ACTE PREMIER
Pour mon adresse au jeu de paume
Le roi Charles me veut du bien.
a L'air de Paris et du royaume, »
Me dit-il, un beau jour, mon cher, ne te vaut rien. » 11 fait ici trop chaud pour toi ; va voir la Flandre. »
Je pars, sans chercher à comprendre.
Et me voilà par le chemin Sans nul souci du lendemain !
Huit jours après, à la frontière, Au beau milieu d'une rivière, Que vois-je ? monsieur de Nassau !
— Que diable faites-vous dans l'eau ?
Il me répond : — Je vais me battre ; Êtes-vous de notre parti ?
— Contre qui? — L'Espagnol ! — Bon!
Comme un diable à quatre, En avant ! me voilà parti !
Lancé dans cette aventure,
Je fais œuvre de soldat.
Je me bats bien, je vous jure.
Mais... par malheur... on nous bat!
Je tombe de cheval, et là, sous ma monture, Un Espagnol me prend. Il me vend un bon prix... La bête et son harnais compris.
Le duc d'AIbe m'estime digne D'être rançonné comme un roi.
Il veut cent mille écus de moi !...
Honneur insigne
Mais, ce qui m'enrage vraiment
C'est d'être allé me faire prendre , Me faire prendre sottement, Alors que j'accourais gaîment Chercher en ce pays de Flandre Un carnaval qu'on dit charmant.
Voilàj monsieur, voilà comment, Grâce à ma très plate capture, Mon mardi-gras a la figure D'un vilain carême-prenant!
RYSOOR, avec amertume, puis s'exaltant peu à peu.
Oui, c'est le carnaval. Cette place où naguères Retentissaient les chanis joyeux, le choc des verres, Est pleine de bandits surs de l'impunité Et tels que des corbeaux dévorant la cité.
Oui, l'Espagne triomphante, Forte des maux qu'elle enfante, S'enracine à notre seuil.
On nous brûle, on nous fusille,
Il n'est pas de famille
Que l'on n'ait mise en deuil !
Pour affirmer sa puissance La ruine est partout, et partout le gibet ; Tout soldat est bourreau ; certain de la sentence, Pourvu qu'il tue, il peut tuer comme il lui plaît !
Voilà la sanglante furie Que promènent sur notre sol Les oppresseurs de la patrie !
(Détonations.)
Voilà le carnaval que nous fait l'Espagnol !