ENSEMBLE FINAL
ALBE, à Rafaële lui montrant Karloo.
Il vivra ! je ne puis t'accorder que sa vie Chère et coupable enfant, j'ai subi ton pouvoir ! Rien de plus maintenant! Leur sanglante folie Impitoyablement m'a dic!é mon devoir ! y
RAFAËLE.
Hélas ! J'ai mis mon cœur dans un cri de détresse ! 0 mon père, ô mon Dieu, pardonnez ma faiblesse. Dans un cloître j'irai, soumise à votre loi. En ma pensée, au moins, j'aurai cette allégresse, Morte pour lui, qu'il va vivre par moi !
86 PATRTE!
LES ESPAGNOLS, NOIRCARMES, etc., autour du duc.
C'est faire tort au ciel qu'épargner un coupable ! Ame trop faible, il cède aux larmes d'un enfant. Point de grâce pour eux ! Justice inexorable ! Oui, sans merci, frappez au nom du Dieu vivant!
LES CONJURÉS, regardant et désignant Karloo.
Il vivra! nous mourrons ! Ne cherchons plus le traître :
Il était parmi nous. Ne le voyez-vous pas?
Il vivra! Le sauver, c'est le faire connaître.
Ah ! sois confondu, lâche, et sois maudit, Judas !
VOIX, dans le peuple, autour des conjurés, voix de femmes dans la masse.
Il vivra ! vous mourrez ! Ne cherchez plus le traître :
Il était parmi vous! Ne le voyez-vous pas?
Lui faire grâce, c'est vous le faire connaître.
Ah ! sois confondu, lâche, et sois maudit, Judas !
KARLOO, à Rysoor, amèrement.
Qu'ils m'appellent Judas et me proclament lâche! Je n'entends que l'arrêt que ta voix m'a dicté. Je vivrai seulement pour accomplir ma tâche. J'imposerai silence à mon cœur révolté!
RYSOOR.
Tu vivras. Tout est dit. Mon âme endolorie. Oublîra dans la mort les misères du jour. Je te pardonne. Adieu ! que la seule Patrie Ait tout ton dévoûment, comme tout ton amour !
(Karloo s'éloigne sur un ordre du duc. — Mouvement d'indignation des conjurés sur son passage. — Tableau.)