, Bastognc, Durbuy, Élallo, La Roche, Marche, Orchimont, Saint -Mard etVirton; 3® en un grand nombre de seigneuries, dont hi nomenclature nous entraînerait trop loin, et au nombre desquelles éliiient celles d'Assenois, Houffalize, Mirwart, Ncufchâteau et Rouloignc; ; 4" en neuf terres franches, non compris celle du comté d*Agimonl, savoir : Bcrtrix, Chassepierre, Cugnon, Masbourg, Muno, Nassognc, Saint-Hubert (qui, contestée par le Brabant, Liège et la France, visait à une indépendance complète), et Wibrin.
Réunion des provinces helcîes. — Philippe le Bon était parvenu, par droit de succession ou en vertu de traités, à réunir en sa personne la souveraineté de toutes les provinces dont nous venons de parler, sauf le pays de Liège, qui resta sous l'administration de ses évéques, et le comté de Reckheim. Malgré cette réunion, chaque province conserva jusqu'en 1793 son autonomie, ses droits, ses usages et ses privilèges. T(^utes les provinces des Pays-Bas autrichiens et le pays de Liège, conquis par les Français en 1794, furent réunis à la république, en vertu du décret du 9 vendémiaire an iv. Ces conquêtes furent divisées en neuf départements : de la Lys (actuellement province de la Flandre occidentale), de TEscaut (actuelletiaent province de la Flandre orientale), des Deux-Nèthes (actuellement province d'Anvers), de la Dyle (actuellement province de Brabant), de la Meuse-Inférieure (actuellement les provinces du Limbourg néerlandais et belge), de fOurthe (actuellement province de Liège), de Jemmapes (actuellement province de Hainaut), de Sambi'e-'et- Meuse (actuellement province de Namur), des Forêts (actuellement province de Luxembourg et grand-duché du même nom).
Sous le gouvernement néerlandais, ces divisions ont été conservées, les noms seuls ont été changés. Le gouvernement leur appliqua les dénominations anciennes du territoire auquel elles correspondaient en tout ou en partie.
A la révolution de 1830, ces divisions ont été admises. Le traité de 1839 nous enleva une partie du Limbourg et du Luxembourg.
Dénominations populaikes de la géographie. — Jusqu'ici nous avons parlé des divisions administratives admises par la géographie civile. Il existe, dans les relations ordinaires, des dénominations qui, sans avoir aucun caractère officiel, sont admises de temps immémorial.
GÉOGRAPHIQUE HISTORIUIE. 63
Telles sont le quartier ou pays wallon, le quartier ou pays flamand, le Maasland, la Gampine liégeoise et la Gampine bi*abançonne, le Hageland, la Fagne, TArdenne, la Famenne, le Condroz et le Borinage.
Par pays wallon, on désigne le territoire où la langue wallonne est en usage, comme le pays flamand désigne celui où la langue flamande prédomine. Par Gampine liégeoise, on entend le pays sis au nord du Demer, et en partie à l'ouest de la Meuse dans la province de Limbourg. La partie de territoire limbourgeois près de la Meuse se nomme Maasland. La Gampine brabançonne est située dans la province d'Anvers au nord du Demer. Le Hageland est au sud du Demer et au nord des villes deLouvain et de Tirlemont. La Fagne est sise dans les environs de Spa. L'Ardenne désigne la partie de la province de Liège sise au midi de TAmblève et la province de Luxembourg. Le Condroz et la Famenne correspondent à peu près au territoire des deux pagi de ce nom. On désigne sous le nom de Borinage le territoire du Hainaut compris entre la ville de Mons et les frontières de France.
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6A KELGltjlE FOLlTMjlE ET SOCIALE.
Cosmographia ^ Amsier^um^ i90^ in-fol. ; Ortelios, Tkeatrmm orbU, AoTcrs, 1S70, in-fol.; Warnkfpnij;. Hi*toire det ituiitmtiom9 de Flandre, Gand, 1838, 3 vol. in-8*; Saodenis, FIomdria illHstraia, La HsTf, 1735, 3 toI. in-fol.; De Bylant, Commentatio ad qnœ%Honem, etc., LoaTain. 1815, iii-4*; Bazelioos, Gallo-Flandria, Doaai,16K. in-fol. ; De Vlaminck, OpkomU des landx ram Dendermoitde. Termondc, 1869, in-8* ; DaTivier, Reekerche» sur Cancien Rainant. Bnixelles, 1866, 3 toI. in-9*; Les Délices dn pays de Uége, Liège; ChapeauTÎIle, Bistoria sacra et profana pontificnm Trajectensimm et Leodiensànm, Lié}*e, 161i-1618, 3 toI. in-4»; De Villenfagne, Recherches snr la principauté de Liège, Liège, 1817, ifol. în-^; Ernst. Histoire de Limbourff, Lièjze, 1837 et sniT., 7 vol. in-8*; Bertbolet, Histoire de Luxembourg, Luxembonrp, 1743, 8 toI. in-8*; Galliot, Histoire de Samur, Liège, 1788, 6 vol. in- 8*.
«MMMMMW
Par M. AD. QUETELET,
S«crétaire perpétuel de TAoïdéinie, directeur de rObwnratoire royal, rrésident de la CommÏMion ceutrale de ttatUlique.
La population humaine, dans Tétat ordinaire des choses, saccroit rapidement, surtout quand la nature, et la paix et la tranquillité favorisent son développement. Nous avons peu de connaissances précises sur son passé; mais les documents qu'on a pu recueillir, pendant les derniers siècles, rendent ce fait extrêmement sensible. En général, les populations, dans les différents pays, sont croissantes; cependant quelques-unes, en très-petit nombre, subissent un mouvement contraire, surtout par suite de guerres désastreuses, de désœuvrement ou de faction persévérante Jun climat malsain.
Nous n'avons à parler ici que de la Belgique et du nombre de ses habitants. Depuis un siècle environ que ce nombre s'estime avec une certaine précision, on voit qu'il augmente à peu près en raison de la valeur des productions du pays.
Marche de la population. — Examinons quel a été, pendant le dernier quart de siècle, l'état de la population d'année en année, en ayant égard aux naissances, aux décès et aux mariages. Le tableau suivant nous en présentera un exemple, plus frappant que tous les autres indices possibles.